CXI
(2) Peccata verborum maxime ex affeclu pensantur. D. Thom., il, 2, quaest. 16, art. .*>.
avons dit tout ce que nous avons pu trouver de plus fort pour inspirer l'horreur des malédictions, parce que nous voudrions, s'il était possible, les extirper entièrement de la bouche et du cœur des hommes, nous allons, pour ne rien exagérer, préciser de notre mieux la gravité des fautes, qu'on peut commettre en ce genre.
Maudire de bouche, ce n'est de soi et hors d'un grand scandale qu'un péché véniel. Maudire de cœur et avec un véritable désir que le mal arrive, c'est un péché mortel ou véniel, selon que le mal que Ton souhaite est plus ou moins notable. Néanmoins ce n'est pas un péché mortel de désirer un mal considérable, quand ce désir part d'un premier mouvement de passion; mais seulement quand la volonté y adhère.
Maudire les bêtes par un motif de haine pour le maître à qui elles appartiennent, c'est un péché mortel ou véniel, selon que leur perle est de nature à causer plus ou moins de dommage. Les maudire da«s un transport de colère, ce n'est de soi qu'un péché véniel, parce que les créatures privées de raison ne sont capables de bien ni de mal que par rapport à l'homme pour qui elles sont faites. De là vient encore que, lorsqu'elles ont comme coopéré à un grand malheur, on peut les maudire sans péché. C'est par là que saint Thomas excuse Job, qui maudit le jour de sa naissance, comme étant le temps auquel il avait été assujetti aux maux dont il avait été accablé. C'est par là aussi qu'il excuse David qui maudit les montagnes de Gelboé, comme étant le lieu où l'armée du peuple de Dieu avait été taillée en pièces.
Mais comme, lorsqu'une fois on est engagé dans cette voie, on est fort exposé à aller beaucoup trop loin, le mieux est de s'abstenir de toute malédiction. Quant à ceux qui en ont contracté l'habitude, ils doivent faire tous leurs efforts pour s'en corriger. Voici quelques moyens que nous pouvons indiquer à ce sujet :
i° Désavouez sincèrement, devant Dieu, votre mauvaise
habitude, et prenez la résolution de ne rien négliger pour ia surmonter. Dès lors vous cesserez detre coupable en ce qui vous échapperait après un pareil désaveu.
2° Faites tous les jours une prière pour demander à Dieu ia grâce de vous corriger.
3" Appliquez-vous à dompter l'impétuosité de votre caractère. Le naturel des bêtes les plus sauvages s'adoucit à force d'en prendre soin ; soyez convaincu que, si vous le voulez bien, vous surmonterez cette humeur noire, bizarre, qui vous porte à vous souhaiter du mal à vous-même, ou à en souhaiter aux autres.
4° A chaque parole violente, à chaque expression déplacée que vous prononcerez, faites un acte de contrition ; imposez-vous quelque pénitence; dites, par exemple, un Pater et un Ave ; donnez un sou aux pauvres. Autant de jurements, autant de malédictions qu'il vous arrivera de proférer, autant de prières, autant d'aumônes, et bientôt il ne vous en échappera plus.
5° Comme c'est ordinairement lorsqu'on est fâché contre les autres, et qu'on veut les reprendre et leur faire sentir leur tort, qu'on prononce des malédictions, mettez une attention particulière à faire vos corrections avec une juste modération. Les corrections trop aigres augmentent la faute, au lieu d'y remédier; elles embrasent le feu, au lieu de l'éteindre. Il faut donc corriger avec une douceur réglée par une juste sévérité, avec une sévérité tempérée par une douceur convenable (1).
0 mon Dieu, qu'il ne sorte jamais de ma bouche que des cantiques de louange et d'amour pour vous, que des paroles de bénédiction pour mes frères! Que ma langue s'attache à mon palais plutôt que de jamais proférer aucun jurement, aucun blasphème, aucun de ces mots exécrables, qui font frémir les âmes pieuses et allument les foudres de votre juste colère.
(1) Régal disciplinae rigor mansuetudinem ; mansueîudo omet ngorem. D. Grcg., 1. XIX, Moral, c. xn.
des voeux. ei
D. Pèche-t-on contre ce commandement, quand on n'accomplit pas les vœux que Ton a faits?
R. Oui.
Si c'est faire injure aux hommes que de violer les promesses qu'on leur a faites, si c'est être parjure que de manquer à sa parole, quand on Ta sanctionnée par la force du serment, à plus forte raison est-on coupable aux yeux du Seigneur, lorsqu'on viole un engagement aussi sacré qu'un vœu. En effet,
D. Qu'est-ce que le vœu?
R. Le vœu est une promesse délibére'e d'un plus grand bien, faite à Dieu dans l'intention de s'obliger.
4° Le vœu est une promesse, c'est-à-dire un engagement qu'on contracte envers Dieu et auquel on ne peut manquer, sous peine de péché. Par là, nous voyons que le vœu est essentiellement distinct de ces simples résolutions que l'on prend, de faire telle bonne œuvre, de pratiquer tel acte de vertu, etc., mais sans aucune intention de s'obliger, au lieu que le vœu est une loi formelle que l'on s'impose et qui nous lie devant Dieu.
2° Le vœu est une promesse faite avec délibération. Car le vœu est un acte sérieux, qui doit procéder d'un mouvement libre de la volonté, du calme et de la réflexion, et non de la précipitation, ou de la légèreté d'esprit. De là vient que les vœux faits avant l'âge parfait de la raison, ou arrachés par la violence, sont regardés comme nuls. Du reste, il n'est pas nécessaire que cette promesse ait été manifestée par la parole ou d'autres signes extérieurs ; il suffit qu'on ait l'intention de s'obliger devant Dieu, qui connaît le secret des cœurs. C'est de l'intention que le vœu tire sa force.
3° Le vœu est la promesse de quelque bonne œuvre- Ce serait faire injure à Dieu que de lui promettre de faire une mauvaise action. Quaniuax choses inutiles, vaines, inditfé-
rentes, elles ne peuvent pas être la matière d'un vœu. Ainsi il serait ridicule de promettre à Dieu d'aller à la promenade tel jour, de se faire faire un habit de telle couleur. Qu'importe tout cela à Dieu? et quelle gloire lui en reviendra-t-il? Si cependant, à raison de circonstances particulières, ces choses, indifférentes par elles-mêmes, tournent à l'honneur de la religion et à la sanctification de notre âme, elles peuvent devenir la matière d'un vœu. Ainsi une promenade peut se changer en pieux pèlerinage ; ainsi, par la forme ou la couleur d'un habit, on peut avoir en vue de renoncer aux vanités mondaines et de se renfermer dans les bornes d'une modestie exemplaire. Dans ces cas et autres semblables, nul doute que de telles promesses ne soient agréables à Dieu.
■4° Cette promesse doit être faite à Dieu, parce que le vœu est un acte du culte suprême qui n'appartient qu'à Dieu. Et, lorsqu'on dit que l'on se voue à la sainte Vierge ou à tel saint, cela signifie seulement qu'on veut se mettre sous la protection spéciale de la sainte Vierge ou de ce saint, afin d'obtenir de Dieu par leur entremise les grâces dont on a besoin ; mais le vœu se rapporte toujours à Dieu seul, comme l'auteur et le maître de toute grâce.
On peut distinguer quatre sortes de vœux :
1° Le vœu absolu, sans condition aucune, par exemple : Je promets à Dieu de jeûner vendredi.
2° Le vœu conditionnel qui dépend d'une condition qu'on y ajoute, comme, par exemple, si un malade disait : Je fais vœu d'aller en pèlerinage à Notre-Dame de Ceignac, si je recouvre la santé. On n'est tenu d'accomplir ce vœu que lorsque la condition est remplie.
3° Le vœu simple auquel chacun peut s'engagei individuellement, soit en public, soit en particulier, soit de bouche, soit de cœur, sans aucune intervention de l'Église.
1° Le vœu solennel qui est reconnu, accepté et en quelque sorte sanctionné par l'Eglise. Tels sont les vœux
d'obéissance, de pauvreté, de chasteté qu'on fait dans les ordres religieux.
Le vœu, fait avec les dispositions convenables et dans les conditions requises, est un acte de religion méritoire et agréable au Seigneur. Aussi le voyons-nous usité dans l'Église, dès les temps les plus reculés et même sous la loi mosaïque. Le prophète royal disait expressément : « Faites des vœux et rendez-les au Seigneur (I). » N'est-ce pas, en effet, rendre hommage à Dieu, que de s'astreindre à quelque œuvre de piété ou de charité, à des prières, à des aumônes ? Surtout dans les trois grands vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance, qui font comme l'essence de la vie religieuse, n'est-ce pas la plus grande marque de ferveur qu'on puisse donner à Dieu, et une preuve de dévouement sans bornes? Disons mieux: N'est-ce pas un sacrifice héroïque que de s'immoler entièrement au Seigneur, que de lui consacrer, sans partage et sans réserve, toutes ies facultés de soh âme et de son corps, que de s'obliger à mener dès ici-bas une vie angélique? Laissons donc les hérétiques et les impies se déchaîner contre ces renoncements sublimes, contre cette abnégation de soi-même, pour s'abandonner plus parfaitement à Pempire du souverain Maître. Qu'ils traitent, tant qu'il leur plaira, cette haute perfection de joug de fer, de basse servitude ! Les insensés ! ils ne veulent pas comprendre de telles vertus, parce qu'ils ne se sentent pas la force de les imiter. Ils feraient plus sagement de les respecter dans un religieux silence 2.
D. Doit-on faire témérairement des vœux? R. On ne doit faire des vœux qu'avec conseil et maturité, et il faut être fidèle à accomplir ceux qu'on a faits.
Il est plus prudent et plus avantageux de ne point faire des vœux, que d'en faire à la légère. Souvent, à ïa suite
(1) Vovete et reddite. Psal. lxxv, 12.
d'une retraite, d'une mission, on est tout feu et tout flamme; on se croit capable de tout, et on s'impose des obligations, dont on sent plus tard la gêne et la pesanteur et auxquelles cependant on ne peut manquer sans se rendre coupable devant le Seigneur. Ainsi une jeune personne, dans un moment de ferveur, fera vœu de chasteté ; et puis les passions se réveillent, un parti se présente, le vœu est mis de côté; et voilà comment on perd son âme. Pareillement, une mère a-t-elle un enfant malade, elle se voue à tous les saints, promet de faire dire tant de messes, d'aller en pèlerinage à telle église, et, l'enfant guéri, elle ne pense plus à ses vœux. Telle autre personne est ellemême souffrante ; les promesses ne lui coûtent rien, dans l'espoir de recouvrer la santé; et plus tard elle ne se fait aucun scrupule de les violer. Surtout, pour ce qui regarde les vœux solennels, il faut bien remarquer que nous ne sommes pas tous appelés au même genre de vie ; les conseils évangéliques ne sont pas faits pour tout le monde, mais seulement pour ces âmes d'élite que Dieu touche d'une grâce particulière. Que celui qui peut entendre, entende, a dit le divin Sauveur (i).
S'agit-il donc de vous engager par vœu à quelque bonne œuvre; pesez attentivement les raisons qui vous y portent; voyez s'il vous sera facile de l'accomplir. C'est ce que le catéchisme vous recommande, quand il vous dit qu'il ne faut faire des vœux qu'avec maturité. N'en faites encore qu'avec conseil, c'est-à-dire qu'après avoir pris l'avis d'une personne sage, expérimentée, qui connaisse parfaitement votre position et vos forces. C'est ordinairement à son confesseur qu'il faut s'en rapporter, parce qu'étant au courant de notre conduite, il sait mieux que personne ce qui nous est plus expédient.
Enfin, il faut être fidèle à accomplir les vœux qu'on a faits. Vous êtes libre de ne pas faire de vœux, rien ne vous
(1) Qui potest capere, capiat. Math., xix. 12-
y oblige ; mais, le vœu une fois fait, vous n'êtes plus libre de ne pas l'accomplir ; vous voilà lié par votre promesse (I). Dieu Ta acceptée, vous devez donc la tenir; sans quoi vous êtes up misérable parjure. Car le vœu tient du serment promissoire. Faire vœu, c'est dire en quelque sorte à Dieu : Oui, Seigneur, je vous promets telle chose, et, j'en jure par tout ce qu'il y a de plus saint dans le ciel et sur la terre, j'accomplirai ma promesse ; si j'y manque, je me dévoue pour jamais à votre colère. D'après cela, peut-il y avoir un engagement plus sacré que celui du vœu ? Si donc vous en avez fait quelqu'un, ne tardez pas à l'accomplir ; toute négligence à cet égard serait condamnable (2).
Si, après avoir fait un vœu, on diffère ensuite de le mettre à exécution, combien faut-il de temps pour commettre, par ce délai, un péché mortel? Plusieurs docteurs disent qu'un délai de deux ans, ou tout au plus de trois, est une faute grave. Ce qui s'entend d'un vœu qui n'impose pas une obligation perpétuelle, mais momentanée, comme de visiter un sanctuaire", de faire dire une messe ; mais, quand il s'agit d'un vœu perpétuel, le délai de six mois est regardé comme un péché mortel.
Lorsque, par un concours de circonstances dont on n'est pas le maître, on se trouve dans l'impossibilité ou dans une grande difficulté d'accomplir son vœu, il faut en obtenir la dispense ou la commutation, et, pour cela, s'adresser aux supérieurs ecclésiastiques, qui représentent le Seigneur, envers qui l'on s'est engagé, et qui ont reçu de lui le pouvoir de lier et de délier. Dans les doutes que l'on peut avoir sur les vœux que l'on a faits, il ne faut pas manquer de consulter son confesseur.
En terminant l'explication du second commandement, pénétrons-nous bien d'une crainte religieuse pour le nom
(1) Quia vovisti, jàm te obstrinxisti. D. Aug., episl. 127.
(2) Quùm votum voveris Domino Deo tuo, non tardabis reddere..„ quia simoratus fueris, reputabitur tibi in peccatum. Deut., xxin, 21 j
de Dieu, pour la sainteté et L'inviolabilité du serment, pour l'obligation sacrée du vœu ; ranimons-nous dans l'horreur du parjure et de tout serment inutile, des imprécations et de toute parole grossière ou inconvenante.
TRAITS HISTORIQUES
1. Que de calamités ont attirées d'imprudentes malédictions ! Les livres sont pleins d'histoires à ce sujet. Lorsqu'on nous les cite, nous nions. C'est plus tôt fait. Torquémada raconte, dans la troisième journée de son Hexaméron, que deux voyageurs s'étant couchés au pied d'un arbre pendant un orage, l'un des deux y resta mort, et qu'en l'examinant on reconnut qu'il n'avait plus de langue, la foudre la lui ayant arrachée. On s'informa, ajoute le narrateur, et on sut que cet homme était plein de blasphèmes et d'imprécations. Aujourd'hui qu'on n'observe que les faits matériels et physiques, on rira peut-être de cette remarque; mais pourquoi ne serait-elle pas vraie?
Monstrelet rapporte que, le 15 juin de l'an 14G4, un bourgeois blasphémateur plaidant à Paris, lorsqu'on proféra les blasphèmes imprératoires que l'on reprochait à cet homme, la salle du palais trembla, une pierre tomba de la voûte, et toute l'audience prit la fuite. C'est un hasard, direz-vous, une coïncidence, une rencontre singulière ; mais n'y a-t-il pas des hasards trop singuliers ?
Avez-vous jamais entendu parler des deux Poppiel, rois de Pologne, au neuvième siècle? C'étaient des hommes impitoyables, qui ne donnaient pour consolation aux malheureux que d'insensés blasphèmes. Poppiel I« monta sur le trône en 816; il ne régna que cinq ans. Le juron qu'il affectait d'ordinaire était celui-ci : Que les rats me puissent manger! Ce serment vous donnera de lui une médiocre opinion. Il paraît pourtant qu'il n'était pas exécrablement mauvais. Mais son fils Poppiel II, qui lui succéda, devint un tyran perfectionné. Il adopta le gros mot de son père ; un pauvre ne réclamait pas la charité, qu'il ne répondît: « Que les rats me puissent manger, si je Ici donne une obole! » Comme il était jeune, on lui avait nommé pour luteuis ses deux oncles, guerriers expérimentés ; il ne les écouta point. Il épousa, malgré leur avis, une femme qui s'empara de son esprit, qui le gouverna, qui l'endurcit encore, qui, gênée par les tuteurs, sut d'abord les lui rendre suspects, ensuite odieux, enfin insupportables, si bien qu'il se décida à les faire empoisonner. « Que les rats me puissent manger, s'écria-t-il, si je n'en suis délivré demain ! » La cour frémit, le peuple s'indigna, en apprenant la mort des oncles du roi. Poppiel, avec l'audace qui
caractérise les grands criminels, accuse ses tuteurs de trahison, et, se courrouçant des reproches muels que lui adressaient toutes les physionomies : « Que les rats me puissent manger, dit-il encore, si je leur accorde ni bûcher ni sépulture ! » Les Polonais, qui aimaient ces princes si lâchement assassinés, murmurèrent de nouveau; les pauvres qu'ils avaient nourris en grand nombre, allèrent une nuit pour ensevelir les corps abandonnés des deux vieillards. Poppiel, qui le Sut, fit massacrer ces bonnes gens. Alors vint la vengeance. Du sein des deux cadavres corrompus, il sortit une armë-3 de rats, qui marcha vers la cour. L'horreur fit fuir tout le monéo. Poppieï restait seul avec sa femme dans son palais, lorsque les rats les assiégèrent. Le lendemain ils étaient dévorés.
Légendes, par Collin de Plancy.
L'Écriture nous dit que celui qui maudit dans l'amertume de son âme, sera exaucé dans son imprécation (1). Le Seigneur exauce aussi quelquefois celui qui prononce des malédictions inconsidérées, bien qu'elles soient pour un bon motif.
En l'année 1G03, un homme plongé dans toute sorte de vices, priait devant une image de la sainte Vierge, dans l'église de Saint-Laurent, à Valladolid. Dans un moment de ferveur et d'indignation contre sa criminelle vie, il se laisse emporter à prononcer contre lui-même cette imprécation : « Ma très-sainte Mère, si je tombe encore dans un tel péché, je veux mourir de la main du bourreau. » Hélas ! il eut la lâcheté d'y tomber, manquant ainsi à la promesse solennelle qu'il avait faite à la Reine des cieux. Quelque temps après (chose singulière, et qui n'admirerait ici les secrets jugements de Dieu et les ressorts de sa providence !) un meurtre est commis ; celui dont nous parlons, est accusé d'en être l'auteur; quoiqu'il soit innocent, toutes les apparences se trouvent contre lui ; il paraît convaincu. On le condamne à la morî; un religieux est appelé pour l'aider à bien mourir; et, comme ce père connaissait son innocence, il lui conseille d'interjeter appel, de demander la confrontation des témoins, pour faire voir l'erreur de ce premier jugement, et il lui garantit un succès infaillible: « Non, mon père, répondit le condamné, permettez-moi de n'en rien faire ; c'est Dieu qui m'a condamné par l'organe des hommes; le juge se trompe, mais Dieu ne se trompe pas; et j'ai cent fois mérité la mort par mes péchés, surtout par mon indigne lâcheté à l'égard de la très-sainte Vierge. Aussi j'aime mieux mourir, pour satisfaire à la justice divine. Si j'échappe de cette affaire, mes méchantes habitudes me retrouveront. > Il persista dans cette gêné-
(1) Maledicentis in amaritudine anima; exaudietur deprecatio, Eccli., iv, 6.
reuse résolution, et mourut avec les plus beaux sentiments de piété, content de réparer son infidélité par cette héroïque persévérance. Nouveau Mois de Marie, par le P. ûe Busst.
En ces dernières années, lorsque le socialisme levait hautement la tête et menaçait de tout envahir, que de blasphèmes hideux, que d'horribles imprécations, n'avons-nous pas entendus! Nous n'y pensons qu'avec effroi, et nous ne pouvons les rapporter ^ans frémir. Des hommes, aveuglés par de déplorables systèmes, excités par les chefs de ces sociétés secrètes où la colère et le fiel débordent de toutes parts, ont paru, ivres de démagogie, dans nos rues, sur nos places publiques, hurlant les cris les plus sauvages : c A bas les bourgeois! A bas les riches! Guerre aux banquiers! Mort aux modérés ! Du sang! du sang! Vive la guilloline ! A bas le ciel! Vive l'enfer! * Mais pourquoi conserver ces douloureux souvenirs? Afin qu'on n'oublie jamais que, lorsque le sentiment religieux s'affaiblit chez un peuple, il est prés de retomber dans la barbarie. Aussi les sophistes qui cherchent à le séduire pour en faire l'instrument de leurs folies, commencent toujours par lui arracher la croyance d'une vie future. A bas le ciel ! disent-ils, à bas les prêtres ! à bas Dieu ! et par là même ils déchaînent sur la société, épouvantée de tant d'audace, toutes les fureurs, tous les fléaux de l'enfer.
2. Lorsque Jacob, se rendant en Mésopotamie, eut vu cette échelle mystérieuse par où les anges montaient et descendaient, il fit vœu à Dieu, en disant: « Si Dieu demeure avec moi, s'il me protège dans le chemin par lequel je marche, et me donne du pain pour me nourrir et des % éléments pour me couvrir, si je retourne heureusement en !a maison de mon père, le Seigneur sera mon Dieu ; cette pierre que j'ai dressée comme un monument, s'appellera la Maison de Dieu ; et je vous offrirai, Seigneur, la jdîme de tout ce que vous m'aurez donné. » Ce vœu renferme trois choses : 1° En disant : « Le Seigneur sera mon Dieu, > Jacob s'engageait à l'honorer plus qu'il n'a\ait jamais fait, et à lui rendre un souverain hommage avec une affection et une application toutes particulières ; 2° en disant que cette pierre qu'il avait dressée, s'appellerait la Maison de Dieu, il s'engageait à considérer le lieu où le Seigneur lui était apparu, comme un lieu saint, et à y bâtir un autel, comme il le fit à son retour de Mésopotamie ; 3<> il promit de donner à Dieu la dîme de tous ses biens, offrant ainsi de bon cœur ce que plus tard le Seigneur e\i^3a par une loi formelle. Gen., xxvm, 20.
Anne, désolée de voir que le Seigneur ne lui accordait point d'enfans, le pria avec une grande confiance et une abondante effusion de larmes; et, en même temps, elle fit un vœu en disant: c Seigneur des armées, si vous daignez regarder l'affliction de votre servante, si vous lui donnez un enfant mâle, je vous le consacrerai
pour tous les jours de sa vie, et le rasoir ne passera point sur sa tête. » Une puère si fervente méritait d'être exaucée. Anne fut fidèle à sa promesse. Dès qu'elle eut sevré le jeune Samuel, elle ie conduisit à la maison du Seigneur, et le présenta au grand prêtre Héli, en lui disant : « J'ai supplié le Seigneur de nie donner cet « enfant, et il m'a accordé la demande que je lui ai faite ; c'est « pourquoi je le lui remets entre les mains, afin qu'il y demeure tant « qu'il vivra. » La piété de cette sainte mère fut dans la suite bien récompensée, par les grandes choses auxquelles son fils fut appelé.