‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 2)Chapitre 7 sur 55 · I. Rcg · texte numérisé non relu

I. Rcg

David ne pouvait souffrir d'être logé dans un palais magnifique, tandis que l'Arche d'alliance n'était que sous des tentes. Il fit donc vœu de ne se donner aucun repos, jusqu'à ce qu'il aurait bâti un temple au Seigneur. Mais Dieu lui ayant déclaré que ce ne serait pas lui, mais son fils Salomon qui aurait l'honneur de bâtir cet édifice, il ne laissa pas que d'amasser l'or, l'argent et tous les matériaux nécessaires pour la construction et la décoration de ce temple. Ce saint roi n'était occupé que du désir de la gloire de Dieu ; et son tèle condamne l'indifférence de ceux qui laissent les lieux saints dans une indécence honteuse, pendant qu'ils mettent tous leurs soins à se faire des maisons superbes.

Psal. 131, et II. Reg.t c. vu.

Un des vœux les plus imprudents qu'on puisse signaler, est celui que fit autrefois Jephté. Marchant contre les Ammonites, il promit à Dieu que, s'il lui donnait la victoire, il lui sacrifierait la première tête qui se présenterait à lui, après le combat. 11 défit en effet ses ennemis; mais la joie de sa victoire se changea bientôt en tristesse. Ce fut sa fille unique qui, transportée de joie, à cause de la gloire que son père s'était acquise, vint au-devant de lui avec plusieurs de ses compagnes, et le reçut au son des tambours et des trompettes. En la voyant, le cœur de Jephté fut brisé de douleur. Mais sa fille, contente de le voir victorieux, l'exhorta courageusement à accomplir son vœu, lui demandant seulement un délai de deux mois pour pleurer son triste sort sur les montagnes. Ce terme expiré, elle se rendit auprès de son père, qui exécuta la promesse qu'il avait faite au Seigneur. Les saints Pères sont grandement partagés, au sujet de ce vœu extraordinaire ; plusieurs le condamnent comme tout à fait contraire à la !oi naturelle et à la loi divine, qui défendent d'immoler un homme comme une victime ; ce qui a fait dire à l'un d'eux qu'il le fit avec légére'é et qu'il l'accomplit avec cruauté (1). D'autres l'excusent, en disant que ie Maître de la vie et de la mort l'avait inspiré à Jephté pour éprouver sa fidélité, comme il avait éprouvé

Cl) Imprudens vovit; crudelis implevit.

l0 CINQUIÈME LEÇON.

autrefois celle drAbral;am, et qu'il en exigea l'accomplissement pour donner aux peuples une grande idée des engagements contractés avec Dieu, sans qu'on puisse lui demander raison de cet ordre isolé et extraordinaire, ni en tirer aucune conséquence. L'opinion la plus probable est que l'immolation de la fille de Jephté ne lut que spirituelle, c'est-à-dire qu'élis fut obligée de consacrer sa virginité au Seigneur ; ce qui est regardé dans l'Écriture comme une espèce de mort (1). Quoi qu'il en soit, cet exemple nous montre évidemment qu'il faut bien réfléchir et peser ses paroles avant de faire un vœu.

Jud., xi.

Les vœux indiscrets deviennent une source d'inquiétudes, quelquefois même de péchés, parce qu'on s'en acquitte mal, ou qu'on ne s'en acquitte pas du tout. Une personne ayant appris que saint François de Sales avait fait vœu, dans sa jeunesse, de réciter tous les jours le chapelet, désira faire de même; mais voulut néanmoins prendre son avis. 11 lui dit: « Gardez-vous-en bien. » L'autre répondit: « Pourquoi refuseriez-vous aux auLes le conseil que vous avez pris pour vous-même, dès votre jeunesse? » — « Ce mot de jeunesse, décide l'affaire, répondit le saint, parce qu'en ce temps-là je le fis avec moins de considération; mais maintenant que je suis plus avancé en âge, je vous dis : Ne le faites pas. Je ne vous dis pas de négliger le chapelet ; au contraire, je vous le conseille, autant que je puis, et je vous exhorte à ne passer aucun jour sans ie réciter, parce que c'est une prière très-agréable à Dieu et à la sainte Vierge ; mais que ce soit par un pur et ferme propos plutôt que par vœu, afin que, quand il vous arrivera de l'omettre, vous ne vous exposiez pas au danger d'offenser Dieu ; car ce n'est pas tout de vouer, il faut rendre et rendre sous peine de péché, ce qui n'est pas une petite affaire. Je vous avoue que cela m'a souvent fort embarrassé ; et que souvent j'ai été sur le point de m'en faire dispenser, ou au moins de le faire changer en quelque autre œuvre de pareille importance, mais de moindre assujettissement. » L'autorité d'un prélat aussi sage, aussi pieux que l'était le saint évêque de Genève, vaut en ce genre une démonstration.

Esprit de sairt François de Sales, part. VIII, c. xvi. Ce fut un vœu abominable que firent les Juifs, furieux de la prédication de l'Évangile, de ne manger ni boire qu'ils n'eussent tué saint Paul. Ils étaient plus de quarante qui avaient fait cette conjuration, afin d'être assez forts pour tirer l'Apôtre d'entre les mains de ses gardes. Ils déclarèrent leur dessein aux princes des prêtres et aux sénateurs, lesquels, au lieu d'avoir horreur d'UDe proposition si détestable, y consentirent en demandant au tribun, de la part de

(1) Exod-, xxvii, 29.

tout le conseil, de faire encore comparaître Paul le lendemain devant eux, comme pour examiner son affaire avec plus de tranquillité ; cependant les conjurés devaient se tenir tout prêts pour le tuer, avant qu'il fût arrivé à l'assemblée. Saint Paul avait à Jérusalem un neveu du côté de sa sœur, lequel ayant appris la conspiration vint avertir son oncle, et, -par son ordre, alla aussi en donner avis au tribun. Celui-ci jugea, par la conduite des Juifs, qui agissaient en toute cette affaire comme des brigands, que ce avis était vraisemblable; et, pour soustraire Paul à leur malice, il le fit partir dans la nuit avec une bonne escorte, et l'envoya au gouverneur Félix, qui faisait sa résidence à Gésarée. Ainsi Dieu sait déjouer, quand il le veut, les complots des méchants. Act. ,xxin, 12.

Du temps de Théodoret, arriva une chose singulière, en punition de la violation d'un vœu. Parmi cette foule de gens, qui venaient voirs aint Siméon Slylite sur sa colonne et lui demander la guérison de leurs maladies, il se trouva un Amalécite, homme de condition, qui fit en présence du saint un vœu, par lequel il promit à Dieu de ne jamais rien manger qui eût eu vie. Mais, dans une circonstance, ayant voulu manger d'une poule contre sa promesse, Disu pour le punir de son infidélité et de sa sensualité, changea en [pierre ce qui en resta. Effrayé de ce prodige, il retint en grande hâte trouver le saint, lui découvrit son péché devant tout le monde, en demanda pardon à Dieu et implora le secours de son serviteur. Plusieurs, dit Théodoret, virent ce miracle, et touchèrent de leurs propres mains cette poule, dont une partie était de chair et l'autre de pierre. Ce Père atteste l'avoir vue lui-même.

Théod., Hist. Rel., c. xxvi.

Les philosophes, qui ne comprennent rien aux vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, avaient toujours publié que le cloître n'était peuplé que par la violence, qu'il ne renfermait que des victimes du désespoir, et qu'on n'avait qu'à en ouvrir les portes, pour voir toutes les religieuses se hâter d'en sortir. Mais, quand fut rendu le décret qui ordonnait que les couvents fussent évacués, elles offrirent l'exemple de l'attachement le plus sincère à leur état, et donnèrent le démenti le plus formel à leurs détracteurs. Ce ne fut que, les larmes aux yeux, qu'elles quittèrent ces pieux asiles qui abritaient leur innocence ; on fut même souvent obligé d'user de violence pour les en faire sortir ; et leur constance devint pour l'univers un spectacle d'adn.iration, comme la conduite qu'elles ont tenue dans le monde, a été ut* sujet d'édification pour tous les fidèles. C'est ainsi qu'elles ont convaincu de calomnie, et de la manière la plus solennelle, cee fables débitées sur leur compte parla malignité, et ces fictions théâtrales où on les livrait à une pitié insultante ou à un ridicule injusu et amer. Cependant les philosophes révolutionnaires, qui avaient af

fecté de déplorer leur sort, ne voulant pas les avoir représentée* en vain comme victimes des préjugés, comme gémissant sous la tyrannie la plus dure, essayèrent de donner une apparence de raison à leurs diatribes, et, pour cela, ils eurent recours à un moyen infâme : ils firent paraître aux promenades du Palais-Royal, en habit de religieuses, une foule de femmes de mauvaise vie, qui, sous cette crécoration, affectaient d'afficher l'indécence et l'immodestie, pour rendre la calomnie plus atroce. Le Ciel permit qu'elle n'en devînt que plus évidente, et que la honte en retombât sur ceux qui en étaient les auteurs. Ces femmes éhontées divulguèrent elles-mêmes que c'était de ces imposteurs qu elles avaient reçu une somme de dix écus , pour jouer leur rôle ignoble.

C'est à des vœux faits en expiation du péché, ou en reconnaissance de quelque grâce signalée obtenue du Ciel, que la France devait celte multitude de monuments religieux, qui faisaient sa gloire, avant d'être tombés sous le marteau révolutionnaire.

Au xne siècle, Adalard, vicomte de Flandre, faisant son pèlerinage à Saint-Jacques en Galice, suivant la coutume de son temps, tomba dans une embuscade de voleurs. C'était au sommet d'une montagne isolée, haute, rude et souvent inaccessible, à cause des neiges et des' brouillards dont elle est couverte pendant la plus grande partie de l'année. Elle est connue sous le nom d'Aubrac. Se voyant en péril de perdre la vie, Adalard fît vœu, s'il échappait au danger, de fonder, au lieu même où il se trouvait, un hôpital pour y recevoir les pèlerins, et de chasser de cette montagne les voleurs qui l'infestaient. Et ce vœu pénétra les cieux ; il en rapporta pour le vicomte de Flandre une victoire complète. Plusieurs brigands demeurèrent sur la place ; les autres ne trouvèrent leur salut que dans la fuite. Plein de reconnaissance pour le Dieu qui venait de le protéger, Adalard se hâta de faire part de son vœu aux jeures chevaliers qui 1 accompagnaient : « Amis, bur dit-il, si de braves chevaliers comme c vous, n'ont pu forcer ce passage que les armes à la main, comment < des hommes sans armes, des vieillards, des femmes et des enfants, c pourront-ils le franchir? Ne serait-ce pas une œuvre chrétienne de c purger ces montagnes des brigands qui les infestent, et d'établir c un lieu de refuge sur le sol même où nous avons combattu, et où « plus;eurs des nôtres ont péri ? » Les chevaliers applaudirent à cette idée pleine de générosité, et tous ensemble poursuivirent avec bonheur le pèlerinage.

L'ex-tofo suspendu au tombeau de l'apôtre des Espagnes, le jeune vicomte reprit son bout don et sa besace de pèlerin. Il sortit de la ville, tout glorieux du souvenir de sa bravoure ; son cœur lui redisait sans cesse les hauts faits de la montagne ; il ne lui laissait que le vœu fait à Dieu, au moment du danger. Mais Dieu attendait sur U

DES VCEUX. 73

montagne le jeune vicomte. Adalard arrive à l'endroit où les voleurs, l'avaient attaqué, et un coup de vent remporte soudainement, et le lance, lui et sa mule, dans une fondrière de neige. Ce nouveau danger le fit ressouvenir de son vœu : alors il le renouvela avec ferveur; il y ajouta la promesse de se consacrer à Dieu dans ce lieu même, pour le reste de ses jours. Avec l'aide du Ciel, ses compagnons le ramenèrent à la vie. Il paraît même que, pour fortifier Adalard dans ses bonnes intentions, Notre-Seigneur lui apparut dans une vision, et, lui montrant sur le grand chemin, dans un bois épais et sombre, une horrible caverne où gisaient entassées vingt ou trente têtes de pèlerins encore sanglantes, il lui ordonna de fonder en ces lieux une église en l'honneur de Dieu et de la sainte Vierge, pour le salut et l'utilité de plusieurs. Fidèle aux ordres du Ciel et à ses promesses, le jeune vicomte fit dresser, dès ce jour même, avec des branches d'arbres et de la terre détrempée, une humble cabane où il fixa son séjour. Quelque temps après, avec l'agrément du comte de Rodez, il jeta les fondements d'une grande maison, et, avec la permission du Saint-Siège, il y établit une communauté de treize prêtres, à laquelle il donna de sages constitutions et qu'il dota de riches revenus. Adalard vit son œuvre bénie du CielJ Dieu était glorifié, le pauvre soulagé, le pèlerin n'avait plus à redouter le fer des brigands ; aubrac, malgré toutes ses horreurs, offrait une image de la Jérusalem céleste !.. La tourmente de 93 a détruit cet asile du pauvre et du voyageur. Et qu'a trouvé le pauvre au milieu des ruines de l'antique monastère? L'affreuse misère! Les arceaux du portail où se distribuaient les aumônes, subsistent encore ; mais il n'est plus de religieux pour donner la miche. S'il en était, le pauvre y recevrait encore l'hospitalité; il y trouverait le pain de chaque jour. L'homme opulent a succédé aux enfants d'Adalard, et il n'habite pas Aubrac pour y attendre le voyageur et l'indigent. Ils passent...., jettent un coup d'œil sur les ruines du monastère et soupirent.

L'Ancien Hôpital à' Aubrac, par l'abbé Bousquet, curé de Buseins.

La divine Marie, si miséricordieuse envers ceux qui l'invoquent, se plaît surtout à exaucer les vœux qu'on lui adresse dans son sanctuaire privilégié, à Ceignac. Que d'âmes affligées ont trouvé leur consolation da?s cette illustre église! Que de malades y ont obtenu leur guérison! -— En l'an 1GI4, François de Fons, de la Roquevennat, étant écolier à Rodez, eut une forte tumeur à un pied, qui empira malgré tous les remèdes, lui perça le pied en trois ou quatre endroits, elle rendit si difforme qu'il n'espérait plus s'en servir. Les plus habiles médecins, appelés pour le soigner, jugèrent à propos de cautériser la plaie avec une lance de fer, rougie au feu. On fit tenir le jeune écolier par quatre ou cinq hommes, entre lejibras de»- IV. 4

queîs il fit de si grands efforts, à cause de l'excessive douleur qu'on lui causa, qu'il en faillit mourir. Le mal s'aggravait toujours, et on commentait à craindre la gangrène, lorsqu'on se décida à recourir à une nouvelle cautérisation. A celte nouvelle, ie jeune homme effrayé dit : « Je ferai ce que vous voudrez ; mais portez-moi p!u;ot, je vous en ^onjure, au pied de cetie image de la Vierge, qui e?t là dans ma chambre. » On accéda à son désir, et François de Funs adressa cette prière à Marie : « Mère de miséricorde, faites, je vous en supplie, que je guérisse sans que le feu ni le fer louchent mon pied; je fais vœu d'aller à votre église de Ceignac, pour vous y offrir l'hommage de mon cœur.» Il n'eut pas plutôt achevé, que sa douleur avait disparu; il se leva du lit et passa la nuit en prières. Le lendemain il monta à cheval, pour aller accomplir son vœu. Il ne resta à son pied aucun vestige du mal. Dès ce jour, il vécut en parfaite santé, pendant encore dix ou douze années, toujours plein de reconnaissance pour la sainte Vierge, et il rendit son âme à Dieu, un jour de fête de Notre-Dame, après avoir assisté au saint sacrifice de la messe.

En l'an 1528, la peste régnait aux environs d'Albi ; elle pénétra même dans la ville, où plusieurs familles succombèrent. Dans un danger si évident, les habitants firent vœu d'aller en corps à l'église de Ceignac, s'il plaisait à Dieu d'enchaîner le fléau qui menaçait de lotit envahir. Leur vœu fut heureusement exaucé; la peste s'arrêta à coup. Les habitants d'Albi vinrent donc en procession solennelle à Ceignac, le 26 mars 1C29; et ils y laissèrent un acte authentique de leui reconnaissance, qui fui signé par les membres du clergé et les principaux magistrats d'Albi.

Le S septembre 16^5, un gentilhomme "de Compeyre, nomme de

L : juinhac, à la suite d'un vœu fait à Marie, ayant obtenu la gué-

. d'un petit enfant que les médecins avaient aba;; le fit

porter à Ceignac, pour témoigner sa reconnaissance à la Reine du

ciel. Lorsque le prêtre fut à l'élévation, l'enfant, qui ne savait pas

encore parler, prononça distinctement le nom de Jésus, comme vou-

reconnaître celui qui l'avait sauvé du danger évident de mort, où

tait li"uU\é.

Un chanoine de Mende, nommé Eleu, atteint d'une très-dangereuse

lie, fit vœu d'aller en pèlerinage à Ceignac, et il fut soudaine-

guéri. Il accomplit ôon vœu le 4 juin !G36.

'il y a des vœux, dit sainl Augustin, que tous doivent faire égale-

;, comme de n: point corrompre en soi le temple de Dieu, de ne

d'orgueil, <J,; rie point haïr son frère. Il y en a d'autres

meni à quelques-uns, comme de vouer la viqri-

i sa maison un saint hospice de chanté, d'iibandon-

ner lous s veur des pauvres, et d'aller s'enfoncer dans

une communauté. Nul ne peut se dispenser des premiers, qui sont communs à tous ies chrétiens. Quant aux derniers, cnacun est libre de les fane ou de ne pas les faire. Mais que ceux-là les accomplissent fidèlement qui les auront faits (t).

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