OU TROISIÈME ET DU QUATRIÈME COMMANDEMENT
PREMIÈRE INSTRUCTION
De la sanctification du Dimanche. — Le Dimanche substitué au sabbat. — Cessation des œuvres serviles. — Cas de nécessité qui justifient le travail du d;manche. — Repos nécessaire pour l'âme et pour le corps. — Objections qu'on allègue. — Le péché pire qu'une œuvre servile.
D. Que nous ordonne le troisième commandement : Les Dimanches tu garderas en servant Dieu dévotement?
R. Il nous ordonne de sanctifier le Dimanche ou le jour du Seigneur.
Non-seulement tous les jours, mais encore tous les instants de notre vie appartiennent au Seigneur, car c'est lui qui nous a faits, et nous devons lui rapporter toutes nos pensées et toutes nos œuvres comme à notre créateur et notre premier principe. Mais notre esprit, sans cesse distrait par les mille sollicitudes de ce monde, courbé vers la terre par le travail manuel, ne peut au milieu du tourbillon des affaires journalières s'occuper continuellement de Dieu, et lui payer à chaque instant le tribut de louange, d'adoration, d'actions de grâces qui lui est dû. Voilà pourquoi le Seigneur s'est réservé un jour dans la semaine, où notre âme, libre des soins terrestres, peut s'élever jusqu'à lui, se reposer en lui, et lui témoigner son amour et sa recon-
(1) Àug., in ts. iaxv.
ÎO SIXIÈ3IE LEÇON.
naissance pour tous les bienfaits dont il nous a comblés. Six jours sont à vous, a-t-il dit; mais le septième doit m'être exclusivement consacré (1).
Dans l'ancienne loi, c'était le sabbat ou samedi qu'on observait en mémoire de ce repos solennel dans lequel le Seigneur était entré, après avoir terminé le grand ouvrage de la création. Dieu lui-même l'avait prescrit aux Juifs, par ces paroles célèbres : « Souvenez-vous de sanctifier le jour du sabbat (2). » Pour montrer combien il tient à l'observation de ce commandement, il emploie cette formule, si propre à réveiller l'attention : Souvenez-vous; mémento. Le mauvais exemple, la cupidité, mille passions pourraient vous séduire, et vous faire oublier le culte que vous me devez en ce jour; mais ne perdez pas mon ordre de vue, car il est d'une importance extrême : Mémento. Il revient souvent sur ce sujet en divers endroits de l'Écriture, et dans un chapitre il emploie jusqu'à cinq versets consécutifs pour recommander à son peuple d'observer son sabbat, menaçant des plus grandes peines ceux qui seraient assez audacieux pour violer ce jour consacré (3).
Au lieu du sabbat gardé par les Juifs, les chrétiens observent le Dimanche, ainsi appelé de deux mots latins, dies dominico. jour du Seigneur, parce qu'il est spécialement consacré au culte divin et à la sanctification de nos âmes. Cette substitution du Dimanche au samedi a eu lieu dès l'origine de l'Église, et elle a été faite par les apôtres eux-mêmes, en vertu du pouvoir qu'ils avaient reçu de Jésus-Christ pour gouverner l'Église, et guidés en ceci, comme dans tout le reste de leur conduite, par les lumières du Saint-Esprit. La raison qui semble les avoir déterminés
(1) Sex diebus operaberis, et faciès omnia opéra lua ; seplimo au- ♦em die sabbatum Domini tui est. Exod., xx, 9, 10.
(2) Mémento ut diem sabbati sanctifiées. Exod., xx, 8.
(3) Videte ut sabbatum meum custodiatis... custodite sabbatum meum.., sabbatum est, requies sancta Domino. Exod., xxxi, 13, 14,15.
à choisir le Dimanche pour le consacrer à Dieu, c'est qu'en ce jour une nouvelle ère a commencé; en ce jour a eu lieu une nouvelle création, une création spirituelle, la régénération du monde. C'est un Dimanche que Jésus- Christ est ressuscité et qu'il est entré dans son repos éternel, après avoir consommé l'ouvrage de notre rédemption, de même que Dieu s'était reposé après avoir créé le monde. C'est aussi un Dimanche que le Saint-Esprit est descendu sur les apôtres, et qu'a eu lieu la première promulgation de la loi évangélique : deux mystères augustes et magnifiques, dignes d'une éternelle commémoration. C'est parce que le Dimanche a été consacré par les plus étonnantes merveilles que saint Ignace, le martyr, l'appelle le roi des jours, le plus beau, le plus excellent de tous (1).
L'obligation de sanctifier le Dimanche est fondée : 1° Sur V autorité de Dieu qui nous le commande. Il n'est point d'autorité, ni de puissance qui approche de celle du Très-Haut (2). Dieu pouvait se réserver pour son culte tous les jours de la semaine, il s'est contenté d'un seul ; et nous pouvons appliquer à ce commandement ce qu'a dit saint Bernard au sujet de celui qui interdisait au premier homme le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, lui laissant d'ailleurs la liberté d'user de tous les autres, que c'est un commandement léger et une permission très-ample (3). 2° Sur l'excellence de notre âme, à la perfection et au salut de laquelle il nous faut en ce jour travailler. L'âme est la fille aînée de Dieu, l'image de ses perfections, un rayon de sa lumière; elle est l'épouse de Jésus-Christ, la sœur des anges, la reine de la terre, l'héritière du ciel. Quoi de plus juste que de lui donner un jour, après en
(1) Regina et princeps omnium dierum. D. Ign., epist. ad Magnes.
(2) Nullus ei similis in legislatoribus. Job, xxxvi, 22.
(3) Levissimum mandatant larga ornninô mensura. D. Bem.t serm. 2, de Circumc
avoir donné six au corps, qui n'est qu'un amas de poussière et de boue M
D. Que faut-il faire pour sanctifier le Dimanche? R. II faut s'abstenir des œuvres serviles et employer ce jour à des œuvres de religion.
Sanctifier une chose, c'est la retirer d'un usage profane, pour l'appliquer à un usage saint. Afin donc de bien sanctifier le Dimanche, il faut ne rien faire qui puisse en violer la sainteté, et l'employer d'une manière toute spéciale au culte de Dieu. Pour cela, deux points sont nécessaires : la cessation des œuvres serviles, et l'application aux œuvres de religion. Le développement du premier de ces points nous occupera suffisamment pendant cette instruction, et nous réserverons le second pour l'instruction suivante.
Cessation des œuvres serviles.
Parmi les diverses occupations auxquelles l'homme peut se livrer, on en distingue de trois sortes qu'on appelle serviles, libérales et communes. On entend par œuvres serviles, celles qui sont propres aux gens de service ou de métier, que l'on fait pour gagner la vie ou en vue d'un salaire, et qui demandent plutôt la force du corps que le travail de l'intelligence, comme, par exemple, les ouvrages mécaniques tels que coudre, filer, tailler la pierre, ou bien encore le labourage et autres opérations de l'agriculture.
Les œuvres libérales sont le produit de l'intelligence plutôt que des forces corporelles, comme, par exemple, écrire, chanter, étudier, faire de la musique, enseigner, etc. Voilà pourquoi on les appelle aussi occupation? de l'esprit. Autrefois elles étaient le partage des nommes libres; d'où leur venait le nom de libérales. Maintenant elles sont surtout exercées par des personnes d'une condition un peu aisée.
Enfin, les œuvres communes sont celles qui conviennent
à toutes sortes de gens, riches ou pauvres, nobles ou roturiers, maîtres ou serviteurs, comme par exemple, manger, voyager, jouer, etc.
Cela posé, nous dirons que les œuvres libérales et communes, faites même pour un gain, ne sont pas défendues le Dimanche et les jours de fête. On ne pèche en s'y livrant qu'autant qu'on y donne un temps considérable, qui détourne du service de Dieu. Ainsi on peut voyager le Dimanche, quand on a d'ailleurs rempli ses devoirs religieux; on peut écrire, étudier; on peut même donner un certain temps à la chasse et à la pêche, pourvu qu'on n'en fasse pas un métier. Car, si l'on cherchait dans ces sortes d'exercices, non un honnête amusement, mais le gain, ils rentreraient, au sentiment des théologiens, dans la classe des œuvres serviles(l).
Quant aux œuvres serviles, elles sont expressément défendues ; et l'on ne peut s'y livrer, sans commettre un péché grief; ainsi l'ont unanimement décidé tous les Pères, tous les docteurs, tous les conciles. Et, d'après les casuistes les plus habiles, deux heures de travail soit consécutif, soit interrompu, suffisent pour un péché mortel, parce que c'est un temps notable ; quelques-uns même vont jusqu'à dire qu'il suffit de travailler une heure, pour se rendre coupable d'une faute grave.
Dans l'ancienne loi. Dieu se montrait tellement jaloux de l'observation de ce commandement, qu'il en menaçait les infracteurs de la peine de mort. «Quiconque, dit le Seigneur, fera un ouvrage servile en ce jour qui m'est consacré, qu'il soit puni de mort (2).» Et nous voyons dans l'Écriture sainte une exécution terrible de cette eentence sur la personne d'un Juif. Pendant que les fils d'Israël erraient dans le désert, un pauvre homme fut pris ramas-
(1) Ex officio venationem aut piscationem exeveere servile videtur ac in die festo prohibilum. Sylvius, 2, q. !22, arl. 4.
(2) Oœnis qui fecerit opus in hoc die morietur. Exod., xxxi, \&.
sant du bois mort,, le jour du sabbat. La foule se saisit de lui et le conduisit devant Moïse et Àaron, qui le firent mettre en prison, ne sachant pas de quel châtiment ils devaient le punir. Mais le Seigneur dit à Moïse : «Il faut qu'il soit puni de mort; il faut que le peuple prenne des pierres et le lapide hors du cam.p, car il a transgressé la loi qui défend de travailler à aucune œuvre, le jour que j'ai fait saint. » Cet homme fut donc emmené dans la campagne, hors de l'enceinte du camp, et ceux qui l'avaient vu ramassant le bois, prirent les premières pierres et les lui jetèrent; après eux, la foule en lança contre lui un si grand nombre que son corps en fut bientôt couvert, et que là où le coupable avait été lapidé, il y eut comme un petit monticule, qui fut montré longtemps aux enfants d'Israël, pour les faire ressouvenir que le jour du Seigneur était un jour saint, et que ce jour-là on ne devait faire aucun travail *. Si Dieu ne manifeste pas de nos jours ses vengeances d'une manière si éclatante, le péché n'est pas moins grief. Quelquefois même sous la loi de grâce, Dieu a puni de la manière la plus exemplaire ceux qui ont eu l'audace de violer un précepte si important. Voici ce que disent à ce sujet les Pères du sixième concile de Paris, tenu en l'an 829 : « Ceux qui s'appliquent à des œuvres serviles aux jours de Dimanche et de fête, obscurcissent l'éclat de la religion ; ils font blasphémer le nom de Jésus-Christ, et le Seigneur, justement irrité, ne diffère pas toujours à la vie future les vengeances qu'il tire de ces infractions sacrilèges. ■ Et ils rapportent que, de leur temps, des hommes ayant, au mépris de la loi divine, travaillé le Dimanche, les uns furent frappés de la foudre, d'autres affligés d'une contraction de nerfs, d'autres consumés sur-le-champ par uu feu vengeur et visible et entièrement réduits en cendres. Ils certifient avoir vu de leurs propres yeux quelques-unes de ces punitions éclatantes, et avoir appris les autres de témoins dignes de foi. Ce ne sont pas les seules, ajoutent-ils : il en est d'autres également terribles, dont Dieu s'est servi et se
sert encore pour nous faire connaître combien il se tient offensé par la violation du saint repos du Dimanche. De tous les péchés, la profanation du jour du Seigneur est, au jugement des saints Pères, celui qui est le plus capable d'attirer sur nous les fléaux du ciel, tels que les stérilités, les inondations, les tremblements de terre, les épidémies, qui viennent de temps à autre nous affliger, parce que ce péché renferme une attaque directe et tout à fait de sangfroid contre la volonté et la souveraineté de Dieu, et que l'homme le commet avec plus de malice, n y étant violemment entraîné par aucune passion.
Quelque insensé me dira peut-être ici : « Moi je ne me suis fait aucun scrupule de travailler jusqu'à présent le Dimanche, et cependant il ne m'est rien arrivé de fâcheux (1).» — Quoi ! tout a souri jusqu'à ce jour à vos vœux ! Quoi ! vous n'avez éprouvé aucune peine, aucun malheur! Ah! je vous en félicite. Mais n'est-ce pas déjà quelque chose de bien fâcheux pour vous que votre endurcissement dans le péché? Àh ! tremblez que la patience du Seigneur à la fin ne se lasse ; ou, s'il vous épargne dans le temps, tremblez que ce ne soit pour vous punir plus sévèrement pendant l'éternité.
Comme la matière est entièrement importante, il est bon d'entrer ici dans quelques détails, pour spécifier au juste quelles sont les œuvres prohibées le Dimanche. Nous citerons en particulier :
1° Les travaux champêtres, comme labourer, ensemencer, moissonner, vendanger, faucher, dépiquer, vanner, couper du bois.
2° Les professions industrielles, mécaniques, les divers métiers, comme ceux de forgeron, menuisier, maçon, tailleur, peintre de bâtiments, sculpteur, brodeur, etc. Il n'est pas même permis de filer, coudre ou broder pour objets d'église, scapulaires, ornements, quand même on
(1) Pecoavi; et quid mihi accidit triste? Eccli., v, 4.
n'en chercherait aucun profit, et qu'on voudrait en faire une aumône à l'Église, parce que l'intention, quelque pieuse qu'on la suppose, ne change pas la nature du travail qui est servile, et, par conséquent défendu.
3° Les .opérations commerciales, comme acheter, vendre dans les boutiques publiques. On peut néanmoins acheter ce qui est d'un usage journalier, comme les vivres; on permet également aux gens de la campagne d'acheter ce qui leur est nécessaire pour la nourriture et le vêtement. Mais on ne doit pas exposer publiquement ces marchandises en vente, excepté dans certaines foires ou marchés admis par la coutume. Les boutiques doivent être fermées le Dimanche ou du moins n'avoir qu'une porte ouverte. Vendre, commercer, trafiquer pendant les saints offices, est un double péché parce qu'à l'infraction du précepte on ajoute le mépris du culte divin.
4° Les charrois, les transports, à moins qu'on n'eût commencé son voyage pour une juste cause, et qu'on ne put le discontinuer sans de graves inconvénients.
5° Les affaires du barreau, comme- citer des parties, intenter un procès, prononcer ou exécuter des sentences, exercer tout autre acte de justice qui se fait avec bruit et contention. Quoique ces œuvres ne soient pas serviles, elles sont néanmoins défendues par l'Église, et il n'y a que la nécessité ou une utilité urgente qui puisse les autoriser. On peut, néanmoins, instruire des causes, passer des actes par-devant notaire, consulter des avocats, examiner des procès, et faire généralement tout ce qui ne demande pas une action publique.
Quelque rigoureuse que soit la loi qui interdit toute ocrupationservile le Dimanche et les jours de fête, l'Église tolère cependant les différents travaux indispensables à la vie humaine. Ainsi, on peut préparer les aliments, faire ce qui tient à la propreté de la maison, prendre soin du bétail etïe faire paître, cueillir les fruits et les herbes potagères qui doivent servir au repas du jour. Il faut éviter
cependant de préparer des festins somptueux, parce que ce ne doivent pas être là des jours de gourmandise et de sensualité.
Il est aussi certains ouvrages serviles autorisés par la coutume. Qu'on permette tout ce qui est consacré par l'usage, dit le concile d'Arles (1). C'est la meilleure règle qu'on puisse donner sur cette matière; mais il faut que cette coutume soit approuvée, du moins par le consentement tacite des autorités ecclésiastiques. C'est sur la coutume qu'on se fonde pour excuser les barbiers qui rasent les jours de Dimanche et de fête, les boulangers, les bouchers, les traiteurs, les pâtissiers, les confiseurs et autres qui vendent ce qui se mange; ils peuvent même le préparer, quand cela est nécessaire, en prenant la précaution de tenir leur boutique fermée, au moins en partie. Mais l'usage légitime ne doit jamais dégénérer en abus. Toute coutume qui détournerait complètement de la sanctification des jours sacrés, serait condamnable.
La défense de vaquer aux œuvres serviles peut encore souffrir de nombreuses exceptions. L'Eglise, qui est une mère tendre et indulgente, compatit aux besoins de ses enfants, et leur permet leurs divers travaux, quand il y a lieu. En cela, elle ne fait qu'entrer dans l'esprit de Jésus- Christ, son divin Epoux, qui plus d'une fois condamna, et par ses exemples et par ses paroles, l'hypocrite rigidité des pharisiens et leurs scrupules absurdes à l'égard du sabbat. Dans une circonstance, il défendit contre leurs injustes agressions ses apôtres qui, pressés par la faim, avaient, un jour de sabbat, ramassé des épis, et les avaient broyés contre leurs mains pour les manger. Une autre fois, ces mêmes Juifs, toujours prêts à le critiquer, s'étaient scandalisés de ce qu'il avait guéri un paralytique un jour de sabbat. «Quel est celui d'entre vous, leur dit le divin Sauveur, qui, trouvant son bœuf dans un fossé, un jour de
(1) Quod antè fieri licuit, liceat. Conc. Arel., an. 5S8.
sabbat, ne l'en retirera pas?» leur marquant clairement par là qu'il peut y avoir des raisons très-fortes, très-légitimes de travailler, les jours consacrés au repos religieux.
On distingue donc plusieurs cas de nécessité, qui légitiment le travail fait le Dimanche.
1° Nécessité pour le service divin. Ainsi on peut balayer, nettoyer, orner une église, préparer ce qui est nécessaire pour la solennité d'une fête, et achever tous autres ouvrages nécessaires au culte, qu'on n'a pu commodément exécuter la veille. Mais s'il s'agissait de quelque travail notable, comme, par exemple, de bâtir une église, ou de transporter des pierres ou du bois pour la réparer, on ne pourrait se le permettre sans l'autorisation de l'évêque ou sans une urgente nécessité.
2° Nécessité de faire face aux divers services publics. Ainsi il est permis de faire aux chemins, aux ponts, aux chaussées, les réparations qui ne peuvent souffrir du retard, de poser les digues nécessaires pour préserver d'une inondation, etc. C'est cette nécessité qui excuse encore les matelots, les bateliers, les messagers, les courriers, dont le travail ne peut être suspendu, sans causer de graves dommages au public. Ils sont néanmoins obligés d'entendre la messe, s'ils le peuvent.
3° Nécessité de subvenir à un besoin urgent du prochain. Car la charité, fondée sur la loi naturelle, l'emporte sur le précepte positif qui défend les œuvres serviles. S'agit-il donc d'éteindre un incendie, de préparer des remèdes pour un malade, il est clair qu'on peut faire tout le travail nécessaire pour ces cas et autres semblables.
4° Nécessité de continuer certains travaux qui, une fois commencés, ne peuvent être interrompus sans un grave préjudice. Ainsi on permet aux tuiliers, verriers, chaufourniers et fondeurs, de faire ce qu'il faut pour entretenir le feu dans leurs fours.
5° Nécessité d'entrer la récolte, lorsqu'elle est en danger de périr ; ainsi, si la pluie, ou un orage menacent, il est
permis de moissonner, vendanger, serrer les grains, le foin, les olives et autres productions.
6° Nécessité particulière dans laquelle on peut se trouver; par exemple, si un pauvre malheureux ne pouvait absolument se procurer de quoi manger ce jour-là, sans travailler, il serait certainement bien excusable.
7° On peut encore tolérer une occupation servile, lorsque la chose est de peu d'importance, comme s'il ne s'agissait que d'arracher quelques mauvaises herbes en se promenant dans son jardin, de passer un point ou deux à son habit ou à son bas. Mais le peu de durée du travail n'est pas exempt de péché véniel, s'il n'est justifié par un motif légitime.
Il faut bien prendre garde de ne pas se créer des raisons imaginaires pour se dispenser de la loi du saint repos, on est exposé à se laisser aveugler par la cupidité ; voilà pourquoi vous ne devez pas votïs en rapporter à vousmêmes ; mais demandez à vos pasteurs, interprètes des lois de Dieu et de l'Église, l'autorisation convenable ; et, dans leur tendre sollicitude pour vos intérêts temporels aussi bien que pour le salut de votre âme, ils s'empresseront de se montrer favorables à vos vœux.
Alors même que vous êtes dans la nécessité de travailler, ne croyez pas que vous soyez dispensés de sanctifier le jour consacré au Seigneur. Après avoir assisté au sacrifice de la messe avec toute la ferveur dont vous serez capables, élevez souvent votre cœur à Dieu dans le cours de vos occupations, priez-le d'accepter vos peines, vos fatigues comme une expiation de vos péchés ; et, le soir , ménagez-vous quelque temps pour l'employer à des exercices de piété ; en un mot, ne négligez rien pour qu'une journée si sainte, qu'une triste nécessité vous force de dérober au Seigneur, lui revienne du moins en partie par vos bonnes intentions et les pieux élans de votre cœur.
Maintenant,, si nous jetons un coup d'œil sur ce qui se passe dans le monde, hélas! quel spectacle affligeant
s'offre à nos yeux ! que d'audacieuses infractions à la loi du repos ! quel mépris outrageant des jours consacrés au Seigneiii ! Cependant, rendons justice aux contrées agricoles : plus îidèles aux traditions religieuses, elles s'abstiennent généralement, le Dimanche et les jours de fête, du travail défendu. Mais pénétrez dans les villes, considérez les populations industrielles, tous ces lieux de fabriques et de manufactures, en auelque genre que ce soit, qu'y voyez-vous? Partout la licence, partout le scandale, partout l'oubli des devoirs religieux. Ici vous entendez la lime qui crie, la hache qui fend le bois, ie marteau qui résonne sur l'enclume, le ciseau qui taille la pierre ; là on transporte les fardeaux, on charge des voitures, on empile des marchandises, on construit des bâtiments ; de tous côtés, les boutiques et les magasins sont ouverts pour tenter les passants; et, pour peu qu'on ait encore de foi, on ne peut s'empêcher d'exhaler, avec le prophète Jérémie, ce cri de lamentable douleur : « On se moque du saint repos, que le Seigneur a prescrit (1). »
On entend quelquefois de prétendus esprits forts, toujours prêts à censurer toute institution divine, se récrier et dire : « Quel mal y a-t-il donc à travailler ? Le travail n'estil pas lui-même une loi imposée à l'homme par le Créateur ? » — Sans doute il est bon, il est louable, il est nécessaire de travailler, et voilà pourquoi le Seigneur nous recommande le travail pendant six jours de la semaine; mais il nous le défend le septième, et dès lors il devient criminel. Le Seigneur n'est-il pas maître de nos bras, comme de toute notre personne ? Et ici, admirez la sagesse et la bonté de notre Dieu, il nous commande le repos du septième jour, parce que nous en avons besoin soit pour notre âme, soit pour notre corps.
1° Pour notre cane. Ce n'est pas uniquement pour conduire la charrue, pour manier la pioche, l'aiguille, ou le
(1) Deriserunt sabbata ejus. Thren., i, 7.
ciseau, que l'homme a été mis sur la terre ; il est fait pour Dieu, pour le bonheur éternel au sein de Dieu ; et voilà pourquoi le Seigneur a voulu qu'il y eût un jour o\\, libre des soins matériels, sa pensée se portât vers le ciel qui est sa véritable patrie ; un jour où sa principale et unique occupation fût d'étudier, de combiner les moyens d'acquérir ce magnifique héritage, cette couronne immortelle, qui lui sont destinés dans la vie future. En ce saint jour, le vrai chrétien se recueille en lui-même pour reconnaître ses fautes, et mettre un frein à ses passions ; il se rend à l'église pour purifier son âme de ses souillures, pour la nourrir du pain substantiel de la parole divine ; sa voix se mêle à celle des anges poi.r chanter la gloire du Très- Haut ; il se retrempe en quelque sorte dans la célébration des augustes mystères auxquels l'Église le convie ; et, raffermi dans sa foi, dans ses espérances, dans son amour pour Dieu et pour ses frères, il sent redoubler ses forces pour reprendre, le lendemain, sans murmure, le cours de ses travaux. Et certes, quand nous donnons tant de temps aux sollicitudes de ce bas monde, est-ce trop d'un jour consacré à la glorification de Dieu et à la sanctification de notre âme ? Celui qui néglige ses besoins spirituels, et ne s'occupe jamais de rendre à Dieu le tribut d'honneur et de louanges qui lui est dû, devient bientôt tout terrestre et matériel, et descend insensiblement au niveau de la brute. 2° Pour notre corps. L'homme n'est pas.de fer ; si robuste qu'on le suppose, le travail use bientôt ses forces; et, si ce travail est prolongé outre mesure, la vie dépérit insensiblement, comme une fleur séchée par les ardeurs du soleil. Entrez dans quelqu'une de ces usines, où des patrons inexorables accablent les ouvriers, sans leur laisser ni trêve ni merci : qu'y voyez-vous ? Des figures hâves, des corps étiolés, des rides qui sillonnent des fronts de dix-huit printemps. Là, au milieu d'une atmosphère souvent insalubre, l'humeur devient sombre et morose, la santé s'altère, le tempérament est bientôt épuisé. Il est de toute évidence
g g SIXIÈME LEÇ0!*.
qui! faut à l'homme un peu de relâche, pour se délasser de ses pénibles labeurs. Or, voici qu'une voix se fait entendre, voix de sagesse, de bonté et d'amour ineffable, voix douce comme la voix d'une mère, qui dit : « Ne travaille que six jours et repose-toi le septième. » Que fait donc celui qui, ne connaissant ni fêtes ni dimanches, se tourmente sans cesse pour les. biens de cette vie passagère? Il abrège ses jours, et se tue de la plus sotte manière du monde. 0 vous qui êtes obligés de gagner au prix de vos sueurs le pain de l'existence, ouvriers, travailleurs, apprenez donc à connaître quels sont vos véritables amis. Sont-ce ces philosophes, ces entrepreneurs de l'industrie, qui vous traitent comme des machines, qui calculent vos forces, qui supputent par francs, décimes et centimes, tout ce que vous pouvez leur rapporter, et vous disent : « Travaille, travaille, et toujours, travaille ? » Ou bien sont-ce ces ministres d'un Dieu de paix et de mansuétude, qui vous ordonnent au nom du Tout-Puissant de suspendre, un jour de la semaine, le cours de vos travaux, pour réparer les forces de votre corps et sanctifier votre âme ?
Maintenant dois-je m'arrêter à réfuter ces pitoyables objections qu'on entend quelquefois : Il vaut mieux travailler le Dimanche que s'enivrer au cabaret. ... On a besoin de gagner sa vie... Il faut manger le Dimanche comme les autres jours... — Il vaut mieux, dites-vous, travailler le Dimanche que s'enivrer au cabaret. Mais il ne faut faire ni l'un ni l'autre. La loi religieuse, en vous ordonnant le repos du jour du Seigneur, vous oblige de venir à l'église vous recueillir sous les yeux de votre Dieu, bien loin de vous laisser la faculté de vous livrer à l'intempérance, qu'elle proscrit, au contraire, comme un vice hideux. — Il faut manger, dites-vous encore, aussi bien le Dimanche que les autres jours. J'en conviens, mais qui vous donne la nourriture ? Est-ce vous qui faites mûrir le blé dans les champs, et qui donnez l'accroissement aux diverses productions de la terre? N'est-ce pas de la bonté divine que
vous tenez tous vos aliments ? Or, ce Dieu, qui est le souverain maître, vous commande la cessation de votre travail, au joui qui lui est consacré. — Vous persistez encore en ajoutant que vous êtes pauvre, que vos bras «ont votre unique capital, qu'ayant une femme et des enfants a entretenir, un loyer à payer, des contributions à acquitter, vous ne pouvez chômer le Dimanche, et que perdre cinquantedeux journées de travail dans l'année c'est pour vous un trop grand dommage. Et vous croyez vous enrichir, en transgressant la loi du Seigneur ? N'avez-vous pas besoin du secours d'en haut pour que vos travaux vous soient profitables, pour réussir dans vos entreprises? Et, si vous offensez Dieu, il a dans ses mains le feu, la grêle, les tonnerres et les tempêtes, pour bouleverser tous vos projets de fortune 3.
Chose étrange ! détestable habitude ! il arrive souvent que ces ouvriers, si avides de gain, qui regrettent d'interrompre leur travail le Dimanche, se reposent ensuite le lundi ; et c'est ainsi qu'ils attirent la malédiction céleste sur eux-mêmes, sur leurs biens, sur leurs familles (1).
Mais voici une objection beaucoup plus sérieuse : « On nous force, dit-on, à travailler. » Et, en effet, on trouve quelquefois des maîtres qui sont de véritables tyrans, qui ne veulent pas donner un instant de relâche à leurs domestiques, même pour remplir les devoirs les plus sacrés de la religion. On trouve des fabricants, des industriels qui, sans aucune crainte de Dieu, sans aucun égard pour la santé de leurs ouvriers et pour leur instruction religieuse, les obligent de travailler jusqu'à midi, et souvent même pendant toute la journée du Dimanche, et les menacent de leur ôter le travail qui les fait vivre, pour peu qu'ils fassent difficulté de se plier à leurs exigences. Oh ! quelle responsabilité effrayante a&sument sur leurs têtes ces maîtres impies et
(1) Sabbala mea violaverunt, et comminatus sum ut effwnderem furorem meum super eos. Exech., xx, 21.
inhumains ! Quant à vous, pauvres ouvriers, qui gémissez sous un joug si dur, je vous plains ; mais enfin vous ne voulez pas vous abrutir, en vous courbant sans cesse sur la matière ; vous ne. voulez pas renoncer tout à fait à votre Dieu ; vous ne voulez pas tuer à la fois votre âme et votre corps ; sachez donc prendre généreusement votre parti ; dites à ces maîtres barbares : « Je suis chrétien, je tiens du fond du cœur à la loi de Dieu, et je vous quitte, plutôt que de la violer. » Soyez-en convaincus, la divine Providence ne vous abandonnera pas, et vous ne tarderez pas à trouver de l'ouvrage ailleurs. Que les enfants des ouvriers se tiennent aussi pour avertis qu'ils ne sont pas obligés d'obéir, quand leurs pères leur commandent de travailler le Dimanche ; ils doivent leur opposer un honnête, mais énergique refus. On devrait cependant les excuser, s'ils avaient à craindre quelque grave dommage, parce que les lois positives ne sont pas obligatoires, quand leur exécution entraîne un grand inconvénient *.
Gardez-vous donc bien de vous livrer, pendant les saints jours, à un travail que le Seigneur réprouve. Il vous dit de la manière la plus expresse : « Le jour qui est spécialement consacré à mon culte, vous ne ferez aucun ouvrage, ni vous, ni votre fils, ni votre servante, ni vos bestiaux (1). » Parents et maîtres, donnez le bon exemple, et usez de toute votre autorité pour que vos enfants, vos serviteurs, vos journaliers observent fidèlement le saint repos du Seigneur. Vous qui, par la nature de votre profession, êtes exposés à retarder toujours votre ouvrage, prenez bien vos mesures pour le finir à temps. Que de fois les couturières, les repasseuses, les modistes prolongent leur travail trop avant dans la nuit qui précède le dimanche, souvent même jusqu'après minuit ; et puis, accablées de fatigue, elles se lèvent tard, manquent la messe, ou l'entendent fort mal!
(1) Non faciès omne opus in eo, tu et filius tuus, et filia tua, jomentura tuum et advena qui est intra portas tuas. Exod., XX, 10.
DE LA SANCTIFICATION DU DIMANCHE. 9t
Quand le travail presse, il faut le commencer assez 4ôt pour le terminer en temps convenable, ou bien le renvoyer à la semaine suivante. D'autres travaillent tout le Dimanche matin, comme les tailleurs, les cordonniers; mais Dieu condamne ces profits sacrilèges ; aussi on ne voit pas que leur maison en prospère davantage.
Que si une œuvre servile, qui n'est pas mauvaise en ellemême, est contraire à la sainteté du Dimanche, combien plus le péché mortel, qui déshonore Dieu infiniment, qui détruit la sainteté de son temple vivant, et qui est la plus servile de toutes les actions, puisque celui qui le commet, se rend le serviteur et l'esclave de Satan (1). » D'où saint Thomas conclut qu'en péchant mortellement un Dimanche ou un jour de fête, on est plus coupable et on va plus directement contre le précepte divin, que si on faisait une œuvre servile permise en tout autre jour (2). Au jugement de plusieurs docteurs, la circonstance des jours sacrés aggrave le mal, et il faut la déclarer en confession.
TRAITS HISTORIQUES
1. Saint Théophile, dans son premier livre à Autolyque, remarque que toutes les nations avaient distingué le septième jour ; mais les Juifs seuls l'observaient d'une manière religieuse. Cependant, pendant la captivité de Babylone, à cause de leur contact avec les idolâtres, ils se relâchèrent peu à peu ; et, de retour dans leur patrie, ils semblaient avoir entièrement perdu de vue ce point essentiel de la loi divine. Le saint prêtre Néhémie, qui fut établi leur gouverneur, les rappela à leur devoir, leur représentant la profanation du saint jour comme la source des fléaux dont le Seigneur avait affligé leur nation. Ce saint hemme voyait avec la plus grande douleur des gens en Juda qui foulaient la vendange, qui portaient des gerbes, el qui mettaient sur des ânes du vin, des raisins, des figues et les apportaient à Jérusalem au jour du sabbat, et il leur or-
(1) Qui faciî peccatum servus est peccati. Joan., viii,34.
(2) Ideô magis contra hoc prœceptum agit, qui peccat in die festo, quàm qui aliud opus corporale licitum facit. D. Tkom., 2. 2. c. 122, art. 4.
donna expressément de ne plus rien vendre qu'aux jours où cela était permis. Les Tyriens aussi demeuraient dans la ville, et y portaient du poisson et toute sorte de denrées, et les vendaient dans Jérusalem aux enfants de Juda, le jour du sabbat; c'est pourquoi il en fit des reproches aux premiers du peuple, et il leuv dit: « Quel est ce désordre que vous faites, et pourquoi profanez-vous le jour du Seigneur ? » Néhémie prit de sages précautions, pour que le jour consacré- à Dieu lut sanctifié; et il regardait son zèle à ce sujet comme un de ses meilleurs titres à la protection divine; voilà pourquoi il disait : « Souvenez-vous de moi, Seigneur, pour ces choses et pardonnez-moi selon la multitude de vos miséricordes (1).» Ne serait-il pas à désirer que ceux qui ont l'auloriié en main eussent une partie de ce zèle, et qu'ils employassent ce qu'ils unt de pouvoir et de crédit, pour rétablir la sanctification des jours consacrés particulièrement au service de Dieu? On parle continuellement d'améliorer le sort des travailleurs, que n'en prend-on les moyens: On veut diminuer le nombre de leurs heures de travail dans le* ateliers et les manufactures \ et on leur dispute le jour du repos, et d'un saint repos prescrit par le Seigneur !
Du temps des Machabées, les Juifs respectaient tellement le repos du sabbat, que ce jour-là, alors même qu'en guerre leurs ennemis les attaquaient, ils ne croyaient pas devoir recourir aux armes pour se défendre [2). Depuis ces jours héroïques, la nation juive avait perdu un peu de son scrupule ; et, quand elle faisait la guerre, elle n'attaquait pas l'ennemi, le jour du Seigneur; mais elle se défendait.
Il est diffeile de comprendre jusqu'à quel point d'exagération en étaient venus quelques pharisiens, relativement à l'observance du sabbat. On voit dans quelques rabbins qu'il y en avait d'une telle rigidité qu'ils ne se permettaient point de peler ou de faire cuire une pomme de terre, de tuer un insecte qui les piquait, de chanter ou de jouer d'un instrument. — Les Samaritains n'allumaient point de feu ce jour-là, et ne se remuaient aucunement, si ce n'était pour aller à la maison du Seigneur.
Le nombre des pas qu'il était permis de faire, le jour du repos de Dieu, était fixé; et celte mesure de dislance était appelée le chemin du sabbat. Saint Luc nous apprend que le mont des Oliviers était éloigné de Jérusalem de la longueur du chemin que l'on peut faire le jour du sabbat (3,. De Jérusalem au jardin des Oliviers,
(1) Mémento meî, Deus meus, pro hoc, et ne deleas miseraliones meas. II. Esdr., xm, 14.
(2) I. Mach., il, 34.
(8) Sabbati habens iter. Act., i, lî.
DE LA SANCTIFICATION DU DIMANCHE. y$
on compte si* cent vingt-cinq pas : c'était donc là l'espace qu'il était permis de parcourir dans la sainte journée.
Actuellement encore, les Juifs, dispersés par le souffle de la colère de Dieu sur tant de plages étrangères, n'ont pas d'observance plus chérie et mieux gardée que celle de leur sabbat.
N'est-il pas bien étrange que, dans un pays catholique comme la France, on se montre moins rigide observateur des devoirs religieux que dans les contrées que l'hérésie tient sous le joug? En Angleterre et dans toutes les provinces de l'Union Américaine, des lois rigoureuses commandent l'observation du Dimanche. Dans les divers Etats de l'Allemagne protestante, chez les Russes, en Danemark et en Suède, l'on n'est pas moins sévère. Il y a quelques années, les Anglais, modèles de fidélité à ce grand précepte, apportaient au parlement un nouveau bill pour s'astreindre encore par des liens plus étroits aux religieuses pratiques du Dimanche; et en France, lorsqu'un honorable représentant^) a proposé à l'Assemblée nationale d'interdire aux entrepreneurs de travaux publics de faire travailler les ouvriers le Dimanche, il a été accueilli par une explosion de murmures, partis, nous en sommes sûrs, de beaucoup de bouches qui faisaient parade de sentiments religieux, lorsqu'on convoitait les suffrages populaires. — Dernièrement un voyageur traversait la Suisse. Au moment de quitter ce pays, son cœur se resserrait en pensant aux ravissantes beautés que la nature y a répandues à pleines mains, et qu'il ne verrait peut-être plus ; mais il ne pensait pas qu'il aurait à le louer encore sous le rapport religieux. Arrivé à Baie, il eut la fantaisie d'acheter une livre de sucre; il parcourut la ville dans tous les sens; pas une boutique n'était ouverte, et on ne voulut rien lui vendre... C'était un Dimanche! 0 ma patrie! pays très-chrétien! vieille terre de fidélité! quand sauras-tu rendre encore à Dieu ce qui est à Dieu ?
2. Ceux qui se livrent, pendant les saints jours, à des œuvres défendues, encourent l'indignation de Dieu ; et, si la main du Seigneur ne les frappe pas subitement, comme il est arrivé tant de fois, ils perdent la vie de l'âme mille fois plus précieuse que la vie du corps.
L'impie Nicanor, ayant pris la résolution de combattre les Juifs un jour de sabbat, un certain nombre d'autres juifs, que la nécessité avait retenus dans son armée, lui représentèrent qu'il n'était pas convenable de livrer bataille, un jour consacré à Dieu. Cet homme, enflé de sa vaine grandeur, répondit: « Y at-il dans le siel un *)ieu plus puissant que moi, qui ordonne de célébrer le jour du sabbat? » — « Oui, dirent ces juifs avec modestie, c'est le
(i) M. Sibour, séance du 9 septembre 1848.
Dieu vivant et le puissant Maître du ciel. » — « Eh bien, répondit l'orgueilleux Nicanor, moi qui suis puissant sur la rerre, je vous ordonne de prendre les armes pour obéir aux ordres du roi. » Nicanor livra bataille, fut vaincu et trouvé au rang des morts.