II. Mach., xv
Saint Grégoire, évêque de Tours, qui vivait dans le sixième siècle, rapporte qu'un homme, ayant été assez hardi pour atteler ses bœufs et labourer un Dimanche, fut obligé de prendre sa cognée pour raccommoder sa charrue. Mais aussitôt ses doigts s'étant courbes et serrés, le manche de sa cognée demeura attaché dans sa maiL droite. Il porta, pendant deux ans, celte marque visible de la colère de Dieu. Poussé par la violence du mal, il vint à l'église du célèbre martyr saint Julien de Brioude, en Auvergne, implorer sa guérison; il y assista avec foi et dévotion à l'office de la nuit du samedi au Dimanche, suivant l'usage de ce temps-là; et. le jour même du Dimanche, sa main s'ouvrit tout d'un coup, et lâcha le morceau de bois qui y avait été retenu jusqu'alors, sans qu'on eût pu l'arracher. Ce miracle fut d'une grande instruction au peuple, et lui apprit que le crime qui avait été commis le Dimanche, n'avait aussi pu être expié et remis que le Dimanche. Cet homme donc, glorifiant Dieu en son martyr, se relira sain et sauf.
Greg. Tun., de Gloria martyr., 1. II, c. xi.
Ud jour de Dimanche, le Père C étant dans une des îles Ma-
riannes, passait le lung du rivage de la mer pour aller visiter un malade ; il trouva quelques Indiens baptisés, qui travaillaient à des barques; il leur demanda s'il n'y avait pas d'autres jours dans la semaine où ils pussent vaquer à ce travail, et quelle raison pouvait les porter à transgresser ainsi le précepte de Dieu, qui leur ordonne de sanctifier le jour du Seigneur, en s'abstenant de toute œuvre servile et en l'employant aux saints exercices de la piété chrétienne? Ils répondirent, d'un ton brusque, que telle était leur volonté. Le Père poursuivit son chemin; mais, peu d'heures après, lorsqu'au retour de chez son malade, il passa par le même endroit, il trouva réduites en cendres et les barques et les granges où on les fabriquait, et il vit les Indiens, qui avaient été si peu dociles à ses remontrances, couverts de confusion et donnant des marques du plus vif repentir de leur faute. Lettres édifiantes.
Un meunier de la paroisse de Saint-Jean de Corcoué, dans la Vendée, qui était possédé du démon de l'avarice, ne manquait presque jamais de travailler le Dimanche. Souvent, pendant la grand'messe et les offices, il faisait aller son moulin. Un jour de fête solennelle, au lieu d'être à keglise, il était à travailler encore à midi. Il ne revint pas. Sa femme l'attendit longtemps ; enfin, vers le soir, elle alla le chercher. Elle le trouva mort, étendu par terre, et
tout un côté du corps enfoncé dans les ailes du moulin. En sortant de chez lui, le matin, il s'était plaint de ce qu'il ne faisait pas de vent et avait ajouté: Je m'en vais toujours mettre notre moulin en état de tourner et de profiter de la première brise. Il attendit là plusieurs heures ; il va les paysans se rendre à l'église, et se cacha, car il savait qu'il faisait mal. ^uand ils furent tous passés, il descendit ; debout près de la butte, il regardait les nuages ; tout à coup le vent s'éleva, il ne servit qu'à faire tourner une fois les ailes du moulin, dont les extrémités vinrent frapper le meunier, et le souffle subit s'arrêta aussitôt que le transgresseur de la loi eut été jeté expirant à vingt pas dans l'enceinte.
Cette mort produisit un grand effet dans le pays, et tout le monde la regarda, avec raison, comme une punition du ciel.
Lettres Vendéennes.
Un jour de dimanche que Marie Leckzinska, reine de France, était à Fontainebleau, elle apprend que des ouvriers travaillaient à un édifice public, quoiqu'ils en eussent reçu la défense expresse du roi, signifiée par un gentilhomme de la chambre. La princesse sur-lechamp fait appeler l'entrepreneur des travaux, et lui demande pourquoi il ose désobéir ainsi à Dieu et au roi. Celui-ci allègue comme excuse qus, depuis la défense du roi, ses ouvriers ont travaillé plus secrètement, et que, d'ailleurs, comme' il s'agit d'un travail public, il a tellement compté qu'il emploierait les dimanches, que s'il ne le' fait pas, à défaut de livrer son ouvrage au jour fixé, il perdra telle somme convenue. « Tenez, lui dit la reiru>, la voilà cette somme ; « allez donc fermer votre atelier, et gardez-vous bien à l'avenir de « contracter des engagements que vou» ne puissiez remplir qu'en « enfreignant ainsi la loi de Dieu et les ordres du roi. »
Vie de Marie Leckzinska, par Proyart.
3. Travail du dimanche n'a jamais enrichi; vieux proverbe qui se justifie tous les jours. C'est un travail que Dieu ne bénit pas. Les corps d'ouvriers qui, à Paris, travaillent obstinément ce jour-là, sont perpétuellement ceux qui s'enrichissent Je mpins. Les chefs d'atelier, qui repoussent les jours de repos prescrits pour atteindre plus vite la fortune et l'oisiveté, cet autre excès, n'y parviennent pas plus que ces esprits à rebours pour qui le Dimanche est par contresens le jour le plus occupé.
On cite l'exemple de deux ouvriers dont l'un vivait à son aise avec toute sa famille, et l'autre mourait de faim, lui et ses enfants, quoiqu'il travaillât les Dimanches et les jours de fête. Celui-ci se plaignant à l'autre qui était fidèle à la loi de Dieu, lui dit : « Comment fais-tu? Je travaille continuellement, je m'épuise, et je ne puis parvenir à vivre. »^ L'autre lui répondit : « J'ai tous les matins affaire à un ami, qui pourvoit a tous mes besoins. » — « Fais-moi
vite connaître- répliqua le premier, ce bon ami. » Son camarade le loi promit. Un matin, il le mène à l'église, et ils entendent ensemble la messe. Sortis de l'église, le premier demanda : « Mais où est donc l'ami qui a soin de toi? — Hé! n'as-tu pas vu Jésus- Christ sur l'autel? répondit l'autre; voilà celui qui pourvoit à mes besoins.» Surius, Vie de saint Jean l'Aumônier.
4. 11 y avait en Angleterre, en 1590, un homme pieux et simple, dont le nom était. Georges. Pendant plusieurs années, il rendit de grands services aux catholiques, alors obligés de se cacher ; mais, à la fin, son zèle et son activité le trahirent. Pour son supplice, il fut confiné dans une usine où il eut à lutter contre la fatigue et la faim : il tournait tout le jour une lourde meule, condamné à des travaux sans terme. Invincible à la peine, il ne demandait de relâche que les Dimanches et les jours de fête; car il était sous le joug de maîtres durs et impitoyables, sans aucune crainte de Dieu, sans aucune idée de religion. Il se montra si terme dans la résolution qu'il avait prise de sanctifier par le repos les jours consacrés au Seigneur ou à la bienheureuse Vierge Marie, que, ni par prières, ni par promesses, ni par menaces, ni par mauvais traitements, on ne put le réduire a travailler ces jours-là. Après les menaces suivies d'effet, on employa contre sa personne un dernier moyen : ce fut de le priver de toute nourriture. Mais ses pieuses méditations absorbaient tellement ses facultés morales, qu'il ressentait à peine les tortures du corps, aimant mieux d'ailleurs supporter les coups et la faim, que de transgresser la loi divine. Plusieurs jours de Dimanche et de fête se passèrent ainsi. Enfin, ses persécuteurs, voyant que rien ne pouvait dompter sa persévérance, cessèrent de le tourmenter.
Le christianisme ne faisait que de naître, et les puissants pensèrent qu'ils seraient plus forts en s appuyant sur la religion ; aussi voyons-nous nous Constantin le Grand, dés la première année de sa conversion, s'occuper de faire sanctifier le Dimanche. Il veut que les soldats romains qui, ainsi que lui, se sont faits soldats du Christ, adorent Dieu en ce saint jour ; et lui-même compose la prière qu'ils devront dire, en s'assemblant dans la campagne, à l'écart des païens.
Les empereurs Théod jse, Valentinien et Léon défendirent aussi de plaider et de rendre des jugements le jour du Seigneur; la peine qu'encouraient les transgresseurs, était la perte de leur emploi et la confiscation de leurs biens. Valentinien voulait même que ce délit fût classé parmi les sacrilèges ; selon lui, c'était profaner une chose sainte que de faire entrer dans la journée du Dimanche d'autres pensées que des pensées religieuses; c'était verser dans le calice un vin impur.
En 595, Childebert II, roi de France, fit un édit par lequel tou!
liotnme qui était convaincu d'avoir travaillé le Dimanche, était condamné à une amende de quinze sols. — Saint Etienne, roi de Hongrie, avait ordonné que celui qui transgresserait la loi du jour saint perdrait ses bœufs et sa charrue, s'il avait été vu labourant la terre.' Et, pour qu'on lui rendît les instruments aratoires qui lui avaient été pris, il lui fallait les racheter par des aumônes envers les pauvres ; sans^ cela, ses champs restaient en friche, el le voyageur qui passait à côté, en voyant ces terres du riche sans culture, pouvait se dire: « Dieu n'a pas été honoré comme il veut l'être, et les pauvres n'ont pas été secourus par le rachat de la charrue. »
Walsh, Tableau poétique.
Les philosophes terroristes de 93, qui s'étaient mis en tête de régénérer la France en lui faisant perdre ses habitudes religieuses firent tous leurs efforts pour abolir le dimanche. Ils n'oublièrent rien pour obliger le peuple à travailler dans les jours consacrés par la religion, et à fêter les décadis par des cérémonies aussi ennuyeuses ou absurdes. Il n'était plus permis de prendre du repos que ces jours-la. Les fidèles observateurs du dimanche étaient horriblement persécutes; on allait jusqu'à arracher de leurs vêtements tous les signes de jore qu'ils portaient. Malgré toutes ces violences le dimanche a triomphé. « C'est aujourd'hui dimanche, disaient les religieux habitants de nos campagnes, ntfs bœufs ne veulent pas travailler.»
A l'époque où nous sommes, et après une nuit profonde où tous ies principes sociaux étaient méconnus, nous sommes heureux de constater qu'une réaction générale se produit de plus en plus en faveur de la morale et de la religion. Sans doute le repos dominical nest pas encore gardé comme il devrait l'être ; il l'est plus, toutefois, qu'il ne l'a jamais été depuis 1830. Ce que le crédit et l'éloquence de M. de Montalembert n'ont pu obtenir du parti conservateur sous la République, se fait peu à peu ici par le gouvernement, là par les particuliers. Grâce à l'initiative du ministre des travaux publics, les cahiers des charges prescrivent aux compagnies industrielles de respecter le dimanche; les travaux de l'État doivent être suspendus sauf les cas d'urgence. Plusieurs arrêtés, rendus par les préfets et les ma.res, défendent, les dimanches et les jours de fêle reconnus par la loi, l'étalage extérieur de marchandises autres que les comestibles (1) et prescrivent la fermeture des cabarets, cafés, etc. (2), pendant le temps de l'office, et témoignent ainsi de la sollicitude du pouvoir pour réintégrer dans le cœur du peuple lesentimeni de ses devoirs.
(t) Arrêté du préfet de i'Aude, 22 mai 1853. (2) Arrêté du préfet de la Loir-;.
g8 SIXIÈME LEÇON.
Kn divers endroits l'autorité a décidé que le chômage du lundi, quand ce chômage n'a d'autre but que de déplacer irréligieusemeni le jour consacré au repos de chaque semaine, serait une cause d'expulsion des chantiers où s'exécutent les travaux au compte de 1 Etat (1). Les conseils municipaux de beaucoup de grandes villes, et notamment de celles d'Aix (2) et de Marseille, ont émis, à l'unanimité, le vœu que le gouvernement assurât, en France, d'une manière sérieuse l'observation des fêtes et des dimanches.
En dehors de l'initiative et de l'action du gouvernement, certaines professions, certaines industries se sont imposé, par des accords particulie--^ la loi d'observer et de faire observer le repos dominical.
A BLûis le repos du dimanche n'est plus un vœu des gens de bien c'est un fait réalisé, grâce à l'autorité morale du vénérable pasteur'de ce diocèse et à l'empressement exemplaire des premiers commerçants de la cité.
« Dimanche dernier, écrivait-on au mois de mai 1853, non-seulement tous les travaux étaient suspendus, mais toutes les boutiques -Uaient fermées : on ne pouvait s'expliquer cette impulsion si générale et si soudaine. On a su, toutefois, que Monseigneur avait appelé auprè, de lui tous les fabricants, commerçants , marchands, sans distinction d'opinion; et que là, dans une longue conférence, il avait fait sentir, avec sa parole si convaincue et si bienveillante, les rasons morales qu'avaient tous les hommes de travail de donner l'exemple du respect pour la loi de Dieu. Quelques objections avaient été faites; l'admirable évêque les avait levées, et enfin, -nrès deux heures d'examen et même de controverse, la réunion, spontanément, avait déclaré qu'elle se rendait à des raisons s. hautes et présentées avec cette effusion d'amour.
« Le fait est que le dimanche sera désormais un jour de repos. Mais le lundi on travaillera : le bon exemple, les bonnes mœurs, l'économie domestique , le respect de la religion, tout sera concilié. Puisse cet exemple être imité partout ! »
Ce qui se fait à Blois, a lieu aussi dans beaucoup d autres villes et des plus commerçantes.
En nous délivrant, un jour de la semaine, des entraves du travail, qui nous tient toujours un peu courbés vers la terre, le beierneur semble dire à notre âme : « Pauvre ange déchu, tu as été lie éiroikment à la peine ; eh bien, tous les septièmes jours seront pour toi des jours de repos et de liberté, des jours ou les chaînes tomberont; il est vrai que, la journée du Seigneur passée, tu seras forcé de reprendre ton habit d'esclave; mais patience, patience,
(1) Arrêté du préfet de la Somme.
(2) Séanse du 19 mai 1855,
âme chrétienne, il y a là-haut, par delà la tombe, un jour du Seigneur qui ne finira pas, le jour de Dieu : c'est l'Éternité.
DEUXIÈME INSTRUCTION
Manière de sanciifier le dimanche. — De l'assistance à la Messe. — Conditions requises pour la bien entendre. — Causes qui en dispensent. — Autres œuvres pour la sanctification du dimanche. — Amusements permis.
D. Quelles sont les œuvres auxquelles on doit employer le Dimanche?
R. L'assistance à la sainte messe, aux instructions de la paroisse et aux oftices de l'Église, la prière, la lecture et autres bonnes œuvres.
La cessation des œuvres serviles ne nous est ordonnée, le Dimanche et les jours de fête, qu'afin que nous ayons plus de temps pour vaquer aux exercices de religion. « Prenez du loisir, nous dit le Seigneur lui-même, et considérez que je suis votre Dieu (1); » et, par conséquent, appliquez-vous à me rendre l'honneur qui m'est dû. Ainsi le repos du Dimanche ne doit pas être un repos de désœuvrement, d'oisiveté, mais bien un repos occupé, et occupé de la plus grande et de la plus excellente de toutes les affaires, qui est notre sanctification. Le corps ne se repose que pour donner à l'âme plus d'activité, pour lui permettre de rentrer plus facilement en elle-même, de s'épurer, de s'embraser d'amour pour le Dieu qui l'a faite, de thésauriser pour le ciel. Ce repos implique donc, selon une belle expression de saint Augustin, l'occupation la plus importante, et doit être fécond en fruits de grâce et de bénédiction (2). Nous allons expliquer en détail les diverses œuvres de piété, par lesquelles on doit sanctifier le jour du Seigneur.
(1) Vacate et videte quoniam ego sumDeus. Psal. xlv, 11,
(2) Otium meum magnum habet negotium. D. Aug.
iOO SIIIÈME LEÇON.
De l'assistance à la sainte Messe.
Le très-adorable sacrifice de nos autels étant le plus grand de tous les mystères et la plus excellente de toutes les œuvres de religion; l'Eglise nous fait une obligation stricte et rigoureuse d'y assister les Dimanches et les jours de fête. C'est, en effet, le meilleur moyen de rendre gloire à Dieu et de sanctifier les jours qui lui sont consacrés. Pendant la sainte Messe, nous pouvons de la manière la plus efficace adorer le Seigneur, lui rendre tous les hommages qui lui sont dus. le remercier des bienfaits qu'il ne cesse de répandre sur nous, lui exposer nos besoins pour qu'il nous accorde les grâces qui nous sont nécessaires, et enfin lui demander pardon des fautes que nous pouvons avoir commises contre sa divine Majesté. De plus, cet auguste sacrifice guérit nos infirmités spirituelles, affaiblit la concupiscence, fait naître en nos âmes le désir du bien, nous aplanit le chemin du ciel, nous inspire une joie douce et tranquille, et il est la source la plus abondante des bénédictions spirituelles et même temporelles. Et c'est à cause de l'honneur infini qu'il rend à Dieu et des fruits immenses que nous pouvons en retirer, qu'il est regardé comme la partie la plus essentielle de la sanctification du Dimanche, de telle sorte qu'y manquer, sans une raison valable, c'est se rendre coupable d'un péché mortel *.
Maintenant quelles sont les conditions requises pour bien entendre la sainte Messe? Nous allons les énumérer. Il faut :
1° Y être moralement présent, c'est-à-dire être placé de elle sorte qu'on puisse voir par soi-même ou comprendre par le moyeu des autres assistants ce qui se fait à l'autel. Ainsi, on satisfait au précepte, quoiqu'on entende la Messe en se ienant au chœur derrière le maître-autei, ou bien derrière un pilier, ou même, quand il n'y a pas assez d'espace, hors de la porte de l'église, sans apercevoir le prêtre, pourvu que, dans cette position, on soit uni au peuple qui est
dans Téglise et qu'on puisse donner attention à ce que fait le prêtre, aux diverses parties de la Messe. Il est bon cependant de s'approcher, autant que possible, de l'autel et de ne pas se rencoigner dans les chapelles, parce que la vue des cérémonies excite la dévotion et inspire le respect. Celui qui, par sa faute, se mettrait à un tel endroit ou à une telle distance qu'il ne pourrait, ni par lui-même ni par les autres, comprendre ce qui s'opère, n'entendrait pas la Messe.
2° Avoir l'intention d'y assister. On ne remplirait pas ce devoir, si on n'y allait que par force, ou pour voir la beauté de l'église, ou pour attendre un ami, ou dans tout autre dessein que celui d'entendre la Messe. Mais celui qui, par un motif de dévotion, a entendu la Messe, en un jour qu'il croyait ouvrable et ordinaire, tandis que c'est en réalité un jour de Dimanche et de fête, plus tard instruit de son erreur, est-il obligé d'entendre une seconde Messe ? Non, parce qu'il suffit d'avoir fait l'œuvre prescrite, quoiqu'on n'ait pas pensé à obéir au précepte.
3° Y apporter l'attention et le respect convenables. Ce n'est pas tant la présence du corps qui est requise, qu'une présence religieuse. Dieu veut être adoré en esprit et en vérité (1). Pour entendre la Messe d'une manière chrétienne, conforme aux intentions de Jésus-Christ et de son Église, il faut joindre la piété aux saintes réflexions. On peut s'aider d'un livre spirituel, ou bien penser avec amour et douleur à ses péchés, à la passion de Jésus-Christ, ou méditer quelque maxime du salut, comme, par exemple, la mort, le jugement, l'éternité. Si on ne sait ni lire ni méditer, on doit réciter le rosaire ou quelques prières vocales, et suivre avec attention tout ce que le prêtre fait à l'autel. A certains moments plus solennels, tels que la consécration et la communion, il faut ranimer toute sa foi et toute sa ferveur. Quand Jésus-Christ s'immole pour nous et se donne en nourriture à nos âmes, n'est-il pas
(1) In spiiitu et veritate oDortet adorare. Jean., iv, 24<
bien juste que nous soyons tout absorbés dans la contemplation de ces ineffables mystères? Quant à ceux qui vont à la Messe pour voir et être vus plutôt que par dévotion, qui ne s'y occupent qu'à parler, à rire, à badiner, qui promènent çà et là leurs yeux, les arrêtent même de préférence sur des objets capables d'enflammer la cupidité, ils profanent ce qu'il y a de plus saint dans la religion ; il vaudrait mieux qu'ils n'eussent pas mis le pied dans l'église 2.
4° L'entendre tout entière. On doit arriver au commencement et ne se retirer qu'à la fin, après avoir reçu la bénédiction du prêtre. En manquer volontairement une partie notable, c'est commettre une faute grave. La faute ne serait que vénielle, si on n'en manquait qu'une légère partie. On regarde comme notable la partie qui s'étend depuis le commencement jusqu'à l'évangile inclusivement; si on la manque, on est obligé d'entendre une autre Messe en entier. Pareillement, si on n'était pas présent à la consécration et à la communion du prêtre, on ne satisferait point au précepte d'entendre la Messe, parce que ces deux parties sont essentielles au sacrifice et notables par leur dignité. S'il arrive par quelque accident qu'on ne puisse assister à toute la Messe, il faut du moins assister à la partie que l'on peut entendre.
5° Entendre la Messe entière du même prêtre. On ne remplirait certainement pas le précepte, si on entendait deux moitiés de Messes dites simultanément par deux prêtres différents. On ne serait pas non plus en règle, si on se contentait de deux demi-messes qui se diraient successivement.
Quelque rigoureuse que soit l'obligation d'assister à la Messe, les jours, de Dimanche et de fête, il est cependant plusieurs raisons qui en dispensent. Les principales sont :
1° L 'impuissance physique. A l'impossible nul n'est tenu. Ainsi ceux qui sont retenus chez eux par la maladie, ou une infirmité, les prisonniers, les aveugles qui n'ont per-
sonne pour les conduire, ceux qui voyagent sur mer, s'ils n'ont pas de prêtre, et autres qui se trouveraient dans des cas pareils, ne sont pas soumis au précepte d'entendre la Messe.
2° L'impossibilité morale. Elle existe, quand on ne peut aller à l'église sans un grave inconvénient spirituel ou temporel. Ainsi sont dispensés de la Messe les convalescents, qui ne pourraient sortir sans de grands efforts et sans courir le risque de faire une rechute ; les bergers, qui ne peuvent quitter leurs troupeaux; les domestiques, qui ne peuvent abandonner la maison sans un préjudice notable pour leurs maîtres ou pour eux-mêmes, par exemple, s'ils craignaient d'être chassés et de ne pouvoir ensuite se placer ailleurs; ceux qui sont trop éloignés de l'église, surtout quand le temps ne permet que difficilement de se mettre en chemin. Quand tous les membres d'une famille ne peuvent pas aller à la messe, ils doivent se partager, et s'y rendre tantôt les uns tantôt les autres.
3° L'exécution d'un autre devoir plus pressant, comme celui de secourir ou de garder un malade, quand personne ne peut le faire. Pareillement, un soldat ne peut abandonner son poste, ni un général son armée, au moment de la bataille. Les devoirs de justice et de charité l'emportent sur le précepte ecclésiastique.
4° L'usage de certains pays peut encore fournir une excuse légitime; par exemple, la coutume de ne pas sortir pendant quelque temps après les couches ou après la mort de quelque proche parent ; mais, en ce cas, quand on sort et qu'on se montre en public, on doit aussi aller à la Messe.
H faut bien se garder de se créer des difficultés imaginaires, qui n'excusent pas auprès de Dieu. On serait grandement répréhensible, si on se permettait de manquer la Messe, pour un peu de mauvais temps, pour une légère incommodité.
Au précepte ecclésiastique d'entendre la Messe, est joint
le précepte naturel de servir Dieu ; voilà pourquoi ceux qui ne peuvent assister au saint sacrifice, doivent y suppléer par des prières ou d'autres œuvres de religion. Il est bon qu'ils s'unissent d'esprit et de coeur au prêtre pendant tout le temps qu'il est à l'autel, et qu'ils offrent à Dieu les mêmes hommages que s'ils étaient présents à l'église; ou s'ils en sont empêchés en ce temps-là, ils peuvent choisir une autre heure du jour. Cette pratique, accompagnée de la dévotion requise, attire souvent plus de grâces que n'en reçoivent plusieurs de ceux qui, étant à la Messe, n'y apportent pas une attention suffisante.
Quel trésor qu'une messe bien entendue ! En échange de nos adorations, Dieu nous y offre tous les mérites de son sang. Il en use à notre égard comme un bon père, qui choisit lui-même un jour pour réunir sa famille, qui invite ses enfants à se rendre tous ensemble auprès de lui, pour les combler de ses dons. Pourrait-on regarder comme un bon fils celui qui dédaignerait cette aimable invitation? Soyons donc exacts au saint sacrifice ; et éprouvons le plus vif regret, si jamais il nous arrive d'en être privés.
Des antres œuvres auxquelles on doit employer le Dimanche.
L'assistance à la Messe ne suffît pas pour la sanctification du Dimanche, quoique ce soit l'acte le plus important, parce qu'il est le plus solennel de la religion. Il ne faut pas oublier que le Dimanche appartient entièrement au Seigneur, et que, par conséquent, nous ne pouvons pas en disposer pour nous-mêmes, pour nos amusements et nos affaires temporelles. Il est difficile d'excuser, au moins de faute vénielle, ceux qui se contentent d'une Messe basse, souvent la plus courte qu'ils peuvent trouver, sans vaquer à aucune œuvre de piété pendant le reste de la journée. C'est donc avec raison que le catéchisme nous recommande comme moyens de sanctifier le jour du Seigneur :
1° L'assistance aux instructions de la paroisse. L'obliga-
tion de s'instruire est de droit naturel : comment, en effet, remplir ses devoirs, si on ne les connaît pas 1 Nous offensons souvent Dieu par malice, et quelquefois aussi par ignorance. Or, que pouvons-nous faire de mieux, les jours consacrés au Seigneur, que d'aller recevoir l'instruction de ceux dont les lèvres sont dépositaires de la science, et que Jésus-Christ a établis pour être nos guides dans le chemin du salul ? Ce divin Sauveur fait un précepte à tous les pasteurs de paître leur troupeau du pain de la parole divine,, et à tous les fidèles d'écouter la voix de leurs pasteurs. La principale raison pour laquelle le concile de Trente veut que les fidèles soient assidus à la paroisse, c'est pour y entendre l'explication des vérités célestes. Il faut donc se montrer assidu aux prônes, aux catéchismes, aux sermons. Et qu'on ne dise pas : « Moi, je suis instruit, j'ai fait ma première communion; je connais assez ma religion... » Hélas! que d'illusions on se fait là-dessus! Que d'ignorants même parmi ceux qui se croient savants ! Que de choses qu'on prétend savoir et qu'on n'a jamais bien apprises! Combien d'autres qu'on a sues dans le temps, et qu'on oublie peu à peu ! D'ailleurs la prédication n'a pas uniquement pour objet d'instruire, mais encore d'exciter à l'amour de Dieu, de réveiller les senti mcnts de religion qui s'assoupissent si aisément dans le cœur des hommes, et de nous enflammer à la pratique ùe toutes les vertus. Négliger les instructions de la paroisse, c'est un péché, plus ou moins grand selon qu'on en a plus ou moins de besoin 3
2° L'assistance aux offices de V Église, et, en particulier, aux vêpres qui sont comme le sacrifice du soir. Après la Messe, il n'y a rien de plus agréable à Dieu ni de plus avantageux pour notre sanctification , que ces assemblées publiques des fidèles réunis pour chanter les louanges de Dieu. Quel plus touchant spectacle que de voir une multitude de chrétiens, occupés ensemble à témoigner à Dieu leur reconnaissance, leur respect, leur amour ! Ils forment
comme une armée rangée en bataille, pour faire au cœur de leur divin Maître une sainte violence, pour désarmer sa colère, et attirer ses bénédictions. Dans ces pieuses et solennelles réunions ^. on jouit de la présence de son Dieu; car, a dit le Sauveur, « où deux ou trois personnes se trouvent rassemblées en mon nom, je suis au milieu d'elles(I);» on s'édifie mutuellement, on se sent devenir meilleur; il y a comme un élan spontané, général , irrésistible, qui détache l'âme de la terre et l'élève vers Dieu. Et on refuserait de prendre part à ce concert de louanges en l'honneur de l'Éternel! Quelle froideur! quelle négligence ! Hélas! ne pourrait- on pas dire de nos jours, comme le Prophète (2), que les voies de Sion gémissent, parce qu'on ne vient plus à nos solennités? Dans les villes surtout, on semble dédaigner les saintes assemblées de l'Église; le temps même des offices n'est pas respecté; partout la foi languit et la charité est presque éteinte.
Quoiqu'il n'y ait pas une obligation aussi stricte d'assister aux vêpres qu'à la Messe, on doit .cependant se faire un devoir et un bonheur de s'y rendre. Plusieurs conciles le recommandent expressément; les statuts des diocèses l'ordonnent. Que les parents soient donc exacts à y conduire leurs enfants, et les maîtres leurs domestiques. Lorsqu'on a de bonnes raisons pour s'en dispenser, il faut les réciter en son particulier, ou y suppléer par d'autres prières.
3° La prière. Il est d'usage, dans certaines églises , de faire les stations du chemin de la croix , de réciter le rosaire ou le chapelet. C'est une excellente manière de sanctifier le Dimanche ; et , quoique ces divers exercices de piété ne soient pas d'obligation, on ne saurait trop y encourager les fidèles. Quoi de plus capable de ranimer notre
(1) Ubi sunt duo vel très congregati in nomme meo, ibi sum in rnedio eorum Math., xvm, 20.
2) Viae Sion lugent eô quôd non sint gui reniant àd soiemnitalem. Thren., i, 4.
ferveur que de parcourir en esprit cette voie douloureuse que le divin Sauveur a arrosée de son sang ! Et les vrais enfants de Marie, qui sont aussi les enfants bien-aimés de Jésus, ne doivent-ils pas se faire un plaisir d'honorer leur auguste Mère et de célébrer ses louanges au pied de ses autels ? S'ils ne peuvent rester tout ce temps à l'église, rien ne les empêche de rendre hommage à la Reine des cieux, dans Pintérieur de leurs maisons.
4° La lecture. Rien de plus propre à nourrir la piété que les saintes lectures. Un bon livre est un précieux trésor qui ne coûte guère. Entre ceux qu'on peut conseiller, après V Evangile, le livre par excellence parce qu'il est sorti de Dieu ; après Y Imitation de Jésus-Christ, qui est le plus beau livre qui soit sorti de la main des hommes, nous pouvons citer les Vies des Saints, si attachantes par le récit de tant de merveilles qu'ont opérées ces héros de la religion, de tant de vertus, de tant de sacrifices par lesquels ils ont acheté le ciel ; les Annales de la Propagation de la Foi, qui nous montrent que l'Église, dans son inépuisable fécondité, ne cesse jamais d'avoir ses apôtres, ses confesseurs, ses martyrs ; le Pensez-y bien, le Combat spirituel, l'Introduction à la vie dévote, et autres semblables. C'est une excellente coutume, introduite dans certaines maisons et que toutes les familles devraient adopter, de faire sur le soir une lecture en commun. On peut faire lire à haute voix un enfant; le père et la mère donnent l'exemple de l'attention ; il est bon qu'ils commentent de temps à autre la lecture , en y joignant quelques réflexions édifiantes. Enfin, on termine ce pieux exercice en entonnant et en chantant à l'envi quelques couplets d'un saint cantique , selon le conseil du grand Apôtre : « Instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, chantant de cœur et avec édification les louanges de Dieu (1). »
(1) Docentes et comm orientes vosmetipsos in psafmis, hymnis, et
Et autres bonnes œuvres. Nous conseillons en particulier :
La confession de ses péchés. Quelle œuvre plus sainte que de mettre ordre à sa conscience, que de se déchar ger du poids de ses crimes ? Quand on a la paix du cœur, alors on goûte bien mieux la joie du jour du Seigneur.
La visite au saint Sacrement. La journée du Dimanche paraît quelquefois longue aux gens accoutumés au travail; et le désœuvrement leur apporte l'ennui. Que ne vont-ils, dans l'intervalle des offices, pendant la matinée ou la soirée, s'entretenir cœur à cœur avec l'aimable Jésus, auprès de son tabernacle? Là, ils trouveront mille fois plus de douceurs et de délices que parmi tous les amusements et tous les festins des enfants du siècle.
Les réflexions pieuses. Toute la semaine, on est plongé dans la matière ; on s'occupe de ses affaires temporelles ; on y pense le jour, on y rêve la nuit. Le Dimanche, il faut élever son cœur vers les choses du ciel ; ii faut faire de sérieux retours sur soi-même, examiner de quelle manière on passe ces jours, ces semaines, qui s'envolent si vite, et dont il faudra rendre un compte exact à celui qui nous les accorde pour la vertu, pour le bien de notre âme. Ce repos des saints jours doit aussi nous faire penser à ce repos éternel dont il est la figure, et après lequel nous devons soupirer uniquement. Faisons-nous un plaisir de mériter cette grande et bienheureuse solennité qui se fera dans le ciel, où la vue de Dieu, remplissant les élus d'une joie immortelle, sera une fête qui n'aura jamais de lendemain et qui durera toujours. C'est principalement le Dimanche que nous devons dire avec le Prophète : a Que vos demeures célestes sont aimables, ô mon Dieu! Mon âme soupire après elles jusqu'à tomber en défaillance. Heureux ceux
canticis spiriîalaibus, m gratiâ cantantes in cordibus vestris Deo. Coioss., m, 16.
qui habitent dans votre maison, pour y chanter vos louan. ges ! Heureux celui qui, par le secours de votre grâce, dispose en son, cœur les moyens pour monter de cette vallée de larmes à vos brillants tabernacles (1) ! »
Les diverses œuvres de charité. « Une religion pure, immaculée, bien agréable aux yeux de notre Père commun, c'est, dit saint Jacques, de visiter les veuves et les orphelins dans leurs tribulations (2). » Peut-on mieux sanctifier les Dimanches qu'en faisant ces jours-là l'aumône aux pauvres, en consolant les affligés, en soignant les malades? Peut-on mieux honorer le Dieu de toute miséricorde qu'en se faisant l'instrument de sa Providence envers des enfants qu'il aime, et qu'il n'afflige que pour leur fournir l'occasion de pratiquer la patience, et nous donner à nous le moyen d'exercer la plus aimable des vertus chrétiennes, la charité?
Ainsi le Dimanche se passe dans un paisible loisir, tcut rempli de bonnes œuvres, de pieux sentiments, d'édifiantes paroles ; et, en tombant dans les abîmes du passé, il nous donne l'espérance de ce monde meilleur, qui n'aura pas de fin.
Mais ne peut-on pas, en ce jour, se donner quelque léger divertissement? La religion est comme une bonne mère qui , bien loin de nous défendre une douce et innocente récréation, est la première à nous y inviter : « Réjouissezvous, nous dit-elle; mais réjouissez-vous dans le Seigneur (3). » Rien n'empêche donc qu'en ce saint jour, du moins pour ceux qui en ont la faculté, le repas ne soit plus soigné et plus abondant ; rien n'empêche qu'on n'aille visiter ses parents, ses amis, pour entretenir avec eux les liens d'une religieuse fraternité. Rien n'empêche qu'après avoir
(1) Quàm dilecta tabernacula tua, Domine virtutum ! concupiacit et déficit anima mea in atria Domini. Psal. lxxxiii, 1 .
(2) Religio munda et immaculata apud Deum et patrem, haeo oct visitare pupillos et viduas in tribulatione eorum. /ac, l, 27.
(3) Gaadete in Domino semper. Philip., iv, 4.
assisté à la Messe et aux saints offices, qu'après avoir nourri leur âme par de pieuses lectures, les pères et mères de famille, avec leur jeune postérité, ne fassent une promenade à travers les champs qu'ils fécondent de leurs soins et de leurs sueurs; ils y trouveront encore l'occasion de bénir la Providence , qui pourvoit d'une main si libérale à tous leurs besoins. Mais ce délassement nécessaire pour réparer les forces du corps et récréer l'esprit , doit être toujours honnête et pris avec modération ; si on le pousse à l'excès, il dégénère en vice et souille l'âme (1). Il ne faut pas non plus se permettre aucun amusement au préjudice de la piété; le temps de se récréer ne doit jamais être pris sur celui qui est destiné à la prière, et au chant des louanges de Dieu.
Maintenant, jetons un coup d'œil sur ce qui se passe dans le monde. Les chrétiens, les enfants de Dieu se montrentils dociles à la voix de leur Père? Comprennent-ils leurs véritables intérêts? Que font-ils du saint jour du Dimanche? Nous le dirons, le cœur navré de tristesse : le Dimanche est un jour de grâce et de salut, et l'on en fait un jour de crimes et d,e débauche; c'est un jour de piété et de recueillement, et il devient un jour de vanité, de luxe, de folie pour cette jeune personne à qui toute la matinée suffit à peine pour parer un corps qu'elle croit mériter les regards de tout le monde, et qui n'est en réalité qu'un vase d'ignominie. Il devient un jour de jeu, d'ivrognerie, d'excès de tout genre pour tant de jeunes gens, pour tant d'ouvriers, qui ne font que hanter les cafés et les tavernes; et les cabaretiers qui favorisent leurs mauvais penchants, qui les reçoivent pendant les heures du service divin, ou les retiennent chez eux bien avant dans la nuit , connivent à leurs désordres, sont devrais ministres de Satan, et encou-
(1) Relaxaiione corporum puritas non corrumpatur aniraorunh D. Chrysost.
rent la damnation éternelle (1). C'est le jour de la prière et des louanges de Dieu, et l'on en fait un jour de chansons voluptueuses, de jurements, de malédictions de blasphèmes. C'est le jour de l'assemblée sainte, et Ton en fait un jour de rendez-vous criminels , de réunions scandaleuses, de promenades suspectes. C'est un jour de bonnes œuvres, et l'on en fait un jour de libertinage, et, pour me servir de l'expression d'un saint Père, l'égout de toute la semaine. Combien n'en voit-on pas, en effet, qui, pendant les autres jours, occupés de leur travail, gardent une certaine retenue ; mais , le Dimanche, se regardant comme libres de tout frein, ils ne se possèdent plus, et ne reculent devant aucune abomination. En un mot, le Dimanche est le jour du Seigneur, et, par le plus déplorable de tous les renversements, on en fait le jour de Satan.
0 mon Dieu, faites que je n'oublie jamais de sanctifier le jour que vous vous êtes réservé. Celui qui le profane, s'expose à voir bien des jours mauvais.
TRAITS HISTORIQUES
1. On n'est pas notaire pour en avoir les pannonceaux à sa porte, mais en faire les actes, dit un moraliste; on n'est pas chrétien parce qu'on en porte le titre, mais parce qu'on en remplit les devoirs.
Il était prescrit aux Juifs d'aller adorer Dieu dans le lieu qu'il leur avait assigné. « Vous viendrez, leur avait dit le Seigneur, au lieu que votre Dieu aura choisi d'entre toutes vos tribus, pour y établir son nom et pour y habiter; et vous y offrirez vos holocaustes et vos victimes, vos dîmes et les prémices des ouvrages de vos mains, vos vœux et vos dons, les premiers-nés de vos bœufs et de vos brebis. Vous mangerez en ce lieu en la présence du Seigneur votre Dieu, et vous vous y réjouirez, vous et votre maison, de tous les travaux de vos mains, que le Seigneur votre Dieu aura bénis (2). » Ce lieu fut premièrement à Silo, où fut bâti par Salomon ce temple si fameux, hors duquel on ne pouvait point sacrifier au Seigneur, pour marquer,
(1) Digni sunt morte non solùm qui faciunt, sed ctiam qui con- •entiunt facientibus. Rom., i, 32.
(2) Deut.txu, 5.
dit saint Augustin, que le sacrifice ne devait point être offert hors de l'église, dont le Temple de Salomon était la figure.
Ûien de. plus édifiant que les assemblées des premiers chrétiens, pour célébrer le Dimanche que les païens nommaient le jour du soleil ; ils se réunissaient, dans 'e principe, dans des habitations particulières, où l'on choisissait une de ces salles à manger, que tes Latin» nommaient cénacles, et qui étaient au haut des maisons. Souvent la persécution obligeait de se cacher dans des cryptes ou caves souterraines, hors des villes, comme les catacombes que l'on voit encore à Rome. Quand on avait plus de liberté. ;on s'assemblait dans des lieux publics, connus de tout le monde pour être des églises des chrétiens. Quelques-unes de ces églises publiques avaient été des maisons particulières, comme celle du sénateur saint Pudens, de saint Timothée, prêtre, et des vierges sainte Podentienne et sainte Praxède. Souvent aussi c'étaient de nouveaux bâtiments faits exprès. Dans ces réunions, après quelques prières, on lisait les saintes Ecritures, premièrement de l'Ancien Testament, puis du Nouveau. L'évêque expliquait l'Évangile, y ajoutant quelque exhortation convenable au besoin de son troupeau. Puis, ils se levaient tous, et se tournant vers l'Orient, les mains élevées au ciel, ils faisaient des prières pour toute sorte de personnes, chrétiens, infidèles, grands et petits, particulièrement pour les affligés, les malades, et les autres qui souffraient. Ensuite on offrait les dons, c'est-à-di-re le pain et le vin mêlé d'eau, qui devaient être la matière du sacrifice. Le peuple se donnait le baiser de paix, les hommes aux hommes, les femmes aux femmes, en signe de parfaite union. Leprêlre commençait alors l'action du sacrifice, en avertissant d'élever son cœur à Dieu, de lui rendre grâces, et de l'adorer profondément avec les anges et toutes les Vertus célestes ; il continuait jusqu'à ce que, racontant l'institution de l'Eucharistie et répétant les paroles de Jésus-Christ, il fil la consécration, après laquelle il récitait avec le peuple l'Oraison dominicale ; et, après avoir pris la communion, il la distribuait à tous par les mains des diacres; car régulièrement tous ceux qui entraient dans l'église devaient communier, particulièrement les ministres de l'autel. Quant à ceux qui n'a\aient pu assister au sacrifice, on leur envoyait l'Eucharistie par des diacres ou des acolytes; on en réservait aussi une partie pour le viatique des mourants. On permettait aux fidèles de l'emporter chez eux, pour la prendre tous les matins avant toute autre nourriture, ou dans les occasions de péril, comme lorsqu'il fallait aller au martyre, parce qu'on n'avait pas la liberté de s'assembler tous les jours pour célébrer les mystères.
Fleurt, Mœurs des chrétiens.
La fureui des persécutions n'empêchait pas de se rendre aux saintes assemblées du Dimanche.
Pendant la persécution de Dioclétien, Saturnin, prêtre de la ville d'Abytine, en Afrique, célébrait en secret, un jour de dimanche, les divins mystères dans la maison d'Octavius Félix. Les païens, en ayant été informés, y vinrent avec une troupe de soldats, qui arrêtèrent quarante-neuf chrétiens de l'un et de l'autre sexe. On les conduisit devant les magistrats, où ils confessèrent Jésus-Christ si généreusement, que les juges mêmes rendirent justice à leur courage ; on les chargea ensuite de fers, et on les envoya à Carthage où le proconsul faisait sa résidence.
Ils partirent pleins de joie de se voir enchaînés pour Je nom de Jésus-Christ, et ils lui en rendirent grâces par des hymnes et des cantiques, qu'ils ne cessèrent de chanter durant tout le chemin.
Quand ils furent arrivés, on les mena devant le proconsul qui, interrogeant l'un des prisonniers qui était sénateur, lui demanda de quelle condition il était, et s'il avait assisté à l'assemblée des chrétiens ? — «Je suis chrétien, répondit-il avec fermeté, et j'ai assisté à l'assemblée. » — Le proconsul lui demanda ensuite les noms de celui qui présidait l'assemblée et de celui chez lequel elle s'était tenue; mais il n'attendit point la réponse ; il ordonna qu'on retendît sur le chevalet, et qu'on le déchirât avec des ongles de fer. La plupart des autres confesseurs furent aussi appliqués à cette douloureuse question, qu'ils souffrirent avec une patrence invincible.
Le juge leur demandant pourquoi, malgré la défense de l'empereur, ils osaient tenir des assemblées: « C'est, répondirent-ils avec « courage, que la sanctification du dimanche est parmi nous d'une « obligation indispensable. Manquer de le célébrer, serait pour nous « un crime. Nous remplissons ce devoir le mieux qu'il nous estposc sible, jamais nous ne manquons à l'assemblée des chrétiens ; enfla « nous gardons les commandements de Dieu, notre fidélité dût-elle « nous coûter la vie. »
Tous ces généreux soldats de Jésus-Christ furent jugés dignes de la couronne du martyre; ils moururent en prison des tourments qu'ils y endurèrent. Godescard, 11 février.
Une vierge chrétienne, de la ville de Thessalonique, en Macédoine, nommée Anysie, se rendait à l'assemblée des fidèles, lorsqu'un garde de v'empereur Dioclétien l'apercevant fut frappé de sa modestie. M alla au-devant d'elle et lui dit : « Demeure là ; où vas-iu? » Anysie . craignant, à son ton, qu'il ne l'insultât, fit sur son front le signe de la croix, pour obtenir de Dieu la grâce de résister à la tentation. Le soldat se îrouva offensé de ce qu'elle ne réponde que par un tel signe à la question qu'il lui taisait. ïl mit la main sur elle, et lui dit avec colère: « Réponds, qui es-tu? où vas-tu?» Elle lui répondit courageusement: ■/ Je su'h> U servante de Jésus-Christ, et je vais à l'assemblée du Seigneur. » — « Je t'empêcherai bien d'y aller ; Je t'em-
ili SIXIÈME LEÇON.
mènerai sacrifier aux Dieux ; nous adorons aujourd'hui le soleil , ta l'adoreras avec nous. » Il lui arracha en même temps le voile dont son visage était couvert. Anysie tâcha de l'empêcher, et, lui soufflant au visage, elle lui dit: c Va, misérable, Jésus-Christ te punira. > Le soldat devint alors si furieux qu'il tira son épée, et l'enfonça dans le cœur delà vierge chrétienne. Elle tomba baignée dans son sang; mais son âme fut couronnée de gloire dans le ciel.
Fleurt, Hist. ecclés.
Sous l'empereur Valens, hérétique arien, il y avait dans la viile d'Édesse, en Mésopotamie, un grand nombre de chrétiens. L'empereur avait ordonné qu'on fermât les églises des catholiques ; mais les fidèles s'assemblaient, les dimanches, hors de la ville, pour y assister aux offices divins. L'empereur, en étant instruit, ordonna qu'on mît à mort tous les chrétiens qui s'assembleraient encore. Modeste, préfet de la ville, moins barbare que l'empereur, fit secrètement avertir les chrétiens de ne point aller au lieu où ils avaient coutume de prier, parce qu'il avait ordre de l'empereur de massacrer impitoyablement tous ceux qui s'y trouveraient. Mais les fidèles n'en furent que plus empressés à se rendre au lieu de leur réunion. Le dimanche suivant, l'assemblée fut plus nombreuse que jamais. Le préfet ne savait d'abord quel parti prendre ; toutefois, pour ne pas désobéir à l'empereur, il marcha avec ses soldats contre ces généreux chrétiens, et il faisait avec les gens de sa suite un bruit extraordinaire, afin d'épouvanter le peuple et de l'engager à prendre la fuite. En traversant la ville, il vit une pauvre femme qui sortait brusquement de sa maison, sans même en fermer la porte, tenant un enfant par la main, et laissant traîner son manteau négligemment, au lieu de se couvrir à la manière de son pays. Elle coupa la file des soldats qui marchaient devant le préfet, et passa avec un extrême empressement. Modeste la fit arrêter, et lui demanda où elle allait si vile. « — Je me presse, dit-elle, d'arriver au champ où les catholiques sont assemblés. > — c Tu es donc la seule qui ne saches pas que le préfet y marche, et qu'il y fera mourir tous ceux qu'il y trouvera?» — «Je le sais très-bien et c'est pour cela que je me presse, craignant de manquer l'occasion de souffrir le martyre. » — « Mais pourquoi mènes-tu cet enfant ?> — « Afin qu'il ait part à la même gloîre. » Modeste, étonné du courage de cette sainte femme, retourna au palais de l'empereur, et lui persuada de renoncer à un projet aussi honteux et aussi cruel. Tant la vertu a d'ascendant sur ceux-là même qui la persécutent !
Hist. ecclés., 1. XVI, n. 33.
De nos jours, malgré le refroidissement de la piété, il est encore une foule d'hommes honorables qui ne reculent pas devant l'accomplissement de leurs devoirs religieux. — M. Pardessus, ce savant jurisconsulte, cet habile commentateur de nos codes, a été de plus
an chrétien fervent, qui a retracé à notre génération l'antique alliance de la science et de la foi dans la magistrature française. Il allait tous les jours à la messe de midi ; et, tous les jours, il récitait l'office divin, auquel il consacrait près de deux heures. Le soir, il donnait plus d'une heure à la lecture ; tous les ans, il relisait, suivant l'ordre de l'année, les sermons de Bourdaloue, dont la gravité convenait à sa forte intelligence.
Nous ne pouvons nous empêcher d'applaudir aux efforts tentés par le gouvernement pour remettre en honneur la religion trop longtemps dédaignée. Ainsi il a été décidé qu'une messe solennelle serait célébrée tous les dimanches à midi, dans le camp de Satory, en présence des troupes massées autour d'un autel majestueux. D'autres camps ont été formés à Lyon, à Metz, à Saint-Omer, à Helfaut, et partout la même cérémonie s'accomplit avec une solennité toute militaire, qui impressionne vivement les multitudes accourues pour jouir de ce spectacle imposant et grandiose.
On a vu aussi avec plaisir que la chapelle de l'hôtel du ministre de la guerre était rendue au culte. Le ministre et toute sa maison assistent régulièrement aux offices le dimanche et les jours de fête consacrés par l'Église. Cet exemple, venu d'en haut, s'impose nécessairement à tous les fonctionnaires de l'État. Avant peu, il ne restera plus rien, c'est du moins une espérance permise, de ce respect humain aussi sot que ridicule qui, s'érigeant en système, tendait à dispenser l'homme de ses devoirs religieux, d'autant plus qu'il était élevé davantage en dignité, et mieux en vue, par conséquent, aux yeux de ses concitoyens.
Nous lisons dans les ouvrages de saint Antonin, archevêque de Florence, un trait qui nous montre que la Messe est comme un paratonnerre contre la foudre de la justice de Dieu. Le voici : Deux jeunes gens convinrent de faire une partie de chasse, un jour de fête. L'un d'eux se lève de grand malin et va entendre pieusement la sainte Messe; l'autre, moins religieux, néglige de remplir ce précepte de l'Église. Cependant ils parlent pour la chasse; et, comme ils étaient en chemin, le ciel s'obscurcit tout à coup, avec un mugissement si horrible, avec des éclairs si continuels et des éclats de tonnerre si épouvantables, qu'il semblait que tout allait s'abîmer. Ce qui effrayait le plus les jeunes chasseurs, c'est qu'au milieu de ceSta effroyable tempête, ils entendaient, de temps en temps, une voix qui criait : FRAPPE, FRAPPE ! L'air s'étant un peu éclairci, ils commençaient à se rassurer, et poursuivaient tranquillement leur chemin, lorsque tout d'un coup il vint un éclat de tonnerre qui tua celui qui n'avait pas entendu la messe. L'autre, saisi de frayeur et tout hors de lui, ne savait s'il devait conlinuer son chemin ou retourner sur ses pas; et. comme il était dans le trouble et danscetlemcer-
116 SIXIÈME LfcÇON.
titude, il entendit la même voix qui criait : « Frappe encore celui-ci.» Alors sa frayeur fut extrême, craignant le même sort que son infortuné compagnon. Mais aussitôt il fut rassuré par une autre voix qui disait : Je ne le frapperai point, parce qu'il a entendu aujourd'hui f'ET VERBUM CARO FACTUM EST. Par ces paroles de l'Évangile de saint Jean, que le prêtre récite ordinairement à la fin de la messe, la voix mystérieuse ne voulait dire autre chose, sinon que es jeune homme avait entendu la Messe tout entière, et que c'était l'asfistance au saint sacrifice, qui l'avait préservé de la mort épouvantable qui avait frappé son ami.
Perfection chrétienne, par Rodrigdez.
2. < Qui pourra subsister en présence de ce Dieu si saint?» di- •aient autrefois les Bethsamiles, lorsque l'arche du Seigneur, renvoyée par les Philistins, fut conduite sur leurs terres. Ils avaient manifesté ia plus vive joie, en la voyant arriver ; mais ils eurent l'imprudence de jeter sur elle les regards trop curieux ; et cette irrévérence iW punie par la mon de cinquante mille d'entre eux. Alors ils s'écrièrent ta tremblant : t Qui pourra subsister en la présence de ce Dieu si saiLt?» C'est ce que nous dirions peut-être nousmêmes A?5C des transports de frayeur, si nous avions les yeux assez éclairas pour voir les épouvantables jugements qu'exerce invisiblement Jésus-Christ de son arche sainte, c'est-à-dire du fond de son tabernacle. Reg., vi, 19.
Dieu fit comprendre au prophète Ezéchiel, par une magnifique vision, combien il déteste les péchés qui se commettent dans le lieu faint. L'esprit du Seigneur le transporta de Babylone à Jérusalem, pour le rer.dre témoin de toutes les abominations dont son peuple se souillait. En un clin d'œil, il lui fit voir tout ce qui se passait près de la porte intérieure du Temple ; il lui montra l'idole de Baal, qu'on avait placée au lieu même où devait être adoré le Dieu d'Israël. Et ie Seigneur lui dit : « Vois-tu les grandes abominations que les enfants d'Israël font ici, et qui m'obligent à quitter mon sanctuaire? Et si lu te retournes, tu verras des abominations plus grandes. » Alors le Seigneur le conduisit dans le parvis, et le prophète vit des images de toute sorte de reptiles et d'animaux peintes sur la muraille tout autour ; et soixante et dix des anciens de la maison d'Israël se tenaient devant ces peintures ; chacun d'eux avait un encensoir à la main; et la vapeur de l'encens s'élevait comme un nuage. Et le Seigneur dit : c Vois-tu ce que font les anciens de la maison d'Israël, comme si le Seigneur ne les voyait pas, comme si le Seigneur avait délaissé la terre? Et si tu le tournes d'un autre coté, tu verras des abominalions plus grandes encore. Le prophète, s'étant un peu plus avancé, vit des femmes assises qui pleuraient Adonis.
Vois-tu ce qu'on fait dans ma maison, dit le Seigneur? et si tu te
tournais d'un autre côté, tu verrais des abominations plus grandes encore. » Le Seigneur conduisit donc Ezéchiel dans le parvis intérieur du Temple, et voilà qu'entre le vestibule et l'autel, le prophète vit environ vingt-cinq hommes, qui tournaient le dos au Temple du Seigneur et qui adoraient le soleil levant. « Vois-tu ce qu'ils font ? ajouta le Seigneur, j'agirai donc contre eux dans ma fureur, et je n'aurai point de pitié. » Ezech., viii.
Hélas! si, lorsque nous entrons dans nos églises, nous pouvions pénétrer dans le secret des cœurs, que d'hommes nous y verrions qui, au lieu d'adorer le vrai Dieu, adorent l'idole de leurs sentiments et de leurs passions ! Que de femmes qui, au lieu de s'occuper de Dieu et de pleurer leurs péchés, ne songent qu'à elles-mêmes, à ce qui peut leur plaire, et s'affligent non d'avoir offensé le Seigneur, mais de se voir privées de ce qui pourrait flatter leur vanité! Que de personnes de tout âge, de tout rang qui tournent le dos à l'autel, c'est-à-dire ne font aucun cas des choses saintes, des biens de la grâce, et outragent ainsi la majesté de Dieu présent dans son sanctuaire, pour n'adorer que le soleil levant, c'est-à-dire ce qui éclate davantage dans le siècle, ce qu'elles croient pouvoir procurer leur gloire ou leur fortune temporelle !
Eugène Cistenio, qui fut ambassadeur de Ferdinand Ier auprès de Soliman, nous apprend qu'au tomlTeau de Mahomet, les Turcs ne se permettent ni de parler, ni de cracher, ni de regarder quoi que ce soit avec curiosité. Quan 1 ils sortent, pour ne pas tourner le dos à leur temple, ils marchent à reculons. Que font les chrétiens à l'église? Ils parlent haut, tournent la tête de tous côtés , s'occupent de mauvaises pensées, des personnes du sexe, sans respect pour Jésus-Christ sur l'autel! Bon Dieu! comment les églises ne s'écroulent-elles pas? Comment Jésus-Christ ne nous abandonne-t-il pas? Verme rapporte que dans une église, où se commettaient de fortes irrévérences, au moment où le prêtre élevait l'hostie, on entendit une voix terrible qui dit : Peuple, je vous quitte. On vit alors l'hostie s'élever en l'air où la même voix répéta: Peuple, je vous quitte. Lorsque l'hostie fut parvenue au sommet de la voûte, on entendit pour la troisième fois ces paroles : Peuple, je vous quitte. En même temps elle disparut, et aussitôt l'église s'écroula sur ce peuple malheureux.
Saint Liguori
De la parole de Dieu.
• 3. Écoutons la parole de Dieu avec une sainte avidité, à l'exemple de cette multitude de peuple qui suivit Jésus-Christ pendant trois jours, ne se lassant jamais d'entendre les divins oracles qui sortaient de sa bouche, sans penser à manger, ni aux autres besoins du
corps (1\ Nous lisons dans les Actes des apôtres (2) que saint Paul prolongea, en une circonstance , sa prédication jusqu'à minuit; ce qui prouve que la foule qui l'entourait, était toujours Vnsatiabit: de l'entendre.
Zenon, originaire de la province du Ponl, où il avait de grands biens, les quitta pour aller dans la Cappadoce , se faire instruire dans la religion chrétienne par le grand saint Basile. La grâce opéra si bien en lui qu'après la mort de l'empereur Valens, il renonça à un emploi qu'il avait à la cour , pour se retirer sur une haute montagne, près d'Antioche. Là, il vivait seul, s'occupant à purifier son âme, à contempler les grandeurs de Dieu et à se rendre digne de le posséder. Théodoret, qui nous a conservé son histoire, remarque qu'étant dans de si excellentes dispositions et enrichi de tan' de vertus, il ne manquait pas néanmoins, comme s'il eût été le plus ignorant du monde, de se rendre, chaque dimanche, avec le peuple, à l'église, où il entendait avec beaucoup d'attention la parole de Dieu de la bouche de ceux qui l'enseignaient, et, après avoir reçu la sainte communion, il s'en retournait dans sa demeure ordinaire. Théod., Hist. reL, c. xh.
Il y a des exemples de prodiges opérés par un seul passage des divines Écritures, entendu dans les églises. Le père et le modèle des solitaires, saint Antoine, perdit de bonne heure ses parents. Possesseur de grands biens e! jeune encore, il entra dans l'église, au moment où on lisait ces paroles de l'Évangile : « Si vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce que vous avez, et donnez-en le prix aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel. » Antoine regarde ces paroles, comme dites à lui-même; il se les applique, et, de retour chez lui, il ne diffère pas un moment, et met d'abord en pratique ce qui n'est qu'un conseil d'une grande perfection. On dit la même chose de saint Siméon Stylite. Un seul passage des divines Écritures, « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur ! » est comme une étincelle qui embrase aussitôt son cœur. Qu'une seule semence tombe dans une terre bien préparée, et elle y produit des fruits de grâce extraordinaires. Enseig. de la Religion.
Saint Augustin, parlant du temps qui précéda sa conversion, dit qu'il avait soin de se trouver à l'église, autant que le lui pouvaient permettre ses occupations, dont le poids le faisait gémir, et qu'il allait entendre les discours que saint Ambroise, évêque de Milan, faisait au peuple tous les dimanches. Son cœur, touché de l'éloquence de ce saint homme, s'ouvrit peu à peu à la vérité. « Votre divine parole, ô mon Dieu, dit encore saint Augustin , est un pain qui nourrit et
(1) Math., xv, 2.
l5fj ACt., XX, f.
DEVOIRS DES PARENTS. m 9
qui engraisse, une huile qui embellit et qui fait qu'on a la joie peinte sur le visage, un vin qui enivre, mais d'une ivresse qui, nous faisant goûter les plaisirs du ciel, nous détache de ceux de la terre. » Parlant ensuite des pieuses lectures, le même saint ajoute : « Ce qui me touche le plus iiu monde et ce que j'aime par-dessus toiles choses, c'est d'entendre votre voix dans les divins livres de votre sainte Écriture, ô mon Dieu ; et c'est un plaisir pour moi, qui passe tous les autres plaisirs. Les méchants m'ont étalé leurs vaines joies ; mais je n'y trouve rien de comparable aux douceurs de votre sainte Loi. » Les saints offices le remplissaient aussi d'ineffables consolations. « Combien, dit-il, le chant des hymnes et des psaumes que j'entendais dans votre église, ô mon Dieu, me faisait répandre de larmes ! Et combien j'étais vivement touché d'entendre retentir vos louanges dans la bouche des fidèles! A mesure que ces divines paroles frappaient mes oreilles, les vérités qu'elles expriment, s'insinuaient dans mon cœur j et l'ardeur des sentiments de piété, qu'ils y excitaient, faisait couler de mes yeux une grande abondance de larmes, mais de larmes délicieuses, qui faisaient alors le plus grand plaisir de ma vie. »
Confess., passim.
Toujours avide de la parole de Dieu , saint Louis l'écoutait avec cette sainte foi, qui décèle une âme pénétrée des sentiments de la plus vive dévotion. Le roi d'Angleterre, au contraire, content d'entendre beaucoup de Messes, n'assistait jamais aux sermons. Un jour que le saint monarque lui en fit quelques reproches : Quand on aime bien, répondit le prince anglais, on préfère le plaisir de voir l'objet chéri à celui d'en entendre parler. Mais cette réponse est plus spécieuse que solide. On ne dit pas toujours des Messes; et, d'ailleurs, est-ce une preuve d'amour que de négliger, ou même de refuser d'entendre parler de ce qu'on aime, quand on ne le voit pas?
Anecdotes Chrétiennes.