‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 3)Chapitre 10 sur 39 · SAINTETE DE L EGLISE · texte numérisé non relu

SAINTETE DE L EGLISE

contester cette glorieuse succession, qui la fait remonter jusqu'aux apôtres et jusqu'à Jésus-Christ. L'Église catholique est donc sainte sur ce point. Toutes les autres sociétés, au contraire, ont manifestement une origine plus récente; on peut assigner le jour de leur séparation d'avec TÉglise catholique, et elles portent, comme une preuve évidente de leurscission,lenomde leur auteur, luthériennes de Luther, calvinistes de Calvin; etc. Mais, de bonne foi, qui oserait parler de la sainteté de Luther ou de Calvin, ces deux patriarches de la réforme ? Et, sans entrer dans les détails de leur vie, qui nous offriraient tant de choses à blâmer et à nous faire rougir, citons un fait, un seul fait qui fera à tout jamais leur honte et leur condamnation : que penser de ces prêtres ou moines apostats, qui ont voulu se marier malgré la loi ou les vœux qui les obligeaient à la continence, déshonorant ainsi leur caractère sacré par une alliance sacrilège? Est-il possible que Dieu ait suscité de pareilles gens pour réformer son Église ? Et que n'aurait-on pas à dire sur le chef des anglicans, Henri VIII, et siu* la fameuse Elisabeth, et sur tous ceux qui, par orgueil ou pour satisfaire toute autre passion, se sont érigés en fondateurs de sectes ?

2° L'Église catholique est sainte dans la fm qu'elle se propose, qui est la sanctification des âmes. Elle n'a d'autre but que de nous préserver de la contagion du siècle, et de nous faire arriver purs et sans tache au terme du salut. C'est pour cela qu'elle gémit, qu'elle prie, qu'elle nous réunit dans ses temples, qu'elle nous exhorte par la bouche de ses ministres. Elle n'a ni cesse ni relâche qu'elle ne nous ait introduits au séjour du repos éternel. Ses pratiques de piété sont à la portée de tout le monde ; elle les a multipliées et diversifiées de toutes manières, afin de s'accommoder au goût, à l'âge, à la condition des personnes. Mais qu'on regarde bien les sectes qui ont rompu avec elle, on dirait qu'elles n'ont aucune part à l'onction du Saint-Esprit;

la dévotion n'y parvi'^nt guère à un haut degré de ferveur; et ce n'est pas étonnant, car la grâce de Dieu les a complètement abandonnées; aussi on a remarqué, avec juste raison, qu'il n'y avait, le plus souvent, que froideur, sécheresse et roideur dans leurs exercices religieux , et jusque dans les prières qu'elles se sont fabriquées à elles-mêmes.

3 1 "Église catholique est sainte dans les moyens qu'elle emploie pour nous sanctifier. Et, d'abord, elle est Sainte dons sa doctrine, car efle a conservé intact le précieux dépôt de la foi, et elle a, dans la voie d'autorité, un moyen infaillible de le transmettre aux générations futures, jusqu'à la fin des siècles, sans quejamais il subisse aucune altération. Que Terreur cherche à se glisser imperceptiblement ou qu'elle se montre hardiment et la tête levée, ses docteurs ne l'ont pas plutôt aperçue qu'ils l'attaquent vigoureusement', et la confondent par des arguments invincibles; ses évêques la condamnent; et le souverain Pontife, sentinelle vigilante, placée au sommet de la chrétienté, lui porte le dernier coup. — Sainte dans les règles qu'elle nous trace, pour la bonne conduite de notre vie; c'est lapui-e morale de l'Évangile qu'elle nous annonce du haut de ses chaires, ou bien danr» les écrits de ses saints. Jamais on ne l'a vue donner ni dans le rigorisme ni dans le relâchement; mais, se tenaiit constamment éloignée de ces deux extrêmes, elle a frappé de ses censures et ceux qui, par une sévérité excessive, am'aient voulu effrayer ses enfants, et ceux qui, par une molle complaisance, leur auraient aplani le chemin pour les conduire à la perdition. Avec une sagesse qui ne lui manquera jamais, parce qu'elle lui vient d'en haut, elle ne s'en tient pas uniquement aux préceptes formels de Jésus-Christ ; mais elle adopte et recommande fortement ses conseils pour mener les âmes à la perfection, comme, par exemple, la virginité, l'obéissance parfaite, la pauvreté \ olontaire, le mépris de soi-même, l'amour de la croix et des abjections, etc. Elle ne cesse d'exhorter ses

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enfaiils î^ la pratique de toutes les vertus. Oliî si nous suivions bien exactement tous ses enseignements, nous serions sûrs de marcher dans la justice et la sainteté, tous les jours de notre vie. Quoi do plus saint encore que les préceptes particuliers qu'elle impose sur la sanclificatioii de certains jours de fête, sur les jeûnes, sur la fréquentation des sacrements? Quoi de plus saint que ce qu'elle prescrit à ses ministres, pour qu'ils puissent répondre à la sainteté de leur état? Lisez les décrets des conciles, vous y verrez facilement que tout y tend à inspirer l'esprit de pénitence et de piété. — Sainte dans ses sacrements, qui sont comme les canaux par où elle nous communique la grâce et la sainteté; chacun confère une grâce particulière, et répand dans les âmes l'espèce de sainteté qui lui est propre, et la plus convenable aux différents états auxquels on peut être appelé ; et, tous ensemble, ils contribuent à nous rendre parfaits, en nous faisant passer par les divers degrés de sainteté. — Sainte dans son culte: toutes ses cérémonies et ses diverses pratiques n'ont d'autre fin que d'honorer Dieu, de lui rendre la gloire qui est due à sa majesté suprême, et d'élever nos cœurs vers lui. Chez elle seule, on trouve l'autel véritable, le sacrifice légitime, cette oblation pure qui devait être offerte au Seigneur en tous lieux, selon la prédiction deMalachie (l).

En est-il de même des sectes séparées de l'Église catholique ? Elles ont bien pu, il est vrai, en rompant l'unité, emporter quelques parties de la vérité ; mais elles n'en ont pas la plénitude; elles ont fait un alliage monstrueux de dogmes divins et d'inventions humaines. En interprétant arbitrairement l'Évangile, elles ont donné dans iés contradictions les plus choquantes, dans les écart? les plus extravagants. Ainsi, les protestants n'ont pas rougi, dans les

(1) Inomniloco saciificalur et offerlar nomini meo oblalio mundi, Malac, 1, 11.

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premiers temps, d'enseigner l'inutilité de la pénitence et des bonnes œuvres, Tinamissibilité de la justice, et autres doctrines directement contraires à la sainteté,* et qui ouvraient la porte à tous les vices. Ils ont supprimé les dogmes les plus sacrés, les pratiques les plus propres à inspirer rhorreur du vice et Tamour de Dieu, telles que la confession, la communion; ils ont réduit le culte à une honteuse nudité. Enfin, nous l'avons déjà dit et nous devons encore le redire, parce que c'est ce qu'il y a de plus capable d'abattre l'orgueil des hérétiques, la corruption de la prétendue réforme paraît visiblement par celle de ses auteurs eux-mêmes. Et que pouvait-on attendre de bon de ces réformateurs, qui ne rougissaient pas d'avouer, comme Luther, qu'ils avaient eu le diable pour maître; ou de dire, comme Zuingle, qu'ils ne savaient pas si l'esprit qui les avait instruits, était blanc ou noir !

4" Enfin, l'Eglise catholique est sainte dans ses membres. Nous ne voulons pas dire que tous ses membres soient saints; car nous savons très-bien qu'elle est comme Farche de Noé, qui renfermait des animaux purs et des animaux immondes, comme un troupeau mêlé de brebis et de boucs, comme le vestibule de la salle du festin où attendent en même temps les vierges sages et les vierges folles. Jésus-Christ lui-même nous a prédit le mélange constant des bons et des méchants dans son Église ; il nous a dit que, jusqu'au temps de la moisson, l'ivraie serait mêlée avec le bon grain dans le champ du père de famille ; nous savons d'ailleurs qu'en la compagnie de Jésus, parmi les douze apôtres, il se trouva un scélérat, et qu'on vit un incestueux parmi les chrétiens de Corinthe. Mais la révolte ou la dépravation des enfants ne préjudicie pas à la sainteté de la mère, de même que la perfidie de Judas ne nuisit pas à la sainteté des autres disciples de Jésus-Christ. Ne seiT,itce pas la plus grande injustice que d'imputer à lÉglise des désordres qu'elle condamne, qu'elle s'efforce d'arrêter ou

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de guéru, e'i qui font le sujet continuel de sa douleur? A cause de la perversité d'un trop grand nombre de ses enfants, elle peut bien dire, comme réponse de«^ Cantiques qu'elle est noire ; mais elle ne cesse pas pour cela d'être belle (1) ; noire par les vices de ceux qui déshonorent l'auguste caractère de chrétien qu'elle leur imprime au baptême, elle est cependant toujours brillante, comme le lis parmi les épines.

Ce qui fait sa gloire, c'est qu'elle est sainte dans une multitude infinie de ses enfants, qui ont donné à la terre l'exemple des plus héroïques vertus. A elle appartient la sainteté de tant de généreux martyrs, de tant d'illustres confesseurs, de savants docteurs, de pieux cénobites, de vierges chrétiennes, qui ont fait l'ornement des plus beaux siècles du christianisme et que les sectes hérétiques ne vénèrent pas moins que nous. A elle la sainteté des Athanase, des Grégoire, des Basile, des Cyrille, des Antoine, des Dominique, des Bernard, etc. Ces saints appartiennent incontestablement à l'Église catholique; ils avaient la même foi que professe encore aujourd'hui l'Église catholique ; et, de leur temps, ils croyaient, comme nous croyons encore aujourd'hui, au purgatoire, à la nécessité delà confession, à la présence réelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans l'Eucharistie ; ils ont invoqué les saints, vénéré leurs images, comme nous le faisons nous-mêmes tous les jours; et, comme nous aussi, ils reconnaissaient la primauté du Pape, et se faisaient un devoir de le consulter dans tous les cas difficiles et de se soumettre à toutes ses décisions. Et même, depuis la réforme, que de saints l'Église catholique n'a-t-elle pas produits? Que de noms se présentent ici en foule ! Sainte Thérèse, saint Charles Borromée, saint François Xavier, saint François de Sales, saint Vincent de Paul et tant d'autres, dont les éminentes vertus ont excité

(1) I\igvasura, seà forraosa. Cant. i, 4.

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Tadmiration et le respect même des plus grands ennemis de la religion! Aujom*d'hui encore^ que de vertus obscures et cachées aux yeux du moiide^ mais connues de Dieu^ qui font la richesse et Tornement du catholicisme ! Malgré ce déluge d'iniquités^ qui inonde de toutes parts la surface de la terre, que de chrétiens dignes des premiers siècles! Nous en trouvons dans tous les rangs et dans toutes les professions; nous en trouvons dans le monde, qui les ignore ou les méprise; nous en trouvons dans les cloîtres, qu'on pourrait mettre en parallèle avec tout ce quelÉgypte et la Thébaïde ont vu autrefois de plus vénérable.

Et les saints du protestantisme, où sont-ils*? Où pomTonsnous les trouver? C'est bien à tort que les protestants revendiqueraient ceux des premiers temps, puisqu'ils ont abjuré leur doctrine. Et, depuis que Luther a paru, quels sont les saints que la réforme a enfantés? On pourra bien nous citer certains gi-aves personnages,de mœurs austères, je l'accorde; mais qui ne sait que les appai'ences sont souvent trompeuses, et que, sous un extérieur de probité, se cache quelquefois beaucoup de malice. Je sens qu'ici le protestantisme peut nous l'aire la même objection, et nous alléguer notre paille et notre ivraie, pour coumr la sienne. Voilà pourquoi j'ai hâte d'ajouter qu'il y a des signes ma nifestes, par lesquels Dieu fait éclater, quand il veut, la sainteté de ses serviteurs; ce sont les miracles. Or, le don des miracles n'a jamais cessé dans l'Église romaine ; en tout temps, il s'en est fait dans son sein, en moindre nombre, il est vrai, dans les temps postérieurs qu'aux premiers siècles, parce qu'ils ne sont plus aussi nécessaires, attendu que l'Église est maintenant établie et répandue dans tout l'univers; mais nous pouvons encore en citer, depuis la naissance de la réforme, de si avérés, de si authentiques, de si éclatants, que des protestants eux-mêmes, bien loin de les nier, n'ont pu s'empêcher de les confirmer parleur propre témoignage. Tels sont ceux en particulier de .saint

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François de Sales et de saint François Xavier. Or. ime Église, ainsi évidemment soutenue par la main de Dieu, ne iiîontre-t-elle pas évidemment à tous les yeux le cachet de son origine céleste ? A-t-on jamais rien vu de pareil chez les sectes hérétiques ? On peut les défier de nous citer un seul de leurs membres, qui ait été le sujet ou l'instrument d'un seul miracle. Aussi, voyant leur impuissance à cet égard, elles ont pris le parti de dénigrer nos saints, de tourner en ridicule les prodiges opérés par leur entremise; mais les rires ni la calomnie n'ont jamais été des raisons.

Faisons tout ce qui dépend de nous, pour nous montrer de dignes enfants de l'Église ; saints par état, saints par les engagements que nous avons contractés au baptême, soyons aussi saints par tous les actes de notre vie. Sans doute, notre sainteté ne sera parfaite qu'au ciel, puisqu'il nous est bien difficile ici-bas, vu notre fragilité, d'éviter toute sorte de fautes; mais ces souillures, que nous contractons journellement, lavons-les dans les larmes de la componction, dans le bain salutaire de la pénitence; et, afin de nous encourager à nous purifier et à nous sanctifier de plus en plus, levons souvent les yeux vers cette Jérusalem céleste toute composée d'un or très-pur, et dans la construction de laquelle nos âmes doivent être enchâssées, comme autant de pierres précieuses, pour y briller à jamais du phis vif éclat, parce qu'elles y refléteront quelques rayons de la gloire même de Dieu.

TRAITS HISTORIQUES

1 , C'est un proverbe reçu qu'à l'œuvre on connaU Vouvrier ; mais on peut aussi renverser le proverbe el dire que par l'ouvrier on connall trés-souvenl l'œuvre. Pour jug^er donc de la sainteté de la réforme, voyons quelle a eié la sainféié de ses auteurs. Nous ne parlerons que des deux principaux, Luther et Calvin.

Luther. Il naquit en Allemagne, de parents catholiques romains, et fut lui-même jusqu'à l'âge de trente-quatre ans, non-seulement enfant de l'Eglise calliolique, mais encore prêtre, et, de plus, religieux

augustin, lié par les vœux solennels de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, qu'il prononça avec pleine liberté, et après avoir eu tout le temps d'y réfléchir. Dans la suite, il les viola tous trois : d'abord ceux de pauvreté et d'obéissance en quittant son monastère et l'habit religieux.; puis celui de chasteté, en contractant une alliance sacrilège avev -jne jeune religieuse, qu'il entraîna dans l'apostasie. Le principe de ses premiers égarements fut l'orgueil. Le pape Léon X, ayant accordé une indulgence à tous ceux des fidèles qui contribueraient à la construction de l'église Saint-Pierre de Rome, donna

'* (^ aux Dominicains la commission de recueillir les aumônes. Luther, V jaloux à l'excès d'une préférence qui n'était plus comme autrefois

S»^ pour lui et pour ses confrères, ne se borna pas à relever l'abus que

\y faisaient quelques Dominicains du pouvoir qui leur avait été confié, \ il se mit à invectiver, en chaire et par écrit, contre les indulgences ^, 4 elles-mêmes, et puis contre beaucoup d'autres points de la doctrine >i de l'Église, contre la confession auriculaire, contre l'efficacité des sacrements, etc., etc. Toute sa conduite, depuis sa première levée de boucliers en 1617, ne fut qu'une suite de contradictions et d'inconséquences capables, à elles seules, d'ouvrir les yeux aux plus aveugles de ses partisans. Résumons-les en peu de mots, et voyons si l'on y reconnaît un apôtre, un homme envoyé de Dieu pour réformer son Église. Nous ne dirons rien qu'on ne retrouve en toutes lettres dans ses ouvrages, lo II avait d'abord prodigué mille témoignages de res- ^1^ pect et de confiance aux Universités et surtout à celle de Paris; mais, i peu touchées de ses flatteries, elles condamnèrent sa doctrine comme ■ fausse et hérétique ; aussitôt il se répandit contre elles en invectives grossières et indécentes. A ses yeux, la Sorbonne ne fut plus que la mère des erreurs, la fille de l'antechrist^ la porte de l'enfer. 2» Il ^^ avait protesté à Léon X qu'il recevrait sa décision, comme un oracle

^ sorti de la bouche de Jésus-Christ. La décision pontificale fut une

condamnation, non de la personne, mais des ouvrages de Luther. Au lieu de se soumettre, l'audacieux Luther fit publiquement brûler la bulle sur la place de Wittemberg, et il écrivit que c'était le Pape lui-même qui aurait mérité d'être brûlée qu'il fallait prendre les armes contre lui, contre les cardinaux et les évêques, et se laver les mains dans leur sang. .30 Avant sa condamnation, Luther avait écrit qu'il n'y a aucun sujet, même des plus importants, jqui puisse donner le droit de rompre l'unité; à peine condamné, il la rompt cette unité précieuse, il sort du bercail avec ses partisans, désormais retranchés du grand corps de l'Église catholique. 4» Et, c'est ici un exemple de la plus monstrueuse inconséquence, dans laquelle on ne sait ce qui l'emporte de l'effronterie ou de l'impiété; c'est Luther lui-même qui ▼a parler : « M'éiant une foi» réveillé vers minuit, le diable se mit i

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