SAINTETE DE L EGLISE
« discuter contre moi sur ia messe : Très-savant docteur, me dit-il, * pendant quinze ans, tu disais la messe presque tous les jours ; que « serait-ce si ces messes étaient autant d'idolâtries ? » Luther écouta le diable, et l'écouta si bien qu'il finit par s'avouer vaincu et se laissa persuader. Dans la suite da récit de cette aventure, dont il donne tous les détails, il convient que le diable est le plus artificieux des menteurs et des trompeurs ; il en convient, et néanmoins il aime mieux s'en rapporter à lui qu'à l'Église de Jésus-Christ qui, depuis quinze cents ans, lui enseignait le contraire. Si, dans le récit de sa conversion, il dit vrai, il est un disciple de Satan ; s'il dit faux, il en est le fils aîné (1), comme disaitsaint Polyoarpe à l'hérétique Marcion. Infortunés luthériens, voilà donc votre docteur, votre apôtre ! Pour le mieux connaître encore, voulez-vous quelques traits de plus à son tableau? C'est lui qui vous les offrira. Il vous apprendra qu'étant catholique, il passa sa vie en austérités, en veilles, en jeûnes, en oraisons, dans la pratique des vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance ; mais qu'une fois réformé, il était devenu un autre homme, que lesexcès delà débauche étaient désormais pour lui une nécessité indispensable ; qu'il brûlait de mille feux dans une chair indomptée, qu'il se sentait porté à l'impudicité avec une rage, qui allait presque jusqu'à la folie. Ailleurs il écrit: « Fort de mon savoir, il n'est ni roi, ci « empereur, ni diable à qui je voulusse céder, pas même à l'univers « entier (2). Je le veux, je l'ordonne, que ma volonté vous tienne « lieu de raison. » Voilà sa modestie, son humilité. Cet homme, si tranchant et si impérieux, savait pourtant bien, quand l'intérêt de sa secte l'exigeait, baisser le ton et descendre au rôle d'un courtisan souple et délié. Ce fut lui-même, le grand apôtre de la réforme, le père de tous les réformés, qui, avec huit de ses principaux docteurs, signa la trop fameuse permission, donnée, sous le plus grand secret, au Landgrawe de liesse, d'avoir deux épouses à la fois. Luther, au reste, n'avait pas une morale plus sévère pour lui-même que pour les les autres ; son mariage sacrilège avec une religieuse en fait foi. Libertin dans sa vie privée comme dans ses écrits, il était homme de bonne chère aussi bien qu'homme de plaisir. Ses repas ordinaires étaient des festins, et trop souvent des orgies, oîi sa bouche vomissait mille propos obscènes et orduriers. Ses commensaux n'ont pas en honte de les réunir sous le nom de .Vicœ Lutheranœ, Miettes de h table de Luther, recueil qu'une plume chaste n'oserait transcrire, qu'un œil pur n'oserait parcourir, et qui eût été bien plus digne d'une taverne ou d'un lieu de débauche que d'une table honnête et
(1) Primogenilus diaboîi.
(2) Sic volo, sic jubeo, sil pro ralione volunlas.
surlout réformée. Quoiqu'il en soit, ce fut à la suite d'une de ces or- {Ties que la dernière nuit de Luther arriva. Use trouva mal en sortant de table, et mou.'ut presque subitement, gorgé de viandes et de vin. Calvin. Il est le plus tristement célèbre des sectaires duxvi» siècle, après Luther. Dès sa Jeunesse, il se fit connaître par le désordre
N»^ de ses mœurs et par la marque flétrissante qui lui fut appliquée sur ^ l'épaule, en punition d'un crime infâme, dont le châtiment, sans l'intercession de l'évéque de ^oyon, eût été le supplice du feu. Cette circonstance de sa vie a été contestée par quelques-uns de ses partisans; mais leurs dénégations n'ont pu détruireles preuves accablantes, tirées
^ du témoignage des auteurs contemporains (1). Ce qui fil de Calvin un réformateur ou plutôt un hérésiarque, ce fut la préférence qu'on donna sur lui à un parent du connétable de Montmorency, pour un
V3 bénéfice qu'il ambitionnait. Pendant les poursuites qu'il fit à ce sujet, ^ <S, il lui échappa de dire que, s'il ne l'obtenait pas, il trouverait le
^ moyen de faire parler de lui pendant plus de trois cents ans. Il em- ^ -v, brassa les erreurs de Luther, auxquelles, suivant l'entraînement na-
y^ turel à ceux qui ne reconnaissent en fait de religion d'autre autorité
N qu'eux-mêmes, il ne manqua pas d'ajouter d'autres erreurs de son invention. Admis à Genève, au moment où cette ville venait d'apostasier, il s'en fit chasser presque aussitôt. Rappelé trois ans après, à l'aide d'un parti puissant qui s'était formé pour lui, il parvint à y gouverner en despote; il abolit toutes les cérémonies, toute la liturgie, toute la hiérarchie de l'Église catholique ; il donna des lois à la prétendue réforme, et fit de Genève le centre et la métropole du Calvinisme.
Cet homme atrabilaire, et jaloux de tout ce qui pouvait l'offusquer, ne pouvait souffrir ni rivaux ni contradicteurs. La moindre opposition était à ses yeux une œuvre de satan, un crime digne de l'exil ou de la mort. Un incrédule, Hlichel Servet, ayant osé être d'un autre avis que le sien au sujet du mystère de la sainte Trinité, il le fit condamner à être brûlé vif, et se donna la cruelle joie d'assister à l'exécution. Tout sombre et tout flegmatique qu'il semblait être de son naturel, il iraila't ses antagonistes avec un ton de hauteur et une bassesse d'expressions indigne d'un honnête homme. Les épithètes àe 'pourceau, ddne, dftc/iei'a/, de chien, d'enragé, d'ivrogne, étaient ses compliments d'usage à quiconque l'avait volontairement ou involontairement biessé. Homme de bonne chère, mais plus friand que gourmand, il lui fallait les viandes les plus délicates, les vins les plus fins, des pains faits de la plus pure farine, pétris pour lui seul,
(1) Voyez la Discussion amicale et l'Ombre de J . J. Rousseau à Calvin.
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etqne, pour cela, on appelait le pain de Monsieur. Calvin était de tous les festins somptueux, toujours avec son pain de Monsieur et son vin à part, qu'on ap])ortait de sa cave dans un flacon d'argenl. Les exemples qu'il donnai!, on le conçoit, s'accordaient assez bien avec sa doctrine sur l'inutilité de la pénitence et des bonnes œuvres.
Un de ses historiens, Bolsec, son contemporain et longtemps son disciple, raconte une aventure qui fera voir de quoi est capable un Cœur assez impie pour se jouer du ciel et de la terre. Notre réformateurcomprenailque des miracles contribueraient beaucoup à autoriser sa mission ; il voulut s'en procurer l'honneur, et entreprit de faire le Thaumaturge et le Saint. Un pauvre homme et sa femme, qui étaient venus s'établir à Genève, sollicitèrent quelques secours pour leur subsistance. Calvin leur en promit, pourvu qu'ils exécutassent fidèlement ce qu'il leur dirait. D'après une convention secrète, l'homme contrefit le malade, puis le mort. Calvin, averti sous maiu, alla se promener, accompagné, selon sa coutume, d'un certain nombre d'amis intimes et dévoués, et passa, comme par hasard, devant le logis du prétendu mort. Au bruit des sanglots et des lamcolations dosa femme, qui faisait la désolée, il entre, se jette à genoux, et prie à haute voix le Seigneur de rendre la vie à ce corps inanimé, pour faire voir à tous que son serviteur Calvin est envoyé d'en haut et appelé à la réformation de son Église. Alors, il .se lève, il prend la main de l'homme et lui commande, au nom de Jésus-Christ, de se lever. Mais il a beau lui répéter, lui crier: c Levez-vous; » le -mort ne remue point. Par un juste jugement de Dieu, qui ne peut rendre témoignage à l'imposture, ce malheureux n'avait plus la parole; il était mon et déjà froid. Sa femme désespérée se mit à son tour à crier contre Calvin, et à le traiter d'imposteur et d'assassin. Le faux Thaumaturge, ne pouvant réussir à l'apaiser, dit froidement qu'elle avait perdu la lôte, et se débarrassa d'elle, en la faisant au plus vile renvoyer de Genève.
Cet hypocrite et ambitieux sectaire eut une fin bien plus déplorable encore que celle qu'on vient de rapporter. Il fut attaqué d'une maladie pédiculaire, et se vit rongé tout vif par des milliers d'insectes dévorants, en même temps qu'un ulcère infect, fruit de son incontinence, pénétrait ses entrailles et lui causait des doulçurs atroces. Ainsi frappé de la main de Dieu, il s'abandonna au désespoir, ap pela les démons à son secours, et rendit l'âme, en vomissant des blasphèmes contre Dieu et des malédictions contre lui-même.
Mes doutes.
Dû bonne foi, quand on lit la vie de ces patriarches de la réforme, peut-on se li!<urer que Dieu ait choisi de telles gens pour ramener i'Eglise à sa pureté et à sa sainteté primitives.^ Luthériens calvinifl-
^ j Q ONZIÈME LEÇO?»
tes, Toyez quels sont vos pères, ou plutôt vos séducteurs. Vous rougiriez de leur ressembler dans les actions de leur vie privée ; pourquoi donc ne quiltez-vous pas la fausse route, dans laquelle ils vous ont engagés?
HUITIÈME INSTRUCTION
Catholicité de l'Église. — Elle lui est tellement essentielle qu'elle ne peut jamais la perdre. — L'Église romaine catholique en tout sens. — Aucune hérésie ne peut lui disputer cette prérogative.
D. Pourquoi l'appelle-t-on Catholique ou Universelle?
R. Parce qu'elle est répandue par toute la terre, et qu'elle aura toujours une plus grande étendue qu'aucune secte hérétique.
L'Église peut être Catholique ou Universelle de trois manières :
1° Dans sa doctrine, parce qu'elle doit enseigner, jusqu'à la fin des temps, toutes les vérités que Jésus-Christ lui a révélées (1). En ce sens, il suffirait qu'elle rejetât un seul article de foi, pour cesser à l'instant d'être catholique.
2^ Dans sa durée, car, bien différente de ce Tabernacle passager de l'ancienne loi, qu'on pouvait rouler et emporter aisément, l'Église de Jésus-Christ renferme tous les temps. Elle est un temple fixe, toujours subsistant, fondé sur la pierre ferme ; elle peut se glorifier de remonter jusqu'à l'origine du monde, puisque les deux Testaments n'ont qu'un seul et même objet, qui est Jésus-Christ, promis dans l'ancien et donné dans le nouveau. Mais c'est surtout, depuis la prédication des apôtres, que nous devons considérer l'établissement et la stabilité de l'Église. Depuis lors, elle n'a cessé de subsister et elle subsistera toujouï's, malgré
(1) Docentes eos servare omnia quœcumque mandavi vobis. Siath.^ xxviii, 20.
CATHOLICITÉ DE l'ÉGLISE. 1 1 1
les subtilités des philosophes, malgré les supercheries des hérétiques, malgré le glaive des tyrans, parce que Jésus- Christ a promis d'être avec elle jusqu'à la consommation des siècles (1). Mais nous nous réservons d'insister sur ce point dans l'instruction suivante.
3° Do.ns son étendue, parce qu'elle doit être répandue en tous lieux. Jésus-Christ a chargé expressément ses apôtres d'instruire toutes les nations (2). C'est de la catholicité, prise en ce dernier sens, que nous nous proposons maintenant de parler.
Cette prérogative auguste la distingue éminemment de la synagogue, qui était bornée à un court espace de temps et dont le culte public et solennel était restreint à un seul lieu, le Temple de Jérusalem, hors duquel il n'était pas permis de sacrifier, et qui n'avait aussi pour ministres que les membres d'une seule famille sacerdotale, la famille d'Aaron.
Cette prérogative la distingue encore de toutes les sectes hérétiques, qu'elle doit toujours surpasser en étendue, de manière que sa plus grande diff'usion sera toujours un de ses caractères les plus saillants, auquel on pourra facilement la reconnaître, entre tant d'autres qui essaieront vainement d'usurper ses droits.
Les oracles les plus magnifiques ont annoncé à l'Église sa catholicité. Et ici qu'on se rappelle ces abondantes bénédictions promises à Abraham; elles ne devaient certes pas se borner à un seul peuple ou à quelques peuples privilégiés, puisque le Seigneur lui avait dit, au contraire, que toutes les nations de la terre seraient bénies dans le Fils qui naîtrait de sa race (3). En parlant du règne de Jésus-Christ
(1} Ecce ego vubiscum sum omnibus diebus usqoe ad consumraationem saeculi. Math., xxviii, 20.
(2) Docelcs omnes gentes. Math., xxvin, 18.
(3) Et in semine luo benedicenlur omnes génies terrae. Gen., m, 3. 18.
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son FilS;, Dieu le Père avait aussi expressément déclaré : « Qu'il lui donnerait toutes les nations pour héritage, et les « extrémités de la terre pour possession... Qu'il dominerait « d'une mer à l'autre,, et des bords du grand fleuve jusc( qu'aux bornes de l'univers... Tous les rois l'adoreront, «ajoutait-il encore, toutes les nations lui obéiront..., tous « les confins de la terre se convertiront au Seigneur (1). »
Écoutez encore le prophète Isaïe : considérant longtemps à l'avance les destinées de l'Église, il aperçoit une multitude innombrable de fidèles, qui accourent de toutes parts dans le sein de la nouvelle Jérusalem, et il s'écrie : «Prenez a un lieu plus grand pour dresser vos tentes, étendez le a plus que vous pourrez les peaux qui les comTcnt, rendez- «en les cordages plus longs et les pieux plus solides; vous « vous étendrez à droite et à gauche, votre postérité aura «les nations pour héritage (2). » Qui ne voit que, sous ces expressions figurées, le Prophète désignait clairement la glohe et les conquêtes immenses de l'Église?
« Levez-vous, est-il dit dans une autre prophétie, levez- « vous, ô Jérusalem, tenez-vous en haut, et considérez vos «enfants, qui viennent à la parole du Saint, depuis l'Orient, «tous pleins de joie, au souvenir des bienfaits de Dieu (3).»
Qui ne connaît ces paroles de Malachie, lesquelles s'appliquent évidemment à la loi évangélique : «Du levant au « couchant, mon nom est glorifié parmi les nations, dit le «Seigneur, et dans tous les lieux on offre et on sacrifie à «mon nom une oblation pure (4). »
Les textes du nouveau Testament ne sont ni moins nombreux, ni moins explicites. Dès sa naissance, Jésus-Christ fut salué par le vieillard Siméon comme la lumière qui de-
(1) Psal, Lxxi, 8, 9,
(2) Js., Liv, 2, 3.
(3; Baruch., v, 4.
(i'^Malach., i, 8,