‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 3)Chapitre 12 sur 39 · CA2U0LICITÉ DE L EGLISE · texte numérisé non relu

CA2U0LICITÉ DE L EGLISE

vait éclairer toutes les nations. En divers endroits^, nous voyons que le divin Sauveur a commandé à ses disciples de prêcher l'Évangile à tout l'univers : «Allez, leur a-t-il dit. «instruisez toutes les nations..., prêchez l'Évangile à toute «créature.... Vous me servirez de témoins dans Jérusalem, «dans la Judée, dans la Samarie et jusqu'aux extrémités «de la terre (1).»

Fidèles aux ordres de leur divin Maître, les apôtres ont travaillé de tout leur j)Ouvoir à opérer la catholicité de l'Église, en prêchant l'Évangile dans tout l'univers. Car il est évident que l'Église n'a pu être catholique tout d'un coup. De môme que Dieu a mis six jours pour créer le monde^ de même il a fallu un certain temps pour le convertir et le régénérer par la foi en Jcsus-Christ. Mais que les progrès de la prédication évangélique ont été admirables ! Nous voyons que les apôtres eux-mêmes ont fait retentir le nom du vrai Dieu, et porté le flambeau de l'Évangile jusqu'aux extrémités de la terre (2). Dès le troisième siècle Je monde était plein de chrétiens; et, depuis, que de nations barbares, que d'îles, autrefois inconnues, se sont converties à l'Évangile ! Chaque jour encore l'Église fait de nouvelles conquêtes. Elle a donc cette catholicité ou cette étendue universelle, prédite dan-: l'ancienne loi par une multitude d'oracles, prescrite \;iir Jésus- Christ, exécutée par les apôtres , autant qu'ils l'ont pu, et entièrement réalisée après eux.

Or, l'Église, ayant une fois obtenu cette catholicité, devait-elle la perdre? Les protestants disent oui, mais les saintes Écritures disent non; et, sur ce point, les textes abondent. En voici deux ou trois des plus cov.nus* Il est dit que le règne de Jésus-Christ n'aura point de fin (3), que

(1) Act., \, 8.

(2} In omnem terram exivit sonus eorum, et in fines orbis terraB verba eorum. Fsal., xviii, 5.

(3) Regni ejus non erit finis. Luc, i, 32.

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son pouvoir est un pouvoir éternel (1). Et que deviendrait son règne^ quel serait son pouvoir, s'il venait à perdre la majeure partie de ses sujets? Il est dit encore que Dieu veut que tous les hommes arrivent au salut et à la connaissance de la vérité (2). Donc il a dû leur en faciliter les moyens, et, par conséquent, pourvoir à la plus grande diffusion de

son Église.

11 est vrai que cette Église a essuyé, de temps à autre, des pertes bien cruelles; le schisme, l'hérésie, l'infidélité, lui ont enlevé des provinces, des royaumes entiers. Ainsi, l'Afrique où la religion était autrefois si florissante, et une grande partie de l'Asie ont embrassé les impiétés de Mahomet; les vastes pays du nord de l'Europe ont secoué le joug de l'obéissance, et brisé les liens de l'unité. Mais Dieu n'a pas abandonné pour cela son Église; illuia faittoujom^s réparer ses pertes d'une manière éclatante, et il a voulu qu'en quittant un pays, elle se répandît dans un autre. Citons des faits. «Deux fois, a dit un célèbre cardinal, deux fois, depuis son origine, notre Église a éprouvé de grandes scissions; deux fois elle a eu la douleur de voir des nations se séparer d'elle dans leur plus grande partie. Mais, à chaque fois, la Providence, qui veille sur elle et qui veut qu'elle conserve toujours l'autorité visible que donne la supériorité de l'étendue et du nombre, la Providence l'a dédommagée de ses pertes. Lorsqu'au ix^ siècle, Photius détacha l'égUse grecque de l'église romaine. Dieu répara aussitôt ce malheur par la conversion des nations septentrionales, et le Nord vint dans le sein de son Église prendre la place de l'Orient. Quand, au xvr siècle, Luther et Calvin , abjurant la foi de leurs pères, entraînèrent dans leur révolte plusieurs nations avec leurs souverains,

(1) Potestas ejus poteslas aetcrna. Dan., vu, 1-i.

(2) Qui omnes homines vult salvos fieri et ad agnitionem veri- Utis venire, I. Tim., n, 4.

CATHOLICITÉ DE l'ÉGLISE. IIS

Dieu ou\Tit^ à travers les flots^ un chemin vers un monde nouveau, et les nations catholiques allèrent,, dans les forêts de r Amérique, former de nouveaux prosélytes à leur Église. Ainsi jamais cette Église, visiblement protégée de Dieu, n'a perdu sa prérogative d'une diffusion plus grande que celle des autres (1). »

Maintenant que nous avons suffisamment établi que la catholicité est un des caractères les plus nécessaires à la véritable Église, et une de ses marques les plus sensibles, voudrait-on disputer sur la question de savoir à quelle des communions chrétiennes elle convient plus particulièrement ? Mais ici, nulle difficulté; le nom de Catholique est, pour ainsi dire, le nom propre de TÉglise romaine, et les sectes dissidentes n'osent le lui disputer. « Si vous entrez dans quelque ville, dit saint Cyrille, ne demandez pas seulement où est la maison de Dieu ; vous pourriez être trompé, les sectes les plus corrompues et les plus impies no craignent pas de donner ce nom aux lieux de leurs assemblées ; ne demandez pas seulement où est l'Église, mais où est l'Église catholique ; car c'est le nom propre et spécial de la vraie Église, qui est notre mère commune et l'épouse du Sauveur (2). » Pareillement, de nos jours, qu'on demande à un protestant ou à tout autre sectaire, où est l'Église catholique, il se gardera bien d'indiquer son temple; tant il est vrai et universellement reconnu que le titre de catholique appartient proprement à l'Église romaine, à l'exclusion de toutes les autres sociétés chrétiennes. Ses plus grands ennemis sont obligés de lui céder ce titre glorieux; et ce n'est pas en vain qu'elle le porte, elle en remplit réellement la signification . car elle est catholique eu tous sens;

(1) De la Luzerne, Dissertât, sur les églises catholiques et protestantes, chap. IX, n. 20.

(2) D. Cyril Hieros., it, 1"

40 Dans sa doctrine. Elle n'a répudié aucun pomt de croyance, aucune parcelle de la vérité qu'elle a reçue de J/sus-Christ et des apôtres. Elle oppose Tuniversalité et l'invariable continuité de la foi aux opinions particulières ou marquées du sceau de la nouveauté. Sa règle^ dit saint Vincent de Lérins. a toujours été et sera toujours de proposer à c-os enfants et de leur faire sui\Te ce qui a été cru de tous, partout et toujours. Car ce n'est que par là qu'on peut être appelé \Taiment catholique, comme le nom même de catholique, qui signifie universel, le fait suffisamment comprendre.

2" Dans sa durée. Née avec les apôtres, elle a poursuivi sa course à travers les âges, toujours soutenue par le bras de Dieu; et elle subsistera jusqu'à la fin des temps, par.^e qu'elle a la promesse d'une vie éternelle.

30 Bans son étendue. Elle s'étend à l'orient, à l'occident, au septentrion et au n^iidi. C'est la vigne plantée de la main de Dieu, qui a couvert de son ombre les plus hautes montagnes, et élevé ses rejetons au-dessus des cèdres du Liban (1). Nous n'entendons pas dire qu'elle embrasse simultanément dans son étendue tous les pays du monde, sans aucune exception, et de telle sorte qu'il n'y ait aucun coin de la terre qui ne soit soumis à son empire. Cette universalité physique serait fort à désirer ; peut-être un jour se réalisera-t-elle, et nous devons l'appeler de tous nos vœux, pour la plus grande gloire de Dieu et la sanctification d'un plus grand nombre d'hommes; mais nous ne trouvons rien dans l'Écriture-Sainte qui l'annonce d'une manière formelle ; les oracles sacrés, qui parlent de la diffusion de l'Église siu? toute la terre, ne doivent s'entendre que dans un sens moral ; et nous voyons qu'en eff'et l'Église romaine Vétend dans la plus grande partie des régions connues. Elle est domincUite en ItaUe, en France, en Espagne, en PorUigal,

(J) Psal., Lxxii. 9.

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en Pologne^, en Autriche, dans les anciennes colonies espagnoles et portugaises d'Asie, d'Afrique et d'Amérique. Là même où elle ne domine pas, elle a un très-grand nombre d'adhérents, comme dans les royaumes du nord de l'Em:'ope, dans les cantons suisses, dans les états luthériens de TAllemagne, de telle sorte qu'on peut encore dire d'elle ce que saint Augustin disait ^u sujet des hérétiques de son temps : « Partout où sont Las différentes hérésies , là est aussi l'Église catholique; mais il n'est pas réciproquement vrai que là où est lÉgiise catholique, là soient aussi les autres églises (1). » Elle compte aussi de nombreux enfants en Orient, au milieu des Turcs et des Grecs scliismatiques, et jusques au sein de l'idolâtrie, comme dans la Chine, le ronquin,rOcéanie, etc.; et, tous les jours, elle fait de nouveaux progrès, au milieu des peuplades les plus sauvages.

Que si nous la comparons maintenant avec les sectes hérétiques, nous la trouverons évidemment beaucoup plus répandue qu'aucune d'entre elles. Quelle est celle, en effet, des autres communions qui pourrait lui disputer cette prérogative d'une plus grande diffusion? LÉgiise grecque? Mais elle est resserrée dans quelques contrées de TOrient, et tout à fait inconnue en Afrique et en Amérique. LÉgiise protestante ? Mais, de bonne foi, peut-on appeler Église et regarder comme une seule et même société, un ramas de plusieurs sectes, qui n'ont entre elles aucune union, qui se disputent sans cesse et s'anathématisent les unes les autres, sans avoir jamais pu convenir d'un symbole commun, et qui ne s'accordent que dans la haine qu'elles portent à l'Église romaine. Cependant, par surabondance de droit, consentons à les regarder comme ne formant qu'une seule société : elles se perdent, pour ainsi dire, dans l'immensité de l'espace occupé par les catholiques ; les protestants sont

(J) D. Aug., cont. Donat., 1. iv. n. 61

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exclus de plusieurs grands royaumes de l'Europe, tels que TEspagne et lltalie, presque entièrement exclus de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, où ils ne sont dominants qu'aux États-Unis. Du reste, mi calcul fait par un savant géographe, qui ne peut être suspect, puisqu'il est protestant, nous dispense d'une plus ample discussion. Après être convenu qu'on ne peut rien dire de précis sur cette matière, Malte-Brun croit pouvoir fixer approximativement le nombre des sectateurs de chaque religion, de la manière suivante : pour le Catholicisme, soit en Europe, soit hors de l'Europe 139 millions; pour l'Église grecque, 62 millions ; pour les Églises protestantes, 59 millions. D'où il suit que l'Église romaine est environ deux fois plus nombreuse que l'Église grecque, proprement dite, et y compris encore les Nestoriens, les Éutychéens, et autres sociétés chrétiennes de l'Orient, et qu'elle est trois fois plus nombreuse que toutes les sociétés protestantes, réunies ensemble (1).

En face d'un tel fait, nous pouvons demander aux protestants ce qu'ils entendent dire, lorsqu'en récitant le symbole des apôti^es, qu'ils ont retenu aussi bien que nous, ils prononcent ces paroles : Je crois la sainte Église catholique, sanctam Ecclesiam catholicam. Peuvent-ils appliquer ce nom de catholique à leur secte, qui n'a aucun genre d'universalité ? Et ce seul mot du symbole ne suffit-il pas pour les condamner * ?

Pour nous, fiers d'être les enfants de la véritable et sainte épouse de Jésus-Christ, nous pouvons dire, comme les anciens martyrs, avec un noble orgueil : « Chrétien est mon nom, Catiiolique est mon surnom; » et, pour que nos actions soient conformes à notre croyance, faisons-nous gloire d'être soumis à l'Église d'esprit et de cœur, à la vie et à la mort '2

(1) Malle-Brun, édit. de 1832 loin. II, Uv. xlvii, p. 684,

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