‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 3)Chapitre 13 sur 39 · CATHOLICITÉ DE L'ÉGLISE. U · texte numérisé non relu

CATHOLICITÉ DE L'ÉGLISE. U

TRAITS HISTORIQUES

1, Puisqu'en appartenant à la sainte Église calho\igue. nous sommes sûrs d'être les vrais enfants de Jésus-Christ, évitons avec le plus grand soin tous les auteurs ou fauteurs d'hérésie, de oeur qu'ils ne nous pervertissent. Saint Augustin, afin de nous prémunir contre leur perfidie, les compare à ces renards que Samson prit, qu'il lia l'un à l'autre par la queue, y attachant en même temps des torches enflammées, et qu'il lâcha ensuite dans les champs des Philistins, où ils incendièrent toutes les récoltes. En effet, les renards étant fins et pleins de ruses et d'artifices, nous représentent fort bien ces hommes fourbes et dissimulés, qui se cachent dans les differenu? détours de leur malice, comme les renards dans les sentiers souterrains de leurs tanières, qui trompent leurs frères par leur pernicieuse doctrine, et les infectent par l'odeur mortelle de l'impiété ûe leur erreur, directement opposée à la bonne odeur de Jésus-Christ. Mais il viendra un jour où Jésus-Christ, le divin Samson, commandera aux ministres de sa justice de les lier et de les attacher à des flammes dévorantes, qui les brûleront éternellement eux-mêmes et toutes les moissons étrangères, tandis que le champ du Père de famille, c està-dire la véritable Église de Jésus-Christ, non-seulement n aura rien à souffrir, mais recevra au contraire les plus amples béoédicViOnt et une gloire qui n'aura pas de fin.

D. AuG. in ps. 80 et serm. 107 de temp.

Saint Jean, qu'on pourrait appeler l'apôtre de la charité et de la douceur, tant ces vertus étaient profondément empreintes dans son cœur et dans toute sa conduite, était cependant inflexible contre les auteurs des hérésies, et il recommandait fortement à son troupeau de n'avoir aucun commerce avec ceux qui corrompaient volontairement la vérité, et qui, par leurs discours, tâchaient de séduire les fidèles. On rapporte de lui un fait très-remarquable. Étant un jour allé au bain, contre sa coutume, il apprit que l'hérétique Cérinthft s'y trouvait; il s'arrêta aussitôt et dit à ceux qui l'accompagnaient: c Fuyons, mes frères, de peur que la maison où est Cérinthe, cet ennemi de la vérité, ne tombe sur nos têtes. » On a cherché à révoquer en doute ce fait, comme ne s'accordant pas avec la douceur extraordinaire du saint Évangéliste; mais saint Irénée nous assure qu'il l'avait appris de la bouche même de saint Polycarpe, disciple de saint Jean, et qu'il y avait encore de son temps plusieurs persoûoes vivantes qui pouvaient l'attester.

D. Iren., lib. 3. c. 3.

A l'exemple de cet apôtre, et conformément au précepte de saint Paul, qui nous commande d'éviter un hérétique, après l'avoir aveni une ou deux fois, les saints ont montré toujours la plus grande ùorreur pour les hérésies, et n'ont jamais voulu lier amitié avec ceux qui en étaient infestés, ni même avoir aucune relation avec eux, sauf celles que les devoirs de la charité pouvaient leur imposer. Ainsi saint Paphnuce, ayant aperçu dans une assemblée d'aériens, Maxime, évêque de Jérusalem, fut indigné de trouver, dans la compagnie des méchants, un prélat catholique, qui avait confessé Jésua- Christ dans la dernière persécution ; il le prit par la main et le fit iorlir, en lui disant qu'il ne pouvait souffrir qu'un homme, qui portait comme lui des marques publiques de son zélé pour la foi, se laissât séduire par des héfétiques. Il l'informa ensuite des comi)lots aes ariens quil avait ignorés jusque-là, et le détacha ainsi pour toujours de leur parti. Or, si un pontife qui avait déjà donné des preuves si fortes de son attachement à Jésus-Chrisl, si un confesseur de *ifoi était exposé à la perdre dans une réunion d'hérétiques, que serait-ce de nous si faibles et si peu éclairés? — Saint Antoine assurait que la communication avec les hérétiques était la ruine et la perte entière de l'âme. Un jour quelques ariens étant venus le voir, dés au'il eut reconnu leur impiété, il les chassa de sa montagne, en disant que leurs paroles étaient plus dangereuses que le venin desseroeols, et il les exhorta fortement à quitter leurs erreurs pour embrasser la vérité. — On cite même jusqu'à des enfants qui, pleins de léle pour la pureté de la foi, ont évité avec le plus grand soin tout pomact avec les hérétiques. Lorsque les ariens, à force de machina- Uons, furent parvenus à expulser saint Eusebe, évêque de Samosate, de son siège, ils y mirent un des leurs, nommé Lucius. Mais il n'y eut personne qui voulût se trouver avec lui, pour tenir les assemblées ecclésiastiques; quaUvlil entrait à l'Église, tout le monde fuyait, et, en quelque lieu qu'il parût, on faisait en sorte de ne jamais se rencontrer avec lui Un jour qu'il traversait une place publique où plusieurs enfant* étaient à jouer, ceux-ci ne voulurent plus se servir de l'instrument de leur jeu, parce qu'il avait touché aux pieds de sa mule, et ils le brûlèrent comme quelque chose de profane. — Du temps du saint Pape Zéphyrin, Dieu manifesta d'une maniera frappante sa miséricorde envers un certain Natalis qui, après avoir souffert diverses tortures pour la foi, eut le malheur de se laisser séduire par deux hérétiques delà secte d'Ébion. Il l'avertit par plusieurs visions d'abandonner la mauvaise voie, dans laquelle il s'était engagé et où il ne restait que par intérêt et par vanité. Et, comme il se montra longtemps sourd à ces ordres du Ciel, le seigneur, touché de pitié pour cet homme qui avait confessé autrefois son nom avec

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tant de générosité, envoya un ange qui, pour le faire rentrer en luimême, le fouetta pendant toute une nuit. Le lendemain, iSalalis alla se jeter aux pieds du pape Zéphyrin ; fondant en larmes et revêtu d'un habit de pénitence, il se prosterna aussi devant l'assemblée des fidèles, et y donna de si grandes marques de repentir, en montrant les traces des coups qu'il avait reçus, qu'on ne tarda pasàTadmeitre à la communion de l'Église.

EusÈBE, 1. V, c. xxviii. — GoDESc, passi'm.

2. Quel homme fut jamais plus attaché à la foi catholique que cet admirable O'Connell, dont nous avons eu déjà occasion de parler ! Nous citerons ici cette circonstance particulière de sa vie, où ayant été nommé représentant de l'Irlande au parlement britannique, malgré la terrible opposition que lui fil le gouvernement, mais aux grands applaudissements des vrais fidèles, il se présenta à la chambre des communes, pour y occuper le siège auquel l'avait appelé le suffrage de ses concitoyens. Un officier se présente et lui en refuse l'entrée. « Vous êl3S catholique, lui dit-il ; il n'y a point de place, pour un ca- « tholique, dans une assemblée protestante. Jurez-vous le tronle-neuc viéme article de la religion anglicane? — Je jure, répond O'Conc nell, fidélité à mon roi et à toutes les lois justes du parlemer.' ; mais c je ne jure pas l'hérésie «t le blasphème. Je demande à la cL mbre € d'être admis à prouver mou droit. » Celte demande ayant c é accordée, plutôt par un instinct de curiosité que par un principe de justice, O'Connell parle avec tant de force qu'il ébranle et Ua U mir tout d'abord l'assemblée. Les préjugés cèdent, les haines religieuses se taisent, les vieux usages ne sont plus écoutés, l hérésie se rend, la justice triomphe; et voilà qu'en la personne d O'Connell, le Cath*..!cisme prend place dans le parlement dont, depuis trois siècles, il était banni.

L'horreur que nous éprouvons pour l'hérésia, ne doit pas nuiie à la charité que nous devons avoir pour tout le monde, môme pour ceux qui ne partagent pas nos convictions religieuses. Ayons toujours présente à notre esprit cette belle maxime de saint Augustin : « Détruisez les erreurs, mais aimez les hommes (l). » O'Connell, fidèle à ce principe, tout en combattant ses adversaires, ne cessait de respecter et d'aimer encore leurs personnes. Ainsi sévère, implacable et terrible contre eux sur le champ de bataille de la discussion politique, dans la vie privée, il n'avait pas une parole contre eux; il se faisait un devoir de les excuser, de les défendre, et de leur rendre tous les bons ufilces de la charité chrétienne.

Le Père Vemura, Oraison funèbn i' O'Connell.

(1) Diligiie homines, inlerficite errores

n. fi

NEUVIÈME INSTRUCTION

L'Église aposîolique. — Apostolicité de doctrine et de ministère. — L'Église catholique a seule celle double apostolicité. — Elle porie encore le titre de Romaine.

D, Pourquoi Tappelle-t-on Apostolique?

R. Parce qu'elle a été fondée par les apôtres, et que depuis les apôtres elle a toujours subsisté, et subsistera jusqu'à .a fin du monde, avec une succession continuelle et non interrompue de pasteurs légitimes, sous un seul et même chef visible, qui est Notre Saint-Père le Pape.

a Vous êtes édifiés sur le fondement des apôtres, » disait saint Paul aux premiers fidèles (1). Telle est la gloire de rÉglise. Les cités du monde, les royaumes de la terre se font honneur d'avoir une origine illustre; ils citent avec orgueil les noms de leurs fondateurs; le privilège de FÉg] se est d'avoir été fondée par les apôtres de l'Agneau (2), d'av jir, dans la foi et la sainteté de ses Pères, une gloire célr ste infiniment au-dessus de toute la gloire et de toute la ■: plendeur des plus puissants empires. Aussi les conciles df Nicée et de Constantinople ont-ils ajouté au symbole des apôtres le mot Apostolique, comme étant un des titres les plus glorieux de l'Église, et comme une marque à laquelle on pourrait facilement la reconnaître. Car son antiquité seule, opposée à la nouveauté des sectes hérétiques, ( - . :ne preuve évidente de sa divinité.

On peut distinguer deux sortes d'Apostolicités, TAposto- Ucité de doctrine et l'Apostolicité de ministère.

1° L'Église est Apostolique dans sa doctrine, parce qu'elle doit toujours enseigner les mêmes choses que les

(1) Superaedificali super fundamentum apostolorum. Eph., n, ÎO.

(2) Habens fundamenla duodecim, et in ipsis duodocim nomina dnodecini apostolorum Agni. Apoc, \xi, 14.

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apôtres ont enseignées, les mêmes articles» de foi, le même symbole, les mômes commandements, les mêmes conseils, la même perfection dogmatique et morale. Jamais elle n'a pu et elle ne pourra jamais s'écarter de la doctrine que les apôtres lui ont léguée, et qu'ils avaient eux-mêmes apprise de Jésus-Christ, car Jésus-Christ a dit que le ciel et la terre passeront, mais que ses paroles ne passeront point. Si donc elle pouvait un instant altérer la doctrine divine, y ajouter ou en retrancher la moindre chose, elle ne serait plus lÉglise de Jésus-Christ, elle cesserait d'exister, et les promesses de Notre-Seigneur seraient sans effet; ce qui est horrible à penser.

2" L'Église est Apostolique dans son ministère, parce qu'elle a été fondée par les apôtres. Nous voyons, en eff^et, dans le saint Évangile, qu'ils ont été établis princes et pasteurs de l'Éghse, sous la conduite de Pierre, qui occupe le premier rang parmi eux, et dont le siège a retenu par excellence le nom de Siège Apostolique. Pierre a été le premier dans le grand ouvrage de la fondation de l'Église ; mais il n'en a pas été le seul fondement; les autres apôtres ont travaillé aussi de toutes leurs forces à la construction de ce tabernacle divin. Ainsi toutes les églises, qui ont été fondées par saint Pierre et les successeurs légitimes de saint Pierre, ou par d'autres évêques, successeurs des apôtres, et soumis eux-mêmes à l'autorité du Pape, sont vraiment Apostoliques, comme celle de Rome dont elles font partie. On peut les comparer à une multitude de branches, dont l'une porte l'autre et qui vont se réunir à un tronc commun, qui les porte toutes et avec lequel elles ne font qu'un même arbre. Celle de ces branches, qui est la plus récente, la plus faible eft la plus éloignée du tronc, n'appartient pas moins à l'aibre que celle qui est la plus ancienne, la plus forte et qui sort immédiatement du tronc.

L'Église est encore Apostolique dans son ministère, pai'ce qu'elle a duré depuis les apôtres, par une succession

continuelle et non interrompue de pasteurs légitimes. Car Jésus-Christ n'a pas établi son Église pour un temps passager^ mais pour durer jusqu'à la consommation des siècles. Et voilà pourquoi, en envoyant ses apôtres, il leur a donné le pouvoir de se choisir des successeurs, qui seraient les héritiers de leur puissance. De même qu'au commencement, lorsque Dieu créa le monde, il donna à ses diverses créatures sa bénédiction, afin qu'elles pussent se propager et se multiplier chacune selon son espèce, de même aussi Jésus-Clirist a voulu que les apôtres, pères de ce nouveau monde qu'il est venu former, eussent le droit de transmettre leur ministère à des successeurs, qui continueraient leur ouvrage, ou plutôt l'ouvrage de Dieu, jusqu'à la fin des temps, a Je suis avec vous, leur a-t-il dit, jusqu'à la consommation des siècles. » Or, l'Église devant subsister jusqu'à la consommation des siècles, il faut nécessairement qu'il y ait toujours des pasteurs pour la gouverner.

Et, en effet, elle n'en a jamais manqué et n'en manquera jamais. Nous voyons même, dès les premiers temps, que les apôtres se sont empressés de se donner des coadjuteurs, des successeurs, à mesure que le troupeau de Jésus-Christ augmentait. Dans le cénacle, ils élurent Mathias et se l'associèrent, en remplacement du traître Judas. Plus tard, saint Pierre établit Évode à Antioche et Marc à Alexandrie ; saint Paul établit Timothée à Éphèse, Tite dans l'île de Crète. Ceux-ci ont légué leur pouvoir à d'autres, qui l'ont eux-mêmes transmis à leurs successeurs, et ainsi de suite.

Quoique cette succession de pasteurs légitimes ne puisse jamais être interrompue dans l'Église, ce n'est pas à dire pour cela que quelques sièges particuliers ne puissent s'éteindre ou être transférés ailleurs. Car nous avons déjà remarqué plusieurs fois que Dieu peut ôter la lumière évangélique à un peuple, pour le punir de ses prévarications, et la donner à un autre qui en profitera mieux. Ce

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