‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 3)Chapitre 21 sur 39 · DES FINS DERNIERES · texte numérisé non relu

DES FINS DERNIERES

fOUS conseille donc d'obéir et de sacrifier aux Dieux. > Théonille répondit : « Je ne crains que le feu éternel, et c'est pour ne paj y tomber que j'adore Dieu et Jésus-Christ, son Fils. » Le juge, transporté de colère, la fit mourir dans les plus cruels tourments. Ainsi périrent ces deux saintes personnes, aimant mieux souffrir sur la terre les plus grands supplices que de s'exposer à être damnées.

Hist. ecdésiast.

2. Toujours! jamais! mots terribles, que la trompette de l'éternelle justice fera contiauellement retentir en enfer. Le père Segneri le Jeune raconte, dans ses Exercices spirituels, qu'à Rome, où l'on exorcisait un possédé, on demanda au démon combien de temps il devait demeurer en enfer. Il répondit, avec l'accent de la rage, en frappant de la main sur un siège : c Toujours! toujours! » L'épouvante fut si grande que plusieurs jeunes gens du collège ronwiin, qui se trouvaient présents, firent une confession générale et changèrent de vie, pour avoir entendu ces deux paroles : « Toujours ! toujours ! »

0 mon Dieu, nous vous dirons avec saint Augustin : « Brûlez, coupez, tranchez ici-bas, pourvu que vous nous épargniez dans l'Éternité. >

QUATRIEME INSTRUCTION

Des quatre fins dernières de l'homme. — De la mort. — Sa certitude. — Elle nous montre la vanité de tous les biens terrestres. — Incertitude du moment où elle arrive. — Se tenir conlinuellemen! sur ses gardes.

D. Qu'entendez-vous par les quatre fins dernières de rhomme?

R. Par les quatre fins dernières de l'homme, j'entends la Mort, le Jugement, l'Enfer et le Paradis.

Rien de plus capable de retirer les âmes du péché et de les dégoûter du monde, pour leur inspirer les sentiments de la plus vive ferveur, que la méditation de ces grandes vérités. Pensez à vos fins dernières, dit lEsprit-Saint, et voi's ne pécherez jamais (1). Dans les deux instructions qui

(1) Memort.re novissima tua, et in aeternum non peccabis. EecU. W, 40.

précèdent, nous avons amplement traité du Paradis et de l'Enfer; tout ce qui regarde le Jugement, soit général, soit particulier, a été expliqué à la leçon IX; il ne reste donc plus qu'à parler de la Mort. Elle va nous fournir la matière de trois instructions, où nous examinerons successivement les graves et solennels enseignements qu'elle nous donne, la manière de se préparer à bien mourir, le bonheur et la joie d'une sainte mort.

De la Mort. — Leçons qu'elle nous donne.

S'il est une pensée qui doive nous inspirer de sérieuses et salutaires réflexions, c'est bien celle de la Mort. Mais c'est une image triste, effrayante, qu'on n'ose guère se met^ tre sous les yeux et qu'on s'empresse de repousser, aussitôt qu'elle se présente. Parlez, en etfet, aux partisans de la volupté, aux amateurs du monde et de ses plaisirs, de la brièveté de la vie et de la nécessité de mourir, voilà qu'aussitôt leur délicatesse s'alarme; quelquefois même ils semblent s'offusquer de la sainte liberté du ministre de l'Évangile, lorsque, du haut de la chaire chrélienne, il fait retentir à leurs oreilles cette terrible sentence portée, dès la création du monde, contre tout le genre humain : a Vous êtes poussière, et vous retournerez poussière (1). » Nous n'aimons pas, disent-ils, ces sujets tristes et lugubres... Insensés!... comme si, en bannissant la pensée de la Mort, ils pouvaient échapper à la Mort elle-même ! La grande philosophie des chrétiens, a très-bien dit saint Bernard, c'est la méditation de la Mort (2). Elle nous enseigne la vérité, l'humilité, la piété ; et celui qui s'y applique avec un peu d'attention, en retire en peu de temps le plus grand profit. Pénétronsnous donc bien aujourd'hui de cette idée : il faut mourir, et des conséquences qui en découlent, pour l'amendement de notre vie.

(1) Pulvis es, et in pulverem reverteris. Gen., m, 19.

{1\ Summaestphilosophia meditalio morlis. D. Bern., senn.bZ.

Il faut mourir, c'est une vérité incontestable. On a bien pu nier les vérités les plus claires, les faits les plus certains; mais nul n'a été assez insensé pour nier le pouvoir de lamort.

Il faut mourir; c'est un arrêt irrévocable porté contre toute la postérité d'Adam. Il n'est pas d'homm^ au monde, en quelque position qu'il se trouve , grand ou petit, riche ou pauvre, monarque ou berger, qui puisse s'y soustraire. Multipliez donc, tant que vous voudrez, le nombre de vos jours : il y en a un, qui doit en être nécessairement le terme; et, dans ce jour, il y a une heure, qui sera nécessairement la dernière pour vous. Dieu a fixé les bornes de la vie, et personne ne peut les dépasser (i).

Que sont devenus tant d'hommes, qui ont paru avant nous sur la scène du monde ! Hélas ! ils sont tous successivement tombés sous les coups de la Mort, et les voilà maintenant couchés dans la poussière du tombeau. Parmi cette multitude innombrable de gens de toute qualité et de toute nation, qui vivaient au commencement du siècle dernier, trouvez-en un seul qui soit encore debout? Tous, sans exception, ont payé leur tribut à la Mort. Chaque siècle, nos maisons, nos villes, les royaumes, l'univers entier, se peuplent de nouveaux habitants; et ceux qui les ont précédés sont comme s'ils n'avaient jamais été. Ainsi les générations se poussent les unes les autres dans le gouffre de l'Éternité. Il viendra aussi un temps, où nous serons enlevés nous-mêmes du nombre des vivants; de nouveaux jours se formeront, mais aucun de nous ne les comptera; nos yeux seront à jamais fermés à la douce clarté descieux ^ (2).

Il faut moiu-ir. . . Triste pensée, mais source inépuisable de pieuses considérations. 0 mort, que ton souvenir est amer! Mais que ton jugement est bon (3) ! a dit lEsprit-

(1) CoQstituisli terminos ejus qui prxlcriri non poterunt. Job, XIV, 5.

(2) Dies formabuntur et nemo in eis. Psal. cxxxviii, 16.

(3) 0 mors, quàm araara est memoria tua 1 — 0 mors, bonum est iudicium tuum. Eccli., xli, 1, 3.

Î08 TREIZIF,ME LEÇON.

Saint, Etudions aujourd'hui lesgi'andes et salutaires leçons que nous donne la Mort. Mettez-la-vous devant les yeux avec sa face décharnée^ son squelette hideux, et cette faux redoutable qui frappe de tous côtés, sans jamais se lasser. Interrogez-la sur tous les objets, qui tentent si follement la cupidité des hommes. 0 Mort , parle : que faut-il que je pense des richesses, des plaisirs, des honneurs, des affections mondaines, du luxe des habits, de la beauté et de la force du corps, de la vie elle-même ?

Les richesses, vous dit la Mort., c'est un vil jouet entre les mains d'un enfant; je les arrache à qui je veux, et avec une facilité extrême. Et, en effet, quand l'heure fatale est arrivée, de quoi sert-il de s'être tant agité, de s'être tant tourmenté, pour accroître sa fortune et agrandir ses possessions? Est-il une seule pièce de monnaie qu'on puisse emporter avec soi? Et de quel usage serait-elle dans l'autre vie ? Oh ! qu'il en coûte de se séparer de ces biens qu'on a désirés avec tant d'ardeur, acquis avec tant de peine, aimés avec tant de passion ! Tant qu'on a vécu, l'avarice disait sans cesse : « Apporte, apporte (1). » Maintenant voici le notaire prêt à écrire l'acte de dépouillement : «Je laisse, je laisse.... » Je laisse cet emploi lucratif.... Je laisse cette belle maison, que je m'étais plu à embellir, je laisse ce beau domaine, où je comptais passer d'heureux jours. « Je laisse, je laisse... » Et à qui? Peut-être à des héritiers avides et ingrats, qui daigneront à peine penser à moi, tout en jouissant du fruit de mes labeurs et de mes économies. Quant au testateur, qu'emporte-1-il avec lui? Un mauvais linceul, que les vers vont bientôt lui disputer. Que lui sert-il de mourir riche d'un million, puisque de toute sa fortune, il ne lui reste {tlus qu'un suaire, une bière (2) ? Que n'a-t-il plutôt cherché les trésors de la piété? Que ne s'est-il enrichi de mérites et de bonnes œuvres ? Qu^ n'a-t-il tout sacrifié, pour acquérir cette perle pré-

(!) Aflfer, afïer. Prov.., xxx, 15.

(2) £t solum milii supercstsepulcrum. Joh, xvii, 1.

DE LA &IORT. 209

cîeuse, c'est-à-dire la grâce, qui seule peut introduire au ciel? Au lieu donc de tant nous préoccuper des choses de la terre, tournons nos désirs vers les biens spirituels, qui durent éternellement, tandis que , pour les amateurs du monde, la fortune la plus brillante s'évanouira avec leur dernier soupir ^ !

Et les plaisirs, les jeux, les divertissements, quel cas faut-il en faire? — Ah! parlez-moi de plaisirs, de jeux, de divertissements, vous répond la Mort; je les change en tristesse, en deuil, en regrets amers. Comme on se dégoûte bien facilement des vaines joies du monde, quand on pense qu'on sera bientôt réduit en poussière, et que la voie des plaisirs ne fait que conduire plus sûrement et plus promptement au trépas! Que diriez-vous d'un malheureux condamné à l'échafaud, qui irait au lieu du supplice, en riant, en dansant, en plaisantant? Vous plaindriez sa folie. Mais ne devez-vous pas aussi déplorer la vôtre, ô vous tous qui, sachant très-bien que chaque pas que vous faites vous rapproche de la tombe, ne songez cependant qu'à passer gaiement votre vie, sans vous mettre en peine de l'éternité? Quels sont ceux qui ont le droit de se réjouir en ce monde ? Ce sont les justes, les amis de Dieu (1). Il ne peut y avoir ici-bas d'autres plaisirs que ceux de la veilu. Pour vous, pécheurs, ah ! craignez et tremblez de tous vos membres; car, au premier instant, la Mort peut plonger votre corps dans la fosse, et votre âme dans l'enfer. Il n'y a pas de meilleur correctif à tous les faux plaisirs du siècle que la pensée de la Mort. Si la volupté vous tente, si le plaisir sensuel vous entraîne au mal, dit saint Bernard, rappelezvous le souvenir de la Mort ^ (2).

Et les honneurs, les dignités, la puissance?— Je les foule aux pieds, vous dit la Mort. Élevez-vous tant qu'il vous plaira, parvenez aux premières dignités, tôt ou tard,

(1) Laetelurcor quœrenlium Dominum. I. Par.,xvi, 10.

(2) Si le luxuria tentât, si te libido ad poccaïuin incitât, objice tibi memoriam morlis. D. Dern., serm. vu, de tentât.

510 TREIZIÈME LEÇO!^.

il faudra quitter ce poste brillant, pour entrer dans la nuil éternelle. Pourquoi donc vous enorgueillissez-vous, ô homme, puisque vous n'êtes que cendre et poussière? Le matin, peut-être, vous brillez comme Tastre du jour; mais le soir tout votre éclat pâlit et se dissipe. Figurez-vous le plus puissant monarque de Tunivers : quand son orgueil, dit Job, s'élèverait jusqu'au ciel et que sa tête toucherait les nues, il périra à la fin, et il sera rejeté comme du fumier, et ceux qui l'avaient vu dans sa grandeur passée, diront : « Où est-il (1)? » Toute la magnificence du siècle s'évanouit donc comme un songe. La gloire du pécheur, dit le Psalmiste, ne peut descendre avec lui dans la tombe (2). Mais, continue saint Ambroise, la gloire de la vertu monte avec le juste (3). Avez-vous donc la noble ambition de vous élever, n'aspirez à rien moins qu'à la gloire des élus, qu'à la gloire même de Dieu, oui seule peut remplir l'immensité de votre cœur * (4).

Et les affections humaines^ que deviennent-elles? — Je les brise sans pitié, vous répond toujours la Mort. Et, en effet, quand elle se présente, parents, amis, voisins, domestiques, tout se retire. Plus de ces doux épanchements du cœur; plus de ces tendres liaisons, où l'on trouve quelquefois tant de charmes. Ce seront précisément ceux qui vous aimaient le plus, qui se montreront les plus empressés à se défaire de votre cadavre; et, une fois enfermé dans le sépulcre, vous voilà oublié, oublié pour toujours. On pourra, je vous l'accorde, verser de temps à autre quelques larmes à votre souvenir ; mais ces larmes, qui ne vous seront d'ailleurs d'aucun secours, ne tarderont pas à se sécher, et plusieurs même de ceux qui, en prenant part à votre héritage, auront profité de votre mort, n'auront pas

(1) Obi esl? /o6, XX, 6.

(2) Neque descendet cum eo gloria ejus. Psal. xlviii, 18

(3) Gloria saeculi non descendit cum peccatore, sed gloria virlutit ascendit cum innocente. Div. Ambros., in psal. xlviii.

(4) Saliabor cùm apparuerit gloria tua. Psal. xvi, IS,

trop de peine, soyez-en sûr, à s'en réjouir. Après cela, vantez-moi vos amitiés éternelles, vos attachements inviolables. Après cela, manquez à vos devoirs, négligez votre salut, sacrifiez votre âme, plutôt que de rompre une liaison dangereuse, plutôt que de désobliger un ami !

Et la force du corps? — Mais il ne faut qu'un instant pour abattre le tempérament le plus robuste. — Et la beauté? ^ Ah ! écoutez ceci, vous qui faites votre idole d'une masse de chair : « Toute chair n'est que du foin, » vous dit la sainte Écriture (l). Toute chair n'est que de la boue. Votre prétendue beauté, je la dégrade, je la souille, vous dit la Mort; je la réduis à n'être qu'un amas de corruption. Et maintenant couronnez-vous de fleurs, couvTezvous de riches habits, d'élégantes parures ; bientôt vous serez forcé de vous écrier, comme Job : « Nu je suis entré dans ce monde, et nu j'en sortirai (2) ; » et votre couche, comme l'a dit le prophète Isaïc, sera la pourriture, et vous n'aurez d'autre vêtement que les vers (3). Que la modestie soit donc toujours votre plus bel ornement ; et, au lieu de tant soigner ce corps, qui tombe en ruine, occupez-vous plutôt de la beauté incorruptible de l'âme ^.

Enfin, qu'est-ce que la vie tout entière, sinon une vapeur légère, une ombre qui passe ? Qu'est-ce que la vie la plus brillante? Une pomme d'or gâtée au dedans. Qu'est-ce que la vie la plus longue? Un point imperceptible. Le passé n'est qu'un songe, le présent nous échappe, et l'avenir ne nous appartient pas. Quand même nous vivrions autant que Mathusalem, qui prolongea son existence jusqu'à neuf cent soixante-neuf ans, une fois arrivés au terme, ce long espace de temps ne nous paraîtrait pas plus que le jour d'hier. Quel n'est donc pas l'aveuglement du cœur de l'homme

(1) Omnis caro fœnum. Is., xl, 8.

(2) Nudus egressus sura de utero malris meae, et nudus revertar illùc. /o6, 1, 51.

(3) Subler te sternelur tinea, et operimenlum tuum erunt venues.

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