DES A»(J£S
combattent pour nous; et comme autrefois Tange Raphaël abattit palpitant à ses pieds le poisson énorme qui s'élançait sur le jeune Tobie^ ainsi notre Ange-Gardien terrasse le dragon infernal, l'enchaîne et l'empêche de nous nuire. Sans son assistance, que de tentations auxquelles nous aurions malheureusement succombé ! que de ravages affreux le démon eût faits dans notre âme !
3° Ils nous donnent de salutaires conseils et nous encouragent à bien faire. Ils voudraient que nous fussions, comme eux, tout de feu pour le service du Seigneur. Par de saintes inspirations et de tendres reproches, ils gourmandent notre paresse; ils nous invitent, nous pressent de marcher avec ardeur dans les voies de la vertu, et, s'ils voient que nous nous en écartions, ils s'efforcent de nous y ramener. Que de fois nous l'avons entendue, cette voix intérieure, qui se plaint de nos infidélités, de notre indifférence pour le salut, cette seule chose nécessaire, et qui nous pousse à nous donner à Dieu, à rompre tout pacte avec l'iniquité, à fuir les mauvaises occasions, et nous dit, comme autrefois l'Ange à Lot : a Levez-vous, sortez, pour ne pas être enveloppés dans la 0 punition de cette troupe infâme (i). »
ht" Ils nous consolent dans nos peines, soit en les adoucissant, comme celui qui changea l'ardeur des flammes de la fournaise en une douce rosée (2), soit en nous donnant le courage et la force de les supporter, comme celui qui fortifia Notre-Seigneur dans son agonie (3).
5° Ils offrent à Dieu nos prières, nos besoins, nos aumônes, nos austérités, .nos vertus, nos pénitences, tout le bien que nous faisons, a Je vous décou\Te une vérité bien inté- « ressailte, disait l'ange Raphaël à Tobie, lorsque vous ré- « pandiez vos prières et vos larmes devant le Seigneur, lorst que vous ensevelissiez les morts, que vous quittiez vos « repas poiu" aller recueillir les corps sanglants de vos frères
(1) Surge et ne tu pariier pereas in scelere civitatis. Gîn., ix, 15-
(2) Dan., m, 50. — (3) Luc, xxii, 4.
a égorgés^ et que vous les cachiez dans voire maison, pour « leur donner la sépulture, c'était moi qui offrais k Dieu vos a supplications et vos bonnes œmTes (1). » Il y a donc une mystérieuse correspondance établie entre nous et la Majesté suprême, par le moyen des Anges. Nos ambassadeurs auprès de Dieu, et ambassadeurs de Dieu auprès des hommes, ils vont sans cesse de la terre au ciel, et du ciel à la terre. Ils viennent les mains pleines de grâces, et s'en retournent chargés de nos vœux ; ils descendent pour nous conduire, et remontent pour exposer à Dieu nos soupirs et nos humbles demandes. Sans eux, nos prières, si faibles et si languissantes, aiu-aient-elles la force de percer les nues et de parvenir jusqu'au trône de la miséricorde ? Mais combien elles ont plus de grâce et de vertu, présentées par la main si sainte et si pure des Anges ! Bien plus, les Anges joignent leurs prières aux nôtres, et appuient de leurs suffrages toutes nos demandes; et, conmie ils voient toujours la face du Père céleste (2), ils sont toujours à même de lui parler de nous et pour nous, et de nous obtenir toutes les faveurs spirituelles et temporelles dont nous pouvons avoir besoin.
6° Enfin, ils reçoivent les âmes des justes, et les conduisent, les unes au ciel, les autres au purgatoire, d'où ils viennent ensuite les retirer, quand le temps de l'expiation est terminé. Ainsi, selon la parole de Notre-Seigneur, l'âme du pamTe mendiant fut portée par les Anges dans le sein d'Abraham (3).
Quel bonheur d'avoir toujours à nos côtés des protecteurs si puissarils et si officieux, qui s'intéressent à tous nos besoins, qui compatissent à toutes nos peines! Sentinelles toujours vigilantes, ils nous gardent la nuit, le jour, dans nos travaux, pendant le sommeil, à la ville, aux champs; ils écartent tout ce qui pourrait mettre obstacle à notre sancti-
fi) Tob., XII, 12.
(2) Math., XVIII, 10. — (3) Luc, xvi, 22.
fication^ et nous en aplanissent le chemin. Amis fidèles et généreux, sans se laisser jamais rebuter par nos faiblesses et nos ingratitudes,, à toute heure, à tout moment, ils se montrent prêts à nous servir. On dirait même qu'ils s'en font un point d'honneur (l), car ils veulent imiter la miséricorde de Dieu à notre égard, et il s'agit d'ailleurs, pour eux, de réparer les ruines que lorgueil de Satan a faites dans le cisl, et de combler, avec les âmes des saints, le vide qu'il a laissé dans leurs milices. Us voudraient donc nous porter sur leurs ailes dans les célestes parvis, et nous associer à leur gloire *.
Pour tant de bienfaits, que devons-nous leur rendre ? Sans doute, à Dieu seul appartient l'honneur et la gloire; mais il n'en est pas moins vrai que nous devons aussi honorer les Anges, à cause de l'excellence de leur nature, et parce que c'est Dieu lui-mêm3 que nous honorons dans ces esprits bienheureux, qui sont ses premiers enfants (2), les portraits de ses grandeurs, les miroirs de ses beautés, et les images de son immortalité (3). Une reconnaissance toute particulière nous lie à nos Anges-Gardiens; et, puisqu'ils sont nos bienfaiteurs insignes, après Dieu, ne devons-nous pas nous montrer empressés à les remercier, chercher, à l'exemple de Tobie, par quels moyens nous pourrons leur être agréables, et nous dire de temps en temps à nousmêmes : a Que pouvons-nous lui donner, à cet excellent ami, à ce protecteur si zélé, pour recoimaître ses services importants (4) ? »
D. Quels sont nos devoirs envers notre Ange-Gardien ?
(1) Ambilioso famulatu ad hominum scrvitium accedunt , D. Hilar. Conc. XVIII, in Math
(2) Primogenili Dei. D. Clem. Alex. Strom., cap. 1.
(3) Divina simulacra, spécula et imagines. Sophron. Orat. de Ang. Excellent.
(4) Quam mercedem dabiraus ei ? Quid illi ad haec polerimus darj ' Toh,, XII, 2.
R. Nous devons aimer notre Ange-Gardien, respecter sa pré- . sence, et le prier souvent.
Ces obligations envers notre Ange-Gardien, saint Bernard les a exprimées en trois mots : Respect, dévotion, confiance (1).
lo Respectez sa présence. Dieu vous le commande : a J'envoie mon Ange devant vous, respectez-le (2). » Gardez-vous donc bien d'offenser, par mie conduite peu convenante, la pureté de ses regards habitués à contempler la face auguste de Dieu. Si la tentation vous presse, songez que vous n'êtes pas seul, car en quelque réduit que vous vous cachiez, dans l'ombre des forêts, dans les ténèbres de la nuit, votre bon Ange est là qui vous voit, qui vous entend (3). Et ce que vous rougiriez de faire en la présence d'un honnête homme, l'oserez-vous faire à la face de votre bon Ange? Ah ! si vous y pensiez, jamais vous ne commettriez aucune action honteuse; que dis-je? jamais vous ne vous donneriez la moindre liberté contraire à la bienséance.
2° Aimons notre bon Ange. Puisqu'il nous aime avec tant de tendresse, n'est-il pas juste que, de notre côté, nous nous attacliions à lui par une sincère et véritable dévotion, et que, par conséquent, nous évitions tout ce qui pourrait lui déplaire ? Or, autant il se réjouit de nos pénitences et de nos bonnes œuvres, autant nos péchés l'attristent et l'affligent. N'est-ce pas avoir un cœur pervers que de faire de la peine au meilleui" de ses amis? Et, si nous cherchons à nous soustraire à sa vigilante sollicitude pour nous mettre sous la conduite des démons, n'est-ce pas lui faire la plus cruelle injm-e ? Alors il s'éloigne à regret de nous, car le péché le fait fuir, de même que la fumée chasse les abeilles, et une
(1) Reverentiam pro praesenliâ, dcvotionem pro benevolentiâ, fiduciam pro custodiâ. D. Bern., Serm. xi et xii, in PsaL, 90.
(2) Ecce ego miitam Aiinrelum meum,... observa eum et audi vocem tjus. Exod., xxiii, 20.
(8) In quovis diver^orio, in quovis angulo, angelo luo reverentiam tabe. D. Ber. in PsaL, xc.
odeur fétide les colombes (1). Mais voulons-nous lui témoigner que nous l'aimons véritablement^ appliquons-nous à lui ressembler, autant du moins que le permet l'intirmité (le notre nature, de telle sorte que notre âme, détachée des objets terrestres, prompte à obéir à Dieu, fervente dans son service, devienne, en quelque sorte, angélique, et que notre corps, par la belle, l'aimable vertu de pureté, soit, pour ainsi dire, angelisé[^), comme le dit Tertullien ; et c'est ainsi que nous ne tormerons qu'une même famille avec les Anges.
3" Ayons en lui la plus grande confiance. Nous sommes petits, nous sommes faibles, nous marchons dans une voie semée de périls et d'alarmes; mais qu'avons-nous à craindre avec des gardiens si fidèles, si prudents, si puissants? Quand même viendraient contre nous toutes les légions de l'enfer, ils sam'ont bien nous préserver de leurs atteintes. Mais c'est à nous d'implorer leur secours, surtout au commencement de nos entreprises, de nous mettre sous leur protection, de leiu" communiquer nos projets. C'est mériter leurs bonnes grâces que de les faire dépositaires de tous les secrets de notre cœur.
Tels sont nos devoirs envers les saints Anges : les révérer, les aimer, les louer, nous réjouir de leur bonheur, les saluer le matin au réveil, et souvent le long du jour, et, le soir, à l'examen de conscience, leur demander pardon des sujets de tristesse que nous avons pu leur donner; nous devons surtout travailler à leur devenir semblables en vertu et en innocence ^.
Il est certains Anges pour lesquels nous devons avoir une vénération toute particulière. Ainsi saint Michel, cet illustre cliet des armées du Dieu vivant, lui, qu'on regarde communément comme le prince de l'Eglise triomphante, le protecteur de l'Eglise militante, le tuteur général des fidèles, lui
(1) Yeluti fumus apes fugat, fœdus odor columbas expellil, sic Angelum viiaî cuslodem abigit graveolens peccatum. D. Bas Hom. in Psal., xxxiii.
(2) Angelicata caro. Tertul.
qui a soin de présenter à Dieu nos âmes après la mort, mérite bien que nous lui rendions nos plus respectueux hom- 'ffiages. Et saint Gabriel, qui vint annoncer à la terre la bonne, /a grande nouvelle, le glorieux mystère de l'incarnation, pourrions-nous Toublier? Mères, invoquez l'Ange des petits enfants, afin qu'il veille sur ces tendres objets de votre amour; malades, ayez recours à saint Raphaël, dont le nom est interprété médecine de Dieu; voyageurs, ne manquez pas d'invoquer l'Ange des lieux où vous passez, afin qu'il vous soit favorable; enfin, en quelque état que nous soyons, aimons, prions nos saints Anges.
0 mon Dieu, que vos Anges vous louent; et souffrez que moi aussi, je vous bénisse et je vous adore en présence de ces bienheureux esprits, et daignez agréer mes vœux et mes hommages, quand ils les porteront devant le trône de votre majesté !
D. Comment appelle-t-cn les mauvais anges qui ont été précipités dans l'enfer ?
R. On les appelle les démons.
Autant il est agréable de penser à ces bons esprits, Tornement du ciel, et notre appui pendant notre pèlerinage sur la terre, autant il est triste de parler de ces esprits dégradés, sales, immondes, nos plus cruels ennemis. Cependant nous devons en dire quelque chose, soit pour nous pénétrer d'horreur contre eux, soit pour nous prémunir contre leur malice.
Et d'abord, entendez les impies qui vous diront, peut-être, que tout ce qu'on rapporte de leurs actions, de leurs apparitions, n'est que folle rêverie, ou fable forgée par des imposteurs pour tromper les ignorants '. Ah ! plût à Dieu qu'il en fût ainsi, et que nous n'eussions pas à éprouver les jalouses rigueurs de ces mauvais génies ! Mais, sans parler d'une multitude de faits incontestables, qui nous prouvent leur malheureuse existence, n'avons-nous pas la parole de Jésus-Christ et des apôtres, qui nous montre les démons
toujours acharnés à notre perte, et faisant tous leurs çfîorlt^ pour nous entraîner avec eux dans l'abîme 'r
L'Écriture sainte leur donne divers nonns : elle les appelle anges apostats, parce qu'ils se sont séparés de Dieu ; anges de ténèbres, à cause que leur lumière est obscurcie; puissances de l'enfer, car c'est là qu'ils régnent et donnent ui: libre cours à leur fureur. Leur chef est Lucifer, Satan. Béelzébuth, Bélial ou le diable, qu'on nomme encore l'ancien serpent, le père du mensonge et le prince du monde, parce que, avant Jésus-Christ, il y exerçait une cruelle tjTannie, et qu'il était l'objet du culte des païens.
Aussitôt après leur révolte, les mauvais anges ont été condamnés à l'enfer, sans aucun espoir de pardon. Dieu les a liés dans les ténèbres avec des chaînes éternelles, dit saint Jude (i). Le Créateur ne leur a accordé aucune grâce pour se relever, dit saint Augustin, parce que leur faute a ét(r d'autant plus détestable que leur nature était plus élevée (2).
Encore que leur principale habitation soit l'enfer, il en est plusieurs qui sortent de cet affreux séjour et sont disséminés dans les espaces; saint Paul les appelle les puissances de l'air (3). Mais, en quelque lieu qu'ils soient, toujours sous les coups de la justice divine, ils souffrent horriblement, et portent leur enfer avec eux, semblables à ces fiévTeux, qui, bien que placés dans un lit d'ivoire, eu exposés à un soleil brûlant, ne peuvent s'empêcher de ressenti. le froid ou le chaud de leur maladie.
L'unique occupation, l'abominable plaisir de ces esprit pervers et malfaisants, c'est de séduire les hommes, et ensuite d'être les bourreaux de ceux qu'ils ont séduits. Toujours en guerre contre Dieu, ils s'efforcent de lui ravir de^ adorateurs; et, d'un autre côté, furieux de voir que l'homme, qui leur était inférieur par sa nature, doit cependant être élevé à leur place dans la gloire, ils tournent contre lui leur
(1) Jod.. V, 6.— (2) D. Àug. Tract., 110, inJoan., n. 7. (3) Principes poleslat'5 aeris hujus. Ephes., ii, 2.
haine et leur rage. Voilà pourquoi le Saint-Esprit appelle Satan, leur chef, homicide dès le commencement {\), parce qu'en effet , dès le commencement du monde, il cherche à donner la mort aux âmes, en les portant au péché.
Leur intelligence, autrefois si sainte et si pure, s'est changée en ruses et en fourberies, pour nous entraîner au mal. Les biens de la terre, les plaisirs, les divers accidents de la vie, tous les objets qui nous environnent sont comme autant de pièges dont ils savent profiter pour nous perdre. Tantôt ils nous attaquent à force ou\ erte, et tantôt par d'imperceptibles détours. Lions rugissants, ils se ruent sur nous; serpents insidieux, ils nous insinuent leur venin dans le cœur; ici, brillants comme un éclair, ils éblouissent notre imagination par mille fantômes; là, comme une vapeur pestilentielle, ils troublent nos sens et se glissent dans nos âmes pour y déposer un germe de mort. Enfin, tous moyens leur sont bons pour nous arracher au service de Dieu, et nous soumettre à leur tyrannique empire *.
Remarquons toutefois qu'ils n'ont de pouvoir sur nous qu'autant que Dieu leur en donne. Or, Dieu permet que nous soyons tentés, soit pour faire éclater sa gloire et cou- \Tir le démon de confusion, par nos généreuses résistances; soit pour éprouver notre vertu, et la perfectionner, afin qu'elle soit digne d'une plus grande récompense. Mais il ne souffre jamais que nous soyons tentés au-delà de nos forces; Il nous soutient par sa grâce, et c'est toujours notre faute quand nous succombons, car il ne dépend que de nous de triompher des plus cruelles épreuves. C'est notre cupidité ou notre imprudence qui fait la force du démon, encore plus que sa malice. La foi, les motifs qu'elle nous présente, la fuite des occasions, la méditation de la parole de Dieu, le jeûne, la prière jointe à la modestie, voilà les armes célestes avec lesquelles nous pouvons infailliblement repousser ses traits envenimés.
(i) lUc homicida erat ab initio. ^oon., nw 4^.
Les démons n'ont pas seulement pouvoir sur les âmes; quelquefois encore ils agissent sur le corps, et nous en trouvons des exemples bien frappants dans l'Écriture sainte; d'abord celui de Job, que le malin esprit couvrit d'une plaie hideuse, de la tête jusqu'aux pieds, après lui avoir ravi tous ses biens, et qu'il eût même tué, si Dieu ne le lui avait expressément défendu (1). Et ensuite, l'Évangile ne rapportet-il pas l'histoire de beaucoup de possédés que le démon tourmentait horriblement? Mais les démons ne peuvent ainsi affliger les hommes que par une permission expresse. C'est Dieu qui lâche et enchaîne à son gré leur malice et leur rage ; car, s'ils avaient une liberté absolue et sans bornes, ils auraient bientôt tout bouleversé, tout détruit; le genre humain serait exterminé, tant est grande la haine qu'ils nous portent! A l'époque de la venue du Sauveur, ils exerçaient leur empire d'un manière plus sensible. Dieu le permettant ainsi, afin que la victoire que Jésus-Christ devait remporter sur eux, en fut plus éclatante, et que l'enfer lui-même fût forcé de lui rendre témoignage. Maintenant que le sang de l'Homme-Dieu a coulé sur la terre, le prince de ce monde a été chassé et désarmé; sa puissance est singulièrement affaiblie, surtout à l'égard des chrétiens, qui, par un signe de croix, peuvent le faire fuir et trembler.
Ce n'est que dans l'enfer que les démons peuvent déployer toute leur fureur. Là, exécuteurs des vengeances célestes, ils injurient, ils déchirent, ils torturent, ils rongent les damnés et les écrasent de toute leur méchanceté. Mais malheur à eux ! ils aggravent leurs tourments en tourmentant les autres. Malheur à eux! et malheur à ceux qui secouent le joug si doux, si aimable du Seigneur, pour se faire les partisans et les esclaves de ces exécrables tyrans !
(1) Ecce io manu tuâ est, sed aDim«m illias serv». Job., ii, 6.
TRAITS HISTORIQUES
1. Il n'y a que trois Anges qui se trouvent désignés dans la sainte Écriture par leur nom propre, savoir : saint Michel, saint Gabriel et saint Raphaël. Le nom du premier signifie : qui est semblable à Dieu; paroles qu'il prononça, lorsqu'il s'opposa aux anges rebelles. Celui de Gabriel signifie force de Dieu, et celui de Raphaël, remède de Dieu, ou médecin de Dieu.
Saint Raphaël, l'un des sept Anges qui sont toujours présents devant le Seigneur, prêts à exécuter ses ordres, ayant pris la figure et le nom d'Azarias, s'offrit pour conduire le jeune Tobie, qui allait à Rages, en Médie, réclamer une somme d'argent que son père avait prêtée à un nommé Gabélus. Jamais voyage ne fut plus heureux ; à chaque pas, c'étaient de nouveaux bienfaits de la part de l'Ange. Sur les bords du Tigre, il délivra Tobie d'un poisson monstrueux qui allait le dévorer. « Prenez-le par les ouïes, lui dit il, et tirez-le hors de l'eau. » Et le poisson, après s'être débattu, expira à ses pieds ; il lui conseilla ensuite d'en prendre la chair pour nourriture, et de mettre à part le fiel et le cœur qui devaient lui être d'une extrême utilité, l'un pour guérir les yeux, et l'autre pour chasser les démons. En effet, quand ils furent arrivés chez son oncle Raguel, l'Ange lui fit contracter une heureuse alliance avec la jeune Sara, veuve de sept maris, que le démon avait étranglés la première nuit de leurs noces, pour n'avoir envisagé le mariage qu'avec des vues basses ei charnelles. Mais Tobie se mi4 en prières; et, avec la fumée du cœur du poisson qu'il mit sur le feu, il chassa l'esprit de ténèbres, qui ne put ainsi lui faire aucun mal.
Après avoir accompli le but de leur voyage, ils reprirent le chemin de leur pays. Anne, mère de Tobie, impatiente de voir son fils, allait tous les jours s'asseoir près du chemin, sur une haute montagne, d'où elle pouvait le découvrir de loin ; et sitôt qu'elle l'aperçut, elle nurut le dire à son mari. Tobie le père, tout aveugle qu'il était, alla au-devant de son fils, et l'embrassa en pleurant de joie. Alors le jeune Tobie, par le conseil de l'Ange, prenant le fiel du poisson, en frotta les yeux de son père, qui recouvra aussitôt la vue. Tobie ayant .-aconté à ses parents tout ce que son guide avait fait pour lui, ils voulurent lui témoigner leur reconnaissance. « Mais, que pour- « rons-nous faire pour lui ? dirent-ils ; la moitié de notre bien ne suf- « firaitpas, pour tous les services qu'il nous a rendus. > Alors l'Ange se fil connaître à eux, et leur dit : « Bénissez le Seigneur, c'est lui « qui m'a envoyé vers vous ; il vous semblait que je buvais et que je
« mangeais; mais je me nourris d'une viande invisible, et d'un breu- « vage inconnu aux hommes ; maintenant, il est temps que je re- « tourne vers celui qui m'a envoyé. > A ces mots, il disparut; et eux, s'éîant prosternés le visage contre terre pendant trois heures, ils bénirent Dieu; puis ils se levèrent et racontèrent toutes ces merveilles.
Hérode fît mettre saint Pierre en prison , voulant l'envoyer à la mort, après les fêtes de Pâques, pour faire plaisir aux Juifs. Toute l'Église, dans le deuil, adressait les prières les plus ferventes au Seigneur, pour la délivrance et la conservation de son chef. Or, la veille même du jour où le prince des apôtres devait comparaître devant ses juges, le cachot, où il dormait enchaîné entre deux soldats, fut tout à coup inondé d'une grande clarté. L'Ange du Seigneur le réveilla et loi dit : € Levez-vous, » et aussitôt les chaînes tombèrent de sei mains ; il suivit l'Ange, traversant plusieurs corps de garde, et croyant rêver. Ils arrivèrent ainsi aux portes de la prison, qui s'ouvrirent d'elles-mêmes. Bientôt après l'Ange disparut. Alors saint Pierre, revenant comme d'un profond sommeil, s'écria : c Maintenant, je suis « assuré que le Seigneur m'a envoyé un Ange pour me tirer des « mains d'Hérode, et me soustraire à la fureur des Juifs. »
Act. 11.
C'est surtout la belle, l'incomparable vertu de chasteté que les saints Anges aiment à trouver en nous, et ils veillent sur toutes nos démarches, et écartent avec soin de nous tout ce qui pourrait y porter atteinte. C'est par la protection de son bon Ange que sainte Agnès échappa au plus grand péril qu'une âme vertueuse puisse courir. Ayant été, à cause de ses richesses et de sa grande beauté, recherchée en mariage par plusieurs jeunes gens des premières familles de Rome, elle répondit constamment à tous qu'elle avait consacré sa virginité à un époux céleste et invisible aux hommes. On fît toute sorte d'efforts pour vaincre sa généreuse résistance. Le fils du gouverneur de la ville, nommé Procope, se porta contre elle aux excès les plus violents ; il la menaça du gibet, de la prison, et de tous les supplices qui étaient alors en usage. « Je ne crains rien, disait-elle, mon Ange « est avec moi pour me défendre. » On la conduisit dans un lieu infâme, pour lui ravir cette pureté qu'elle préférait à la vie. i'\Iais à peine y fut-elle entrée, qu'elle y trouva un Ange pour la présnrver de toute insulte. Les plus libertins furent saisis de respect, à la vue de la jeune vierge. Procope seul, ayant montré plus d'audace, fut puni de mort par l'Ange. Agnès fut condamnée, comme chrétienne et inflexible dans sa foi, à être décapitée. « Elle alla, dit saint Ambroise, au lieu du € supplice avec plus de plaisir qu'une autre n'irait à un festin de « noces. > <
Saint François Régis, après avoir passé plusieurs nuits sans dormir
pour entendre les confessions, fui obligé de se rendre dans nn autre village pour commencer une mission. Dans sa route, le sommeil le prit, il dormait en marchant, et il avançait vers un précipice sans 2e savoir. Au moment où il n'avait plus qu'un pas à faire pour j iomber, il sent une main qui l'arrête ; il s'éveille et il voit l'abîme sous ses pieds. La profondeur du lieu lui fit horreur; de suite, il se jeta à genoux pour remercier le Seigneur de ce qu'il avait bien voulu lui donner un Ange pour le garder.
2. Pourrions-nous oublier de citer ici notre bienheureux François d'Estaing? Quelle tendre dévotion n'eut-il pas, pendant toute sa vie,'; pour les saints Anges? Dans ses visites pastorales, il ne manquait jamais d'invoquer les Anges-Gardiens des paroisses et de tous les lieux, par où il devait passer. La fête dont rétablissement lui tenait le plus! au cœur, c'était celle de l'Ange-Gardien. Il communiqua son projet au pape, qui lui accorda toutes les permissions nécessaires. 11 s'en occupa donc avec ardeur, et fit composer l'office par un savant et pieux docteur de l'ordre de Saint-François. Le souverain pontife lui envoya un bref pour confirmer l'institution de cette fête; il lui écrivit même qu'il se proposait d'imiter sa piété, en donnant la fête de l'Ange-Gardien à tout l'univers catholique; il accordait en même temps une indulgence plénière, en forme de jubilé, à tous ceux qui assisteraient à la première messe que le saint évêque devait célébrer, le jour où celle fête avait été fixée. Cette faveur du Saint-Siège fut annoncée dans tout le diocèse ; et Taffluence fut si grande, que la vaste enceinte de la cathédrale ne suffisant pas, on dressa un magnifique autel, en plein air, contre l'église de la Chartreuse, dont la clôture n'existait pas alors; et c'est là que fut célébrée la première messe, le dimanche, second jour de juin (1526), au milieu d'une réunion de plus de cent mille fidèles, accourus à la voix du saint évêque, pour gagner l'indulgence plénière. Depuis ce jour, après lequel il avait soupiré pendant vingt-cinq ans, François d'Estaing sentit s'augmenter en lui sa dévotion et son amour pour ces esprits célestes, que Dieu a chargés du soin de nos âmes. II sembla, dès lors, avoir fait une alliance nouvelle avec eux, et les élans de son cœur étaient si enflammés, qu'on disait communément qu'il avait le bonheur de voir son Ange-Gardien sous une forme setiibio, et des'entre- 'enir souvent avec lui.
Histoire du Bienheureux François d'Estaing.
3. C'est pour entraîner plus sûrement les hommes dans l'erreur, que la démon s'efforce de leur persuader qu'il n'est qu'un être imaginaire; e! par là il les endort dans une fausse sécurité, en leur faisant concevoir des doutes sur les peines et sur les récomiienses futures. Cependant, chose étonnante ! que de fois on a vu des philosophes, qui ne répondaient que par un sourire moqueur à ce que la religion nous
enseigne sur l'existence des Anges et des démons, se montrer d'une crédulité extiême pour adopter toutes sortes d'absurdités el d'extra* vagances ! Ainsi, Diderot el d'Alembert croyaient aux sortilèges, el le comte de Boulainvilliers étudiait sérieusement les secrets de la sorcellerie. On peut voir, dans la Monarchie prussienne de Mirabeau, quel était, de son temps, le goût des philosophes, des princes et autres fameux personnages pour la magie. Voilà comment un siècle, qui avait prétendu détruire jusqu'à la possibilité même du surnaturel, finit par chercher partout du surnaturel de toute espèce, el vil ces prétendus esprits forts se faire les compères des imposteurs el des charlatans.
4. Jamais homme n'a eu de plus cruelles tentations à essuyer, d« la part du malin esprit, que le grand saint Antoine. Le démon, craignant que bientôt, à son exemple, le désert ne fût remi»li de solitaires, venait souvent la nuit l'atlaquer avec une grande troupe de ses compagnons. Ils se présentaient quelquefois sous diverses figures de lions, d'ours, de léopards, de taureaux, de loups, daspics, de scorpions, faisant tous ensemble un bruit épouvantable, pour le chasser de sa demeure. El saint Antoine leur disait, comme en se moquant d'eux : < Si vous aviez quelque force, un de vous suffirait pour c me combattre; mais, parce que Dieu anéantit toute votre puis- « sance, vous tâchez, par voire grand nombre, de me donner de U « crainte, el il ne me faut point de plus grande marque de votre faiblesse « que de vous voir réduits a prendre la forme de ces animaux. Igno- * rez-vous que le signe de la croix, el la foi que j'ai en Notre-Sei- « gneur, me servent comme d'un rempart inébranlable contre toutes « vos entreprises et tous vos assauts?» Il li'est pas de ruse que le tentateur n'essayât pour le porter au mal, lui faisant des promesses, lui disant des flatteries pour lui inspirer de la vanité, lui présentan de l'argent, du pain, des fantômes séducteurs; mais le saint se mettait à prier et à chanter des psaumes, el les esprits immondes s'en fuyaient, comme si ces paroles eussent été autant de fouets qui les eussent chassés.
Vie de saint Antoine, par saint Athanase.
Saint Naamas, diacre de la ville de Rhodez, exerça, pendant sa vie, le plus grand empire sur les démons, qu'il chassait, par une seule parole, du corps des possédés, si bien qu'ils ne pouvaient supporter sa présence. Un jeune homme, étant cruellement tourmenté par cet éternel ennemi du genre humain, vint le trouver, pour obtenir sa guèrison ; el, l'espril malin, voyant qu'il ne pourrait résister aux ordres de l'homme de Dieu, lui proposa, pour le tenter, de le traosporler jusqu'à Rome, où le saint avait résjlu d'aller par dévotion, el de loi épargner ainsi les fatigues du voyage. Saint Naamas lui répondit en souriant : c Apprends, serpent infernal, que la fatigue, au lieu d'à-
« battre la force des soldais de Jésus-Chrisl, ne fail que l'éprouver. » Le démon quitta à l'instant le jeune homme ; mais il se rendit incontinent à Rome et s'empara du corps de la fille d'un grand seigneur. Vainement on employa les exorcismes pour l'en chasser, il répondit qu'il ne céderait qu'aux ordres de Naamas. On manda donc par des oxprés le serviteur de Dieu, dont la réputation de sainteté s'était déjà répandue fort au loin. Comme il s'approchait de la ville, le père de ia jeune fille alla au-devant de lui, le priant de hâter sa marche. Le <aint se contenta de lui donner son manteau, lui disant qu'il suffirait 'le le mettre sur les épaules de sa fille, pour chasser l'esprit infernal ; ce qui arriva en effet. Naamas, méprisant les richesses et les honneurs qu'on lui offrait, revint dans son pays, où il passa le reste de sa vie, dans la pratique des bonnes œuvres et les exercices de la plus haute piété. Ses reliques sont vénérées dans l'église de Saint-Amaui
Légende du Propre,