INSTRUCTION
Unité de Dieu. — Trinité dans l'unité. — Distinction des personne» divines. — Leur égalité parfaite. — Nos devoirs envers la Sainte Trinité.
D. Y a-t-il plus d'un Dieu ?
R. Non, il n'y a qu'un seul Dieu.
a Ecoutez, ô Israël, disait le Seigneur par la bouche de a son prophète, vous n'avez qu'un Dieu ; je suis le Seigneur, a et il n'y a point d'autre Dieu que moi (l). »
La raison nous démontre clairement qu'il n'y a qu'un Dieu, et qu'il ne peut y en avoir plusieurs. En effet. Dieu est l'être infini, souverainement parfait, tout-puissant ; d'où nous devons reconnaître encore qu'il est unique. Car, l°on ne peut admettre plusieiu-s intinis sans contradiction, puisque deux infinis se limitant l'un par l'autre, chacun ne serait que ce qu'il est, et, par conséquent, serait fini. Il faut donc en admettre un qui contienne tout, et qui dès lors est seul.
2« Si Dieu est souverainement parfait, il doit être audessus de tout, et, par conséquent, il ne peut y avoir de Dieu au-dessus de lui, ni même d'égal à lui. Car la souveraine perfection consiste à être incomparable, à n'avoir point d'égal. C'est ce qui a inspiré à Tertullien ces magnifiques paroles : « Dieu, à cause de Texcellence de sa nature, est
(1) Ego Dominus et non est al ter. It., xlt, 5
« unique ; et, parce qu'il n'y a rien qui puisse Tégaler, ni a l'atteindre, ni en approcher, et quil est de tous côtés a inaccessible, il se taie, par son unité, comme une auguste a solitude (1). »
3° Il est encore impossible de reconnaître deux toutpuissants, car, ou bien l'un aurait autorité sur l'autre, et serait, par conséquent, seul tout-puissant et seul Dieu; ou bien, ils vivaient dans une indépendance complète l'un de l'autre, se partageant également l'empire du monde; et alors aucun d'eux ne serait maître de l'autre, ni conséquemment maître de tout ; d'où il suit que nul ne serait tout-puissant. Il n'y a donc qu'un seul Dieu, ou il n'y en a point du tout (2). Dieu n'est véritablement Dieu, n'est véritablement grand, que parce qu'il est un (3).
A" L'unité de Dieu est encore démontrée par l'unité de dessein, et Tordre invariable de l'univers. Dans le plan merveilleux de la création, tous les êtres s'enchaînent et se donnent un mutuel appui. Chaque chose concourt à l'harmonie générale, et nous n'avons qu'à ou\Tir les yeux pour reconnaître que la nature est soumise à un seul législateur, dont la volonté s'accomplit dans les astres, sur la terre, dans l'homme, et dans le plus petit animal. L'unité de dessein dans ce vaste ensemble annonce évidemment l'unité de l'intelligence qui l'a formé et qui préside à sa conservation. Ainsi, de même qu'il n'y a qu'un chef dans le corps naturel, qu'mi roi dans un état bien réglé; il n'y a aussi qu'un Dieu qui soutient, dirige et gouverne tout, et à qui seul nous devons notre reconnaissance et nos adorations.
Pour que cette vérité capitale se gravât plus profondément dans la mémoire des hommes, Dieu avait voulu qu'elle devînt, pour ainsi dire visible aux yeux de son peuple, par un symbole sensible et permanent. Il avait ordonné qu'il
(1; Terlul. Adv, Marc, 1. 1, n. 4.
(2) Aul unus, autnullus. Tertull. Apol., c. x.
(3) Idée verus et tantas est Deus. Tertull. Apol., c. K.
DE LA SArSTF. TRLMTÉ. 121
n'y eût qu'un seul temple où il fût adoré, un seul autel où il fût permis d'oflVir des sacrifices, une seule ville où le peuple entier devait se réunir à certains temps, pour rendre ses vœux au Seigneur. Et, dans le Nouveau Testament, saint Paul nous apprend qu'il n'y a qu'une foi et qu'un baptême, parce qu'il n'y a qu'un Dieu, qui est le père de tous, audessus de tous, et qui réside en nous tous (1).
Ici, pomTons-nous nous empêcher de déplorer la folie et le crime des païens, qui n'ont pas craint de détruire la gi-andeur et la majesté suprêmes, en communiquant à la créature ce nom incommunicable de Dieu ; qui n'ont pas rougi de diviser la Divinité par ses attributs et ses fonctions diflérentes, et de partager le monde entre plusieurs Dieux, comme si un seul n'eut pas suffi à le gouverner? On en vint à une multiplication sans ordre et sans bornes, jusqu'à placer plusieurs Dieux aux foyers, aux cheminées, aux écuries ; et, comme saint Augustin le reproche plaisamment aux Grecs, à la seule porte on en mit trois, tandis qu'un seul homme suffit pour la garder *.
Ce n'est pas qu'on ne reconnût assez généralement un Dieu suprême, de qui les autres tenaient leur origine, et qui en dépendaient comme étant ses ministres. Mais le crime des païens, surtout des philosophes plus éclairés que le vulgaire, c'était de reconnaître ce Dieu et de ne pas l'adorer, de prostituer, au contraire, leurs hor.images à une infinité de divinités subalternes, déshonorant ainsi et avilissant ce grand nom de Dieu, en le donnant à des idoles sourdes et muettes, à des figures d'animaux et de serpents (2).
Cette abomination eut son principe dans l'orgueil des hommes, et surtout dans la corruption de leur cœur. De-
(I) Unus Dominus, uiia fides, unum baplisnia. Unus Deus et paler omnium, qui est super omnes, et per omnia, et in omnibus nobis. Eph., IV, 5, G.
12) Mutaverunt gloriam incorruptibilis Dei in simililudinem imî»giiTis corruplibilis. Rom., i, 23.
\ onus amoureux d'eux-mêmes, et méprisant Tautorité du juverain maître du ciel et de la terre, ils ne voulurent avoir i 'autres dieux que ceux qu'ils se créèrent au gré de leui'S i aprices, et ils adorèrent ainsi leurs erreurs et leurs fantaisies. De plus, afm de justitier leurs vices, ils les divinisèlent, et ils crurent pou\oir se livrer en toute sûreté à leui's nassions, prétendant follement qu'elles leur étaient inspirées ar un pouvoir surnaturel et divin.
Ce furent encore les esprits infernaux, Satan et ses mauais anges, éternels ennemis du genre humain, qui employèrent leur pouvoir pour le plonger dans cet effroyable désordre. Furieux de n'avoir pu régner dans le ciel, ils voulurent usurper l'empire de ce monde; et pour cela, excitant les passions des peuples et les enivTant d'affreux désirs, ils se firent ériger des autels ; et bientôt, par un horrible progrès de la dépravation, la religion des nations devint presque uniquement le culte de l'enfer et de ses princes (1).
Pour nous, bénissons le Seigneur de ce qu'il nous a fait naître en ces temps plus heureux, où les temples de la superstition sont détruits, où la lumière évangélique a fait resplendir partout cette grande vérité : Il n'y a qu'un Dieu, qu'un Seigneur, maître et père de cette grande famille dispersée sur toute la terre, principe et fin de toutes choses.
D. Combien y a-l-il de personnes en Dieu ? R. Il y a trois personnes en Dieu : le Père, le Fils et le Saint- Esprit, que nous appelons la sainte Trinité.
Un Dieu, un seul Dieu, voilà ce que nous avons clairement prouvé, et ce qui faisait le fond de la religion primitive. Mais l'Évangile est venu nous donner une connaissance plus étendue et plus relevée des secrets du Très-Haut, en nous [contrant an Dieu subsistant en trois personnes, le Père, le
(1) Omnes Dii geniium dœmonia. Pî. xcv, 5. — Quae immolant génies, dœ-raoniis immolant, et non Dco. 1, Cor., x, 20.
Fils et le Saint-Esprit, qui constituent une seule et même Divinité.
Mystère adorable que la chair et le sang n'enseignent point, que les plus éclairés des patriarches et des prophètes n'avaient pu qu'entrevoir à travers les ombres de la loi ; mais que le Père céleste a daigné révéler aux hommes, et que tous sont obligés de connaître et de croire fermement, sous peine de damnation, car c'est la base sur laquelle repose tout l'édifice de la religion et la source de tous les autres mystères. L'Incarnation du Fils de Dieu, la Rédemption, la justification des hommes qui se fait par le Saint-Esprit, les sacrements, en un mot, tout le Nouveau Testament suppose nécessairement la Trinité. Voilà pourquoi saint Athanase semble faire consister toute la foi catholique à croire la trinité des personnes dans l'unité de Dieu, comme si tout le christianisme était contenu dans cet article (i).
Mais ici, nous devons nous hâter de le dire, que toute hauteur s'abaisse, que tout orgueil s'humilie, devant les profondeurs et les abîmes de la Divinité; que l'esprit humain reconnaisse sa faiblesse et son impuissance (2). Et quelle témérité, en etfet, de vouloir porter ses regards sur un Dieu, dont la majesté accable celui qui prétend sonder ses secrets! Hélas! nous ne connaissons pas ce qui est à notre portée sur la terre, et nous voudrions approfondir ce qui est caché au plus haut des cieux ! Confessons humblement que Dieu a une manière d'être toute différente de celle des créatures; et, la trinité des personnes divines étant le gi'and mystère de l'incompréhensibilité de Dieu, contentons-nous de croire et d'adorer 2.
Cependant, quelque inexplicable que soit ce mystère, il n'en est pas moins certain, puisque Dieu nous l'a formellement révélé. « Allez, instruisez les nations, a dit Jésus-Clirist
(1) Haec est fides calholica ut unum Deum in trinitate, et Irinitaleiù In unitate veneremnr. Symb. Alhan.
(2) 0 altiludo divitiarum sapientiae et scientisB Dei! Rom., xi, 33.
à ses apôtres, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit (1). » Voilà bien le dogme de la Trinité clairement exprimé ; et remarquez que Jésus-Christ, afin de montrer l'unité de la nature divine, a dit : Au nom et non pas aux noms, et qu^il ajoute : du Père et du Fils et du Saint- Espint, pour marquer la distinction et l'égalité parfaite des trois personnes.
Rappelez-vous encore cette circonstance solennelle du baptême de Notre-Seigneur. Lorsque Jésus-Christ sortit de l'eau^ les cieux s'ouvTirent, on vit î'Esprit-Saint qui descendit sous la forme d'une colombe, et se reposa siu* la tête du Sauveur. En même temps, on entendit une voix qui disait du haut des airs : a C'est la mon fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances (2). » Voyez combien distinctement sont ici désignées les trois personnes divines, le Père qui parle, Jésus-Christ qui est baptisé, et le Saint-Esprit qui se montre sous la forme d'une colombe.
Une infinité d'autres passages de l'Écriture sainte viennent à l'appui de ce mystère, ou plutôt c'est tout l'Évangile qui l'annonce. Les apôtres l'ont prêché dans tout l'univers, les martvTs l'ont scellé de leur sang, et l'Eglise l'a toujours défendu avec le plus grand courage contre les impies, et a pris le plus grand soin de l'inculquer aux fidèles. Il nous suffit de la parole de Dieu et de l'enseignement de l'Église, pour y adhérer avec une inébranlable fermeté ^
Voici maintenant ce que la foi nous apprend sur cet auguste mystère : sans nous laisser aller à trop de curiosité, nous allons l'exposer simplement, d'après les idées que nous en ont données l'Evangile 'et les saints Pères. Nous disons donc qu'il y a trois personnes en Dieu.
Mais
(î) Baptizantes eos in nomine Patris et Filii et Spiritûs sancli. ifatth., xxviii, 19.
(2) Hic est Filius meus dileclus in quo mihi benè complacui. Matth,. m, !7.
D. Ces trois personnes sont-elles distinguées entre elles? R. Oui, le Père n'est pas le Fils, le Fils n'est pas le Père, le Saint-Esprit n'est ni le Père ni le Fils.
Ce ne sont pas seulement trois noms, trois opérations de Dieu, ou trois manières de le considérer, mais bien trois personnes, c^est-à-dire trois subsistances individuelles, existant réellement en elles-mêmeS; et qu'on ne doit pas confondre. Car autre est la personne du Père, autre la personne du Fils, autre la personne du Saint-Esprit. Il n'y a qu'un Père et non trois Pères, qu'un Fils et non trois Fils, qu'un Saint- Esprit et non trois Saints-Esprits. Chacun est unique en son genre, unique en son ordre; et il y a entre eux des relations et des propriétés personnelles, qui les caractérisent et les distinguent si parfaitement, qu'on ne peut pas dire de Tun qu'il soit l'autre.
Le Père est le principe des autres personnes, et n'a point de principe; il engendre et n'est pas engendré; le Fils est engendré et n'engendre pas ; le Saint-Esprit est produit du Père et du Fils, et il ne produit pas; il procède du Père et du Fils ; le Fils ne procède que du Père ; et le Père ne procède de personne, parce qu'il est premier principe.
Maintenant, qui expliquera cette admirable procession des personnes divines ? Qui racontera la génération du Verbe ? L'Ecriture nous dit que le Fils est engendré, que le Saint- Esprit procède ; n'en cherchons pas davantage, parce que tout ce mystère est impénétrable.
Mais, tout en convenant qu'il n'y a rien, dans la nature créée, qui puisse répondre à la sublimité de cet article de notre foi, ni en donner une idée claire et parfaite, voici quelques comparaisons qu'on peut apporter, comme pour donner un point d'appui à la faiblesse de notre esprit.
Dans le soleil, nous pouvons remarquer trois choses : le corps du soleil, la lumière et la chaleur. De même, en Dieu on distingue trois personnes, le Père, qui ne procède d'aucune personne, mais qui est le principe des deux autres^
comme le soleil est la source de la lumière et de la chaleur; le Fils^ qui procède du Père, comme le rayon émane du soleil; et le Saint-Esprit, qui procède du Père et du Fils, comme la chaleur dérive du soleil et du rayon.
Autre comparaison. Le Père éternel se contemplant sans cesse lui-même dans son essence divine, produit une image en tout semblable à lui-même, de la même manière, à peu près, que lorsqu'un homme se regarde dans un miroir, il s'y forme un visage semblable au sien. Mais au lieu que ce visage n'est qu'une vaine et passagère représentation, l'image que produit le Père, en se contemplant, vit et subsiste tout comme lui, parce qu'en Dieu il ne peut y avoir rien d'accidentel. Or, cette image est le Fils de Dieu, auquel Dieu le Père communique son être et sa propre nature. Le Fils est donc l'image substantielle du Père, la splendeur de sa gloire,, l'éclat de sa lumière éternelie, ou bien encore son Verbe ou sa parole, puisque c'est par lui qu'il se connaît lui-même, comme on connaît les pensées par les paroles. Ainsi le Fils procède du Père par voie d'entendement.
Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils par voie de volonté et d'amour, et voici comment on peut l'expliquer.
Le Père voit son Fils, et le Fils regarde son Père comme son principe ; et ils ne cessent jamais de s'aimer l'un l'autre, non plus que de se regarder. Par cet amour mutuel, ils produisent comme un très-ardent soupir de l'un vers l'autre, de la même manière, à peu près, que, quand le soleil et un miroir ardent se regardent en droite ligne, il rejaillit du feu de leur mutuel regard. Ce soupir est appelé par l'Ecriture Saint-Esprit, amour mutuel du Père et du Fils, lien sacré qui les unit. Mais cet amour n'est ni imparfait, ni accidentel en Dieu. L'amour de Dieu est substantiel comme sa pensée. Le Saint-Esprit est donc un troisième consubstantiel, auquel le Père et le Fils communiquent leur nature, leurs attributs et leurs perfections, et qui est avec eux un seul et même Dieu.
Enfin, la plus noble image que nous puissions apporter de
la sainte Trinité, celle que Dieu a formée lui-môme, pour s'y peindre d'une manière ineffable, c'est notre âme. Nous y trouvons une trinité faite à la ressemblance de l'auguste et souveraine Trinité. Elle possède trois puissances ou trois facultés : la mémoire, l'entendement et la volonté ; elle est, elle se connaît, elle s'aime. Elle est, et son être est le principe de sa connaissance, comme le Père est le principe du Fils. Elle se connaît, et, en se connaissant, elle produit cette parole intérieure que nous appelons la pensée ou la conception, et qui est, selon l'expression de saint Augustin, comme le fils de notre intelligence (1). Enfin, elle se plaît à se connaître, elle aime sa pensée, et de là nait une troisième chose qu'on appelle amour, en laquelle sont terminées toutes les opérations de notre âme, tout comme la Trinité est complète, quand le Père est infiniment exprimé dans le Fils, et infiniment aimé dans le Saint-Esprit. Voilà comment nous pouvons représenter, quoique d'une manière imparfaite et nécessairement défectueuse, ce mystère incompréhensible.
D. Chacune de ces trois personnes est-elle Dieu ? R. Oui, le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu.
Le Père est Dieu, et principe de deux personnes, dont chacune est Dieu. Le Fils est Dieu; fils parfait d'un père parfait, il ne dégénère en rien. Le Père, en l'engendrant, lui communique son essence, sa propre grandeur, tout ce qu'il est en lui-même. Le Saint-Esprit est Dieu, car il n'est ni fait, ni créé. Il procède du Père d'une manière aussi parfaite que le Fils ; il leur est entièrement égal, et voilà poiu'quoi il est placé sur la même ligne avec le Père et le Fils, dans ces paroles du Sauveur : a Allez, instruisez toutes les nations. et baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. »
(1) D. Aug. De Trinit., lib. XI, c vu.
D. Sont-ce trois Dieux?
R. Non, ces trois personnes ne font qu'un seul Dieu, parce qu'elles n'ont toutes trois qu'une même nature et une môme divinité.
On entend par nature ce qui constitue les différentes espèces d'êtres. Ainsi la nature de l'homme, c'est d'être composé d'un corps et d'une âme raisonnable. La nature de Dieu consiste en ce qu'il est Celui qui est, et qu'il possède toutes les perfections possibles. Tous les hommes sont de même nature^ parce qu'ils ont tous un corps et une âme ; mais ils n'ont pas la même nature, puisque chaque individu a un corps et une âme qui lui sont propres ; et c'est ce qui fait qu'il est impossible que plusieurs hommes ne forment qu'un seul et même homme. Quant aux trois personnes divines, elles ne font qu'un seul et même Dieu, parce qu'il n'y a qu'une nature divine qui est commune au Père, au Fils et au Saint-Esprit, et tout entière dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Voilà comment les trois personnes divines ne font pas trois Dieux , mais un seul Dieu ; et c'est pour exprimer cette unité parfaite de nature ou de substance, que l'Église emploie le mot de consubstantialité. Ainsi le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont consubstaniielsj parce qu'ils ont une même substance, une même nature, une même divinité.
Nous trouvons en nous-mêmes une image de cette unité 'ians la trinité. En effet, comme notre âme possède trois puissances, entendement, mémoire et volonté, et cependant ce n'est qu'une âme ; ainsi les trois personnes de la sainte Trinité ne font qu'un seul Dieu. « Il y en a trois, dit saint a Jean, qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Verbe « et le Saint-Esprit, et ces trois sont un (1). » Ils n'ont qu'une seule et même nature, et possèdent tous trois, sans aucune division, tous les attributs essentiels de la Divinité. « Ainsi, « dit saint Augustin, en Dieu il y a nombre, et en Dieu il « n'y a point de nombre. Quand vous comptez les trois per-
(1) Et hi Ires unum sunt. T, Jonn., v, 7.
a sonnes, vous voyez un nombre; quand vous demandez ce « qu'elles sont, le nombre échappe, vous ne trouver plus « que Tunité simple (1). »
Les trois personnes divines étant réellement distinctes et cependant n'ayant qu'une même essence, il s'ensuit une particularité remarquable : c'est qu'elles existent d'une manière intime, mais inetFable. les unes dans les autres. La parole de Jésus-Christ est formelle à cet égard : « Mon Père est en moi et moi en lui (2). » La substance de l'un est donc inséparable de celle de l'autre. Cette merveilleuse existence, cette union si parfaite est appelée par les Latins circuminceisio, et par les Grecs irept/ojpY^atç et IvoTap^t;, inexistence.
Au sujet de ce mystère, les ennemis du christianisme font gi'and bruit d'une prétendue contradiction, qui n'existe que dans l'imagination des ignorants ou des incrédules. Car, remarquons-le bien, notre sainte religion, tout en nous proposant un mystère fort au-dessus de la raison, ne nous offre cependant rien de contraire à la raison : elle ne dit pas que trois personnes ne font qu'une personne, ou que trois Dieux ne font qu'un Dieu, ce qui serait absurde. Elle nous apprend que trois personnes sont un seul Dieu et n'ont que la même divinité; en cela il n'y a point ombre de contradiction.
D. Le Père n\st-il pas plus grand, plus puissant que le Fils et le Saint-Esprit ?
R. Non, ils sont égaux en toutes choses.
Tel qu'est le Père, tel est le Fils, tel est le Saint-Esprit. Le Père est incréé, éternel, immense, tout-puissant; le Fils et le Saint-Esprit sont pareillement incréés, éternels, immenses, tout-puissants. Tout ce qui concerne la nature et les perfections divines leur est commun. Ce que le Père fait, \f>. Fils le fait, ainsi que le Saint-Esprit. Le Père est créateur, le Fils est créateur, le Saint-Esprit est créateur. Ils ont la
,1) Quia très sunt, lanquàm est numerus; si quaeris quid très, non est numerus. D. Aug. in Joan. Trac. 3Q, n. 4.
(2) Ego in Pâtre, et Paiir in me est. Joan., xiv, 10.
fi-
même essence divine, et par conséquent, ils possèdent chacun la même gi^andeur, la même puissance, la même sagesse, la même bonté, en mi mot, toutes les perfections qui sont comme les apanages de cette essence adorable.
Mais puisque la toute-puissance est égale et commune aux trois personnes divines, pourquoi donc, dans le symbole, le Père seul est-il appelé tout-puissant et créateur du ciel et de la terre ? Ce n'est qu'une manière de s'exprimer de l'Écriture sainte, qui a coutume d'attribuer la puissance au Père, parce qu'il est l'origine et la soiu-ce d'où tout émane, et parce qi''en communiquant arx deux autres personnes sa nature, il leur communique aussi sa toute-puissance. L'Écriture lui attribue pai'eillement la création, parce que c'est l'œmTC où reluit spécialement la puissance divine. La sagesse est appropriée au Fils, parce qu'il est la sagesse éternelle du Père, et que c'est par lui que le Père a tout fait et qu'il conserve et dirige tout, selon ses adorables desseins. On lui attribue encore la rédemption, parce que c'est le chefd'œu\Te de la sagesse divine , et qu'il l'a réellement accomplie, en satisfaisant pour nous dans sa nature humaine. Enfin, la bonté est attribuée au Saint-Esprit, parce qu'il procède par voie d'amour, parce qu'il est le don commun du Père et du Fils et le lien de leur éternelle miion. C'est aussi la raison pour laquelle on lui attribue encore la sanctification, les œuvres de la charité, et la grâce qui nous unit intérieurement à Dieu; mais il n'en est pas moins vrai que ces œu\Tes toutes divines procèdent d'une même puissance, d'une même sagesse, d'une même charité, et que nous sommes également redevables aux trois personnes de notre création, de notre rédemption, de notre sanctification, attendu qu'elles n'ont point d'action particulière, ne faisant toutes les trC^s qu'un même être, qu'un même Dieu.
D. Le Père esl-il plus ancien que le Fils et le Saint-Esprit?
R. Non, il n'est pas plus ancien qu'eux, car le Père, de toute éternité, eng'^ndre son Fils, et le Père et le Fils, de toute éternité, produisent le Saint-Esprit.
Dans la Trinité, il n'y a rien d'antérieur ou de postérieur. Le Père n'a jannais été sans le Fils, et le Père et le Fils n'oi? jamais été sans le Saint-Esprit. Le Père, s'étant connu de toute éternité, de toute éternité il a produit le Fils -^l le Saint - Esprit; Car il ne peut y avoir rien de nouveau ou d'ace. dentel dans le sein de Dieu. La mutation ou le temps n'ar prochent point de ce sein auguste. Le Fils est donc aus; ancien que le Père, et le Saint-Esprit est aussi ancien qu • le Père et le Fils; ils sont coéternels. Ainsi, par exemple, du soleil procède la lumière, du soleil et de la lumière procède la chaleur, et, malgré cela, le soleil n'est pas plus ancien que sa lumière, et le soleil et sa lumière ne sont pe; plus anciens que la chaleur.
Que si, entre ces personnes, nous distinguons la premier et la seconde et la troisième, ce n'est point qu'il y ait quelqn primauté en ancienneté ou en toute autre perfection. C'est seulement à raison de notre manière de compter. Le Fils est nommé après le Père, parce qu'il en vient, et le Saint- Esprit est nommé après le Père et le Fils, parce qu'il procède de l'un et de l'autre. Mais il faut supprimer toute idée de temps et de durée, parce qu'en Dieu, il n'y a que l'éternité qui est commune aux trois personnes.
Que si encore nous voyons quelquefois le Père représenté sous la forme d'un vieillard, et le Fils sous celle d'un jeune homme, nous élevant par la pensée au-dessus de ces images grossières, nous ne devons pas laisser de croire que, dans les trois personnes, l'antiquité est toujours également vénérable, tout comme la jeunesse est toujours également dans sa fleur, parce que l'éternité, qui est toujours ancienne et toujoui's nouvelle, égale tout. Mais on a eu raison de représenter le Père sous la forme d'un vieillard, soit parce qu'il apparut ainsi au prophète Daniel, soit pour marquer qu'il est la première personne de la sainte Trinité, ruant à l'origine. Le Fils ayant daigné se revêtir de notre chair, et étant toujoiu^s pour nous plein de bonté et d'humanité, on le dépeint sous la figure d'un homme encore jeune, étant mort à
183 TROISIÈiME LEÇON.
trente-trois ans. Quant au Saint-Esprit, nous avons déjà eu occasion de dire (1) qu'on le représente sous la figure d'une colombe, parce qu'il prit cette forme au bord du Jourdain, lorsqu'il descendit visiblement sur la tête du Sauveur. L'Église veut encore nous marquer par là que le Saint-Esprit remplit d'une douceur de colombe ceux qu'il anime de sa grâce.
Voilà tout ce qu'on peut dire poiu" l'explication de ce mystère essentiellement inexplicable. Nous n'en aurons une parfaite connaissance que dans le ciel. Là seulement nous verrons pleinement et à découvert celte Trinité si simple, que le nombre n'y peut apporter de division, et nous comprendrons entièrement ce qui fait ici-bas l'objet de notre foi. En attendant, croyons et adorons ; imitons les Séraphins dont parle Isaïe (2), lesquels, couvrant de leurs ailes le trône de Dieu, pour marque de leur impuissance à comprendre ses grandeurs ineffables, se répandent en louanges et actions de grâces, avec une ferveur qui ne souffre jamais le moindre relâche.
D. Comment s'appelle le mystère d'un seul Dieu en trois personnes ?
R. Le mystère de la sainte Trinité.
Nous en avons parlé assez longuement ; mais ce n'est pas assez de vous avoir exposé ce que nous devons en croire. Il faut encore, pour satisfaire votre piété, que je vous développe les devoirs que nous devons rendre à la sainte Trinité. Car nous tenons à ces trois adorables personnes par des liens si étroits et si augustes, que ce serait le comble de la stupidité de vivTe, à leur égard, dans une criminelle indifférence.
Nous leur devons :
1° L'hommage de nos respects et de nos adorations. Car la sainte Trinité n'est rien moins que le Dieu qui règne au
(1) Leçon ii«, 2« Instruction page 101.
(2) Is., VI, 2.
plus haut du ciel, et qui remplit toute la terre de sa majesté; être parfait, sublime, incompréhensible, à qui tout nonneur, toute louange, toute gloire est due dans tous les siècles des siècles. Mêlons donc nos voix et nos concerts à ceux des esprits bienheureux, qui, dans la cité céleste, chantent avec un ravissement ineffable, et dans un anéantissement profond . Saint, saint, saint est le Seigneur, Dieu des armées. Avec eux adorons ce Père éternel, premier principe de tout ce qui existe, ce Fils éternel égal à son Père, cet Esprit éternel qu'on ne doit pas séparer des deux autres personnes ; aux trois personnes rendons un même culte, une même adoration. Surtout, lorsque sous la voîite de nos temples nous entendons retentir ces paroles triomphantes: Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, Gloria Patri, etc., chantons ce cantique à la Trinité, avec les plus vifs sentiments de foi et de vénération. Répétons-le souvent dans T intérieur de nos maisons, dans le secret de notre cœur, avec une ûouce effusion de piété et de joie, avec une ferme confiance qu'mi jour nous le redirons en face de la Divinité même *.
2° L'hommage de notre amour et de notre reconnaissance. C'est l'adorable Trinité qui nous a donné tout ce que nous avons, et qui nous a faits tout ce que nous sommes. Elle s'est, pour ainsi dire, employée tout entière à notre bien, à notre service (d ) . Le Père nous a engendrés par la parole de sa vérité (2), le Fils s'est fait notre frère afin de nous racheter, et le Saint-Esprit, en répandant en nous sa grâce, nous rend un même esprit avec Dieu. C'est au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit que, d'enfants de haine et de colère que nous étions, nous sommes devenus, par le baptême, des objets de complaisance et d'amour, enfants de Dieu, héritiers de son royaume, cohéritiers de Jésus-Christ. C'est au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit que nous sommes purifiés de nos fautes dans le bain salutaire de la pénitence, fortifiés
(t) Tolus in nostros usus impensus. D.Bern.
(2) Voluntarié enini genuit nos verbo veritalis. Jac, i, 18.
par la confirmation^ bénis par la main des prêtres; et il n*y a point de gi'âce^ point de justification, point de salut qui ne nous vienne de la sainte Trinité. Enfin, ces trois personnes daignent habiter dans nos âmes, comme dans un sanctuaire qu'elles se plaisent à orner des dons les plus précieux; et, selon l'expression de saint Pierre, nous rendent en quelque sorte participants à la nature divine. A la vue de tant de bienfaits, qui ne serait ravi d'admiration, pénétré de reconnaissance, embrasé d'amoiu* ?
3° Nous devons retracer en nous l'image de la sainte Trinité. Dieu a daigné lui-même la commencer en notre âme, puisqu'il nous a créés à sa ressemblance; mais notre devoir est maintenant de l'achever et de la perfectionner sur le même modèle, en imitant les perfections divines, autant du moins qu'il est en notre faiblesse, et en les exprimant dans notre conduite. C'est Dieu qui nous l'ordomie : Soyez saints, parce que je suis saint ; soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait (l). Point de limites fixées à notre avancement dans la vertu. Il faut toujours avancer, jusqu'à ce que nous arrivions à la plénitude de l'homme parfait dans le sein de Dieu.
C'est smtout l'union des trois personnes divines que nous devons retracer dans notre conduite, d'abord par notre union avec Dieu, en conformant entièrement notre volonté à la sienne, en aimant ce qu'il aime, en fuyant ce qu'il condamne, en agissant par son esprit, en nous attachant à lui par amour. Car, dit saint Paul, celui qui demeure attaché au Seigneur, est un miême esprit avec lui (2). En second lieu, par notre union et notre charité avec le prochain, Jésus-Clirist veut que nous soyons unis entre nous, comme il est uni avec son Père; que nous ne fassions tous qu'un, comme il ne fait qu'un avec son Père (3). Union admirable! sublime
(1) Sancli estote, quia ego sanclus sum. Levit., xix,2. — Estoleergo vos perfecli, sicut et Pater vesler cœleslis perfectus est. Matth., v, 48.
(2) Qui aulem adhœrel Domino, unus spiritus est. 1, Cor., vi, 17. (l) Ut sinl unum sicut et nos. Joan., xvii, 11.
charité ! bien incomparable ! Pourquoi faut-il qu'il soit si peu connu parmi les hommes ? Ah ! si nous étions tous animés de l'esprit de Dieu, et si nous n'avions tous ensemble qu'un cœur et qu'une âme, quel bonheur, quelle paix, quelle innocence sur la terre ! Mais il ne dépend que de nous de ranimer, de faire croître tous les jours notre charité. Que désormais toute division cesse ; ne soyons qu'un avec nos frères, nous regardant comme les membres les uns des autres, comme ne formant qu'un môme corps, dont Jésus- Christ est le chef; et qu'ainsi cette sainte société que nous avons avec Dieu, et en Dieu avec le prochain, se perfectionne à chaque instant, afin qu'un jour elle se consomme dans le ciel.
Heureux ceux qui, pendant leur vie, s'acquitteront fidèlement de leurs devoirs envers l'adorable Trinité! Pour eux, quel sujet de consolation à l'heure de la moi! î Dans ce moment critique où le monde fuit, où l'ânje va paraître seule au redoutable tribunal, la sainte Trinité sera son unique soutien, son unique refuge. Pour la rassurer contre les frayeurs de l'éternité et ranimer sa confiance, le ministre de la réconciliation lui rappellera sa foi en la Trinité, et il ne se servira point d'autre raison pour attirer sur elle les divines miséricordes. « Cette pau\Te âme, dira-t-il au Seigneur, n'a a pas été exempte des faiblesses humaines; mais, du « reste, vous savez que, toute pécheresse qu'elle est, elle ot a confessé votre auguste Trinité, elle a reconnu le Père, a le Fils et le Saint-Esprit (1). » C'est encore la Trinité qu'il invoquera pour mettre en fuite les légions infernales, et pour rendre ses vœux plus efficaces. « Au nom du Père « et du Fils et du Saint-Esprit, dira-t-il, que toute la force a de l'ennemi de votre salut tombe et s'évanouisse. » Enfin, c'est au nom de l'adorable Trinité qu'il lui ouvrira les portes éternelles, et l'introduira au séjour de la félicité
(1) Licet enim peccaverit, tamen Patrem et Filium et Spiritum sanctum DOû Dcgavit, sed credidit. Ex Ritual.
suprême : a Partez, âme chrétienne, au nom du Père qui a vous a créée, au nom du Fils qui vous a rachetée, au nom 0 du Saint-Esprit qui a été répandu en vous. » Et c'est ainsi que, sous les auspices de la Trinité, elle s'envolera dans la céleste patrie, où les trois personnes qu'elle aura si souvent invoquées, adorées, priées, et dont elle se sera eftorcée de retracer les divines perfections, pour prix de sa foi et de son amour, la recevront dans leur sein, et l'enivreront d'ineftables délices. Heureux sort! Puissions-nous tous l'obtenir!
TRAITS HISTORIQUES
1. Les dieux des païens étaient de vains simulacres, qui avaient des yeux et ne voyaient pas^ qui avaient des oreilles et n'entendaient pas; ee n'était que du bois, de la pierre ou du métal plus ou moins^ habilement travaillés. C'est ce que fit très-bien sentir le prophète Élie au roi Achab, dans une circonstance solennelle. Ce prince rendait à l'idole de Baal un culte sacrilé{je. Élie vint en sa présence, pour le lui reprocher, c Faites assembler, lui dit-il, tout le peuple et tous les € prêtres de Baal, sur le mont Carmel. Là, qu'on nous donne deux
< bœufs; que les prêtres de Baal en choisissent un pour eux; moi, je c prendrai l'autre ; nous invoquerons chacun notre Dieu ; et que le Dieu « qui exaucera nos prières, en faisant descendre le feu du ciel sur le « sacrifice, scit reconnu pour le vrai Dieu. » Tout le peuple répondit :
< La proposition est très-bonne. » Les prêtres de Baal commencèrent les premiers, et, après avoir mis le bœuf sur l'autel, ils invoquèrent le nom de Baal depuis le matin jusqu'à midi, disant : < Baal, exauceznous. » Et Baal n'avait point de voix et ne leur répondait pas. Ce qui fit qu'Élie leur disait avec une sainte raillerie : « Criez plus haut, peut-être que votre Dieu dort, ou qu'il est à table ou en voyage.» Et les prêtres de redoubler leurs cris, en se faisant, selon leur coutume, des incisions, avec des couteaux et des rasoirs, jusqu'à ce qu'ils fussent couverts de sang, sans pouvoir rien obtenir de leur dieu Baal. Alors Élit, ayant fait dresser un autel de pierres, et l'ayant environné d'nn fossé de toutes parts, y mit du bois dessus, et -le bœuf qu'il coupa en plusieurs parties; il fit verser quatre grandes cruches d'eau, après les avoir fait remplir par trois différentes fois, en sorte que l'eau coulant autour de l'autel, le fossé en fut rempli ; l'heure étant venue, il adressa à Dieu sa prière, et le feu du ciel descendit aussitôt et dé-
vora l'holocauste, le bois et les pierres, la poussière et même l'eau qui était dans le canal, autour de l'autel. Tout le peuple, ayant été témoin •iece prodige, se prosterna le visage contre terre, et dit: « Le Seigneur est Dieu ! le Seigneur est Dieu! > Et dans l'ardeur de son zèle, il mil à mort tous les prêtres de Baal. (lïl, Reg., xviiO.
2. Saint Augustin, un des plus grands docteurs de l'Église, et un des plus beaux génies qui aient jamais existé, se promenant un jour sur le bord de la mer, réfléchissait sur le mystère de la sainte Trinité et cherchait à l'approfondir, afin de pouvoir mieux l'expliquer dans un livre ou dans ses sermons. Tout à coup, il vit près de lui un petit enfant, qui ne cessait d'aller prendre de l'eau à la mer, dans une coquille et la portait dans un trou qu'il avait creusé dans la terre. — « Que prétendez-vous faire, mon enfant? » lui dit saint Augustin. — «Je prétends, répondit-il, mettre dans ce creux toute l'eau de la mer. » — « Ce n'est pas possible, reprit saint Augustin, en riant de la simplicité de cet enfant, vous voyez bien que le trou est trop petit et la mer trop grande. » — « Vous pensez donc que je ne réussirai pas? Eh bien ! il ne vous est pas plus facile à vous de faire ectrer le mystère de la sainte Trinité dans votre esprit, qu'à moi de faire entrer l'eau de la mer dans ce petit creux. » Et cela dit, l'enfant disparut. C'était un ange qui avait pris cette forme, pour donner à saint Augustin cette importante leçon.
Confessions de saint Augustin.
Il y a quelque temps qu'on me communiqua une dispute assez curieuse entre un médecin et un cultivateur, qui était son fermier. —Le Médecin : Où vas-tu demain matin? — Le Fermier : Je vais à la messe.
— Le M. Tu ferais mieux de travailler. — Le F. Oh ! Monsieur, pour travailler le dimanche, je ne le ferai jamais. — Le M. Tu es un imbécila.
— Le F. Imbécile tant que vous voudrez, mon parti est pris sur cela. J'aime la religion et je veux la pratiquer. — Le M. Ce sont les prêtres qui l'ont embêté. — Le F. Les prêtres ne m'ont jamais dit que des choses raisonnables et pour mon bien. — Le M. Des choses raisonnables ! dis donc des choses absurdes, qui n'ont pas le sens commun. — Le i*". Vous en direz ce que vous voudrez, mais je les trouve raisonnables. — Le M. Mais comment peux-tu dire cela, toi qui as du bon sens? comment 1 ils t'ont fait croire qu'il y a trois persoiines en Dieu!— le F. Oui, Monsieur, je le crois fermement, et je suis prêt à verser mon sang plutôt que de renoncer à cette croyance.— le if. Qu'on te dise qu'il y a un Dieu, passent) ; on peut le croire; mais qu'il y a trois personnes en Dieu I
(I) Le médecin dit cela avec un ton d'indifférence qui fait assez connaître que sa foi est faible, même sur celle grande et importante vérité. Napoléon, peu de temps avant de mourir, disait à son médecio t
sont-iis ailés dans le ciel pour le savoir?— le F. Monsieur, quand on a mal à la tête, vous diles que cela vient de l'estomac, etqu'il faut prendre un vomitif; êles-vous allé dans l'estomac, pour voir le rapport qu'il y a entre l'estomac et la tête f — Le M. Mais moi, j'ai étudié cela. — Le F. Mais M. le curé a étudié aussi. — Le M. Mais son élude se borne à l'apprendre des mystères incompréhensibles. — Le F. Mais on dit que dans la médecine il n'en manque pas de mystères incompréhensibles, et cependant il est plus aisé de connaître les maladies et les remèdes que les perfections de Dieu, qui sont si élevées au-dessus de nous. — Le M. II est vrai qu'il y a des choses diflBciles dans les maladies; mais au moins nous gruérissons les malades, et ils se trouvent bien denos conseils. — Le F . Monsieur le docteur, je ne sais pas si vous guérissez toujours vos malades; mais je sais que je me trouve bien aussi des conseils de M. le curé ; vous admirez la paix et l'ordre qui régnent dans ma famille, la bonne conduite de mes enfants, eh bien ! je dois tout cela au\ conseils de M. le curé et à ses instructions; tout le monde n'en pourrait pas dire autant, quand on n'a pas de religion. — Le médecin comprit que ces paroles se rapportaient à son fils qu'il avait élevé sans religion, et qui lui donnait beaucoup de chagrins; il se retira en murmurant; mais certainement il n'avait pas raison, et son fermier montrait plus de bon sens que lui.
Méthode pratique de Belley.
3. Le grand philosophe et profond mathématicien Leibnitz, qu'on a pu justement appeler le savant le plus universel de l'Europe, valait bien certainement nos philosophes incrédules, et il était plein de foi en la sainte Trinité. 11 composa même, pour défendre ce dogme, un excellent traité, où il prouve que non-seulement la bonne logique n'est pas contraire à la croyance de ce mystère, mais qu'elle fournit des arguments propres à repousser victorieusement les attaques de ceux qui le nient. EfTectivemenl, il en est de ce mystère comme des autres que la révélation nous a manifestés, et que Dieu nous ordonne de croire. La raison ne les enseigne pas, ne les prouve pas ; mais elle les défend du reproche de contradiction et d'impossibilité.
Dict. Histor.
Dieu nous a suffisamment révélé le mystère de la sainte Trinité dans le saint Évangile, et ce serait faire injure à la véracité de sa parole que de ne vouloir pas y croird, après qu'il s'est formellement expliqué. Mais de plus, il a suscité de temps à autre, dans son Église,
« Vous autres médecins, vous êtes matérialistes, parce que vous ne « brassez que de la matière. Pour moi, je suis catholique et je veux 1 mourir catholique. » C'est ion médecin lui-même qui, dans ses Mémoires, rapporte cette anecdote.
des hommes éminents, pour nous expliquer ce grand mystère avec toute la précision et toute la clarté possibles. Ainsi , nous avons le symbole de saint Athanase, où il est longuement exposé. Nous a\ons aussi le symbole de saint Grégoire Thaumaturge, qui lai fut donné dans une vision par la sainte Vierge, de la manière suivante : Une nuit que 1p. saint était dans une méditation profonde sur les mystères de la religion, il aperçut un vénérable vieillard, qui se dit envoyé de Dieu pour lui enseigner les vérités de la foi. A côté du vieillard était une femme, qui paraissait au-dessus de la condition humaine ; elle l'appela Jean l'Evangéliste, et lui recommanda d'instruire le jeune homme des vérités de la religion. Le vieillard répondit qu'il était prêt à obéir à la mère de Dieu. Aussitôt il expliqua la doctrine céleste, et Grégoire la mit par écrit; ce qui étant achevé, la vision disparut. Le saint évêque en fil depuis la règle de ses instructions. Ce symbole explique clairement la doctrine de l'Église sur la Trinité.
Godescard. Saint Salvi, septième évêque d'Albi, montra le plus grand zèle pour retirer le roi Chilpéric d'une erreur dans laquelle il était tombé par rapporta la Trinité. Il alla même jusquà le menacer de la ven geance divine, s'il ne revenait à de meilleurs sentiments ; et, en effet, peu de temps après, le prince perdit deux de ses enfants, qui lui furent enlevés par une mort prématurée ; alors il se rendit aux avis du saint prélat, et ouvrit les yeux à la vérité.
Saint Grégoire de Tours.
4. Sainte Barbe avait tant de dévotion pour la sainte Trinité, qu'ayant été enfermée, par ordre de son père, zélé païen, dans une haute tour où l'on travaillait à construire une salle de bain, avec toute sorte de commodités et d'élégance, elle trouva moyen d'engager les ouvriers à ajouter, en l'honneur des trois personnes divines, une troisième fenêtre aux deux qu'on leur avait commandées. Son père, de retour d'un voyage, voyant qu'on n'avait pas exactement suivi son plan, entra contre les maçons dans une furieuse colère. Sainte Barbe prit de là occasion de confesser, en sa présence, le mystère de la sainte Trinité ; ce qui ne fit que l'irriter davantage, si bien que ne se possédant plus, il la prit par les cheveux, la traîna de la manière la plus indigne, et finit par lui enfoncer son épée dans le sein. Celle illustre vierge devint donc martyre par la propre main de l'auteur de ses jours, et alla recevoir dans le ciel la récompense de sa fermeté.
Saint Jean Damascène
C'est aussi par la pensée de la sainte Trinité que sainte Denise encourageait au martyre Majoric, son fils unique. S'éiant aperçue qu'il tremblait à la vue des tourments, elle lui dit : « Souvenez-vons, € mon fils, que nous avons été baptisés au nom de la sainte Trinité
€ dans l'Église catholique, noire mère! » Le jeune homme, fortifié par ces paroles, souffrit avec constance les tortures les plus barbares. Lorsqu'il eut expiré, sa généreuse mère embrassa son corps, et remercia Dieu à haute voix. Elle voulut l'enterrer dans sa propre maison, afin de pouvoir offrir tous les jours sur son tombeau des prières à la sainte Trinité, et se foriifier par l'espérance de lui être réunie au dernier jour. Godescard.
Ce que l'ange disait à saint Augustin, au sujet de la sainte Trinité, infiniment au-dessus de la faible portée de notre esprit, on peut également le dire de tous les mystères en général. Ici-bas, il y a mille choses que nous voyons, et que nous ne pouvons cependant pas comprendre. Savons-nous, par exemple, comment les plantes croissent, comment notre âme est unie à notre corps, comment elle pense, raisonne, etc.? Ce sont autant de mystères. Et, s'il y en a tant dans la nature qu'il est impossible de pénétrer^ devons-nous être étonnés qu'il y en ait encore davantage et de plus grands dans l'ordre surnaturelle? Voici un trait qui prouve surabondamment combien il serai; déraisonnable de ne vouloir pas croire, sous prétexte qu'on ne peut comprendre :
On voit en Pologne, une petite ville souterraine appelée Wielitska, dans laquelle il y a des maisons, des chapelles; quelques enfants y naissent, et plusieuas y demeurent bien des années, quelquefois môme toute la vie, sans voir le soleil. Quand on leur parle de la manière dont croissent les plantes, les arbres, les fleurs, les fruits, les moissons, et qu'on leur raconte tout ce qu'il y a de beau sur la terre, ils ont beaucoup de peine à le croire. Accoutumés qu'ils sont à ne voir que de petites lampes qui ne portent leur lumière qu'à une petite distance, ils croient qu'on se moque d'eux, quand on leur dit que le soleil est un grand flambeau, trés-élevé, qui éclaire tout seul un immense pays, qui se lève et se couche tous les jours, pour reparaître toujours brillant, sans qu'il soit nécessaire d'y mettre de l'huile, ni aucune autre matière combustible. Ce sont là pour eux tout autant de mystères qu'ils ne savent pas expliquer; le temps leur dure de voir toutes ces belles choses. Oh ! qui peut exprimer leur étonnement el leur joie, quand ils voient la vérité de tout ce qu'on leur a dit :
Notre position sur la terre est à peu près la même; on nous dit du ciel beaucoup de choses que nous ne pouvons pas comprendre ; désirons ardemment d'y arriver pour les voir; mais, en attendant, croyons-les avec docilité et soumission, afin de mériter d'en être un jour témoins, et de recevoir ainsi la récompense de notre foi. On peu* facilement comprendre l'injustice et même la folie de ceux qui, étant sous terre, ne voudraient rien croire de tout ce qu'on leur dit, sur ce qui se passe au-dessus d'eux. L'application à l'aveuglement des incrédules de nos jours est facile à faire.
QUATRIÈM LEÇON.
PREMIÈRE INSTRUCTION
Création du monde. — Œuvre des six jours. — Magnificence de I'urïvers. — Les Anges. — Leur multitude innombrable. — Leur hiérarchie. — Leur occupation dans le ciel et sur la terre.
D. Qui a fait le monde?
R. Dieu.
Il y a quelques mille ans, rien n'était, excepté Dieu. Cette terre que nous habitons , cet air que nous respirons, ce firmament déployé au-dessus de nos têtes, n'existaient pas encore. Il n'y avait ni matière, ni temps, ni lieu; Dieu seul était dans lui-même, renfermé dans le sein de son éternité, et trouvant une entière félicité dans la perfection de son être. Mais il a daigné sortir de son repos éternel, pour faire le monde, c'est-à-dire cet admirable assemblage de créatures spirituelles et corporelles, visibles et invisibles.
Il a créé le monde, non par nécessité, mais par sa volonté souveraine; non par besoin, mais par sa seule et pure bonté. Maître de ses actions , il n'agit hors de lui, qu'autant qu'il lui plaît; et, comme il se suffit à lui-même, ni ce monde, ni mille millions de mondes ne pourraient le rendre plus grand ou plus heureux. Quelques beaux ouvTages que produise sa toute-puissance, il ne lui en revient aucun bien. C'est uniquement pour manifester ses divins attributs, et faire le bonheiu" de ses créatures, qu'il a créé le ciel, la terre et tout ce qu'ils renferriient.
D. De quoi a-t-il fait le monde ?
R. De rien.
C'est-à-dire qu'il donna l'existence à ce qui n'existait pas encore. Un ouvrier, ici-bas, ne peut opérer que sur une matière préexistante ; un maçon a besoin de pierre et de ciment, un peintre de couleurs; au statuaire, au sculpteui^ il faut du bois ou du marbre, qu'ils taillent, polissent et façonnent au gré de leur imagination : ce ne sont là que de simples faiseurs de formes ou de figures. Mais Dieu, pour bâtir ce gi'and édifice du monde, n'a pas eu besoin de trouver une matière préparée d'avance, sur laquelle il travaillât, il a tout fait de rien. C'est par sa toute-puissance qu'il a produit tous les êtres, qu'il a fait la matière et la forme, c'est-à-dire son ouvrage dans son tout.
Or, comment s'est opérée cette grande merveille de la création du monde ? Nous ne l'eussions iamais su, et, en effet, qui eût pu nous apprendre ce que Dieu avait fait, avant que l'homme fût créé? si Dieu lui-même n'eût daigné nous en instruire par la bouche de Moïse.
C'est ce grand prophète qui a écrit, sous la dictée de TEsprit-Saint, cette admirable histoire, fondement des autres, la plus certaine de toutes, à la vérité de laquelle toutes les sciences humaines ont été forcées de rendre hommage, bien loin de pouvoir la détruire ou l'infirmer en quelque chose.
Nous y voyons que Dieu a créé le monde en six jours, non qu'il ait eu besoin de ce temps pour méditer, combiner et parfaire son ouvrage, car, en un clin d'œil, par un seul décret de sa volonté, il pouvait tout produire; l'éclair est moins prompt que l'action de sa puissance créatrice; mais il a voulu en suspendre avec ordre l'efficacité, faisant en six jours ce qu'il pouvait faire en un instant, et cela, pour nous donner l'exemple du travail pendant les six jours de la semaine, avec l'obligation du repos pour le septième, et peutêtre aussi j pour d'autres raisons dignes de lui, mais cachées dans les conseils de sa sagesse.
Le premier jour, il créa le ciel et la terre; or, la terre ne
fut d'abord qu'une matière informe, qu'un amas confus d'êtres ou plutôt de semences d'êtres mêlées ensemble , sans distinction, sans ordre, sans aucune des qualités qui devaient bientôt les embellir. Dieu dit ensuite : « Que la lumière soit « faitej et la lumière fut faite. Il sépara la lumière des ténè- « bres, donna le nom de jour à la lumière et le nom de nuit 0 aux ténèbres. Ce fut la première journée du monde coma posée du soir et du matin. »
Le deuxième jour, Dieu dit : « Que le firmament soit fait, a et le firmament fut fait; il l'appela ciel. » C'est cet espace immense que nous voyons au-dessus de nos têtes, où sont le soleil, la lune et les autres astres, et qu'il ne faut pas confondre avec le ciel des cieux, créé le premier jour, et qui ftst la demeure des anges et des bienheureux.
Le troisième jour, Dieu dit : a Que les eaux qui sont sous a le ciel se rassemblent en un seul lieu, et que l'élément a aride paraisse. Et cela fut ainsi. Il appela terre l'élément a aride, et mer le rassemblement des eaux. » Ce fut alors que Dieu, par une des plus grandes marques de sa toutepuissance, imposa à la mer cette loi qui lui sert comme de frein pour la retenir, lorsque, ^élevant ses vagues jusqu'au ciel, il semble qu'elle aille inonder toute la terre. Forcée de révérer le doigt du Créateur imprimé sur le sable de ses rivages, elle rentre dans son lit, sans jamais dépasser les bornes prescrites. Dieu lui a dit : a Tu viendras jusque-là, et là se brisera l'orgueil de tes flots (i). » Ce même jom*, la terre commença à se parer de ses ornements; Dieu lui commanda de faire germer des herbes verdoyantes, qui produisissent leur semence, et des arbres qui portassent leur fruit, chacmi selon son espèce.
Le quatrième jour. Dieu fit ces deux giands luminaires, dont l'mi préside au jour et l'autre à la nuit, et qui, par la vicissitude de leurs mouvements, marquent aux hommes le
(1) Usque hùc venies, et non procèdes ampliùs, et hic coûfriDgeJ tumentes fluctus tuos. Job, xxxviii, 10.
temps du travail et du repos, et règlent, dans leur révolution^ les jours, les saisons, les années. Dieu fit en même temç^ cette multitude innombrable d'étoiles qui ornent le &•marnent (1).
Le «cinquième jour, commença la création des êtres animés. Dieu dit : «Que les eaux produisent des reptiles vivants et et des volatiles sur la terre, sous le fii^mament du ciel. » Aussitôt les grandes baleines et les petits poissons s'agitèrent au fond des mers, et les oiseaux réjouirent les airs par la mélodie de leurs chants.
Le sixième jour, Dieu créa cette multitude d'animaux terrestres, admirables dans leur instinct et dans leurs formes, destinés à servir aux besoins ou aux plaisirs de Thomme, et qui tous, grands ou petits, domestiques, sauvages ou féroces, même ceux dont la vue nous fait horreur, sont beaux et par- j faits, chacun dans leur genre, et contribuent, selon le degré d'être que Dieu leur a donné , à la beauté et à la perfection de l'miivers. Quelle que soit leur nature, ils attestent également la sagesse infinie et la toute-puissance du Créateur, aussi manifeste dans la petitesse d'une mouche ou d'une fourmi, que dans la masse monstrueuse d'une baleine ou d'un éléphant. Aucun de ces animaux n'était fait pour nuire à l'homme; mais, au contraire, tous lui auraient été parfaitement soumis, si lui-même fût resté soumis à son Dieu.
« Le Seigneur, dit le texte sacré, vit toutes les choses qu'il avait faites, et elles étaient très-bonnes; » c'est-à-dire qu'il les trouva entièrement conformes aux règles de la sagesse divine, excellentes en elles-mêmes, excellentes encore par le rapport qu'elles ont les mies avec les autres.
(1) On peut remarquer ici que Dieu a pu former le soleil et les astres de ce corps lumineux dont il s'éiait servi pour éclairer le monde, les trois premiers jours. Cette lumière primitive, qui existe indépendamment de tout autre corps, ainsi que les sciences physiques ellesmêmes l'ont reconnu, futcomme conceniréedans les astres, le quatrième jour. Cette courte explication sufQt pour détruire les objections qu'on % élevées à ce sujet.
DE LA CRÉATION DU MONDE. \h^
Cependant après tant d'ouvrages magnifiques sortis de l; main de Dieu/il manquait encore à la terre un être plus auguste, plus parfait ; un être qui fût capable de connaître et d'aimer son auteur ; et Dieu créa Thomme à son image et à sa ressemblance.
Ainsi fut terminée l'œuvre des six jours^ et Dieu se reposa le septième. Maib gardez-vous de croire qu'il se fut lassé, en faisant tout ce qu'il avait fait, car il lui suffit de vouloir agir pour agir effectivement; et, par conséquent, il fait tout avec une facilité toute-puissante. « Il a dit, et tout a été fait ; il a « commandé, et tout a été créé (i). » — a II a appelé les a cieux et la terre; et ils se sont présentés (2). » Il se reposa donc ce jour-là, en ce sens qu'il cessa d'agir, et qu'il ne créa plus rien de nouveau. L'Écriture nous dit que Dieu bénit ce septième jour, et qu'il le sanctifia, parce qu'il le choisit comme lui devant être spécialement consacré, voulant que tous les hommes lui rendissent en ce jour un culte particulier, et qu'il fut ainsi un monument perpéturl de la création.
Mais, si nous jetons un coup d'œil sur le spectacle admirable que nous présente cet univers, si nous considérons la magnificence, la variété des biens dont il est enrichi, quelles sublimes idées n'aurons-nous pas de la grandeur, de la puissance, de la libéralité infinies de notre Dieu ! Et pourronsnous nous empêcher de lui rendre honneur et gloire? Ah! bénissons, adorons cette main divine, qui a semé tant de merveilles autour de nous, au-dessus de nos têtes, et sous nos pas ! Saisis des plus vifs transports de l'admiration, de la reconnaissance, de l'amour, écrions-nous, comme le prophète. « 0 mon âme, bénis le Seigneur ! Que vos œuvres a sont belles, ô mon Dieu ! Tout l'univers est plein de votre a magnificence. Que toutes vos créatures vous louent à jaa mais ; que les cieux, et toutes les eaux qui sont au-dessus
(1) Dixil et fada sunl. Psal cxLviii, 5.
(2) Dominus creans cœlo», ipse Deus formans terrain, /i., xjv, jg.
ï45 QUATRIÈME LEÇON.
a des cieux, que le soleil^ la lune , les étoiles,, et générale- « ment tout ce que vous avez fait dans l'air, sur la terre, et « dans la mer, vous glorifient dans tous les siècles des a siècles! » Et moi, ô mon Dieu, et moi pour qui vous avez fait tant de merveilles, qui enchantent mes regards, qui fournissent à mes besoins ou à mes délices; moi que vous avez placé dans ce magnifique univers, pour en être le roi, pour en recueillir les biens innombrables, moi je serais muet au milieu de ce concert unanime de louanges ! Mais ce serait le comble de la stupidité ou de l'ingratitude. Je vous bénirai donc, ô mon Dieu, en tout temps; oui, tant que je vivrai, ma bouche célébrera votre gloire ; et mon cœur soupirera vers vous, parce que vous êtes mon bienfaiteur souverain, et le centre de mon bonheur * (1).
D. Quels sont les principaux ouvrages de Dieu ? R. Ce sont les anges et les hommes.
Entre les diverses créatures que Dieu a tirées du néant, il n'en est aucune qui n'ait sa beauté et sa perfection propres, et toutes servent admirablement à la fin pour laquelle elles ont été faites. Mais Dieu les a diversifiées avec une sagesse infinie. Les unes ne sont que matière, telles que le bois, les pierres, les métaux, etc.; les autres sont de purs esprits, comme les anges; d'autres enfin tiennent à la fois de la matière et de l'esprit, parce qu'eUes ont un corps et une âme ; ce sont les hommes. Les premières sans connaissance, sans raison, incapables de s'élever jusqu'à la pensée de leur auteur, suivent aveuglément l'impulsion qui leur a été donnée, et sont, par conséquent . les moins parfaites. Les secondes, pures intelligences , entièrement dégagées de la matière, faites pour connaître Dieu et le posséder, à raison de cette excellence de leur nature, de la sublimité de leurs connaissances et de l'éminence de leur sainteté, tiennent le premier rang entre toutes les créatures. Quant à nous, Dieu nous a
(I) Benedicam Dominura in omni lempore; semper laus ej us in are Vù'.o. Pial., xîxiii, 1.
faits seulement un peu inférieurs aux anges, à cause de notre corps qui nous entraîne vers la terre; mais, du reste, il nous a couronnés de gloire et d'honneur, en nous donnant une âme ornée de magnifiques qualités, douée d'intelligence et de volonté, capable de parvenir à la possession de Dieu, et de goûter un bonheur infini en le possédant. C'est ainsi qu'il nous a mis incomparablement au-dessus de toutes les créatures terrestres.
D. Qu'est-ce que les Anges ?
R. Les Anges sont de purs esprits, dont Dieu se sert pour conduire les autres créatures et exécuter ses volontés.
En eux, ni couleur, ni figure, ni rien de ce qui est matériel, si subtil, si délié, si aérien qu'on le suppose. Ils n'ont pas été créés, comme notre âme, pour être unis à un corps; mais purs esprits comme Dieu, comme Dieu ils vivent d'intelligence et d'amour, exempts de toutes les nécessités auxquelles nous sommes assujétis. Leur nourriture, c'est la vision béatifique, ce pain invisible dont pailait l'ange Raphaël à Tobie; et leur vêtement, c'est la gloire de Dieu qui les inonde. Étant donc de pures intelligences, on ne les voit pas, on ne peut les voir, parce que les esprits sont invisibles. Et, lorsqu'ils ont été chargés de remplir quelque ministère qui demandait qu'ils se rendissent visibles, ils ont emprunté, pour un temps, un corps étranger. C'est ainsi qu'ils ont apparu à Abraham, à Lot, à Tobie, aux Apôtres. De là on a pris occasion de les représenter sous une figure humaine, pour aider notre imagination, qui ne peut saisir que des objets matériels. On les peint jeunes, parce qu'ils ne vieillissent jamais; avec des ailes, pour signifier la promptitude avec laquelle ils exécutent les ordres de Dieu; et quelquefois avec un visage d'enfant, pour marquer leur innocence. Mais, en réalité, ils n'ont ni ailes, ni pieds, ni mains, ni pai'ties quelcoiiquns; ils sont purs esprits.
Or, qu'il y ait de ces esprits célestes, il ne nous est pas permis d'en douter, lorsque nous voyons que presque toutes
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les pages de nos livres saints en parlent, et après que Jésus- Christ lui-même nous a assuré que les petits enfants, tendre objet d'une providence maternelle, ont des Anges préposés À leur garde (l). C'est donc un article de foi, fondé w-ur les -«aintes Écritui-es, et que TÉglise nous apprend à révérer, dès notre plus bas âge.
Mais quel jour Dieu a-t-il créé les Anges? Nous ne le savons pas; l'Écriture, qui seule aurait pu nous en instruire^ n'en dit rien. Saint Augustin remarque que Moïse n'a pu exprimer la création des Anges que d'une manière obscure et figurée, à cause que les Juifs, dans le désert, étant si portés à l'idolâtrie, n'auraient pas manqué d'adorer ces esprits célestes, s'ils en avaient eu quelque connaissance. Nous pouvons nous en tenir au sentiment de ce Père, qui enseigne que les Anges ont été créés le premier jour, et qu'apparemment, en créant le ciel, le Seigneur torma aussi les habitants de ce magnifique séjour. Il est certain qu'ils furent créés avant la chute du premier homme, puisque Adam fut induit à pécher par la suggestion d'un mauvais ange, ou démon. Au reste, il suffit de savoir qu'il y a des Anges, et qu'ils sont l'omTage de Dieu comme les autres créatui'es.
Qui pourrait encore en dire le nombre exact et précis? Nous ne connaissons pas le nombre d'hommes qu'il y a sur la terre; et ces célestes intelligences que Dieu a cachées à nos regards, comment les soumettre à nos faibles calculs? Dieu nous a révélé que ces pures créatures sont innombrables. Le prophète Daniel, éclairé de b lumière d'en haut, et transporté, pour ainsi dire, au milieu de ce monde d'esprits, en a vu un millier de milliers qui servaient le Seigneur, et dix mille fois cent mille qui se tenaient sn sa présence (2). Ce n'est pas qu'il ait entrepris de les ccinpter; mais, par cette prodigieuse multiplication qu'il en a faite par les plus grands nombres, il a voulu seulement nous signifier que
(0 Àngeli eorum semper vident faciem Patris. Math., xviii, 10 (2) Millia millium minisirabant ei, el decies millies eentena mlilia luiiteb&Dt ei. Dan., \n, 10.
l'esprit humain se perd dans cette immense multitude.
D'après le sentiment commun des Pères, les Anges sont distribués en trois hiérarchies, et chaque hiérarchie en trois ordres ou chœurs. La première comprend les Séraphins, les Chérubins, les Trônes; la seconde, les Dominations, les Vertus et les Puissances; la troisième, les Principautés, les Archanges et les Anges. Ainsi, à la tête des escadrons célestes, ceux qui approchent le plus près du trône de Dieu, ce sont les Séraphins; et cependant, quelle n'est pas la gloire et la majesté du Très-Haut! ces esprits, les plus sublimes, les plus épurés de tous, n'osent regarder la face du Seigneur; dans un saint saisissement, ils agitent leurs ailes tremblantes, et peuvent à peine se soutenir devant lui. Les Anges du dernier ordre, quoique placés au-dessous des autres esprits célestes, sont encore si beaux, que le moindre d'entre eux éclipserait de sa lumière toute la splendeur des soleils.
Celles, il y amait témérité de vouloir expliquer les noms augustes de ces admirables créatures, ou dire leurs propriétés, leurs excellences, en quoi elles consistent, en quoi elles diffèrent. Ils sont trop au-dessus de nous, pour que nous prétendions en tant savoir. Attendons d'être un jour avec eux, afin de pouvoir mieux les connaître.
Continuellement devant le trône de la Majesté suprême, les Anges ne se contentent pas de glorifier le Soigneur et de chanter ses louanges, mais encore ils se tiennent toujours prêts à obéir, quelque ministère qu'il daigne leur confier. Et voilà pourquoi le catéchisme ajoute que Dieu se sert d'eux, pour conduire les autres créatures et exécuter ses volontés. Au moindre signal, ils partent et viennent annoncer aux hommes les décrets de la sagesse divine. De là, ils tirent le nom à'ange, du grec à^-yeXc;, qui signifie envoyé ou messager. En eflet, selon la parole de saint Paul, les esprits célestes sont les ministres de Dieu, et il les envoie pour nous aider à recueillir l'héritage du salut (1). Moïse nous les repré-
(1) Missi propler eos qui hœreditatem capienl salutis. lltb., i, M.
sente consolant Agar dans le désert^ arrêtant le bras d'Abr-aham prêt à immoler son fils, et faisant à ce patriarche les promesses les plus magnifiques de la part du Seigneur. C'est ainsi que nous voyons encore que l'Archange Gabriel fut envoyé au prophète Daniel, pour lui faire connaître le temps de la venue du Messie; que le même Archange fut député à Marie, pour lui annoncer qu'elle serait le mère du Sauveur; que Raphaël fut envoyé à Tobie, pour l'accompagner dans un lointain voyage. Et que de traits pareils ne trouvons-nous p^s dans nos saintes Écritures ^ ?
Bien plus, les Anges sont cormne les instruments de la Providence, dans le gouvernement de l'univers même matériel. Dieu leur a confié le soin de maintenir l'ordre général, de veiller à la conservation du monde. Il y en a qui président aux choses visibles, aux astres du ciel, à la terre, aux vents, à la mer, aux fleuves, aux tempêtes. Dieu semble les avoir associés à sa vaste administration. Sans doute, leur concours ne lui est aucunement nécessaire, pour savoir ce qui se passe ici-bas ou pour s'y faire obéir. Car il n'en est pas de notre Dieu comme des rois de la terre, qui, ne pouvant être partout et tout voir de leurs yeux, sont, par conséquent, incapables de tout gouverner par eux-mêmes, et, par conséquent encore, obligés de se décharger d'une partie de leiu- fardeau sur des officiers subalternes, qui administrent en leur nom et conformément à leurs ordres les diverses provinces qui leur sont assignées. Mais le Roi du ciel n'a besoin d'aucun secours étranger; son immensité le rend présent partout, sa sagesse s'étend d'un bout de l'univers à l'autre, sa providence dirige tous les êtres à leur fin avec un merveilleux pouvoir, et rien ne résiste à sa volonté. Il peut donc faire sans les Anges tout ce qu'il fait par leur moyen ; et, s'il daigne employer leur ministère, c'est parce qu'il l'a voulu ainsi, et qu'il entrait dans le plan, qu'il s'est librement proposé en créant les mondes, d'établir une admirable société entre le ciel et la terre, entre les Anges et les hommes, et de se servir des Anges pour commander aux /lommes,
comme il se sert des hommes pour commander aux bêtts des champs et aux oiseaux du ciel.
Les Anges sont donc sans cesse occupés à servir Dieu, et chacim d'eux se renferme dans l'emploi qui lui est prescrit. Tantôt, ministres de grâce, ils protègent les iiommes et répandent sur eux des bienfaits; ils impriment le signe du salut siu" le front des élus (1); ils offrent sur l'autel d'or, qui est Jésus-Christ , les parfums , c'est-à-dire les prières des saints. Tantôt, ministres de justice, ils exécutent les vengeances célestes. Autrefois, ils ont fait tomber une pluie de soufre et de feu sur l'infâme Sodome ; ils ont tué en une nuit tous les premiers-nés de l'Ég^-pte, exterminé l'armée de Sennachérib, châtié l'insolence d'Iîéliodore, et, à la fm des temps, sept d'entre eux verseront sur la terre les coupes de la colère de Dieu. En un mot, tous contribuent admirablement, et chacun dans leur ordre, aux desseins de la Providence; et ils forment ainsi cette ravissante harmonie qui fait la beauté du ciel. Pour nous, quelle leçon! qml exemple! Ah ! si, comme l'apôtre saint Jean, nous pouvions être ravis quelques instants en extase dans le palais du Roi des rois, en voyant ces bienheureux esprits, si prompts à faire la volonté de Dieu dans le ciel, nous apprendrions à Texécuter nous-mêmes sur la terre, sans résistance, sans délai, avec fidélité, avec joie.
TRAITS HISTORIQUES
1. Rien de plus capable d'élever notre âme à Dieu, et de nous pénétrer d'admiration et de reconnaissance pour notre Père céleste, que la contemplation des beautés de la nature.
Un pieux voyageur, parcourant une riante campagne d'Auvergne, par une belle matinée du mois de mai, rencontra quelques paysan' accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, et s'approchani d'eux : « Mes amis, leur dit-il, que vous êtes heureux d'habiter un aussi beau pays! Avec quelle magnificence l'auteur de la nature a
(1) Signemus servos Dei nostri in frontibus eorum. Apoc, viii, 6.
répandu ses dons sur cette terre fortunée ! On passerait sa vie à contempler ces merveilles. Quel doit être votre bonheur, à la vue de l'astre du jour, i'orsqu'il vient éclairer toutes ces richesses, jaunir vos moissons et colorer vos fruits! Quel sentiment délicieux doit vous saisir, lorsque, vers le soir, il descend à l'horiion, et rend au repos la nature entière , en attendant son nouveau réveil ! > A ces mots, les bons Auvergnats ouvrirent de grands yeux, se regardèrent avec étonnement et ne surent que répondre. L'un d'eux pourtant, après avoir réfléchi , se tournant vers le voyageur : « Je crois , lui dit-il, que monsieur est d'avis que la récolte sera bonne cette année ? > — « Je je le pense et je l'espère comme vous, répliqua l'étranger ; mais j'ai voulu appeler votre attention sur les beautés sans nombre qui vous environnent et dont la bonté de Dieu vous a comblés, dans l'espérance que votre âme s'élèverait plus souvent à lui. » — « Monsieur, répondit le villageois, ce que vous voyex là , nous le voyous tous les jours, nous n'y prenons jamais garde, je vous assure ; cela peut ôlre fort beau pour les passants, mais cela ne nous cause aucun plaisir : les gens des villes sont amusants quelquefois , ils s'imaginent que nous avons le temps de bayer comme eux aux corneilles ; nos champs ne s'ensemenceraient pas d'eux-mêmes , tandis que nous irions voir comment le soleil se lève et comment il se couche ; nous sommes bien sûrs qu'il ne manquera pas de paraître chaque matin et de se coucher chaque soir ; cela nous suffit. Quand on a supporté le poids du jour, on s'endort et voilà tout. » — « Voilà tout, répliqua l'étranger, et c'est ainsi que vous reconnaissez les bienfaits que Dieu vous prodigue ! Accoutumés aux merveilles qui s'offrent à vos regards, vous ne trouvez pour elles dans votre cœur que froideur et indifTérence, et les avantages sans nombre qui en découlent n'excitent presque plus votre gratitude. Mais si vous voyiez pour la première fois une terre couverte de verdure et de fleurs, des vergers chargés de fruits, une forêt, une rivière, des oiseaux, une bergère au pied d'un arbre, et un astre au haut des cieux baignant tous ces objets des flots de sa lumière , dans quel ravissement ne serJez-vous pas alors ! Un retour sur vousaêmes et vers la Providence peut réveiller dans vos cœurs ces nobles sent mcnts. Ileureux habitants des campagnes, loin du tracas des villes et de la tourmente des passions^ qui mieux que vous peut goûter ces innocents plaisirs, que le Seigneur nous a ménagés ici-bas, pour nous engager à le servir avec plus de piété et de ferveur ! >
Saint François de Borgia, en contemplant les différents spectacles de la nature qui s'offraient à ses yeux, se sentait ravi d'admiration pour les perfections infinies du Créateur de l'univtrs. Nous avons de lui un peut ouvrage intitulé Collyre spirituel, où il nous apprend à nous élever à Dieu par la considération des choses visibles et invisibles. Il parcourt les éléments, toutes les conditions des booimes, leurs actions,
les puissances de leur âme, etc., et tire de chacun de ces objets des motifs de confusion pour nous. « La terre est fertile, et nous ne produisons pas de bonnes œuvres; les fleurs répandent une agréable odeur, et nos cœurs exhalent l'infection du péché; l'eau rafraîchit la terre, étanche notre soif, et nous refusons l'aumône aux pau\res; nos serviteurs nous obéissent et nous désobéissons à Dieu, elc > Lui-même ne pouvait penser à l'obéissance et à la docilité des animaux, sans g'cmir sur l'ingratitude des hommes envers un Dieu qui les comble tous les jours de bienfaits. Les réflexions qu'il faisait alors le touchaient vivement; et il se cachait quelquefois dans les lieux solitaires, pour s'y livrer avec plus de liberté.
Saint Martin, évêque de Tours, profitait de tout ce qu'il rencontrait pour s'entretenir en la présence de Dieu; et les objets les plus communs lui servaient quelquefois pour donner aux autres des leçons de vertu. Voyant un jour une brebis nouvellement tondue, il dit agréablement à ceux qui étaient avec lui : « Cette brebis a rempli le pré- « cepte de l'Évangile; elle avait deux habits, elle en a donné un à 1 celui qui n'en avait point; faisons de m^'me. i A la vue d'un homme couvert de haillons, qui gardait des pourceaux, il s'écria: « Voilà Adam chassé du paradis; dépouillons-nous du vieil Adam
< pour nous revêtir du nouveau. » Une autre fois, il arriva sur le bord d'une rivière, où des oiseaux cherchaient à prendre du poisson : « Vous voyez, dit il, l'image des ennemis de noire salut : ils sont en
< embuscade pour prendre nos âmes et en faire leur proie. » Quiconque à la foi, trouve de quoi s'instruire et se sanctifier à
chique pas. Siint Sérénus , simple jardinier, en considérant les plantes qui poussent, croissent et montent toujours, jusqu'à ce qu'elles aient atteint un parfait degré de maturité, se disait à lui-même : c Voilà ce que je dois être pour répondre à ma destination. 11 faut « que je travaille sans cesse à croître de vertu en vertu, et que je me t fasse de toutes mes actions, de toutes mes pensées, et de tous mes « désirs, comme autant de degrés pour arriver à cette periection que « Dieu exige de moi. » Godescard.
2. Sodome allait recevoir le châtiment de ses infidélités et de ses abominations. Lot, homme juste et craignant le Seigneur, devait seul avec sa famille être préservé du malheur qui allait affliger celte ville coupable. Deux Anges, députés de Dieu, vinrent à Sodome vers le soir. Lot, qui était assis à la porte de la ville, alla au-devanl d'eux dés qu'il les aperçut, et témoigna, au milieu d'un ^lle aussi corrompue, qu'il conservait encore les vertus auxquelles J s'était furrop, en vivant avec Abraham. Il les pria donc d'entrer dans son logis, afin qu'après y avoir passé la nuit, ils pussent le lendemain continuer leur route. Les Anges firent d'abord difficulté de recevoir cette oUre, et dirent quJls demeureraient sur la place de la ville. Mais U
154 QUATRIEME LEÇOr*.
vraie chanté, qui s'anime encore plus par les obstacles et par les résistances, poussa Lot à faire tant d'instances qu'enfin ils se rendirent à ses prières et entrèrent dans sa maison. Il les reçut avec tous les témoignages possibles d'affection et d'amitié, et eut même à les défendre contre les criminels projets de ses malheureux compatriotes.
Comme seul il ne pouvait pas résister à la troupe de peuple qui entourait sa maison, les Anges frappèrent d'aveuglement tous ces misérables, et déclarèrent à Lot, de la part de Dieu, que la ruine de Sodome était arrivée, qu'il eût à en sortir promptement avec sa famille, parce que cette viile coupable allait recevoir la juste peine de ses abominations. Dès le malin, les Anges insistèrent de nouveau pour que Lot sortît avec sa femme et ses deux filles, ceux qu'il avait choisis pour être ses gendres s'étant moqués de leurs avertissements. Comme il différait trop, ils le prirent par la main et le tirèrent hors de la ville, en lui ordonnant de se sauver au plus tôt et de ne point regarder derrière lui. Dés qu'il fut éloigné. Dieu répandit une pluie de feu et de soufre, qui consuma Sodome et les autres villes, avec le pays d'alentour et tous ceux qui y habitaient.
Lorsque le peuple d'Israël devenait infidèle et abandonnait sa loi, Dieu le livrait à ses ennemis et le rendait malheureux; et, lorsqu'il rentrait en lui-même et reconnaissait ses torts, Dieu envoyait un Ange pour le secourir et le tirer de l'oppression sous laquelle il gémissait. Nous en trouvons un exemple frappant dans la vocation de Gédéon. Les Madianiles pillaient, désolaient tout le pays disraël, et ne laissaient à ses habitants rien de ce qui était nécessaire à la vie, en sorte que leur misère était extrême ; cependant ils eurent recours à Dieu qu'ils avaient oublié; ils levèrent leurs mains vers le ciel et promirent d'obéir à sa loi ; alors Dieu, touché de leur repentir, envoya un Ange vers Gédéon.
Cet homme était alors occupé à battre du blé dans son aire, pour se mettre ensuite à l'abri des incursions des Madianites. L'Ange du Seigneur le salua en lui disant : « Le Seigneur est avec vous, ô le plus fort d'entre les hommes! > Gédéon lui repondit: « lié! Seigneur, s'il est vrai que Dieu soit avec nous, pourquoi donc, je vous prie, sommes-nous accables de tant de maux? Quels crimes avons-nous commis? Où sont les merveilles que le Seigneur avait faites pour tirer son peuple d'Egypte? Maintenant nous sommes abandonnés. Voilà les Madianites qui nous dépouillent de tout. » L'Ange le regardant, lui dit : * Xu nom du Seigneur, a/lez avec cette force que Dieu vous a donnée, eî vous délivrerez Israël de l'oppression de ses ennemis : sachez aue c'est moi qui vous envoie. '"
€ Comment en viendrai-je à bout, dit Gédéon. moi qui suis le dernier de la maison de m^n père? » L'Ange l'assura que le Seigneur
DES ANGES. iSo
donnait la force et la puissance à qui il voulait, et que tous les instruments étaient bons entre ses mains. — « Je vous le dis une seconde fois : vous vaincrez les î\ladianites, comme s'ils n'étaient qu'un seul homme. » — El, pour l'en convaincre, il fit un miracte en sa présence, en l'assurant qne Dieu en opérerait d'autres.
Gédéon lui apporta de la chair cuite avec des pains sans levain. L'Ange lui dit de mettre le tout sur une pierre; aussitôt il fit sortir de la pierre un feu qui consuma tout, et dans le moment rAnjje disparut de devant ses yeux.
Gédéon voyait de grandes difficultés dans les ordres que lui donnait l'Ange. Comment un seul homme, sans puissance, sans autorité, aurait-il pu espérer de repousser une armée aussi formidable? Mais, encore une fois. Dieu le lui assure par la voix de l'Ange, il peut être sûr de la victoire. 11 part avec dix mille hommes; il renverse l'autel de Baal ; il se montre au peuple; trente-deux mille hommes le suivent; mais avant de rien commencer, il consulte le Seigneur et reçoit celte réponse : Que l'armée des Madianites ne sera pas défaite par tant de monde, de peur qu'Israël ne se glorifie et dise: c'est par mes propres forces que j'ai été délivré de mes ennemis, t Faites dons publier que tous ceux qui sont timides se retirent, lui dit le Seigneur, car il ne faut pour aller au combat que de bons soldats, les lâchesont toujours vaincus.» A celte annonce que fit faire Gédéon. vingtdec" mille hommes retournèrent chez eux, dix mille restèrent, c II y a encoi trop de monde, lui dit le Seigneur; menez-les en un lieu où il y ait de l'eau, remarquez en passant ceux qui auront pris de l'eau dans le creux de leur main pour boire ; quant à ceux qui se courberont et qui boiront à la manière des bêtes, renvoyez-les chez eux. » Trois cents seulement burent avec leurs mains ; ceux-là furent choisis pour aller combikitre l'armée formidable des Madianiles, et ils remportèrent la victoire la plus complète.
Le prophète Elie étant obligé de prendre la fuite, à cause des persécutions de Jézabel, qui voulait !e faire mourir, arriva, après une journée de chemin, dans un grand désert; et, se trouvant las et abattu, il s'assit sous un arbre et dit au Seigneur : « Failes-mci mourir, je ne puis plus supporter les iniquités qui se commettent; l'on vous méprise, l'on vous outrage; qiiAut à moi, je ne suis pas meilleur que mes pères; plus je vivrai, plus je serai exposé à me perdre; ii est donc mieux que je meure à présent. > S'étant couché par terre, il s'endormit à l'ombre de cet arbre. Alors un Ange du Seigneur le tou« cha et lui dit : « Levez-vous et mangez. > Élie se leva et vit à côté de lui un pain cuit sous la cendre ei un vase d'eau : il mangea, il but, et, étant fortifî'^par cette nourriture, il marcha pendant quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu. S'élant retiré dans une caverne, il se livra de nouveau à la tristesse, répétant souvent ■
€ Seigneur, Dieu des armées, Ton vous a abandonné, yous n'êtes plus servi, et on a renversé vos autels, massacré vos prophètes... > Le Seigneur lui fit dire par son Ange de ne point se tant chagriner, qu'il y ivait plus de justes qu'il ne croyait, et qu'il comptait encore dans Israël plus de sept mille hommes qui n'avaient point fléctii le genou devant Baal. ' ">
Quand nous nons trouvons, comme le prophète Élie, abattus, fatigués, écoutons la voix de l'Ange qui nous dit ; « Levez-vous, et venez jusqu'au temple; recevez celle nourriture céleste que vous offre Jésus-Christ, son corps, son sang, son âme et sa divinité, renfermés dans le sacrement de l'Eucharistie; vous aurez alors assez de force pour continuer votre route et arriver jusqu'au ciel. »
Du temps que saint Grégoire-le-Grand siégeait sur la chaire de saint Pierre, il survint une calamité si grande dans la ville de Rome, que jamais on n'avait rien vu de semblable ; la peste faisait lant de ravages qu'il ne restait plus assez de vivants pour enterrer les morts; on voyait tous les jours mourir des milliers de personnes, dont la plupart étaient emportées subitement par la violence du mal, et sans avoir eu le temps de se reconnaître. Quoique le saint pape eût prêché la pénitence, ordonné des prières publiques, fait des vœux, la peste ne laissait pas que de continuer ses ravages, jusqu'à ce qu'il prit le parti de se tourner du côté de la sainte Vierge; il ordonna donc que le clergé et le peuple iraient en procession jusqu'à l'église de Notre-Dame, appelée Sainte-Marie-Majeure, et qu'on porterait par toute la ville limage de la sainte Vierge peinte par saint Luc. Cette procession arrêta le cours de cette calamité, et c'était une grande merveille de voir qu'à proportion qu'elle avançait, la peste cessait, le.s malades guérissaient; mais ce qui étonna davantage, ce fut de voir sur la terrasse d'Adrien, qui depuis fut appelée Saint-Ange, un Ange en forme humaine, qui remettait dans le fourreau une épée sanglante. On entendit en même temps les Anges chanter celte antienne de la sainte Vierge : Regina Cœli, lœtare, alléluia. Le saint pontife y ajouta • Ora pro nobis Deum, priez le Seigneur pour nous. L'Église a toujours employé depuis cette prière, pour saluer la sainte Vierge, nn temps de Pâques.
Les Saints Anges, Bibliothèque de Lilis.
BES ANGES. i i 7
DEUXIÈME INSTRUCTION
Justice et sainteté originelles des Anges. — Chute d'un grand nombre.
— Anges-Gardiens. — Leurs bons offices.— Nos devoirs envers eux.
— Démons. — Leur malice.
D. En quel état Dieu a-t-il cre'é les Anges 1 R. Il les a créés dans la justice et la sainteté.
Dieu, dit saint Augustin, créa les Anges dans une bonne volonté, dans un amoiu" chaste, plein de respect pour sa grandeur et sa bonté divines; et, en leiu' donnant les qualités les plus sublimes qui pouvaient convenir à leur nature, il les orna, en même temps, des dons les plus magnifiques de la gi'âce (1). Intelligences toutes spirituelles, douées d\in entendement beaucoup plus pénétrant que le notre, d'une volonté plus puissante, d'une liberté plus parfaite; créatiu'es privilégiées entre toutes les autres, brillant d'un éclat immortel, ils jouissaient d'un bonheur complet, et portaient, empreint sur leur noble substance, le sceau de la ressemblance divine. C'est ce que nous dit le prophète Ezéchiel (2) , lorsque , en son style figiu'é , il nous représente le premier Ange, le chef des rebelles, créé dans les délices du paradis, plein de sagesse, d'une pai-faite beauté, couvert de saphirs, d'esrarboucles, et d'émeraudes, et marchant au milieu de pierres étincelantes, c'est-à-dire au milieu des pierres vivantes et spirituelles, des saints Anges brûlants de l'anvour de Dieu. Hélas! cette vive lumière, ces éblouissantes clartés devaient bientôt se changer, pour plusieurs d'entr'eux, en ténèbres épaisses et horrible laideur
(i) SimuJ in eis condens naturam et larf/iens graliam. D. Aug, De Civit., lib. ii, cap. 9.
(2) Ezech., xvni, 12.
Une des principales prérogatives des Anges, c'était d'être doués du libre arbitre ; ils pouvaient mériter ou démériter, faire le bien ou le mal, s'attacher à Dieu ou s'en séparer pour jamais. Libre à eux de conserver leur sainteté et leur dignité primitives ou de les perdre, de fixer leur bonheur dans le ciel ou d'en déchoir. Nous ne savons pas combien de temps dura leur épreuve; mais la sainte Écriture nous apprend que plusieurs d'entre eux ne fiu-entpas stables, et que, par un étrange abus de leur liberté, ils poussèrent l'audace jusqu'à se révolter contre leur Créateur, leur bienfaiteur et leur père.
D. Sont-ils tous demeurés dans cet état? R. Non, il y en a un grand nombre qui ont péché en se ré» voltant contre Dieu.
11 y eut un grand combat dans le ciel, nous dit saint Jean : Michel et ses Anges combattaient contre le dragon; le dragon et ses anges combattaient contre lui ; mais la force leur manqua, ils tombèrent du ciel, et leur place ne s'y trouva plus (i). Dans ce combat, il ne faut pas s'imaginer des armées matérielles, des membres déchirés, emportés, du sang répandu; ce fut un conflit de pensées et de sentiments. Le dragon, c'est-à-dire l'ange apostat disait : Qu'avons-nous besoin de Dieu ? Soyons nos dieux à nous-mêmes ; en nous, nous trouverons notre bonheur. Michel disait au contraire : Qui est comme Dieu? Qui peut subsister sans lui ? Qu'avons-nous que nous n'ayons reçu de lui ? Et que deviendrions-nous, s'il cessait de nous soutenir par son bras tout-puissant ?
C'est donc l'orgueil qui a perdu Lucifer et ses Anges. Ils se complurent en leur excellence ; leur propre beauté leur tut un piège, et, au lieu de la rapporter tout entière à celui de qui ils l'avaient reçue, et qui seul pouvait la leur conserver, ils se l'attribuèrent comme leui' bien propre. Insen-
\,V, Weque locus invenlus est eorura ampliùs in cœlo. Apoc, xii «,
ses! oubliant qu'ils ne venaient que de sortir du néant, qu'ils n'étaient eux-mêrnes que néant^ ils affectèrent l'indépendance^ et voulurent s'arroger les honneurs divins et s'égaler à Dieu. «Je monterai jusqu'au ciel, disait le chef de a CCS esprits rebelles, j'établirai mon trône au-dessus des « astres de Dieu, je me placerai au-dessus de^ nuées les « plus élevées et je serai semblable au Très-Haut (i) ! »
Certes, il y a lieu de s'étonner que des intelligences si puies, si parfaites, aient pu tomber dans un si grand aveuglement, et abandonner ainsi Dieu, par une chute si criminelle et si impie. Mais toute créature vient du néant, et, du côté de cette origine, elle est défectueuse, faible, et capable des plus grandes fautes et des plus graves eiTeurs. Superbes et rebelles, apprenez donc ici à vous humilier devant le Seigneiu". Si quelqu'un croit être quelque chose, dit saint Paul, quand ce serait un Ange et le plus grand des Anges, il se séduit lui-même, parce qu'il n'est rien.
A peine Satan et sa troupe impie eurent consenti à leur abominable dessein, que le péché fut consommé, et ils ne tardèrent pas à sentir le vide de la créature et la folle illusion de leur orgueil. Dieu, pour les atterrer, n'eut pas besoin de déployer toute la force de son bras, ni de lancer sa foudre. Ils s'étaient retirés de lui, il se retira d'eux, et aussitôt leiu" supplice commença; leur gloire fat obscurcie; tout en eux fut changé en mal, et ils furent chassés du ciel, qui ne pouvait plus les supporter. Satan tomba comme un éclair, frémissant d'une furieuse colère, et entraînant dans sa chute tous ceux qu'il avait entraînés dans sa révolte. Maintenant, au fond des abîmes, liés comme par des chaînes de fer et des câbles indestructibles, le feu les dévore, la fumée lesétoufTe, le désespoir les ronge; ils blasphèment, ils maudissent leur Créateur, et l'être qu'il leur a donné. Leiu* sort est irrévocable. Anges, naguère si beaux, c'en est donc fait; vous voilà
[i] In cœlum conscendam, super astra Dei exaltabo soiiutn meuui, aimilis ero Altissimo. Is., xiv, 12.
pour toujours horriblement dégradés ! Et toi^ si élevé dans ' la gloire, ô bel astre du matin, toi qui paraissais si brillant i dans le ciel, commentes-tu tombé si bas? C'est le oéché, t c'est l'orgueil qui les a perdus.
Mais leur place au bienheureux séjour ne doit pas rester vide; c'est nous qui devons l'occuper. Oui, un jour nous serons dans la compagnie des bons Anges, si nous vivons comme eux, si nous imitons lem* pureté, leur humilité pro- . fonde, leur soumission aux ordres de Dieu.
D. Quelle a été la récompense des bons Anges ? R. La gloire éternelle.
Comme les mauvais Anges sont tombés par leur faute et parce qu'ils l'ont voulu, ainsi les bons Anges, en faisant un saint usage de leur libre arbitre, ont mis toute leur gloire à s'abaisser sous la majesté de Dieu, à lui demeurer éternellement soumis, à ne vivre que pour lui ; et Dieu, par une juste récompense, leur a donné une plénitude de grâces, qui les a fixés pour jamais dans l'immobilité de son amour, de sorte qu'ils ne peuvent plus déchoir de cet état si heureux. Les esprits célestes, dit saint Augustin, sont tellement unis à Dieu, par le chaste lien d'une parfaite charité, qu'ils ne reçoivent jamais en eux aucune impression qui se sente de la vicissitude des temps; mais ils se reposent toujours dans l'heureuse contemplation de la souveraine et immuable vérité. Et, comme ils aiment Dieu autant que Dieu leur ordomie de l'aimer, c'est-à-dire de tout leur cœur et de toutes lem-s forces, Dieu leur découvre les trésors de sa bonté ineffable, qui It'^ ravissent et les comblent d'une si parfaite joie, qu'ils ne sont plus en état de se détoiuner un seul moment de la vue bienhcui-euse de cet être souverain, pour se retourner \ers eux-mêmes.
D. Quels offices les bons Anges exercent-ils particulièrement envers les hommes ?
R. Il y en a qui sont nos gardiens et nos protecteurs, et qui offrent à Dieu nos prières.
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Parmi les Anges, il en est qui sont préposés spécialement à la garde d'un royaume, d'une province, d'une ville. C'est ainsi qu'il est question, dans les Écritures, de l'Ange des Perses, de l'Ange des Grecs, de l'Ange des Juifs, etc. Mais chaque fidèle a aussi un Ange attaché à sa conduite, qui doit veiller sur lui, le conserver et le diriger dans toutes les circonstances de la vie. C'est une vérité fondée sur une foule de textes de l'Ancien et du Nouveau Testament, et sur l'enseignement unanime des docteurs de l'Eglise. « Le Seigneur, nous dit le prophète royal, a commandé à ses Anges de prendre soin de vous, et de vous garder dans toutes vos voies (1). » Vérité bien consolante ! En effet, quel excès de charité de la part de notre Dieu, de vouloir bien députer à notre garde un prince de la cour céleste, une de ces intelligences sublimes, dont la moindre surpasse en dignité tous les rois de la terre ! Et quel ne doit pas être le prix de nos âmes, puisqu'elles sont l'objet de tant de soins ! Ces glorieux citoyens du paradis, qui ne dédaignent pas de faibles mortels, qui veulent bien lier avec nous une amitié si étroite, nous les appelons nos bons Anges, nos Anges gardiens, parce qu'en effet, ils remplissent envers nous un ministère tout de charité, un ministère d'attention et de vigilance. Voici les services inappréciables qu'ils nous rendent :
1» Ils nous protègent contre les mille accidents auxquels nous sommes exposés en ce monde. Nous ne tenons à la vie que par un fil; notre organisation est si frêle, si délicate, que le moindre dérangement peut nous donner la mort; et la plus légère cause, un grain de sable, une goutte de sang, un excès de joie ou de plaisir peut occasionner ce dérangement. Or, notre bon Ange veille avec le soin le plus affectueux à notre conservation. Puis encore, que de dangers extérieurs menacent nos jours ! Une pierre qui tombe, une voitui-e qui
(1) Ançelis suis Deus mandavit Ae le, ut custodianl te in omnibus viis luis. Psal., xc, 11.
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passe, un mur qui s'écroule, un coup parti d une main en-l
nemie ou lancé au hasard, une rivière débordée, que sais-i je? une imprudence, un faux pas peuvent à chaque instant i nous retrancher du nombre des vivants; mais notre bon Ange nous accompagne partout, dirige nos démarches, nous conduit par la main, afin que rien ne nous nuise. Rappelezvous ici un instant les diverses circonstances de votre vie : peut-être une bete féroce, un reptile venimeux, un animal enragé allaient vous dévorer, peut-être la foudre est tombée à vos côtés sans vous faire mal; rappelez-vous en un mot tous les périls auxquels vous avez heureusement échappé, c'est votre bon Ange, et vous n'y avez pas songé, c'est votre bon Ange qui vous a sauvé. 0 admirables et tendres attentions de ces bons esprits, nos compagnons inséparables !
C'est à leur bienveillante protection que le patriarche Jacob attribuait sa force contre les maux de la vie (1), et Judith le succès de sa glorieuse entreprise (2). C'est à son bon Ange que saint Pierre fut redevable de sa délivrance de la prison (3), et voyez avec quels termes énergiques le saint roi David nous fait remarquer l'efficacité du secours qu'ils nous donnent : a Ils vous porteront, nous dit-il, entre leui's bras, a pour vous empêcher de heurter contre la pierre; vous or marcherez impunément sur l'aspic et le basilic, et vous a foulerez aux pieds le lion et le dragon, sans avoir rien à a craindre (4). »
2° Ils écartent les démons et nous soutiennent contre leurs attaques. Car ils ne prennent pas soin seulement de notre corps, notre âme les intéresse bien davantage. Et quand ils voient l'ennemi de notre salut rôder autour de nous, comme un lion rugissant, pour nous dévorer, avec quel zèle ils prennent notre défense ! Ils nous aident à découvrir les ruses du malin esprit, et nous indiquent les moyens de les éviter; ils nous couvrent de leurs ailes, ils
(1) Gen., xLviii, 16.— (2) Jud., xui, 20. (3) Act., II., 16. — (4) Psal., ix, 11.