DU PREMIER HOMME ET DE SON PÉCHÉ
PREMIÈRE INSTRUCTION
Formation de l'homme et de la femme. — Nature de l'hommo. Immortalité de l'âme. — Estime que nous devons en faire.
D. Qui a été le premier homme?
R. Adam.
Le monde était parfait dans toutes ses parties : c'était comme un festin abondamment pourvu de toute sorte de mets^ comme un palais d'une admirable structure^ comme im temple où reluisait partout la puissance, la majesté, la sagesse du Très-Haut; mais c'était un festin où nul convive
CREATION DE L OOMME 17 1
ne reconnaissait la divine main qui l'avait préparé; un palais sans prince qui fût digne de l'habiter; un tomplé où ne retentissait jamais aucune voix qui put s'élever jusqu'à Dieu et célébrer sa grandeur et sa munificence. Dieu médita donc un ouvrage d'une plus haute perfection; c'est l'homme, créature sublime, pleine de raison et d'intelligence, destinée à servir d'interprète en quelque sorte à la nature muette et irraisonnable, pour bénir, adorer et glorifier son auteur.
La manière dont il fut créé, nous montre sa dignité et son excellence au dessus des autres créatures.
4" Il est formé le dernier, comme le chef-d'œu\Te de Dieu et le complément de ses ouvrages, après quoi Dieu ne fait plus rien, et rentre dans son repos éternel.
2° Jusqu'ici Dieu a tout fait en commandant : Que la lumière soùy que la terre produise, et ainsi des autres choses. Mais quand il veut créer l'homme, il semble qu'il y met une attention toute particulière, il change de langage, il tient conseil en lui-même : Faisons l'homme, dit-il; mais d'après quel modèle ? Ce n'est pas aux cieux, aux astres, au soleil, aux anges même, aux archanges, aux séraphins, qu'il le veut rendre semblable; il ne se propose pas d'autre modèle que lui-même : a Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. » Qu'on voie tous nos traits dans cette belle créature, autant que la condition d'une créature le pourra permettre.
3" Un mot avait suffi pour la création de tous les autres êtres, et Dieu n'avait pas daigné appliquer sa main à une matière corruptible. Mais l'homme est produit d'une façon toute nouvelle ; pour former son corps. Dieu prend un peu de limon, le pétrit entre ses doigts, et ce limon, arrangé par une telle main, reçoit la plus belle figure qui eut encore paru dans le monde.
4" A ce corps Dieu joint une âme, qu'il produit d'une manière beaucoup plus merveilleuse. Il ne la tire point du sein de la terre ou des eaux, parce qu'une âme en qui il a résolu de se peindre comme dans un miroir fidèle^ une âme
destinée à vivre, comme lui, d'intelligence et d'amour, et qui doit lui être unie en le contemplant et en Taimant, une âme faite A son image et à sa ressemblance, et qui doit être heureuse en le possédant, mie telle âme ne peut sortir de la matière, elle doit venir d'en haut. C'est ce que l'Ecriture nous marque admirablement, lorsqu'elle nous dit que Dieu répandit sur le visage de l'homme un souffle de vie, nous faisant entendre par là qu'il tira cette âme en quelque sorte de son propre fonds, comme pour lui communiquer sa manière d'être, et la prenant, pour ainsi dire, de la région de son cœur^ pour lui marquer l'affection si tendre et si vive avec laquelle il la produisait.
5° Dieu créa l'homme pour commander aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux bêtes, à tous les reptiles qui se remuent sous le ciel; et, comme pour lui donner l'investiture de sa dignité, et lui faire rendre hommage par toute âme vivante et mouvante, c'est-à-dire par tous les animaux qui devaient être ses sujets, il les amena devant lui, afin qu'il leur donnât un nom et que tous reconnussent son autorité.
Le m.onde entier fut donc mis en la puissance de l'homme : il dominait sm* toutes choses, et tout ici-bas, depuis le cèdre jusqu'à l'herbe des prés, depuis l'éléphant jusqu'à la chenille qui file la soie, semblait n'avoir été fait que pour lui. La terre lui payait un légitime tribut; c'était pour lui qu'elle se couvrait de plantes, que les arbres se chargeaient de fruits, et que les fleurs exhalaient leurs parfums. C'était pour lui que les poissons nageaient dans les eaux, que les oiseaux peuplaient les airs; et, s'il eût conservé la pureté de son origine, les animaux mêmes les plus féroces, bien loin de lui nuire, eussent respecté son en.pire et servi à ses usages et à ses plaisirs. En un mot, la natui'e était son royaume ; et les astres mêmes, dont il ne pouvait s'approcher, il se les appropriait d'une certaine manière par la contemplation. Dieu les avait faits pour lui, afin qu'ils réglassent la vicissitude des jours, des mois, des saisons, des années.