‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 4)Chapitre 13 sur 66 · CRÉATION DE L'HOMME · texte numérisé non relu

CRÉATION DE L'HOMME

tins, une vie toute bestiale ? Désordre effroyable qui devTait taire rougir tout homme digne de ce nom !

3° Composée d'un corps et d'une âme. Ainsi d'un côté nous nous rapprochons de la nature des animaux, et de l'autre de celle des anges. Le corps est cette enveloppe grossière, cette portion de matière que nous voyons, que nous touchons, qui a de rétendue; ce sont nos membres et nos divers organes. Ce corps, tout matière qu'il est, n'en est pas moins, comme nous l'avons déjà remarqué dans une autre instruction (1), un édifice si admirable qu'on y reconnaît aisément une attention singulière de la Providence. Tout s'y trouve ménagé avec un artifice merveilleux, et parfaitement adapté à nos besoins. Les yeux sont exactement disposés pour voir, les oreilles pour entendre, les mains pour saisir, les pieds pour marcher. Depuis la racine des cheveux jusqu'aux doigts des pieds, tout s'y trouve parfaitement arrangé. Cesdiverses parties s'enclavent les unes dans les autres et s'unissent entre elles avec les rapports les plus harmonieux. En elles, la délicatesse ne nuit pas à la force et à la solidité; le jeu des ressorts est aussi aisé que ferme; rien d'imparfait, rien d'inutile, tout concourt au bien commun. A la vue de cette admirable économie, on ne peut s'empêcher d'y reconnaître un miracle de la puissance et de la sagesse divines. En effet, quelle autre main que celle du Tout-Puissant aurait pu faire un ouvrage si accompli ? Mais ce que nous devons surtout remarquer, c'est cette démarche ferme et hardie, cette noble attitude qui donne à l'homme un air exclusif de majesté. Il a la taille droite, la tête élevée, le corps tourné vers le ciel, comme aspirant à de grandes choses, à une sublime destinée. Et, sur sa face auguste où rayonne une beauté singulière, admirable rejaillissement de l'image de Dieu, ne voyez-vous pas l'empreinte de sa royauté et de son domame sur toutes les créatures ?

Toutefois le corps n'est que la partie la plus vile de

(1) Leçon TI», Instruc. I'«, page 84.

rhomme; c'est comme la maison qu'un hôte céleste habite.

D. Qu'est-ce que Tâme de Thommeî R. Notre âme est un esprit immortel, qui été fait à l'image de Dieu, capable de le connaître, de l'aimer et de le posséder.

1° L'âme est un esprit, c'est-à-dire une substance immatérielle qu'on ne peut ni voir ni toucher. C'est ce qui pense au dedans de nous, qui raisonne, qui agit et imprime le mouvement à tout le corps. C'est par cet esprit que l'homme se connaît, se juge lui-même, réfléchit sur sa propre existence. Par cet esprit, il s'élance dans des espaces illimités, il embrasse dans ses étonnantes conceptions le présent, le passé, l'avenir, et fait de tout l'univers le vaste champ de ses opérations. Or, une telle substance ne serait-elle qu'un vil amas de poussière, qu'un tissu d'atomes V quelle absurdité ! Qu'on subtilise la matière tant qu'on voudra, qu'on lui donne toute sorte de mouvements et de figures , jamais deviendra-t-elle capable d'avoir une pensée , une volonté, un sentiment ? Dieu lui-même ne peut pas faire que la matière pense, parce que la matière et la pensée ont des propriétés incompatibles. Celle-ci est un acte simple, indivisible, instantané, qu'on ne peut ni mesurer, ni partager; celle-là, serait-elle quintessenciée , est toujours divisible , inerte et passive. Par conséquent, elles s'excluent mutuellement, et sont plus inalliables entre elles que le feu avec l'eau, que le chaud avec le froid. Non, non, tous les sophismes du monde ne persuaderont point au simple bon sens du peuple que ce qui se passe au 'ledans de nous, que le jugement, le sentiment, ia joie et la fi'istesse, le plaisir et la douleur, le désir et la crainte, que les mille aifections dont notre âme est agitée, puissent convenir à la matière. Non, non, ce n'est point un peu de terre organisée de telle ou telle manière, ce n'est ni la chaii, ni le sang qui peuvent me révéler les sacrés mystères de la vérité, les saintes règles de l'équité. On ne conçoit pas qu'il y ait des hommes assez insensés et assez stupides pour étouffer la voix

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de la raison, qui dépose si clairement que notre âme est spirituelle

2° L'âme est un esprit immortel, c'est-à-dire qu'elle ne mourra point avec le corps, mais qu'elle est destinée à vivre éternellement. Quoique intimement liée aux sens, elle en est cependant essentiellement distincte, et peut exister sans leur être unie. Indépendante du corps, elle ne doit pas être ensevelie sous ses ruines; elle continuera d'être et conservera toujom's son existence particulière. La foi nous l'enseigne expressément, et la raison s'accorde avec la foi pour nous inculquer cette vérité fondamentale de toute religion.

En effet, l'âme ne tenant pas son être de la matière ne peut être assujettie à ses lois. Les organes matériels s'usent et s'altèrent tous les jours, les diverses parties du corps finissent par se séparer, se décomposer, et le corps entier tombe en dissolution; mais 1 "âme, n'étant point une substance mélangée, composée de parties, l'âme formant un tout parfaitement simple et indivisible, ne peut en aucune manière être coupée, décomposée, ni par conséquent mom-ir.

11 est vrai qu'à n'en juger que par les apparences, on dirait qu'elle suit les diverses vicissitudes du corps ; elle semble s'ati'aiblir ou se fortifier avec lui. En cela, rien d'étonnant. Lorsqu'elle est mal servie par des organes infu'mes ou usés par l'âge, comment pourrait-elle déployer toute son activité et toute son énergie'? Si la corde d'un instrument est brisée ou dérangée, le meilleur musicien n'en tirera que des sons faibles ou discordants; mais le musicien reste toujours avec sa science et son habileté. Pareillement, l'âme, plus noble que les sens, ne dépend pas de leui- destinée. Le renversement de l'univers ne saurait donner atteinte à cet esprit plus élevé que l'univers. Loin donc de s'éteindre lorsque le corps périt, elle ne fait que briser sa chaîne et sortir de sa prison; et, de même que le corps retourne à la terre d'où il a été tiré, de même elle remonte à son principe, qui est Dieu.

L'âme est donc immortelle de sa nature ; et, pour qu'elle pût rentrer dans le néant , il faudrait un acte de la puissance

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divine aussi étonnant que la création. Mais, loin de h détruire^ Dieu veut qu'elle vive éternellement, et sa justice Texige. Car voyez ce qui se passe ici-bas : l'innocence est opprimée, le vice triomphe, Timpie prospère souvent jusqu'à la mort, et le juste périt dans la misère ou dans les fers. Or, une dissonance si choquante dans l'harmonie universelle ne prouve-t-elle pas évidemment la nécessité d'une autre vie, où tout rentrera dans l'ordre, où chacun sera mis à sa place ? Et, sans cette autre vie, où est la justice de Dieu ? où est sa sagesse, sa providence, sa sainteté? Sans cette autre vie, la vertu ne serait qu'un fantôme. Mais, ô méchants, apprenez à trembler. Dieu vous attend au-delà du trépas, pour vous faire porter la peine de tous vos crimes; et vous, justes affligés, consolez-vous; un jour Dieu lui-même essuiera vos larmes.

L'immortalité, ce dogme si doux et si terrible, nous explique l'horreur du néant, si vivement imprimée dans tous les cœurs, et ce désir si vif et si invincible, que nous sentons au dedans de nous-mêmes, de vivre toujours.

3° Fait à V image de Dieu. C'est Dieu qui l'a dit : « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. » Cette image n'est pas dans le corps, mais dans l'âme ; car Dieu, étant pur esprit, ne peut avoir aucun trait de ressemblance avec une substance matérielle. Mais notre âme si faible, si bornée, peut-elle avoir quelque rapport avec l'essence infinie de Dieu? Sans doute, il n'appartient qu'au Verbe éternel d'être l'image parfaite du Père, le caractère et l'expression de sa substance, comme lui étant égal en toutes choses. Quant à nous, nous ressemblons à Dieu, mais avec inégalité (1) ; nous sommes ses images comme une goutte d'eau est l'image de l'océan, comme une faible lueur est l'image du soleil; notre âme n'est, pour ainsi dire, qu'une représentation abrégée, qu'une miniature de la Divinité. Cependant, il nous est facile d'y reconnaître quelques traits, quelques linéaments visibles des perfections divines. Elle est, comme Dieu, spirituelle,

(1) Cam quidam inœqualitate. D. Aug.

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incorruptible, douée de liberté et de volonté. Semblable au Père, elle a l'être; semblable au Fils, elle a l'intelligence f semblable au Saint-Esprit, elle a Tamour ; et cet être, cette intelligence, cet amour forment une même vie, une seule âme, de même que les trois personnes augustes de la sainte Trinité ne forment qu'un seul Dieu.

4o Enfin, notre âme est capable de connaître Dieu, de Vaimer et de le posséder. C'est le trait principal de sa ressemblance avec le Créateur. Car de même que Dieu se connaît parfaitement, qu'il s'aime parfaitement, et qu'il trouve dans cette connaissance et cet amour toute sa gloire et tout son bonheur, de même il a voulu que la créature raisonnable participât en quelque sorte à sa vie, et fût capable de le connaître, de Taimer, et d'être éternellement heureuse en h possédant dans le ciel.

Connaissance de Dieu, idée du grand maître du mondt du principe et de la fin de toutes choses, don naturel ci exclusif de l'intelligence humaine, auquel l'instinct le plus subtil de l'animal le plus ingénieux ne pourra jamais atteindre; amour de Dieu, sentiment si pur et si suave, source intarissable de délices; possession de Dieu, bien ineffable, seul capable de remplir la vaste capacité de notre cœur, ô illustres et incomparables prérogatives ! 0 homme, voilà ta dignité, voilà le sceau de ton origine céleste !

Quelle estime ne devons-nous donc pas avoir de notre âme ! Appliquons-nous de toutes nos forces à la conserver sainte et pure. Quoi ! nous oserions la dégrader par le vice î Quoi ! nous oserions couvTir de l'ordure et de la fange du péché ce portrait vivant de la Divinité ! Abomination î horrible sacrilège ! Mais, si nous voulons lui conserver l'innocence, la vertu, ses véritables charmes, tenons-nous toujours en garde contre notre faiblesse et contre le démon, cet infâme ravisseur et dévastateur de l'image divine, comme l'appelle Tertullien (1).

(1) DiviDae imaginis praedo. Tertul.

Telle est donc la nature de Thomme : esprit immortel : evêtu d'un corps.

Maintenant qui pourra nous expliquer le lien qui unit si étroitement ces deux substances si différentes, Tune spirituelle, intelligente, image de la beauté suprême ; l'autre terrestre, grossière, brute. Cependant voyez dans quelle dépendance mutuelle elles sont Tune de Tautre. L'âme influe sur le corps et le corps sur l'âme. Celle-ci préside au corps, elle lui transmet ses commandements rapides comme la pensée, et tous les membres sont prompts à lui obéir; les pieds, les mains, les yeux, la langue, les oreilles s'empressent de lui prêter leur ministère pour exécuter ses volontés. A son tour, le corps agit sur l'âme, en lui faisant éprouver des sensations agréables ou fâcheuses. Sans le corps, l'âme ne peut rien produire au dehors; sans l'âme, le corps n'est qu'une vile machine qui n'a ni ressort, ni mouvement. Mais toujours l'excellence de l'âme perce à travers les organes matériels; elle se peint surtout sur la physionomie, qu'elle anime d'un feu divin. Or, d'où vient ce concert inviolable entre nos volontés et les mouvements du corps? Quel est le nœud secret qui les miit ! C'est un mystère, car il y a des mystères, même dans notre nature. Tout ce que nous savons, c'est que l'homme est un monument continuel de la puissance qui l'a créé et qui le conserve.

TRAITS HISTORIQUES

1. Dieu quelquefois s'est servi des anîmaux eux-mêmes pour faire sentir à l'homme lindignité de sa conduite, lorsqu'il oublie son Créateur. C'est ainsi que nous voyons dans l'Écrilure-Sainte, que l'ânesse du prophète Balaam parla, pour l'avertir, de la part de Dieu, de ne point suivre la route qu'il avait commencée.

Dans le temps que saint Antoine de Padoue prêchait à Rimini, Dieu op'''ra un prodige semblable. Les habitants de cette ville s'endurcissaient chaque jour et ne voulaient point écouter la parole de Dieu ; ils la méprisaient. Saini Antoine les invita à se rendre sur le bord de la mer; et

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