‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 4)Chapitre 14 sur 66 · IMMORTALITÉ DE L'AME · texte numérisé non relu

IMMORTALITÉ DE L'AME

là, CD leur présence, il s dressa la parole aux poissons, qui au même instant sortirent des eaux et écoutèrent. Saint Antoine leur parla ainsi : « Habitants de la mer, vous êtes redevables à votre Créateur de ce f qu'il vous fait trouver la vie dans un lieu où tous les autres animaux K trouvent la mort ; c'est vous qui avez conservé Jonas, et trois jours « après, vous l'avez rendu sur les bords ; c'est vous qui avez fourni à ' Jésus-Christ l'argent pour payer le tribut à César ; c'est vous qui K avez été servis à Jésus-Christ avant son ascension, pour être -sa nour- 'i riture. » Le peuple, témoin de ce miracle se convertit.

Et, sans recourir à ces traits merveilleux, que de fois n'a-t-on pas vu 'les animaux donner à l'homme les exemples les plus admirables de reconnaissance peur leurs bienfaiteurs?

L'histoire nous parle d'un certain Androclès, qui fut condamné à être dévoré par les bêles dans les jeux sangflants du cirque. Les barrières levées, on vit bondir une foule d'animaux frémissants, de monstres affreux, et parmi eux un lion d'une taille énorme, hérissant sa orinière et poussant des rugissements terribles, qui faisaient frémir tous les rangs des spectateurs. Mais à peine ce lion a-t-il reconnu Androclès qu'il s'arrête, frappé d'étonnement; et bientôt il s'avance d'un air adouci, agitant sa queue d'une manière soumise, et va lui lécher doucement les pieds et les mains. A ce spectacle, Rome entière est dans l'admiration. On demande la cause d'un fait si étonnant : « Voici mon aventure, dit Androclès : voulant me soustraire aux mauvais traitements que me faisait subir mon maître, je pris la fuite el m'enfonçai dans le désert. L'ardeur du soleil me força d'entrer dans une caverne, où je vis, dans peu de temps, arriver ce lion, s'appuyanl douloureusement sur une patte ensanglantée. La vue du monstre me glaça d'abord d'horreur ; mais quand je le vis s'approcher avec douceur, et me montrer sa patte comme pour implorer mon secours, je me rassurai ; alors j'arrachai une grosse épine enfoncée dans ses griffes, j'osai même en presser la plaie et en exprimer tout le sang corrompu; je parvins à la purifier, et à la dessécher. Depuis ce jour, nous avons continué à vivre ensmible, pendant trois ans, dans cette caverne, le lion m'apporlanl chaque jour pour nourriHire les meilleurs morceaux des proies qu'il avait déchirées. Cependant, ce genre de vie commençant à m'ennuyer, je m'éloignai de la caverne. Je ne tardai pas à lomber entre les mains des soldats, et je fus ramené à mon maître, qui m'a condamné à ôtre dévoré. Je pense que ce lion fut sans doute aussi pris, el il me lémuigne actuellement sa reconnaissance. » Ce récil attendrit tout le monde. On accorda la vie à Androclès, et on lui fit donner le lion, qui I3 suivit dans les rues de Rome, attaché par une simple courroie.

Quel sujet de douleur de penser que l'homme endurci i»ar le vice est plus féroce que les animaux! Dieu l'accable de bieniails et il na

peut vaincre la dnrelé de son cœur. 0 dégradation profonde, dont le seule idée doit nous couvrir de confusion !

2. Qui eût jamais pu croire que l'homme aspirerait à descendre de ce haut degré de gloire où le Créateur l'a élevé, et qu'il abuserait de sa raison jusqu'au point de nifer sa propre grandeur, pour se ravalei au niveau de la brute? Et cependant que de philosophes insensés qui n'ont vu dans l'homme qu'une matière organisée, qui ont dit que son âme est de la même pâte que celle des animaux (1), qui ont débité les plus grossières absurdités sur l'homme machine, sur l'homme plante, etc. Heureusement que pour les confondre, il sufiQt trèssouvent du bon sens le plus ordinaire. L'histoire suivante en est la f feuve.

Un jeune homme, après avoir mangé en folles dépenses l'héritage paternel, ne trouva rien de mieux à faire que de rentrer dans son village pour y tenir l'école. Malheureusement il avait vécu dans la société des incrédules, et on s'aperçut bientôt que, sous des dehors religieux, il cachait un cœur impie ; et cette découverte, dans un pays où la religion conservait encore son empire, porta un coup mortel à son petit établissement. Vers la fin d'un repas auquel il avait été invité, excité par le vin qu'il trouvait délicieux : « Allons, dit-il en remplissant son verre, buvons, mangeons, nous n'avons qu'un temps à vivre, et, quand ce temps est écoulé, adieu plaisirs, adieu festins, tout est fini, bien fini. > — « Ehl mon Dieu, oui, reprit le maître de la maison, tout est fini pour le corps; mais votre âme, où sera-t-elle? »

— « Mon âme! qu'est-ce que c'est que cela? je ne m'en suis jamais aperçu. En avez-vous jamais vu, quelquefois, des âmes? » Grand fut le scandale dans celte petite société, où l'on entendait pour la première fois tenir de pareils propos. Le maître de la maison réfléchit un instant et dit ensuite : c Je n'ai, monsieur, ni vos talents, ni vos lumières; mais il n'est pas toujours nécessaire de voir un objet pour assurer qu'il existe. Et, pour vous prouver qu'il existe des choses que personne au monde n'a jamais vues, et auxquelles pourtant vous croyez : qu'y a-t-il dans ce flacon? ajouta-t-il, en présentant à son antagoniste one bouteille de verre blanc bien bouchée. » — Le magister prit la bouteille, la mit entre l'œil et la lumière, la pencha dans un sens, dans un autre, puis il dit : « Voilà bien encore quelques gouttes de cassis; mais c'est tout ce qu'il y a, je n'y vois rien autre chose. »

— « Dites que vous n'y voyez rien autre chose, à la bonne heure ; mais ne dites pas : c'est tout ce qu'il y a, car je vais vous prouver qu'elle est pleine d'une chose que vous ne voyez pas. * En même lemps débouchant la bouteille, il la plonge entièrement dans un vase plein d'eau., et montrant au magister les grosses bulles qui venaient

(1) La Mettrie.

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éclater à la surface : « Qu'est-ce que ceci? lui demanda-t-il, qa'esl-ce qui occasionne ce bouillonnement? » — c Eh! c'est tout simplement i'air qui s'échappe. » — «Ah ! c'est l'air ! il y en avait donc dans la bouteille; j'avais donc raison de vous dire qu'elle était pleine de quelque chose que personne n'a jamais vu, et dont pourtant vous ne révoquez pas l'existence en doute. De même, quand on ouvre un cadavre et qu'on ne voit rien dedans, on aurait tort de dire : je ne trouve pas d'âme, donc l'âme n'existe pas; car l'âme ou l'esprit est de même que l'air, un être que personne ne peut voir, et qui peut s'éloigner sans laisser la moindre trace de son passage. > Il était impossible de rien opposer à ce raisonnement si simple, à cette démonstration si évidente. Le maître d'école resta muet et confondu ; cependant il persista dans son incrédulité. Il perdit peu à peu la confiance des personnes, qui lui retirèrent successivement tous les élèves; il se trouva donc forcé d'abandonner le pays et d'aller tenter fortune ailleurs.

Il y avait, dans un de ces grands bateaux couverts qu'on appelle diligences d'eau, un jeune libertin qui se faisait une gloire de jouer le rôle d'impie. Il avait l'impudence d'affirmer qu'il n'y avait point d'âme en nous, et que nous n'étions, comme les animaux, que matière. « Quel est celui d'entre nous qui a vu une âme ? disait-il. > Quelques personnes riaient et paraissaient l'applaudir; la plupart des autres, en l'écoulant, le regardaient avec un air de mépris ; mais il y en eut trois qui lui firent entendre raison. « Si nous n'avons point d'âme, dit le premier, nous ne sommes qu'une masse de chair; mais on ne pourra jamais me persuader qu'une pure masse de chair puisse penser, juger, raisonner, sentir, souffrir, éprouver des sensations agréables, aimer, haïr, craindre et désirer.» — « Le second fut le chef des bateliers, qui était de mauvaise humeur, parce qu'il avait de la peine à faire aller son bateau, à cause d'un grand vent qui était contraire; il s'arma d'un bâton, et en donna un grand coup sur les épaules du savant docteur, en lui disant : « Petit fat, diras-tu qu'il n'y a point de vent? eh bien! le vois-tu? » — Le troisième, plus honnête, dit à la compagnie : Monsieur nous a prouvé avec beaucoup d'esprit qu'il n'était qu'une bête. H ne sut que dire, et tous furent contents.

Puisque notre âme est la partie la plus noble de nous-mêmes, c'est donc elle qui doit faire le principal objet de nos soins. Mais hélas! on la néglige, on l'oublie, pour ne penser qu'au corps qui doit bientôt tomber en ruine; on s'occupe de bagatelles, et on semble ne faire aucun cas du salut éternel. Quelle imprudence, disons mieux, quelle folie !

Un missionnaire, voyant un domestique qui pansait un cheval avec soin et beaucoup d'affection, lui fit cette question : Mon ami, combien de temps mettez-vous chaque jour pour tenir votre cheval en H bon étatf — Je mets plus de deux heures par jour, lui répondit-il. —

190 C1.NQUIEME LEÇON.

J'ai une autre question à vous faire; répondez-moi franchement: Combien de temps donnex-vous chaque jour au som de votre âme, à la purifier, à la sanctifier? Que faites-vous four votre salut? Il était franc, el répondit : « Tous les malins je fais le signe de la croix, et € je dis un Pater, j'ajoute quelquefois un Ave. Le dimanche, je ne € manque guère la messe, mais j'aime les messes courtes; c'est tout. » Le missionnaire lui dit : Puisque vous avez si peu soin de votre âme, et que vous avez un si grand soin de votre cheval, si je vous appartenais, j'aimerais mieux être votre cheval que votre âme.— Que vous servirait de gagner cent louis par jour, si, pour satisfaire vos passions, ou par votre négligence, vous p ardiez pour toujours votre âme, si voui tombiez dans l'enfer?

DEUXIÈME INSTRUCTION

Chtite de l'homme. — Gravité et punition de son péché.

D. Pourquoi appelle-t-on Adam et Eve nos premiers parents ?

R. Parce que tous les hommes en sont descendus.

Dieu, après avoir créé Adam et Eve leur dit : — « Croissez et multipliez-\ ous et remplissez la terre (l). » Ils ont donc été la source du genre humain, et c'esl d'eux que nous tirons tous notre origine. Ainsi les hommes, quelque dispersés, quelque multipliés qu'ils soient, ne forment qu'une même famille. Le noir liabitant de l'Ethiopie, la chair rouge de l'Amérique, le Mongol au teint olivâtre, sont comme nous enfants d'Adam; et, malgré la différence de couleurs, malgré certaines conformations particulières et héréditaires, qui proviennent de la natme de l'air, de la terre, des eaux, des aliments, de l'intensité du froid ou de la chaleur, et d'ime infinité d'autres causes, l'espèce humaine est unique en son genre (2).

(1) Crcscitp et mulliplicamini et replète terram. Gen. i, 28.

(2) Les grandes différences qui se trouvent parmi les hommes, dit CuYÎer, ne sont que des effets de causes accidentelles, en un mot, def

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