‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 4)Chapitre 15 sur 66 · CHUTE DE L'HOMME · texte numérisé non relu

CHUTE DE L'HOMME

Hommes, songez donc que vous êtes frères ; heureux, si vous vous aimez en frères !

D. En quel état Dieu créa-t-il nos premiers parents ? R. Il les créa dans l'état d'innocence, c'est-à-dire dans la justice et la sainteté.

Dieu, en créant l'homme, avait voulu faire éclater en lui sa magnificence, et il avait déployé en sa faveur toutes les beautés qui pouvaient convenir à sa nature, qu'U avait encore rehaussée par les dons les plus précieux de la grâce.

D'abord, il lui avait donné Tinnocence, ou comme s'exprime l'Ecriture, il l'avait fait droit, et ce mot comprend tous les avantages de l'esprit et du cœur.

Son esprit était droit : en lui point d'ignorance dangereuse, nul défaut dans le jugement et la raison. Dieu l'avait rempli d'inteiligrnce et de sagesse; il connaissait parfaitement les perfections et les propriétés des créatures, comme il le prouva, en donnant aux animaux des noms qui convenaient si bien à leur nature, à leur instinct, à leur utilité. En contemplant, avec un œil pur, les beautés invisibles du Créateur peintes dans ce monde visible, il se sentait doucement entraîné à célébrer, par ses louanges, la grandeur du nom de Dieu, et à le glorifier de ses merveilles. Dieu luimême s'était révélé à lui par d'ineffables communications; et ses connaissances surnaturelles, quoique inférieures à celles qu'il devait avoir un jour dans la gloire, surpassaient infiniment toutes celles que nous avons dans l'état présent. Aussi son esprit, inondé de la lumière céleste, suivait Dieu sans résistance, trouvait son bonheur à le connaître, mettait toute son occupation à le servir; et Dieu prenait plaisir à se contempler en lui, comme dans un miroir qui réfléchissait les rayons de son éternelle vérité.

variétés. Rien n'empêche d'admettre que de l'espèce primitive in soient formées, par des causes accidentelles, des espèces caractérisées, dont les traits ne se perdent plus. [Tableau élémentaire de l'hùtoirs naturelle des animaux.)

^9î CINQUIÈME LEÇON.

Son cœur était droit, naturellement porté au bien, sans aucun penchant au mal ; et, comme il n'y avait en lui aucune trace de concupiscence, d'orgueil, d'amour de soi-même, il ne connaissait pas ces rudes combats de la chair contre l'esprit et de l'esprit contre la chair, ni ces sécheresses, ces dégoûts, ces ennuis, qui ont depuis affligé si cruellement même les plus grands saints. Il n'avait d'autre pensée, d'autre inclination, d'autre volonté que pour le bien; et l'accomplissement de ses devoirs, loin de lui être une gêne, va: iardeau, lui était plutôt une douce occupation, un VTai plaisir.

Heureux état où l'homme, maître de ses penchants, pouvait à son gré les régler, les diriger ! Aimable innocence, où notre premier père trouvait ime paix inaltérable, sans être jamais troublé par l'inquiétude , ni agité par la crainte, ni enflé par de vaines espérances, ni déchiré par la contrainte de ses désirs! Alors il aimait Dieu, et il goûtait pleinement les délices de l'amour divin, parce qu'il n'avait aucune at^ tache pour les créatures. Dieu se communiquait facilement à lui, et lui parlait cœiu* à cœur. Un souffle doux comme la brise du matin annonçait sa venue ; et Adam ressentait une joie ineffable de la présence du Seigneur, vers lequel il se portait aussitôt avec un amour ardent, qui naissait d'un cœur pur, d'une bonne conscience, d'une foi vive et sincère. Dans ce commerce intime, il jouissait de son Dieu, qui le rendait bon par sa bonté; Dieu versait ses bénédictions sur l'homme, et réciproquement toutes les actions de l'homme, tous les mouvements de son cœur étaient autant de sacrifices d'amour, d'actions de grâces et de louanges à son Créateur. C'était comme un avant-goût de la félicité suprême.

Le corps, compagnon de la sainteté de l'âme, participait aussi à son bonheur. Sans autre habit que leur innocence, nos premiers parents n'avaient à craindre ni le froid, ni le chaud, ni les intempéries de l'air; ils n'éprouvaient ni douleur, lii maladie, pas la moindre incommodité. Un sentmenl léger, qui n'avait rien de pénible, les avertissait de prendre de la nourriture; et la terre, prévenant tous leurs désirs.

CHUTE DE LBOMME. 193

leur fournissait abondamment des fruits , des plantes, mille excellentes productions. Dieu avait planté exprès pour eux un jardin de délices, véritable paradis sur la terre, où se trouvaient réunies toutes les beautés de la nature. Ce séjour enchanteur était arrosé par quatre grands fleuves, dont leg riches eaux traînaient des trésors et entretenaient une aima* ble fraîcheur (1).

Il y régnait un printemps continuel ; les fruits s'y trouvaient mêlés avec les fleurs, Tair était embaumé par de SHaves parfums, une agréable verdure réjouissait la vue, et les oiseaux charmaient les oreilles par leurs mélodieux concerts. Là, tous les éléments conspiraient au bonheur d'Adam et de sa compagne ; et ces deux innocentes créatures, sans cesse enivrées de douces et saintes joies, ne pouvaient se lasser d'admirer les merveilles du Tout-Puissant, et de célébrer son inépuisable bonté. Le fruit de l'arbre dévie devait les empocher de vieillir, et les entretenir dans une vigueur constante et une jeunesse perpétuelle, de sorte qu'après avoir passé sur la terre le temps qu'il aurait plu à Dieu, ils auraient été transférés dans le ciel , sans éprouver les horreurs du trépas.

Telle était la félicité de nos premiers parents, créés sans aucune diff'ormité ou infirmité, ni du côté de l'esprit, ni du côté du corps; anges terrestres, placés par la main du Seigneur sous un ciel toujours pur, au milieu d'une végétation féconde et resplendissante de beauté, dans un séjour fortuné, où tout exhalait le bonheur, où le temps coulait à travers mille plaisirs, où la vie passait de délices en délices. Et cette félicité, ils ne la possédaient pas pour eux seuls, ils devaient la transmettre à leur race ; et les enfants qui seraient alors sortis d'eux, dans une innocence et une justice originelles, comme des ruisseaux parfaitement purs d'une

1) D'après l'opinion la plus commune, le paradis terrestre était situé entre le Tigre et l'Euphrate, près de l'endroit où fut bâtie dans la suite la fameuse Babylone.

Sou/oe pure, auraient aussi hérité de leur gloire et de leur bonheur. Hélas ! hélas! pourquoi faut-il que la malice du démon ait tout corrompu ?

D. Demeurèrent-ils longtemps dans cet état ? R. Non, ils désobéirent à Di( leur avait défendu Je mander.

R. Non, ils désobéirent à Dieu en mangeant du fruit dont il

Il n'aurait dépendis que d'eux de conserver éternellement leurs sublimes prérogatives : ils n'avaient qu'à rester fidèles au Seigneur ; et certes, avec toutes les lumières dont ils étaient '"lairés, avec toutes les grâces dont ils étaient enrichis, ce n'était pas pour eux bien difficile. D'ailleurs, Dieu ne leur avait pas imposé une multitude de lois, ni une loi dure et pénible ; il ne leur avait commandé qu'une chose, une seule chose, de s'abstenir du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, qui était au milieu du paradis; et ce ne devait pas être pour eux une privation bien rigoureuse, lorsqu'ils avaient à leur disposition le fruit de l'arbre de vie et tant d'autres fruits délicats et exquis. A l'observation de ce précepte était attachée l'assurance d'un bonheur infini, et, après quelque temps d'épreuve, l'heureuse impuissance de ne jamais déchoir. Le seul désir de ce bonheur était un motif fort puissant pour les engager à être bien soumis. Mais Dieu, pour les contenir davantage dans le devoir, avait ajouté cette terrible menace : a Si vous mangez de ce fruit, très-certainement, vous mourrez (1). » La crainte de la mort ne devait-elle pas leur inspirer une vive horreur de la moindre désobéissance ?

Mais, dira-t-on peut-être, pourquoi ce commandement? — Si le premier homme avait eu la témérité de faire une pareille question. Dieu aurait pu lui répondre : a C'est parce que je suis ton Seigneur, et que tu es mon esclave, que c'est à moi de commander et à toi d'obéir; voilà toute la raison

(1) Morte morieris. Uen., n, IT.

CHUTE DE l'homme. 19S

de ma défense. » N'était-il pas en effet bien juste, qu'après leur avoir accordé la vie et tant d'autres bienfaits, Dieu exigeât de nos premiers parents un témoignage de leur dépendance, \m léger tribut de reconnaissance, qu'ils devaient payer avec autant de joie que de fidélité. Il fallait donc un précepte à l'homme pour lui faire sentir qu'il avait un maître ; créature, il devait être soumis; roi de la terre, il devait s'humilier devant le Dieu de qui il tenait sa gloire. Rien n'était ni plus juste, ni plus digne de respect, ni plus facile à exécuter que ce commandement, qu'il avait plu à Dieu d'intimer à l'homme.

Qui n'aurait cru qu'Adam serait toujours fidèle ? Hélas ! il tomba dans le piège que lui tendit le démon. Cet esprit infernal, jaloux du bonheur de l'homme, et cherchant à se venger de Dieu lui-même en détruisant la pureté de son ouvrage, emprunta la figure d'un serpent, animal dont les mouvements tortueux et les couleurs changeantes annoncent les variétés trompeuses de la séduction ; animal qui répand son venin sans qu'on s'en aperçoive, et qui, pour cette raison, convenait parfaitement aux noirs dessoins de Satan. Sous cette figure, il ne craignit pas de faire horreur à nos premiers pjirents, parce que, dans l'état où ils se trouvaient, tous les animaux leur étaient parfaitement soumis; et même notre première mère ne dut pas être étonnée que le serpent lui parlât; car, selon la remarque de saint Cyrille (1), comme elle ne venait que d'être formée de la main de Dieu, elle put entrer en quelque doute s'il n'y avait point quelque animal plus parfait que les autres qui put parler, ou plutôt si quelque ange ou quelque puissance supérieure ne lui parlait point par cet animal.

Le démon s'adresse donc à la femme, comme étant plus faible et plus facile à séduire. Il cherche par des paroles ambiguës à surprendre sa simplicité et son innocence. « Pourquoi, lui dit-il. Dieu vous a-t-il commandé de ne pas

(1) D. Cyril., contra Julien., lib. m.

« manger du fruit de tous les arbres du paradis (1) ? » Parole artificieuse et en môme temps impie, puisqu'elle renferme une secrète accusation contre Dieu, comme s'il eût mal fait de porter cette défense. Eve, qui savait très-bien qu'il n'est pas permis à la créature de demander au Créateur raison de ses lois, aurait du repousser Satan avec exécration, et lui déclarer qu'elle ne voulait ni lui parler ni l'écouter. Mais il semble que l'amour de Dieu s'était déjà affaibli dans son cœur, puisque, au lieu d'être indignée de l'injure faite à sa bonté infinie, elle écoute tranquillement la question insolente, et entre en conversation avec son plus cruel ennemi, s'exposant ainsi à un danger évident de perdition. « Nous a mangeons, répondit-elle, du fruit des arbres qui sont dans a le paradis: quant à celui qui est au milieu du paradis, a Dieu nous a défendu d'y toucher, de peur que peut-être a nous ne mourions (2). » Elle reconnaît donc la défense expresse que Dieu lui avait faite ; mais elle doute s'il y aurait un si grand mal à la violer. Dieu avait dit très-formellement : «Vous mourrez (3) ; » et, comme si la souveraine vérité pouvait n'être pas exactement véritable , ou comme si cette menace n'était pas la chose du monde la plus claire , elle l'adoucit par un peut-être. Ainsi , remarque saint Bernard (4) : c( Dieu affirme, la femme doute. Et que fait Satan? Il nie absolument, non, vous ne mourrez point ; mais Dieu sait qu'aussitôt que vous aurez mangé de ce fruit, vos yeux seront ouverts, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » Horrible blasphème par lequel le démon donne un démenti à Dieu, et l'accuse même d'une basse jalousie, en supposant qu'il n'a défendu à ses créatures le fruit de cet arbre, que de peur qu'elles ne devinssent semblables à lui, en connaissant par elles-mêmes le bien et le mal ! Comment

(1) Gen., m, l.

(2) Ne forlé moriamur. Gen., m, 3.

(3) Morte morieris.

(4) Deus affirmât,, mulierdubitat, Satan negat. D. Bem., de dw,, Hrm. XII, u. 3.

teUTE DE L HOMME. 1»7

Eve put-elle croire que Dieu, qui leur avait prodigué tant de biens, fût jaloux de leur bonheur, et qu'il eût voulu leui défendre une chose qu'il savait leur devoir être si ytile ? Pour se laisser prendre à un piège si grossier, il fallau que la tentation eût déjà bien aveuglé son esprit. En même temps, la vanité lui enfle le cœur ; elle se complaît dans l'amour de sa propre excellence, et, comptant follement sur la parole du serpent, elle conçoit l'espérance d'acquérir une espèce de divinité. Elle jette donc un regard curieux sur le fruit défendu, et, considérant qu'il était beau et ngréablo à la vue, elle jugea qu'il devait aussi être très-bon et très-agréable au goût. Elle en cueille et en mange avec une intempérance qui fut la suite et l'effet de son orgueil, et elle s'empresse d'en présenter à son mari. Adam, chef de la femme, ayant plus de lumières et de force qu'elle pour se conserver dans son innocence, aurait dû lui représenter la grandeur de sa faute, l'exciter à retourner à Dieu, s'ofirir à implorer pour elle le pardon ; mais il ne veut point coutrister cette seule et chère compagne ; au lieu de l'aider à se relever, il aime mieux périr avec elle. Entraîné par une lâche complaisance, il commence à goûter les raisons du serpent, et s'aveugle jusqu'au point de concevoir les mêmes espérances que sa femme; il mange le fruit défendu, et la ruine de l'homme est consommée.

Maintenant qui pourra dire, qui pourra comprendre toute l'énormité de cette faute? Nous devons juger la chute de nos premiers parents d'autant plus criminelle , qu'elle a été entièrement volontaire, et qu'ils pouvaient persévérer dans leur innocence, avec une incroyable facilité.

De plus, si nous pesons avec saint Augustin (i) la gravité de ce péché, nous trouverons qu'il renferme à lui seul tous les péchés.

1° C'est une ingratitude d'autant plus noire et plus injo-

(î) D. Aug. Enc/imd., vi, 4à.

liS CINQUIÈME LEÇON. ^^B

rieuse à Dieu, qu'ils avaient été comblés des dons les plus

excellents

2° C'est l'orgueil le plus insolent, et un véritable attentat contre la majesté de Dieu, puisqu'ils voulurent usurper l'indépendance, et, en quelque sorte, devenir dieux.

3" C'est l'infidélité et la trahison la plus criante, puisque se trouvant entre Dieu et le démon, ils crurent le démon plutôt que Dieu, et se mirent du côté de l'ange apostat, pour secouer, conmie lui, le joug du Seigneur.

4» C'est une profanation et un sacrilège impie, puisque l'homme a osé porter la main sur un fruit devenu sacré par la défense du Seigneur, et qu'il a violé en lui-même cette pureté angélique, qui rendait son âme le temple de Dieu.

o° C'est un vol audacieux, puisqu'il a pris un bien qui ne lui appartenait pas ; et qu'il s'est dérobé lui-même à Dieu, comme un esclave qui s'enfuit de la maison de son maître, pour n'être plus qu'à lui-même.

6^5 C'est un adultère et une corruption qu'on ne peut assez exagérer, puisque lame de Yhomme, qui était l'épouse de Dieu, s'est corrompue elle-même, en se prostituant au démon ; et que sa corruption, qui a commencé par l'orgueil, a passé de son cœur dans toutes les facultés de son esprit et de son corps.

7° C'est mi homicide, et le plus grand de tous les homicides, puisque le premier homme ne s'est pas seulement tué lui-même, mais qu'il a étendu ce meiu'tre jusqu'à cette multitude innombiable d'hommes qui devaient sortir de sa race, dans la suite de tous les siècles.

Que d'autres péchés n'y trouverait-on pas encore, si on l'examinait avec plus de soin et plus de lumières! C'est pourquoi saint Augustin n'a pas craint de dire que la ruine du premier homme est incompréhensible, et que son pécht est ineffable (i).

(1) Ruina ineffabilis. et inefifabiliter grande peccaium. D. Àu§.

CHUTE DE L'nOMME. 199

D. Quelle fut la punition de leur péché?

R. 1° Ils devinrent ennemis de Dieu, esclaves du démon, et dignes de l'enfer ; 2*» i!s furent assujettis à la nriort, et à toutes les misères du corps et de l'âme que nous souffrons maintenant.

A peine nos premiers parents eurent-ils mangé le fruit défendu, qu'ils ressentirent les tristes suites de leur désobéissance. Comme ils venaient de perdre cette robe précieuse de la giâce et de rinnocence, dont ils avaient été jusqu'alors revêtus, ils s'aperçurent de leur affreuse nudité, et ne purent voir sans honte les ravages que le péché avait faits dans leur corps. Auparavant, il n'y avait rien en eux dont ils pussent rougir; car, étant l'ouvrage d'un Dieu trèspur et très-saint, ils étaient eux-mêmes très-purs et trèssaints. En eux, tout était partaitement réglé, soit dans le corps, soit dans l'àme ; et, par conséquent, ils n'avaient rien qui ne fût très-digne de celui qui les avait faits. Mais le péché ayant terni leur beauté originelle , aussitôt , ils se firent honte à eux-mêmes; les passions, autrefois si soumises , commencèrent h s'agiter violemment au fond de leur cœur, et la révolte de la chair contre l'esprit devint comme un témoignage et un reproche secret de leur révolte contre Dieu. Pour cacher leur turpitude, ils furent obligés d'entrelacer des feuilles de figuier , et de s'en revêtir.

En même temps que la rébellion des sens les couvre de confusion, l'image de la peine due à leur péché les remplit de crainte. La présence de Dieu, qui faisait naguère leur bonheur et leur joie, est devenue maintenant leur suppUce ; ils n'osent s'exposer aux yeux si piu-s de cette majesté suprême; et les lumières de leur entendement sont tellement obscurcies, leur raison est tellement troublée, qu'ils croient que l'ombre et le feuillage des arbres pourront les soustraire aux regards de celui qui voit tout, qui est présent partout, et qui pénètre jusque dans les plus secrets replis de leur âme.

Mais voici que Dieu fait entendre sa voix : a Adam, où

es-tu ? » Et Adam, au lieu de tomber à genoux devant son

Créateur, et de lui confesser humblement sa faute, s'eflTorce de la cou\Tir par mie excuse frivole, qui est encore un second orgueil et une seconde faute. Il rejette son péché sur Eve; Eve, de son côté, le rejette sui le serpent, tous deux hardis à pécher, dit saint Augustin, tous deux impénitents dans leur péché. Ils sont tellement aveuglés qu'au heu de s'excuser devant Dieu, ils semblent accuser Dieu lui-même, en lui imputant obliquementleur faute, qu'ils attribuent, Tun à celle que Dieu lui avait donnée pour compagne de sa vie, et Tautre à une des créatures que Dieu avait soumises à leur empire, donnant pai' là à entendre que Dieu avait eu tort de créer la fenmie et de créer le serpent. Ainsi font encore tous les jours les pécheurs. Portés par le dérèglement de leur nature à tout mal, et ennemis de tout bien, ils poussent néanmoins la présomption jusqu'à s'arroger à eux-mêmes le bien qu'ils tiennent de Dieu, et rejettent sur Dieu le mal qu'ils font.

Alors, Dieu prononça une terrible sentence. A la femme, il dit : a Je multiplierai tes chagrins et tes maux, tu enfan- « t^ras avec douleur, et tu seras sous la puissance de ton « mari, qui dominera sur toi. » Dès ce moment, le mariage, qui n'eût été qu'une douce liaison, devint un joug dur, une source de peines et de chagrins. A Adam, il dit : a La terre « sera maudite dans tes ouwages ; tu n'en tireras ta subsisa tance que par un travail pénible ; elle produira des ronces a et des épines; tu ne mangeras ton pain qu'à la sueur de a ton front ; et enfin, poussière, tu retourneras en pousct sière. » Alors tout fut changé pour lui, la nature cessa de lui sourire, le ciel ne lui offrit plus un air si serein, la terre resserra ses entrailles et cacha ses trésors ; les animaux cessèrent de Uii être soumis, et plusieurs prirent des formes hideuses ou des habitudes féroces. Adam se traîna tristement dans cette vallée de larmes; et le reste de sa vie ne fut qu'une course non interrompue vers la mort. Enfin, Dieu les chassa du paradis terrestre; et, pour qu'ils ne fussent pas

CHUTE DE L'nOMME. 201

tentés d'y retourner pour aller cueillir le fruit de Tarbre de vie^ il mit à rentrée un Chérubin qui brandissait une épée flamboyante.

Telle a été la chute de nos premiers parents, et telle leur punition. Comme ils furent cruellement déçus! Ils avaient voulu se rendre indépendants, ils s'étaient révoltés contre celui qui les avait comblés de faveurs, et ils devinrent esclaves de leurs sens, esclaves du péché, esclaves du démon ; ils ne furent plus maîtres ni de leur esprit ni de leur corps; ils avaient voulu se rendre semblables à Dieu, et ils devinrent semblables à la béte ! De la plus sublime grandeur plongés dans un îibîme de misère, ils se virent assujettis à la mort et aux souffrances qui en sont les tristes préludes, à la faim, à la soif, au froid, au chaud, aux maladies, aux douleurs de toute sorte, aux peines de l'esprit, aux soucis dévorants, aux haines, aux jalousies, aux emportements des passions; ce fut comme un essaim de maux qui fondit sur eux. Tout ce qui avait été créé pour leur bonheur, se changea en supplice. Et, ce qu'il y a de plus terrible, malheureux en cette vie, ils devaient l'être encore éternellement dans l'autre. Satan les revendiquait comme sa proie, comme sa légitime conquête, et l'enfer devait être leur partage.

Sort affreux, désespérant, qui devait être aussi le notre ! Car ce n'est pas Adam seul qui a péché, nous avons tous péché en Adam ; ce n'est pas Adam seul qui est condamné, c'est toute la race humaine qui est maudite et condaniiiée en son chef. Adam portait avec lui la destinée de tous ses enfants, qui devaient être héritiers de sa gloire et de son bonheur, s'il demeiu-ait fidèle ; héritiers de son opprobre et de sa misère, s'il désobéissait. Mystère incompréb.ensible, mais sur lequel la foi ne nous laisse aucun doute. Voilà donc le genre humain tout entier gâté, infecté dans sa source et dévoué à la mort éternelle. Mais le Seigneur a eu pitié de sa créature, et il a trouvé dans les trésors de sa miséricorde un admirable moyen de nous faire recouvrer ce que nous avions perdu. Ne cessons jamais d'aimer et de bénir ce Dieu

de touto bonté, qui nous a si généreusement tendu la maia pour nous retirer du fond de Tabîme.

Page 1