INSTRUCTION
Nécessité d'un Rédempteur. — La promesse d'an Rédempteur faite à Adam, renouvelée en diverses circonstances. — Explication du mot Messie. — Saints de l'Ancien Testament, sauvés en vue de* mérites du Messie à venir.
D. Adam et Eve sont-ils perdus sans ressource avec leur postérité ?
R. Leur perte et leur malheur eussent été sans ressource, si Dieu ne leur eût fait miséricorde.
Dans l'état malheureux où le péché Tavait réduit, que pouvait faire l'homme? Environné d'épaisses ténèbres, mort à la vie de grâce, quel moyen avait-il de retrouver la voie de la vérité, de briser ses chaînes, de se ressusciter luimême? Il était pécheur, et, dès lors, c'en était fait de lui; tous ses liens avec la Divinité étaient brisés ; il ne pouvait rien faire qui fût digne d'attu-er sur lui les regards du Très- Haut. Les larmes, les supplications, les soupirs et toutes les œu\Tes de pénitence d'Adam, pendant les neuf cents ans qu'il vécut, les prières, les gémissements de ses enfants dans toute la suite des siècles, étaient de nul prix devant le Seigneur, qui pouvait ne pas y avoir plus d'égard cpie nous n'en avons nous-mêmes pour le bourdonnement d'un insecte qui s'agite sous nos pieds. Car l'homme est si faible.
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8i petit; et, surtout^ l'homme dégradé par le péché est quelque chose de si vil ; et Dieu, au contraire, est si grand ! Entre Dieu et l'homme, il y a plus loin que du ciel à la terre; il y a l'infini. Tel était donc le triste sort d'Adam : il avait pu se corrompre, il ne pouvait se guérir ; i\ s'était fait à lui-même un tort irréparable, et tous ses enfants devaient être comme lui, puissants pour le mal, impuissants pour le bien, capables de souffrir, incapables de mériter. Dieu pouvait les laisser, sans qu'il y eût ombre d'injustice, dans cet état de réprobation et de mort éternelle. La perte du genre humain paraissait donc sans ressource.
Mais grâces éternelles soient rendues à la divine miséricorde (1). L'homme ne pouvait s'élever jusqu'à Dieu; et Dieu, par un excès de bonté, a daigné s'abaisser jusqu'à l'homme. Ce grand Dieu, qui n'a pas voulu pardonner aux anges, mais qui les a précipités dans l'abîme infernal pour y être éternellement tourmentés , a été touché de compassion pour les hommes ; il s'est souvenu de son image qu'il avait lui-même gravée en nous, et, quoiqu'elle fût horriblement défigurée par le péché, il y a reconnu encore quelques traits de son auguste ressemblance, et il n'a pas voulu qu'elle pérît à jamais. A la vue de notre misère, son cœur s'est ému et il a dit : « L'homme est coupable, sans doute ; mais il est encore mon enfant, et j'ai siu* lui des pensées de paix, et non de colère et de vengeance (2). » Il a donc daigné se faire lui-même notre libérateur, notre justice et notre vie.
D. Quelle a été la miséricorde que Dieu a faite aux hommes après le péché d'Adam ?
R. Dieu promit de leur envoyer un Rédempteur.
Le mot Rédempteur veut dire qui rachète. Par le péché d'Adam, les hommes étaient tombés dans l'esclavage du dé-
(1) Misericordiae Domini quia non sumus consumpti. Thrm,^ 111, 22.
(2) Ego cogito super vos cogitationes pacis et non afflictionis. Jerem., xxix, il.
mon^ ils avaient perdu leurs droits au ciel, et encouru la damnation éternelle. Il leur fallait donc un libérateur qui les arrachât à la tyrannie du malin esprit, qui rachetât pour eux rhéritage céleste, et leur rendît Tespérance de la bienheureuse immortalité. Or, c'est au jour de sa colère, au moment même où il prononçait sa malédiction contre Adam et sa race, que Dieu lui promit un Rédempteur. Il lui annonça qu'un jour naîtrait de la femme celui qui écraserait la tête du serpent, c'est-à-dire du démon qui l'avait séduite, lui faisant entendre par ces paroles, que la victoire serait un jour donnée à l'homme sur son plus cruel ennemi, et que Tempire de Satan serait abattu par toute la terre. Ainsi la promesse de notre salut est aussi ancienne que notre sentence de mort. Comme un bon père qui aime, alors même qu'il punit, et qui, dans les sentiments les plus vifs d'une juste indignation, ne peut retenir les effets de sa tendresse. Dieu, tout irrité qu'il était contre le péché de nos premiers parents, n'a pu s'empêcher de faire éclater ses miséricordes ; et il les a consolés, dès le jour de leur perte, par l'espoir d'une glorieuse délivrance.
C'est parce que le vainqueur de Satan, le réparateur du genre humain devait naître de la femme, que, selon la judicieuse remarque de saint Épiphane, Eve, même après sa chute, fut appelée mère des vivants (1). Quoi î s'écrie ce grand évêque, elle n'avait pas eu ce beau nom lorsqu'elle était dans le paradis, et on commence à le lui donner après qu'elle est condamnée à n'enfanter que des morts ! Mais qui ne voit qu'il y a ici du mystère? Elle est ainsi nommée comme figure de la Vierge, qui devait être la vraie mère des vivants, en donnant au monde le Sauveur Jésus^ le fruit de vie.
D. Qu'entendez- vous par ce Rédempteur?
R. J'entends un médiateur entre Dieu et les hommes, qui
(1) D. Epiph., Hœres., lib. III, c. lxxviu, d. 18.
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Jevait satisfaire pour leurs péchés, les réconcilier avec Dieu, et leur ouvrir le ciel.
On appelle médiateur ^quelqu'un qui s'entremet enti"« deux personnes ennemies pour les réconcilier. Dieu avait résolu de faire grâce à l'homme, de lui rendre toutes les prérogatives de sa première dignité ; sa miséricorde l'y portait; mais, d'un autre côté, sa justice criait vengeance avec autant de force que sa miséricorde sollicitait le pardon. Et, en effet, comme le dit saint Augustin, il était de la justice de Dieu de ne pas laisser le péché impuni ; de sa providence, de rétablir Tordre que le péché avait violé ; et de sa sagesse, de ne pas donner lieu à toute sorte d'excès, par l'impunité du crime. Il fallait donc un médiateur qui, placé entre le ciel et la terre, conciliât les intérêts de la justice et de la miséricorde divines, les intérêts de Dieu et les intérêts de l'homme ; un médiateur qui, prenant sur lui tous les péchés du monde, fût capable d'offrir à Dieu une satisfivction proportionnée à la gi'avité de l'offense, et de réparer ainsi dignement l'outrage que le péché avait fait à Dieu ; un médiateur enfin qui fut lui-même une source de grâces, afin de régénérer l'homme, et de lui rendre l'innocence et la sainteté originelles, sans lesquelles il n'aurait jamais pu entrer dans le ciel. Mais où trouver un médiateur digne de traiter avec la Majesté suprême, et capable de combler cet intervalle immense, que le péché avait mis entre Dieu et l'homme ? Qui pouvait être assez grand, assez puissant, assez saint pour accomplir ce grand œuvre de notre rédemption? En un mot,
D. Que devait être ce Rédempteur?
R. Il devait être Dieu et homme tout ensemble, pour satisfaire à Dieu d'une manière convenable pour les péchés des hommes.
Dieu, qui est ur abîme de justice aussi bien que de miséricorde , exigeait, avant de pardonner, une satisfaction égale à la gravite de l'offense. Or, l'homme avait bien pu
commettre un péché d'une malice infinie, parce que la gravité de Toffense se mesure sur la dignité de la personne à qui ellp s'adresse ; ainsi, par exemple , telle parole , telle action, qui ne serait qu'un léger manque de respect vis-à-vis du commun des hommes, devient un crime à l'égard d'un père, mi crime de lèse-majesté à l'égard d'un roi, un sacrilège à l'égard d'un pontife. D'après ce principe, le péché qui s'attaque à l'Être infini, à Dieu, est d'une malice infinie. Mais l'homme eût-il été capable d'offrir à Dieu une satisfaction infinie ? Non, jamais. Car le mérite d'une action quelconque se tire de la dignité de la personne qui la fait, et il n'y a point évidemment de créature qui puisse produire une action d'une valeur infinie, parce que toute créature est nécessairement bornée. Ainsi les hommes, quelques sacrifices qu'ils eussent offerts, quelque parfaits, quelque saints qu'on puisse les supposer, n'auraient jamais pu dignement réparer l'outrage que le péché avait fait à Dieu. Les anges eux-mêmes, malgré leur excellence, étaient incapables de remplir ce grand office de médiateur.
Il nous fallait , pour nous racheter, un médiateur qui fût à la fois Dieu et homme : Dieu, afin d'être une victime pure, sainte, sans tache, et d'uii prix infini ; homme, afin d'expier par son sang les péchés des hommes; Dieu, afin d'avoir toute la dignité nécessaire pour mériter; homme, afin d'avoir toute l'infirmité nécessaire pour souffrir et s'immoler. S'il n'eût pas été Dieu, son sacrifice eût été de nul prix ; s'il n'eût pas été horpme, il n'eût pu souffrir, ni par conséquent satisfaire pour nous. Un Homme-Dieu, chargé en tant qu'homme de toutes les malédictions de la terre, et renfermant en tant que Dieu toutes les bénédictions du ciel, était la seule victime digne de la souveraine justice.
D. Dieu a-t-il envoyé ce Rédempteur sur la terre aussitôt après le péché d'Adam ?
R. Non, Dieu le promit aussitôt après le péché d'Adam; mais il ne l'a envoyé qu'environ quaiie mille ans après.
Aussitôt que le démon nous eût infectés du venin de sa
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jalousie. Dieu nous indiqua le remède qu'il destinait à guérir nos maux. Cependant le ciel ne devait pas s'ouvTir de longtemps. Avant d'envoyer le Réparateur, Dieu voulut que le genre humain connût par une longue expérience le besoin qu'il en avait. Pendant plus de quatre mille ans, l'homme fut abandonné à lui-même ; le péché fit d'horribles ravages; ses débordements allèrent à l'excès, et les malheureux enfants d'Adam eurent le temps de comprendre leur misère, de pleurer, de gémir sur leur affreuse dégradation.
Cependant, pour que la foi au Libérateur promis ne s'effaçât pas de la mémoire des hommes, et en même temps pour ranimer leurs espérances , Dieu daigna renouveler sa promesse en divers temps à plusieurs saints personnages, siu"tout à ceux auxquels il voulut donner des marques d'une bienveillance particulière. Il la renouvela d'abord au patriarche Abraham : a Je multiplierai, lui dit-il, vos enfants c comme les étoiles du ciel et comme les grains de sable a qui sont sur le bord de la mer, et toutes les nations de la a terre seront bénies en celui qui naîtra de vous (!).» Par cet oracle, il lui fit entendre que de sa race sortirait celui qui délivrerait les hommes de la tyrannie de Satan. Ce fut à peu près dans les mêmes termes que, peu de temps après, iacob reçut de la bouche de Dieu l'assurance du même bonheur; et lui-même, à son lit de mort, entouré de ses douze enfants, et prédisant à chacun leurs destinées, saisi tout à coup de l'esprit prophétique, il fixa dans la famiïie de Juda l'insigne prérogative de donner naissance au Sauveur.
Ce divin médiateur, l'espérance du genre humain. Moïse l'a Ml de loin, et il l'annonce aux Juifs avec un saint transport :« Dieu vous suscitera, du milieu de votre nation et du a nombre de vos frères, un prophète semblable à moi ; «c écoutez-le (2).»
Kl) Etbenedicentar in semine too omnes gentes terr». Gen., xxii, 18. (ï) Deut., xviii, 12.
ÎIO SIXIÈME LEÇON.
Job mettait en lui toute sa confiance : o Je sais, dîsait-ii, a que mon Rédempteur est vivant, que je ressusciterai et a que je le verrai (1). » David a chanté sa gloire et ses humiliations, avec une magnificence que rien n'égalera jamais. Il Ta vu dans la splendeur des saints, sortant éternellement du sein de son père (2) ; il a vu ses pieds et ses mains percés, tous ses os marqués sur sa peau (3) ; sa langue abreuvée de fiel et de vinaigre , ses ennemis frémissant autour de lui, et s' assouvissant de son sang (4) ; et puis il Ta vu triomphant de ses persécuteurs, assis à la droite de Dieu (5), et à ses pieds, toutes les nations vaincues et en même temps bénies en lui{Q).
A mesure que les temps approchent, les prophéties sont plus claires, et le mystère du Sauveur se manifeste avec une entière évidence.
«Voici venir notre Dieu, qui nous sauvera, » dit Isaïe que les Pères ont si justement appelé l'évangéliste de TAncien Testament, tant ses prédictions sont précises (7)! a Dites aux « affligés, à ceux qui ont le cœur abattu par leurs longues « souffrances, qu'ils se fortifient; Dieu viendra lui-même, « et les vengera. Et alors, continue le prophète, les oreilles « des sourds, et les yeux des aveugles seront ouverts ; alors « celui qui était perclus, bondira comme un cerf, et la t langue des muets sera déliée (8). » Ailleurs il marque que ce Sauveur naîtra d'une vierge, qu'il sera Emmanuel, c'està-dire Dieu avec nous, que par lui la bénédiction se répandra sur tous les peuples, qu'il sera le chef et le réparateur des gentils; que les rois saisis de respect en sa présence n'oseront ouvrir la bouche devant lui. En publiant ses magnificences, il ne cache pas ses opprobres ; il dit qu'il sera méprisé et méconnaissable au milieu des hommes, l'homme
(1) Job., IX. 15. — (2) Psal. cix, 4. — (3) Psal. xxi, 17, 18. ~ ^4) Psal. Lxviii, 22. — (5) Psal. cix 1. — (6) P^al lxxi, 18. — — (1) Deu8 ipse véniel et salvabil nos. Is., xxv, 4. — (8) ït.-, hit,