NÉCESSITÉ D*LN RÉDEMPTEUR
de douleurs, le dernier des hommes, défiguré par ses plaies, et par là guérissant les nôtres (1).
Il n'est presque pas de particularité sur la vie, les mystères, la mort de ce divin Rédempteur, que les prophètes n'aient annoncée. L'un prédit le lieu que doit illustrer sa naissanci -j(2) ; l'autre la famille d'où il doit sortir (3); celui-ci le voit adoré des rois (4); celui-là fuyant en Egypte (5) ; d'autres le célèbrent comme le prophète par excellence, comme le pontife d'un nouvel ordre de prêtres^ comme le roi de toute la terre. Plusieurs marquent avec la plus grande précision le temps de sa venue et vont même jusqu'à en compter les années (G). En un mot, tout l'Ancien Testament était plein du Sauveur à venir : les patriarches l'avaient salué de loin, les prophètes firent retentir de son nom les villes et les campagnes de la Judée; les plus illustres et les plus saints personnages en étaient la figure; les mystérieuses cérémonies de la religion judaïque, les rites expiatoires, les sacrifices sanglants se rapportaient au divin Répîirateur, et représentaient, sous mille voiles symboliques plus ou moins transparents, l'Agneau sans taohe qui, par son sang, devait purifier et sanctifier le monde *
Quelques étincelles de cette lumière divine, qui éclairait les Juifs, avait rejailli parmi les nations. Aussi , malgré les ténèbres de la corruption introduite par l'idolâtrie, trouvons-nous, chez tous les peuples anciens, des traces manifestes de l'antique promesse faite à Abraham, à Jacob et aux autres patriarches.
Dans l'Orient comme dans l'Occident, des traditions immémoriales avaient appris à tout le monde païen h attendre un puissant Réparateur du genre humain, un envoyé céleste, qui délivrerait les hommes de l'empire du mal; et tous les regiu'ds se tournaient vers la Judée, comme devant être le berceau de ce personnage mystérieux. Cette croyance
{i)ls., LV, 4, 13; LUI, 4, 5. — (2) Mich., v, 2. — (3j Is., H, |. — 0) Psal. Livi, 7. — (5) Os., xf, 1. — (61 Dan., IX, 24.
était profondément enracinée dans Tesprit de tous les peu pies, surtout au temps marqué pour son avènement ; et le vncréduias eux-mêmes n'ont pu s'empêcher d'en conve mr(l).
D. Que serions -nous devenus, si Dieu n'avait pas envoyé sur la terre ce Rédempteur?
R. Sans ce Rédempteur, tous les hommes auraient été perdus à jamais.
Nous l'avons déjà dit et suffisamment expliqué: si le péché n'eût pas été détruit, le serpent aurait toujours fièrement levé la tête ; la terre, en proie à la malice des démons, frappée de la malédiction céleste, inondée de vices, eût présenté l'aspect d'un enfer anticipé ; et l'homme, incapable de faire révoquer le terrible arrêt porté contre lui, serait tombé de l'abîme du péché dans l'abîme de la damnation éternelle *.
D. Sous quel nom ce Rédempteur était-il connu avant sa venue ? R. On le nommait ordinairement le Messie.
Entre les difi*érents noms que les prophètes employaient pour désigner l'envoyé de Dieu, on remarque celui de Messie, qui signifie oint ou sacré, et correspond parfaitement à celui de Christ.
Anciennement chez les Hébreux, comme l'Église le pratique encore de nos jours dans l'administration de plusieurs sacrements et dans quelques autres cérémonies, on avait coutume de consacrer, par une onction faite avec de l'huile, les prêtres, les rois, les prophètes. Or, notre divin Sauvem^ devait être à la fois et le plus grand de tous les prophètes, et le roi d'un nouveau peuple, et l'unique sacrificateur du vrai Dieu; et, parce qu'il devait réunir ce triple caractère
(1) BooLANOiR, Recherches sur l'origine du despotisme occidental, sect. 10. — VoLNEY, Ruines, ch. xxii, n. 13. — Voltaire, Addition à l'histoire générale, elc, elc.
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dans un degré éminent auquel nul autre ne peut atteindre, et avec une perfection infinie qui n'appartient qu'à lui seul^ le Psalmiste disait de lui :a Votre trône, ô Dieu, est un trône a éternel, et le sceptre de votre royauté est celui de la jusatice; c'est pour cela que votre Dieu vous a oint d'une a huile ravissante, et au-dessus de tous ceux qui sont nom- « mes oints ou Christs avec vous (1). »
D. Tous les hommes qui sont morts avant la venue du Messie sont-ils damnés ?
R. Non, ils ont pu être sauvés par les mérites du Messie, qui devait un jour venir sur la terre.
En tout temps, la même source de salut a été ouverte aux hommes; la rédemption, aussi ancienne que le péché, a commencé de produire son effet, dès le moment qu'elle a été promise ; et, comme le dit saint Léon (2), ce grand mystère de la bonté divine dont le monde est actuellement rempli, a été tellement puissant, même dans es figures qui le désignaient, que ceux qui ont cru aux promesses, n'en ont pas ressenti moins de fruit que ceux qui l'ont vu accompli. Voilà pourquoi, dans l'Apocalypse (3), Jésus-Christ est appelé l'Agneau immolé dès l'origine du monde, parce que son sacrifice a commencé dès lors à sanctifier et à sauver les hommes.
Ainsi, en Mie de cette satisfaction du Messie, et par ses mérites infinis qui se sont répandus en de çà et audelà de la croix, les hommes, même avant qu'il eût paru sur la terre, ont pu obtenir le pardon de leurs péchés et arriver au salut. Chez les Juifs, tous ceux qui ont cru et pratiqué ce que Dieu leur avait révélé, ont été sauvés par la foi au Messie. De ce nombre, on peut citer d'abord nos premiers
(1) Proptereà unxit te Deus, Deus luus, oleo laetiliae pra consortibus tuis. Psal. xliv, 9.
(2) D. Léo., Serm. m, 63.
(3) Agni qui occisus est ab origine mundi. Apoc, ?iin, 8
parents, Adam et Eve, qui ayant mené, après leur péché, une vie sainte et pénitente, parmi les travaux et les misères dont ils étaient accablés, ont été délivrés du supplice de l'enfer. Aucun Père de TÉglise n'a douté de leur salut, et il semble en etfet convenable que Dieu n'ait p;is permis au démon de s'applaudir éternellement du su(;cès de sa malice, en retenant sous son empire les deux chefs de la race humaine. Ensuite, l'Ecriture sainte nous parle de plusieurs justes, qui se rendirent agréables au Seigneur par une foi vive et une piété sincère, entre autres d'Abcl qui fut la victime de la jalousie de son frère Caïn ; d'ilénoc qui fut enlevé de ce monde, sans mourir; de Noé qui, s'étant conservé pur et sans tache au milieu de la corruption générale, mérita d'être préservé avec sa famille des eaux du déluge. Puis viennent les patriarches, hommes éminents en vertu, dont saint Paul a célébré la foi en termes si magnifiques Abraham, cet illustre père des croyants, Isaac, Jacob, Joseph, une des plus belles et des plus ressemblantes figures du Messie; puis encore. Moïse, David et tant d'autres prédestinés, rois, prophètes, etc.; enfin une nuiltitude infinie de saints de tout âge, de tout sexe, desquels le monde n'était pas digne, dit le grand apôtre (i), et qui n'ont pas craint de supporter les plus nides travaux, et de braver les plus horribles tourments, pour obtenir l'effet des promesses éternelles.
Même chez les nations, tous ceux qui ont cru, comme Job 3, au Médiateur, qui l'ont connu autant qu'ils pouvaient le connaître, ont été sans aucun doute sauvés par lui, en quelque lieu et en quelque temps qu'ils aient vécu, pour\Ti qu'ils aient rempli tous les devoirs de la i)iété et de la justice, c'est-à-dire observé fidèlement 1rs prec.rptes de la loi naturelle. Mais nul n'a pu être sauvé sans la foi au Médiateur, qui a été de tout temps nécessaire pnur être justifié, etobteiiir la béatitude éternelle; et, si quelques-uns, dit saint
(t) Quibus dignes non eral mundas. Heh., xi, 38.
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Thomas, se sont sauvés sans avoir cette foi explicite, îis avaient cependant une foi obscure et implicite en la divine Providence, croyant que Dieu était le libérateur des hommes, qu'il les sauvait par les moyens qu'il lui avait plu de choisir, et selon que son Esprit l'avait révélé à ceux qui connaissaient la vérité.
Combien plus heureux nous sommes, nous qui vivons au grand jour de la lumière évangélique! combien le salut nous est plus facile ! Mais aussi que nous sommes inexcusables, et quel terrible compte nous aurons à rendre à Dieu, si nous négligeons tant de moyens de sanctification, qui nous sont offerts avec mie si prodigieuse libéralité 1
TRAITS HISTORIQUES
I. En même temps que les prophètes nous donnaient du Messie le signalement le plus clair, le plus circonstancié, le plus complet, Diea ♦oiilut qu'il fût figuré sous mille traits divers dans les principaux événements de l'ancienne loi. Sans doute, nous n'y trouvons qu'une bien faible ébauche de notre Seigneur Jésus-Christ; mais cette ébauche est tellement frappante, qu'on y reconnaît manifestement le doigt de Dieu. Aussi saint Auguslin, ravi d'admiration à la vue des mystères renfermés sous l'écorce de l'Ancien Testariient, s'écriait avec juste raison : « 0 histoire qu'on ne peut assez révérer ! 0 his- € toire qui est à la fois un tableau de choses passées et une prophétie € de choses futures ! Les faits se passent sur la terre, mais sont di- « rigés par l'ordre du Ciel ; les hommes en sont les acteurs et lea c instruments, mais Dieu en est l'arbitre et le souverain modéra- « teur (I). »
Kous allons faire ressortir, d'après les idées que nous fourniront tu saints Pères, quelques-unes des plus belles figures du Messie.
!• Dès les premiers temps, Abel, tué par Caïn, nous a représenté Jésus-Christ et les chrétiens persécutés par leurs propres frères
(1) O ces geslas, sed prophétisé gestas; in i!errâ, led cœlitàs: pe»^ homines: sed divinitùs. D. Aug., de Civit., xvi, 37.
Dien aime Abel, parce qu'il est| juste, et c'est, en effet, le nom que Notre-Seigneur lui donne (1).
Les sacrifices d'Abel sont agréables au Seigneur, tandis qu'il rejette ceux de Gain, parce qu'il voyait le dérèglement de son «œar.
Gain tua Abel par envie, parce ( qu'il regardait la sainteté de sa] vie comme la condamnation des ^ désordres de la sienne.
Le sang d'Abel crie vengeance contre Gain.
Caïn, après avoir tué son frère, eit fugitif et vagabond.
Dieu aussi met ses complaisances en Jésus-Ghrist, que ses prophètes ont désigné longtemps à l'avance comme le saint et le juste par excellence (2).
Le sacrifice de Jésus-Christ est, aux yeux du Père éternel, d'une valeur infinie, tandis qu'il rejette les sacrifices des Juifs, parce qu'ils ne l'honoraient que des lèvres, et que leur cœur n'était point à lui.
Les Juifs ont fait mourir Jésos- Ghrist par envie , parce que la sainteté de sa vie et la pureté de sa doctrine leur étaient insupportables.
Le sang de Jésus-Cbrisl crie vengeance contre les Juifs.
Les Juifs, après la mort du Fils de Dieu, sont chassés de leur patrie, et dispersés dans tout l'univers.
2° Le sacrifice dlsaac nous offre une vive image du sacritlce
futur de Jésus-Christ.
Isaac, innocent, est condamné à mourir.
Isaac est conduit sur la montagne du Calvaire.
Isaac est chargé du bois qui doit le consumer.
Isaac, résigné à la volonté di- ▼inc, présente doucement la gorge ao glaive qui va l'immoler.
Jésus-Christ, la sainteté mêm«, est également condamné à mort.
C'est sur la montagne du Calvaire que, deux mille ans après, Jésus-Christ accomplit son sacrifice.
( Jésus-Christ porte la croix sur ) laquelle il doit être immolé.
1 Jésus-Christ n'est venu que pour l accomplir la volonté de son Père; I il est comme un agneau, q\A se laisse conduire à la boucherie sans se plaindre , doux pendant sa vie, disent les saints, muet à la mort (3).
(1) À sanguine Abel justi. Matth,, xxiii, 35.
(î) Dominus justus nosier. Jerem., xxv, 6.
(3) Mitis in vitâ, muius in morte. D. Àug., serm. de temp.f 40.