‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 4)Chapitre 20 sur 66 · FIGURES DU MESSIE · texte numérisé non relu

FIGURES DU MESSIE

ILes chrétiens ne doivent manger la chair de Jésas-Christ que lorsqu'ils sont résolus de renoncer aux folles maximes du mondt', quitter l'Egypte pour aller dans la( afin de suivre les droits sentier:* terre promise. que leur indique l'Église, pour

les conduire au ciel, qui est la véritable terre des élus.

5® Le serpent d'airain. Ce ne sont pas les saints, c'est Jésus- Christ lui-même, qui a expliqué de lui et de sa croix celle excellente figure, prophétie visible de sa mort et de sa passion.

Les Hébreux, en punition de / , ^ „„„..„ u.,.,„,;„ ^„ i„

, . , (Le genre humain, en la per-

leurs murmures continuels contrt-L,^,,^d.^,j,^ ^,^-^^ été mordu Dieu, étaient mordus par des ser- ,^ ^ j^^^^^^j . ,^.

peiïts, don le venin était brûlant ^^^-^ ^^^J^^ ^^^^ et donnait la mort. l

-,. ... . , Dieu, touché des maux que le

Dieu, touché de compassion,' ,. r „„ i ^ -, ^,

, j r ,. l serpent infernal causait aux hom-

pour son peuple, ordonne a Moïse I *^ ..^ ,, n. • .

K t . . j. ■ ■ . . / mes, consent a ce que Jesus-Chnst

de faire un serpent d airain et de 1 ,' , ^. . ... , , . '^ J •. ^1 . se 'a^sse homiue, et veut qu il soit

le placer dans un endroit élevé. I ,, . • ^

'^ eleve en croix.

/ Jésus-Christ n'a pas pris sur lui

Le serpent élevé par Moïse était '« ^f'^'^\ ^"' f '^ ]f'^ ^" ''" d'airain, il avait la figure du ser- f^"'' '^''\' seulement la mor que „ . ' , . ^ \ le serpent a causée; il n avait que

pent et non le venin. i i' i- • i

*^ 1 1 apparence d un pécheur , sans

\ l'être en réalité.

[ Tous ceux qui regardent avec

Tous ceux qui regardaient le \ foi et amour Jésus-Christ sur la

serpent d'airain étaient guéris de * croix, sont guéris de la plaie du

leurs blessures. 1 péché, et délivrés de la mort éler-

' nelle.

11 faudrait citer tout l'Ancien Testament, si nous voulions faire remarquer tous ses rapports avec le Nouveau. Ce que nous venons de dire suffit pour nous démontrer la vérité de ces paroles de saint Paul, que toutce qui est arrivé chez les Juifs est la figure de ce qui s'accomplit chez les chrétiens (1). Dieu préparait ainsi les voies au Messie, en le montrant d'avance sous mille emblèmes mystérieux, afin que, lorsqu'il viendrait sur la terre, il fût impossible de ne pas le reconnaître.

2. « Comme la faute d'un seul, dit le grand apôtre, a rendu tous « les hommes pécheurs, de même la justice d'un seul justifie tous les « hommes. » Or, que Dieu ail voulu se contenter d'une seule vie-

(1) Hxc autem omnia in figura facta sunt nostrt. 1, dor., x, U

220 SIXIÈIIE LEÇON.

time, quand tout le genre humain devait êire condamné, n'est-ce pas là une grande miséricorde? Mais celte viciime, il la fallait de toute nécessité; car, ainsi que le prophétisa Caïphe sans s'en douter, il fallait qu'un homme mourût pour le salul de tous. Nous voyons, par plusieurs traits de l'histoire, que la justice humaine elle-même exige quelquefois, avant de faire grâce à un grand nombre de coupables, qu'un ou plusieurs d'entre eux soient sacrifiés. Voici à ce sujet un des faits les plus célèbres de notre histoire de France.

Edouard III, roi d'Angleterre, irrité de la longue résistance que lui avait opposée la ville de Calais, ne voulut entendre à aucune proposition de paix ou d'accommodement, à moins que six des plus notables bourgeois ne vinssent nu-pieds, en chemise, et la corde au cou, lui remettre les clefs de la ville, pour de là passer à l'échafaud. A la nouvelle de ce qu'exige le vainqueur, les Calaisiens se regardent arec effroi; à un morne silence de stupeur succèdent bientôt des cris aigus, mêlés de sanglots et de gémissements. Cependant le terme fatal approchait, il fallait prendre un parti. Tout à coup un des principaux habitants, nommé Eustache de Saint-Pierre, fait faire silence et dit : c Grand malheur serait de laisser mourir un tel peuple « par famine ou aiUrement; aurait grande grâce devant Notre-Sei- € gneur qui le pourrait garder. J'ai si grande espérance d'avoir par- « don devant Noire-Seigneur, si je meurs pour ce peuple sauver, que « je veux être le premier. » Ce noble dévouement fut imité par trois de ses parents ; deux autres se joignirent à eux et complétèrent ainsi le nombre des victimes, qui allaient s'immoler pour le salut de leurs compatriotes. Ils quittent Calais, aa milieu des cris lamentables de la multitude, et paraissent devant Edouard. Ce prince, jelant sur eux un regard farouche : Soit fait venir le coupe-tête! s'écria-t-il. La cruelle sentence allait être exécutée, si la reine, son épouse, ne fût venue se jeter à ses pieds. A force de prières et de larmes, elle obtint la vie d'Eustache de Saint-Pierre et de ses généreux compagnons, (ilngfuefil.)

Si les Calaisiens, au lieu d'être reconnaissants enveis Eustache d« Saint- Pierre, l'avaient couvert d'injures et de mépris, n'auraient-ils pas été des monstres? Ne sont-ils pas des monstres les chrétiens qui méprisant Jésus-Christ, leur divin libérateur?

Afin de mieux honorer le grand mystère de la rédemption, on a vu des saints se dévouer tout entiers, corps et biens, pour le salut de leurs frères en Jésus-Christ. Est-il rien de plus héroïque que le zèle et le courage des religieux institués pour le rachat des chrétiens captifs chez les Mahométans, et qu'on nommait pour cette cause Pères de la Rédemption. Ils passaient leur vie entière dans un voyage contl- Buel, \ travers les mers, des côtes de leur patrie aux plages africaines, où gémissaient de malheureux esclaves. Quel dûi être l'élonnemenl des peuples barbares, quand ils virent pour la première fois arriver

FIGURES DU BIESSIB. 221

dans îeii>* port nn des Pères de la Rédemption, revêtu d'une longue robe de couleur sombre, la têle couverte d'un é;jais capuce , les reins ceints d'une corde, les pieds chaussés de sandales de bois ; et que cet étranger, au pauvre costume, descendit sur le rivage, portant sous sa robe de bure des sacs remplis d'or, et qu'il leur demanda, pour prix de son or, la liberté de quelques-uns des captifs qu'ils retenaient dam leurs fers! Le chef des barbares dut interpeller ainsi le mystérieux étranger : « Sans doute les captifs dont vous réclamez la liberté, sont c vos amis ou vos parents, et depuis longtemps vous gémissez de les « avoir perdus? » — « Non, dut lui répondre le Père de la Rédemp-

< tion, ils ne sont, ni mes parents, ni mes amis, je ne les connais pas; « mais ils souffrent depuis longtemps, depuis longtemps ils attendent « leur délivrance et le bonheur de retourner au sein de leurs familles. « J'ai consacré ma vie à ces malheureux ; je me suis chargé de solli-

< citer pour eux la compassion de leurs compatriotes ; j'ai accepté le « courtage de l'aumône, et désormais vous nous verrez, mes frères et « moi, reparaître à chaque instant au milieu de vous. »

Si parfois les Pères de la Rédemption avaient affaire à quelque patron dur, inhumain, exigeant, et dont les prétentions exagérées désespéraient leur ardente charité, on les voyait pousser le dévDuement jusqu'à un héroïsme qui passerait pour fabuleux, si les faits n'étaient appuyés par des preuves authentiques et irrécusables. On les a vus, dans plusieurs occasions, demander comme une grâce quon les mît à la chaîne, à la place des malheureux qui la portaient depuis longtemps, et dont la famille éplorée attendait le retour, payant ainsi de leur liberté celle des autres hommes, quand ils ne pouvaient la payer de leur or! [Delacroix, Bienfaits du Christianisme.)

Jésus-Christ a mieux fait encore : il a payé notre liberté, non pas an prix de la sienne, mais au prix de tout son sang. Gloire à lui et amour éternel !

3. Job a été, parmi les gentils, un des plus célèbres prophètes de Jésus-Christ, et une admirable flgure de sa patience toute divine. Il n'avait point, dit le Seigneur (l), son semblable sur la terre. C'était un homme simple et droit, qui craignait Dieu et abhorrait le mal ; il possédait d'immenses richesses, et on le regardait comme un des princes les plus opulents de l'Orient. Un jour, les anges bienheureux étant venus devant le Seigneur, peur recevoir et exécuter ses ordres, Satan vint aussi avec eux, sollicitant la ptTmission de tenter les hommes et de les persécuter. Dieu daigna lui adresser la parole et lui dit : « N as-tu pas remarqué mon serviteur Job? Vois comme il est juste, « et avec quelle fidélité il me sert. » — t Ce n'est pas merveille, ré-

(1) Numquid considerasti servum meum Job, quùd non sit ei similis in terra. Job., i, 8.

22ï SIXIÈME LEÇON.

« pondit l'esprit infernal, si Job vit dans la crainte de Dieu ; vous bé- ♦; nissez toutes les œuvres de ses mains, vous faites prospérer sa maic son, et vous l'avez comblé de toute sorte de biens; mais appesan> « lissez un peu votre main sur lui, et vous verrez si, au lieu de vous « louer, il ne vous maudira pas en face. » — « Va, lui dit le Seigneur, c je t'abandonne les biens de Job, mais garde-toi de toucher à sa per- « sonne?» — Alors le démon s'acharna contre lui, et prit plaisir à l'affliger par les plus rudes fléaux ; ses biens et ses troupeaux lui furent enlevés, et ses enfants furent écrasés sous les ruines d'une maison. Job reçut ces tristes nouvelles toutes à la fois, sa vertu n'en fut point ébranlée, et il se contenta de dire : « Dieu me l'avait donné, Dieu me l'a ôté. Il ne m'est arrivé que ce qu'il lui a plu ; que son saint nom soit béni! » Satan, furieux de n'avoir pu vaincre la constance de ce saint homme, demanda de le frapper dans sa chair. — « Eh bien ! lui dit le Seigneur, je te l'abandonne; mais jeté défends de toucher à sa vie. * — Aussitôt le démon l'affligea d'une lèpre épouvantable, qui lui couvrait le corps, et le réduisit en un si triste état qu'il se vit obligé de se coucher sur un fumier, et de racler avec un morceau de pot cassé le pus qui sortait de ses ulcères. Ce qui augmenta encore la douleur de Job, c'est que sa femme, au lieu de le consoler, devint sa tentatrice, et voulut le porter au blasphème et au désespoir. Job toujours calme lui dit: « Vous avez parlé Gomme une femme insensée; puisque « nous avons reçu les biens de la main de Dieu, pourquoi n'en rece- « vrions-nous pas aussi les maux ? > Au milieu de toutes ses afflictions, Job ne fit pas entendre la moindre plainte ; la malice du démon fut ainsi confondue ; et Dieu , pour récompenser son serviteur, lui rendit une santé parfaite, et plus de biens et de richesses qu'il ne lui en avait ôlé.

Saint Grégoire a fort bien remarqué que Dieu avait voulu nous mettre sous les yeux l'histoire de Job, afin que l'exemple d'une vie si pure et d'une si prodigieuse patience, en un homme qui n'était soumis à aucune loi écrite, fût un sujet de confusion pour les mauvais juifs et les mauvais chrétiens, bien certainement obligés à une plus grande sainteté, à raison des lumières que la loi du Seigneur leur donne (1).

(1) Homo gentilis, homo sine lege ad médium adducitur, ut eorum trui sub lege sunt pravitas confundalur. D. Greg. Moral, praf., c, 2.

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