‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 4)Chapitre 25 sur 66 · JÉSUS-CHRIST FILS DE DIEU · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST FILS DE DIEU

comme au sommet du Thabor, une voix du ciel, la voix du Père éternel se fait entendre, et dit : « Celui-ci est mon a Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances (l). »

Pendant la vie de Jésus-Christ, son origine divine se faisait remarquer à des traits si éclatants, que tous ceux qui ne se sont pas laissés aller à de folles préventions, l'ont reconnu pour le vrai Fils de Dieu. «Maître, lui disait Nathanaël, vous êtes le Fils de Dieu, vous êtes le roi d'Israël (2). » — «Je crois, lui disait iMarthe, que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu dans ce monde (3). » Qui ne connaît la célèbre confession de saint Pierre? (f Que pensezvous de moi? demandait Jésus-Christ à ses disciples; qui dites-vous que je suis ?» — Et Simon Pierre, avec une foi qui lui mérita l'insigne honneur d'être établi le chef des apôtres, la pierre fondamentale de l'Église, s'empressa de lui répondre : a Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant (4). » Et ce n'était point la chair ni le sang qui lui avait révélé un si grand secret, mais le Père céleste, comme Notre-Seigneur ne manqua pas de le faire observer.

Depuis le commencement de sa prédication jusqu'à la fin, Jésus-Christ, qui est la vérité suprême, s'est donné constamment ce glorieux titre de Fils de Dieu. Les Jjiifs s'en scandalisaient, et ils le regardaient comme un blasphémateur qui, n'étant qu'homme, voulait néanmoins se faire passer pour Dieu, et plusieurs fois ils tentèrent de le lapider. Mais Jésus-Christ les confondait, en leur disant : a Si vous ne voulez pas croire à ma parole, croyez du moins à mes œuvres (5). » En effet, ces prodiges sans nombre qu'il opérait sous leurs yeux, ne criaient-ils pas plus haut que ses

(1) Hic est Filius meus dilectus in quo mihi benè complacoi. Math., III, 17.

i (2) Rabbi, tu es Filius Dei ; tu es Rex Israël. Joan., i, 49. J [3) Uliqué, Domine, ego credidi quia tu es Christus Filius Dei vivi, qui in hune mundum venisti. Joan.. xi, 27.

(4) Tues Chrislus Filius Dei vivi. Math., xvi, 16.

6) Et si mihi non vuUis credere, operibus crédite. Joaa., i, 38.

discours, et n'étaient-ils pas la plus éclatante manifestation de la Divinité qui résidait en lui? N'oublions pas cette circonstance remarquable où Jésus-Christ déclara, de la manière la plus expresse , la plus solennelle, qu'il était le Fils de Dieu. Traîné devant Caïphe, ce pontife impie l'adjure de dire s'il est le Clunst^ le Fils du Dieu vivant. Jésus-Christ, qui jusqu'alors avait gardé un héroïque silence, croit devoir le rompre pour confirmer une vérité si nécessaire au salut du genre humain, et 'û n'hésite pas à répondre : « Vous l'avez dit, oui, je le suis (1) ; » quoiqu'il prévit bien que, par cette parole, il prononçait lui -môme son arrêt de mort ; car aussitôt il fut condamné comme blasphémateur.

Ainsi, tout rend témoignage à la céleste origine de notre divin Sauveur, et les Prophètes qui l'avaient entre\'ue à travers les ombres de l'ancienne loi, et les Anges qui l'annoncèrent à la terre, et les Apôtres qui l'ont prêchée dans tout l'univers, et le Père éternel qui l'a proclamée du haut des cieux, et la terre qui l'a crue, et, je puis ajouter encore, l'enfer lui-môme, qui plus d'une fois, par la bouche des démons, a été forcé de reconnaître que Jésus est le Fils de Dieu.

3Iais gardons-nous de nous méprendre sur la valeur et l'excellence de ce titre. Plusieurs autres ont porté cette sublime qualification d'enfants de Dieu; et, en effet. Dieu n'a-t-il pas dit à tous ceux qu'il a sanctifiés par sa grâce et reçus par sa charité : a Vous êtes des dieux et les enfants du Très-Haut (2). » Saint Jean admire la charité immense du Père céleste, qui permet que nous soyons appelés ses enfants, et que nous le soyons en effet (3) ; et saint Paul appelle enfants de Dieu tous ceux qui agissent par son esprit (4). Mais si les cliréticns sont enfants de Dieu, c'est uniquement

(1) Tu dixisti. Slath., xxvi, 64.

(2) Ego dixi : Dei estis, et filii excelsi omnes. Psal, LZixi, 6

(3) Videte qualem charitalem dedil nobis Pater, ut filii Dei nominemur et simus. I. Joan.^ m, 1.

(i) Quicumque enim spirilu Dei aguntur, ii sunt filii Dei. Rom. VIII, 14.

par son élection et par sa grâce. L'Écriture nous dit que nous naissons tous enfants de colère ; et^, lorsqu'elle ajoute qu'en nous régénérant au baptême. Dieu nous fait devenir ses enfants, elle nous marque assez clairement qus nous ne sommes pas tels par nature, mais seulement par adoption. Jésus-Christ est vraiment et proprement le Fils de Dieu. Cette qualité n'est pas fondée en lui sur les dons excellents qu'il a reçus du Père éternel, sur une prééminence de grâces, de mérites ; il est le Fils de Dieu dans toute la rigueur de ce terme, engendré de toute éternité. Fils, dit saint Basile (1), qui n'est pas né par le commandement de son père, mais qui , par puissance et par plénitude, a éclaté dans son sein. Voilà pourquoi le symbole ajoute qu'il est Fils unique, parce que, bien que le Père céleste ait tant d'enfants adoptifs, qu'il appelle à son éternel héritage, il n'a cependant qu'un seul véritable Fils, qu'il produit de sa substance, et auquel il communique sa nature.

D. Comment s'appelle le mystère du Fils de Dieu fait homme? R. Le mystère de l'Incarnation.

Ce même Fils de Dieu s'est uni à la nature humaine et s*est rendu entièrement semblable à nous. Jésus-Christ est donc Fils de Dieu et Fil? de l'homme tout à la fois. Fils de Dieu de toute éternité, il s'est fait dans le temps fils de Marie; Fils de Dieu, il existait avant Abraham, Isaac et David ; fils de l'homme, il est venu après Abraham, Isaac et David ; il s'est fait leur fils, sans cesser néanmoins d'être leur Seigneur et leur maître. — Fils de Dieu, qui pourra expliquer sa génération éternelle dans le sein du Père (2)? Si vous interrogez la terre, dit saint Cyrille de Jérusalem (3), elle vous répondra qu'elle n'a rien qui y soit semblable ; si vous vous adressez aux cieux, ils vous répondront qu'elle est infiniment élevée au-dessus d'eux ; et, si vous consultez les anges

(1) D. Basil. Orat. de Fid. Hom. 25.

(2) Generaiionem ejus quis enarrabil. /*., xiii, 18. (3) D. Cyril. Catech., xi.

mêmes et les plus sublimes intelligences^ ils avoueront qu'As n'y peuvept atteindre, et qu'ils l'adorent en se voilant de lairs ailes. — Fils de rhomme, qui pourra expliquer sa génération temporelle dans le sein d'ime vierge? C'est ime men-eille, dit saint Jérôme (1), dont le princii)e n'est point renfermé dans la nature, dont l'expérience ne nous avait jamais rien appris ; une merveille que la raison ignore, que l'esprit ne peut concevoir, qui remplit d'étonnement le ciel et la terre.

Toutes les paroles du langage humain ne pourraient expliquer ces mystères; la loi seule nous les fait croire. Sachons donc réprimer une vaine curiosité, pour nous occuper uniquement à témoigner notre amour et notre reconnaissance au Seigneur, qui a tant fait pour notre salut. A l'instruction suivante, nous donnerons de plus amples détails sur ce grand mystère de T Incarnation.

TRAITS HISTORIQUES

L3S Juifs ont porté, d'une manière bien terrible, la peine de leur aveuglement et de leur obstination. Le Seigneur avait annoncé d'avance à lingraie Jérusalem les maux affreux qui devaient fondre sur elle, pour n'avoir pas voulu connaître le jour de sa visite. « Il viendra un « jour, lui ava'/t dit l'adorable Sauveur, où tes ennemis t'environnef ront de tranchées, et l'enfermeront, et le serreront de toutes parts, et € te raseront, et le détruiront, loi et tes enfants qui sont dans tes murs, € et ne te îarisseronl pas pierre sur pierre (2). * Et ce jour ne tarda pas à arriver. En l'an 70, Titus vint mettre Le siège devant Jérusalem. Il s'y co!i;mit des horreurs telles que l'historien Joséphe, tout juil qu'il était, n'a pu s'empêcher de dire : « Je ne crois pas que, depuis la création du monde, on ait vu nulle autre ville tant souffrir. >

Famine, peste et guerre civile au-dedans de la cité ; au dehors, les soldats romains crucifiaient tout ce qui voulait s'échapper; les croix manquèrent et la place pour dresser les croix. On éventrait les fugitifs, pour fouiller dans leurs entrailles l'or qu'ils avaient avalé. Six oenl mille cadavres furent jetés dans les fossés, par-dessus les murail-

(1) D. Hier. Serm. de Assumpt.

(2) Lue., XIX, 43.

AVEUGLEMENT DES JUIFS. iZ^

ies. On changreait les maisons en sépulcres ; et, quand elles étaient ;»leines , on en fermait les portes. Titus, après avoir pris la forteresse, Utaqua le Temple le 17 juillet, 70 de Jésus-Christ, jour où le sacrifice perpétuel avait cessé, faute de mains consacrées pour l'offrir. Marie, i'ille d'ÉlCazar. rôtit son enfant et le mangea, dans la ville où une autre Marie avait enseveli son fils. Le Temple fui brûlé le 8 d'août, malgré la recommandation expresse qu'avait faite Titus d'épargner ce magnifique édifice, la merveille de l'univers. Un soldat, poussé d'un emportement comme inspiré, y mit le feu. Ensuite la ville basse fui incendiée, et la ville haute emportée d'assaut. On promena la charrue sur les ruines. Telle fut la grandeur du buiin que le prix de l'or baissa de moitié en Syrie. Onze cent mille Juifs moururent pendant le siège; quatre-vingt-dix-sept m.ille furent vendus; à peine trouvait-on des acheteurs pour ce vil troupeau. {Chateaubriand. Etudes Historiq.)

Le courroux du Ciel se manifesta si visiblement dans la destruction 'ic Jérusalem, que Tlius ne pût s'empêcher de l'avouer hautement. «t Ce n'est pas moi qui ai vaincu, disait-il quand on le complimentait sur sa victoire. Je n'ai fait que prêter mes mains à la vengeance divine. » Depuis, la malédiction n'a cessé de peser sur celle ville crimilielle, teinte du sang de son Dieu ; et, selon l'expression d'un Père de l'Église, ce peuple infortuné traNerse les siècles avec un signe indélébile sur le front, et va étalant çà et là les restes de son cadavre mutilé, semblable à ces scélérats que la justice humaine attache au gibet, et place le lony des chemins, pour effrayer les passants par la grandeur du supplice.

Une fois, depuis dix-huit siècles, les Juifs ont cru avoir trouvé une occasion favorable de leur rétablissement. Ce fut lorsque Julien l'apostat, voulant démentir les prophéties, tant celle de Daniel qui porte que la désolation durera jusqu'à la fin, que celle de Jésus- Christ qui avait dit qu'il ne demeurerait pas pierre sur pierre dans Jérusalem, entreprit de rebâtir le Temple. Il avait fait venir de toutes parts les plus habiles ouvriers, et confié l'intendance de ce grand ouvrage à Alpius, un de ses grands amis, le chargeant d'y faire travailler incessamment, sans épargner la dépense. Les Juifs accouraient en foule; leurs femmes se dépouillaient de leurs ornements les plus précieux , pour contribuer aux frais de l'ouvrage, et portaient les matériaux dans le pan de leur robe. Saint Cyrille, évêque de Jérusalem, voyait tranquillement tous les préparatifs, sa confiant à la vérité infaillible des prophéties, et a.>surant qu'on allait en voir l'accomplissement. En effet, comme Alpius pressait fortement l'ouvrage, des globes de flamme sortirent tout à coup des fondements, par de» éruptions fréquentes; un grand tremblement de terre jeta au loin le» pierres ; des tourbillons de vent emportèrent le sable, la chaux et le» autres matériaux. Beaucoup de Juifs furent consnroés par le feu. Ceux

qui revinrent et s'acharnèrent pour continuer l'ouvrage, furent toujour» dévorés ou repoussés par ce feu miraculeux; on fut donc obligé d'abandonner l'entreprise. 11 n'est point de miracle plus attesté que celui que nous venons de raconter. Aussi plusieurs païens et plusieurs Juifs en furent touchés, se convertirent à la foi, et reconnurent la divinité de Jésus-Christ. Eist. ecciésiast.

Le plus grand nombre des Juifs, bien loin de reconnaître la main de Dieu appesantie sur eux, persévèrent dans leur obstination et leur aveuglement, et l'on en cite qui ont signalé leur fanatisme par les faits les plus atroces.

En 1472, les Juifs de Trente s'assemblèrent dans leur synagogue, le mardi de la semaine sainte, pour délibérer sur les préparatifs de leur Pâque, qui tombait le jeudi suivant. Ils résolurent, pour assouvir leur haine contre Jésus-Christ et ses disciples, d'égorger un enfant chrétien le lendemain de leur Pâque, qui était cette année un vendredi saint. Un médecin d'entr'eux se chargea du soin de fournir la victime : il choisit, pour l'exécution de son horrible projet, le mercredi au soir, temps où les chrétiens étaient à ténèbres. Ayant donc trouvé, à la porte d'une maison, un enfant seul, nommé Simon, âgé d'environ deux ans, il l'attira par des caresses perfides, et l'emmena avec lui. Le jeudi au soir, les principaux des Juifs s'assemblèrent dans une chambre attenante à leur synagogue, et commencèrent à minuit leur abominable opération. Après avoir mis un mouchoir sur la bouche de l'enfant, ils firent sur son corps plusieurs incisions, et reçurent, dans un bassin, le sang qui coulait de toutes parts. Les uns lui tenaient les jambes, les autres les bras étendus en forme de croix. On le leva ensuite droit sur ses pieds, quoiqu'il fût presque sans vie. Deux de la troupe le soutenaient, tandis que les autres lui perçaient les différentes parties de son corps avec des alênes et des poinçons. Lorsqu'il eût expiré, ils se mirent tous à chanter autour de lui : t Voilà comment nous avons traité Jésus, le Dieu des chrétiens ; puissent tous nos ennemis être ainsi confondus à jamais ! » Ces coupables furent découverts, et, ayant été pleinement convaincus, ils subirent la peine de mort. Godescard.

On a essayé de jeter des doutes sur la vérité de ce crime horrible; mais il est appuyé sur les témoignages les plus décisifs (I). On cite même plusieurs autres cruautés di ce genre commises par des Juifs; et, ces dernières années, le monde entier ne s'est-il pas ému au récit d'un horrible assassinat commis, en Syrie, par les Juifs, sur la personne d'un vénérable religieux, toujours en haine du Christ et de son Évangile? Du reste, l'équité naturelle nous fait un devoir de dire qu'on ne doit pas rendre le corps de la nation responsable des crimes de quelques individus.

(1) V. Godescard 24 mars exDict. Hist., art. Simon, saint

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