‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 4)Chapitre 26 sur 66 · AVEUGLEMENT DES JUIFS · texte numérisé non relu

AVEUGLEMENT DES JUIFS

De temps à autre, le Dieu qui terrassa autrefois Saul sur le chemin de Damas, terrasse aussi quelques-uns de ces enfants rebelles, et les force d'adorer ce même Christ que leurs pères ont crucifié. Une conversion des plus étonnantes qui a réjoui, il n'y a que quelques années, l'Églisp du Seigneur, est celle de M. Ratisbonne. Voici un précis de la relation qu'en a publiée M. le baron de fiussière

Vers la fin de l'automne de 1841, Alphonse Ratisbonne, jeune homme appartenant à une famille distinguée de Strasbourg, arrive a Rome, se proposant de poursuivre jusques en Orient un voyage de santé et de plaisir. Zélé israélile, et destiné à une position brillante, il se promettait de consacrer tous ses efforts à la régénération de ses coreligionnaires. Camarade d'enfance avec Gustave de Bussiére, protestant de la secte des piétistes, il avait eu quelquefois avec lui des discussions sur la religic.^., et leurs causeries se terminaient ordinairement par deux mots, qui rendaient assex bien la situation morale des deux interlocuteurs : Protestant enragé! disait l'un; Juif encroûté! répondait l'autre. M. le baron de Bussiére, père de Gustave, mais converti au catholicisme, voulut à son tour lui faire partager ses convictions religieuses, et Ratisbonne, souriant de ses efforts, lui répondit, avec une bienveillante pitié pour sa superstition, quil était né Juif, et qu'tl mourrait Juif. Alors, dit M. de Bussiére, il me vint l'idée la plus extraordinaire, une idée du ciel, car les sages du monde l'auraient appelée folie. € Puisque vous êtes un esprit si fort, lui dit-il, € et si sûr de vous-même, promettez-moi de porter sur vous ce que € je vais vous donner. » — « Voyons, de quoi s'agit-il? > — * Sim- € plement de cette médaille. » — El il lui montra une médaille miraculeuse de la Vierge. Ratisbonne se rejette vivement en arriére, avec un mélange d'indignation et de surprise. — c Mais, ajoute froide- € ment le baron, d'après votre manière de voir, cela doit vous être « parfaitement indifférent, et c'est me faire à moi un très-grand plai- « sir. » — « Oh ! qu'à cela ne tienne, s'écria-t-il alors, en éclatant de « rire ; je veux au moins vous prouver qu'on fait tort aux Juifs, en les < accusant d'obstination et d'un insurmontable entêtement. D'ailleurs « vous me fournissez là un très-joli chapitre pour mes notes et impres- « dons de voyage. > — 11 se laisse donc passer au ccl un ruban, auquel était attachée la médaille bénite.

Quelques jours se passèrent, sans que Ratisbonne fit un seul pas vers la vérité , sa volonté restait la même, son esprit toujours railleur, ses pensées toujours aux choses de la terre. Enfin, le moment de la grâce arriva. Entré dans l'église de Saint-André délie fratte, il la parcourait d'un air froid et indifférent, attendant que son ami le baron de Bussiére, qui l'avait quitté pour quelques minutes, vint le rejoindre. En effet, le baron arrive, et quelle n'est pas sa surprise! il apergoit Ratisbonne agenouillé devant la chapelle de l'ange saint

Michel ; il s'approche de lui, le pousse trois ou quatre fois, »Yanl qu'il s'aperçoive de sa présence, et ne peut obtenir de lui que des exclamations entrecoupées de sanglots. — « Ah ! que je suis heureux ! qui < Dieu est bon! quelle plénitude de grâce et de bonheur ! que ceui « qui ne savent pas sont à plaindre ! > — En même temps, il tirail de son se-.i la médaille miraculeuse, qu'il couvrait de baisers et de larmes. Il demande aussitôt à être conduit chez un confesseur; il veul savoir quand il pourra recevoir le baptême, sans lequel il ne saurail plus vivre. Arrivé auprès du père de Villefort, on l'engage à s'expliquer. Alors il tire sa médaille, l'embrasse et s'écrie en la montrant : « Je l'ai vue, je l'ai vue ! ! I » et son émotion le domine tehement qu'il semble ne pouvoir parler. Mais bientôt, plus calme, il s'exprime ei ces termes : « J'étais depuis un instant dans l'église, lorsque tou « d'un coup je me suis senti saisi d'un trouble inexprimable. J'ai levé ^ les yeux, tout l'édifice avait disparu à mes regards; une seule cha- « pelle avait, pour ainsi dire, concentré toute la lumière ; et, au mi- « lieu de ce rayonnement, a paru debout sur l'autel, grande, bril « lantî, pleine de majesté et de douceur, la Vierge Marie, telle qu'elle c est sur ma médaille. Une force irrésistible m'a poussé vers elle ; « la Tierge m'a fait signe de la main de m'agenouiller, elle a semblé « me dire : C'eut bien! elle ne m'a joint parlé; mais j'ai tout com- « pris. » M. Ratisbonne se prépara, dés ce moment, par quelques jours de retraite, à recevoir le baptême. De retour en France, il est entré dans la compagnie de Jésus, et il est maintenant un des plus fervents ouvriers évangéliques.

DEUXIEME INSTRUCTION

Divinité de Jésus-Christ. — Il y a en Jésus-Chr/st deux natures, deux entendemetils, mais une seule personne. ,— Les abaissements du Verbe éternel dans son Incarnation sont le principe de notre grandeur.

D. Jésus-Christ est-il Dieu ?

R. Oui, Jésus-Chi-ist est Dieu et homme tout ensemble.

Jésus-Christ est Fils de Dieu, mais Fils égal à son Père, son image parfaite, la splendeur dje sa gloire, Dieu de Dieu, lumière de lumière^ vrai Dieu de vrai Dieu, comme nous le chantons tous les dimanches au Credo de la messe. Il n'a point été créé, mais engendré ; consubstantiel au Père et au

Saint-Esprit, il a, avec eux, une même nature, une même substance, les mêmes perfections, en un mot, il est \Taiment Dieu.

Nous n'avons qu'à ou\Tir les saintes Écritures, et nous y trouverons cette vérité consignée presque à chaque page. Longtemps avant qu'il parût sur la terre, les Prophètes attribuaient au Messie le nom et les caractères de la Divinité. Le Psalmiste le désignait simplement sous le nom de Dieu : « Votre trône, ô Dieu, est de toute éternité, et c'est pour cela que votre Dieu vous a donné l'onction qui vous distingue (1).» — Isaïe l'appelle Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous, l'admirable, le conseiller, le Dieu fort, le Père du siècle à venir (2). — Et ce nom propre de Dieu, incommunicable à la créature, Jéhova, ce nom inetTable qui exprime l'existence éternelle, nécessaire, indépendante, et que les Juifs n'osaient prononcer par respect, les Prophètes le donnent au Messie (3).

Les livres saints donnent encore à Jésus-Christ toutes les qualités divines, toutes les perfections qui ne conviennent qu'à la Divinité. — L'éternité : a Jésus-Clirist était hier et aujourd'hui, et il est le môme dans tous les siècles (4). » — La toute-puissance : a Tout a été créé par lui et en lui (5). » — L'immutabilité : a Les cieux sont l'ouxTage de vos mains, ils périront, mais vous demeurerez toujours le même, et vos années ne passeront point (6). » — La connaissance de toutes choses, la science souveraine : a Seigneur , vous savez tout (7). » En lui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de k science (8). Il connaît les pensées des hommes, il sonde

(1) Psal, XL!V, 7,8. — (2) Is., vu, 14 ; ix, G.

(3) Is., XLii, 8. — Jerem.^ m, 5. — Zach., xi, 12. — Mal., m, 1.

(4) Jesus-Chriatus heri et hodié, ipse et in saecula. Ueh.: x)ii, 18.

(5) Omnia per ipsum et in ipso creata sunt. Col., I, 16.

(6) Opéra manunm luarum sunt cœli; ipei peribun' ; lu autem idem ipse es et anni tui non déficient. Eeh., x, 11.

(7) Domine, tu omnia nosti. Joan., xxi, l7.

(8) In quo sunt omres ihesauri sapienliœ et scientiae absconditi, CoL, II, 3.

les cœurs et les reins. — L'immsnsité : « Il nous apprend de lui-môme, qu'il est tout à la fois dans le ciel et sur la terre (1). »

Mais écoutons ses propres paroles^ qui doivent être la règle infaillible de notre foi. a 11 n'a pas regardé comme une usurpation, nous dit saint Paul, de s'égaler à Dieu, quoiqu'il eût paru sous la forme d'un esclave (2). » — « Tout ce qu'a mon Père, disait-il, est aussi à moi (3). » Il a donc, par conséquent, la même Diviiâté que son Père. — « Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier , le principe et la fin, » nous assure-t-il par la bouche de saint Jean (4). Pouvait-il nous rien dire de plus fort, pour nous donner une idée de sa grandeur et de sa majesté suprêmes ? — a Mon Père et moi, nous ne faisons qu'un (5). » Ces paroles sont assez claires ; et les Juifs, en les entendant, en furent tellement scandalisés, qu'ils prirent des pierres pour le lapider, parce que, disaient^ils, étant homme, il se faisait égal à Dieu. Ils comprenaient donc parfaitement ce que n'ont pas voulu comprendre depuis certains impies.

Nous trouvons encore dans les saintes Écritures que toutes les opérations de la Divinité qui conviennent au Père, conviennent aussi au Fils. — 1° Les œuvres de la nature, la création, la conservation, a Tout a été fait par lui et rien n'a été fait sans lui (6). » — o C'est par lui et en lui que tout subsiste dans le ciel et sur la terre (7). » — a Mon Père agit sans cesse, et moi j'opère avec lui, » dit Jésus-Christ juimême (8). Or, n'est-ce pas là le caractère essentiel etdis-

(1) Filius hoiiiinis qui est in cœlo. Joan., m, 13

(2) Non rapinam arbitratus est esse se aequalem Deo. Philip.j u, 6. (.3) Omnia quœcumque habet Pater mea sunl. Joan., xvi, 15.

(4) Ego sum Alpha et Oméga , primus et novissimus. Apoc, XXII, 12.

(6) Ego et Pater unum sumns. Joan., x, 30.

(6) Omnia per ipsum facla sunt et sine ipso factura est nihiL oan., 1, 3.

(7) In ipso condila sunt universa. Col,, i, 16.

(8) Pater meus usque modo operalur, et ego operor loan. ▼. 17t

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