DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST. Î4J
tinctif de la Divinité? — 2° Les œuwes de la grâce, la justification et la sanctification des âmes. Qui a le pouvoir de remettre les péchés? Certainement Dieu seul (l). Or, Jésus- Christ a remis les péchés en son propre nom.. Et, pour prouver à ses ennemis qu'il avait réellement ce pouvoir, il a fait un miracle à leurs yeux, en guérissant soudainement un paralytique de trente années. Qui peut encore donner la grâce, la paix, la vie éternelle? N'est-ce pas encore Dieu seul ? Or, saint Paul nous dit que la grâce et la paix viennent de Dieu, notre Père, et de Jésus-Clirist notre Seigneur (2). Et saint Jean nous assure que Jésus donne la vie éternelle à ceux qui croient en lui (3).
Enfin, il nous est commandé de rendre au Fils les mêmes hommages qu'au Père. — Même adoration : a Le Père éternel, en l'introduisant dans le monde, a ordonné à ses anges de l'adorer (4). » — « Devant lui tout genou doit fléchir, au ciel, sur la terre et en enfer (5). d — Même foi : a Vous croyez en Dieu, dit Jésus-Christ, croyez aussi en moi (6). » — Même espérance : a Le Christ Jésus est notre es})oir, dit saint Paul. » — Même amour, même obéissance, même fidélité : « Si quelqu'un m'aime, dit Noire-Seigneur, il gardera mes commandements, et mon Père l'aimera ; nous viendrons en lui, et nous établirons chez lui notre demeure (7). D — Le Sauveur lui-même exige que tous honorent le Fils, comme ils honorent le Père ; eût-il jamais osé prétendre à ce culte suprême, s'il n'était Dieu ?
(1) Quis potest dimiltere peccata, nisi solus Deus? Luc, v, 21.
(2) Gratia vobis et pax à Deo Pâtre nostro et Domino Jesu Christo. Rom,, I, 7.
(3) Qui crédit in Filium habet vitam aelernam. Joan., m, 36.
(4) Et adorent eum omnes angeli Dei. Heb., i, 6.
(5) Ul in nomine Jesu omne genu fleclalur cœlestium, terrestriam et infernorum. Philip., ii, 10.
(6) Creditis in Deum, et in me crédite, /oan., iiv,
(7) Si quis diligit me, sermonem meam servabit, et Pater meua diUget eam, et ad eum veniemas, et mansionem anud eum faciemus, Joan., VI, 38.
Apres tant ^X de si formels témoignages^ qui pourrait ne pas leconnaître la divinité de Jésus-Christ? Nous la verrons encore se manifester plus vivement à nos yeux^ dans tout co qu'il nous reste à dire sur la naissance, les miracles, la vie et la mort de Notre- Seigneur, car Dieu a voulu que cette vérité fat plus claire que le juur. Nous pouvons donc le proclamer hautement : Jésus-Christ est Dieu, vrai Dieu, Dieu pai'fait. «Toute la plénitude de la Divinité, dit saint Paul, habite en lui corporellement (1), c'est-à-dire en substance et non en figure, par la nature de son être et non par une coniinimicalion de la grâce. Dire que Jésus-Christ n'est pas Dieu, ce serait donc un blasphème horrible; ce serait fouler aux pieds les oracles les plus sacrés, déchirer TAncien et le Nouveau Testament; ce serait n'être plus chrétien ^
Or, le Verbe qui était en Dieu de toute éternité, le Verbe qui était Dieu, s'est fait chair et a daigné habiter pai^mi nous; il s'est réellement et substantiellement uni à notre nature. Jésus-Christ est donc Dieu et homme tout ensemble; et, par conséquent, il réunit en son adorable personne les deux natures divine et humaine. Par la première, il est consubstantiel à Dieu son Père ; par la seconde, il s'est fait entièrement semblable aux hommes.
Ces deux natures sont entières, complètes l'une et l'autre, et revêtues chacune de ses attributs et de ses propriétés essentielles. Jésus-Christ est donc Dieu parfait et homme parfait. Gardons-nous bien de croire qu'en se faisant homme, il ait cessé d'être Dieu : il est toujours demeuré ce qu'il était, toujours le Dieu fort, quoiqu'il se soit tait petit enfant; toujours lo Tr. 5-Iîaut, cpioiqu'il se soit abaissé jusrju'à nous ; toujours le Dieu immense, quoique enfermé dans le sein d'une vierge; il est venu parmi nous, sans cesser d'habiter les demeures éternelles; de sorte qu'il n'a perdu aucune des perfections rte sa nature infinie, quoiqu'il ait pris les imperfections de la nuire, et il est toujours le même Dieu qu'auparavant.
(1) In ipso inkabitat omnis plénitude divinitatiscorporali or. €ol.ii,9.
D'un autre côté, Jésus-Christ est véritablement homme, car ce serait une impiété de dire que son corps et tout son extérieur n'étaient qu'une apparence humai ne,- comme l'avaient rêvé quelques hérétiques, qui prétendaient que la nature humaine était absorbée par la nature divine, de même qu'une goutte de miel se perd dans la mer, ou qu'un peu de cire est consumée dans un brasier. L'Église a frappé d'anathème cette grossière erreur. « Nous enseignons, disent les Pères du quatrième concile général, qu'on doit reconnaître le même Jésus-Christ parfait dans sa divinité, le même Jésus-Christ parfait dans l'humanité, inconfu sèment, immuablement, individuellement, inséparablement*. »
C'est à cause de la distinction de ces deux natures que nous disons tantôt que Jésus-Christ est égal à son Père, tantôt qu'il lui est inférieur. Jésus-Christ dit de lui-même : Mon Père et moi nous ne faisons quun, cela est vrai de la nature divine ; mon Père est plus grand que moi, cela est vrai de la nature humaine.
Ces deux natures étant réellement distinctes et ayant chacune les opérations qui lui sont propres, il s'ensuit qu'il y a encore en Jésus-Clu-ist deux volontés, l'une divine et l'autre humaine ; car la volonté est essentielle aux natures intelligentes et spirituelles. Aussi voyons-nous que Jésus- Christ disait de lui-même : « Je ne suis pas venu pour faire ma volonté, mais celle de celui qui m'a envoyé (1). » Il avait donc une volonté différente de celle de son Père; c'était sa volonté humaine. ISous savons d'ailleurs qu'en tant que Dieu, il avait la même volonté que son Père ; c'était la volonté divine. Mais, comme on ne peut supposer en Jésus- Christ rien de désordonné, sa volonté humaine était parfaitement soumise à sa volonté divine, non pas cependant de manière qu'il ne lui restât plus d'activité, ni d'action propre; loin de là, nous voyons qu'au jardin des Olives, elle éprou-
(1) Descendi de cœlo, non ui faciam volunlatem meam, sed voluntatem ejus qui misit me. Joan., vi, 38.
vait des répugnances aux approches de la mort (1), tandis que sa volonté divine embrassait les plus affreux supplices, avec la plus vive ardeur et une héroïque avidité.
L^union des deux natures en Jésus-Christ ne souffre point de mélange, ni de contusion; nous l'avons déjà dit. Mais gardons-nous de donner dans un autre extrême, en nous figurant que, dans l'incarnation. Dieu et l'homme ne se sont unis que de volontés, de sentiments, d'intérêts, ou bien par adoption, par communication de gloire, et que ce n'est, par conséquent, qu'une union de complaisance et d'amour, à peu près comme celle que Dieu veut bien avoir avec les anges et les saints. Les premiers conciles ont foudroyé cette erreur. Le Verbe, en se faisant chair, a réuni réellement et substantiellement la nature divine avec la nature humaine, de telle sorte qu'en Jésus-Christ, il n'y a point deux personnes, mais une seule personne, et que le Fils de Dieu et le Fils de l'Homme ne sont pas deux Christ, mais un seul et même Jésus-Christ, Fils de Dieu et vrai Dieu en sa nature divine. Fils de l'Homme et vTai homme en sa nature humaine. Et, comme ce n'est point l'homme qui s'est uni à Dieu, mais Dieu qui s'est uni à l'homme, c'est la personne divine qui subsiste seule en Jésus-Christ; la nature humaine n'a point en lui de personnalité particulière. C'est un grand mystère, sans doute, un mystère incompréhensible comme celui delà Trinité. Il y a cependant des hommes, dit saint Augustin (2), qui demandent raison de cette alliance ineffable, et qui voudaient qu'on leur fît comprendre comment Dieu et l'homme ont pu s'unir assez étroitement pour ne faire qu'une seule personne. Ce grand docteur le leur explique aussi bien qu'on puisse le faire, par une compaiaison tirée de notI^^ propre nature, a Comprenez-vous, leur demande-t-il, comment un corps et une âme peuvent être unis assez étroitement pour ne former qu'une seule personne!
(I) Transeat i me calix iste. Matth., xvi, 39. {2) ù. Aug. Epist. XIII, 7.
INCARNATION DU YBRBB. 246
Or, si ce qui fait un homme est un corps et une âme unis en unité de personne, ce qui fait Jésus-Christ, c'est Dieu et l'homme unis aussi en unité de personne (l). » Voilà tout ce qu'il nous est permis de dire sur un sujet si relevé, où la raison se perd, où la foi seule doit nous guider •.
De l'union des deux natures en une seule personne, il suit qu'on peut et qu'on doit appliquer à la personne de Jésus-Christ tous les attributs, toutes les propriétés qui appartiennent soit à la divinité, soit à l'humanité ; qu'en Jésus-Christ, les grandeurs de Dieu conviennent à l'homme, et que les humiliations de l'homme peuvent s'attribuera Dieu, parce que la même personne est Dieu et homme. Ainsi nous pouvons dire, avec une exacte vérité et sans être accusés de blasphème, d'un côté, qu'en Jésus-Christ Dieu s'est anéanti; de l'autre, que l'homme mérite d'être adoré ; d'un côté, que l'Éternel est né de Mai'ie; de l'autre, que le Fils de Marie est éternel. Nous pouvons dire encore que Dieu a souffert, qu'il est mort pour nous, parce que la chair de Jésus-Christ a été passible et mortelle ; et d'ailleurs, parce que le Verbe de Dieu est égal à Dieu, nous ne faisons point difficulté de dire que la chair de Jésus-Christ est assise à la droite de Dieu. La raison en est que toutes les opérations d'mi être intelligent et libre doivent être attribuées à la personne et non à la natm^e ; c'est ainsi que l'on dit que l'homme mange, repose, quoique cela n'ait lieu que quant au corps; qu'il pense, qu'il réfléchit, quoique cela ne soit que du ressort de l'âme.