PURIFICATION DE MARIE
Tobligeait en aucune manière. Les termes mêmes, dans lesquels elle était conçue, s'expliquaient évidemment en sa faveur, car ils ne peuvent s'entendre que des mères qui ont enfanté selon les règles ordinaires de la nature, et ils supposent au moins quelque ombre de péché (1), Mais qu- Ile souillure y avait-il en Marie, qui avait conçu sans convoitise et enfanté sans douleur ? Qu'y avait-il à purifier dans cette belle vierge plus pure que les rayons du soleil? Elle n'avait pas cessé d'être vierge en devenant mère ; au contraire, elle était devenue par là le temple de la Divinité, l'épouse du Saint-Esprit, et son enfantement n'avait fait que rendre sa virginité plus brillante. Elle était donc incontestablement exceptée de la cérémonie de la Purification. Et ne pourrait-on pas encore ajouter avec plusieurs saints Pères que Marie était au-dessus de la loi, parce qu'elle était la reine des anges, parce qu'elle était la mère d'un Dieu, la mère de l'auteur et du consommateur de la loi ! Mais, ô prodige d'obéissance et de soumission! La grâce, dit saint Augustin, avait élevé Marie au-dessus de la loi, et l'humilité l'assujettit à la loi (2). Elle se garde donc bien de découvrir à qui que ce soit le secret de son enfantement virginal, et de publier ses glorieuses prérogatives; elle aime mieux, par une modestie extraordinaire et une retenue incomparable, passer pour impure aux yeux des hommes ; et, se confondant avec les autres femmes d'Israël, elle ofl're le sacrifice pour le péché, c'est-à-dire pour les immondices légales qu'elle n'a point contractées. Voilà comment elle porte le joug d'une loi servile, dont elle était formellement exemptée.
Où sont, dans le monde, les fidèles imitateurs de Marie, les parfaits observateurs de la loi ? Que de prétextes on trouve pour se dispenser d'observer les commandements de Dieu et pour colorer ses rebellions ! L'un s'excuse sur son
(1) Mundabitur à profluvio. Levit., xn, 7.
(2) Mariam supra legem fecerat gratia; Mariam sub loge fecil homilitas- D. Aug., Lib. contr. Hœrei.
âge ou sa santé ; Tautre sur son travail ou sa condition ; ce lui-ci croit pouvoir s'autoriser de sa naissance ou de sa fortune ; celui-là trouve la loi trop dure, l'adoucit à sa fantaisie, en remet l'exécution à un autre temps, ou la transgresse audacieusement; cet autre craindrait de passer pour un scrupuleux et de s'exposer aux railleries de ses compagnons Que les hommes sont ingénieux à se tromper et à flatter leur amour-propre î
Mais Marie n'examine pas, ne raisonne pas; elle s'en tient précisément à la lettre de la loi sans glose, sans adoucisse^ ment, sans interprétation. Cet homieur de la virginité, dont elle s'est montrée si jalouse, et qui devait faire sa gloire dans toute la postérité, elle consent que l'éclat en soit obscurci sous les dehors d'mie cérémonie humiliante. Cette maternité divine, qui fait toute sa grandeur, elle l'immole, et se résout à passer dans l'estime de tous les siècles pour une femme vulgaire. Quel sacrifice! mais aussi quel courage ! quelle fidélité ! Que les hommes pensent d'elle ce qu'ils voudront, elle ne songe qu'à obéir, parce qu'elle ne conçoit rien de plus grand, ni de plus glorieux, que d'être entièrement soumise aux ordres d'en-haut. Elle se présente donc au temple avec son divin Fils ; et pauvre, elle offre le sacrifice des pamTCS, deux pigeons ou deux tourterelles, animaux de vil prix, mais agréables à Dieu par leur simplicité et leur douceur.
C'est ainsi qu'en toute circonstance, Jésus-Christ a voulu nous faire sentir les avantages de la pau\Teté, et il en étale les marques en tout et partout, afin de nous guérir de cet orgueil qui nous aveugle et nous corrompt.