VIE CACHÉE DE JÉSUS. 33S
ceux qui ont pu le voir^ plus heureux ceux qui ont profité ûe sa présence !
De nos jours, nous voyons bien les parents, les mères surtout, mettre tous leurs soins à procurer à leurs enfants ces grâces, extérieures qui les rendent agréables aux yeux des homrnes. Mais s'appliquent-elles également à cultiver leurs heureuses dispositions pour la vertu, et à les aider à conserver la grâce de Dieu ? Hélas ! que d'enfants, à peine parvenus à Tâge de raison, ont déjà perdu leur innocence ! Et nous-mêmes, rappelons-nous nos premières années : hélas ! peut-être à mesure que nous avons crû en âge, nous avons crû aussi en malice; peut-être nos péchés se sont multiphés encore plus que le nombre de nos jours. Aujourd'hui , prions le divin Sauveur et conjurons-le, par la sainteté de son enfance, de nous pardonner les désordres de la nôtre et toutes les fautes de notre vie, et que désormais notre amour pour Dieu croisse et se fortifie sans cesse, jusqu'à notre dernier soupir.
L'Évangile nous apprend que Jésus-Christ fut soumis à Joseph et à Marie. Voilà tout son emploi, tout son exercice, pendant ce long espace de trente ans (1). Y a-t-il rien de plus capable de confondre nos continuelles révoltes contre Dieu et tous nos prétextes de désobéissance, que cet exemple de Jésus-Christ? Considérons quel est celui-ci qui obéit : c'est le Fils de Dieu, le créateur et le souverain maître de l'univers! A qui obéi Ml? A deux de ses créatures, à un homme, à une femme infiniment au-dessous de lui, et qui n'ont sur lui d'autre autorité que celle qu'il veut bien leur donner. En quoi obéit-il ? Dans des choses basses par elles-mêmes, communes et pénibles, dans la pratique d'un art mécanique. Il travaille avec Joseph, il partage avec Marie les soins nécessaires pour le bon ordre de la maisom Comment obéit-il ? Exactement, ponctuellement, sans rien omettre ni négliger des moindres offices ; il regardait la volonté
(1) Et erat subdilus illis. Luc, ii, 51.
33 4 HUITIÈME LEÇO>. \
de Marie et de Joseph comme la volonté de Dieu, son ' Père. Par cette humble soumission, il a réparé la révolte de notre premier père ; il a relevé le mérite de l'obéissance en la consacrant en sa personne, et nous Ta rendue douce et légère. Enfants, apprenez à obéir à vos parents; serviteurs, obéissez à vos maîtres ; obéissons tous à nos supérieurs comme à Dieu, et comme un Dieu a obéi.
Ainsi notre divin Sauveur, avant d'évangéliser le monde, a voulu l'édifier par la retraite de sa vie cachée et par l'exemple de ses vertus domestiques. Que cette vie est admirable dans son obscurité et par son obscurité même ! Qui doute que Jésus-Christ n'eût pu se signaler, dès ses premières années, par les plus brillants exploits, et s'attirer la vénération et l'amour de tous les peuples ? Mais il a préféré le silence et la solitude; il a laissé la vaine gloire aux enfants du siècle. Du temps qu'il vivait humble et inconnu, dans un coin de la Judée, il y avait des princes, des rois, des conquérants qui remplissaient l'univers du bruit de leur nom; et qu'étaient-ils en comparaison de Jésus-Christ? De pamTCS et viles créatures. Qu'étaient leurs exploits? Rien que folie et vanité. Au contraire, personne ne parlait de Jésus-Clu-ist ; on ne savait ni son nom, ni sa naissance, ni sa demeure ; et cependant sa vie faisait l'admiration des anges, et tous les regards du Ciel étaient fixés sur lui.
En vérité, qui ne serait saisi d'étonnement en considérant cet Homme-Dieu, qui possédait dans un suprême degré tous les dons de la nature et de la grâce, ce Verbe incarné, qui était rempli de tous les trésors de la sagesse et de la science, vivre cependant comme un homme vulgaire, dans l'étroite enceinte d'une maison pauvre, dénuée de tout agrément et même de bien des choses nécessaires à la vie ? Quelle merveille de voir ces mains adorables qui ont formé le ciel et la terre, s'employer à des occupations servîtes, à faire l'ouvrage d'un charpentier ! Car il travaillait lui-même à la boutique de son père; et, pendant trente ans, il ne fut connu que comme fils de charpentier et comme char-