LIMBES DES PÈRES
sa race, par qui toutes les nations de la terre sont bénies,
Isaac s'applaudit d'avoir été la figure de son divin sacrificC;, dont il recueille le fruit.
Jacob adore ce Sauveur qui avait fait toute son espérance; il voit celui qui devait être envoyé et qui avait fait Tattente de toutes les nations.
David tressaille de joie et admire cet héritier de son trône, qui va régner au milieu de ses ennemis et les réduire à n'être que l'escabeau de ses pieds; qui doit réparer les ruines et les vides du ciel , en remplaçant les anges apostats par les hommes qu'il leur a substitués.
Job reconnaît que son Rédempteur est vivant ; il le voit des yeux de son esprit ; il adore celui dont l'espérance faisait la joie et le repos de son cœur.
Ce fut un jour de triomphe pour toute cette sainte compagnie. Dès l'instant que l'âme de Jésus-Christ fut parmi eux, les limbes devinrent un vrai paradis (l). Jésus-Christ permit à un certain nombre de se revêtir du corps qu'ils avaient eu auparavant, pour aller faire part à leurs parents de leur bonheur et de leur joie; et ce fut dans l'intervalle de la Résurrection et de l'Ascension de Jésus-Christ que ces Saints ressuscites apparurent à plusieurs personnes dans Jérusalem. Enfin, tous se disposèrent à accompagner Jésus-Christ à son entrée triomphante dans le ciel, et à aller prendre possession, après une si longue et si vive attente, des trônes de gloire que leur avait mérités leur foi et leur amour.
Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur! Admis en la société de leur Dieu, ils goûtent dans son sein les délices ineffables qu'il a préparées à ceux qui le servent.
(1) Ex interno paradisum fecit ; nain ubi Christus, ibi cœlura. D.Chrys. Serm. 2, n. 32,
TRAITS HISTORIQUES
La coutume des Juifs n'était pas d'enterrer les morts. Chacun, selon ses moyens, faisait pratiquer dans quelque roche une forme de petit cabinet, où l'on mettait le corps que l'on étendait sur une table du rocher même, et puis on fermait ce lieu avec une pierre que l'on plaçait devant la porte. La grotte, où fut déposé le corps de Jésus- Christ, ne pouvait manquer de devenir un objet de vénération pour les chrétiens ; et, pour la mettre à l'abri des profanations ou des insultes sacrilèges, ils bâtirent un temple immense qui recouvrait le saint sépulcre, le mont Calvaire, qui n'était qu'à cinquante pas de là, et les divers endroits où le Christ s'était arrêté en portant la croix; et l'on vit les pèlerins de tous les pays et de tous les rangs y accourii en foule.
Quand la terre sainte fut tombée au pouvoir des Infidèles, l'Europe entière sarma pour la délivrance du tombeau de Jésus-Christ. Jamais il n'y avait eu un élan si universel. Un gentilhomme picard, nommé Pierre l'Ermite, nouvellement arrivé de la Palestine, où il avait vu les profanations de la tombe sacrée et les avanies et vexations de toute espèce auxquelles les chrétiens étaient exposés de la part des Turcs, échauffa toutes les têtes par le récit des maux dont il avait été le témoin ou la victime. Vêtu d'une robe grossière, les pieds et la tète nus, ayant pour ceinture une corde, et portant à la main un crucifix qu'il arrosait souvent de ses larmes en se frappant la poitrine, il traverse les villes et les provinces^ haranguant la multitude, conjurant au nom de Dieu les princes et les p-uples de s'armer pour aller secourir les saints lieux. A sa voix, tous les cœurs s'émeuvent, tous les bras se préparent. Le pape Urbain II vient en personne exciter les Français à cette entreprise toute nouvelle. Il la prêche au milieu de la place publique de Clermont, en Auvergne, comme un moyen d'expier les péchés. Soldats de l'enftr, s'écriait-il, devenez soldats de Dieu. De toutes parts retentit le cri mille fois répété de Dieu le veut! Dieu le veut! Des croix rouges sont distribuées à ceux qui s'engagent sous la bannière du Christ, et attachées sur leurs manteaux. Et c'est de là qu'on a donné à ces guerriers le nom de croisés, Qik^ leurs expéditions celui de croisades. Le chef et le principal héros de la première croisade fut Godefroide Bouillon, duc de la basse Lorrainejdont la pié»'* seule égalait le courage. Sous la conduite de te vaillant guerrier, après des fatigues et des combats de tout genre, l'armée des croisés arriva dans la terre sainte ; et, après s'être emparée de plusieurs places fortes, marchant toujours vers son but, malgré la fsiui^
la soif et les miiladies qui la décimaient, elle fiî llotler l'étendard béni de la Rédemption sur les murs de Bethléem, pour annonçai aux malheureux chrétiens de Jérusalem que l'heure de la délivrance allait sonner.
Quand la ville sainte s'offrit aux regards de* croisés, semblables aux malheureux battus par la tempête qui retrouvent des forces pour crier terre ! terre! ils se jetèrent à genoux sur ces bords sacrés, et» élevant leurs mains suppliantes vers le ciel, ils s'écrièrent : Jérusalem ! Jérusalem ! De suite, ils voulurent monter à l'assaut; mai» repoussés par les Infidèles, ils se résignèrent aux longueurs d'un siège qui dura vingt-neuf jours. Le moment venu de tenter un dernier effort, l'armée entière s'y prépara par le jeûne et la prière ; elle fit une procession autour des murailles de la ville, portant devant elle le signe de la Rédemption et les images des Saints, et rentra dans le camp, le cœur brisé et gonflé d'indignation, en voyant les outrages que les Sarrasins faisaient subir à la croix, qu'ils avaient placée sur les murs par dérision. Ce fut un vendredi (25 juin 1099), à l'heure même qui avait vu expirer le Sauveur des hommes, à trois heures de l'aprés-midi, que les croisés pénétrèrent dans l'intérieur de la ville, et parvinrent, après tant d'années de soupirs, de larmes et de souffrances, à la délivrer du joug des Mahométans. La ville prise, le massacre fut grand. Dans son zèle peu éclai^ré, le croisé s'imaginait frapper dans chaque juif ou dans chaque sarrasin un des bourreaux de Jésus-Christ. Ce ne fut que quand les chrétiens crurent avoir assez vengé le Sauveur, qu'ils abandonnèrent leurs armes, et coururent pieds nus vers le saint tombeau, l'arrosant de larmes amères, comme pour le laver des souillures dont l'avait profané le contact des Infidèles. Godefroi de Bouillon fut proclamé, d'un suffrage unanime, roi de Jérusalem. Il accepta la dignité, mais il ne voulut être ni sacré, ni couronné: « Dieu me garde, dit-il, en repoussant les ornements royaux, que je porte une couronne d'or là ou le Roi des rois, notre Seigneur Jésus-Christ, a porté une couronne d'épines. >
Quand nous lisons les exploits de ces héros chrétiens, et que noui y voyons réunie tant de bravoure à tant de religion, nous sommes fiers d'appartenir à la nation qui les a enfantés; mais, d'un autre côté, de tristes pensées pèsent sur nos âmes, et nous disons : Leurs descendants ont bien hérité de leur courage; mais, hélas! ont-ils également hériié de leur foi et de leur piété?
Le tombeau de Jésus -Christ demeura quatre-vingt-huit ans sons la puissance des successeurs de Godefroi de Bouillon. Ensuite la ville sainte retomba sous le joug musulman ; et, malgré plusieurs autres expéditions tentées à diverses reprises, on n'a jamais pu la leur arracher. Ce sont donc maintenant les ennemis de la croix, les Tares qui ont les clefs de l'église du Saint-Sépulcre, et qui vendent
aux chrétiens la permission d'y aller adorer Jésus-Chrisl. Une fois dans le temple, il n'en faut point sortir sous peine de payer un nouveau droit, aussi voit-on de pauvres pèlerins y rester enfermés des mois entiers, el recevoir des vivres à travers une petite fenêtre destinée à cet usage et traversée de barreaux de fer.
Le Saint-Sépulcre et la plupart des lieux saints sont desservis pai des religieux cordeliers. Les Turcs souffrent qu'ils remplissent leurs pieux devoirs ; mais, de temps à autre, ils cherchent tous les prétextes possibles pour les mettre à contribution. « Rien ne peut forcer U)s hommes de Dieu à abandonner le tombeau de Jésus-Christ, ni spoliations, ni mauvais traitements, ni menaces de mort. Leurs cantiques retentissent nuit et jour autour du saint sépulcre. Dépouillés le matin par un gouverneur turc, le soir les retrouve au pied du Calvaire, priant au lieu où Jésus-Christ souffrit pour le salut des hommes. Leur front est serein, leur bouche est riante. Ils reçoivent l'étranger avec joie. Sans forces el sans soldats, ils protègent des villages entiers contre l'iniquité. Pressés par le bâlon et par le sabre, les femmes, les enfants, les troupeaux se réfugient dans les cloîtres de ces solitaires. Qui empêche le méchant armé de pouisuivre sa proie et de renverser d'aussi faibles remparts? La charité des moines; ils se privent des dernières ressources de la vie pour racheter leur» suppliants. » Chateaubr., Itinér.
Ecoutons encore l'illustre auteur du Génie du Christianisme nous faire part de ses pieuses impressions dans l'église du Saint-Sépulcre.
« Les lecteurs chrétiens, nous dit-il, demanderont peut-être quels furent les sentiments que j'éprouvai, en entrant dans ce lieu redoutable ; je ne puis réellement le dire. Tant de choses se présentaient à la fois à mon e.sprit, que je ne m'arrêtais à aucune idée particulière. Je restai près d'une demi-heure à genoux dans la petite chambre du sépulcre, les regards attachés sur la pierre, sans pouvoir les en arracber. L'un des deux religieux qui me conduisaient, demeurait prosterné auprès de moi, le froni sur le marbre; l'autre, l'Évangile à la main, me lisait à la lueur des lampes, les passages relatifs au saint tombeau. Tout ce que je puis assurer, c'est qu'à la vue de ce sépulcre triomphant, je ne sentis que ma faiblesse; et, quand mon guide s'écria avec saint Paul : « 0 mort, où est ta victoire? 6 mort, où est ton aiguillon? (1) > je prêtai l'oreille, comme si la mort allait répondre qu'elle était vaincue et enchaînée dans ce monument. >
Itinér.
Quand on voit une si forte intelligence animée de la plus \ive
(1) Uni est, mors, Victoria tua? ubi est, mors, stimulus tuus? L Cor., XV, 56.
foi pour les mystères augustes de notre religion, et pénétrée de respect pour les lieux où ils se sont accomplis, que penser tie nos petits philosophes qui se croient de grands esprits, parce qu ils ne veulent pas croire à l'Évangile
DEUXIÈME INSTRUCTION
Résurrection de Jésus-Christ. — Elle est le plus solide fondement do notre foi, et une preuve incontestable de la Divinité de Jésus. — Fête de Pâques.
D. Le corps de Jésus-Christ demeura-l-il longtemps dans le sépulcre ?
R. Non, il ressuscita le troisième jour après sa mort.
Jésus-Christ était entré dans le royaume de la mort^ non pas comme son sujet, mais conrune son souverain ; non pas comme esclave, mais comme vainqueur. Les Juifs, en l'enfermant dans le sépulcre, avaient cru qu'il en serait de lui comme du commim des hommes. Mais quelle différence ! Le sépulcre est pour nous une demeure de mort ; et, à regard de Jésus-Christ, il fut une source de vie et comme le sein d'une mère, mais un sein tout nouveau, qui, par un prodige sans exemple, dit saint Pierre Chrysologue, avait conçu un mort et enfanta un vivant (i). Il avait été écrit que le Fils de Dieu n'éprouverait point la corruption du tombeau, qu'il serait libre parmi les morts (2), libre de reprendre la vie quand il lui plairait, comme il l'avait quittée au jour et à l'heure qu'il l'avait voulu.
Quand donc le moment fut arrivé, c'est-à-dire dès le grand matin du troisième jour, l'àme glorieuse de Jésus- Christ, sortant des limbes , pénétra la pierre du sépulcre sans l'ouvrir, et se réunit miraculeusement à son corps. A
(1) Uteri nova forma, morluum concipit, parit vivum. D. Chrysil. Serm. 74.
(2) I.-ïter mortuos liber. Psal. lxxxvii, 6.
l'instant Jésus-Christ, débarrassé des liens et des suaires qui Tenvironnaient^ sortit du tombeau sans ôter la pierre qui le fermait, sans rompre ni endommager les sceaux que Pilate y avait fait mettre *.
Ce mystère s'opéra dans le secret ; les gardes ne s'aperçurent de rien et n'en avaient pas même le moindre soupçon^ lorsque tout à coup un ange descendit du ciel. Son visage était brillant comme l'éclair, son vêtement blanc comme la neige, et à son approche la terre trembla. Cet esprit céleste brisa les sceaux sacrilèges qu'on avait mis au sépulcre, écarta l'énorme pierre qui en fermait l'entrée, et s'assit dessus, lançant des regards foudroyants sur la troupe armée qui l'environnait. A la vue de cette force supérieure, à laquelle nulle puissance humaine n'aurait pu résister, au feu de ses yeux, à l'air menaçant qui éclatait sur son visage, les gardes furent frappés d'une telle frayeur qu'ils en devinrent comme morts ; et, s'il leur fut permis ensuite de se relever et de s'enfuir, ce ne fut que pour raconter aiïx Juifs leur défaite, leur honte et la gloire de Jésus.
Notre divin Sauveur ressuscita donc le troisième jour après sa mort, comme il l'avait lui-même prédit. Il fut mis dans le tombeau le vendredi, il y resta le samedi tout entier; et le dimanche, qui était le troisième jour, il ressuscita quelques heures après minuit.
C'est le mystère le plus grand et le plus glorieux de la vie de Jésus-Christ, puisque c'est par sa Résurrection qu'il a triomphé du péché, de la mort et de l'enfer, et que se relevant de toutes les humiliations qu'il avait subies, il a fait éclater sa puissance, à la confusion de tous ses ennemis.
Ce mystère est encore le plus solide fondement de notre foi ; c'est le fait principal sur lequel repose la Divinité du christianisme ; et voilà pourquoi il a plu à Dieu de le rendre le plus certain et le plus incontestable. Dans son admirable Providence, il en a tellement disposé toutes les circonstances qu'on se sent subjugué aussitôt par la force
RÉSURRECTION DE JÉSUS-CHRIST. 4 J i
de la vérité. Et, ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que Dieu, pour établir cette foi de la Résurrection d'une manière qui ne laisse plus de doute, s'est servi précisément de deux moyens qui naturellement auraient dû être des obstacles, je veux dire la haine des Juifs et l'incrédulité des apôtres.
Voyez, en effet, ce qui arriva après la mort de Jésus- Christ. A peine fut-il expiré, que les Juifs, bien instruits de la prédiction qu'il avait faite de sa Résurrection, voulurent, dans leurs folles idées, en empêcher l'accomplissement. Que ne firent-ils pas pour prévenir toute surprise ? Ils fermèrent d'une grosse pierre l'entrée du sépulcre ; ils y apposèrent les sceaux publics; ils y placèrent des satellites pour en défendre l'accès (1). Par ces mesures, ils se constituaient dépositaires et gardiens du corps de Jésus, et s'engageaient tacitement à le représenter, après les trois jours fixés pour la Résurrection, afin de convaincre par là le Sauveur d'imposture et de le faire passer poiu* un faux prophète, aux yeux de toute la nation. Mais qu'arriva-t-il? Malij;ré toutes leurs précautions et tous leurs soins, dès le matin du troisième jour, les sceaux sont brisés, le sépulcre est ouvert, le corps a disparu, les linges seuls restent. Quel a été donc l'eftet de la prévoyance des Juifs? à quoi ont abouti leurs efforts? Plus ils ont apporté d'exactitude à faiio garder le tombeau, plus ils nous donnent de marques évidentes que Jésus en est sorti; plus ils y ont mis de gardes, plus ils ont augmenté le nombre des témoins et rehaussé l'éclat de la Résurrection.
Maintenant que le sépulcre est vide et que les apôtres prêchent partout la Résurrection de leur maître, que peuvent i^enser les Juifs ? qu'ont-ils à dire ? Le fait de cette Résurrection ne doR-il pas être à leurs yeux de toute évidence ? et, par conséquent, n'auraient-ils pas dû, tomber à
(1) Munierunl sepulcrura, signantes lapidem , cum cuslodibus. Mat^., XXVII. 66.
genoux devant la croix, faire pénitence de leur déicide, et adorer Jésus, si la haine la plus inconcevable ne les eût aveuglés, si leur cœur n'eût été prodigieusement endurci?
Mais, malgré les remords de leur conscience, ils s'efforcent de <îombattre un fait de la vérité duquel ils sont intimement convaincus, et les voilà qui corrompent le témoignage des soldats, en leur donnant une grosse somme d'argent, afin qu'ils disent que, pendant leur sommeil, les disciples de Jésus sont venus et ont enlevé le corps. Fable ridicule, absurde, qui se détruit par elle-même, et qu'ils avaient pris soin de réfuter d'avance, par les précautions dont ils avaient entouré le sépulcre. Car, enfin, sont-ils en droit d'alléguer cet enlèvement, après qu'ils l'ont prévu et qu'ils ont pris, pour l'empêcher, toutes les mesures que leur dictait la prudence éveillée par la haine ? Si le tombeau n'avait pas été gardé, ils auraient pu dire tout ce qu'ils auraient voulu ; le prétendu enlèvement eût paru waisemblable. Mais n'est-ce pas un mensonge visible que de venir nous dire que les disciples ont forcé le sépulcre, pendant que les gardes dormaient ? Quoi ! les gardes dormaient tous à la fois? Quoi! pendant une opération qui nécessitait beaucoup de bruit, de tumulte, de mouvement ; pendant qu'on brisait les sceaux, qu'on soulevait l'énorme pierre, aucun des gardes ne s'est éveillé ? Mais si les gardes dormaient, comment savez-vous, ô Juifs, que les disciples ont enlevé le corps ? Comment pouvez-vous l'assurer? Quels témoins en avez-vous ? — Les gardes. — Vous n'y pensez pas ; quelle extravagance de nous donner pour témoins des gens qui dorment (1) !
Que d'autres circonstances servent encore à confondre les Juifs ! Quoi ! ces soldats qui, par un oubli sans exemple de la discipline militaire, se sont endormis et ont ainsi favorisé la soustraction d'un dépôt confié à leur garde, et qu'on pourrait justement accuser d'avoir été de . conni-
(1) Dortiùentes testes adbibesi D, Àug. in Psalm lxiii, v. 7»
vence avec les apôtres; ces soldats qui s'en vont dans toute la ville de Jérusalem^ oubliant leur faute, on ne les punit pas ! on leur donne encore de l'argent ! Et les apôtres qui ont insulté à la nation , en brisant les sceaux publics, en violant un tombeau mis sous la sauvegarde des lois, on les laisse tranquilles ! leur attentat demeure impuni ! Quelle suite de contradictions et d'incohérences !
D'ailleurs, pour peu qu'on y réfléchisse, comment supposer que les apôtres, que nous avons vus si timides, si lâches pendant la passion de leur maître, se soient tout à coup transformés en hommes intrépides, capables de tout oser? Gomment croire qu'ils aient conçu le hardi projet d'affronter et de forcer une garde nombreuse et aguerrie ? et qu'avec un danger visible pour leurs personnes, ils aient tenté de tirer le corps du roc où on l'avait mis? — Et encore, comment ont-ils pu conduire leur entreprise si secrètement qu'on n'ait pu découvrir la moindre trace de l'imposture? — Et enfin, quel intérêt avaient-ils à s'exposer à un si grand péril? Pourquoi vouloir faire passer pour un Dieu celui qu'ils savaient très-certainement ne l'être pas? Car, s'ils enlèvent le corps, ils ne croient donc pas que leur maître puisse ressusciter, ainsi qu'il l'a promis ; ils le regardent donc comme un faux prophète, comme un séducteur qui les a trompés et dont ils n'ont rien à attendre. Et, au lieu de renoncer > 'ui, ils soutiendront encore ses intérêts ! et ils s'exposciont à la haine de toute leur nation, à la rigueur des lois, aux persécutions, à la mort, pour faire croire aux autres une Résurrection dont la fausseté leur sera à eux-mêmes clairement connue î De quelque côté qu'on envisage la chose , les vraisemblances y sont choquées, et l'on voit évidemment <![ue l'enlèvement dont on parle, est une chimère. Voilà cependant l'unique défaite des Juifs, pour éluder la Résurrection de Jésus-Christ. Les disciples, disent-ils, ont enlevé son corps. Cette allégation si maladroite et que le bon sens repousse, équivaut à un témoignage formel en faveur du miracle qu'ils veu-
lent nier. C'est ainsi que Dieu se joue des vains conseils des hommes , en permettant que l'iniquité se démente elle-même, et en faisant servir la prudence même des méchants à l'accomplissement de ses desseins. La seule impiété des Juifs, les précautions qu'ils ont prises, leur folle prévoyance suffisent donc pour établir, sur des bases inébranlables, la vérité de la Résurrection de Notre-Seigneiu*.
La certitude de la Résurrection résulte aussi de l'incréduUté première des apôtres. Pendant la vie de Jésus, ils ne pouvaient pas même comprendre ce qu'il leur disait de sa Résiurection ; dans le temps de sa passion, ils en avaient absolument désespéré; et, après sa mort, ils rejetaient, comme des fables et des rêveries^ ce qu'on leur racontait de ses apparitions. On avait beau leur rappeler les prophéties de leur divin maître, leur montrer le sépulcre vide; ils s'obstinaient à ne pas croire. Vainement les saintes femmes^ qui ont été au tombeau de grand matin, leur disent qu'elles ont vu Jésus ressuscité ; ils les traitent de visionnaires (1). Pour croire, ils veulent voir de leurs propres yeux, entendre de leurs propres oreilles^, et toucher de leurs propres mains.
Thomas surtout ne pousse-t-il pas la défiance à l'excès ? Le témoignage des dix autres apôtres, des disciples, des saintes femmes dont il connaissait la probité, la candeur, la piété, les paroles de Jésus-Christ qu'on lui rapporte, le corps disparu, la synagogue alarmée, les gardes confus, tout l'engage à croire, et cependant il persiste dans son opiniâtreté. « Si je ne vois, dit-il, dans ses mains la marque des clous, si je ne porte mon doigt sur la cicatrice de son côté, je n'en croirai rien (2). » Quelle obstination! Voilà les témoins qu'il nous tallait, prompts à voir, lents à croire.
(1) Visa sunt ante illos tanquàm deliramenia verba isla. Lut.f