‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 4)Chapitre 57 sur 66 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

^) Nisi videro... non credam. Joan., xx, 25.

Car^ s'ils avaient cru tout d'abord, on aurait pu suspecter leur témoignage et dire que c'étaient des gens crédules, prévenus en faveur de la Résurrection de leur maître, et qui avaient pris les fantômes de leur imagination pour une réalité, au lieu que leur incrédulité guérit la nôtre et nous affermit dans les plus vifs sentiments de foi. En eflét, ces mêmes hommes, que nous avons vus si déterminés à ne pas croire, ont cru cependant un peu çlus tard ; ils ont cru, et Ton ne peut pas dire que c'est par faiblesse, par légèreté, par une aveugle déférence au sentiment des autres, mai^ bien par l'intime persuasion qu'ils avaient de la Résurrectionde leur maître.

Quand donc nous les voyons, eux auparavant timides^ grossiers, ignorants, devenus tout à coup d'autres hommes, paraitre hardiment en public, publier hautement un miracle qu'ils se sont d'abord efforcés de combattre, annoncer, en toutes langues, que Jésus est sorti vivant du tombeau, citer, sans réplique, les textes formels de l'Ecriture qui avaient prédit ce fait, en soutenir la vérité malgi'é les menaces, les prisons, les plus violentes persécutions, et signer enfin leur témoignage de leur propre sang; une foi si ferme, après une incrédulité si prononcée, ne doit-elle pas opérer dans nos esprits une conviction entière? et quel subterfuge pourrait-il rester à notre incrédulité? C'est pour nous qu'ils ont douté, vu, examiné, cru, parlé, écrit, et qu'ils sont enfm morts. Or, quel témoignage que celui d'hommes qui se laissent égorger, pour soutenir la vérité des faits qu'ils attestent !

Jésus-Christ est donc vraiment ressuscité ; pour le croire, il nous suffit de la parole des apôtres, témoins fidèles, témoins désintéressés, témoins irrécusables. Et ce ne sont pas seulement les apôtres qui nous en assurent, mais encore les soixante-douze disciples, et plus de cinq cents hommes auxquels Jésus-Christ se montra dans une seule apparition, et les princes des prêtres et les pharisiens qui n'osèrent jamais donner un démenti formel aux apôtres,

et les Juifs qui se convertirent, et enfin l'univers entier qui a cru. Ainsi, ce miracle est porté à un si haut degré de certitude, qu'il ne peut être contesté que par Timpiété la plus aveugle.

Et ce miracle une fois reconnu, qu'en résulte-t-il ? Bien évidemment que Jésus-Christ est Dieu, et que la religion qu'il a établie est divine. Jésus-Christ lui-même avait marqué la Résurrection de son corps comme le caractère distinctif de sa divinité. « Cette génération incrédule et a perverse demande un signe, disait-il un jour, en parlant a des Juifs qui sollicitaient sans cesse de nouveaux miraa clés, sans en devenir ni meilleurs, ni plus croyants, il ne a leur en sera point donné d'autre que celui du prophète a Jonas, car, de même que Jonas demeura trois jours dans a le ventre d'une baleine, de même le Fils de l'Homme « restera trois jours dans le sein de la terre (i). » Une autre fois, pressé par les Juifs de s'expliquer clairement au sujet de sa mission, il se contenta de répondre . a Détruisez ce temple et je le rebâtirai dans trois jours (2). » Il appelait avec raison son corps un temple, parce que la Divinité y résidait. Or, Jésus-Christ ayant dit : Je suis le Fils de Dieu, égal à mon Père, Dieu comme lui, et, pour preuve, je ressusciterai trois jours après ma mort, s'il n'était pas tel qu'il se prétendait, il était impossible qu'il ressuscitât; autrement, il faudrait dire que Dieu, qui est la vérité par essence, a fait le plus grand des miracles pour autoriser le plus grand des mensonges, et qu'il nous a lui-même trompés, en ressuscitant un séducteur qui se vantait d'être Dieu et qui ne l'était pas. Donc, si Jésus-Christ est ressuscité, comme il l'avait dit, il est vraiment Fils de Dieu, Dieu lui-même ; et, par conséquent, notre foi est solide et la vérité de l'Évangile évidente.

(1) Math., xxxn, 40.

(2) Solvite templum hoc, et in tribus diebus excitabo illud. Joan. ». 10.

Aussi les apôtres semblaient-ils s'attacher uniquement à prêcher la Résurrection de leur maître; c'est avec la plus grande force et la plus grande énergie qu'ils l'annonçaient aux Juifs (1). Ils la leur opposaient comme une preuve sans réplique : « Ce Jésus que vous avez crucifié^ leur di- Baierit-ilSj Dieu l'a ressuscité le troisième jour, et nous en sommes les témoins (2). » En cela consistait tout le soin et tout le fruit de leur ministère ; et^ lorsqu'il fallut choisir un disciple en remplacement du perfide Judas^ ce fut surtoul po-ur rendre témoignage à la Résurrection (3), comme si leur apostolat eût été réduit à ce seul point. Enfin, l'Évangile tout entier est quelquefois appelé l'annonce de la Résurrection de Jésus-Christ, pour nous faire entendre que c'est là l'article fondamental de notre foi.

Ce n'est pas sans raison que notre divin Sauveur semblait se borner à ce signe, pour nous prouver qu'il était Dieu et Fils de Dieu, parce que c'est là, en effet, de tous les miracles le plus extraordinaire et le plus surprenant. Avant Jésus-Christ, on avait bien vu d'autres hommes ressuscites, mais ressuscites par une vertu étrangère. Élie, par ses prières, avait rendu à la vie l'enfant de la veuve de Sarepta; Elisée, par le souffle de sa bouche, avait ranimé le cadavre du fils de la Sunamite; Jésus-Christ avait ressuscité la fille d'un prince de la synagogue, le fils de la veuve de Naïm, Lazare enterré depuis quatre jours; l'histoire fait encore mention de beaucoup de résurrections semblables, que les apôtres et plusieurs saints personnages ont depuis opérées au nom de Jésus-Christ. Mais la merveille inouïe, qu'on n'aurait jamais pu soupçonner et qui ne s'est accomplie qu'une fois en la personne du Sauveur, c'est que le même homme ait fait tout à la fois le double

(1) Virtute ma^nâ reddebant apostoli tesUmonium resurrecliunis Jesu Christi Domini nostri. Act., iv, 13.

(2) Hune Deus suscilavit terliâ die. Act., x, 41

(3) Oportet testera resurreclionis ejus nobiscum fieri unuDi ex islis. Act., 1, 22.

miracle de ressusciter et de se ressusciter. A Jésus seul il était réservé de sortir du tombeau par sa propre puissance j il ne lui a point fallu de prophète qui priât pour lui^ qui lui commandât de se lever^ qui le tirât par violence du sépulcre ; il s'est suffi à lui-môme^ parce qu'il était le Dieu de la vie et de la mort. D'où nous concluons que la Résurrection de cet Homme-Dieu était la preuve la plus authentique qu'il pouvait donner de sa divinité.

Rendons-lui donc nos devoirs comme à notre souverain maître; disons-lui, comme saint Thomas : «Mon Seigneur et mon Dieu (1); » ou, comme ces vieillards de l'Apocalypse, écrions-nous : « Oui, l'Agneau qui a été immolé est digne de recevoir louange, honneur, gloire, bénédiction et tous les hommages dus à la Divinité (2). »

La fête destinée à honorer le mystère de la Résurrection porte le nom de Pâques. Ce mot est hébreu et signifie selon la lettre passage. Dieu lui-même avait ainsi appelé la principale fête des Juifs, établie en ménwire de leur délivrance de la captivité d'Egypte et de leur transmigration au pays de Chanaan. Mais Jésus-Christ, comme dit saint Paul (3), a été notre Pâque, c'est-à-dire l'Agneau pascal immolé pour nous comme celui de l'ancien peuple, afin de nous préserver des coups de l'ange exterminateur, c'està-dire du courroux céleste ; et, comme il nous a fait passer de l'état de mort où nous étions à la vie immortelle, qui est comme notre terre promise, c'est avec raison que l'Eglise a conservé ce nom de Pâques au jour que notre divin Rédempteur avait choisi pour nous délivrer de la captivité du péché.

La fête de la Résurrection est le grand jour des chrétiens, le jour des jours, la fête des fêtes, le jour de liberté.

(1; Dominui meus et Deus meus. Joan., xx, 28.

(2) Dignus est Agnus, qui occisus est, accipere virlutem el diviniatem et honorem et gloriam et benedicliouem. Âpoc, ▼, 12.

(3) I. Cor., V. 7

de salut et de gloire ; jour où le péché est détruit, Tenfer vaincu, le règne de la grâce établi, le ciel ouvert; jour où a commencé cet aimable empire de Jésus-Christ, si longtemps attendu, et qui ne doit plus finir. Le pape saint Léon disait qu'entre tous les jours qu'on honorait de quelque culte dans îa religion chrétienne, il n'y en avait pas de plus auguste et de plus excellent que celui de Pâques, parce que ce mystère est le fondement de toute notre espérance, et que c'est de cette solennité que les autres reçoivent leur dignité et leur consécration (1).

Pour la célébrer dignement, TÉglise déploie ses plus beaux ornements et ses pompes les plus majestueuses ; et les chrétiens se précipitent en foule dans Tenceinte sacrée, pour adorer le Christ vainqueur de la mort et de l'enfer, et, avec un saint transport , ils font retentir les voûtes du temple de ce cri d'allégresse : Alléluia, louez le Seigneur ! Oh ! redisons-le dans toute l'effusion de notre cœur ce chant de gloire et de triomphe : Alléluia, louez le Seigneur ! Oui, réjouissons-nous en ce jour que le Seigneur a fait, et, pour que notre joie soit sainte et pure, faisons en sorte que la commémoration de ce mystère soit toujours pour nous une véritable Pâque, c'est-à-dire un passage réel de la mort à la vie, de l'iniquité à la justice, de la servitude du péché à la liberté des enfants de Dieu; et alors, dégagés de toute affection humaine, entièrement renouvelés en Jésus-Christ, nous aurons la douce confiance de passer un jour des misères de cette vie à la gloire de ciel, où nous chanterons avec les anges et les saints V Alléluia éternel^.

TRAITS HISTORIQUES

1. L'histoire de Jonas ayant été donnée par Noire-Seigneur luimême comme une des figures les plus frappantes de sa Résurrection, nous devons la rapporter ici.

(1) D. Léo. Serm. 48.

Ce prophète, originaire de la tribu de Zabulon, vivait du temps d'Ozias, roi de Juda. Dieu lui ordonna d'aller à Ninive, capitale de l'empire des Assyriens, pour annoncer à cette grande ville que Dieu allait la détruire, à cause des crimes de ses habitants. Jonas, craignant de remplir une mission qui lui semblait dangereuse, s'enfuit et s'embarqua à Joppé pour aller à Tharse, en Cilicie. Mais on ne désobéit pas impunément à Dieu; et, quand même on irait au bout du monde, on ne pourrait jamais se soustraire aux coups de sa vengeance. A peine Jonas fut-il sur mer, que Dieu excita une grande tempête qui contraignit les mariniers à jeter à l'eau tout ce qui était dans le navire. En même temps, on tira au sort pour savoir qui était la cause de ce malheur, et le sort tomba sur Jonas qui s'avoua luimême coupable, et demanda à être jeté dans la mer, afin que sa mort procurai le salut aux autres; ce qui fut à l'instant exécuté, et aussitôt l'orage s'apaisa. Dieu envoya une grande baleine pour recevoir Jonas, qui demeura trois jours et trois nuits dans le ventre de l'animal ; et le prophète, plein de reconnaissance pour le Seigneur qui le conservait en sûreté au milieu d'un si grand péril, lui chanta un cantique d'actions de grâces. Au bout de trois jours, la baleine le revomit sur le bord de la mer. C'est ainsi que la vie sortit victorieuse des entrailles de la mort, pour marquer, 800 ans auparavant, cette autre victoire que Jésus-Christ devait remporter sur la mort et le démon, en sortant plein de vie et glorieux du fond de son tombeau. Dieu ayant de nouveau intimé à Jonas l'ordre d'aller prêcher à Ninive, cette fois-ci le prophète se montra plus docile, et les Kinivites, effrayés de ses menaces, firent pénitence. Ils se livrèrent à un jeûne rigoureux, el se couvrirent tous de cilices, depuis les grands jusqu'aux petits; el le Seigneur, touché de leur repentir, leur pardonna.

Au rapport de certains historiens, Mahomet, ce fameux imposteur qui se fit tant de partisans par la force de son glaive et en ouvrant a ses sectateurs la carrière des plaisirs, avait annoncé, lui aussi, qu'il ressusciterait trois jours après sa mort. Ce faux profihète, qui avait trouvé le moyen de faire passer ses attaques dépilepsie pour des effets de l'inspiration divine, s'était peut-être imaginé qu'il pourrait user de quelque supercherie par rapport à sa prétendue résurrection, et se donner ainsi pou: le rival de Jésus-Christ, dont il voulait éclipser la gloire. Mais l'impiété de ce précurseur de l'Antéchrist fut manifeste à tous les yeux, lorsqu'étant mort à la Mecque, bien loin de ressusciter dans trois jours, comme il l'avait promis, une partie de ion cadavre, qui exhalait déjà l'infection et qui avait été laissée sani garde, fui dévorée par les chiens. Baron, an. {j30.

2. Le cri de joie et de salut Alléluia doit être notre cri de guerre dans la lutte que nous avons à soutenir conlre les puissances infer'

nales. Sainl Germain, évêque d'Auxerre, s'en servit autrefois merveilleusement pour mettre en fuite toute une armée d'ennepvis. Voici le fait:

Du temps qu'il était dans la Grande-Bretagne avec saint Loup, on ils s'étaient rendus pour vénérer le tombeau de sainl Alban, les Saxons et les Pietés firent une terrible invasion dans ce pays. Les Bretons, ayant rassemblé une armée à la hâte, invitèrent les deux saints à se rendre dans leur camp, espérant trouver une puissante protection dans leur présence et leurs prières. Les serviteurs de Dieu firent ce que les Bretons leur demandaient. Ils commencèrent par travailler à la conversion des idolâtres, et à la réformation des mœurs des chrétiens. Il y en eut plusieurs des premiers qui renoncèrent à leurs superstitions. On les disposa à recevoir le baptême, comme ils le désiraient, pour la fête de Pâques, qui devait arriver bientôt; on forma dans le camp une espèce d'église avec des branches d'arbres entrelacées ensemble, et les catéchumènes y furent baptisés. Toute l'armée célébra ensuite la fête avec beaucoup de dévotion.

Après Pâques, saint Germain s'occupa des moyens de délivrer les Bretons du danger dont ils étaient menacés. Comme il ne voulait point qu'il y eût du sang répandu, il eut recours à un stratagème. Il se mit lui-même à la tête des chrétiens, et fit voir dans celte circonstance qu'il n'avait point oublié son ancienne profession, car il avait été d'abord général des troupes de sa province. Il conduisit sa petite armée dans une vallée qui était entre deux hautes montagnes. En même temps il ordonna à ses soldats, quand ils verraient l'ennemi, de répéter tous à la fois et de toutes leurs forces, le cri qu'ils lui entendraient pousser. Les Saxons et les Pietés n'eurent pas plus tôt paru, que le saint cria trois fois Alléluia. Les Bretons poussèrent le même cri, que les échos des montagnes renvoyèrent avec un bruit effroyable. Les barbares épouvantés s'enfuirent en désordre, jetant leurs armes et laissant leurs bagages; plusieurs même se noyèrent en passant une rivière. Les deux saints, ayant ainsi rempli leur mission, retournèrent en France, emportant avec eux les bénédiciions et les regrets de toute la Grande-Bretagne. Godkscahd.

422 NEUVIEME LEÇOII.

TROISIÈME INSTRUCTION

Qualités glorieuses du corps de Jésus-Christ. — Résurrection de Jéstis-Christ, modèle d'une conversion véritable, édifiante, constante. — Diverses apparitions de Jésus-Christ à ses disciples.

D. Qu'entendez-vous lorsque vous dites que Jésus-Christ ressuscita?

R. J'entends que son âme fut réunie à son corps, et qu'il oortit vivant et glorieux de son tombeau.

Ressusciter^ c'est redevenir vivant. Au jour marqué, l'âme bienheureuse de Jésus-Christ retourna triomphante des limbes, et se réunit miraculeusement à son corps, lui rendit la vie, le sentiment, la couleur, la beauté, la force, le mouvement, et remit dans ses veines le sang qu'il avait perdu dans le cours de sa passion. Ce corps ainsi ressuscité ne fut plus sujet aux peines, aux mfirmités, aux doulem^s, à la mort. Toutes les propriétés qui sont l'apanage de la faiblesse humaine, toutes les imperfections de la matière sont à jamais séparées de cette chair adorable, qui se trouve maintenant douée des qualités les plus glorieuses. Dieu, en ressuscitant son Fils, a répandu sur son humanité la gloire de sa divinité. Ce corps qui a été crucifié, dit saint Léon (1), est devenu impassible ; il est devenu immortel après avoir été mis à mort, incorruptible après avoir reçu tant de blessm^es ; ni le fer, ni le feu, ni les années, ni la malice des ennemis n'auront plus de prise sur lui. Naguère il paraissait semblable à celui d'un lépreux, n'ayant pas trait d'homme, et on en détournait les yeux comme d'un objet d'horreur. Mais quel nouvel être il a pris au sein même de la mort ! De même que le soleil se montre, au sortir de la nuée, plus radieux et plus be^u, ainsi Jésus-

(I) D. Léo. Serm. 1, de Resur

Christ paraît, au sortir du tombeau, revêtu d'une gloire extraordinaire et tout resplendissant de lumière, comme autrefois sur le Thabor. Doué d'une subtilité extrême, il a pénétré l'épaisseur du roc qui fermait son tombeau; il entre dans le cénacle, les portes étant fermées ; il se fait voir ou se rend invisible à son gré ; avec une agilité inconcevable et aussi rapide que la pensée, il parcourt les plus longs espaces; en un mot, sa chair est en quelque sorte spiritualisée et toute divine ; car, selon le beau mot de saint Augustin, Jésus-Christ, dans sa Résurrection, parut entièrement Dieu (1), parce que dans ce mystère, l'humanité fut, pour ainsi dire, absorbée dans la Divinité.

Ce qui rehaussait surtout son éclat, c'étaient les glorieuses cicatrices qui brillaient à ses mains, à ses pieds et à son coté, comme autant de foyers de lumière , et qu'il avait conservées, soit pour se faire mieux reconnaître à ses apôtres, soit comme autant de trophées de ses victoires, qu'il doit porter pendant toute l'éternité et présenter continuellement à son Père, pour fléchir son courroux.

Le grand mystère de la Résurrection n'est pas seulement destiné à confirmer notre foi ; il doit encore opérer notre justification, en réglant nos mœurs et réformant notre conduite. Aussi l'apôtre saint Paul nous propose-t-il la Résurrection de Jésus-Christ comme le parfait modèle de notre résurrection spirituelle, c'est-à-dire d'une véritable conversion. « Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts, nous dit-il, afin que, excités par son exemple, nous prenions une nouvelle vie (2). » Ainsi, ces caractères et ces traits qui conviennent à l'humanité de Jésus-Christ dans l'état de sa Résurrection, tout pécheiu* qui veut revenir à Dieu doit les exprimer en lui-même, par une parfaite

(1) In resurrectione tolus Deus. D. Aug,

(2) Ouomodô Christus surrexit à morluis, ità et nos in novilaïê vilae ambulemus. Rom., vi, 4.

imitation, de telle sorte qu'il soit, selon la parole de TertuUien, comme un abrégé et une copie vivante de la Résurrection (1). De même donc que Jésus-Christ est ressuscité véritablement, qu'il s'est montré ressuscité, et que désormais il ne mourra plus, de même un pécheur doit se convertir sincèrement, ne pas rougir de paraître converti, et ne plus retomber dans le péché. Par là, sa résurrection spirituelle sera véritable, édifiante, constante.

Et d'abord, pour que notre résurrection soit réelle et non apparente, il faut que, comme Jésus-Christ, nous soyons entièrement morts, morts au péché (2). 11 tant avoir dit un éternel adieu aux passions, aux plaisirs criminels du monde ; il faut avou* enterré son amour-propre, ses mauvaises habitudes, sa mollesse, sa pusillanimité, en un mot, tous ses vices dans la pratique de la mortification et de la pénitence. Cette mort au monde est comme la base et l'essence d'une solide conversion.

Or, parmi cette muUitude de chrétiens qu'on voit dans nos églises aux solennités pascales, combien peu y en a-t-il qui ressuscitent véritablement à la grâce ! On donne, il est vrai, dans ce saint temps, quelques signes de religion, on ne veut pas ouvertement passer pour impie ; mais tous ces beaux dehors de christianisme dont on se pare, ces confessions précipitées, ces rares pratiques de dévotion auxquelles on se livre, ne sont le plus souvent que des ombres de pénitence et des fantômes de conversion; et, tandis qu'on s'aveugle et qu'on s'étourdit soi-même et qu'on trompe quelquefois les hommes par un extérieur de piété, tandis qu'on semble vivant, on est réellement mort aux yeux de Dieu (3). Voulez-vous vTaiment ressusciter, extirpez le péché d'au dedans de vous-même par une confession sincère, coupez jusqu'à la racine du mal par mie dou-

(1) Appendices resurrectionis. Tertull.

(î) Peccato morluus est. Rom., vi, 10.

(J) Nomen habes quôd vivas el morluus es. Apoc, m.

leur profonde de vos iniquités ; et alors on pourra dire de vous, comme autrefois de Jésus-Gtirist, que vous êtes réellement ressuscité.

En second lieu, Jésus-Christ ressuscité a montré de mille manières qu'il était vivant, et c'est là le second caractère de sa Résurrection, que nous devons retracer dans notre conduite. Il apparut à ses disciples, à diverses reprises, parlant et mangeant avec eux (1). Voulez-vous prouver, comme lui, que vous êtes réellement ressuscites, montrez-le par vos bonnes œuvres. Car, dit saint Bernard (2), si nous connaissons qu'un corps est vivant aux mouvements qu'il exécute, de même nous reconnaissons en une âme la vie de la foi et de la grâce, par le bien qu'elle opère. Une fois donc sortis de nos iniquités, ne produisons que des fruits de sagesse, de piété, de justice ; que notre lumière brille aux yeux des hommes, afin qu'ils glorifient le Père céleste (3), et que nous puissions ainsi réparer le scandale des mauvais exemples que nous leur avons donnés. La ferveur dans l'observation des commandements de Dieu est la meilleure, ou plutôt, la seule marque de la vie de la charité en nous.

Remarquons encore que, si nous voulons que notre conversion soit édifiante, nous devons, à l'exemple de Jésus- Christ, mener une vie toute nouvelle. Jésus-Christ, en se ressuscitant, prit une vie glorieuse et entièrement différente de celle qu'il avait menée jusque-là sur la terre; il ne parut plus un homme mortel, mais un homme céleste et divin. Quant à nous, afin que notre résurrection spirituelle soit parfaite autant qu'elle le doit être, il faut qu'elle nous transforme entièrement ; il faut que le vieil homme soit tout à fait mort en nous, et que toute notre conduite montre une rénovation complète, de nouvelles pensées, de nouveaux

(1) Praebuitiseipsum vivum in multis argumentis. Act., i, 3.

(2) D. Bern. Serm. 2,inoct. Pasch.

(3) Luceal lux vestra coram hominibus. Math. , v, 16.

sentiments, de nouveaux désirs, de nouveaux soins (1). Le chrétien, véritablement ressuscité et devenu une nouvelle créature, ne doit respirer que charité, bonté, douceur, humilité, zèle, ardeur, piété. Il sait que c'est une obligation pour lui de ne plus vi\Te selon la chair, mais selon Dieu, de manière qu'il n'ait plus de goiat et d'affection que pour les choses du ciel, que sa vie soit entièrement cachée avec Jésus-Christ, en Dieu (2). Si vous êtes ressuscites avec Jésus-Christ, dit l'Apôtre , cherchez les choses d'en haut, aimez les choses d'en haut (3).

Troisièmement, la résurrection du pécheur doit être un état permanent. Car, dit saint Paul, le Christ ressuscité d'entre les morts ne meurt plus (4). Sa Résurrection n'a pas été une résurrection passagère comme celles de Lazare, de la fille de Jaïre, ou de ces justes qui sortirent du sépulcre, lorsque cet Homme-Dieu expira sur la croix, et qui, après s'être fait voir à plusieurs personnes dans Jérusalem, ne tardèrent pas à redevenir la proie de la mort ; Jésus- Christ ne mourra plus, la mort n'a plus sur lui d'empire. Ainsi le véritable pénitent doit persévérer dans l'état de grâce. Non^ il ne suffit pas, pour être parfaitement ressuscité, de renoncer au péché, de se donner à Dieu pour quelque temps. C'est un cœur fidèle et à l'épreuve des vicissitudes et des inconstances du monde, que le Seigneur demande. Que signifient, en effet, ces accès d'une ferveur momentanée qu'on remarque quelquefois, au temps de Pâques, et qui va toujours se ralentissant, à mesure qu'on s'éloigne de la solennité ? Eh quoi ! après vous être lavés dans les eaux de la pénitence, vous voudriez vous replonger dans le bourbier des passions ! Après avoir mangé le

(1) Ut quomodô Chrislus surrexil à morluis, ità et nos in novilate fhae ambulemus. Rom., vi, 4.

(2) Vita veslra absconilila est cum Chrislo in Deo. Col., m, 1.

(3) Si consurrexistis cum Christo, quae sursùra sunl quœrite;... qu£ sursùm sunl, sapile. Col., ni, 2.

(4) Chribius resurgens ex morluis jam non moriiur. Rom., vi, 9

pain de vie, vous retourneriez à la mort ! Mais ne savezvous pas que nul ne sera couronné, s'il n'est ferme et inébranlable dans le bien ?

Tels sont les trois principaux caractères d'une bonne conversion, dont Jésus-Clirist nous a offert le modèle dans sa Résurrection. Ayons soin de régler notre conduite sur ce divin exemplaire, et nous sanctifierons nos âmes, nous assurerons notre salut, et nous mériterons que nos corps aient un jour part à la Résurrection de Jésus-Cbrist, car, dit saint Paul, cet adorable Sauveur réformera notre corps en le rendant semblable à son corps glorieux (i).

Enfin, pour mieux nous appliquer le fruit de ce mystère, représentons-nous Jésus-Christ crucifié, qui nous tend les bras et nous dit à chacun : a Viens ici mourir avec moi ; viens, attache à la croix tes inclinations perverses, tes mauvaises habitudes. » Représentons-nous ensuite Jésus-Christ ressuscité qui, du haut du ciel, nous tend encore les bras et nous dit : a Viens vivre avec moi ; tu seras tel que tu a me vois ; je suis glorieux, je suis immortel, sois immor- « tel à la grâce, et tu le seras à la gloire *. »

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