‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 4)Chapitre 59 sur 66 · APPAR)T · texte numérisé non relu

APPAR)T

En une autre rencontre, Jésus appanit à saint Jacques en particulier, ainsi que nous l'atteste encore saint Paul (1).

Ce fut celle du jour de son Ascension, la dernière et la plus brillante. Elle eut lieu auprès de Béthanie, sur la montagne des Oliviers, en présence d'une grande multitude. Nous en parlerons au long dans Tinstruction suivante.

Quoique T^vangile ne fasse mention que de ces dix apparitions, il est à présumer que Jésus-Christ se montra encore d'autres fois, tant en Judée qu'en Galilée, à diverses personnes, principalement aux apôtres, pour les instruire et leur donner TinteHigence des Ecritures, pour le fortifier et pour les préparer à la réception du Saint-Esprit. On doit encore croire qu'il apparut plusieurs fois à la sainte Vierge ; et qui, en eftét, plus qu'elle, méritait une telle faveur? Jésus-Christ ne dut pas la laisser sans lui procurer de temp en temps cette consolation.

11 y a une infinité d'autres choses, dit saint Jean, que Jésus a faites et qui n'ont pas été écrites parce que , s'il avait fallu les rapporter toutes, c'eiit été un détail immense; mais nous en savons assez pour avoir en lui la foi la plus vive, et mériter par cette foi la vie éternelle.

\ïj Deinde visas est Jacobo, 1. C'or.,xv, 7.

TRAITS HISTORIQUES

1. Quel plus beau modèle d'une conversion sincère pourrionsiious citer que celui de la pécheresse, dont il est parlé dans le saint Évangile?

Madeleine, après avoir été longtemps le scandale de toute une ville, touchée d'un mouvement violent de la grâce, vint trouver Jésus, pour chercher auprès de lui le remède aux plaies de son âme. Ayant su que le Sauveur était dans la maison de Simon le pharisien, elle y entra avec une sainte impudence, devenue encore plus audacieuse pour chercher le salut, qu'elle ne l'avait été jusque-là pour se livrer au mal (t). Afin de marquer, autant qu'il est en elle, le regret qu'elle éprouve de ses désordres passés et l'amour céleste dont elle brûle pour son Dieu, elle se jette aux pieds de Jésus, les arrose de ses larmes, y répand des parfums, et les essuie de ses cheveux. Le pharisien qui avait invité Jésus commença à douter qu'il fût un prophète. Car, se disait-il en lui-même, s'il était réellement un prophète, il saurait que c'est une femme de mauvaise vie, et il la repousserait loin de lui. Le divin Sauveur, entendant les murmures intérieurs de celui qui le condamnait, parce qu'il ignorait les dispositions où se trouvait alors le cœur de Magdeleine, lui fit comprendre que la charité efface tous les péchés, et qu'il préférait l'amour ardent de cette pécheresse convertie à la tiédeur de ceux qui, n'ayant pas commis de si grands péchés, croiraient pour cela n'avoir rien à se reprocher. Jésus-Christ, se tournant donc vers cette femme, lui dit : « Vos péchés vous sont remis, votre foi vous a sauvée, allez en paix, » Depuis lors, Madeleine s'attacha inviolablement à Jésus-Christ ; elle le suivait dans ses voyages et l'assistait de ses biens; elle l'accompagna sur le Calvaire et fut présente à sa mort. Ce fut elle aussi qui prépara des parfums pour embaumer son corps, et qui, étant allée au sépulcre de grand malin, mérita pour prix de son amour et de sa persévérance, l'insigne faveur d'être témoin de la première apparition de Jésus ressuscité.

L'exemple de Madeleine nous prouve :!<> que dans quelque ahîme qoe nous soyons enfoncés, avec la grâce de Dieu et une bonne volonté de notre part, nous pouvons nous en retirer : 2© que lorsqu'il s'agit de se donner à Dieu, il ne faut pas craindre les vains jugements des hommes, car ce fut au milieu d'une nombreuse réunion

(1) Quae solebat in suâ fornicatione esse frontosa, frontosior facta est ad salutem. D. Aug. in Psalm. cxxv.

et sans s'occuper de ce qu'on pourrait penser d'elle, que Madeleine alla se jeter aux pieds du Sauveur; 3o qu'il faut savoir sacrifier généreusement toutes les attaches vicieuses et toutes les vanités mondaines, à l'exemple de cette pécheresse qui se servit de ses cheveux, dont elle avait été jusque-là si jalouse, pour essuyer les pieds du Sauveur; 4o qu'une fois qu'on & eu le bonheur de trouver Jésus par la grâce de la réconciliation, on ne doit plus s'en séparer. Les mêmes remarques ou d'autres semblables peuvent s'appliquer aux exemples suivants.

Vers le milieu du iv« siècle, vivait dans une ville d'Egypte un« *mre fameuse pécheresse, nommée Thaïs. Le saint vieillard Paphnuce entreprit de la convertir. Poussé par l'esprit de Dieu, il alla la trouver; et lui ayant parlé, avec un mélange de douceur et de force, de la justice de Dieu et du compte qu'elle aurait à lui rendre pour ses crimes, Thaïs ne put résister à ses exhortations, et fondant en larmes, elle se jeU à ses pieds et lui dit : « Mon Père, ordonnez-moi € telle pénitence que vous voudrez, car j'espère que Dieu me fera « miséricorde par vos prières; je vous demande seulement trois « heures de temps, et, après cela, je me tiendrai où il vous plaira, et « j'exécuterai tout ce que vous me commanderez. » Elle profita aussitôt du peu de temps qui lui fut donné pour ramasser toutes les richesses qu'elle avait acquises par ses péchés, et elle les brûla, au milieu de la ville, en présence de tout le peuple. Puis elle se rendit au lieu que le saint abbé lui avait indiqué, c'esi-à-dire dans un couvent de religieuses, où elle voulut être enfermée dans une cellule, dont on boucha l'entrée avec du plomb, de manière à ne laisser qu'une petite fenêlre pour lui faire passer un peu de pain et d'eau, qui devaient désormais composer toute sa nourriture. Thaïs ayant demandé à Paphnuce de quelle manier» elle devait prier Dieu, il lui répondit : « Vous n'êtes pas digne de proférer son nom, puisque vos € lèvres sont pleines d'iniquités, ni de lever vos mains criminelles « vers le ciel; contentez-vous, étant tournée vers l'Orient, de répéter € souvent ces paroles : Vous qui m'avex formée, ayex pitié de moi. » Thaïs passa ainsi trois ans recluse, jusqu'à ce que Paphnuce, ayant compris que la volonté de Dieu était qu'elle sortît de sa cellule, alla lui en ouvrir la porte. Elle insistait pour qu'il trouvât bon qu'elle demeurât toujours dans cet état; mais le saint abbé lui dit : c Sortei, car Dieu vous a pardonné vos péchés. » Quinze jours après, eelte sainte péniiLiite mourut dans la paix du Seigneur.

Baillet, 8 oct.

Saint Ambroise, évêque de Milan, nous parie d'un jeune hojnme qui entreprit un long voyage pour se délivrer d'une occasion prochaine de péché. Étant revenu, après que sa j^assion fut éteinte, il renconira la malheureuse complice de ses désordres. Mais, comme il

ASCENSION DE JÊSUS-CORIST. 43?

passait outre, sans lui adresser une parole, celle-ci croyant qu'il ne la reconnaissait pas, lui dit : « Je suis une telle. — Mais moi, lui répondit-il, je ne suis plus un tel; » Ego sum. — Sed ego non sum ego, lui donnant à entendre par là qu'il était entièrement changé, qu'il avait complètement détruit en lui l'homme ancien, l'homme de péché, pour être un homme nouveau, conforme à Jésus-Christ. D. Ambr., de Pœnit., 1. m, c. i.

QUATRIÈME INSTRUCTION

ÂBcension de Notre-Seigneur. — Pourquoi Jésus-Christ est-U mcnlé au ciel ? — Que devons-nous faire pour y monter avec lui ? — Place qu'il occupe au sein de la gloire. — OflBce qu'il y exerce. — Fête de l'Ascension.

Jésus-Christ avait accompli sa divine mission ; il avait subjugué Satan, brisé les portes de Tabîme; il avait détruit le péché, vaincu la mort et Tenfer, et consommé l'ouvrage de notre Rédemption. Après tant de travaux et de souffrances, il ne lui restait plus qu'à monter au ciel, qui est le lieu de son origine, et que, d'ailleurs, il venait de conquérir et pour lui et pour nous, par les méiites de son sang. Déjà, par sa Résurrection, il avait manifesté sa puissance suprême ; mais ce n'était encore là que le commencement de son triomphe; sa glorieuse Ascension en fut le complément. Le voici donc qui entre dans son repos après le combat, dans son royaume après la victoire.

Sur le point de retourner vers son Père, Jésus-Chiist apparut, pour la dixième fois, à ses apôtres, afin de leur donner ses derniers avertissements; il les chargea d'instruire et de baptiser tous les peuples; il leiu* donna le pouvoir de faire des miracles; et, pour les consoler, il promit de leiu* envoyer le Saint-Esprit, et les assura de son assistance jusqu'à la fin des siècles. Après quoi, il les conduisit à Béthanie, sur la montagne des Oliviers. C'est en ce même lieu où

ils Tavaient vu, quelque temps auparavant, prosterné, agonisant, suant le sang et l'eau, que Jésus-Christ voulut prendre congé d'eux, et se manifester dans toute la magnificence de sa gloire. Ayant fini de leur parler, il éleva ses mains pour les bénir ; dernier témoignage de tendresse qui dut les remplir de douceur et de joie. Et, en les bénissant, il se sépara d'eux, et ils le virent s'élever majestueusement vers le ciel. Quel spectacle ravissant ! Les cieux et la terre en furent dans l'admiration. Les apôtres et les disciples suivaient toujours des yeux leur aimable Sauveur, lorsqu'une nuée lumineuse vint le dérober à leurs regards; et, encore qu'ils ne le vissent plus, ils avaient toujours les yeux fixés vers le ciel, quand deux anges, sous la forme de deux jeunes hommes, vêtus de blanc, se présentèrent à eux et leur dirent : « Hommes de Galilée, pourquoi vous arrêter ainsi a à regarder le ciel? Ce même Jésus, qui s'est élevé du mia lieu de vous, descendra un jour de la même manière a que vous l'avez vu monter. • Alors les apôtres s'en retournèrent, pleins de joie, t Jérusalem, où ils s'enfermèrent dans le cénacle, c'est-à-dire dans la salle où ils avaient fait la cène avec leur divin maître. Ils y demeurèrent assemblés pour attendre le Saint-Esprit, qui leur avait été promis, et ils persévéraient dans la prière avec Marie, mère de Jésus, les saintes femmes, et les autres parents et amis du Sauveur*.

Oh ! s'il avait été donné à des yeux mortels de percer à travers la nue qui enleva le Sauveur, si on avait pu découvrir tout ce qui se passa dans les espaces, lorsque le Fils de Dieu les traversa comme un roi triomphateur qui, après de glorieux exploits, rentre dans la capitale de son empire, que de merveilles on y aurait vues ! Quelle pompe ! quelle magnificence ! Des millions d'Esprits célestes, les Anges, les Archanges, les Séraphins, les plus sublimes Intelligences sont venus au-devant de leur Souverain et font retentir l'air db cantiques d'allégresse, a Chantez, s'écrient-ils, 0 chantez des hymnes à Dieu, chantez des hymnes à notre

« Roi, chantez des hymnes à celui qui s'élève au plus haut a des cieux (1) ! » Autour du Sauveur sont rangées les âmes des patriarches, des prophètes, de tous les justes de Tancienne loi, qu'il a arrachés au pouvoir du démon et retirés des limbes ; il les emmène avec lui au ciel, comme Tornement de son triomphe. Tous ces captifs, heureusement délivrés, comme hors d'eux-mêmes à la vue de leur bonheur, rendent mille actions de grâces à leur divin libérateur. Ouvrez-vous maintenant, portes éternelles, portes si longtemps fermées à la malheureuse postérité d'Adam ; ouvrez-vous, et laissez passer le Fils de l'homme avec ceux qu'il a daigné appeler ses frères ; laissez passer ce roi de gloire avec sa cour. Et, si vous voulez savoir quel est ce roi de gloire, c'est le Seigneur fort et puissant, c'est l'Agneau de Dieu mis à mort; c'est le lion victorieux, le lion de la tribu de Juda, c'est le Seigneur des vertus. Quand les portes éternelles furent ouvertes, une nouvelle splendeur rayonna dans les cieux et les chœurs des anges redoublèrent leurs concerts, en voyant le Père éternel couronner son Fils et le placer sur son trône, en lui disant : « Asseyez-vous à ma droite (2). » Voilà une faible peinture de la gloire de Jésus-Christ, dans son Ascension. Mais notre esprit est trop borné et notre langue trop faible, pour parler dignement d'un sujet si relevé. Attachons-nous plutôt à ce qu'il y a d'instructif et d'édifiant.

Voici d'abord quelques remarques importantes: 1° Lorsque nous disons que Jésus-Christ est monté au ciel, ce n'est que comme revêtu de la nature humaine; car, en tant aue Dieu et remplissant tout de son immensité, il y a toujours été et il y sera éternellement.

2° Il y est monté en corps et en âme, en cela bien différent des justes, dont l'âme serule, au moment de leui^ mort,

(1) Bia(. xlvi, 1 ; xlviii, 34.

(2) Sede à dextris meis. Psal. c:i, i,

est élevée au ciel, tandis que le corps restera enseveli dans le sépulcre jusqu'au jour du jugement.

3° Il y est monté par sa propre vertu. De même qu'il était sorti du toubeau sans aucun secours étranger, de même il s'est élevé par sa propre puissance et sa propre force, sans avoir besoin d'être porté par un ange comme le prophète Habacuc, ou sur un char de feu comme Élie. Etant luimême l'auteur du mouvement et de la vie, et de plus, son corps glorifié obéissant parfaitement à son âme, il n'a qu'à vouloir et il se transporte tout d'un coup là où il veut.

A" Quoique Jésus-Clirist soit monté au ciel en corps et en âme, il ne laisse pas que d'être encore sur la terre. Par un excès incompréhensible de son amour et un merveilleux effet de sa puissance, il a voulu résider, même corporellement, au milieu de nous; et, pour cela, il s'est renfermé dans le sacrement de l'Eucharistie, où nous pouvons tous les jours l'adorer et jouir de sa divine présence. Mais bien qu'il soit réellement et substantiellement dans l'Eucharistie, ce n'est cependant que dans le ciel qu'il se montre sous sa forme naturelle et visible. — Il est encore spirituellement avec son Église qu'il ne cesse d'éclairer et de diriger, comme il l'a promis à ses apôtres (1).

Maintenant, pourquoi Jésus-Christ est-il monté au ciel ?

1» Poiu" accomplir les prophéties et les figures qui caractérisaient le Messie. Plus d'une fois, les saints de l'Ancien Testament avaient entrevu son triomphe. David le célébrait dans ses psaumes: a Dieu est monté au milieu des cris de joie, et le Seigneur au bruit de la trompette (2). — Élevez- vous, ôDieu, au-dessus descieux et que votre gloire éclate sur toute la terre (3). » Il est donc monté, comme le dit saint Paul, au-dessus descieux, afin de

(0 Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus. 3/af/i., xxviii, 20.

(2) Ascendit Deus in jubilo el Dominus in voce tubae. Ps. xlvi, 5.

(3) Exaltare super cœlos, Deus, et Id omnem terram çloria *jia. Fsal. Lvi, 7.

remplir toutes choses (1). Il s'y était lui-même engagé par des promesses souvent réitérées; il voulait d'ailleurs mettre le comble à la plénitude et à la perfection de notre foi, en nous prouvant qu'il était descendu du ciel. Car, ainsi qu'il l'avait dit lui-même, personne ne monte au ciel, sinon celui qui en est descendu (2).

2o Afin de glorifier son humanité, qui sur la terre avait été en butte aux persécutions et aux souffrances. Il était bien juste qu'à tant d'ignominies et de tourments succédassent enfin les jouissances les plus pures de la souveraine félicité, et que le nuage, qui avait voilé l'éclat de sa majesté, se dissipât et fit place à la splendeur qui convient au Fils de Dieu. Il s'était humilié, dit l'Apôtre, et anéanti jusqu'à preiidre la forme d'un esclave, c'est pourquoi Dieu l'a exalté (3). Quel dut être l'étonnement des anges, lorsqu'ils virent la nature humaine de Jésus-Christ in^miment élevée au-dessus d'eux et placée à la droite de Dieu î Et quelle fut la confusion et la rage de Satan^ en voyant cette même nature, dont il croyait avoh consommé la ruine, occuper la première place dans le ciel, et adorée de tous les Esprits bienheureux !

S*' Afin d'y occuper une place convenable à sa dignité suréminente. Cette terre, séjour de misère et de corruption, n'était pas digne d'un corps immortel et glorieux. Le ciel était la patrie qui le réclamait, et il devait s'y rendre pour combler les vœux de ses heureux habitants, qui étaient impatients de jouir de sa présence.

4" Afin de prouver, en mettant son trône dans le ciel, que son royaume n'était pas de ce monde, et de confondre ainsi l'orgueil des Juifs charnels, qui attendaient pour Messie un roi conquérant, qui rétablirait le royaume d'Israël et les rendrait le plus puissant peuple de la terre.

(1) Ascen'lit super omnes c<e1os ut impleret omnia. Eph., iv, 10.

(2) Nemo ascendil in cœlum, niai qui descendit de cceio. Joan,^ III, 13.

(3) Propter quod et Deus exaltavit illam. Philip., ii, 9.

5° Pour nous ouvTir l'entrée du ciel^, jusqu'alors fermée par le péché d'Adam. Nul^ avant Jésus-Christ^ ne pouvait être introduit dans cette région de bonheur, quelque saintement qu'il eût vécu. Mais, maintenant que Jésus-Christ nous a réconciliés avec Dieu et qu'il a brisé les portes d'airain qui nous empêchaient de pénétrer dans notre patrie, nous avons un libre accès auprès de notre Père. Comme prémices de la Rédemption, notre divin Sauveur a fait montrer avec lui tous les saints de l'ancienne loi, qui sont allés prendre possession du ciel, où ils nous attendent, si. nous imitons leurs vertus.

6" Pour nous y préparer mie place et nous y attirer après lui (l), disait-il lui-même. De là vient que saint Paul l'appelle notre avant-coureur (2). Il nous appelle à partager sa gloire et son bonheur, comme étant ses frères et ses cohéritiers, et il veut que nous soyons un jour assis sur des trônes et que nous régnions avec lui dans le ciel. Oh ! quelle ne doit pas être notre reconnaissance pour cet excès de bonté et d'amour!

C'est donc pour notre avantage que Jésus-Christ est monté au ciel, c'est pour notre bien qu'il s'est éloigné ; et ce mystère, qui semble d'abord n'être pour nous qu'un mystère de tristesse, puisque, par l'Ascension de Jésus- Christ, la terre se trouve privée de la présence sensible de son Dieu; ce mystère, qui ne semble réjouir que le ciel avec ses bienhem-eux habitants, nous offre cependant bien des motifs de consolation et même de joie, parce que le Seigneur a voulu que nous eussions un jour part à sa gloire, et que son triomphe se trouvât aussi le nôtre.

Mais que nous faut-il faire pour aller à lui? Autre question bien digne Je nos réflexions.

Qui est-ce qui montera sur la montagne du Seigneur ? demande le Prophète; qui est-ce qui fixera sa demeure dans

(1) Vado parare vobis locum. Joan., xiv, 2, U) Praecursor pro nobis inlroivil. Heb., vi, 20

la cité sainte (1) ? C'est celui dont le cœur est pur, dont les mains sont aussi pures de toute injustice,, de toute violence, et dont la langue est encore pure de mensonges, de parjures, de médisances, de blasphèmes, en un mot, de toute iniquité. Car les péchés, en général, et tous les vices de notre nature sont comme un lourd poids, qui nous empêche de nous élever et nous entraîne continuellement vers la terre. L'orgueil ne peut monter au ciel avec Jésus-Christ, dit saint Augustin, ni Tavarice, ni l'impudicité, ni aucune espèce de crime. Car le ciel est le royaume des humbles, le royaume des chastes, le royaume a es samts. Le ciel est cette pierre précieuse qu'il faut gagner au prix de tous les biens de ce monde. Si donc nous voulons aller au ciel avec Jésus-Christ, il faut commencer par nous dépouiller de tous nos défauts (2). Ce sont les vertus chrétiennes qui forment l'échelle par 'aquelle on monte au ciel; l'humilité en est le plus bas échelon, et la charité le plus haut.

Et d'abord, si nous voulons suivre le Sauveur dans les délices et la gloire, commençons par le suivre dans l es hu miliations et les opprobres; il ne conduit au Thabor que ceux qui participent aux ignominies du Calvaire. Rentrons donc dans l'abîme de notre néant, si nous voulons que le Seigneur nous élève. Marchez par l'humilité, dit encore saint Augustin, afin d'arriver à la bienheureuse éternité (3) C'est une loi immuable que quiconque s'élève sera abaissé, et que quiconque s'abaisse era élevé.

En second lieu, il faut nous détacher entièrement du monde, afin que notre cœur, vide de toute affection aiix

(1) Quis ascendet in monlem Dominiî Quis stabi: in loco sancto ejug? Psal. xxiii, 3.

(2) Cum Chrislo ergô non ascendil sperbia, non avarilia, non luxuria ; nullum vitium ascendit cum medico nostro, et ideô si posî medicum nostrum desideramus ascendere, debemus et villa et pec» cata deponere. D. Attg. Scrm. 165.

(3) Ambula per humilitatem, ut venias ad aeternilaleiP L. Â^O- Serm. 123, n. 30.

créature?- ne respire que pour Dieu. Écoutons le disciple privilégié qui nous dit :« N'aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde (1). » Si la source de nos biens se trouvait sur la terre^ nous pourrions nous y attacher. Mais les misères, les scandales, les vices, les crimes qui s'y trouvent à chaque pas, ne doivent-ils pas nous en inspirer le plus vif dégoût ? Nous qui sommes des créatures si nobles, qui désirons si ardemment d'être élevés, qui nous sentons faits pour le ciel, nous nous plairions à ramper dans la boue de ce monde ! 0 enfants des hommes, pouiquoi cherchez-vous la vanité et le mensonge ? Nos véritables richesses, les seuls biens dignes detre enviés, sont dans la céleste patrie. Élevons donc, élevons vers le ciel nos cœms et nos mains ; efforçons-nous d'y suivre le Seigneur pîir notre piété et notre foi (2). Lui-même, il nous montre le chemin, il nous invite à le suivre, il nous presse; que dis-je? il nous soutient et nous porte en quelque sorte entre ses bras; et, pour me servir d'une belle comparaison de nos li\Tes saints, de même que l'aigle provoque ses petits à voler, et vole sur eux, de même Jésus-Christ, cet aigle mystérieux, nous prend sur ses ailes comme ses aiglons, et, fendant les airs avec nous, il nous incite par son exemple à percer la nue ^ (3).

Enfin, après avoir suivi de cœur Jésus-Glu-ist montant au ciel, eilorçons-nous d'y demeurer en esprit avec lui. Oui, que toute notre consolation, que tout notre bonheur, dans ce triste lieu de notre pèlerinage, soit de penser à Jésus, de nous entretenir avec lui. Laissons à la terre le corps qui vient de la terre; mais notre âme, la meilleure

(1) Nolite diligere mundum. l.Joan., ii, 15.

(2) Levemus in cœlum corda cum manibus ; et a^cendentem Dominum sequi velui (luibusdam passibus devolioûis et fîdei conlendamus. Dit Bernard. Serm. 4, de Ascms.

ri) Sicut aquila provocans ad volandum pullos suos, et super eoi Yolitans, expandii alas suas, et assumpsil eum, atque porlavit in humeris suis. Deut., iixn, 11.

partie de nous-mêmes^ mais notre âme avec toutes ses affections^ qu'elle s'attache au ciel^ qu'elle ne se sépare jamais de Jésus-Christ. Vivons toujours pour le ciel, comme en étant, citoyens. C'est la prière que fait l'Eglise à la messe du jour de l'Ascension : a Faites, ô mon Dieu, dit-elle, que a de même que nous croyons que Jésus-Christ est monté a aux cieux, de même aussi nous demeurions de cœur et « d'esprit attachés aux choses célestes, et qu'ainsi, par a nos pensées et nos désirs, nous habitions déjà en quelque « sorte le ciel (l). »

Quelle place occupe Jésus-Christ au sein de la gloire ? Le symbole nous dit qu'il est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant. Ainsi s'est accomplie cette prophétie de David, que nous chantons tous les dimanches à vêpres : G Le Seigneur Dieu le Père a dit à mon Seigneur Dieu le Fils : Asseyez-vous à ma droite (2).»

Mais quand les Écritures nous disent que Jésus-Christ est assis, il ne faut pas s'imaginer qu'il garde la position qu'on entend vulgairement par ce mot, et qu'il soit matériellement assis, comme un roi sur son trône, ou comme nous, quand nous sommes sur des sièges. Au contraire, en d'autres endroits, il est représenté comme étant debout, et saint Etienne le vit dans cette attitude (3). Quelquefois l'Ecriture nous le montre allant de côté et d'autre, et les vierges, dit saint Jean, le suivent partout où il va (4). Ce sont là des locutions empruntées de nos usages et de nos besoins, accommodées à notre manière de concevoir, et dont l'Esprit -Saint a daigné se servir, pour se proportionner à la faiblesse de notre esprit et nous découvrir les merveilles ineffables de la grandeur et de la bonté divines. Car il nous est impossible de connaître la manière d'être

[i) Ipsi quoquc mente in cœleslibus habitemus. Omt. Ascens.

(2) Dixil Dominus Domino meo : sede à dextris meis. PsaL, cix, 1«

(3) Video Jesum staniem. Act., vu, 5G.

(4) Sequunlur Agnum quùcumque ieril. Âpoc. xiv 4

4 46 NELVIÈME LEÇON.

de Dieu, des Anges^ des Esprits^ du corps même de Jésus- Christ^ qui, dans l'état glorieux où il est, participe de la nature des esprits et n'a plus la grossièreté ni la masse des corps terrestres. Voilà pourquoi Dieu, pour nous en donner une idée, a bien voulu user de ces expressions métaphoriques. Ainsi, comme le remarque saint Ambroise (1), il est dit que Jésus-Christ est assis, parce qu'il règne ; qu'il est debout, parce qu'il nous protège ; de ces deux exprès sions. Tune marque son autorité, l'autre sa bonté, et toutes les deux sa gloire. Et, si nous voulons les méditer plus particulièrement, nous y trouverons un ample sujet d'instruction.

Ce mot est assis exprime :

4° La perfection du repos dans lequel notre divin Sauveur est entré, après avoir régénéré le monde, de même qu'il se reposa le septième jour après la création.

2° L'immutabilité de son bonheur. Il n'a plus rien à craindre de la fureur de ses ennemis ; son trône inébranlable est à l'abri des révolutions et des vicissitudes, et le soin quil daigne prendre de son Église, n'altère en rien sa tranquillité.

3° Sa puissance suprême. Un roi est représenté assis sur son trône, un juge sur son tribunal; c'est ainsi qu'on exprime l'exercice de leur autorité. Or, Jésus-Christ est le souverain Seigneur et maître de toutes les créatures, le souverain juge des hommes; il exerce sur eux un pouvoir et une autorité sans bornes, et voilà ce que nous entendons par ces mots il est assis.

Quand nous ajoutons : à la droite de son Père, il faut bien se garder de penser que nous donnions à Dieu, qui est un pur esprit, des membres comme à un homme, une droite, une gauche, etc. Cette expression figurée signifie que Jésus-Christ, comme homme, est seulement au-dessous de Dieu, et qu'il est au-dessus de toutes les créature»

(1) D. Amh.'De Fid., hh. III.

par la grandeur de sa gloire et rexcellence de sa dignité.

C'est ce que nous explique admirablement saint Paul, quand il dit que le Père, l'ayant ressuscité d'entre les morts. Ta placé à sa droite dans le ciel, au-dessus de toutes les Principautés, de toutesies Puissances, de toutes les Vertus, de toutes les Dominations, et de tous les titres qui peuvent être non-seulement dans le siècle présent, mais encore dans le siècle à venir , et qu'il a mis toutes choses sous ses pieds. Ainsi, tandis que tous les anges se tiennent debout devant le trône de Dieu pour exécuter ses ordres, Jésus-Christ est assis, parce qu'il est infiniment élevé audessus de tous les Esprits célestes. — Cette même expression, appliquée à Jésus-Christ en tant que Dieu, signifie qu'il est égal en majesté à son Père, qu'il ne lui est inférieur en rien, qu'il a avec lui môme gloire, même puissance, même autorité. Du haut du ciel où il règne, il voit tout, il règle tout, il gouverne tout. Il est donc à la droite du Père, parce qu'il lui est égal en tout ; il est lui-même la droite du Père, puisque le Père a tout fait par lui.

Toutefois, Jésus-Christ n'est pas assis à la droite de son Père, uniquement pour y jouir de la gloire qui lui est due; il n'y demeure pas froid et tranquille spectateur de nos travaux et de nos combats; mais, toujours plein de sollicitude pour notre salut, il nous anime, il nous encourage et nous défend. Voilà pourquoi l'Écriture, tout en nous disant qu'il est assis à la droite de sonPère^ pour exprimer qu'il a fini de combattre et qu'il goijte maintenant le fruit de ses victoires, nous le montre encore debout devant son Père, pour prendre en main nos intérêts et remplir à notre égard l'office :

1» D'avocat, en plaidant notre cause, en défendant les droits qu'il nous a acquis par son sang. 11 presse, il sollicite, il renouvelle les clameurs qu'il faisait autrefois pour nous sur la croix (1). Il ne se contente pas de demander

(1) Com clamore valido. He6., ▼, 7

qu'il nous soit fait miséricorde^ il prouve que la miséricorde nous est due. Et quelles raisons emploie-t-il, ce grand cet invincible avocat? a Ils vous devaient, ô mon Père^ moi j'ai payé pour eux et beaucoup au delà de ce que vous pouviez exiger ; ils étaient coupables, mais j'ai expié leur faute ; ils méritaient la mort, mais je l'ai subie à leur place. Vous ne me refuserez pas, ô mon Père, le juste prix de mes larmes, de mes souffrances et de mon sang. » — N'allez pas croire cependant qu'il soit nécessaire qu'il parle, il ne fait que paraître pour nous devant la face de son Père, il ne fait que lui montrer ses plaies ; et le Père s'attendrit, et sa colère est aussitôt désarmée.

Adressez-vous donc à lui, en toute confiance, ô pécheurs; en quelque pitoyable état que vous soyez, ne perdez point courage. Écoutez saint Jean, qui vous dit : « Si vous avez péché, songez que vous avez Jésus-Glu-ist poiu" avocat auprès du Père céleste (1). » Eussiez-vous vécu jusqu'à présent sans penser à Dieu, seriez-vous le plus criminel des hommes, n'oubliez pas que Jésus-Christ s'intéresse pour vous, et que ses plaies et son sang crieront plus fortement pour vous obtenir le pardon, que vos crimes pour attirer sa vengeance. Voilà les puissants motifs de notre espérance; et ne pouvons-nous pas dire généreusement avec l'Apôtre ; et Qui accusera les élus de Dieu? Jésus-Christ est leur avocat et leur défenseur; un Dieu les justifie, qui osera les condamner {2j? » Jésus-Christ qui est mort, qui est ressuscité, qui intercède pour nous, ne suffit-il pas pour nous mettre à couvert de tous les coups de la justice divine?

2° De médiateur, pour nous conduire à son Père et nous donner accès auprès de lui. Car nul n'est agréé, s'il n'est présenté de sa main. Ni les patriarches, ni les prophètes, ni

(1) Si quis peccaverit, advocatum habemus apud Patrem Jesum Christum. I, Joan , ii, 1 .

(2) Quis accusabil adversùs eiectos Dei? Deus qui juslifical, quii est qui condemnei? Rom.., \n\, 33, 34.

les apôtres, ni les martyrs, ni les séraphins tout brûlants d'amour, ni l'incomparable Marie elle-même, ne, peuvent aborder le trône de Dieu, si Jésus-Christ ne les introduit. C'est par Jésus-Christ seul que nous pouvons aller à Dieu ; c'est par lui seul que nos prières sont exaucées et que les grâces célestes nous sont accordées; et nous ne sommes assurés d'approcher de Dieu et d'être admis un jour en sa présence qu'autant que nous l'invoquerons, au nom de ce grand Médiateur qui est notre paix et qui réconcilie tout dans le ciel et sur la terre {i).

3° De pontife et de victime. De même que le grand prêtre de l'ancienne loi ne se contentait pas de l'immolation de la victime, mais que, perçant le voile et entrant dans le Saint des saints, c'est-à-dire dans la partie la plus intime et la plus sacrée du Temple, il y portait le sang de la victime immolée et le présentait à Dieu, pour consommer le sacrifice solennel de l'expiation universelle du peuple, de même Jésus-Christ, pontife du sanctuaire céleste, a fait son entrée dans le ciel, portant le sang de la victime immolée, c'est-àdire le sien propre, afin d'offrir continuellement à son Père le prix de notre salut. Il lui présente la mort qu'il a soufferte pour nous, son corps qu'il a sacrifié, ses blessures encore fraîches et toutes vermeilles du sang de la nouvelle alliance, versé pour la rémission de nos crimes. Ainsi il n'a jamais cessé, et il ne cessera jamais de continuer en notre faveur les fonctions de son sacerdoce, parce qu'il est toujours vivant afin d'intercéder pour nous (2). Ce n'est pas qu'il ait besoin de réitérer son sacrifice, comme le grand prêtre qui offrait chaque année le sang des victimes, la seule oblation qu'il a faite une fois de son corps a plus que suffi poiiT sauver le monde ; mais, par un effet conti-

(1) Ipse enim est pax nostra. Ephes., ii, 14. — Pacificans pe? san guinem crucis ejus, sive quœ in terris, sive quae in cœlis sanL Col, I, 20.

(2) Semper vivens ad inlerpellandum pro nobis. Heb., vu, 25.

nuel de sa bonlé^ il ne laisse pas que de la renouveler sans cesse dans le ciel sous les yeux de son Père, et sur la terre en s'immolant encore tous les jours, quoique d'une manière non sanglante, sous les espèces du pain et du vin.

Quel bonheur pour nous d'avoir ce grand pontife qui a pénétré les deux, ce pontife pur, saint, sans tache, et qui, à cause de son incomparable dignité, est assuré que son sacrifice sera toujours accepté de la Majesté divine avec des égards de respect (1)! Tantôt il se tourne vers son Père, pour lui exposer nos misères et nos besoins ; et tantôt vers nous, afin de nous combler des dons de sa grâce.

Approchons donc avec confiance du trône du Dieu vivant, et, quelque terrible que soit la peinture que nous en fait saint Paul, quoiqu'il en sorte des foudres et des éclairs avec le bruit d'un effroyable tonnerre, approchons sans crainte, parce que l'Agneau est devant le trône ; il y est comme mort et égorgé pour notre salut, quoiqu'il soit vivant, et Ne craignons donc pas que les foudres viennent « jusqu'à nous; sa présence arrête le cours de la vengeance « divine, et change le courroux du Tout-Puissant en une « éternelle miséricorde (2). »

D. Quel jour monta-t-il au ciel?

R. Il monta au ciel le jour derAscension.

Ce mot signifie l'action de monter, et il est bien différent de celui d'Assomption, dont on se sert pour exprimer l'entrée triomphante de Marie dans le ciel. Ce dernier marque que la sainte Vierge eut besoin du secours des anges pour être élevée au séjour du bonheur, tandis que Jésus-Christ s'y éleva lui-même par sa propre puissance.

L'Église a établi la fête de l'Ascension dès les premiers

(1) Pontifex qui penetravlt cœlos. Heb., iv, 14. — Pontifex sanctus, innocens, impollutus. Ueb., vu, 26. — Exauditus esl pro suâ reverentiâ. Heb., v, 7.

(2) BossueL

ASCENSION DE JÉSCS-CHRIST. 46t

temps^ et avec une solennrté convenable i; un si beau mystère. Tout l'office de ce jour n'est qu'un chant de triomphe; mais, tout en nous livrant aux transports de joie que nous inspirent TAscension de Notre-Seigneur et les avantages qu'elle nous procure, n'oublions pas que, si Jésus-Christ est notre avocat, notre médiateur, notre intercesseur auprès de Dieu, il doit êtreen même temps notre juge. Préparonsnous donc à son dernier avènement, car son jugement sera d'autant plus sévère que sa miséricorde a été plus grande.

TRAITS HISTORIQUES

1 . Élie, dans son enlèvement miraculeux, a été une trè«-vive ima^» et une prophélie en action de Jésus-Christ même s'élevant au ciel et se séparant de ses apôtres. — Le moment étant venu où ce saint homme devait être enlevé au ciel, il dit a son disciple Elisée : « Demeurez ici, parce que le Seigneur m'a envoyé jusqu'à Bélhel ; » il lui proposa jusqu'à trois reprises de le laisser aller seul en divers lieux où il feignait avoir affaire, voulant peut-être ainsi éprouver sa fidélité ou lui épargner la douleur d'une si dure séparation. Mais Elisée, qui devait être l'héritier de son esprit et de ses grâces, n'eut garde de le quitter et il lui répondit avec feu : «Vive le Seigneur et vive votre âme! je ne vous abandonnerai point. » Ils allèrent donc tous deux ensemble. Et cinquante des enfants des prophètes les suivirent, lesquels s'arrêtèrent au loin vis-à-vis d'eux ; et ils allèrent tous doux au bord du Jourdain. Alors Élie prit son manteau et le plia, et frappa les eaux, qui se divisèrent en deux parts, et ils passèrent tous deux à pied sec. Lorsqu'ils eurent passé, Élie dit à Elisée: « Demandezmoi ce que vous voudrez, atîn que je vous l'accorde avant que je sois enlevé d'auprès de vous. » Elisée lui répondit: «Je vous prie que votre double esprit repose sur moi.» Apparemment il voulait demander par là le double don de prophétie et de miracles qu'Élie possédait. «Vous me demandez une chose difficile, lui répondit Élie. Cependant, si vous me voyez lorsque je serai enlevé d'auprès de vous, vous aurez ce que vous avez demandé ; mais, si vous ne me voyez pas, vous ne l'aurez point. » Et, lorsqu'ils poursuivaient leur chemin et qu'ils marchaient en s'entretenant, voilà un char «le feu e* des chevaux de feu qui les séparèrent tout d'un coup l'un de l'autre, et Élie monta au ciel dans un tourbillon. Or, Elisée le voyait et eriait : « Mon père, mon père, vous le char d'Israël et son conduc-

teur! » Après cela, il ne le vit plus. Et, dans la juste douleur qu'il ressentait de l'absence de celui que Dieu lui avait donné pour maître et pour guide, il déchira ses vêlements en deux parts ; ce qui était une marque de deuil et de tristesse usitée chez les Juifi^. £t ii leva de terre le manteau qu'Élie avait laissé tomber comme un gage du double esprit qu'il lui avait demandé, et dont il l'élablissai héritier. C'est ainsi que les apôtres, en suivant Jésus-Christ avec foi et amour, en le regardant fixement lorsqu'il monîait au ciel, par celte disposition où ils étaient d'avoir toujours en vue cette glorieuse Ascension de leur maître et de ne plus le chercher que dans le ciel, ont mérité de devenir les héritiers de son esprit et de sa double puissance, soit pour absoudre les hommes, soit pour les condamner. Élie reviendra sur la terre, à la fin des temps, pour préparer les hommes au jugement dernier :', les soutenir contre la persécution de l'Antéchrist. V, Reg., c. ii.

Notre-Seigneur, en s'élevant au ciel, laissa empreinte sur le rocher la trace de ses deux pieds. Le témoignage unanime des anciens et des modernes, des Pères, des voyageurs, de toute la tradition, ne laisse aucun doute à cet égard. Voici ce que dit à ce sujet le baron de Géramb, qui a visité les saints lieux en 1833 :

< Au centre, dans une espèce de chapelle, on voit le vestige qu imprima sur le rocher le pied gauche du Sauveur, au moment de quitter la terre pour s'élever dans les cieux. On assure que jadis on y voyait aussi l'empreinte du pied droit, que les Turcs l'ont d'abord soustraite et enterrée, pour la transporter ensuite dans la mosquée du Temple. L'insuffisance des renseignements que j'ai recueillis, ne me permet pas de dire rien de positif à ce sujet. Quant à l'empreinte du pied gauche, elle existe de manière à ne laisser aucun doute, quoiqu'elle soit un peu usée par les baisers sans nombre que les pèlerins depuis tant de siècles ne cessent d'y imprimer, et peut-être aussi par quelques pieux larcins qu'une surveillance sévère n'a pas pu toujours prévenir. Celle partie du rocher, aujourd'hui entourée de maçonnerie, est confiée à la garde d'un Santon, espèce de moine turc, chargé de s'opposer à la moindre altération. Ce santon est pourvu de petites pierres carrées qu'il fait toucher au vestige du pied de Notre-Seigneur, et qu'il oflfre ensuite aux pèlerins ; il en reçoit en échange un petit présent. A en juger par la direction du pied, le Sauveur en montant au ciel, devait avoir le visage tourné au nord.»

2. Si on s'entretenait souvent du bonheur de l'autre vie, on mépriserait aisément celle-ci. Saint Augustin, étant à Ostie avec sa mère sainte Monique, attendant le moment de s'embarqu'^'r, trouvait une merveilleuse douceur à parler de la félicité du ciel. Us cherchaient entre eux, à la faveur des lumières de la vérité éternelle, quelle sera celle vie bienheureuse qui doit être le partage des saints duiaut

toute l'éternité ; et, après avoir parcouru tout ce qu'il peut y avoir ici-bas de plus beau et de plus éclatant, ils en concluaient que la vie présente, quand même elle serait assortie de tout ce qu'on pourrait désirer de plaisirs sensibles, bien loin de pouvoir être comparée i la félicité -de la vie céleste^ ne mérite pas même d'être comptée. Pendant qu'ils parlaient de la sorte et que ce qu'ils disaient leur donnait plus de mépris que jamais pour h /nonde, Monique dit à Augustin : « Pour moi, mon fils, je ne vois plus rien dans la vie « dont je puisse être touchée ; qu'y ferai-je davantage, et pourquoi y € suis-je, maintenant qu'il ne me reste plus rien à désirer? Car la « seule chose qui me faisait souhaiter de vivre, c'était l'envie qua « j'avais de vous voir chrétien et enfant de l'Église catholique, avant « de mourir. Dieua rempli mes désirs sur cela, et avec surabondance, c puisque je vous vois même entièrement dévoué à son service, et € méprisant, pour l'amour de lui, tout ce que vous auriez pu pré- € tendre d'heureux et d'agréable dans le monde. Que fais-je donc « ici davantage? » Quelques jours après, cette sainte veuve tomba malade de la maladie dont elle mourut, et alla jouir de ce bonheur qu'elle avait tant désiré. D. Aug., Confess., lib. fX, cap. x.

Voici ce que rapporte saint Bernardin de Sienne: Un gentilhomme, qui était un fervent chrétien, fit le voyage de la terre sainte d'une manière très-édifiante. Après s'être confessé et avoir reçu avec dévotion le sacrement du corps de Jésus-Christ, il se rendit d'abord à Nazareth, où s'est opéré le grand mystère de l'incarnation ; il alla ensuite successivement à Bethléem, où le Sauveur prit naissance ; sur le rivage du Jourdain, où Jésus fut baptisé par saint Jean ; dans le désert, où Jésus demeura quarante jours en retraite ; sur le Thabor, où il se transfigura ; à Jérusalem, dans le cénacle, où il institua l'adorable Eucharistie ; dans le jardin des Oliviers, dans le prétoire et sur le Calvaire, qui furent le théâtre de ses ignominies et de ses souffrances; à l'endroit où son corps fut enseveli et ou il ressuscita, enfin sur le haut du mont des Olives, d'où, après avoir béni ses apôtres, il monta au ciel en triomphe. Dans les diCFérentes stations que ce chrétien plein de foi fit pour honorer les difi"érents mystères du Sauveur, son cœur était brûlant d'amour ; ce fut l'amfjur qui lui mit dans la bouche cette prière : « 0 Jésus ! Jésus ! mon très -aimable € Sauveur, où vous chercherai-je maintenant sur la terre, puisque t vous l'avez quittée? Permettez-moi de vous suivre, attirez-moi au € ciel où vous êtes. » A peine eut-il prononcé cette prière, qu'elle fut exaucée; il expira, il mourut d'amour. L'ardeur de son amour avait fendu son coeur ; on y vit ces mots qui y étaient gravée: Jésus / tnon amour I

CINQUIÈME INSTRUCTION

Jugement dernier. — Différence entre le premier et le second atènement de Jésus. — Signes avant-coureurs du Jugement général. — Rigueur de l'examen. — Arrêt irrévocable.

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