‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 4)Chapitre 60 sur 66 · SEPTIÈME ARTICLE DU SYMBOLE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME ARTICLE DU SYMBOLE

D. Notre-Seigneur ne reviendra-t-il pas sur la terre d'une manière \isible?

R. Oui, à la un du monde, Jésus-Christ reviendra sur la terre visiblement et avec gloire, pour juger les vivants et les morts.

La foi nous enseigne qu'à la fin des temps Notre-Seigneur descendra une seconde fois sur la terre, pour rendre à chacun selon ses œuvres,, aux bons la récompense de leurs vertus, aux méchants la punition de leurs crimes. C'est une vérité consignée en plusieurs endroits des livres saints, et que Jésus-Christ annonçait aux apôtres, tantôt en langage parabolique, comme quand il se représentait sous la figure d'un père de famille, qui distribue son bien à ses serviteurs et revient ensuite leur demander compte (1) ; ou bien sous celle d'un roi qui va prendre possession d'un royaume qui lui est échu, et qui, à son retour, récompense ses sujets fidèles et extermine ceux qui ont secoué son joug ; et tantôt de la manière la plus claire et la plus formelle, comme quand il leur disait : a Alors on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées du ciel, avec une grande puissance et une grande majesté (2). » Au jour même de son Ascension, les anges prédirent aux apôtres son nouvel avènement, en leur disant: a Ce même Jésus que vous

0) Math.,xxyn, 16. — (2) Jfol/»., xxiv, 30.

venez de voir s'élever au ciel, en redescendra un jour do la même manière que vous Tavez vu monter. »

Jésus-Christ reviendra donc sur la terre pour juger les hommes, car le Père céleste, tout Dieu qu'il est, ne juge personne; il a donné à son Fils toute la puissance de juger (1). Et à qui convenait-il mieux de juger les hommes qu'à celui qui est la sagesse éternelle de Dieu, et qui pénètre tout par sa lumière ? N'est-il pas juste qu'après avoir été lui-même jugé si injustement par ceux qui n'étaient que ses créatures, il vienne à son tour les juger selon les règles d'une parfaite justice? Mais ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que le Père a donné à son Fils ce pouvoir, non pas précisément parce qu'il est son Fils, mais parce qu'il est Fils de l'homme (2). Et la raison qu'on peut en donner, c'est que Dieu a voulu que ce dernier jugement fût, selon notre manière de voir, entièrement irréprochable et que nous n'eussions rien à y objecter. Or, quel jugement peut-il y avoir de moins suspect de prévention, de haine, d'intérêt, que celui d'un bienfaiteur, d'un frère? et Jésus-Christ n'est-il pas tout cela à notre égard? Et si ce Dieu si bon, qui nous a aimés jusqu'à se faire victime pour notre salut, se change contre nous en un Dieu terrible, inexorable (3), quelque rigoureux que soit le châtiment qu'il nous inflige, après tout ce qu'il a fait poiu* nous témoigner son amour, quelle plainte aurons-nous à former contre le jugement qu'il portera?

Il viendra pour juger les vivants et tes moisis, c'est-àdire tous les hommes qui auront vécu dans le cours des siècles, soit ceux qui seront encore en vie à la fm des temps et qu'une mort soudaine, dans ce renversement du monde, fera paraître tout d'un coup au jugement de Dieu, soit ceux qui, depuis longtemps enfermés dans le sé-

(\) Pater c-A,ne jodicium dédit Filio* Joan,, v, 22, (2) Quia Filius hominia est. Math., x;ii, 37. <3) MuUlus es mihi in crudelem. Job, xxx, 3».

pulcre, ressusciteront au son de la trompette fatale. Par ces paroles les vivants et les morts, on peut encore entendre les justes qui vivent de la grâce, et les méchants dont l'âme est comme morte et ensevelie dans le tombeau du péché.

Que ce second avènement sera différent du premier ! Dan? celui-ci, Jésus-Christ a paru pauvre^ faible, obscur, nviprisé. C'était,, pour me servir des images de l'Écriture, un agneau qu'on mène à la boucherie sans qu'il se plaigne, un roi plein de bonté et de douceur, qui n'écrase point le roseau déjà brisé, qui n'achève point d'éteindre la mèche qui fume encore (1), qui se sacrifie pour le bien de son peuple, et se laisse immoler sans opposer la moindre résistance à ses ennemis. Mais, quand il se montrera pour la seconde fois au monde, il viendra comme le lion de la tribu de Juda, qui se rejKjse sur sa proie et que personne n'ose attaquer (2) ; il sera comme le feu qui fond les métaux (3) ; il terrassera les nations d'un seul de ses regards, et il anéantira l'orgueil des montagnes du monde (4). Ce ue sera donc plus un Dieu caché sous les faiblesses de notre chair, courbé sous le pesant fardeau de la croix, qui semblait n'oser parler, qui craignait, en quelque sorte, de se faire connaître ; mais un Dieu dans toute la splendeur de sa gloire, et dont la voix retentira de toutes parts comme un éclat de tonnerre (5). Il viendra juger avec une grande puissance, dit saint Augustin (6), après avoir été jugé dans l'excès de ses humiliations; il paraîtra terrible après avoir paru méprisable; il fera éclater sa force, après avoir fait éclater sa patience.

Méditons aujourd'hui sur cette vérité effrayante, bien capable d'imprimer dans nos âmes cette crainte du Seigneur, qui est le commencement de la sagesse. Nous allons exa-

(1) h., Il, 3. — (2) Gen., xlix, 9. — (3) Mal., m, 12. — (4) «abac., II, 5.

(l) Psal., xLix, 33. — (6) D. Aug. Enarr. in psal. lxxxv.

JUGEMENT DERNIER. 4o7

min^r successivement les signes avant-coureurs de ce j u gement, la rigueur de l^examen, la terrible sentence qu s'ensuivra, toutes circonstances qui n'ont pu nous être connues que par la révélation.

D. Qu'arrivera-l-il à la fin du monde?

R. Tous les hommes ressusciteront et paraîtront en corps et en âme au jugement de Dieu.

Mais, avant cette résurrection générale, on verra de terribles présages, qui annonceront la prochaine arrivée du Fils de rhomme.

SIGNES AVANT-GOUREURS

Il y aura des guerres et des bruits de guerre, les nations se soulèveront contre les nations, et les royaumes contre les royaumes. Ce seront des jalousies si atroces et des haines si envenimées qu'on verra s'élever frère contre frère, père contre fils et fils contre père; partout un esprit d'ébranlement universel, de fureur et de rage ; il semblera que tous les hommes veulent s'entr'égorger. Il y aura des famines si horribles qu'on verra des mères en délire tuer, de leurs propres mains, leurs enfants, pour se nourrir de leur chair; il y aura des pestes qui exerceront des ravages affreux, et dont les horreurs surpasseront tout ce qui s'est vu en ce genre depuis le commencement des siècles; il y aura des tremblements de terre qui imprimeront à notre' globe des secousses telles, qu'il en sera ébranlé jusqu'à ses fondements. La terre, dit Isaïe, souffrira des élancements qui la déchireront; elle chancellera comme un homme ivre (1).

Mais ce n'est encore là que le commencement des douleurs (2). Viendra cet homme de péché, ce fils aîné de Satan, l'Antéchrist, qui fera la guerre à Jésus-Christ et à ses saints. Ce méchant, cet impie osera se donner comme le

<1) Is., XIV, 18. -- (2) Math., ixvin. g.

4 se NEUVIÈME LEÇON.

Fils de Dieu et s'asseoir dans le temple du Seigneur^ pour y recevoir le culte suprême. Il mettra tout en œuvre pour se faire des partisans,, promesses, flatteries, largesses, faux prodiges^ et ensuite persécution ouverte, tourments horribles; jamais il n'y eut et jamais il n'y aura d'affliction semblable. De grands scandales désoleront l'Église de Dieu, à cause des chutes fréquentes de ceux qu'on croyait les plus fermes; et, la malice s'augmentant sans fin, la charité se refroidira dans la multitude (1). Malheur aux faibles ! Malheur aux lâches et aux négligents! Hélas! que deviendrionsnous en ces temps de troubles et d'horreurs, nous que la moindre tentation fait succomber, nous qui avons tant de peine à remplir nos devoirs, maintenant que rien ne nous en empêche? Comment résisterions-nous à la violence de la persécution? comment nous sauverions-nous de tant de pièges ? Ah ! prions le Seigneur qu'il éloigne de nous ces jours de péril et de calamités, et qu'il nous laisse cette heureuse tranquillité, au moyen de laquelle nous pouvons le servir sans crainte.

Cependant, au milieu de cette grande tribulation, capable de faire succomber les élus eux-mêmes, si c'était possible. Dieu n'abandonnera pas son Église. Il fera reparaître ses deux prophètes Elie et Enoch, enlevés vivants de ce monde, afin de les opposer aux fureurs de l'Antéchrist et de soutenir ainsi la foi des fidèles. Enfin, lorsque la vertu de ses saints aura été épurée jusqu'au degré qu'il voulait. Dieu mettra fin au temps des épreuves; et, d'un souffle de sa bouche, il exterminera le monstre.

A mesure que l'heure du jugement approchera, on verra paraître des signes prodigieux dans le soleil, la lune et les étoiles; la terreur et l'effroi se répandront partout; le so^ (eil se couvrira de ténèbres, la lune sera comme changée en sang, les étoiles tomberont du firmament, les puissances des cieux seront ébranlées, et la nature semblera prête ^

^1) Math., xiiv, IJ.

rentrer dans le chaos. Bientôt s'allumera de tous côtés ce feu dévorant, qui doit consumer la terre et tout ce qu'elle renferme (1). En quelques instants, palais, églises, villages, cités, royaumes, tout ne sera qu'un monceau de cendres. Telle sera la fin de toutes les richesses, de toutes les pompes, de toutes les délices du monde.

Après que la terre et les éléments auront été purifiés et rétablis en une forme nouvelle, par l'embrasement de l'univers, un envoyé de Dieu partira du ciel, et, faisant retentir le son de la trompette aux quatre coins du monde, il réveillera tous les morts endormis dans la poussière des tombeaux. « Levez-vous, morts, s'écriera cet jange, venez paraître au jugement. » Que le son de cette trompette mystérieuse a de puissance ;et de force ! Tous les éléments l'écoutent et lui obéissent sans délai ; elle fend les rochers et découvTe les abîmes; en un instant, en un clin d'œil, la terre jette ses cadavres, l'enfer vomit ses victimes, le ciel rend ses saints. Tous les membres humains, disséminés sur la surface du globe, ou plongés dans les eaux, ou mêlés et confondus avec la poussière des champs, se séparent des corps étrangers auxquels ils se trouvent joints; les os se rapprochent; les chairs se réunissent; les âmes rentrent dans les corps qu'elles ont autrefois habités; tous les hommes, qui ont peuplé l'univers dans le cours des siècles, sont ranimés pour comparaître en corps et en âme au jugement de Dieu. Il est bien juste, en effet, que comme le corps concourt avec l'âme à la vertu ou au vice, il partage aussi avec elle la peine ou la récompense.

Maintenant, tout est prêt, le Seigneur va paraître au milieu des feux, dit le Prophète (2), et son char fondra comme la tempête, pour répandre son indignation et sa furem», et pour exercer sa vengeance au milieu des flammes. Voici donc le Seigneur qui vient, le van à la main, pour neir

(1) I, Pe«.,iii, 10.

(î) J«.,LXVI, 15.

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toyer son aire ; il paraît tout à coup avec un éclat surprenant et entouré de ses anges. Voyez, d'abord^ le signe qui le précède ; c'est la croix (1) : grande consolation pour les âmes fidèles qui ont aimé, béni ce signe salutaire, qui se sont plu à le porter, à l'imprimer sur leurs corps, et en ont fait la règle de leur conduite; grand sujet d'épouvante pour les Juifs, qui n'ont vu en elle qu'un objet de scandale; pour les Gentils, qui l'ont traitée de folie ; pour tant d'impies, qui la regardent avec un mépris sacrilège, et pour tant de chrétiens voluptueux, dont la vie contraste si singulièrement avec celle d'un Dieu crucifié. Cette croix nous sera, pour ainsi dire, confrontée à tous, pour faire ou notre justification ou notre condamnation, selon la conformité ou l'opposition qui se trouvera entre elle et nous.

Le souverain Juge des vivants et des morts s'asseoira sur le siège de sa gloire, dans le plus formidable appareil, au milieu des Esprits célestes, et ayant les douze apôtres pour assesseurs; et toutes les nations seront assemblées devant lui. Quelle journée! quelle séance! Dieu d'une part, de l'autre tous les hommes, depuis Adam jusqu'au dernier de ses descendants; Dieu dans toute sa puissance et toute sa majesté, les hommes dans un dénûment total. Dans la vallée du jugement, point de ces marques d'honneur, point de ces titres de dignité dont se repaît Torgueil des grands de la terre. Sceptres, diadèmes, arcs de triomphe, chars de victoire, trophées, tout est brisé. Sont rangés indiff"éremment dai^s la foule les puissants et les faibles, les maîtres et les ser^ itturs, les rois et leurs sujets; le savant et l'ignorant, le monarque et le berger retrouvent entre eux une parfaite égalité. En ce joui^-là, dit Isaïe, Dieu seul sera grand (2), et tout ce";qui n'est pas Dieu sera petit et rampera comme ur atome, comme un néant, devant cet Être souverain (3)

(1) TuQC parebit signum Filii hominis in cœlo. Math., xiiv, 30. (2/ Elevabitur Dominus soius in die illâ. /«., ii, 17. (3j Tariquàm nihilum ante te. Psalm. xxxviii. 6.

Tout le genre humain étant donc cité au tribunal de Dieu, et se trouvant, pour ainsi dire, suspendu entre le ciel et Tenfer, entre la crainte et l'espérance, entre la tristesse et la joie. Dieu commandera à ses anges de séparer les brebis des boucs, les justes des réprouvés. Les justes seront placés à sa droite et les pécheurs à sa gauche. Alors se briseront tous ces liens que la nature, l'éducation ou l'intérêt forment entre les hommes ; il n'y aura plus que les liens de la charité. Le fils sera séparé de son père, le mari de sa femme, le maître du serviteur; l'un sera pris, l'autre laissé (1). Les justes, tout couverts de gloire, s'élèveront dans les airs, au-dessus des nuages, pour aller, avec les anges, se ranger à côté de Jésus-Christ, tandis que les méchants, laissés à terre avec les démons, ressembleront à des victimes qu'on va immoler, et attendront, rongés d'un cruel désespoir, l'arrêt fatal qui doit fixer leur sort.

Ces préliminaires terminés avec une promptitude extrême, infiniment plus vite qu'il n'est donné à la parole humaine de les raconter, la discussion commence.

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