‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 4)Chapitre 63 sur 66 · L'ARRÊT IRRÉVOCABLE · texte numérisé non relu

L'ARRÊT IRRÉVOCABLE

Jésus-Christ se tournant vers les justes avec un visage plein de douceur, leur dira : « Venez, les élus de mon Père, possédez le royaume, qui vous a été préparé dès l'origine du monde (1). » 0 paroles infiniment consolantes ! Venez^ venez à moi; venez, venez avec moi; vous qui m'avez suivi dans les douleurs, suivez-moi dans les délices. Venez, enfants bénis, venez posséder un royaume ; quelle grandeur ! Venez^ vous n'aurez plus de peines, plus de craintes, plus de combats; vousserez toujours avec moi, et vous jouirez de mes immortelles beautés.

D'autre part, Jésus-Christ, jetant sur les réprouvés un re-

(1) Venite, benedicli Palris mei, possidete paratum vobis regnum à conslilutione mundi. Math., xxv, 34.

gard étincelant de colère, avec cette voix tonnante qui !>rise les cèdres et arrête Timpétuosité des torrents : « Reti- 1 ez-voiis de moi, maudits, leur dira-t-il, allez au feu éternel (1). » Oh ! qui ne pâlira, qui ne tremblera, qui ne séchera de frayeur * ?

Retirez-vous de moi. Eh quoi ! Seigneur, vous les appeliez autrefois avec tant de bonté, et vous les rejetez maintenant avec tant de fureur ! Et où iront-ils, ces malheureux, s'ils s'éloignent de vous qui êtes la source de tout bien et le seul bonheur de Thomme ? — Rellrez-vous de moi, ingrats et perfides pécheurs, je ne veux plus vous voir ni vous entendre ; ma gloire n'est pas faite pour des monstres tels que vous.

Allez, maudits. Vous avez aimé la malédiction, et elle retombe sur vos têtes; elle s'attache à vous comme votre habit, comme une ceinture qui vous environne de tous côtés; elle pénètre jusqu'à la moelle de vos os (2). Allez donc, maudits de mille malédictions; vous n'êtes pas dignes de paraître devant ma face.

Allez au feu. L'entendez-vous, homme voluptueux, femme sensuelle, et vous tous, mondains accoutumés aux délices de la vie ? Allez au feu, qui brûle le corps et l'âme et qui les brûle sans jamais les consumer, au feu qui a été préparé pour le démon et ses anges. 0 ciel ! quelle compagnie î Allez avec le démon ; qu'il soit votre tyran et votre bourreau, puisque vous avez voulu vous mettre sous son esclavage; portez son joug de fer, puisque vous avez refusé le joug si doux du Seigneur. Allez au feu. Et pour combien d'années, poiu* combien de siècles? Quoi ! des années? des siècles? c'est pour toujours. Allez au feu éternel. 0 affreuse sentence ! ô feu épouvantable ! ô désolante éternité !

Mais n'y aura-t-il pas quelque remède à tant de maux T

(1) Discedite à me, maledicti, in ignem aelernum. Math., xxv, 41. (J) Induit malediclionem sicul vestimenlum. Psalm. cviii, 18.

quelque léger adoucissement ? Ces malheureux réprouvés ne pourront-ils plus compter sur les miséricordes infinies du Seigneur? Non^ non, plus de ressource, plus de pardon; le temps de la miséricorde est passé ; c'est maintenant le règne de la justice, de la pure et stricte justice. De même que, pendant leur vie. Dieu leur témoignait un amour sans bornes, de même maintenant sa fureur contre eux serci sans mesure ; c'est un jugement d'autant plus inexorable qu'il a été plus longtemps indulgent.

Chercheront-ils à se soustraire à sa vengeance ? Mais où aller? La justice divine les environne de toutes parts. Ils sont pris comme dans un filet, sans qu'il leur soit possible d'échapper. Car vous êtes terrible, ô mon Dieu, et qui pourra vous résister (1)? Votre puissance s'étend depuis le plus haut des cieux jusqu'au plus profond des enfers. Se rassureront-ils sur leur grand nombre? Mais la multitude des damnés ne fera qu'augmenter leur supplice ; et le feu de l'enfer sera d'autant plus actif qu'il aura plus de victimes à dévorer.

Alors, éperdus, hors d'eux-mêmes, ils pousseront d'affreux hurlements, ils invoqueront la mort, le néant; ils diront aux montagnes et aux collines : a Montagnes, tombez sur nous; collines, écrasez-nous (2). » 0 néant, reprendsmoi dans tes abîmes, pourquoi en suis-je sorti? par où y rentrerai-je? Mais il n'y aura pas de néant ; il faudra toujours vivTe, pour souffrir toujours (3).

Aussitôt après que le Seigneur aura prononcé la sentence, l'enfer dilatera ses entrailles pour dévorer ses victimes; et les damnés et les démons seront engloutis tous ensemble dans les gouffres éternels. L'abîme sera scellé sur eux, pour ne s'ouvTÎr plus jamais, jamais, pendant l'éternité tout entière.

(1) Terribilis es, et quis resislel tibi ? Psalm. lxxv, 8.

(2) Tune incipient dicere monlibus : Cadite super nos. Luc,^ zxiii, 3.

(S) Desiderabunt mori, et mors fugiet ab eis. Apoc, ix. 6.

Les justes, joyeux et triomphants, entreront dans la cité sainte, pour aller se reposer dans le sein de Dieu.

Ainsi finira ce jour de colère et de justice, ce dernier des jours, après lequel il n'y aura plus de temps, plus de siècles, mais l'immobile éternité.

Or, maintenant, réfléchissez : quel parti voulez-vous prendre? que voulez-vous devenir ? Où voulez-vous être placé ? à gauche ? à droite ? parmi les brebis innocentes ou parmi les boucs immondes ? Car notre jugement, dit saint Augustin, dépend de nous ; et c'est à nous à déterminer, tandis que nous vivons encore, de quelle manière nous serons un jour jugés. Voulez-vous donc être bénis de Dieu? ou bien maudits et précipités dans les enfers? Mais cette dernière supposition vous tait frémir. Et cependant, ô stupidité! ô folie î comment vivez-vous? que faites-vous pour vous rendre le souverain Juge favorable? Ne provoquezvous p:iS, au contraire, tous les jours sa colère par de nouvelles fautes, par des péchés sans nombre ? Ah ! si vous pensiez au jugement dernier, ne meltriez-vous pas ordre à votre conscience, fkllût-il, pour vous sauver, tout entreprendre, tout perdre sur la terre, tout souffrir? Rentrez donc en vous-mêmes, tandis qu'il en est encore temps ; repassez dans Tamertume de votre cœur tous les jours de votre vie ; et priez le Seigneur qu'il vous pénètre de la crainte salutaire de ses jugements (1).

0 mon Dieu, faites retentir sur nos têtes le tonnerre de vos vengeances; que le son de la trompette fatale nous réveille de cet état d'assoupissement et de mort où le péché nous a plongés. Sortons, sortons de ce tombeau d'iniquités où nous sommes peut-être ensevelis depuis longtemps, et vivons chaque jour comme si nous devions, au premier mstant, paraître au jugement de Dieu. Alors, quelque redoutable que soit ce jour fatal, nous aurons cependant

(1) Confige limore tuo carnes meas, à judiciis enim luii timai» Pio/. civui, 120.

JUGEMENT DERNIER. 47 î

lieu, tout en le craignant, de le désirer, de Taimer comme le jour de notre délivrance de la servitude du péché, comme le commencement de notre triomphe ; car nous serons assurés d'entendre de la bouche de notre juge ces consolantes paroles : a Courage, serviteur bon et fidèle, entrez dans la joie de votre Seigneur (1). »

TRAITS HISTORIQUES

Saint Jérôme , dans les dernières années de sa vie, ne pouvait s'empêcher de penser au redoutable jugement ; il lui semblait continuellement entendre la voix terrible qui dira : Levex-vous, morts, venex au jugement. Cette pensée le faisait frémir et trembler de toai son corps.

Un jeune homme, selon le rapport de saint Vincent Ferrier, fut transporté en songe au tribunal de Jésus-Christ ; il fut si frappé de l'appareil avec lequel on allait le juger, de la majesté du souverain juge, des différentes interrogations qu'on lui fît et auxquelles il ne put rien répondre, qu'à son réveil il éiait couvert de sueur et frissonnant. 11 fit alors cette réflexion : Ce que j'ai vu en songe doit se réaliser, et bientôt; ce sera peut-être cette nuit. Il remercia Jésus-Christ de ce que ce n'était pas réellement, mais seulement en songe, qu'il avait paru à son tribunal. 11 implora sa grande miséricorde, et prit une ferme résolution de faire une sincère pénitence et de préférer U mort au moindre péché. La crainte dont il avait été pénétré fut telle, que ses cheveux étaient devenus tout blancs.

Science pratiq. du catéch.

Le père Louis Dupont, à la pensée du jugement dernier, était agité d'un tel efl'roi qu'il faisait trembler son lit. Le vénérable père Juvénal Àncine, entendant chanter le Dies irœ, fut si frappé, en réfléchissant aux terreurs d'une âme qui paraît au jugement de Dien, qu'il forma et exécuta la résolution de quitter le monde. Liguori.

Le roi des Bulgares, Bogoris, demanda au saint moine Méthode, qui excellait dans l'art de la peinture, quelques pièces capables de contribuera la décoration d'un palais qu'il venait de faire bâtir. Il lui recommanda, entre autres choses, d'imaginer un sujet dont ha représentation pût glacer d'effroi les spectateurs. Le saint, pour se

(1) Enge, serve bone et ûdelis, intra in gaudium Domini toi* MaM.jixv, 21.

conformer aux intentions du roi, entreprit de peindre le jugement dernier. On y voyait Jésus-Christ environné d'anges à droite et à gauche, assis sur un trône éclatant de gloire, et revêtu de l'appareil formidable d'un juge irrité. Tous les hommes, sans aucune distinction de rang, étaient assemblés devantson tribunal, où ilsattendaient, en tremblant, la sentence qui allait décider de leur sort éternel. Il y avait, d'ailleurs, dans les différentes parties du tableau, une force, une énergie, une vivacité et une chaleur d'expression qui ajoutaient au terrible du sujet. L'ouvrage achevé, on le montra au roi, qui en fut singulièrement ému ; mais son émotion s'accrut de beaucoup, lorsque le peintre vint à expliquer chacune des parties dont l'ensemble composait son tableau. Il n'y put tenir, et, correspondant dés lors à la grâce qui lui parlait par un objet sensible, il demanda à être instruit des mystères de la religion chrétienne, et, peu de temps après, il reçut le baplême. Hist. des Curopalates.

Si la simple vue d'un tableau produisit un tel effet aux yeux d'un idolâtre, à combien plus forte raison les grandes idées, que la foi nous danne sur la rigueur des jugements de Dieu, doivent faire impression sur des cœurs chrétiens !

SIXIEME INSTRUCTION

Jugement particulier. — Compte terrible que nous y rendrons à Dien. — Désolation des méchants. — Ne pas attendre à la mort. — Raisons du jugement général. — Son jour inconnu.

D. Chaque homme est-il jugé à Theurede la mort?

R. Oui, chaque homme est jugé à l'heure de la mort; mais outre ce jugement particulier, il y en aura un général où tous les hommes comparaîtront.

Le jugement particulier est celui que chaque homme ?ubit immédiatement après sa mort, car aussitôt que Tâme Bst séparée du corps, elle est citée au tribunal de Dieu. Elle n'a pas besoin de faire un long trajet, ni de se transporter bien loin pour comparaître en présence de son juge ; mais, en quelque endroit que Thomme expire. Dieu

est là pour exercer sa souveraine justice. Ainsi point d'intervalle entre ia mort et le jugement * (1).

A peine donc aurons-nous rendu le dernier soupir, que nous nous trouverons comme investis de la majesté suprême, et destitués de tout secours humain, sans parents, sans amis, sans appui, sans protection, seuls avec nos œuvres bonnes ou mauvaises, seuls en face de la Vérité étemelle qui doit être notre juge. Or, ce jugement, pour être moins éclatant que celui qui aura lieu à la fin des siècles, n'en sera pas moins rigoureux. Dieu ouvrira les livres qui serviront comme de base à la discussion et à l'examen de notre cause ; ces deux livres sont l'Évangile et la conscience : l'Évangile qui nous montrera ce que nous devions faire, et la conscience ce que nous avons fait. A ce moment terrible. Dieu nous dira, comme cet homme riche de l'Évangile à son économe : a Rendez compte de votre administration (2). »

Rendez compte de tous les péchés que vous avez commis par pensées, par paroles, par actions ; rendez compte de tous les péchés que vous avez fait commettre par vos mauvais exemples, vos discours licencieux, vos sollicitations criminelles. Pécheur scandaleux, vous avez été le fléau de vos frères ; la peste est sortie de votre bouche et de votre cœur; vous avez répandu la mort autour de vous; rendez compte de tant d'âmes innocentes que vous avez tuées.

Rendez compte de tant de péchés que vous avez laissé commettre par une molle indulgence, par défaut de correction ou de vigilance à l'égard de vos inférieurs. Ces enfants, ces domestiques, ces ouvTiers, ces commis, vous deviez les conduire dans la voie du salut, leur donner de bons conseils et de bons exemples, et vous n'avez pris aucun soin de leur salut. Rendez compte de leurs âmes

(t) Slatutum est omnibus hominibos semel mori ; posl hoc antem judicium. Heb., ix, 27.

(ÎJ Redde ralionem villicationis taae. lue, xvi, V2.

Rendez compte des biens temporels que vous avez possédés. Ces avantages de la nature^ cette santé florissante, ces qualités de l'esprit^ ces talents que vous deviez employer à la gloire de Dieu et à l'édification du prochain, à quoi les avez-vous fait servir? Hélas ! peut-être à Tiniquité. Rendez compte de ces moments précieux que vous avez dépensés si inutilement ; de cette longue vie qui a été si stérile en vertus; de cette fortune, de ces revenus qu'il vous eût été si facile de convertir en trésors célestes.

Rendez compte des biens spirituels, de tant de grâces qui vous ont été accordées, de tant d'instructions que vous avez entendues, de tant de sacrements que vous avez négligés ou profanés. Oh ! qu'il y a de choses qui entreront en ligne de compte ! Oh ! quelle situation terrible pour le pécheur, quand il se trouvera en face de ce juge sévère, mexorable, qui sait tout, qui a tout vu, tout entendu, et aux yeux duquel il ne pourra rien dérober 2.

En même temps il verra s'élever contre lui pour accusateurs : 1° Le démon, qui produira toutes ses fautes, assignant le jour et l'heure où elles ont été commises. Selon saint Cyprien, il dira au juge : « Seigneur, je n'ai rien fait, rien soulfert pour ce criminel ; c'est vous qui êtes mort pour lui, et cependant, au mépris des promesses qu'il vous a faites, il vous a abandonné pour devenir mon esclave, donc il m'appartient. » 2° Les anges gardiens qui attesteront combien d'années ils ont été à côté de lui, ne recueillant que mépris pour les avis charitables qu'ils lui donnaient (1). 3' Les complices de ses débauches qui lui reprocheront d'avoir été la cause de leur perte, en les entraînant au mal par d'indignes provocations. 4° Les païens, les habitants de Ninive et de Sodome, qui l'accableront de reproches et d'insultes, de ce qu'ayant eu à sa disposition tant de grâces et de moyens de salut, il n'a pas voulu en profiter. Toutes les créatures intelligentes s'uniront avec

(1) Origen., Homil. lxvl

Dieu pour le haïr et le condamner. Les murailles mêmes, dans l'enceinte desquelles il aura péché, déposeront contre lui (1). La conscience aussi réclamera avec force (-2), et lui arrachera ce triste aveu, cette courte, mais crueU<i et trop tardive confe;^sion : a J'ai péché, je suis coupable. » Selon saint Bernara^ .ous les péchés qu'il aura commis emprunteront une VOIX et lui diront : « C'est toi qui nous a faits, nous sommes ton ouvrage; nous ne te quitterons pas (3). » Enfin , les plaies de Jésus-Christ , comme le dit saint Chrysostome (A), accuseront aussi le pécheur; les clous, les cicatrices^ la croix rendront témoignage contre lui.

Alors que lui servira-t-il d'avoir eu sur la terre de vastes possessions, d'avoir joui de l'estime des hommes ? Ce ne sont point les richesses, ni les dignités, ni les grandeurs qui pèsent dans la balance de la justice divine, mais seulement les bonnes œuvres, et Dieu lui dira, comme Daniel à Balthazar ; a Vous avez été pesé, et vous avez été trouvé trop léger (5). »

Quand ces malheureux réprouvés se verront ainsi accablés sous le poids de leurs iniquités, que pourront-ils alléguer pour leur justification ? Oseront-ils entrer en contestation avec leur Dieu? Ici-bas, ils se flattent que Dieu ignore leurs crimes ou qu'il les oublie, parce qu'il ne les punit pas; mais «j'ai tout vu, j'ai tout entendu, je connais tout, » dira le souverain Juge (6). Oui; c'est moi qui ai vu votre péché dans toute sa malice et dans toute son étendue; je l'ai vu dans ses commencements, dans ses progrès, dans ses effets, dans sa fin. Je l'ai vu tel qu'il était dans toutes ses circonstances. — S'excuseront-ils sur la fragilité de leur chair, sur la violence des tentations? Vains prétextes ! Si la nature était faible, la grâce était forte. Si vous aviez des maladies, leur dira le Sauveur, vous aviez aussi des remè-

(I) Habac, ii, 17. — (2) Rom., ii, 15. — (3) D. bern. Medil., c. ii. (4) D. Chrys. Homn. in Math. — (6) Dan., v, 27. — (6) Ego som, ego vidi, dicit Dominus. /eretH.,vii, 11.

des; si vous avez été grandement tentés^ vous avez eu de puissants secours. Dieu leur opposera ses élus, ces âmes fidèles qui, dans la même chair et avec les mêmes tentations et de plus fortes encore, ont néanmoins conservé ou la fleur sacrée de Tinnocence ou la grâce de la réconciliation, et qui confesseront unanimement cju'ils ont résisté au démon, ou qu'ils se sont relevés de leurs chutes autant de fois qu'ils l'ont voulu. A cela, que pourra répondre le pécheur ? Pas un mot ; il se verra obligé de se condamner lui-même, et, entrant dans des transports de fureur, il frémira et grincera des dents (1).

Selon l'examen, Dieu prononcera la sentence de réprobation ou de salut. « Retire-toi de moi, maudit, dira-t-il au méchant. — Viens avec moi, dira-t-il au juste. » Quelle joie pour celui-ci ! Mais quel coup de foudre pour celui-là! En proie aux plus affreuses angoisses, les réprouvés exhaleront leur douleur en regrets inutiles, en plaintes amères. Ils s'écrieront en gémissant : « Nous nous sommes donc trompés, » nous qui nous croyions les sages du siècle, des esprits forts, nous qui traitions la dévotion de simplicité et de folie. Ergà erravimus. Les voilà, ces âmes qui étaient l'objet de nos railleries et que nous regardions comme le rebut du monde, les voilà sur des trônes de gloire ; et nous nous sommes trompés. Ergo erravimus. Ah ! c'est nous qui avons été véritablement des insensés ! Nous nous sommes lassés dans la voie de l'iniquité (2) ; nous nous sommes épuisés, consumés, pourquoi? Pour un moment de plaisir, pour quelques richesses, pour quelques honneurs. Fades plaisirs, honneurs frivoles, criminelles voluptés, ah ! que vous nous coûtez cher ! 0 monde perfide, où sont tes douceurs si vantées? Ah ! tu as passé comme une ombre, et il ne nous reste plus qu'amertume, peines, douleurs, désespoir (3) !

(l) Peccator videbit el irascelur ; dentibus suis freraet et tabesceU Psalm. CXI, 10. — (2) Lassati sumus in via iniquitatis. Sap., v, 7. (3) Ergô erravimus. Sap., v, 5.

Mais toutes ces lamentations n'aboutiront à rien ; la sentence est portée; et ce que Dieu aura une fois décidé pour notre bonheur ou notre malheur, il ne le changera jamais. Quiconque sera condamné, le sera pour toujours. Point de ressource, point d'appel à un juge supérieur, point de moyen de revenir à Dieu. Le Seigneur appliquera le sceau de son immortalité sur Tétat où se trouvera notre âme, et te sceau ne pourra jamais être levé ni par les puissances du ciel, ni par les puissances de Tenfer (1). Le jugement dernier ne sera que la confirmation et la promulgation solennelle de la sentence qui sera prononcée dans le jugement particulier.

Oh ! que cette vérité est terrible et qu'elle mérite bien que nous la méditions attentivement ! Et cependant nous n'y pensons presque jamais; et, à voir l'indifférence avec laquelle nous entendons parler des vengeances du Seigneur, on dirait que nous n'avons rien à craindre, et que nous pourrons un jour éviter de comparaître à son tribunal. Quelle est donc cette fatale illusion qui nous séduit ? Ah ! écoutons la voix de ceux qui nous ont précédés dans le tombeau, et qui nous disent sans cesse par la bouche du Sage : a Souvenez-vous de mon jugement; c^ir le vôtre ressemblera au mien; hier, c'était mon tour, et aujourd'hui c'est le vôtre (2). » Oui, le Seigneur vient, il approche, il est à la porte, il frappe. 11 vient à chaque moment, car chaque moment nous avance vers la mort ; il frappe par les indispositions, par les maladies qu'il nous envoie ; peut-être ce soir, peut-être cette nuit, il faudra paraître devant lui. N'attendons pas à la dernière extrémité pour régler nos <2omptes;.car quel affreux malheur de passer tout d'un coup d'une vie désordonnée entre les mains d'un juge ter-

Ci) Non est reversio finis nçMri, quoniam consignata est, et nemo revertitur. Sop., ii, 5.

(2) Meixior esto judicii mei sic euim erit et tuum. Mihi heri, et tibi hodiè. Eccli., xxxviii, 23.

478 I^UVIEME LEÇON.

rible (1) ! Rendons-lui grâce de ce qu'il a bien voulu ne pas entrer encore en jugement avec nous, et profitons du temps qu'il nous laisse, pour réparer le mal que nous avons fait et pour apaiser sa justice, tandis qu'il est encore pour nous un père tendre et miséricordieux. Après cette vie, il ne sera plus qu'un juge inexorable, et son vrai nom sera celui-ci : « Sans miséricorde (2). »

Que si le sort de chacun est irrévocablement fixé au jugement particulier, à quoi bon un autre examen et cette terrible révision de notre procès, qui doit se faire au jugement miiversel ? Dieu l'a ainsi voulu, et voici les principales raisons que nous pouvons en donner :

1° Afin de mieux manifester sa gloire. Ici-bas, Jésus- Christ a été couvert d'opprobres, méconnu de son peuple, livré à une mort ignominieuse; et maintenant encore, tout bien considéré, il n'y a pas dans le monde d'homme qui soit exposé à plus de mépris et d'outrages que notre divin Sauveur. On blasphème son nom, on insulte à sa loi, on se permet contre lui les attaques les plus violentes. Or, n'estil pas juste que, pour se dédommager de toutes les humiliations qu'il a essuyées pendant le cours de sa vie mortelle, et de toutes les injures qu'il souff're encore chaque jour de la part des impies et des mauvais chrétiens, il se montre à la fin des temps dans tout l'éclat de sa majesté, et qu'il fasse sentir son autorité suprême à ceux qui aujourd'hui la méprisent? Voilà sur quoi le Prophète royal fondait la nécessité de ce jugement : a Levez-vous, Seigneur, disait-il à Dieu, plein d'un zèle ardent pour sa gloire, levez-vous et jugez vous-même votre cause (3). Souvenez-vous des outrages qu'on a osé vous faire et que vous font encore à tous moments l'impie et l'insensé (4). » Il viendra donc mi jour

(1) Horrendum est incidere in manus Dei viventis. Heb,, x, SU (î) Voca nomen ejus absque misericordiâ. Os., i, 6.

(3) Exusrge, Deus, et judica causam tuam. Psal. lxxiii, 23.

(4) Memor etto improperioram tuoruoi. P«a(. k\xiii,22.

OÙ le Seigneur se fera reconnaître comme le souverain maître de Tunivers. Alors, ô Juifs, vous le verrez ce Fils de l'homme que vous avez renié, vous le verrez, comme il vous Ta prédit, venir sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté, et vous Tadorerez enfin comme malgré vous. Vous le verrez, chrétiens impies, qui vous jouez de ses commandements; et, en le voyant, vous ferez éclater votre douleur (1). Ce jour-là sera donc par excellence le jour du Seigneur, comme l'appellent les prophètes (2), parce qu'oubliant tous autres intérêts, il ne songera qu'à ceux de sa gloire, qu'à venger l'honneiu' que les méchants ici-bas ont cherché à lui ravir, et qu'à se faire justice à lui-même. En ce jour, dit Isaïe, Dieu seul sera grand; Dieu seul paraîtra grand (3).

2° Pour justifier sa providence. Durant cette vie, tout semble mêlé, l'ivTaie avec le bon grain, la vertu avec le vice, la vérité avec l'imposture ; et qu'y a-t-il de plus commun que de voir l'homme de bien aux prises avec la douleur et l'adversité, tandis que le méchant prospère et triomphe? Or, ce désordre appai'enl est un grand sujet de scandale pour les impies; ils se disent à eux-mêmes : Où est donc ce Dieu dont on vante si fort la sagesse? S'il prenait soin des choses de ce monde, comblerait-il de ses faveurs des gens qui bravent ses lois, et laisserait-il l'homme de bien dans l'opprobre et l'affliction (4) ? S'il avait tant d'horreur pour le mal, s'il était, comme on le dit, le Dieu de vérité, le Dieu trois lois saint, soufl'rirait-il avec tant de patience le blasphème, le mensonge, le parjure, les excès les plus honteux, et n'aurait-il que de l'indifférence pour le juste? David luimême avoue que cette conduite de la Providence a été

1) Videbit eum omnis oculus et qui eum pupugerunt, et plangent se super eum omnes tribus lerrae. Âpoc, i. 7.

(2) Dies Domini. Zach., xiv, 1. — Malac, iv, 5.

(3) Elevabitur Dominus soius in -iie illâ. Is., ii, 17.

(4) Dixerunt si est Deus et si est scientia in excelto. P«a.

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