ETERNITE MALHEUREUSE
avec les plus grands scélérate, les bourreaux avec leurs victimea, Néron avec saint Paul, Judas avec Jésus-Christ? Et voilà ce qui arriverait, en supprimant l'Eternité des peines; alors la haine que Dieu porte au péché ne serait plus éternelle ; blasphème aussi injurieux à Dieu qu'absurde aux yeux do la raison.
Mais, au lieu de tant raisonner, croyons fermement, sur la parole de Dieu, ce que nous assure le catéchisme, que les réprouvés seront toujours vivants, afin de souffrir éternellement. Et quelles affreuses tortures n'auront-ils pas à endurer dans l'enfer ! Elles excèdent toute idée, tout sentiment. Car, dans ce séjour de désolation, dit un prophète, ils portent tout le po '.ds de la colère du Seigneur. Peut-on s'imaginer rien de plus cruel que d'être plongé dans un étang de feu, d'être de toutes parts investi de feu ? Mais l'Éternité est le plus grand des supplices de l'enfer ; si les peines de l'enfer pouvaient avoir un terme, quelque éloigné qu'il fût, l'enfer ne serait plus l'enfer, les damnés ne seraient plus souverainement malheureux, parce qu'ils ne seraient plus sans espérance. Pour les réprouvés, comme pour les élus du Seigneur, tout est éternel : éternel le feu qui les ronge, éternelle la prison qui les renferme, éternelle la vengeance qui les poursuit, éternels les démons qui les tourmentent, éternelle la rage qui les transporte, éternels les pleurs et les grincements de dents !
Encore s'ils pouvaient oublier, ne serait-ce que pour un moment, que leur supplice est éternel, ce serait pour eux un moment de calme et de repos; mais non, l'Éternité est toujours présente à leur esprit, sansles abandonner un seul instant, sans que jamais ils puissent s'en distraire. A chaque moment, dit Tertullien, ils soutiennent le poids de l'Éternité tout entière, et, selon la comparaison qu'on a souvent faite, l'Éternité est, ài'égirdd'unrépouvé, comme un globe immense sous la pesanteur duquel ce malheure km gémit; il ne le touche que par un point, et cependant il est accablé de toute sa pesanteur. Aussi entend-on con-
tinuellement, sous les voûtes de l'enfer, résonner ces deux mots terribles, qui dominent le bruit et le tumulte, et dans lesquels viennent se résumer toutes les douleurs: Toujours, jamais, jamais, toujours; toujours brûler et jamais ne se consumer! toujours agoniser et ne jamais expirer! Toujours des tourments et jamais de relâche, toujours de nouveaux supplices et jamais le moindre allégement2!.... Éternité! Eternité! quel mot! qu'il est court; mais qu'il donne à penser !... Éternité, qui pourra mesurer tes incommensurables abîmes? qui pourra sonder tes incompréhensibles profondeurs? Éternité ! Éternité !...
A cette seule idée, mon esprit s'éblouit, mes idées se confondent; j'ai beau parcourir, par mon imagination, des millions d'années et de siècles, je ne suis pas encore avancé d'un seul pas. L'Éternité tout entière est toujours devant moi. Non, non, il n'y a rien qui puisse nous expliquer et nous faire sentir, comme il faut, cette désespérante Eternité. Supputez dans votre mémoire tous les nombres imaginables, creusez dans votre imagination les suppositions les plus incompréhensibles, vous n'approcherez pas encore de l'Éternité. Figurez-vous, disent les Pères, qu'un réprouvé a souffert autant de millions d'années qu'il y a d'étoiles au firmament, d'atomes dans l'air, de grains de sable sur la terre, de gouttes d'eau dans la mer ; il n'a pas même fait un pas dans cette carrière interminable de souffrances ; il se trouve aussi peu avancé qu'au premier jour; il ne fait encore que commencer. Figurez-vous qu'il est condamné à subir les peines de l'enfer jusqu'à ce qu'il aura noyé l'univers de ses larmes, supposé même qu'il ne puisse en répandre qu'une seule de mille ans en mille ans.... Grand Dieu! quelle épouvantable durée de siècles! Cette pensée fait frémir... Hélas! Caïn n'en aurait encore versé que cinq ou six. Que de millions, que de millions de siècles n'aurait-il pas à souffrir, avant qu'il eut rempli de ses larmes l'espace que nous occupons, avant qu'il put en inonder la terre, qu'il put remplir cette immense étendue qui sépare la terre