Pénétrons le sens de cette parabole
Un vieillard était gravement malade, lorsque la Mort sa présenta pour l'emmener. 11 n'avait guère songé à se préparer à sa fin, et il la pria d'écarter de lui sa main fatale, jusqu'à ce qu'il eût fait son testament et pris toutes ses mesures pour un voyage si impor'.int. « Eh qr.oi ! vieux pécheur, lui dit la Mort, n'as-tu pas eu le temps de régler toutes choses, depuis tant d'années que je t avertis. » — «Je t'en conjure, ajouta le vieillard, et j'en appelle à la bonne foi. Je ne me souviens pas que tu m'aies jamais averti. » — « A ce que je vais, reprit la Mort, les vieillards savent encore mentir. iNe t'ai-je pas averti cent fois, quand j'ai enlevé sous tes yeux, en te faisant gémir, nonseulement ceux de ton âge, dont pas un ne reste, mais encore tant de jeunes gens, d'adolescents et d'enfants au berceau ? C'est moi qui en appelle à ta bonne foi, oublieux vieillard. Ne t'ai-je pas assez averti, lorsque tu sentais affaiblir tes yeux, lorsque lu voyais blanchir tes cheveux, ton odorat s'émousser tes oreilles s'obstruer, les autres sens défaillir, et tout ton corps tomber en langueur? Voilà mes messagers, voila ceux qui ont frappé à ta porte ; mais tu disais n'être point chez toi. Tu as été averti assez souvent, assez longtemps; je n'attends plus, viens et entre dans la tombe. » Voilà l'image de ce qui est arrivé et de ce qui arrivera à une infinité de personnes.
Prodromus, 97.
Un nommé Chysance, homme riche, mais de mœurs détestables, étant au lit de la Mort, criait de toutes ses forces aux démons qui lui apparaissaient et qui voulaient l'entraîner : « Donnez-moi du temps, laissez-moi seulement jusqu'à demain. » Ils lui répondirent: « 1 tsensé, lu demandes du temps, n'en as-tu pas eu assez? et tu lis perdu ; tu l'as employé à faire le mal, et, à présent, lu en réclames encore I II n'y en a plus pour toi. » L'infortuné continuait et appelait à son secours. Un de ses fils, nommé Maxime, qu avait embrassé l'état religieux, se trouvait présent: «Mon fils, lui cria-t-il, venez à mon secours! Maxime, à mon secours !» Pendant celte horrible scène, son visage parut tout enflammé ; il s'agitait dans son kt avec fureur, tantôt d un côté, tantôt de l'autre ; et c'est dans ces agitations et en poussant des cris de désespoir, qu'il expira mallieuieusement.
Saint Grégoire.
Le favori d'un grand prince était presque mourant ; il lui fit dire qu'il désirait de le voir, avant sa mort. Le prince l'honore d'une v»-
PRÉPARATION A LA MORT. 23fl
fcite et lui dit : « Que voulez-vous de moi? Demandez. » — « Prince, lui répondit-il, donnez-moi une année, un mois, une semaine, un jour, une heure de vie. » — < Que ne le puis-je ! » repartit le monarque. — « Quoi! vous ne le pouvez pas ! 0 insensé! Ah! comment ai-je sacrifié mon âme, une éternité bienheureuse à celui qui ne peut pas me donner une heure de vie ! Ne valait-il pas mieux pour moi servir le Seigneur? Ce grand Dieu, qui est juste, au lieu de me donner une couronne immortelle, va me précipiter dans le feu éternel; je le mérite Lien. » 11 mourut dans le désespoir.
Lasausse.
Le maréchal d'Auhusson, après s'être distingué dans plusieurs batailles, emporté par une mort subite, n'eut que le temps de s'écrier : « Que n'ai je fait pour Dieu ce que j'ai fait pour le roi I »
Le. cardinal Wolsey, minisire disgracié d'Henii Mil, roi d'Angleterre, avait dit à peu près la môme chose. « Hélas! s'écria-t-il un peu avant d'expirer, si j'avais servi ie Roi du ciel avec la même fidélité que j'ai servi le roi mon maître sur la terre, il ne m'abandonnerait pas ainsi dans ma vieillesse. » Un auteur, vraiment philosophe, en rapportant ces paroles, ajoutecelles-ci : « Vérité sublime, quoique tardive, puisses-tu parler a\ec la même force à ceux oui ont besoin de t'entendre ! »
4. Celui qui est en état de grâce et qui ne vit que pour Dieu, n'ayant rien à craindre de la Mort, l'attend avec un caime parfait.
On fit à des novices d'une communauté fervente une question, à laquelle ils répondirent différemment. Si l'on vous disait : Vous mourrez dans une heure, quels seraient vos sentiments et que feriez-vous? Chacun eut ordre de répondre à son tour. L'un dit : Je me résignerais à la volonté de Dieu. Un autre dit : Je suis toujours résigné à tout. Un troisième répondit qu'il se hâterait d'aller trouver son confesseur, pour recevoir la dernière absolution ; et un quatrième, qu'il se retirerait devant le saint sacrement, afin de mourir devant celui qui devait être son juge. Mais celui qu'on regardait comme le plus solidement pieux, dit : « Nous sommes dans le temps de la récréation, je continuerais à la prendre, parce que la volonté de Dieu est que je la prenne. » Admirables dispositions ! puissent-elles passer dans notre cœur I Vivons donc chrétiennement, pour mourir saintement. L'Heur suse Année.
240 TREÏZIÈME LEÇOH.
SIXIEME INSTRUCTION
Parallèle entre la Mort des justes et celle des pécheurs. — Sept motifs de consolation pour le juste. — Sept sujets de trouble pour le pécheur.
L'impie meurt, le juste meurt aussi ; mais quelle différence dans leur sort ! Le premier, en suivant le chemin riant de la volupté, où il a goûté quelques frivoles plaisirs mêlés de tant d'amertume, se trouve tout à coup arrivé au terme le plus affreux; le second, après avoir suivi le chemin de la pénitence, en portant la croix de Jésus- Christ, que l'onction de la grâce lui a rendue si légère, voit maintenant s'ouvrir devant lui la plus brillante destinée. L'un n'a pour partage qu'une triple mort, dont la seule idée le glace d'effroi, la Mort hideuse de son corps, qui va tomber en ruine par la dissolution de toutes ses parties, la Mort encore plus terrible de son âme par le péché, et la Mort à jamais désespérante de l'éternité, qu'il va subir dans l'enfer. Pour l'autre, au contraire, la Mort n'est que le commencement d'une meilleure vie, après laquelle il soupire de toute l'ardeur de ses vœux. Le passé, le présent, l'avenir, tout console celui-ci, et tout désole celui-là. Afin de mieux nous engager à nous préparer à la Mort, mettons en regard la Mort du pécheur et la Mort du juste; quel vaste sujet de réflexions! Nous allons donc examiner successivement les divers motifs, qui réjouissent le juste à son heure dernière et qui épouvantent le pécheur.
Le juste meurt avec délices, dit saint Augustin (1). Voici les raisons de sa joie :
1° Les bonnes œuvres qu:ii a faites. Quelle consolation pour lui de se rappeler à cet instant les devoirs de religion
(1) Deleclabiliter mo/itur. D. Aug.
qu'il a remplis, ses prières, ses méditations, ses visites au saint sacrement, ses confessions, ses communions, ses jeûnes, ses aumônes, ses chapelets, ses pratiques de dévotion .envers la Reine des cieux, les pieuses associations dont il a fait partie ! Ces divers exercices de piété ne lui sont pas un sujet de vanité, mais de confiance, dans l'assurance qu'il a que ce Dieu de bonté, qui lui a fait tant de grâces pendant la vie, ne l'abandonnera pas à son dernier moment. Il lui semble déjà entendre ces douces paroles du divin Sauveur : « Courage, serviteur bon et fidèle, parce que vous avez été fidèle sur de petites choses, je vous établirai sur de plus grandes. » Dites donc au juste, selon la parole d'un prophète, que tout est bien, parce qu'il recueillera le fruit de ses œuvres * (1).
Mais, malheur, malheur à l'impie, continue le même prophète, parce qu'il sera, lui aussi, traité comme il le mérite (2). Qu'a-t-il, en effet, pour se rassurer? Hélas! s'il jette les yeux sur sa vie passée, il ne voit derrière lui qu'une longue série de crimes. Les péchés qu'il a commis, et dont peut-être aux jours de sa prospérité il cherchait à éloigner le souvenir, semblables à autant de serpents endormis, qui se réveillent tout à coup, viennent tour à tour tourmenter son âme de la manière la plus cruelle; ou bien encore, se réunissant tous à la fois à ses yeux, ils tombent sur lui comme un torrent pour l'accabler entièrement. Les plaisirs qu'il a goûtés sont changés en pleurs ; et avec quelles larmes amères il déplore la perte de ce temps, qui ne lui avait été donné que pour travailler à son salut, et dont il n'a fait usage que pour offenser le Seigneur, que pour tourner en ridicule ses fidèles serviteurs, les traitant d'esprits faibles, de gens superstitieux, tandis qu'il se croyait lui-même un esprit fort ! Qu'il s'applaudisse maintenant,
(1) Dicite justo quoniam benè, quoniam fructum adinventionum suarum comedet. Is., ni, 10.
(2) Vae impio in malum ; retributio enim manuum ejus flet si- Is., m, 11.