‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 5)Chapitre 23 sur 39 · MORT DU PECHEUR · texte numérisé non relu

MORT DU PECHEUR

Mais la Mort devance le dernier secours; le philosophe sent renaître toutes ses frayeurs : Je suis abandonné, s'écria-t-il, de Dieu et des hommes l II invoque le Seigneur, qu'il avait blasphème. Mais un siècle de sarcasmes, vomis contre la religion, semble avoir lassé la patience de l'Éternel. Le prêtre n'arrive pas ; le malade entre dans les convulsions et les fureurs du désespoir. Les yeux égarés, blême, tremblant d'effroi, il s'agite et se tourne en tout sens ; il se déchire et dévore ses excréments. Cet enfer, dont il s'est tant raillé, il le voit s'ouvrir devant lui ; il frémit d'horreur, et son dernier soupir est celui d'un réprouvé. « Rappelez-vous toute la rage et toute la fureur d'Oreste, dit le célèbre Tronchin, qui assista à cette horrible Mort, vous n'aurez qu'une faible image de la rage et de la fureur de Voltaire, dans sa dernière maladie. Il serait à souhaiter, répétait-il souvent, que nos philosophes eussent été témoins des remords et des fureurs de Voltaire ; c'est la leçon la plus salutaire qu'eussent pu recevoir ceux qu'il avait corrompus par ses écrits. » Le maréchal de Richelieu cvait eu sous ses yeux ce spectacle épouvantable, et il n'avait pu s'empêcher de s'écrier : « En vérité, cela est trop fort; on ne saurait y tenir. » Élie Habel. Particularités sur la Mort de Voltaire.

Mort d'un révolutionnaire. Collot-d'Herbois a joué le rôle le plus exécrable pendant la révolution française. Devenu représentant du peuple, sous le régne de la Terreur, il fit massacrer les Lyonnais par centaines, pour se venger de ce qu'ils l'avaient sifflé, lorsqu'il exerçait parmi eux la vile profession de comédien. Les complices mêmes de ses crimes le regardèrent comme un homme si dangereux, qu'ils crurent devoir l'exclure de la société, en le reléguant dans les déserts de la Guyane. Déporté là, il se regardait comme le plus malheureux de tous les mortels. « Je suis puni, s'écriait-il; l'abandon où je me trouve est un enfer. » Attaqué d'une fièvre inflammatoire, on voulut le porter à Cayenne. Les nègres, chargés de celte commission, le jetèrent au milieu de la route, la face tournée vers un soleil brûlant. Le poste, qui était sur l'habitation, fut obligé d'y mettre ordre. Les nègres disaient en leur langage : * Nous ne voulons pas porter ce bourreau de la religion des hommes. » — « Qu'avez-vous?> lui dit, en arrivant, le chirurgien Guysouf. — « J 'ai une fièvre et une sueur brûlantes. » — « Je le crois bien; vous suez le crime. » Il appelait Dieu et la Vierge à son secours. Un soldat, à qui il avait prêché, en arrivant, le système des athées, s'approche et lui demande pourquoi il invoque Dieu et cette Vierge, dont il se moquait quelques mois auparavant. « Mon ami, lui répondit-il, ma bouche en imposait alors à mon cœur. » Puis il s'écria: « Mon Dieu, mon Dieu, puis-je encore espérer mon pardon? Envoyez-moi un consolateur; envoyez-moi quelqu'un qui détourne mes yeux du brasier qui me consume. Mon Dieu, donnez-

Page 1