DE L'ESPERANCE ET DE LA PRIÈRE
PREMIÈRE INSTRUCTION
L'Espérance, sa nécessité, ses motifs, ses qualités, ses effets. — Grâces que Dieu nous a promises. — Dans quelles circonstances il faut faire des actes d'Espérarce.
Nous voici arrivés à la seconde vertu théologale, l'Espérance, source féconde de toute sorte de bonnes œuvres, remède à toutes les maladies de l'âme, et le plus solide soutien de notre vie. On peut la comparer à une chaîne suspendue au trône de Dieu : tant qu'on s'y tient fortement attaché, on peut s'élever au séjour du bonheur; mais malheur à qui lâche prise ; il tombe infailliblement au fond de l'abîme.
D. Qu'est-ce que l'Espérance?
R. L'Espérance est un don de Dieu, par lequel nous attendons avec une ferme confiance les biens que Dieu nous a promis.
Nous disons 1° que cette vertu est un don de Dieu, car nous ne pouvons pas l'acquérir par nos propres forces, et il faut que Dieu la répande dans nos âmes, o Toute grâce
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excellente, dit saint Jacques, tout don parfait vient d'en haut, et descend du Père des lumières (1). »
2° Cette vertu nous fait espérer en Dieu, comme la Foi nous fait croire en lui, et comme la Charité nous le fait aimer; et, par conséquent, elle a Dieu pour objet immédiat, aussi bien que la Foi et la Charité.
3° Par cette vertu nous attendons, non pas les biens périssables de ce monde, tels, par exemple, qu'une maison, un héritage temporel, un emploi lucratif et honorable, car alors ce ne serait qu'une espérance purement humaine , mais les biens infinis de l'éternité, et la possession même de Dieu, qui seul peut faire notre béatitude.
4u Les biens que Dieu nous a promis et les moyens de les acquérir, nous les attendons par l'Espérance chrétienne, avec une parfaite confiance, c'est-à-dire sans le moindre doute, sans la moindre hésitation, parce que notre Espérance s'appuie sur la bonté toute-puissante de Dieu.
L'Espérance repose sur la Foi, sans laquelle elle ne peut exister, ou bien elle ne serait qu'une vaine présomption ; elle accompagne aussi nécessairement la Charité, qui ne peut-être ni sans la Foi ni sans l'Espérance, de sorte qu'il y a entre ces trois vertus une connexion essentielle.
L'Espérance est d'une nécessité indispensable pour le salut. Pour arriver à Dieu, dit le grand apôtre, il faut d'abord croire qu'il existe, et ensuite croire qu'il récompense ceux qui le cherchent (2). De même donc qu'on ne peut ?ller à Dieu sans croire à la vérité de son existence, de même aussi on n'ira jamais à lui, sans espérer en sa bonté. De plus, si c'est faire injure à Dieu que de ne pas croire à sa parole, n'est-ce pas encore l'outrager que de se défier de ses promesses ? Cependant combien de chrétiens, parmi
(1) Omne datum optimum, et omne donum perfectum, desursùm est., descendens à Pâtre luminum. Jac, i, 17.
(2) Oportet accedentem ad Deum credere quia est, et quôd inqmrenlibus se remunerator sit. Heb., xi, G.
ceux-là même qui ne sont pas entièrement plongés dans le vice, n'ont qu'un fantôme de cette vertu ! Car la véritable attente de Ja béatitude céleste renferme le détachement de ce monde, et le désir de s'unir à Dieu. Or, que de gens semblent mettre toutes leurs espérances ici-bas, ne s'occupent que des choses présentes, ne pensent presque jamais à la vie future, n'en entendent parler qu'avec ennui, et ne font rien pour la mériter 1 !
D. Sur quoi est fondée notre Espérance ?
R. Sur la promesse de Dieu qui ne peut nous tromper, sur sa toute-puissance, sur sa miséricorde infinie et sur les mérites de Jésus-Christ.
Notre Espérance repose sur les motifs les plus forts et les plus puissants. Aussi, selon la parole de saint Paul (1), elle sert à notre âme comme d'une ancre ferme et assurée, qui la rend inébranlable au milieu des troubles et des agitations de cette vie. Elle est appuyée :
4o Sur les promesses de Dieu, promesses qu'il nous a mille fois exprimées dans les saintes Écritures, nous annonçant, et par lui-même et par la bouche de ses prophètes, et, en dernier lieu, par son Fils Jésus-Christ, la grâce, la sanctification, la gloire, et la félicité suprême à laquelle il nous destine. Promesses immuables, infaillibles; car Dieu pourrait-il manquer à sa parole ? Le supposer serait un blasphème. Et, comme pour nous donner plus d'assurance « voulant, dit saint Paul, montrer aux héritiers de son royaume la fermeté immuable du dessein de sa miséricorde et de sa bonté, il a interposé la foi du serment (2), afin qu'étant appuyés sur la parole et le serment de Dieu, deux choses inébranlables par lesquelles il est impossible que Dieu nous trompe, nous ayons une puissante consola-
(1) Quam sicut anchoram habemus animas tutam ac firmatt. Heb.t vi, 19.
(2) Interposuitjusjurandum. Heb., vi, 17.
tion, nous qui avons mis notre refuge dans la recherche et la conquête des biens éternels et invisibles, qui font l'objet de notre Espérance. »
2° Sur la toute-puissance de Dieu. Les hommes promettent beaucoup et tiennent peu, soit parce qu'ils sont fourbes et artificieux, et que leur cœur dément en secret les paroles de bienveillance qu'ils ont à la bouche ; soit parce qu'ils sont légers, inconstants, et que souvent leurs idées <àe la veille ne sont plus celles du lendemain ; soit enfin, parce qu'ils sont faibles, impuissants, et qu'il ne dépend pas toujours d'eux de tenir les engagements qu'ils ont contractés. Or, Dieu est la vérité même ; le ciel et la terre passeront ; mais ses paroles ne passeront point. De plus* il est tout-puissant, il n'a qu'à vouloir et tout se fait, et rien ne peut résister à sa volonté. Comment donc pourrait-il ne pas tenir les promesses qu'il nous a faites ?
3° Sur sa miséricorde infinie. Dieu est tout-puissant, Dieu est infiniment bon; peut-il y avoir de plus solide fondement à notre Espérance ? Sa bonté le porte à nous promettre le ciel ; sa toute-puissance nous garantit l'exécution de sa promesse. Je suis donc sûr de me sauver, pourvu que je ne mette pas obstacle aux desseins de sa miséricorde. Tout dépend de moi; Dieu ne me manquera pas; l'essentiel est que je ne manque pas à Dieu : si je me perds, si je n'obtiens pas le royaume éternel que le Dieu de bonté m'a promis, ce sera par ma faute ; ce sera parce que je m'en serai rendu tout à fait indigne. Quel motif pressant de demander sans cesse à Dieu cette fidélité de correspondre à ses grâces, qui est elle-même une grâce et de laquelle dépend mon salut éternel ! Enfant ingrat et dénaturé que celui qui renonce à l'héritage paternel, pour satisfaire quelque penchant vicieux, quelque passion criminelle !
4° Sur les mérites de Jésus-Christ. Quelle plus grande preuve de sa bonté et du désir qu'il a de notre salut, Dieu pouvait-il nous donner, que de nous envoyer son Fils unique Notre-Seigneur Jésus-Christ? Après cela, peut-il nouf