II
tifier dans ïe bien, pour se préserver des embûches du démon/pour avancer dans les voies de la perfection. Les Saints nous représentent la Prière comme la nourriture de Tâme (1) . Si elle néglige cette divine nourriture, elle ne tarde pas à défaillir. Voilà pourquoi le prophète çoyal, bien qu'il eût la douce confiance d'être agréable aux yeux du Seigneur, ne laissait pas que de s'adresser à lui avec la plus vive ferveur; et sa justice et sa sainteté étaient même la grande raison qu'il faisait valoir, pour obtenir une protection toute spéciale. « Gardez mon âme, disait-il à Dieu, parce que je suis saint5 (2). » En un autre endroit, il disait aussi : « 0 mon Dieu, ne me confondez pas avec les gens méchants et pervers (3). »
Donc tout nous prouve la nécessité de la Prière, la naturede L'homme, sa misère, ses besoins continuels, sa dépendance du Très-Haut; et, s'il néglige un devoir si sacré, il fait injure à son Dieu et il se perd lui-même.
TRAITS HISTORIQUES
1. Partout l'homme prie. Quelle que soit sa croyance, il éprouve le besoin d'élever ses regards, de tourner ses pensées vers l'infini, et de chercher îles forces et dus consolations dans la bonté loute-puistantedu Créateur.
La conduite des Turcs peut faire rougir beaucoup de chrétiens. Où qu'ils se trouvent, a pied, à cheval, debout, couchés, à bord d'un vaisseau, soit qu'ils vendent, achètent, écrivent, soit qu'ils racontent, lisent, s'amu-ent ou s'ennuient, en un mot, quoiqu'ils fassent, :1s n'ont pas piulôt entendu la voix perçante qui jaillit des minarets, qu'aussitôt ils étendent leur tapis, tombent à genoux et prient. Jamais, à l'heure voulue, ils ne manquent à ce devoir d'adoration et fla reconnaissance. Quel est le chrétien, quel est le catholique assez 9élé pour quitter la table et aller dire sa prière? Aucun bon musul-
(1) Alimonia mentis. D. Anton., Ilotn. cvi.
(2j Cuslodi ammam meam, quoniam sanctus sum, Fsal. ixxxv, Z.
(3) Discerne causam meam de gente non sanctâ. L'sat. xlh, 1*
man ne se fait scrupule de rentrer dans sa chambre et d'interrompre ainsi le meilleur e: le plus délicat des repas. On le voit encore, l'oeil fixé dés le matin sur l'Orient à peine rosaire, épiant le premier éveil de l'astre, dépliant son lapis avec un soin merveilleux, et passant un quart d'heure dans cette situation. Le fanatisme les aveugle; mais si une fausse religion a des sectateurs si fervents, n'est-ce pas une chose indigne que le christianisme, que le vrai culte du Seigneur trouve tant d'âmes lièdes et lâches ?
Les premier.- chrétiens, comme il est dit aux Actes des Apôtres, persévéraient dans la communion de la fraction du pain et dans le$ prières (1). La première et la principale de leurs occupations était la Prière; ils employaient toutes sortes de moyens pour n'interrompre que le moins possible l'application de leur esprit à Dieu et aux choses célestes. Ils priaient en commun le plus qu'ils pouvaient, persuadés que 'j/lus de personnes s'unissent ensemble pour demander à Dieu les mêmes grâces, plus elles ont de force pour les obtenir. Les Prières publiques, où ils assistaient le plus , étaient celles du malin et du soir, que nous appelons aujourd'hui Laudes et Vêpres. On les exhortait à consacrer ainsi le commencement el la fin de la journée, et à ne point s'en excuser pour les occupations temporelles, qui ne doivent être que l'accessoire des spirituelles. Ils priaient enccre plusieurs fois le jour, et même pendant la nuit. Enfin , pour renouveler plus souvent l'attention à Dieu el approcher le plus qu'ils pouvaient de l'oraison continuelle, ils faisaient des prières particulières à chacune de leurs actions. Ainsi lous les travaux, comme le labour, les semailles, la moisson et la récolte des fruits, commençaient et finissaient par des prières. On priait en commençant à bâtir une maison ou à l'habiter, à faire une pièce d'étoffe ou un habit, ou à s'en servir, et ainsi de toutes les autres chosts les plus communes. La salutation, au commencement d'une lettre ou dans les autres rencontres, n'était pas seulement un témoignage d'amitié, mais une prière.
Fleury, Mœurs des Chrétiens.
Quelle fidélité, quelle exactitude au devoir sacré de la Pi 1ère nous trouvons dans lous les saints de l'Ancien Testament! Nous citons, en- 5re cent autres, le trait suivant :
Les princes et les grands de Babylone, jaloux de la gloire de Daniel, que Darius avait dessein d'élever à la dignité de premier ministre, firent porter un édil, qui punissait de mort t..us ceux qui adresseraient une prière à tout autre, fût-il Dieu ou homme, qu'au roi seul. Quoique cette loi fût im^ie en elle-même et qu elle n'eût été faite que contre Daniel, il n'y eut néanmoins que Daniel qui cruf
(1) Erant autem persévérantes in doctrinâ apostolorum, et communicatione fractionis nanis, et orationibus. Act., u, 42.
n'y pouvoir obéir. Ce saint Prophète, comme les courtisans l'avaient prévu, préférant les ordres de Dieu à ceux des hommes , ne laissa pas d'ouvrir, selon sa coutume, trois fois le jour, les fenêtres de sa chambre du côté de Jérusalem, et de fléchir les genoux, pour adorer son Dieu et lui faire ses prières ; ses ennemis qui l'observaient, le déférèrent au roi comme un rebelle. Ce prince tâcha de le délivrer de leurs mains; mais ils insistèrent fortement et lui représentèrent qae, dès que le roi avait fait un arrêt, il ne pouvait plus le rétracter; qu'il fallait donc, selon sa déclaration, que Daniel fût jeté dans la fosse aux lioes, pour y être dévoré. La faiblesse de ce prince fut plus grande que le désir qu'il avait de conserver Daniel ; il le fit donc jeter dans la fosse. Mais les lions, quoique affamés, ne lui firent aucun mal. La grandeur de ce prodige frappa le roi, qui fit précipiter dans la fosse les accusateurs de Daniel ; et ces malheureux furent dévorés en un instant.
Daniel, sorti de cette fosse, bénit Dieu qui avait fermé la gueule des lions, et apprit par là, dit saint Jérôme, à ceux que le Seigneur délivre de leurs ennemis, à le remercier de la protection qu'il daigne leur accorder. Le péché a des dents de lion, dit l'Ecriture, et il imprime ses morsures, non sur le corps, mais sur l'âme. Tous ceux que Dieu préserve du péché, sont délivrés encore plus que Daniel de la fureur des lions. Royaumont.
Jean de Castro, si célèbre par les victoires qu'il remporta en diverses occasions sur les 3Iahométans et les Indiens, qui venaient attaquer les possessions des Portugais, ne rougissait pas, lors même qu'il était environné de nobles et d'une cour nombreuse, de se mettre à genoux, quand il rencontrait une croix plantée par les missionnaires, en signe des conquêtes qu'ils faisaient à Jésus-Christ , et de l'adorer humblement. C'est à cette piété que l'on attribuait les fréquentes victoires qu'il remportait, avec des poignées d'hommes, sur des armées nombreuses d'ennemis du nom chrétien et de la croix. II mourut entre les bras de saint François Xavier, qui eut la consolation, dit l'auteur de sa vie, de voir mourir un grand du monde avec les sentiments d'un saint religieux. Maffée, Uist. Ind. lib. 13.
2. La Prière est la porte par laquelle le Seigneur nous fait passer ses grâces, disait sainte Thérèse. Si celte porte reste fermée, qu'allons-nous devenir? Hélas! ajoutait-elle, j'en ai fait l'expérience: j'eus le malheur d'abandonner la Prière mentale, et je devenais tous les jours moins chrétienne. Si je n'eusse repris ce saint exercice, j'étais perdue.
L'abbé Pambon repondaità ceux qui venaient lui demander des conseils : «Donnez-moi le temps d'y penser. > Il se mettait au plus tôt en prière; et, si le Seigneur l'éclairait, il faisait part des lumières qu'il avait reçues d'en haut ; sinon, il refusait de donner son avis. Saint Ignace, qui ne s'appuyait que sur la sagesse divine, ne se dé-
terminait jamais, dans les affaires de quelque importance, sans les avoir auparavant recommandées à Dieu dans la prière.
3. Sainte Marie Egyptienne, s'étant convertie, tut continuellement agitée, pendant l'espace de dix-septans, d'horribles tentations ; et elle fut toujours victorieuse d&ns les assauts que lui livra l'e.-prit impur, parce qu'elle ne cessa point alors de prier le Seigneur. Ce fut aussi par ce moyen que sainte Marguerite de Cortone ne retomba point , malgré la vivacité de ses passions et les tentations continuelles , que lui occasionnait le souvenir si dangereux de ses anciens désordres.
4. Saint Romuald était d'une famille très-honorable. Ses parents, beaucoup plus remplis des maximes du monde que de criles de Jésus-Christ, le firent élever dans la mollesse et lui inspirèrent de bonne heure le goût des plaisirs. Une pareille éducation ne pouvait manquer d'avoir de très-mauvaises suites. Aussi, le jeune Romuald se laissa-t-il entraîner par la fougue impétueuse de ses passions. Cependant l'état de son âme l'inquiétait, et, de temps en temps, il formait la résolution de faire quelque chose d'éclatant pour la gloire de Dieu. Si, lorsqu'il était à la chasse, il se trouvait au milieu d'un bois solitaire, son cœur se sentait touché et attendri ; il s'arrêtait aussitôt pour prier, et s'écriait avec transport : « Heureux les anciens ermites d'avoir choisi de telles habitations? Avec quelle tranquillité ne devaient-ils pas servir le Seigneur, étant ainsi éloignés du tumulte du monde! s Ses prières lui obtinrent la grâce d'une bonne et solide conversion. A l'âge de vingt ans, il entra dans le monastère de Classe, situé à quatre milles de Ravenne. L'esprit de ferveur et de componction dont il était animé, lui fit goûter des douceurs ineffables dans les plus pénibles exercices de la mortification. Chaque jour, il se sentait de plus en plus pénétré de la crainte et de l'amour de Dieu. Les bons exemples qu'il avait sous les yeux, joints aux instructions qu'un frère convers, chargé de le servir, lui donna sur l'éternité et sur le mépris du monde, le détachèrent entièrement du siècle ; il y renonça donc pour toujours, et demanda en plein chaDilre à être reçu dans l'Ordre en qualité de pénitent.
"5. Tous les saints ont non-seulement recommandé la Prière, dans leurs écrits et leurs discours, et en ont exalté les avantages, mais ils ont tous été des hommes de prière, et ils en ont fait leur principale occupation, persuadés qu'elle était la source de la grâce et la clef qui ouvre le ciel. Citer la conversion des uns, la persévérance des autres , louer l'héroïsme auquel sont parvenus un grand nombre d'entre eux, c'est faire l'éloge de la Prière, puisque ce n'est que par elle que ces prodiges ontété opérés. — Saint Antoine disait que c'était par la Prière qu'il avait triomphé de tous les pièges du démon ; il goûtait tant de douceurs dans ce saint exercice, que souvent, après y avoir passé les nuits entières, il se plaignait de ce que le soleil, par ses rayons, venait le matin troubler le saint commerce qu'il avait avec son
Dieu. —Que n'apasdilsaintBonaventureàlalouangede la Prière! Ses « fruilsprécieuxsonl premièrement d'éclairer notre esprit etdetoucher « noire cœur; ensuite elle nous fortifie dans la foi, eil« rend le calme t à notre âme, elle purifie notre conscience, elle rend noire entende- « ment spirituel, elle nous donne un courage invincible, elle nous « inspire la véritable sagesse. » 11 avait coutume de dire qu'il avait plus appris au pied du Crucifix, dans la Prière, que dans les livres.
Science pratique.
Saint Cajétan consacrait à la Prière huit heures par jour. — Sainte- Marguerite reine d'Ecosse, et saint Etienne roi de Hongrie, passaient presque toute la nuit en prière. — Sainte Françoise donnait à la Prière tout le tempsque les obligations deson état lui laissaient libre. — Saint Louis de Gonzague , étant encore très-jeune , faisait chaque jour une heure et quelquefois deux heures d'oraison. — On peut dire que sainte Magdeleine de Pazzi vivait d'oraison. — 11 y a eu des saints, comme saint Philippe de Néri et saint François de Sales, qui étaient toujours en oraison, et de qui on pouvait dire qu'ils la faisaient dans 'e temps même qu'ils s'occupaient d'affaires sérieuses.
L'Heureuse Année.
TROISIÈME INSTRUCTION
Suite de la nécessité de la Prière. — Son efficacité. —Prétextes qu'on allègue pour s'en dispenser.
La Prière! la Prière! voila le cri de notre faiblesse; voilà aussi le cri de notre religion. L'Évangile- nous la recommande en mille endroits, et il nous la montre toujours comme la compagne inséparable de la piété, de telle sorte que le chrétien, s'il vent remplir sa vocation, est nécessairement un homme de prière.
Priez, nous dit Jésus-Christ (i); et, remarquez-le bien, ce n'est pas un simple conseil qu'il nous donne; c'est un commandement formel qu'il nous intime, et il le répète, et il le confirme en différents endroits : « Il faut.... » Ce mot n'indique pas seulement un devoir de convenance ou
(1) Orate. ilath., xsvi, 4J.
de subrogation, mais bien une nécessilé absolue, « II faut toujours prier, et ne jamais s'en lasser (1). » Demandez, dit-il ailleurs, et on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez à la porte et Ton vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, et qui cherche, trouve ; et on ouvrira à celui qui frappe (2). »
Sans doute. Dieu n'a aucun besoin de nos Prières pour connaîtrece qui nous est nécessaire, et il aurait pu répandre sur nous ses dons, sans aucune sollicitation de notre part. Mais alors nous eussions été exposés à en faire peu d'estime : nous aurions profité des grâces d'en haut, sans penser à la main libérale qui nous les distribue. Dieu a voulu nous attachera lui par le lien de la Prière. Étant la bonté infinie, il ne désire rien tant quede se communiquer aux hommes, et de les combler de ses biens; mais, pour les tenir sous sa dépendance, afin qu'ils ne perdent jamais de vue son pouvoir et sa libéralité, ilveut qu'on le prie; il veut, ajoute saint Grégoire, qu'on l'importune et qu'on lui fasse une sorte de violence par la Prière.
A la force de ses paroles, Jésus-Christ joint l'autorité de ses exemples. Certes, il n'avait aucun besoin de prier, puisqu'il possédait en son adorable personne tous les trésors de la science et de la sagesse ; et cependant, après avoir employé le jour aux travaux pénibles de son ministère, il consacrait les nuits à la Prière (3). Fuyant le tumulte du monde, il se retirait dans la solitude ou au sommet des montagnes, afin de prier avec plus de liberté (4). Et, la veille de sa mort, au milieu des plus cruelles angoisses, plus il souffrait, plus il priait (5). Jésus-Christ
(il çjportel seinper orare et non Jeficere. Luc, xvni, 1.
(2) Petite et accipietis, quserite et invenietis, pulsate et aperiet«r vobis. Matk., vu, 7.
(3) Eiat pernoctans in oratione. Luc, vi, 12.
(4) Notjtibus exiens morabatur in montem qui vocatur Oliveti. Luc, xxi, 37.
(5) Factus in agoniâ, prolixiùs orabat. Lue., xxn, 43.
priait, mais ce n'était pas pour lui ; c'était donc pour nous, pour l'expiation de nos fautes. Or, comme l'a trèsbien dit saint Cyprien, s'il priait, lui qui n'avait jamais commis de péché, à combien plus forte raison des pécheurs doivent-ils prier !
Les apôtres se sont fait un devoir d'imiter leur divin Maître. Leurs écrits sont pleins d'exhortations à la Prière : o Priez sans relâche (1). » Et ils se livrent eux-mêmes avec ardeur à ce saint exercice, le regardant comme une de leurs plus importantes fonctions (2). Au milieu de leurs travaux et de leurs sollicitudes continuelles, au fond des cachots, en face de leurs persécuteurs, leur refuge et leur consolation est dans la Prière.
La Prière est donc un des premiers devoirs imposé par Jésus-Christ à tout fidèle ; et on ne peut l'omettre, pendant un temps considérable, sans se rendre coupable d'un péché grief. Pour nous faire mieux sentir cette obligation de prier Dieu et de se recommander à lui, les saints Pères et les théologiens nous assurent que la Prière n'est pas seulement nécessaire de nécessité de précepte, mais encore de nécessité de moyen, c'est-à-dire qu'il est absolument impossible à celui qui ne prie point de se sauver, puisque nous ne pouvons rien, dans l'ordre du salut, sans la grâce, et que Dieu n'accorde la grâce qu'à la Prière.
Efficacité de la Prière.
Elle a tout pouvoir sur le cœur de Dieu, et sa force est telle qu'on peut dire, en toute vérité, qu'elle surmonte l'Invincible, qu'elle enchaîne le Tout-Puissant, et qu'elle le contraint, en quelque sorte, à nous faire miséricorde (3).
(1) Sine intermissione orale. I. Thess., v, 17.
(2) Nos autem orationi et ministerio verbi instantes erimn?. Acî., vi, 4.
(3) Oratio vincit invincibilem, Jigat omnipotentem. D. Bern. — Misericordiam extorquet. Tertuil. Apol. iv.
a Elle est, dit encore saint Jean Climaque, la réconciliation de l'homme avec Dieu, la médiation de la rémission des offenses, le rempart contre les misères et les afflictions de cette vie, l'extermination de tous nos ennemis invisibles (1); » et, pour tout dire en un mot avec Tertullien, « elle est une toute-puissance suppliante (2). » Saint Chrysostome va même jusqu'à dire qu'elle rend la parole de l'homme aussi puissante et même plus puissante que la parole de Dieu. Aussi puissante, car de même que Dieu a fait toutes choses d'une seule parole (3), de même l'homme n'a qu'à parler et à demander, et tout lui est accordé (4). Plus puissante en quelque sorte, puisque Dieu en commandant ne se fait obéir que de simples créatures, au lieu que, par la vertu de la Prière, Dieu, tout-puissant qu'il est, obéit, selon l'expression de l'Écriture, à la voix de l'homme (5).
Que d'exemples de l'efficacité de la Prière les livres saints ne nous offrent-ils pas ! Les Israélites ont prostitué leur encens au veau d'or, et voilà que le courroux du Ciel va fondre sur eux; mais Moïse prie, et sa prière désarme le bras du Tout-Puissant. Plus tard, de nouveaux crimes provoquent la vengeance du Seigneur; la foudre est déjà partie, et le peuple d'Israël va être entièrement exterminé ; mais Aaron prie, et sa prière arrête les ravages du feu céleste. Au temps d'Élie, le ciel semble être devenu d'airain, et ne donne ni pluie ni rosée. Mais ce saint Prophète, qui était, dit l'Écriture, un homme semblable à nous, devient, par ses prières, maître de la nature ; il ouvre et il ferme le ciel à son gré. Ezéchias prie, et la santé lui est rendue; Esther et Judith prient, et elles sauvent le peuple de Dieu; Daniel prie, et sa Prière ferme la gueule des lions ; Su-
(1) D. Joan. Ciimac. Grad. 18.
(2/ Omnipotenlia supplex. Tertull.
(3) Dixit, cl facta sunt. Psal. xxxii, 2.
(4) Quodcumrjue volueritis petetis et fiet vobis. Joan,, xv, î. (6) Obediente Deo voci hominis. Jos., x, 14.
sanne prie, et son innocence est reconnue; la Cananéenne prie, et elle obtient laguérison de sa fille. Mais nous serions infini, si nous voulions raconter tous les her-reux effets, disons mieux, les prodiges de la Prière. C'est par elle que plusieurs illustres serviteurs de Dieu ont combattu les rois les plus puissants et défait leurs armées, car ils savaient, par l'exemple de Moïse, « que les mains élevées à Dieu enfoncent plus de bataillons que celles qui frappent (1). » Combien de fois enfin n'a-t-on pas vules prières des justes guérir les malades, ressusciter les morts, détourner les fléaux, sauver les villes et les empires! L'univers tout entier, selon la remarque d'un ancien auteur, ne subsiste que par les prières des saints 4 (2).
Ce n'est pas tant pour nous faire obtenir des prospérités temporelles que la Prière est puissante; elle nous enrichit surtout des vrais biens, qui sont ceux de la piété et de la vertu. Les livres saints nous la représentent tantôt comme un bouclier, tantôt comme un casque ou une cuirasse, qui nous met en état de résister aux traits des princes des ténèbres, des esprits de malice (3). Et puis, par les doux rapports qu'elle nous fait entretenir avec la Divinité, elle bannit de notre cœur l'amour des vains plaisirs ; elle nous remplit d'une douce paix, et fait couler en nous les bénédictions célestes; elle épure et ennoblit tout notre être. Cesmagifiques effets, la Prière les produit infailliblement, pourvu qu'elle soit revêtue des conditions nécessaires.
Cette efficacité de la Prière est fondée .
1° Sur la bonté de Dieu. Il y a dans l'Être infiniment bon un mouvement secret, qui le porte à communiquer aux autres les biens renfermés dans son essence divine (i). C'est un soleil, qui ne cherche qu'à répandre sa lumière; c'est une plénitude immense, qui tend sans cesse à remplir
(1) Bossuet, Oraison funèbre de Marie-Thérèse d'Autriche.
(2) Sanctorum precibus stal mundus. Rufin. Prvf. in vitss Pat. (3! Ephes., vi, 11. — I. Thess., v, 8.
(4) Bonum communicativum suî. D. Thom.
tous les vides. Nous n'avons donc qu'à ouvrir notre cœur par ïa Prière, et il nous comblera de toute sorte de faveur», comme il nous l'assure lui-même (1).
2° Sur la fidélité à ses promesses. Sa parole est expresse : « Demandez et vous recevrez.... Oui, je vous dis en vérité, et je vous jure que vous obtiendrez tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom (2).» Or, Dieu est fidèle, dit l'Apôtre (3), et il ne peut manquer à sa parole. Si donc nous sommes pauvres en biens spirituels, à qui pouvons-nous nous en plaindre, sinon à nous-mêmes? Ne nous moquerions-nous pas, et à bon droit, d'un mendiant, qu'un homme riche voudrait pourvoir de toutes choses, à la seule condition qu'il les demanderait, si ce mendiant voulait néanmoins rester dans sa pauvreté plutôt que de demander ce dont il a besoin? C'est une folie, dirionsnous, et c'est aussi la nôtre, puisque Dieu est disposé à enrichir ceux qui l'invoquent (4).
3° Sur les mérites de Jésus-Christ. Peut-elle être appuyée sur un fondement plus solide? Notre divin Sauveur nous a cédé tout le prix de son sang ; il n'est donc rien que nous ne puissions obtenir par la vertu infinie de ses mérites. Le Père éternel nous doit tout, puisque Jésus- Christ, son divin Fils, a tout gagné pour nous. Après cela, pourrions-nous douter de l'effet de nos prières?
Que la Prière habite donc continuellement sur nos lèvres; et, pour que nous y soyons constamment fidèles, réglons tellement nos occupations de la journée, qu'elle en soit une des plus importantes.
Cependant telle est l'apathie que nous avons pour les choses du ciel, qu'un grand nombre de chrétiens semblent ne faire aucun cas de la Prière, et passent des jou^-
(1) Dilata os tuum.et implebo illud. Is., lxxx, lî.
(2) Joan.. xiv, 13.
(3) II. Thess., m, 3.
(4) Dives in omnesqui invocant illum Rom., *, 15,
nées, des semaines, hélas ! peut-être des années entières, sans se livrer à un si saint et si salutaire exercice.
Je n'ai pas le temps, dit celui-ci ; les affaires m'absorbent, le soin de ma famille, de mon domaine, de mon commerce, demande toute mon application; à peine puisjc un instant respirer. — Mais, de grâce, songez donc que l'affair la plus importante pour vous, c'est votre salut ; songez que le temps ne vous est donné que pour y travailler, que la plus digne, ou plutôt la seule digne occupation de l'homme, c'est de se préparer à son éternité, et que tout le reste, en comparaison de l'affaire du salut, n'est que bagatelle et amusement d'enfant (1). De plus, soyez de bonne foi, ne trouvez-vous pas assez de temps pour tout, pour le travail et le repos, pour le jeu et les divertissements, pour des conversations inutiles et même dangereuses? Vous en trouvez même assez pour offenser le Seigneur. Comment donc osez-vous dire que vous n'avez pas le temps de prier 2?
Moi, dit celui-là, je suis bien convaincu de la nécessité de la Prière; mais je ne sais point prier, et je vois que j'y perds mon temps. — Mais quoi? la Prière demande-t-elle un grand effort d'esprit ou d'imagination? Est-ce par l'élégance du discours, par des paroles étudiées que vous pouvez plaire au Seigneur? Ah! si vous sentez bien les besoins infinis de votre âme, vous ne serez pas embarrassé pour les exprimer. Certes, on n'a pas besoin d'apprendre à un malade comment il doit solliciter sa guérison, à un pauvre comment il doit implorer la charité publique, à un malheureux comment il doit se plaindre. La vue de leurs misères, la douleur qui les presse, le désir d'être soulagés leur fournit assez d'expressions. Consultez votre cœur, voyez les faiblesses et les plaies de votre âme, sondez l'abîni' de votre corruption, et les paroles ne vous manqueront pas pour vous humilier devant le Seigneur, pour dé-
(1) Majonun nngae negotia vocantur. D. Au
plorer vos fautes, pour solliciter sa miséricorde ; et alors, au lieu île vous plaindre que vous n'avez rien à dire en présence d'un Dieu à qui vous avez tant à demander, vous vous plaindrez plutôt de ne savoir par où commencer 3.
Un troisième m'objecte qu'il n'a ni attrait ni goût pour la Prière, et, en conséquence, il croit pouvoir s'en dispenser comme d'un devoir onéreux, comme d'une gêne inutile. — Mais, parce qu'une obligation est pénible, est-ce une raison pour la rejeter? Dieu ne nous commande pas la Prière à cause du plaisir que nous pouvons y trouver, mais parce qu'elle est une nécessité de notre nature, un besoin de notre âme ; et, si nous n'avons que du dégoût pour ce saint exercice, c'est que nous sommes trop attachés aux choses de la terre; c'est que nous n'aimons pas Dieu ; et l'amour du monde, comme une fièvre brûlante, nous rend insipides et dégoûtants les biens invisibles et éternels. Commencez donc par purifier votre cœur, par briser ces chaînes de vos convoitises, qui vous enfoncent dans le limon des affections terrestres, et alors, au lieu de fuir le Seigneur, vous vous plairez à converser avec lui. Mais, sachez-le bien, ce n'est que par la Prière, et par la persévérance dans la Prière, qu'on peut mériter ces douceurs et ces consolations célestes, qui en sont le fruit et la récompense *.
On pourra dire encore qu'on n'ose prier le Seigneur à cause de la grièveté et de la multitude de ses crimes; la honte qu'on en ressent ferme la bouche, et on craint de paraître devant lui. Tentation terrible, qui pourrait conduire au désespoir ! 0 pécheurs, ne voyez-vous pas que c'est le démon, jaloux de conserver sa proie, qui s'efforce de vous fermer tout accès auprès du Seigneur? C'est précisément à cause de vos péchés, que vous avez un plus grand besoin de miséricorde. Allez donc à ce Dieu de toute bonté ! qui, bien loin de repousser celui qui avoue ingénument ses fautes, l'accueille avec tendresse et ne tarde pas à
exaucer sa prière. Car quiconque demande obtient (i). Remarquez-le bi°n, le Seigneur dit : Quiconque, omnis, soit juste, soit pécheur 5.
Conjurons le Seigneur de ranimer en nous l'esprit de Prière ; l'âme, qui en est dépourvue, est comme une place démantelée, ouverte de toutes parts aux attaques de l'ennemi du salut, et elle tombo bientôt en ruine. Heureuse, au contraire, celle qui prie '. Elle expie ses fautes, elle s'enrichit des plus précieux trésors de la sagesse, elle s'approche de la Majesté divine, elle porte sur son front le glorieux caractère des élus.
TRAITS HISTORIQUES
1. Il n'eût fallu que dix justes, dans Sodome et Gomorrhe, pour sauver ces villes criminelles, Voici ce que le Seigneur dit à Abraham : « Le cri de Sodome et de Gomorrhe s'est multiplié, et leur péché s'est aggravé devant moi. Je descendrai, et je verrai s'ils ont accompli en leurs œuvres la clameur venue jusqu'à moi.» Abraliam s'approchant du Seigneur lui dit: « Perdrez-vous l'innocent avec le coupable? S'il y avait cinquante justes dans la ville, les extermineriez-vous avec les autres? Ne pardonneriez-vouspas plutôt à toute la ville, en faveur des cinquante justes qui s'y trouveraient? Il est loin de vous de perdre le juste avec l'impie, et de traiter l'innocent comme le coupable; cela n'est point de vous : ce\ui qui juge toute la terre pourrait-il ne pas rendre justice ?» Le Seigneur dit: «Si je trouve en Sodome cinquante justes , je pardonnerai à toute la ville à cause d'eux. Abraham répondit, disant : < Puisque j'ai commencé, je parlerai encore à mon - Seigneur, quoique je ne sois que cendre et poussière. S'il y avait cinquante justes moins cinq, feriez-vous périr toute la ville, parce qu'il y en aurait cinq de moins?» El le Seigneur lui répondit : <; Jenela détruirai point, si j'en trouve là quarante-cinq.» Abraham lui parla encore, disant : < E' s'il s'en trouve là quarante, que feiez-vous ? » Et il répondit: «Je ne la détruirai point à cause des quarante » — « Je vous prie, Seigneur, de ne vous point fâcher, si je parle encore; peut-être il n'y en aura que trente. » Le Seigneur dit: «Je ne le ferai point, si j'en trouve là trente. » Puisque j'ai commencé, dit encore Abraham, je parlerai à mun Seigneur : « s'il ne s'en trouvait que vingt? » La Seigneur dit: «Je nela détruirai point à cause de ces vingt.» Abraham
(l) Omnis qui petit accipit. Mafh., vu, 8,
dit : «Je vons prie, Seigneur, de ne vous point fâcher, si je parle encore cette fois : peut-êlre n'y en aura-t-ii que dis.» Le Seigneur dit : «Je ne la détruirai point à cause de ces dix.» Et le Seignear disparut, quand il eut cessé de parler à Abraham, et Abraham retourna en sa demeure. Bientôt après le Seigneur fit pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe le soufre et le feu du ciel; et il détruisit ces cités et touie. la contrée qui les environne, et tous les habitants des villes el toutes les plantes de la terre.
Traduction de SI. de Genocde.
Les Israélites étant campés à Raphidim, les Amaïécites vinrent les attaquer. Moïse dit à Josué: «Choisissez des hommes, et allez combattre contre Amalec. Pour moi, je me tiendrai sur le haut de la colline, ayant en main la verge de Dieu.» Josué fit ce quo Moïse lui avait dit, el il combattit contre Amalec. Mais Moïse, Àaron et Hur montèrent sur le haut de la colline. Et, lorsque Moïse tenait les mains élevées, Israël était victorieux; et, lorsqu'il les abaissait un peu, Amalec avait l'avantage. Cependant les mains de Moïse étaient lasses et appesanties ; c'est pourquoi ils prirent une pierre, et l'ayant mise sous lui, il s'assit; el Aaron et Hur lui soutenaient les mains des deux côtés. Ainsi, ses mains ne se lassèrent point jusqu'au coucher du soleil. Josué mit donc en fuite Amalec, et fit passer son peuple au fil de l'épée. Exode 17, 8.
Moïse, sur la montagne, tenant les mains étendues pour implorer le secours du ciel , est une image admirable dont les saints se servent , pour nous enseigner à prier utilement et à repousser toutes les attaques du tentateur. Dans cette situation, il représentait Jésus-Christ crucifié; car nos prières sont rejetées, si elles ne se font au nom de Jésus-Christ et si lui-même ne les offre à Dieu. Mais, appuyées sur la vertu de sa croix, elles mettent en fu'ue Amalec, c'est-à-dire le prince des démons, avsc tous ces esprits pervers, qui s'acharnent à notre perte et nous font continuellement la guerre.
Vers le commencement du Xe siècle, les Hongrois vinrent assiéger la ville d'Augsbourg. Saint Ulric, qui en était alors évêque, avait eu soin de l'environner de bonnes murailles et d'y faire construire des fortsen divers endroits, pour la mettre à l'abri des incursions des Barbares. Mais toutes ces précautions n'auraient pas sauvé la ville, si elle n'avait eu le bonheur d'avoir à sa tête un saint pasteur. Au plus fort du danger, Ulric, semblable à Moïse sur la montagne, levait les mains au ciel, qu'il tâchait de fléchir par des supplications publiques; ses prières furent exaucées. Les Barbares, saisis tout à coup d'une terreur panique, levèrent le siège et s'enfuirent avec beaucoup de confusion. Ils fuient rencontrés el taillés en pièces par Othon, que le pape couronna empereur en 962.
Saint Sabas , un des plus célèbres patriarches de l'ordre monastique, en Palestine, travaillait le jour en priant et veillait une partie
de la naît. Il n'interrompait son travail que pour lever les mains au ciel, et ne prenait de repos que pour empêcher la nature de succomber. Le démon essaya plusieurs fois de l'effrayer, en lui apparaissant sous la forme de différentes bêtes féroces ; mais il le mit en fuite par la Prière. 11 eut la douleur de voir quelques moines de sa laure se révolter contre lui. Alors Sabas se retira secrètement, en disant qu'on pouvait résister aux démons, mais qu'il fallait céder aux hommes, par amour de la paix. Il alla vers le désert de Scythopolis, jt entra dans une caverne, où un lion faisait sa demeure. L'animal vint à minuit, et, trouvant le saint endormi, il le prit doucement avec les dents par le bord de sa robe, pour le traîner dehors. Sabas se réveilla et ne fut point effrayé, à la vue du lion. Il se mit même à réciter tout haut l'office de la nuit. Le lion sortit alors de la caverne. Il y rentra lorsque le serviteur de Dieu eut fini sa prière, et le prit de nouveau par le bord de sa robe, pour le traîner dehors. Sabas lui adressa la parole, et lui dit que la caverne élait assez grande pour les loger tous deux. A ces mots, l'animal s'en alla et ne revint plus. — Une sécheresse, qui affligea la Palestine pendant cinq ans, fut suivie d'une famine générale dans le pays. Sabas eut recours à la Prière, et il eut de quoi pourvoir aux besoins de ses monastères. A la fin , il obtint du Ciel une pluie abondante, qui répandit une joie universelle dans la Palestine. — Un jour que l'empereur Justinien traitait en sa présence quelques affaires qui le regardaient, Sabas le quitta à l'heure de tierce pour aller prier. Jérémie, son compagnon, lui représenta que ce qu'il faisait ne convenait pas au respect dû à la majesté impériale « Mon fils, lui dit-il , l'empereur fait son devoir, et nous devons faire le nôtre. » Celte réponse prouve jusqu'à quel point il était fidèle à l'accomplissement de ses devoirs. Il mourut, plein de mérites, le 5 décembre 1532, à l'âge de quatrevingt-quatorze ans. Godescard.
2. Pour condamner cette lâcheté des chrétiens, qui regrettent toujours le temps qu'ils donnent aux exercices de piété, que de beaux exemples l'histoire nous fournit! Citons d'abord notre grand roi, saint Louis. 11 consacrait chaque jour plusieurs heures aux pratiques de religion; et , comme on lui reprochait d'y employer trop de temps, il répondit avec douceur : « Les hommes sont étranges : on me « fait un crime de mon assiduité à la Prière; on ne dirait mot, si « j'employais les heures que j'y donne à jouer aux jeux de hasard, « à courre la bête fauve, ou à chasser aux oiseaux. » — Ayant acquis de Baudoin II, empereur de Conslanlinople, la sainte couronne d'épines de Notre-Seigneur, ainsi que plusieurs autres reliques, pour les placer honorablement, il fit bâtir dans son palais, à Paris, une chapelle célèbre, connue depuis sous le nom de Sainte-Chapelle. C'était le lieu ordinaire où le saint roi vaquait aux exercices de piété, y passant quelquefois les nuits en prière. On l'eût pris
pour un ange prosterné devant le Très-Haut, lorsqu'il était au pied des autels ; tant son recueillement était profond. Mais le temps qu'il donnait à l'oraison, ne fut jamais au préjudice de son peuple. Louis étaiv trop convaincu que toute piété qui nuit à l'accomplissement de ses devoirs, est une piété fausse. Velly, T. V.
Alfred-le-Grand, roi et législateur d'Angleterre, un des plus grands princes qui aient honoré le trône, dans la distribution qu'il fit de son temps, trouva le moyen de vaquer à tout, aux affaires, à l'étude et à la Prière. 11 divisa les vingt-quatre heures du jour en trois parties égales, l'une pour les exercices de piété , l'autre pour le sommeil, la lecture et la récréation, et la troisième pour les soins de son royaume. Comme il n'y avait point encore d'horloges, il fît faire six cierges qui brûlaient chacun quatre heures, et ses chapelains l'avertissaient tour à tour, lorsque l'un des quatre était consumé. A la fleur de son âge et au plus haut point de sa gloire, il avait fait vœu de garder fidèlement celte distribution de temps, et il n'y manqua jamais. Ce grand roi mourut l'an 900, regretté comme un père et comme un héros par son peuple. Jamais prince n'eut plus d'affabilité pour ses sujets et plus de valeur contre leurs ennemis, et peut-être n'y eut-il jamais de preuve plus frappante de ce que peut la religion sur les r?is et les peuples, pour la gloire et la prospérité des États. Un historien, Henri Spelman, transporté d'une espèce d'enthousiasme, le peint ainsi : « 0 Alfred ! la mer- « veille et l'étonnement de tous les siècles ! si nous réfléchissons c sur sa piété, nous croirons qu'il a toujours vécu dans un cloître; t si nous pensons à ses exploits guerriers, nous jugerons qu'il n'a « jamais quitté les camps ; si nous nous rappelons son savoir et ses « écrits, nous estimerons qu'il a passé toute sa vie dans un collège; « si nous faisons attention à la sagesse de son gouvernement et aux « lois qu'il a publiées, nous serons persuadés que ces objets ont été « son unique étude. » Biographie Universelle.
Au milieu des embarras do trône, Stanislas, roi de Pologne et plus tard duc de Lorraine, savait se ménager le temps dont il avait besoin pour ofirir ses hommages au Roi des rois, et il ne donnait pas moins de deux heures chaque jour à ses exercices de piété. Il composa et rassembla dans un même volume manuscrit différentes prières pour son usage. « Selon que le temps me permettra, dit-il, c de prolonger mon oraison, je jetterai un coup d'œil, le matin, sur « les affaires que j'aurai à traiter pendant la journée. Je réfléchirai « sur ce que j'aurai à faire, et plus encore sur ce que j'aurai à évi-
« ter Le soir, pour me préparer une heureuse nuit, j'aurai soin
t de me tourner vers Dieu, de lui marquer ma reconnaissance, de t lui demander ses lumières pour reconnaître mes fautes, d'en faire c tous les jours la recherche par un examen.quelque court qu'il soit, « de lui en demander pardon, et de former la résolution de les évi-
€ ter avec le secours de sa grâce. > Quelle sagesse, quelle piété dans te règlement de vie! Que n'est-il adopté et suivi par tous les chrétiens 1 Bientôt leur conduite serait entièrement différente de ce qu'elle est. Dict. d'Education.
3. Le célèbre Lanfranc s'était entièrement adonné à l'étude des sciences humaines, et s'était acquis par là une grande réputation-; mais il avait négligé l'affaire de son salut. Passant un jour par une forêt pour aller à Rouen, il fut arrêté par des voleurs qui, lui ayant été tout ce qu'il avait, lui lièrent les mains derrière le dos, lui bandèrent les yeux, et le laissèrent dans des broussailles épaisses, éloigné du chemin. En cette extrémité, ne sachant que devenir, il s'abandonna à une profonde tristesse, et il déplorait son malheureux sort, La nuit étant venue, il rentra plus sérieusement en lui-même, et il voulut prier Dieu; mais il ne le put, parce qu'il ne l'avait point appris. Alors il dit: « Seigneur, j'ai tant employé de temps à l'étude « que :'y ai usé mon corps et mon esprit, et je ne sais pas encore « comment je dois vous prier. Délivrez-moi de ce péril, et, avec votre « secours, je réglerai tellement ma vie que je pourrai vous servir et c ne m'attacher plus qu'à vous. » Il y avait, dans un si savant hommef une ignorance que nous devons remarquer : il paraissait croire que, -pour prier Dieu et chanter ses louanges, il était besoin de formules particulières. Il ne savait donc pas que c'est le cœur qui prie ; et, en effet, la prière qu'il adressait alors à Dieu, était de sa part un vif désir d'être délivré de l'extrémité à laquelle il se trouvait réduit, et dès lors une vraie prière que Dieu exauça. Des voyageurs qui passèrent, le délièrent et le ramenèrent dans le chemin. II les pria de lui montrer le plus pauvre monastère qu'ils connussent dans le pays. Ils lui parlèrent de l'abbaye du Bec, fondée par le vénérable Helluin. Quand Lanfranc arriva, il trouva ce saint occupé à bâtir un four, où il travaillait de ses mains. « Que désirez-vous, » dit Helluin? — « Je veux être moine, » répondit Lanfranc. L'abbé lui fit donner le livre de la règle, lui dit de la lire, comme saint Benoît ordonne de le faire aux postulants. Lanfranc, l'ayant lue tout entière, dit qu'avec l'aide de Dieu, il observerait tout ce qu'elle contenait. L'abbé, sachant qui il était et d'où il venait, lui accorda sa demande. Lanfranc se prosterna et baisa les pieds de l'abbé, dont il admira l'humilité et la gravité. Lanfrrjic devint plus tard archevêque de Cantorbéry, en Angleterre.
Hist. Ecclés. liv. 59, art. 72.
4. Le vénérable Berchmans, interrogé sur la manière dont il se comportait, dans le temps où il éprouvait des dégoûts pendant la Prière, répondit: Je prie, je m'occupe, je prends patience.
Saint Philippe de Néri disait qu'il était très-utile, dans le temps des sécheresses et des désolations intérieures, de se figurer qu'on était comme un mendiant en la présence de Dieu et des saints, et de demander successivement l'aumône spirituelle, tantôt à Jésus-Christ.
tantôt à la sainte Vierge, tantôt à son ange-gardien, et tantôt à tel ou tel saint, à peu pré- comme les pauvres demandent l'aumône corporelle à ceux qu'ils savent pouvoir la leur fa.ire.
5. Quelque chargé qu'on soit de crimes, Dieu ne rejette jamais un cœur 'ontrii et humilié. Nous pourrions citer un nombre infini de Magdeleines, d'Augustins, plongés dans toute sorte de désordres, et dont le Seigneur a daigné accepter le repentir avec la plus grande bonté. Nous nous bornerons aux deux traits suivants. — Saint Jean-de-Dieu, fondateur de l'Ordre de la charité, avait été d'abord soldat. Fntraîné par le mauvais exemple de ses camarades, il avait insensiblement perdu la crainte de Dieu, et les avait imités dans leurs désordres. Lorsqu'il eût quitté le service de Dieu, il commença à apeicevoir l'abîme où il était plongé; et il avait déjà bien travaillé à ré;>arei ses crimes, lorsque la divine Providence, qui voulait de lui de grandes choses, lui fournit le moyen d'aller entendre le vénérable Jean d'Avila, prêtre d'une grande sainteté, et le plus célèbre prédicateur d'Espagne. La parole de Dieu ébranla toute son âme; il était si touché qu'il n'était pas maître de sa douleur; il versait un torrent de larmes et remplissait l'église de ses cris et de ses lamentations. Il détestait publiquement sa vie passée, se frappait la poitrine et demandait tout haut miséricorde pour les péchés qu'il avait commis. 11 s'adressa ensuite à Jean d'Avila qui, Dar son zèle et par sa prudence, seconda ses heureuses dispositions ; et celui qui avait été un soldat débauché, devint, en peu de temps, un grand saint et le fondateur d'un Ordre, qui a rendu et qui rend encore de grands services à la religion et à l'humanité.
La demoiselle Gauthier, dont la première partie de la vie avait été aussi scandaleuse que la seconde fut édifiante, perdit son père à l'âge de dix-sept ans. Se trouvant alors sans fortune et les personnes qui auraient dû pourvoir à sa subsistance, ayant refusé de le faire, elle entra au théâtre, non sans quelque répugnance; mais elle s'y accoutuma d'autant plus facilement, qu'elle y acquit en peu de temps la plus grande célébrité. En vain alors une parente vertueuse s'efforeet-elle de la rappeler à un genre de vie plus analogue à l'éducation qu'elle avait reçue : elle rit de ses remontrances. Ivre de l'encens de la mu.titude, elle vit dans les plaisirs et l'opulence; elle plaît au monde, et îe monde lui plaît : cela lui suffit. « Avant de songer au « paradis futur', dont sa cousine lui parle, elle veut, dit-elle, jouir « du paradis actuel où elle se trouve bien ; et, si jamais elle se conte vertit, ce ne sera pas du moins avant quarante-cinq ans. » Cependant elle n'en a pas encore trente, lorsque la grâce parle à son cœur et lui fait éprouver des inquiétudes. Elle va entendre une messe, aes inquiétudes augmentent; elle fait dire une messe, elle est encore plus tourmentée. Elle prend la résolution d'entendre tous le» jours la messe; le remords alors la suit partout. Fidèle néanmoins à
une pratique si peu connue dans son état, elle se rend exactement tous les matins à l'église, et le soir on la voit au théâtre. Les gens de sa profession la raillent sur sa dévotion : elle sent qu'ils ont raison et qu'on ne peut servir deux maîtres. Sur le point de se décider, elle éprouve les plus rudes combats. Enfin, la grâce triomphe ; sa résolution est prise; elle rompt brusquement toutes ses liaisons, et laisse Paris dans l'étonnement de sa retraite. Elle entra chez les Carmélites de Lyon, où elle édifia par toutes les vertus d'une fervente religieuse.
Ces deux exemples prouvent surabondamment que la grâce n'abandonne jamais entièrement les âmes les plus égarées, et que, si enfoncé qu'on soit dans le vice, on peut toujours revenir à la vertu, lorsqu'on est fidèle à suivre ses inspirations.
QUATRIÈME INSTRUCTION
Deux sortes de Prières. — Oraison mentale. — Sa nécessité. — Futilité des prétextas qu'on allègue pour s'en dispenser. — Méthode facile d'Oraison.
D. Est-ce de cœur ou de bouche qu'il faut prier?
R. On peut prier de cœur sans remuer les lèvres, mais ce n'est pas prier comme il faut que de réciter des prières où le cœur n'a point de part.
On distingue deux sortes de Prières : la Prière mentale et la Prière vocale. La Prière mentale ou de l'esprit, qu'on appelle encore oraison ou méditation, est un entretien de l'âïne avec Dieu, sans le ministère du corps. La Prière vocale se fait de bouche, en y joignant néanmoins l'attention de l'esprit, sans laquelle la Prière ne serait qu'un vain murmure des lèvres, de nulle valeur devant Dieu. Nous sommes obligés de prier de bouche et de cœur, parce que Dieu, étant le créateur et le maître de toutes nos facultés, exige également l'hommage de nos lèvres. Quant à la méditation proprement dite, elle est un des exercices les plus avantageux de la piété chrétienne ; et, si elle n'est pas d'une
absolue nécessité, en ce sens qu'on doive la faire tous les jours et à des heures réglées, du moins est-il nécessaire de penser souvent aux vérités du salut et de s'en nourrir fortement l'esprit. Nous allons, dans cette instruction, traiter spécialement de la Prière mentale ou méditation.
Notre Dieu, qui sonde les cœurs et les reins, n'a pas besoin que notre bouche articule des mots, pour connaître nos besoins et nos sentiments. Il comprend parfaitement le langage de l'âme, ce cri intérieur, ces gémissements inénarrables qui s'élèvent jusqu'à son trône, sans qu'aucune parole nous serve d'interprète auprès de lui. On peut donc prier sans ouvrir la bouche, sans faire entendre aucun son; il suffit pour cela de diriger vers le Ciel ses pensées, ses désirs, ses espérances; c'est ce que nous appelons Prière mentale ou Oraison. Cette Prière ou Méditation est l'ouvrage de l'esprit et du cœur; de l'esprit qui s'applique à la considération de quelque vérité du salut, du cœur qui produit des affections pieuses, et forme de bonnes résolutions. Or, que la Méditation soit nécessaire pour travailler efficacement au salut, c'est ce qu'il nous sera très-facile de démontrer.
1° Quand on veut réussir dans une affaire importante, hérissée de difficultés, traversée par des ennemis puissants et artificieux, on y pense longtemps, on prend bien ses mesures, on combine ses moyens pour écarter les obstacles, pour triompher de toute résistance. Mais quelle affaire plus importante que celle du salut, où il s'agit d'un bonheur ou d'un malheur éternel? Et aussi quelle affaire plus difficile ? Il faut combattre contre les faiblesses et la corruption de son cœur, se vaincre soi-même, résister aux scandales du siècle, dompter la chair qui se révolte contre l'esprit, lutter sans cesse contre le monde et ]e démon acharnés à notre perte. Or, pouvons-nous nous promettre un heureux succès, au milieu de tant de difficultés, sans de sérieuses réilexions sur nous-mêmes, sans une attention particulière à observer toutes nos démarches, à découvrir
et à déjouer les artifices et les complots de nos ennemis ? Un plaideur qui veut gagner un procès, un négociant qui veut augmenter sa fortune, un général qui veut remporter la victoire, ont leur esprit continuellement occupé du but qu'ils se proposent. Et nous prétendrions arriver au ciel, sans y penser ! Quel aveuglement ! quelle folie ! Or, c'est dans la Méditation qu'on prépare ses armes pour les combats de la Foi, qu'on s'encourage soi-même et qu'on s'affermit dans la bonne voie.
2" Pour arriver au ciel, il faut connaître Dieu, non pas d'une manière vague et superficielle, mais pénétrer, autant qu'il est possible à la faiblesse de notre nature, dans l'intimité de son être et nous faire la plus haute idée de ses perfections. Pourrons-nous, en effet, nous attacher inviolablement au Seigneur et le servir avec fidélité, si nous ne le connaissons bien, si nous ignorons ce qu'il a fait pour nous et combien nous lui sommes redevables? Et comment acquérir cette connaissance en quelque sorte pratique de Dieu et de ses mystères, si ce n'est par la Méditation ? C'est en réfléchissant sur sa majesté suprême, sur ses amabilités infinies, sur la douceur de sa loi et la sévérité de ses jugements, qu'on apprend à l'adorer, à le craindre, à l'aimer. Aussi Dieu lui-même nous engage-t-il à prendre un temps convenable, à fane trêve, pour quelques instants, aux embarras des affaires, aux préoccupations de la terre, afin de nous appliquer à la considération de ses grandeurs (1). Que si on sert le Seigneur avec tant de lâcheté, si on ne se fait aucun scrupule de l'offenser, c'est qu'on ne pense pas à lui, c'est qu'on ne le connaît point (2). Ainsi, l'ignorance de Dieu est la source de presque tous les désordres qui désolent la terre, et le défaut de méditation est la source de cette ignorance.
3° La science la plus utile, après celle de Dieu, c'est la
(1) Vacate et videle quoniam ego snm Deus. Psal. xlv, 11.
(2) Pater juste, mundus te non cogncnit. Joan., xvn, 25.
connaissance de soi-même. Que je vous connaisse, ô mon Dieu, 'ît que je me connaisse, telle était la prière continuelle de saint Augustin (1). Il semble de prime abord que rien n'Vst plus facile que cette connaissance de soi-même., et cependant rien de plus inconnu à la plupart des hommes que leur propre cœur; et l'on peut dire qu'ils sont de véritables étrangers chez eux-mêmes. Or, pour combattre sa passion dominante, ses habitudes perverses, pour se corriger de ses défauts, pour remédier à tous les maux de son âme, quel besoin n'a-t-on pas de s'étudier soi-même? Ne faut-il pas sonder ce fonds de corruption que nous portons au dedans de nous, pour nous en humilier et nous défier de notre faiblesse? Ne faut-il pas descendre jusque dans les plus secrets replis de notre conscience, pour en réparer le désordre? Et voilà ce que l'on fait par la Méditation. Que si on ne fait jamais aucune réflexion solide, on vit au hasard et on arrive aux portes de l'éternité, sans avoir rien fait pour se rendre heureux.
4° Ce n'est pas assez de connaître Dieu etdese connaître soi-même, il faut de plus, pour faire son salut, connaître ses obligations et ses devoirs, afin de pouvoir les remplir exactement. Or, ce n'est que par la Méditation que nous pouvons acquérir cette connaissance exacte et parfaite de la loi de Dieu et des obligations qu'elle nous impose. C'est en l'étudiant, en y pensant souvent et assidûment qu'on se pénètre bien de son utilité, de sa beauté, de son excellence, et qu'on s'anime h l'observer jusque dans ses moindres détails. Aussi le prophète royal ne recommande-t-il rien tant que la Méditation continuelle de la loi de Dieu. k Heureux, s'écrie-t-il, ceux qui méditent jour et nuit les commandements du Seigneur ! Alors ils servent Dieu fidèlement, et le cherchent de tout leur cœur (2). » Au contraire, sans l'oraison mentale, on n'a aucun goût doux- la
(1) Noverim te, noverim me. D. Aug.
(2) Beau qui scrutantiir leslimonia ejus ; in tolo corde exquirant lum. Psal. cwiii, 2.
parole de Dieu, on l'oublie facilement et on l'enfreint même dans les points les plus essentiels. C'est ce que déplorait le prophète Jérémie par ces paroles si souvent citées : « La terre est dans la désolation, parce que personne ne pense, parce que personne ne réfléchit (1). » On ne se remet jamais sous les yeux la grandeur des récompenses que Dieu promet à ceux qui garderont ses commandements, ni les peines épouvantables dont il menace ceux qui seront assez audacieux pour les transgresser ; et, dès lors, il semble qu'on n'est plus retenu par aucun frein, et on se plonge avec emportement dans les plaisirs les plus déréglés. Sainte Thérèse ne craignait pas de dire que celui qui renonçait à l'oraison mentale, devenait bientôt semblable à une bête ou à un démon.
La pratique de la Méditation ne nous est pas moins avantageuse que nécessaire. Elle est non-seulement bonne, excellente en elle-même, mais encore le principe de tout le bien que nous pouvons faire, comme nous l'assure saint Augustin (2). Elle sert de flambeau à notre âme, d'œil à notre conduite, de guide à nos démarches; elle purifie, comme dit saint Bernard, nos pensées, modère nos passions, perfectionne nos œuvres, corrige nos défauts, règle nos mœurs, et met un ordre convenable dans tous les mouvements de notre vie, tant intérieurs qu'extérieurs (3). Enfin, elle anime notre foi et enflamme notre charité. Aussi, l'âme qui se livre à ce saint exercice, sacrifie volontiers au Seigneur tous les plaisirs de la terre, tous les appétits grossiers, et ne soupire qu'après les biens éternels. Elle s'élance vers le ciel, dit saint Clément d'Alexandrie; elle est sur un char qui la transporte jusque dans le sanctuaire de Dieu.
C'est parce qu'ils étaient intimement convaincus de
(1) Desolatione desolata est terra, quia nullus e*t qui recogitet «orde. Jerem., xn, 11.
(2) Inteliectus cogitabundusest principium omnis boni. D. Aug.
(3) D. Bern., de Consider., lib. I, n. 6, 7.
l'importance de la Méditation que tous les saints en ont fait un si grand usage, et que tous nous la recommandent comme à l'envi. Saint Bernard pense que celui qui ne médite point, n'a pas horreur de lui-même, parce qu'il ne se connaît pas. Suarez, auteur d'un grand nombre d'excellents ouvrages, disait : « Je donnerais tous mes livres pour un quart d'heure d'oraison. » Renoncer à l'oraison mentale, dit sainte Thérèse, c'est se précipiter dans l'enfer de soimême, sans avoir besoin des démons. Elle ajoutait encore: a Promettez-moi de faire chaque jour un quart d'heure d'oraison, et moi je vous promets le ciel '. »
Cependant le monde est plein de préjugés contre cet exercice si utile et si nécessaire de la vie chrétienne. L'ennemi de notre salut, sachant très-bien les grands avantages que nous pouvons en retirer, ne manque pas de nous suggérer mille vains prétextes, pour nous en détourner; et telle est la prévention d'un grand nombre de chrétiens sur ce point, que le seul nom de méditation leur fait peur.
1er Prétexte. La difficulté de faire oraison. Certains, par une fausse modestie, se persuadent que la Méditation est pour eux un exercice trop relevé, qu'il ne peut être que le partage des âmes les plus parfaites et les plus avancées dans les voies de la spiritualité.
Certes, si pour faire oraison, il fallait, comme saint Paul, être ravi jusqu'au troisième ciel, ou, comme Moïse, être placé sur la montagne sainte, au milieu d'une nuée de gloire, et voir Dieu face à face ; s'il fallait parvenir à quoiqu'un de ces étais sublimes où Dieu a élevé quelquefois ses fidèles serviteurs, on pourrait s'excuser sur ta faiblesse, et dire que ce sont là de ces dons rares et excellents que le Saint-Esprit n'accorde qu'à certaines âmes privilégiées. Mais, sans prétendre à ces grâces extraordinaires, ce qui serait une véritable présomption, ne faut-il ^as s'occuper de son salut, y penser sérieusement, aviser aux meilleurs moyens de réussir dans cette grande affaire?