II. H
Or, nous avons vu que, pour cela, la Méditation est îe secours le plus efficace ; et, puisque le salut est offert à tou* le monde, la Méditation, qui y conduit, est également à la portée de tout le monde.
Qu'on ne s'exagère donc pas les difficultés de cette sainte pratique. Elle ne demande pas de grandes lumières, un esprit cultivé; il suffit d'avoir un bon cœur et une raison saine, pour aimer Dieu et désirer son salut. Et que de fois n'arrive-t-il pas que Dieu communique ses secrets au petits, c'est-à-dire aux ignorants, tandis qu'il les cache aux savants et aux orgueilleux du siècle ! Le Saint-Esprit nous assure que le Seigneur se plaît surtout à s'entretenir avec les âmes simples (1). Toute la science de la Méditation consiste à s'anéantir devant la souveraine Majesté, à reconnaître humblement ses torts, à gémir sur la corruption et l'insensibilité de son cœur, à se soumettre avec résignation aux décrets de la Providence, à exposer ses besoins, comme un pauvre étale sa misère et ses haillons aux yeux d'un riche bienfaisant, à renouveler au Seigneur ses protestations d'amour et de fidélité, à rougir et à se confondre d'avoir si souvent promis et de se retrouver toujours infidèle, à se tenir en présence de Dieu dans l'immobilité du respect et du recueillement, comme un de ces paralytiques qu'on mettait sur le passage de Jésus, pour qu'il les guérît, ou comme un muet qui n'a point de langue pour s'exprimer. Or, qui ne voit que, pour produire ces pensées et ces affections, il ne s'agit pas d'avoir un esprit fort élevé, ni de faire de beaux raisonnements, et que, Dieu voulant bien se contenter d'un pieux mouvement, d'un élan du cœur, d'un soupir, d'un gémissement, d'une aspiration vers lui, d'une plainte amoureuse, d'une réflexion sur sa loi, il n'est besoin pour cela que d'une intelligence fort ordinaire, telle qu'elle se trouve dans la plupart des hommes. Aussi, que de fois n'a-t-on pas vu *me âme simple et innocente, sans culture et sans éduca-
fi) Cura simplicibus sermocinatio ejus. Prov., m, 32.
DE l/ORAISON MENTALE. 3I5
tion, mais avec un cœur pur et humble, avoir un don d'oraison excellent, et beaucoup plus de facilité pour tous les exercices de la vie intérieure que les hommes les plus éclairés 2 !
2e Prétexte. L'embarras des affaires. Que les religieux et les personnes séparées du monde, ou qui n'ont rien à faire, vaquent à la Méditation, à la bonne heure, dit-on quelquefois; mais, quand on est obligé de vivre dans un cercle continuel d'occupations pénibles, de gouverner une nombreuse famille, de soigner un ménage, de faire aller un commerce , de s'acquitter d'une charge , de remplir mille devoirs indispensables de civilité ou de nécessité, alors même qu'on aurait le goût de la Méditation, en a-t-on le loisir, et n'est-on pas obligé d'y renoncer ?
Pour comprendre la faiblesse de ce raisonnement, revenons-en toujours au grand principe : quelle est l'affaire la plus importante ? N'est-ce pas le salut ? Toutes les autres donc doivent être subordonnées à celle-ci; et, si la Méditation est un excellent moyen, un moyen nécessaire pour travailler à sa sanctification et s'acquitter de ses obligations envers Dieu, n'est-on pas inexcusable de la négliger, quelque occupé qu'on soit d'ailleurs? Quand il s'agit d'une éternité, on ne saurait prendre trop de précautions (1). C'est un axiome de morale chrétienne, encore plus clair que ceux de géométrie. Ah ! si l'on était bien économe de son temps, si on ne le dépensait pas follement en conversations oiseuses, en parties de plaisir, en visites inutiles, on en aurait de reste pour les exercices de piété. Certes, vous n'êtes pas plus occupés que tant d'évèques illustres qui gouvernaient de vastes églises, que tant de rois eux-mêmes chargés de l'administration de puissants royaumes, et qui, cependant, trouvaient assez de temps pour méditer. Au surplus, pourquoi le temps vous est-il dorme? Est-ce pour bâtir ici-bas une demeure permanente? Est ce pour y faire fortune ? N'est-ce pas, au contraire, pour chercher les tré-
(1) Nalia salis magna securitas ubi periclitatur œternitas, D Bem,
sors célestes et vous rendre dignes du ciel ? Tout ce qui n'aboutit pas à cette fin surnaturelle, pour laquelle vous êtes ^réés, n'est que vanité. Mais ce qui coupe court à toutes vos raisons, c'est que, si vous ne pouvez méditer dans le silence du repos, rien ne vous empêche de méditer au milieu de vos occupations domestiques ou de vos travaux champêtres. Tandis que vous emploierez votre corps à des choses matérielles, votre esprit et votre cœur peuvent très-bien s'appliquer à Dieu, bénir sa bouté, louer sa magnificence, implorer sa miséricorde. Tous les objets extérieurs qui se présentent à nos yeux, une plante, une fleur, la moindre créature, si nous nous recueillons un instant pour y faire attention, nous parlent de Dieu et nous invitent à l'aimer.
3e Prétexte. Les aridités et les distractions. Si je ne fais pas oraison, c'est qu'il m'est impossible de captiver mon esprit. J'ai une imagination si vive que, du moment où je voudrais la fixer à quelque objet, elle s'égare en mille pensées vaines, frivoles et même extravagantes. J'abandonne donc la Méditation, parce que je vois que j'y perds mon temps.
Pour réfuter ce prétexte, laissons parler saint François de Sales. Il vous dit que : a lors même qu'on ne s'occupeo rait pendant l'oraison qu'à chasser ou à repousser con- « tinuellement les distractions et les tentations, l'oraison a n'en serait pas moins bien faite, pourvu que les distraco lions ne fussent pas volontaires. Le Seigneur se conteno tera de vos bonnes intentions. Une once d'oraison, faite a au milieu des distractions et des dégoûts, vaut mieux o que cent livres au milieu des consolations. Combien de a courtisans vont cent fois l'annéeen la chambre duprince, o sans espérance de lui parler, mais seulement pour être a vus de lui et lui rendre leurs devoirs! Si Dieu ne juge « pas à propos de nous introduire à ses entretiens, deo meurons dans l'antichambre et faisons-lui nos révéren- « ces. D'immobiles statues, placées dans les galeries des
a princes, ne laissent pas que de leur faire honneur. Si a donc le Seigneur veut que nous soyons comme des sta- <r tues en sa présence, contentons-nous de l'honorer a comme des statues (1). »
A ces paroles si douces et cî pieuses de saint François de Sales, je n'ajoute qu'une réflexion. Ou les distractions viennent d'une trop grande vivacité d'esprit, ou de quelque attache déréglée. Dans le premier cas, il faut se contenir, autant que l'on peut, et compter sur la miséricorde de Dieu, qui voudra bien avoir égard à notre faiblesse et nous tenir compte de notre bonne volonté. Dans le second cas, nous devons, avant tout, rompre ces affections désordonnées, qui sont le sujet de notre dissipation ; car le goût du monde, de ses biens passagers et de ses plaisirs, peut-il se concilier avec le goût des choses de Dieu ? En quelque état que nous soyons, nous pouvons toujours être convaincus que nous ne perdrons jamais notre temps, en nous tenant humblement en la présence de Dieu, pour repasser ses bienfaits, lui payer le juste tribut de nos hommages et détester nos infidélités. Ne ferions-nous que dire, comme le saint roi David : « Seigneur, je ne suis devant vous qu'une bête de somme (2) ; » ou bien encore : « Mon âme est en votre présence comme une terre entièrement desséchée (3), d il aura égard à nos faibles efforts. Du reste, quelque ennui que nous éprouvions dans ce saint exercice, nous devons nous en consoler, en pensant qu'on fait oraison, non pour y goûter les douceurs de l'amour divin, mais pour plaire à Dieu, c'est-à-dire pour connaître sa sainte volonté et iui demander la grâce de l'accomplir 3.
Méthode on pratique de l'Oraison.
En voici une, également solide et aisée, tracée par saint François de Sales.
(1) Imrod. à la vie dévote.
(2) Ul jumentum factus sum ad te. Psal. lxxii, 23.
(3) Anima mea sicut terra sine aquâ tibi. Psal. cxlii. fi.
On divise l'oraison en trois parties : la Préparation, la Méditation proprement dite et la Conclusion.
Préparation. Il y a trois actes à faire : 1° Se mettre en la présence de Dieu et adorer cette souveraine Majesté. 2° Se reconnaître indigne de paraître en sa présence, en disant comme Abraham : « Comment ossrai-je parler à mon Seigneur, moi qui ne suis que cendre et poussière ? » et faire, en conséquence, un acte de contrition pour se purifier de plus en plus de ses péchés, qui sont un obstacle aux communications de Dieu. 3° Implorer les lumières de l'Esprit-Saint. Ces divers actes ne demandent que très-peu de temps.
Méditation proprement dite. 1° On considère une vérité du salut, ou un mystère de la religion, réfléchissant attentivement sur ce que Notre-Seigneur ou les Saints nous ont enseigné à ce sujet, ou les exemples qu'ils nous ont donnés. Il faut que ces vérités nous pénètrent bien, comme la teinture s'imbibe peu à peu dans la laine qu'on veut teindre. Quand, à force de les voir de près, elles nous sont devenues familières et qu'on se les est, pour ainsi dire, incorporées, on laisse aller son esprit aux diverses considérations que la grâce inspire, imitant en cela les abeilles, qui s'arrêtent sur une fleur tant qu'elles y trouvent du miel, et qui passent ensuite à une autre. On peut s'aider utilement de quelques livres; et ceux qui ne savent pas lire, doivent méditer sur les fins de l'homme, la mort, le jugement, l'enfer et le paradis, et. spécialement sur la mort, se figurant être à leur heure dernière, près d'entrer dans l'éternité. La vie et la passion de notre divin Sauveur sont aussi des sujets de méditation bien efficaces, pour nous faire avancer dans les voies de la sainteté. 2° On fait un retour sur soi-même, pour s'appliquer la vérité sur laquelle on médite. On compare sa conduite avec ses obligations, faisant une sérieuse réflexion sur son intérieur, pour voir si on a été fidèle à ses devoirs: on s'humilie à la vue de ses
DE L'ORAISON MENTALE. 3i»
fautes, et on produit des affections conformes aux considérations qu'on a faites. 3° Il faut tirer du sujet qu'on a médité quelques conclusions pratiques pour laréformation de ses mœurs et le règlement de sa vie. On se dit, par exemple, à soi-même : Pour fruit de ma Méditation, je pratiquerai aujourd'hui tel acte de vertu, j'éviterai tel défaut On doit avoir soin de se rappeler cette résolution dans le cours de la journée *.
Conclusion. Elle se compose de trois actes. 1° On remercie Dieu des grâces et des lumières qu'il nous a données durant l'oraison; 2<> on promet d'observer fidèlement la résolution qu'on a prise; 3a on se met sous la protection de Dieu et de la sainte Vierge.
Tel est le précis de la méthode de saint François de Sales, approuvée par plusieurs souverains pontifes, que tant de saints ont mise en pratique, et dont les âmes pieuses ont tiré et tirent tous les jours un si grand profit.
0 mon Dieu, inspirez-nous le désir et le goùtdes vérités éternelles : c'est dans la méditation de votre loi sainte que s'enflamme le feu de la charité (1).
TRAITS HISTORIQUES
J. On à vu les plus grands personnages se montrer fidèles an saint exercice de la Méditation, et y puiser les forces et les lumières n&eessaires pour s'acquitter dignement de leurs devoirs.
En établissant Josué successeur de Moise pour la conduite de son peuple, le Seigneur lui dit : « Que le livre de la loi soit touioars de* vant tes yeux; tu le méditeras jour et nuit, afin que lu gardes et qui; lu accomplisses tout ce qui est écrit : alors lu rendras la voie droite
(1) In meditatione meâ exardescet 'Çflis. Psal., xxxvm. 4.
«t tu la comprendras (1). » On s'étonnera peul-être qu'un généra! d'armée, comme Josué, chargé de toute la conduite d'un grand peuple et destiné à la conquête d'un pays rempli d'ennemis puissants, reçoive l'ordre de s'appliquer jour et nuit à la méditation de la loi de Dieu. Mais, si l'on veut bien se souvenir de tout ce qu'a fait Moïse, l'on reconnaîtra facilement que jamais prince n'accomplit de plus grandes choses que lui, et que jamais homme ne fut en même temps plus uni à Dieu et plus attaché à la Méditation de sa loi. Si l'on jette aussi les yeux sur Josué, on ne peut douter qu'il n'ait pratiqué très-fidèlement ce précepte d'avoir toujours dans la bouche et dans le cœur la loi divine, comme on le lui ordonnait ; ell'onsera convaincu aussi que ses victoires et ses conquêtes ont eu quelque chose déplus éclatant que toutes celles de ces fameux conquérants si vantés dans les histoires profanes. C'est donc une erreur et un désordre de la raison corrompue de s'imaginer que cette Méditation de la loi de Dieu est incompatible avec les occupations des princes et des chefs des peuples, puisqu'on vit alors ces premiers chefs d'Israël, et plus tard le plus grand des rois, David, mettre leur gloire à faire de cette loi sainte leur continuelle élude, et que c'était même dans elle qu'ils découvraient toutes les règles de leur conduite et l'assurance de leur bonheur. De Sacy.
Le prince Eugène de Savoie, qui a immortalisé son nom par ses victoires contre les Turcs et ses batailles dans la longue guerre pour la succession d'Espagne, et que l'Autriche compte avec orgueil au nombre de ses généraux les plus heureux et de ses plus habiles mi- Bistres, a toujours montré pour la religion l'attachement le plus solide et le plus sincère. Il portait avec lui, au milieu de ses opérations militaires, le petit mais inestimable livre de l'Imitation de Jésus-Christ, et le méditait dans les moments de calme et de réflexion.
Saint François de Borgia était véritablement un homme d'oraison. Après des heures entières de prière, il lui semblait ne s'être entretenu avec son Dieu que quelques instants. — Saint Thomas et saint Bonavenlure reconnaissaient que c'était plus dans l'exercice de l'oraison que dans la lecture des livres, qu'ils avaient puisé les sublimes connaissances pour lesquelles ils ont mérité, l'un le surnom de Docteur angélique, et l'autre celui de Docteur sérr.phique. Dès que saint Thomas voulait découvrir le sens d'un texte difficile qu'il n'entendait pas, il se mettait en oraison, et il était bientôt éclairé sur ce qu'il désirait. — Le vénérable Jean Berkmans avait un goût tout particulier pour l'étude ; mais il ne permit jamais que l'étude empêchât son avancement spirituel. Abandonner l'oraison pour vaquer à
(1) Non recédât voiumen reçis hujus ab ore.tuo, sed me taberù in ce diebus ac noctibus. Jos., i, 8-
l'étude, c'est montrer que dans l'étude on ne cherche pas Dieu, mais soi-même.
Une religieuse, étant en oraison, entendit un démon qui se vantait d'avoir fait omettre la Méditation commune à une autre religieuse, et vit en esprit que le démon, encouragé par ce premier succès, la tentait encore de consentir à une faute grave. Elle était sur le point d'y tomber, si l'autre ne l'eût avertie à l'instant et préservée de la chute.
Pratique de saint Liguori.
2. Le chrétien le moins instruit, s'il a l'amour de Dieu, peut prier et faire oraison aussi bien que les plus grands savants eux-mêmes. Une femme vraiment pieuse, mais de la classe des esprits les plus simples, demeurait dans une communauté de religieuses, et elle avait souhaité d'être logée dans une espèce de grenier très-étroit, par cette seule raison qu'il avaitunetribunequidonnaitsurlechœur. Ellepassait la journée à travailler; mais, à l'exemple des anciens solitaires, en travaillant de ses mains, elle se rappelait avec attendrissement toutes les grâces dont Dieu l'avait comblée, depuis qu'elle était au monde, c Je les compte l'une après l'autre, dit-elle avec simplicité; je trouve dans ces réflexions un charme inexprimable ; ces pensées m'occupent sans cesse. Du reste, ajouta-t-elle avec humilité, je ne sais pas méditer comme les religieuses ; je les vois dans leur chœur faire oraison; pour moi, je n'en sais point faire; je ne sais que repasser dans ma mémoire les bienfaits de Dieu.» Et, lorsque cette belle âme avouait avec naïveté sa prétendue incapacité de faire oraison et qu'elle donnait tant de louanges à celle des religieuses, on voit que l'Esprit de Dieu avait appris à cette humble chrétienne une manière de prier, qui la rendait infiniment agréable à ses yeux.
Enseignement de la Religion.
Saint Ignace voyageait avec plusieurs de ses compagnons, chacun d'eux portait sur ses épaules un petit sac renfermant ce qui lui était le plus nécessaire ; un bon chrétien s'aperçut qu'ils étaient fatigués, et fut excité intérieurement à les soulager en se chargeant de leur fardeau. Il leur offrit ses services, et les conjura d'accepter l'offre qu'il leur faisait, comme s'il leur eût demandé une grande grâce; ils se rendirent à ses instances. Quand ils furent arrivés dans l'hAtellerie où ils devaient se reposer, cet homme qui les avait suivis, voyant que ces bons pères se mettaient à quelque distance les uns des autres pour prier, se mit à genoux à leur exemple et il demeura en cet état, tant que les pères prièrent. L'espace de temps qu'on avait fixé de donner à l'exercice de l'oraison s'étant écoulé, ils sp levèrent, et quelle ne fut pas leur surprise de voir que cet homme, sans lettres et peu instruit, avait prié comme eux pendant un temps considérable ! Ils la lui témoignèrent. « Qu'avez-vous fait durant tout ca
temps-la ?» lui demandèrent-ils. Sa réponse les édifia beaucoup; il leur répondit : « Je n'ai fait autre chose que de dire : « Ceux qui < prient si dévotement sont des saints, et je suis leur bête de charge; « Seigneur, j'ai intention de faire ce qu'ils font ; je vous dis tout ce c qu'ils vous disent. » Ce fut, dans la suite du voyage, sa prière ordinaire, et il parvint, par cette voie, à un sublime degré d'oraison.
L'Heureuse Année.
Celui, dis sainte Thérèse, qui commence le saint exercice de l'oraison, doit s'imaginer qu'il entreprend de faire dans une terre stérile et pleine de ronces et d'épines, un jardin qui soit agréable à Dieu, qui seul peut arracher les mauvaises plantes, pour y en substituer de bonnes. Or, on doit croire que cela est fait, quand, après avoir bien résolu de pratiquer l'oraison, on s'y exerce et qu'à l'exemple des bons jardiniers, on arrose ces nouvelles plantes, pour les empêcher de mourir et pour leur faire produire des fleurs, dont le parfum invite notre divin Maître à venir souvent se promener dans ce jardin, de manière qu'il prenne plaisir à considérer ces fleurs, qui ne sont autre chose que les vertus dont nos âmes sont parées. Mais, pour arroser ces fleurs spirituelles, il faut d'abord tirer de l'eau d'un puits; ce qui demande beaucoup de travail de notre part. C'est là l'image de ceux qui commencenl à faire oraison ; ils éprouvent beaucoup de peine à recueillir leurs pensées, qui courent habituellement d'objet en objet, comme leurs sens. Mais peu à peu Dieu fait tomber sur eux la pluie de ses grâces. Et alors c'est le maître même qui arrose, sans aucun travail de leur part, et qui nourrit les fleurs de leur âme, c'est-à-dire qui fait croître leurs vertus.
3. Un grand serviteur de Dieu disait qu'il avait été fidèle pendant quarante ans à faire oraison, sans y avoir jamais éprouvé aucune consolation intérieure, et que cet exercice lui avait été néanmoins très-utile. Je me réjouis et je bénis Dieu, ajoutait-il, de l'avoir servi, en quelque sorte, à mes propres dépens.
Saint François de Sales ne s'affligeait point des désolations, des aridités et des délaissements intérieurs, quand il en éprouvait. Il disait un jour à sa chère fille en Notre-Seigneur, sainte Jeanne-Françoise : « Je n'ai pas coutume de réfléchir si j'ai des consolations ou « des désolations. Quand le Seigneur me donne de bons sentiments, « je les reçois avec un profond respect et avec simplicité ; et, s'il ne c m'en donne pas, je ne m'en occupe point, et je me tiens toujours « devant Dieu, avec une grande confiance, comme un petit enfant « d'amour. »
Sainte Thérèse raconte, avec cette candeur qui régne dans toute l'histoire de sa vie, le dégoût et l'ennui qu'elle eut plus d'une fois à surmonter dans ses méditations. « Il m'est, dit-elle, arrivé quelquefois, durant plusieurs années où je consacrais une heure à l'oraison de souhaiter avec tant d'ardeur d'en voir arriver la fin, que j'étais
pius attentive à écouter quand l'horloge sonnerait, qu'à poursuivre le sujet de ma Méditation ; et il n'y a point de pénitence, quelque rigoureuse qu'elle fût, que je n'eusse souvent préférée à la peine que je ressentais, lorsqu'il fallait me retirer pour prier. La tristesse que j'éprouvais alors en entrant dans l'oratoire, était si grande, que j'avais besoin, pour m'y résoudre, de tout le courage que Dieu m'a donné, et que l'on dit aller beaucoup au delà de mon sexe, quoique j'en aie fait un si mauvais usage. Mais enfin Notre-Seigneur m'assistait; car, après m'être fait cette violence, je me trouvais dans un plus grand calme, et dans une jouissance plus douce et plus paisible que bien des fois où j'avais senti de l'attrait pour la prière. »
Si lessaint3ont été éprouvés par de cruelles et désolantes aridités, d'autres fois aussi, ils ont trouvé dans l'exercice de la Méditation des douceurs inexprimables. Celles qu'y goûtait saint Philippe de Néri étaient si grandes que, ne pouvant se soutenir, il se couchait par terre et s'écriait : « C'en est assez, Seigneur, c'en est assez; je « vous prie de suspendre un peu le torrent de vos consolations. « Eloignez-vous de moi, Seigneur, éloignez-vous de moi; je suis un < homme mortel, et par conséquent incapable de supporter une telle « abondance de célestes délices. Je me meurs, mon Dieu, si vous ne « me secourez. > On l'entendait aussi dire souvent : « 0 mon Dieu, « puisque vous êtes si aimable, pourquoi ne m'avez-vous donné « qu'un cœur pour vous aimer? Pourquoi, du moins, ce cœur est-il « si petit et si étroit? » On croit, et le saint lui-même en était persuadé, qu'il serait mort d'un excès de joie, si, dans ces circonstances, Dieu n'eût modéré ou retiré ses consolations. Godescard.
4. Une seule Méditation sur la passion de Jésus-Christ, quand elle est bien faite, vaut plus que si l'on faisait, pendant une année entière, de rudes pénitences, on que si l'on récitait chaque jour tout le psautier. Albert le Grand.
Saint Philippe de Néri, n'étant encore que simple étudiant en philosophie, se fit un? ioi de penser souvent aux souffrances de Jésus-Christ, et de méditer sur les péchés et l'ingratitude des hommes; aussi ne jetait-il jamais les yeux sur un crucifix, sans verser un torrent de larmes.
C'est par la Méditation continuelle des souffrances du Sauveur que saint François d'Assise, saint François-Xttrier, sainte Brigitte sont parvenus à une sainteté si éminente.
Le grand serviteur de Dieu, Benoît-Joseph Labre, ne perdait pas de vue Jésus crucifié. Lorsqu'il voyait un crucifix, il disait à Jésus- Cbrist : « Ce n'est pas vous qui avez mérité d'être crucifié, c'est moi. « Cette croix ne devait pas être faite pour vous ; c'est moi qui dois la « porter, qui dois y être attaché. >
Le vénérable Palafox allait, Dar la pensée, se reposer successive-
ment sur les différents clous qui attachaient Jésus -Christ à la croix, à peu près comme un oiseau va se reposer sur les branches d'un arbre. Là, il considérait, avec des sentiments d'étonnement et d'amour, l'affreux état où les péchés des hommes avaient mis son divin Maître, et il suçait avec dévotion le sang précieux qui était sur ses adorables plaies.
Un prêtre, à qui on avait dit qu'un jeune homme de la plus haute piété avait le don d'oraison dans un degré éminent, l'interrogea sur la manière dont il méditait. Il lui répondit : « C'est sur la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ que je fais presque toujours ma Méditation, et c'est dans mon cœur que je la fais. Je m'imagine toujours, avant de commencer, que j'ai au dedans de moi Jésus-Christ et la sainte Vierge. Je m'adresse à Marie, à qui je donne habituellement le nom de ma bonne mère, et lui fais différentes questions auxquelles il me semble entendre qu'elle répond ; ce qui excite monamourpour son divin Fils, à qui je parle le plus respectueusement et le plus amoureusement que je le puis. Le temps que j'ai destiné pour méditer, s'écoule sans que je m'en aperçoive; et il arrive souvent que je ne puis perdre de vue, pendant la journée, l'état où j'ai considéré le matin mon aimable Sauveur. » Le prêtre, ravi de ce que lui disait ce jeune homme, lui demanda quelles étaient les questions qu'il faisait à la sainte Vierge. Il le satisfit, en ajoutant : «Quand j'ai salué la sainte Vierge, je lui dis : Ma bonne mère, quel est celui que je vois proche de vous, tout couvert d'horribles plaies et tout en sang? Quand ce serait le plus scélérat des hommes, pourrait-on n'être pas touché de compassion ! » — «C'est Jésus-Christ monFils,» me répond-elle. — « Quoi ! c'est votre Fils, le Fils unique de Dieu, fait homme en vous. Qui est-ce qui l'a mis en cet affreux état ?» — Elle me répond : « Ce sont les hommes, c'est vous, ce sont vos péchés. » — « Quoi ! c'est moi qui ai traité ainsi le Fils de Dieu I Voilà ce que j'ai fait en péchant, oUqueje suis coupable! Mais qu'est-ce qui a porté Jésus-Christ à souffrir ainsi? Ne pouvait-il pas me punir et ne pas souffrir?» — Elle me répond : « Il a souffert très-volontairement : c'est pour vous empêcher d'être précipité dans l'enfer qu'il a voulu souffrir jusqu'à cet excès; ce <rui l'a déterminé à souffrir pour vous et à votre place, c'est l'amour et uniquement l'amour ; il vous a aimé, et il s'est livré pour vous, afin de vous délivrer de l'esclavage du péché et de l'enfer, et de vous obtenir une place dans le ciel ; il vous a mérité, par ses souffrances, les grâces dont vous avez besoin pour y arriver. » — « 0 ma très-bonne mère ! dites-moi ce que je dois faire, je suis prêt à tout. » — Elle me répond : « Allez demander pardon à mon Fils, votre Sauveur, des péchés que vous avez commis ; témoignez-lui votre reconnaissance de ce qu'il a fait pour vous de si grandes choses; offres^ vous entièrement à lui par amour ; promettez-lui de lui obéir et de l'imiter ; suppliez-le de venir sans cesse à votre secours. » — « Je vaii
alors à Jésus-Christ, et je fais tout ce que la sainte Vierge m'a conseillé. » L'Heureuse Année.
CINQUIÈME INSTRUCTION
Défaits qui empêchent l'efficacité de la Prière. — Conditions pour qu'elle soit agréahle à Dieu.
D'où vient que rien n'étant plus solidement établi par les principes de notre foi que l'infaillibilité delà Prière, elle produit néanmoins ordinairement si peu d'effets? Tous les jours, nous entendons des chrétiens se plaindre de l'inutilité de leurs Prières. Ils font, disent-ils, monter vers le Ciel les vœux les plus ardents ; ils invoquent Dieu du fond de leur cœur ; et Dieu semble n'avoir aucun égard à leurs supplications. Mais, leur répond saint Jacques, vous demandez et vous n'obtenez pas, parce que vous demande» mal (1). C'est à nous, et à nous seuls, qu'il faut nous en prendre si nos prières n'obtiennent pas leur effet. Dieu est toujours un père plein de bonté, riche en miséricordes, et qui, s'étant engagé formellement à accéder à nos justes demandes, prend encore plus déplaisir adonner que nous à recevoir. Le peu de succès de nos Prières vient donc de œ qu'elles ne sont pas accompagnées des conditions qui peuvent les rendre agréables au Seigneur. Dieu ne les exauce pas, ou à cause du mauvais état de celui qui prie, ou parce qu'elles sont vicieuses soit dans leur objet, lorsqu'on ne demande pas ce qui convient, soit en elles-mêmes, lorsqu'on ne prie pas delà manière que Dieu veut être pri4* Voilà les trois défauts les plus ordinaires de nos Prières. Saint Augustin les a exprimés dans ces mots : « Ou vous
(1) Petitis et non accipitis eô quôd malè petalis. Jac, iv, 3.
demandez étant dans l'habitude du péché, ou vous demandez de mauvaises choses, ou vous demandez mal. » Aut malî petitis, aut mala petitis, aut malè petitis.
Mali petitis. Quand on est dans le péché et qu'on s'obstine dans l'impénitence, que peut-on attendre du Seigneur? Croyez-vous qu'un prince fût bien disposé à verser ses faveurs sur des hommes qui mépriseraient sa souveraineté, qui seraient en état de rébellion contre lui? Et les pécheurs qui outragent et blasphèment la bonté divine, quel droit ont-ils aux dons célestes? Ainsi, une des premières conditions et des plus indispensables pour rendre la Prière efficace, c'est l'état de grâce, c'est la pureté du cœur, ou le désir d'une prompte conversion. Dieu n'est certes pas obligé d'accorder ses dons à ceux qui sont ses ennemis, et qui veulent continuer de l'être. C'est ce qui perdit le ro Antiochus : il priait, nous dit la sainte Écriture, et l'on ne peut douter qu'il ne priât avec toute l'ardeur possible; mais il priait sans aucun regret de ses crimes (1). Au contraire, le prophète royal s'adressait au Seigneur avec confiance; et la principale raison qu'il faisait valoir pour se le rendre propice, c'était la justice de sa cause, la simplicité et la droiture de son cœur (2). Et c'est pour cela qu'il crie vers le Seigneur, assuré qu'il sera attentif à son humble supplication. Voulez-vous donc avoir part aux grâces d'en haut, commencez par vous purifier de vos souillures. Dieu n'écoute que la Prière de l'innocence ou du repentir; toute autre est indigne de lui ; elle est môme abominable à ses yeux, comme nous l'assure le Saint-Esprit (3). «La pureté du cœur, dit saint Jacques de Nisibe, est une Prière incomparablement plue excellente que toutes celles que nos
(1) Orabal scelestus Deum à quo non esset misericordiam conse» cuturus, II. Mach., ix, 13.
(2) Exaudi, Domine, juititiam meam. Psal. xvi, 1. — Oculi tui videant aequitates. Psal. xvi, 2. — Igné me examinasti et non est inventa in me iniquitas. Psal. xvi, 3.
(3) Qui déclinât aures suas à me, ne audiat legea, oratio ejus eiit exsecrabilis. Prov., xxviu, 9.
lèvres peuvent prononcer, et le silence d'une âme pieuse en présence de la divine Majesté est mieux entendu de Dieu que les cris les plus perçants que nous puissions pousser vers lui. » Vainement donc on importune le Ciel de ses demandes, si on ne songe d'abord à mettre ordre à sa conscience ; et souvent, hélas ! c'est ce dont on se préoccupe le moins ; faut-il donc s'étonner qu'il y ait tant de prières sans effet '?
Mala petitis. Imprudents que nous sommes, nous adressons au Seigneur mille vœux indiscrets, peut-être même criminels. Celui-ci demande à Dieu le gain d'un procès injuste, celui-là l'occasion de supplanter un rival, un autre la santé ou des richesses que Dieu prévoit devoir être des obstacles à son salut, par l'abus qu'il en ferait. Mais ces prétendus biens qu'ils convoitent, seraient pour eux de véritables maux. Il leur est plus avantageux de n'être pas exaucés; et, loin de s'en plaindre, ils doivent s'en féliciter avec saint Augustin, qui disait: « Je me réjouis, ô mon Dieu, de ce que vous m'écoutez dans l'ordre de mon salut, plutôt que de vous accommoder à mes désirs si faciles à s'égarer (1). »
Mole petitis. Il arrive bien souvent qu'on prie le Seigneur par routine, sans attention, sans respect, sans aucun désir d'être exaucé. Comment voulez-vous que Dieu nous entende, lorsque nous ne nous entendons pas nousmêmes? De telles Prières ne sont pas un acte de religion, mais un véritable péché (2). Elles offensent Dieu, bien loin de l'apaiser ; et l'on sort plus coupable d'un exercice qui aurait dû servir à l'expiation de nos crimes. Si nous voulons obtenir infailliblement ce que nous désirons, n'omettons aucune des conditions nécessaires pour assurer le succès de notre Prière. Nous les réduisons à six, que nous allons développer.
1° Une préparation convenable. C'est le Saint Esprit lui-
(1) Gaudeo quôd non audieris ad volunlatem, sed ad salulem. D. Aug.
(2) (iratio ejus fiât in peccatum. Psal. cvin, 7.
même qui nous la recommande (1) . En effet, pour peu qu'on réfléchisse qu'on va paraître devant le Dieu de toute majesté, on sentira îa nécessité de se recueillir un instant pour bannir les pensées profanes, qui pourraient troubler notre imagination pendant ce saint exercice. On doit aussi implorer les lumières de l'Esprit-Saint, à qui seul il appartient de nous inspirer ce que nous devons demander, et la manière dont nous devons présenter à Dieu nos demandes. Que si on se met en Prière, tout en ayant l'imagination pleine d'objets terrestres, et agitée par le souvenir d'amusements frivoles ou d'intérêts matériels, sera-t-on en état de s'occuper de Dieu dans le temps destiné à la Prière ? Est-il dans la nature de l'homme de passer ainsi subitement de la terre au ciel, du tumulte du monde au calme de l'oraison? Il est donc évident qu'on doit rentrer en soi-même, et régler son cœur et tous ses sens, avant de commencer la Prière2.
2° Une humilité profonde. Toutes les vertus nous élèvent vers le ciel, et frappent à la porte de la grâce; mais c'est l'humilité seule qui nous l'ouvre et nous mène au trône de celui qui n'a été élevé si haut dans la gloire, que parce qu'il s'est anéanti lui-même. Cette humilité n'est autre chose qu'un abaissement intérieur, un aveu sincère de notre faiblesse et de notre misère, à la vue des grandeurs de Dieu. Que sommes-nous, lorsque nous paraissons devant le Seigneur pour le prier, si ce n'est de malheureux criminels qui ne méritent point de grâce, des Lazares tout couverts de plaies, de pauvres mendiants qui demandent quelque petite aumône? Or, Dieu ne hait rien tant qu'un pauvre superbe (2), tandis que, au contraire, il donne sa grâce aux humbles. Leur Prière, dit le Saint-Esprit, perce les nues et attire les regards du Très-Haut (3).
(t) Anle orationem praepara animam tuam. EcclL, xvm, 23.
(2) Très species odivit anima mea... pauperem superbum. Eccli., xxv, 3, 4.
(3) Oratio humiiianlis se nubes penelrabit,... et non discedet donec Altissimus aspicial. Eccli., xxxv, 21.
DIS LA PRIÈR3. 329
Que ne fait-on pas. quand on veut obtenir quelque faveur d'un prince ou d'un puissant personnage? On n'a garde d'affecter en sa présence des airs de hauteur, et on ne croit pas acheter trop cher ses bonnes grâces, en lui rendant toutes sortes d'hommages et de respects. A combien plus forte raison devons-nous nous humilier aux pieds du Très-Haut, devant qui nous ne sommes que cendre et poussière! C'est dans un esprit d'anéantissement profond, et tout pénétrés d'une religieuse frayeur, que nous devons parler à la souveraine Majesté, comme si nous étions au milieu de la cour céleste, devant le trône même de Dieu 3.
Cette humilité intérieure doit se manifester au dehors, en faisant prendre à notre corps l'attitude la plus respectueuse. Ainsi nous devons prier :
A genoux, car étant aux yeux du Seigneur moins qu'un insecte, moins qu'un atome, si petits que nous nous fassions devant lui, nous ne nous mettrons jamais au niveau de notre bassesse et de notre néant. Aussi voyons-nous que tous les saints, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, ont pris cette posture pour attirer les miséricordes célestes. Daniel priait le visage collé sur la poussière (1); David nousengage à nous prosterner comme lui devant le Seigneur, et à faire éclater nos gémissements en face du Dieu qui nous a créés (2). Saint Paul nous dit qu'il fléchit le genou devant le Seigneur Dieu, Père de notre Sauveur Jésus-Christ (3). Et enfin, le grand modèle des chrétiens, Jésus-Christ, au jardin des Oliviers, se prosterna la face contre terre (4). Aussi l'usage universel de l'Église a été, en tout temps, de prier à genoux.
Les mains jointes. C'est la nature elle-même qui nous
(1) Quùmque adhùc loquerer et orarem,... et prosternerem preces meas in con3pectu Dei mei. Dan., ix, 20.
(2) Venite, procidamus ante Deum. P&al. xciv, 6.
(3) Flecto geuua mea ad Patrem Domini nostri Jesn Cbristi. Ephes.,m 14.
(4) JProcidit in faciem suam. Math., xxvi, 39.
inspire ce geste, lorsque nous désirons vivement une chose. Cette attitude est d'ailleurs la plus favorable au recueillement.
Les yeux baissés, comme des enfants ingrats et rebelles qui ne peuvent soutenir les regards d'un père justement irrité, ou comme des criminels qui n'osent paraître devant leur juge. Ce n'est pas que nous ne puissions quelquefois élever nos yeux vers notre Père céleste; mais alors que ce soit toujours avec l'expression du repentir, de la confiance et de l'amour.
Telle est la posture que nous devons tenir habituellement dans nos Prières. Ne serait-il pas, en effet, de la plus haute inconvenance de parler à Dieu comme à un simple particulier, en se tenant assis, ou couché, ou nonchalamment appuyé, en promenant ses yeux de côté et d'autre, en allant et venant? Oserait-on agir de la sorte à l'égard d'un roi de la terre? Et on se croirait affranchi de toute gêne à l'égard de celui à qui nous devons un respect sans bornes !
Ce que nous venons de dire par rapport au maintien, ne s'applique qu'aux Prières d'obligation ; car une fois que nous avons payé à Dieu, par une attitude modeste et respectueuse, le juste tribut de louanges que nous lui devons, rien n'empêche que nous n'élevions de temps en temps notre esprit et notre cœur vers lui, et que nous ne lui adressions nos très-humbles Prières, debout ou assis, en travaillant, en voyageant, en nous levant, en nous couchant. Ainsi le saint roi David arrosait de ses larmes son lit, et s'y excitait aux plus vifs sentiments de componction (1). Une âme qui aime bien son Dieu, se plaît à s'entretenir avec lui dans une douce familiarité, à épancher son cœur dans le sien, et trouve à tout moment l'occasion de lui témoigner son amour. Et même, pour les Prières d'o-
(1) Lacrymis meis stratum meum rigabo... In cubilibus vestris corapungiraini. Psal- vi, 7. — Psal. iv, 5.
bligation, si on ne peut les faire à genoux, pour cause de maladie et d'infirmité, Dieu, qui a plutôt égard aux sentiments de l'âme qu'aux manifestations extérieures, se contentera de la bonne volonté, et daignera toujours prêter l'oreille à nos supplications, pourvu qu'elles partent d'un cœur humble et soumis *.
3° L'attention de l'esprit. Elle est comme l'âme de la Prière, si bien que, sans cette attention, la Prière est de nul effet, de même qu'un corps ne peut subsister sans l'esprit qui le vivifie. Et à qui devons-nous parler avec attention, si ce n'est à Dieu ? Quoi ! vous voulez que Dieu vous écoute, et vous ne vous écoutez pas vous-mêmes ! Vous voulez que Dieu vous exauce, et vous savez à peine ce que vous lui demandez ! C'est la voix de notre cœur qui monte vers le trône de Dieu, et non pas le vain son qui s'échappe de nos lèvres. Hélas ! que de gens n'apportent au saint exercice de la Prière qu'un esprit dissipé, plein de pensées mondaines, et offensent, par conséquent, le Seigneur, bien plus qu'ils ne l'honorent ! Car, selon la pensée de saint Césaire d'Arles (1), on adore l'objet dont on s'occupe en priant. Celui qui, durant la Prière, pense ou à un lieu d'assemblée ou à la maison qu'il fait bâtir, les adore plutôt que Dieu 5.
Ce n'est pas qu'on puisse être entièrement exempt de distractions. Notre imagination est si vive que nous ne pouvons pas la maîtriser; et souvent, lorsque nous faisons le plus d'efforts pour l'appliquer aux vérités du salut, elle se remplit, comme à notre insu, des images trompeuses du monde. Mais ces distractions, tout à fait involontaires et inévitables, ne nous enlèvent pas le mérite de nos Prières. On n'est en faute que lorsqu'on ne prend aucun soin de captiver son esprit, et qu'on le laisse errer en liberté sur toute sorte d'objets. Voulons-nous nous tenir
(1) D. Lœsar. Arel. Serm. 88, n. 4s
332 PREiMIÈRE LEÇON.
dans le recueillement et couper court, autant qu'il dépendra de nous, à ces distractions si ordinaires et pourtant si préjudiciables à la piété, entrons, d'après le conseil de Notre-Seigneur (1), dans le secret de notre cabinet, c'est-àdire dans la partie la plus intime de notre conscience, et là, après avoir fermé la porte de nos sens au bruit du monde, aux pensées terrestres, aux intérêts matériels, ne songeons plus qu'à la Majesté infiniment redoutable à qui nousparlons, et aux grâces que nous devons lui demander6. 4° La dévotion du cœur. Elle consiste à adresser nos demandes à Dieu, avec une grande ardeur et un désir véhément d'en obtenir l'effet. La Prière, comme nous l'avons déjà dit plusieurs fois, est plutôt un cri du cœur qu'un son de la langue. Or, c'est l'ardeur de l'amour, dit saint Augustin, qui est ce cri du cœur (2). Comme notre Dieu est un feu consumant, il faut, si nous voulons qu'il nous entende, lui parler un langage tout de feu. De môme que l'encens ne peut s'élever dans l'air ni exhaler aucune odeur, s'il n'est mis sur un brasier, cle même la Prière n'a pas la force de monter jusqu'au trône de la Divinité, si elle n'est animée par la ferveur. Est-ce ainsi que nous prions ? N'apportons-nous pas tout au contraire à ce saint exercice une indifférence, une froideur mortelles? Et que pouvons-nous attendre de Prières faites par coutume, avec tiédeur, peut-être même avec dégoût ? En vérité, dit saint Jean Chrysostome, quand nous prions, c'est avec tant de négligence que nous avons l'air de craindre d'obtenir ce que nous demandons; nous sommes là comme des oisifs, qui n'ont rien à demander ni à désirer (3). On a beau réciter de longues oraisons, si on n'a aucun amour pour Dieu; si on ne désire pas ce
(1) Intra in cubiculum tuum, et, clauso ostio, ora Patreai tuum. Math., vi, 6.
(2) Flagraniia charitatis clamor esi cordis. D. Âurj. in Psal. xxxvl
(3) D. Chrysost Homil. 13, in Math.
qu'on demande, ce n'est qu'un simulacre de prière T.
5° Une tendre confiance. Nous défier de nous-mêmes et nous confier en Dieu, voilà une des règles fondamentales de la morale chrétienne. Mais, par un déplorable renversement, il arrive souvent que nous comptons plus sur nousmêmes que sur Dieu, sur notre prudence que sur nos prières. Pour nous exciter à la confiance, la religion nous montre partout notre Dieu comme un père tendre et plein de miséricorde, qui a notre salut aussi à cœur que s'il en devait retirer quelque avantage. Il veut que, dans tous nos besoins, nous nous adressions à lui avec foi et sans aucune hésitation (1) ; et il s'est engagé, par le serment le plus solennel, à se rendre propice à nos vœux. Il se plaît à voir ses enfants mettre en lui tout leur trésor, et ne vouloir rien tenir que de sa bonté. Allons donc, avec confiance, nous prosterner au pied du trône delà grâce (2). Plus notre confiance sera vive, plus le succès de nos vœux est assuré8.
6° La persévérance. Dieu ne nous exauce pas toujours à la première demande que nous lui adressons ; il veut être pressé, sollicité, et, en quelque sorte, importuné. Comme une mère, pour éprouver l'amour de son enfant, se dérobe un instant à ses yeux, et puis va au-devant de lui, les bras étendus et le sein ouvert, ainsi Dieu semble d'abord fermer l'oreille à nos vœux, afin de les rendre plus ardents et de les récompenser ensuite par de plus grandes faveurs. Voilà pourquoi il nous recommande de prier toujours et de ne jamais nous lasser (3). Certes, ses grâces sont assez précieuses, pour que nous les demandions souvent et longtemps; et, comme l'a dit saint Bernard, il est indigne de cette haute Majesté de se laisser trouver, à moins qu'on ne la cherche avec assiduité et patience. Mais nous, orgueilleux que nous sommes, nous voudrions être exaucés, dès la
(1) Postu/et in fïde, nihil haesitans. Jac, i, 6.
(2) Adeamus ergô cum fiducià ad tronum gratiœ. Heb., îv, 1g.
(3) Oportel semper orare et nunquàm deficere. Luc. xvjîi, t.
première Prière que nous adressons au Seigneur, et nous nous emportons en indécents murmures, pour peu que Dieu diffère de nous accorder ce que nous désirons, et nous finissons bientôt par tout abandonner. Mais quoi ! Dieu n'est-il pas le maître de ses dons, et ne peut-il pas en disposer comme bon lui semble? Au lieu de nous plaindre, adorons ses salutaires lenteurs, et tôt ou tard il couronnera nos désirs.
Une autre raison qui nous montre la nécessité de la persévérance dans la Prière, c'est qu'ayant un besoin continuel de la grâce de Dieu, il nous faut, pour l'obtenir, une suite continuelle de Prières; si nous cessons de prier, Dieu cessera aussi de nous accorder son secours, et nous serons vaincus par les tentations 9.
Cette Prière continuelle est-elle compatible avec les diverses occupations de la vie? Voilà l'objection qui se présente naturellement. Mais remarquons bien que ce précepte de prier sans cesse, ne s'entend nullement de ces Prières expresses et vocales qu'on réciterait sans interruption. Pour prier, il n'est pas nécessaire d'articuler des mots; il y a une Prière intérieure qui consiste dans le désir de plaire à Dieu, de se conformer en tout à sa volonté, de marcher en sa sainte présence. Quand ce désir domine dans le cœur, alors on prie, quoiqu'on ne remue pas les lèvres. Ce n'est point l'acte extérieur de la Prière, mais l'habitude qui doit régner en nous. En ce sens, c'est prier que de travailler, tandis que ce serait une grossière illusion de négliger ses devoirs, sous prétexte de vaquer à la Prière. Avoir ses heures réglées pour les exercices de religion, et puis, dans le cours de ses occupations journalières, ne perdre jamais de vue le Seigneur, s'élever souvent à lui par des aspirations secrètes, et rapporter toutes ses actions à sa -ioire, c'est lui offrir un sacrifice continuel de louanges et de Prières; c'est en cela que consiste la vraie et solide dévotion.
Pour fruit de cette instruction, témoignons au Seigneur
notre vif regret pour les distractions et les irrévérences, dont nous nous sommes rendus coupables dans nos Prières passées; et conjurons ce Dieu de toute bonté de répandre et de fortifier en nous l'esprit de grâce et de Prière, afin qu'à l'avenir nous puissions nous acquitter convenablement de nos devoirs envers lui, et mériter ces secours puissants qui nous assurent le salut 10.
TRAITS HISTORIQUES
1. Quoique les païens fussent si peu instruits sur la Prière, c'était cependant leur opinion qu'on se rendait moins agréable à la Divinité par une prière arrangée avec art, que par un cœur pur et une vie innocente (1). Lorsque les prêtres étaient arrivés à l'autel et que l'enceinte du temple était remplie de monde, lorsque le célébrant avait annoncé que tous allaient prier, un des ministies subalternes, pour exiger de la part des assistants l'aveu de leurs dispositions saintes, demandait : « Qui sont ceux qui composent cette assemblée?»— « Des gens honnêtes,» répondaient-ils de concert.— « Faites donc silence, » ajoutait le ministre, et alors on récitait les prières (2). On voit que les païens se jugeaient facilement bons et vertueux, tandis que dans le christianisme nous ne croyons jamais l'être par nous-mêmes. C'est l'aveu de nos misères qui est constamment sur nos lèvres. Nous savons que Dieu reçoit les pécheurs; mais il faut qu'ils désirent cesser de l'être, et que ce soit avec sincérité qu'ils demandent à Dieu la grâce de la conversion.
Mérault, Enseign. de la Relig.
2. « Débarrassez-vous un peu de tant de soins, dit saint Augus- « lin, et prenez un peu de temps pour penser à Dieu et vous rec poser en lui. Entrez dans le cabinet de votre cœur, et chassez-en « toutes choses à la réserve de votre Créateur. * — Saint François de Sales donnait au centre de son âme le nom de sanctuaire de Dieu, parce qu'il n'y avait autre chose que son âme et Dieu : c'était le lieu de sa retraite et son séjour ordinaire. De là, sa grande pureté, son admirable simplicité, sa profonde humilité et son union continuelle avec Dieu. — Saint Bernard avait coutume, avant la Prière, de se recueillir et de s'adresser à ses pensées, en leur disant : « Pensées étrangères, éloignez-vous ; je vous rappellerai en- « suite, si c'est la volonté de Dieu; je vais prier, il faut que je sois « avec Dieu, comme s'il n'y avait dans le monde que lui et moi. » L disait ensuite : « Seigneur, je vous offre cette Prière que je vais
(1) Plin., Panég.
(2) Plato, deLeg., lib. yii.
« faire afin que vous exauciez le désir que j'ai de vous connaître et « de vous aimer. »
3. Voyez la différence que l'Évangile nous fait remarquer entre la Prière du pharisien superbe et présomptueux, et celle du publicain humble et pénitent. L'un raconte ses vertus, l'autre déplore ses faiblesses ; le premier élève effrontément les yeux et les mains au Ciel, et, content de lui-même, il s'abandonne à la plus aveugle sécurité; le second se frappe la poitrine, en confessant ses fautes les plus secrètes, et il implore le secours de la miséricorde divine ,• la justice de l'un est confondue, tandis que l'autre est justifié. Il en sera de même d'une infinité de chrétiens. Mais écoutons les propres paroles du Seigneur dans l'Évangile : « Deux hommes, dit-il, mon- « tèrent au Temple pour y prier: l'un était pharisien, l'autre était « publicain. Le pharisien, se tenant debout, priait ainsi en lui- « même : Mon Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis point « comme le reste des hommes, qui soni injustes, ravisseurs et adul- « tères, ni même comme ce publicain. Je jeûne deux fois la se- « maine, je donne la dîme de tout ce que je possède. Le publi- « cain, au contraire, se tenant au loin, n'osait lever les yeux au « ciel, et se frappait la poitrine en disant: Mon Dieu, ayez pitié de « moi, qui ne suis qu'un pécheur. En vérité, je vous le dis, celui-ci t s'en retourna chez lui justifié, et non pas l'autre ; car quiconque c s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé. >
Luc, xvin, 10.
On peut rapprocher de la Prière du pharisien celle d'un fameux mystique persan, nommé Abdalcader, que les Mahoméians révèrent comme un grand saint de leur religion, parce qu'il connaissait à fond la loi musulmane et qu'il l'observait dans toute son étendue. Voici ce qu'il disait à Dieu : « 0 Dieu tout-puissant, comme je ne t'oublie « jamais et que je te rends un culte perpétuel, de même daigne le « souvenir quelquefois de moi ! > Dict. Hist.
David en s'humiliant devant Saùl, pour se le rendre plus favorable , lui dit ces paroles : « Qui poursuivez-vous, ô roi d'Israël ? Vous poursuivez un homme qui n'est qu'un chien mort (1). > Plus tard, Dieu ayant élevéDavidsurletrônedeSiùl, lepetit-ûls de ce roi si superbe, nommé Miphiboseth, vint se prosterner devant David et lui dit: « Qui suis-je, moi, votre serviteur, pour que vous daigniez regarder un chien mort comme je suis ? » Voilà comme on s'abaisse derant les grands de la terre, pour mériter leurs bonnes grâces; et l'on serait fier à l'égard de Dieu' — Dans l'Evangile, la Cananéenne se compare aussi à une chienne, mais à une chienne vivante, qui peut encore plaire à son maître; elle se croit indigne du pain des enfants, mais elle prétend au moins aux miellés. Miphiboseth, aa
Red., xiv, 16.
contraire, se compare à un chien mort, qu'on ne regarde qu'avec horreur; et il témoigne, lorsqu'il se réduit à cet état, qu'il se croit indigne des miettes mêmes. Sacy, II. Beg., cap. ix.
4. Voici la Prière bien touchante d'Esdras, lorsque, arrivé à Jérusalem avec cettepleine autorité quelui avait donnée le roi Artaxerxè., il travaillait de tout son pouvoir à y rétablir la religion dans tou sa pureté. Ayant appris les désordres affreux auxquels s'était livre le peuple d'Israël, il déchira son manteau et sa tunique et s'arrache les cheveux et la barbe. Ce n'était point un emportement et une impatience, mais un signe d'une douleur extraordinaire, conforme aux mœurs du temps. Puis, s'étant mis à genoux et étendant ses mains vers le Seigneur, il dit : « Je suis dans la confusion, 6 mon « Dieu, et j'ai honte d'élever les yeux vers vous, parce que nos ini- « quilés se sont multipliées par-dessus notre tête, et nos péchés sont c montés jusqu'au Ciel. Et nous sommes livrés, à cause de nos ini- « quités, nous, et nos rois et nos prêtres, en la main des rois de la « terre, et au glaive et à la captivité et au pillage. Et, après tous le» c maux qui sont venus sur nous, à cause de nos œuvres détestables, « vous, Seigneur notre Dieu, vous nous avez délivrés de nos enne- < mis, et vous nous avez donné un abri en Juda et Jérusalem. « Et maintenant que dirons-nous, après tant de biens? Car nous « avons violé vos commandements. Serez-vous irrité contre nous, « jusqu'à nous perdre entièrement, sans laisser aucun reste de votre « peuple ? Vous nous voyez abattus devant vos yeux, dans la vue de € notre péché ; car, après cet excès, on n'ose se présenter devant « votre face (1). > On peut dire, d'une telle Prière, ce que saint Augustin disait autrefois à Dieu sur un semblable sujet 12) : Quelles Prières, Seigneur, exauceriez-vous, si vous n'aviez pas exaucé celle de ce prêtre prosterné dans votre temple, humilié profondément à vos yeux, et percé jusqu'au fond du cœur par le crime de ses frères, qu'il s'attribuait comme le sien propre?
Saint François de Sales se comportait, à l'extérieur et à l'intérieur, aussi dévotement, lorsqu'il priait en particulier, que lorsqu'il priait dans le saint temple en public. Étant toujours alors dans une posture très-religieuse, il avait les yeux fermés ou modestement baissés, afin d'être plus recueilli. Frappée de la sainteté et de la bonté de Dieu, son âme ne cessait de se répandre en saintes affections. On ne pouvait le voir en cet état , sans l'admirer et sans être touché de pieux sentiments. Dans le temps des sécheresses spirituelles, il se considérait devant Dieu comme une statue placée dans un appartement, parce que c'est la volonté de son maître qu'elle y soit. « 0 mon Dieu 1 disait-il, je suis ici pour vous plaire, je ne désira que cela. *
(1) Esdr., 1. 1, c. ix.
(2) Quas tu preces audis, si has non exaudis? D. Aug.
Saint Jacques le Mineur contracta à ses genoux la dureté de la peau du chameau par son assiduité à la prière. — Saùit Barthélemi fléchissait le genou devant Dieu, cent fois le jour et cent fois la nuit. Pareillement saint Albert, religieux de Crespin, faisait tous les jours cent cinquante génuflexions, et récitait à chacune l'Ave
Maria. .SoR"ls\, ,>
S. Cassien, qui vivait dans le v* siècle avec les solitaires de 1 Egypte et de la Thébaïde, en rapporte ce qui suit : « Lorsque ces saints hommes, dit-il, s'assemblent pour la Prière, tout le monde garde un si profond silence, que, bien qu'il y ait un grand nombre de personnes, ou croirait néanmoins qu'il n'y a dans l'église que celui qui se lève pour chanter le psaume au milieu des autres. On n'entend personne cracher, ni tousser ni se moucher; ils évitent avec le plus grand soin le moindre bruit, qui pourrait troubler ou distraire quelqu'un de leurs frères. Cass., lib. II, cap. x et xi.
Saint Jean Climaque, abbé du Mont-Sinaï, rapporte qu'ayant Uh jour remarqué un religieux, qui priait avec une attention si grande qu'on aurait dit qu'il parlait à quelqu'un, il voulut en savoir la raison : c Mon père, lui dit ce religieux, ma coutume est, au commencement de l'office, de rappeler toutes mes pensées et de leur urier, après les avoir ainsi assemblées : *• Venez toutes adorer Jésus- Christ, notre roi et notre Dieu, et vous prosterner devant lui. >
Quatrième Degré.
Saint Dominique faisait ses prières avec tant de recueillement, qu'un jour, une pierre s'étant détachée de la voûte de l'église et lui ayant frisé l'oreille, son attention n'en fut nullement troublée. 11 en réveillait la ferveur par différentes postures, se tenant tantôt à genoux, tantôt debout, tantôt prosterné à terre, tantôt les mains jointes, tantôt étendues en forme de croix ou élevées vers le ciel. Il ne demanda jamais à Dieu aucune grâce particulière qu'il ne l'obtînt, tant sa prière était fervente.
6. Sainte Lutgarde était parvenue à la plus grande attention dans la Prière, en imitant Abraham. Lorsque ce saint patriarche allait sacrifier son fils, il laissa au bas de la montagne ses serviteurs, l'âne et tout ce qui n'était pas nécessaire pour le sacrifice , en leur disant : « Je vous reprendrai à mon retour (1). » Celte servante de Dieu lassait toutes les affaires de son ménage, de sa famille, hors de l'égl.se et de son oratoire ; et alors elle priait sans distraction; elle se sentait le coeur tout enflammé de l'amour de Dieu ; elle disait encore qu'il fallait, pour pouvoir bien prier, imiter les Hébreux. Lorsqu'il» sortirent de l'Egypte, ils noyèrent tous leurs ennemis dans les eaux de la mer Rouge, parce qu'ils voulaient les empêcher d'aller offrir des sacrifices au vrai Dieu :lans le désert ;
(1) Poatauàm adoraverimus, reveitemur ad vos. G en., xxn, 5.
et nous, disait-elle, nous avons l'eau bénite à la porte de l'église, pour noyer nos pensées vaines et inutiles, qui veulent nous empêcher de prier. Traité sur le Pater.
Celui qui était chargé de la conduite spirituelle de saint Louis da Gonzague, lui faisant rendre compte de son intérieur, l'interrogea sur l'article des distractions. « Avez-vous souvent des distractions pendant l'oraison, » lui demanda-t-il ? Après s'être examiné quelques instants, il répondit: « Si on réunit celles que j'ai eues, dans le cours de six mois, j'en ai eu environ pendant l'espace de temps qu'il faut pour dire un Ave, Maria. > C'est une chose bien admirable ; mais il faut savoir qu'il ne négligeait rien pour tarir en lui la source des distractions. Il s'appliquait continuellement à mortifier tous ses sens, et il n'occupait jamais son esprit que de pensées propres à le perfectionner dans la piété et dans les sciences de son état.
Il faut être parvenu à un haut degré de saiuteté pour pouvoir se rendre à soi-même cet heureux témoignage, qu'on n'a pas de distractions dans ses Prières. Tel se flatte d'en être exempt, dont la Prière n'est peut-être qu'une distraction continuelle. Saint Bernard, étant un jour en voyage, fut atteint par un homme de la campagne ; il lia avec lui conversation, et la fit bientôt tomber sur un sujet religieux, afin d'être utile à son compagnon de voyage ; et il lui demanda, entre autres choses, s'il aimait bien le bon Dieu. Ce à quoi il répondit incontinent : « Je m'en flatte, et je l'aime de tout mon cœur. > — « Le priez-vous bien, poursuit le saint, le priez-vous avec attention ? » — « Oh ! jamais je n'ai de distraction, » repartit-il. Saint Bernard vit bien que cet homme ne comprenait pas ce que c'était que d'être distrait; et, touché de son ignorance, voici l'expédient qu'il employa pour l'éclairer. « Eb bien, mon ami, lui dit-il, convenons d'une chose : si vous êtes en état de réciter le Pater sans distraction, je vous donne le cheval sur lequel je suis monté. » Aussitôt voilà notre homme qui commence le Pater, plein de confiance que le cheval était à lui; mais il n'était pas encore à moitié qu'il s'arrêta, et, s'adressant au saint, il lui demande : « Me donnerez-vous aussi la bride ? » Saint Bernard lui dit : « Ni l'un ni l'autre, puisque vous voilà distrait. » Alors cet homme ouvrit les yeux et comprit qu'il avait ignoré jusque-là ce que c'était que prier avec attention.
7. Les saints priaient avec tant de ferveur qu'on les a vus quelquefois comme hors d'eux-mêmes, et transportés dans le sein de Dieu. On rapporte de saint Dominique, dans le temps où il donnait une mission à Castres, qu'il fut un jour invité à dîner par l'abbé de Saint-Vincent. Son sermon fini, il resta à prier dans l'église, sans penser au soin de son corps, comme cela lui arrivait ordinairement. L'heure du repas venue, l'abbé l'envoya chercher par un clerc. Celuici prit la route de l'église, où il savait devoir le trouver plutôt que partout ailleurs. Il l'y trouva effectivement ; mais il était ravi en
extase, sans mouvement et élevé de plusieurs coudées. Il le considéra longtemps en cet état, et n'osa s'approcher de sa personne que lorsque, étant revenu à lui, il fut redescendu doucement à terre.
Godescard.
8. Jésus-Christ n'opérait de miracles sur les infirmes, sur les malades, que selon le degré de confiance qu'ils avaient en lui. < Votre foi vous a sauvé, > disait souvent ce bon maître. La confiance qu'avaient en lui Marthe et Marie, le porta à ressusciter leur frère Lazare. € Ah ! Seigneur, lui disaient ces bonnes sœurs, si vous n'eussiez pas été absent, notre frère ne serait pas mort. » Pour récompenser leur foi, le divin Sauveur rendit Lazare à leurs vœux, leur prouvant ainsi qu'il lui était aussi facile de retirer un homme d'entre les morts que de l'empêcher de mourir.
Saint Philippe de Néri regardait la Prière comme un excellent moyen de réussir en toute affaire. Quand j'ai, disait-il, le temps de prier beaucoup, j'espère avec assurance obtenir de Dieu quelque grâce que ce soit, m'appuyant entièrement sur sa promesse : « Tout ce que vous demanderez avec une foi vive, vous l'obtiendrez. »
Saint Charles Borromée avait coutume de recourir à Dieu, par la Prière, en toute occurrence. C'est parla qu'il commençait et terminait tout ce qu'il faisait ; et plus ce qu'il entreprenait pour la gloire de Dieu était difficile, plus il priait. Dans les cas où il semblait que tout était désespéré, il redoublait ses vives instances auprès de Dieu, sans jamais perdre confiance. Aussi, le Seigneur bénissait toutes ses entreprises ; sa confiance en Dieu l'a fait réussir, au grand étonnemeut de tous, dans des choses qui paraissaient impossibles.
Une personne s'étant recommandée aux Prières de saint Vincent de Paul.il lui répondit : «J'ai été, toute cette matinée, tellement occupé d'affaires, que je n'ai pu faire encore qu'un peu d'oraison, et, pendant cette oraison, j'ai été bien distrait. Cependant je ne me décourage jamais, parce que je mets en Dieu mon espérance. Je suis certain que le trône de la bonté et de la miséricorde de Dieu est élevé sur le fondement de nos misères. >
9. Il est dit, dans l'Écriture sainte (1), que Jacob lutta, pendant toute une nuit, contre un ange et lui dit: «Je ne vous laisserai point aller que vous ne m'ayez béni. » Ainsi, nous devons lutter en quelque sorte contre Dieu, en le conjurant avec larmes, avec une foi humble et une Prière persévérante, de nous accorder les grâces qu'il ne semble d'abord nous refuser que pour nous en faire sentir mieux le prix. Cette espèce de violence qu'on fait à Dieu par ses larmes, par ses veilles et par ses gémissements, lui est agréable (2).
Jésus-Christ, après avoir enseigné à ses disciples à prier, a votils
(1) Gen., xxxn, 28.
(2) Haec vis Deo grata est. Tertul., Apol, c.
lear apprendre aussi la persévérance dans la Prière ; et, ponr cela, il s'est servi de deux paraboles. La première est celle d'un homme qui, surpris pendant la nuit par l'arrivée imprévue d'un ami, va trouver un autre ami, pour le prier de lui prêter quelques pains. Et celui qui est dans la maison répond : « Ne m'importunez pas, ma porte est fermée, et mes enfants sont avec moi dans mon lit ; je ne peux me lever pour vous donner ce que vous demandez. » Néanmoins, si l'autre persévère à frapper, je vous assure, dit le Sauveur, que, quand celui-ci ne se lèverait pas parce qu'il est son ami, il se lèverait du moins à cause de son importunité et lui donnerait tout ce qui lui serait nécessaire. — Et nous aussi, demandons avec instance ; frappons à la porte du cœur de Jésus avec une espèce d'imporlunité; nous serons infailliblement exaucés. Car nous n'avons point, dit admirablement saint Ambroise, de meilleur ami que celui qui a livré son propre corps pour l'amour de nous (1). Luc, cap. h.
La seconde parabole est celle d'un juge inique et pervers, sans crainte de Dieu, sans pitié pour les hommes. Une veuve venait souvent le trouver, en lui disant : « Faites-moi justice de ma partie. » Et il fut longtemps sans la vouloir écouter. Mais enfin il dit en luimême : « Quoique je ne craigne point Dieu et que je n'aie point de considération pour les hommes, néanmoins parce que cette veuve m'importune, je lui ferai justice, de peur qu'à la fin elle ne me vienne faire quelque affront. > Vous entendez, ajouta le Sauveur, ce que dit ce méchant juge. Et Dieu ne ferait point justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ! Luc,xvm, 1.
Pourquoi, demande saint Jean Chrysostome, faire intervenir de préférence un juge sans respect ni pour la religion ni pour l'humanité, qui finit néanmoins par se laisser attendrir à la Prière? C'est, répond ce même saint, pour nous faire mieux comprendre, par cette opposition, la force de la Prière, puisqu'elle triomphe du naturel le plus farouche. Que si la veuve, si longtemps rebutée, obtient à la fin de cet homme sans entrailles ce qu'elle désirait, que sera-ce, si nous nous adressons au Père le plus miséricordieux et le plus tendre? Chrysost. Homil. 2.
Un exemple bien frappant de persévérance dans la Prière est celui de la Cananéenne. C'était une idolâtre, étrangère par conséquent au peuple de Dieu, mais qui, ayant entendu parler de Jésus, vint se jeter à ses pieds et le prier de guérir sa fille, qui était possédée du démon. Jésus-Christ ne daigne pas même lui répondre ; mais elle ne perd pas courage, elle redouble ses instances. Ses cris perçants troublent les apôtres, qui s'adressent au Sauveur et lui disent : « Accordez à celte femme ce qu'elle demande ; elle nous importune par ses cris. »
(1) Quis amicior nobis quàm qui pro nobis corpus suum tradiditP àmbr. in cap. xi Luc.
Jésus leur dit : « Je ne suis envoyé que pour les brebis, qui ont pér de la maison d'Israël. » Plus on repousse la Cananéenne, plus elle prie avec ferveur, plus elle élève sa voix, en disant : « Jésus, fils de Daviô., ayez pitié de moi. > Alors le Sauveur joint l'humiliation à la rigueur : « Non, dit-il, je ne consentirai jamais à prendre le pain des enfants pour le donner aux chiens. » — « Cela est vrai, Seigneur, reprend-elle aussitôt; mais du moins les petits chiens se nourrissent des miettes qui tombent de la table du maître. > Sa constance a vaincu le Sauveur, qui ne peut s'empêcher de s'écrier : « 0 femme, que votre foi est grande ! qu'il vous soit fait selon vos désirs. > Et sa fille fut guérie à l'heure même. Math, xv, 22.
10. Enfin, pour terminer ces citations déjà peut-être trop nombreuses, mais qu'on nous pardonnera à cause de l'importance de la matière, nous citerons l'exemple d'Anne, comme un résumé parfait des conditions que doit avoir la Prière. Cette sainte femme, désirant ardemment que le Seigneur lui ôtât l'opprobre de sa stérilité, pria le Seigneur, nous dit la sainte Écriture, avec une grande effusion de larmes et ayant le cœur plein d'amertume. 1° Sa Prière fut humble elle s'appela par trois fois la servante ou l'esclave de Dieu, le conjurant de daigner la regarder, de se souvenir d'elle ; 2° sa Prière fut accompagnée du jeûne et de la miséricorde, qui sont les deux ailes avec lesquelles elle monte au ciel, comme dit saint Augustin. Il est expressément marqué qu'elle se priva pendant quelque temps de nourriture et qu'elle reçut, avec la plus grande patience, les reproches que lui adressait Phenenna, pratiquant ainsi par avance ce que Jésus-Christ nous a depuis ordonné, d'être doux envers les autres, afin que Dieu le soit envers nous ; 3° sa Prière fut fervente et spirituelle : si elle demanda un fils à Dieu, c'était pour le consacrer entièrement à son service . c Je vous le donnerai, lui dit-elle, pour tous les jours de sa vie, et le rasoir ne passera point sur sa tête, > c'est-àdire, il vous appartiendra irrévocablement pour le service, de votre saint Temple. Par l'ardeur et la pureté de ses vœux, Ani:e mérita «i« devenir la mère de Samuel R?y-, *•
SIXIÈME INSTRUCTION
Biens spirituels çue nous devons demander à Dieu: le don de \u prière, la sagesse, la grâce, la gloire, la possession de Dieu môme. — Demander les biens temporels pour une bonne fin. — Invocation de la sainte Vierge et des Saints.
D. Quels biens devonsnous demander à Dieu? R. Nous devons demander à Dieu principalement les biens pirituels; mais nous devons lui demander aussi les bientemporels
11 y a deux sortes de biens, ceux de la nature et ceux de la grâce. Les premiers n'ont rapport qu'à cette vie périssable, et passent comme elle ; les seconds, qui sont sans contredit les plus précieux, nous sont donnés pour nous rendre dignes de Dieu et nous faire parvenir à la fin surnaturelle pour laquelle nous sommes créés. Mais, hélas ! tel est l'aveuglement de notre esprit et la faiblesse de notre cœur, que nous n'avons le plus souvent que des vues mondaines. On ne songe qu'à la santé du corps, qu'à l'accroissement de sa fortune, qu'à son bienêtre matériel, et l'on voudrait que la volonté toute pure et toute sainte de Dieu se conformât à nos pensées terrestres et qu'elle nous aidât à satisfaire notre ambition notre orgueil, peut-être même nos désirs les plus injustes nos haines et nos vengeances; et il arrive quelquefois qu'on lui adresse à cet effet les vœux les plus téméraire? et les plus insensés. Voulez-vous donc, nous répond k Seigneur, par la bouche de son Prophète, que je serve à vos iniquités (1) ? Voulez- vous que je me fasse le protecteur de cette aveugle concupiscence qui vous domine ?
Au lieu de chercher avec tant d'avidité les oiens périssables de ce monde, qui sont si souvent préjudiciables au salut, et deviennent, par l'abus qu'on en fait, de véritables
V, Servire me fecisti peccatis tuis ? Is. xi.m 24.
maux, cherchons les biens solides et incorruptibles de l'éternité. La rosée du ciel, qui signifie les dons de la gTâce, doit évidemment passer, dans Tordre ce nos désirs, avant la graisse de la terre. En un mot, selon la pensée du divin Maître, demandons avant tout le royaume de Dieu et sa justice. Tout le reste, comme le dit saint Jean Chrysostome, n'est que du sable, que de la boue, qu'une vile toile d'araignée (1). Votre ambition, ô chrétien, ô enfant de Dieu, doit se porter plus haut. Quoi ! à ce Dieu si grand, si puissant vous ne demanderiez que des bagatelles ! A l'Eternel vous ne demanderiez que des choses périssables ! au maître du ciel que les richesses de la terre ! au Dieu qui vous ouvre son royaume immortel, que de misérables biens qu'il faudra bientôt perdre sans retour, et dont la jouissance fugitive vous expose à tant de dangers ! Ah ! demandez-lui plutôt des choses vraiment grandes; demandez-lui les dons célestes (2).
Nous devons donc demander à Dieu :
1° Le don de la Prière ; car, ainsi que l'a très-bien dit saint Nil, de même que la vue est le plus excellent des sens, de même aussi la Prière est la plus divine des vertus. De nous-mêmes, nous ne savons le plus souvent ni ce que nous demandons, ni ce que nous devons demander. C'est le Saint-Esprit qui doit former dans nos cœurs ces désirs purs et ardents, qui sont toujours exaucés *.
2° La sagesse, c'est-à-dire la réunion des vertus chrétiennes, et surtout de celles dont nous avons le plus besoin, la patience, la douceur, la charité, la pureté des mœurs, la bonne conscience, une foi vive, une humilité profonde, en un mot, tout ce qui peut contribuer à la sanctification de notre âme et en faire la perfection 2.
3° La grâce. Elle est le plus précieux des trésors, elle esî b seule parure de notre âme, elle est la pierre précieuse au
(1) De lato, de palvere, de telis âranearum loqueris. D. Chrys. C2) Ne petas à magno parva... Magna ora, cœlestia ora. D. Aug,
moyen de laquelle nous pouvons nous faire ouvrir les portes du ciel. '%
4° La gloire, non pas cette gloire humaine qui s'évanouit comme une vaine fumée, mais la gloire des saints, cette gloire sans fin, pour laquelle nous avons été créés et à laquelle nous arriverons infailliblement par l'innocence de notre vie.
5° La possession même de Dieu, car il a promis de se donner à nous. Il veut bien être notre récompense, notre bonheur, notre gloire. Ne lui demandez donc autre chose que lui-même, vous dirai-je avec saint Augustin; laissez les autres borner leurs désirs à tels ou tels avantages, qui les séduisent et les égarent; pour vous, c'est à Dieu luimême que vous devez prétendre 3 (1).
Ce n'est pas que nous ne puissions absolument demander les biens temporels. Quoique si peu proportionnés à la noblesse de notre être, il nous sont nécessaires pour notre passage ici-bas. Et, comme c'est de la main de Dieu qu'ils émanent et qu'il en a la souveraine dispensatiom nous devons nous adresser à lui pour les obtenir. Aussi, l'Eglise a-t-elle établi des Prières solennelles, comme les Rogations, les Quatre-Temps, pour attirer les bénédictions du Ciel sur les fruits de la terre 4.
D. Dans quelles dispositions devons-nous demander à Dieu les biens temporels ?
R. Nous devons les lui demander pour une bonne fin, avec résignation à sa volonté, aimant mieux en être privés que de les obtenir, s'ils doivent être nuisibles à notre salut.
Une bonne fin, une résignation entière à la volonté de Dieu, deux dispositions essentielles, sans lesquelles notre Prière serait un blasphème et une véritable impiété. Nous disons donc d'abord :
Une bonne fin, c'est-à-dire que nous désirons ces biens
(1) Deo alia pet mit prœler Deum ; tu ipsum Deum pete. D. Âug.
uniquement pour subvenir aux nécessités de cette vie, et non comme des moyens de satisfaire l'orgueil ou la sensualité. Dans la demande même des biens de la terre, il ne faut jamais perdre de vue qu'ils sont trop au-dessous de nous, poui que nous y mettions nos complaisances. Nous ne devons nous en servir que dans l'ordre de la Providence, pour réparer les forces de notre corps et l'entretenir dans un état de santé convenable, afin de mieux remplir les diverses obligations qui nous sont imposées. Sachons donc borner nos désirs ; et, au lieu de soupirer, comme on le fait si souvent, après le luxe et l'abondance, contentons-nous d'une honnête médiocrité, disant au Seigneur avec le Sage : a Ne me donnez, ô mon Dieu, ni la pauvreté ni les richesses; accordez-moi seulement ce qui est nécessaire à la vie (1). » Par le bon usage que nous ferons de ce qui nous sera accordé, rendons-nous dignes des récompenses éternelles promises à la vertu, car le pain matériel lui-même ne nous est donné que pour nous conduire au royaume de Dieu.
Une résignation entière à la volonté de Dieu. Il sait mieux que nous ce qui nous convient. Souvent telles choses que nous désirons avec ardeur, seraient préjudiciables à notre salut ; et c'est alors un trait de bonté de sa part qu'il se montre sourd et inflexible à nos prières. Ainsi, par exemple, on lui demandera avec instance la santé ; mais le Seigneur voit qu'on en abusera, tandis que la maladie nous est très-utile pour nous détacher du monde, pour amortir le feu des passions, pour nous rappeler aux pensées sérieuses de la religion. On lui demandera la fortune, l'heureux succès de ses spéculations commerciales ; on lui demandera d'abondantes récoltes, de riches moissons, une position brillante, etc. Et n'est-ce pas précisément lorsqu'on est dans la prospérité et qu'on nage au sein des délices, qu'on
(1) Bien d'ici tatem et divitias ne dederis mihi ; tribue taniùm victui meo necessaria. Prov., xxx, 8.
multiplie ses péchés et qu'on offense le Seigneur avec plus d'audace, comme si on voulait le punir ainsi d'avoir été trop généreux à notre égard? Nous tournons contre luimême les faveurs dont il nous comble. Aussi s'en plaint-il avec amertume : a Mon bien-aimé que j'avais engraissé de bienfaits s'est révolté (1) ; appesanti, rassasié, enivré, il a délaissé le Dieu son créateur, et s'est retiré de Dieu son salut (2). » Il est donc avantageux que le Seigneur nous afflige de temps en temps ; et les calamités publiques ou particulières, qui viennent fondre sur nous, les grêles, les inondations, les disettes , les fléaux de toute espèce, n'arrivent que pour nous réveiller de notre assoupissement et nous inviter à la pénitence. Cette rigueur apparente que Dieu nous montre, en nous refusant une prospérité qui finirait par nous corrompre et nous entraîner dans l'abîme, est une véritable miséricorde. D'où vient, en effet, la perte de tant de mondains, qui se damnent au sein de l'opulence et de la mollesse, si ce n'est de ce que Dieu les exauce selon les désirs insensés de leur cœur ? Us cherchent avec passion les biens de la vie présente, et il leur en donne la jouissance et il permet qu'ils s'en rassasient, parce qu'ils ne posséderont jamais ceux de la vie future; et c'est ainsi qu'il leur accorde, dans l'excès de sa colère, ces prétendues faveurs qu'il refuse par bienveillance aux âmes fidèles. afin qu'elles soient plus libres de s'attacher à lui et et le servir 5 (3).
Que jamais donc la plainte ne s'échappe de votre bouche, si vous ne recevez pas de la main de Dieu tout ce que vous en attendez. Le Seigneur en use souvent à notrr égard comme une tendre mère, qui arrache à son fils un breuvage agréable et doux, mais qui porterait la mort dans
(1) Incrassatus est dilectus et recalcitravit.
(2) Incrassatus, impinguatus, dilatalus, dereliquil Deum factore» suum et recessit à Deo salutari suo. Deul., xxxn, 15.
(3) Multa negat propitius quae coacedit iratus. D. Aug., de, Yerbie Dom Serm. 53.
ses entrailles; ou comme un bon père, qui refuse à un fils insensé un couteau ou une épée, de peur qu'il ne se l'enfonce dans le sein. Du reste, si peu que Dieu nous accorde, ne nous donne-t-il pas toujours plus que nous ne méritons ? Et, quand nous serions en état de posséder tous les biens de la terre joints ensemble , ne vaut-il pas mieux y renoncer que de perdre, je ne dis pas le ciel, mais même un seul degré de gloire dans le ciel? En effet, les délices de ce monde ne peuvent remplir l'immensité de notre cœur, et chacun de nous peut dire en toute vérité, comme le Roi- Prophète : a Je serai rassasié, ô mon Dieu, non des viandes « des Egyptiens, ni des melons, des oignons et des aulx •s que votre peuple rebelle et murmurateur préférait au a pain descendu du ciel ; je ne saurais même me contenter a: de la manne visible ou des cailles que vous leur avez c données; mais je serai rassasié de votre gloire, lorsque « vous me la ferez apparaître (i). »
Donc , pour conclure avec saint Augustin , quand nous demandons les biens temporels, que ce soit toujours selon l'ordre que Dieu a établi, et par rapport à la fin qu'il a marquée ; soyons disposés à les recevoir, s'ils doivent nous être utiles, à nous en passer, si Dieu prévoit qu'ils nous seraient préjudiciables (2). Enfin, quoi qu'il puisse nous arriver, soyons bien convaincus que Dieu pourvoira suffisamment à nos besoins; et, pourvu que nous coopérions aux desseins de sa sagesse, il ne nous laissera jamais manquer du nécessaire. Que s'il ne nous dit pas, comme aux anciens Israélites : « Élargissez votre bouche, et je l'emplirai (3),» c'est-à-dire je vous comblerai de biens temporels autant que vous en désirerez et que vous pourrez en recevoir, il nous promet en revanche une abondance de grâces spirituelles et de biens célestes, et il nous dit : « Élargisse»
(1) Satiabor quùm apparuerit gloria tua. Psal. xvi, 17.
(2) Quandô petilis temporalia, illi commitlitc ut, si prosicS, <2dt; si scit obesse, non da. D.Aug, de Verb. Dom. Serm. 53.
Dilata os tuum et implebo illud. Psal. lxxx, II.
votre esprit par la foi, élargissez votre cœur par la charité. Plus il sera vide d'affections terrestres , plus il sera digne que moi-même je le remplisse (1). »
D. Est-il utile de prier la sainte Vierge et les Saints? R. Oui, parce que la sainte Vierge et les Saints psuvent nous aider beaucoup par leurs prières.
L'Église a décidé dans plusieurs conciles, et c'est, par conséquent, un article de foi, que l'invocation des saints est non-seulement permise, mais encore sainte et salutaire. Citoyens de la Jérusalem céleste, ayant un libre accès auprès du trône de la miséricorde, ils s'intéressent vivement pour nous, et Dieu se complaît à répandre ses grâces par leur intercession, et spécialement par celle de Marie, leur reine et la nôtre, en même temps qu'elle est aussi notre bonne et tendre mère.
Que nous sommes heureux d'avoir dans le ciel de si hauts et de si puissants protecteurs ! Que nous sommes heureux d'y avoir pour avocate et pour patronne la plus sainte et la plus éminente de toutes les créatures, celle qui, en sa qualité de Mère de Dieu, a tout pouvoir sur le cœur de son divin Fils ! Adressons-nous donc à elle avec une entière confiance, car elle est toute bonne et toute miséricordieuse ; la loi de clémence et de douceur est sur ses lèvres (2) ; et jamais elle n'a rejeté l'humble Prière de ceux qui l'ont invoquée. Sitôt qu'elle entendra notre voix suppliante, elle s'empressera de venir à notre secours ; car on peut dire, en toute vérité, qu'elle est cette femme de l'Apocalypse à qui l'on donna deux grandes ailes, comme des ailes d'aigle, pour s'envoler dans le désert. Ces deux ailes signifient l'extrême promptitude avec laquelle la Reine des cieux vient assister ses enfants, au milieu des misères et des
(1) Dùala os tuum confitendo , amando, et adimplebo illud. D. Aug.
(2) Lex clementiœ iD linguâ ejus. Prov., xxxi, 26.
angoisses de cette vie. Elle est le salut des infirmes, le refuge des pécheurs, la consolation des affligés; elle est la dépositaire et la dispensatrice de tous les trésors célestes; elle est la porte du ciel , et nul ne peut y entrer que par elle. Saint Liguori a remarqué avec raison qu'on demande beaucoup de choses à Dieu, sans les obtenir ; on les demande par Marie, et on les obtient. Comment cela se fait-il? Ce n'est pas que Marie soit plus puissante que Dieu; mais c'est que le Seigneur a décrété d'honorer ainsi sa mère. Marie, n'étant que médiatrice d'intercession, ne peut que solliciter pour nous les grâces du Seigneur ; mais que pourrait lui refuser son divin Fils? Et faut-il s'étonner qu'il accorde à la Prière de la meilleure des mères et de la plus sainte des créatures ce qu'il aurait quelquefois refusé à notre indignité ? Faut-il s'étonner que les siècles aient proclamé à l'envi que jamais on n'a invoqué en vain son saint et auguste nom, à l'ombre duquel nul ne doit désespérer (1)?
Pareillement, nous nous adressons aux saints pour nous rendre le Seigneur favorable, parce qu'ils sont les princes de la cour céleste, plus près de Dieu et plus unis à Jésus- Christ que nous. De plus, l'Écriture sainte nous assure qu'ils présentent nos prières à Dieu (2) , qu'ils sont associés à Jésus-Christ pour gouverner les nations et les juger à la fin du monde (3). Nous devons faire tout ce qui dépend de nous, pour mériter leur protection. De tout temps, on a remarqué que la dévotion aux saints a attiré les faveurs les plus signalées sur tous ceux qui y ont été fidèles.
TRAITS HISTORIQUES
1. Allons faire enrager le démon, disait un serviteur de Dieu, lorsqu'il était sur le point de faire quelque Prière.
(1) 0 Maria, ô nomen sub quo nemini desperandum. D. Bern.
(2) Tob., xii, 12. —Apoc.,v, 8.
(3) Psal. cxlix, 5, G.
Puarquoi n'y a-t-il point de temps, où le démon me fasse plus la guerre que dans celui de la Prière? demandait quelqu'un à un saint prêtre; celui-ci lui répondit: « Il n'est point d'exercice que le démon désire davantage que nous fassions mal, parce qu'il n'en est point qui nous attire plus de grâces et qui soit plus salutaire. Celui qui prierait toujours bien, serait bientôt un ange. »
Saint Jean Chrysostome conseillait à quelqu'un qui avait souvent des distractions volontaires, de s'animer à l'avenir à ne plus tomber dans la même faute , en se faisant ce reproche bien humiliant : Quoi ! lorsque je m'entretiens avec un ami d'histoires, de nouvelles, de bagatelles, je suis très-attentif, et, en m'enlretenant avec Dieu de choses si intéressantes, du pardon de mes péchés et des moyens de me sauver, je ne crains pas d'occuper mon esprit de choses étrangères ! Étant à genoux, c'est-à-dire dans la situation de celui qui adore et qui supplie, j'ose manquer de respect au grand Dieu à qui *e parle, en promenant mon esprit partout où je ne suis pas I 0 hypocrisie bien criminelle ! Ai-je la foi ? Si j'ai la foi, n'ai-je pas perdu le sens?
2. Dès que Salomon fut monté sur le trône, Dieu lui apparut et le laissa maître d'obtenir de lui telle grâce qu'il voudrait; Salomon demanda la sagesse. Celte demande fut si agréable au Seigneur, qu'à ce don précieux il ajouta les richesses, la gloire et la promesse d'une longue vie, pourvu qu'il continuât à lui être fidèle. En effet, Salomon devint bientôt le plus opulent et le plus grand des rois de la terre ; sa réputation s'étendit dans tout l'Orient, et la reine de Saba vint du fond de l'Ethiopie à Jérusalem, pour connaître par elle-même ce qu'on lui avait dit de la sagessa et de la gloire de Salomon. Loriquet.
L'exemple de ce jeune prince apprend aux chrétiens à estimer peu les biens, les honneurs et les plaisirs, et à mettre leur principale gloire à être les véritables images de Dieu, en se rendant semblables à lui par leur sagesse, qui est la source de tous les biens.
Saint Laurent Justinien rapporte qu'étant âgé de dix-neuf ans, la Sagesse lui apparut sous la forme d'une vierge pleine de majesté et lui dit : « Pourquoi cherches-tu du contentement parmi les créatures? Je possède seule ce que tu cherches; tu le trouveras en moi, si tu me prends pour épouse. » Il éprouva alors ce qu'il n'avait jamais éprouvé; il se donna à elle et ne cessa jamais de l'aimer. Plus vous aimerez Dieu, plus vous aurez la véritable sagesse.
3. Saint Paulin, écrivant à Aper, homme savant, qui avait renoncé à ses charges et aux sciences profanes, pour se consacrer au Seigneur dans l'état religieux, lui dit : « Que les orateurs s'exercent dans l'art de bien dire; que les philosophes cultivent les sciences; que les riches gardent leurs richesses : notre royaume, c'esî Jésus- Christ. » — Le même saint écrivait à un nommé Jovius, à qui le
désir d'acquérir de vaines connaissances, faisait négliger le salut : « Vous trouvez du temps pour lire les poètes et les orateurs; vous en trouvez pour vous appliquer à l'étude de la philosophie, et vous n'en trouvez point pour être chrétien 1 Soyez philosophe de Dieu, étudiez Jésus-Christ, consacrez-vous à Jésus-Christ » Suivons le conseil de ce saint.
« Où allez-vous et que cherchez-vous?» demandait-on à un saint reîigieo ? — « Je vais à Dieu, c'est Dieu que je cherche, répondit-il, et je ne m:arrêterai point que je ne l'aie trouvé. » — Le bienheureux Raymond Salles fut interrogé de cette manière : « A qui appartenezvous? D'où venez-vous? Où allez-vous ? Qui vous a conduit ici?» Il répondit ainsi à ces questions : « J'appartiens à Dieu, je suis de Dieu, je vais à Dieu, c'est Dieu qui m'a conduit ici. » Heureuses les âmes qui ne voient que Dieu en toutes choses, et qui aspirent sans cesse à s'unir à lui !
4. C'estpar la prière que le roi Ezéchias ohtintla guérison de sa maladie. « En ces jours-là, dit l'Ecriture, Ezéchias fut malade jusqu'à la mort, et le prophète Isaïe, fils d'Amos, vint le trouver et lui dit: « Mettez ordre à votre maison, car vous ne vivrez pas davantage et vous mourrez.» Alors Ezéchias tourna le visage vers la muraille, et pria le Seigneur, disant : «Souvenez-vous, Seigneur, je vous prie, de quelle manière j'ai marché devant vous, dans la vérité et avec un cœur parfait, et que j'ai fait ce que j'ai cru vous être agréable. » Ezéthias versa ensuite une grande abondance de larmes. Et avant qu'lsaïe eût franchi la moitié du vestibule, le Seigneur lui dit : « Retournez et dites à Ezéchias, chef de mon peuple : Voici ce que dit le Seigneur, le Dieu de David votre père : J'ai entendu votre prière et j'ai vu vos larmes, et vous allez être guéri; vous irez dans trois jours au Temple du Seigneur, et j'ajouterai encore quinze années aux jours de votre vie. » Alors Isaïe dit aux serviteurs du roi : « Apportez-moi des figues. » Ils les lui apportèrent et les placèrent sur l'ulcère du roi, et il fut guéri. IV. Reg. xx.
Saint Augustin raconte que , n'étant encore que catéchumène et professeur de rhétorique, il alla prendre quelques jours de reposa la campagne, pendant les vacances. Il y fut saisi d'un violent mal de dents, qui lui causait des douleurs effroyables. Ne sachant de quel côté se tourner, il lui vint dans l'esprit d'engager ceux de ses amis qui se trouvèrent auprès de lui, à se mettre en prière, pour demander à Dieu, qui est l'auteur de la santé du corps aussi bien que de celle de l'âme, qu'il lui plût de le soulager. Comme l'excès du mal ne lui laissait pas même la liberté de parler, il écrivit sur des tablettes ce qu\l désirait d'eux et le leur donna à lire. «Nous n'eûmes « pas, dit-il, plutôt mis les genoux en terre, pour implorer par nos « prières le secours ils wjtre miséricorde, ô mon Dieu, que ma dou-
« leur s'évanouit. Cet effet si peu naturel grava dans mon cœur plus t profondément que jamais l'idée du souverain pouvoir que vous c avez sur toutes choses, et me donna lieu de chanter lc;s louanges « de votre saint nom, avec de grands sentiments de foi et d'allé- «gresse. » D. Aug. Conf., lib. IX, cap. îv.
Dans k> temps que l'empereur Marc-Aurèle faisait la guerre conte les Sarmates, son armée s'engagea dans un pays plein de bois et de montagnes : les soldats romains y étaient extrêmement incommodés de la faim et de la soif, sans pouvoir se retirer, car les Barbares, qui étaient en plus grand nombre, les entouraient de toutes parts, et ils n'avaient d'autre espérance que la mort, dans l'extrémité où ils étaient réduits. Il y avait dans l'armée romaine un grand nombre de soldats chrétiens; ils se mirent à genoux et firent à Dieu de ferventes prières : ils levaient les mains vers le Ciel, d'où ils attendaient tout secours. Les ennemis s'en étonnaient; mais ils furent bien plus surpris de ce qui arriva: il se forma tout à coup de grands nuages et il tomba une pluie extraordinaire. Lessoldats romains levaient la tête et la recevaientdansleursbouches,tantlasoifles pressait ; ils remplirent leurs casques, bureait abondamment et abreuvèrent leurs chevaux. Mais ce qu'il y eut de plus remarquable, c'est qu'en même temps il tombait sur les ennemis une grêle épouvantable, mêlée de foudres. On voyait, du côté. des chrétiens qui avaient prié, tomber une douce pluie qui leur donnait la force et la vie ; tandis que l'on voyait, du côté des Infidèles et des Barbares, le feu qui les consumait, en même temps que la grêle les écrasait. Plusieurs se jetaient du côté des Romains pour échapper à la mort, au point que Marc-Aurèle en eut pitié ; ce fut alors que l'armée romaine lui donna le nom d'empereur pour la septième fois. Tout le monde reconnut cet événement comme un miracle, accordé aux prières des soldats chrétiens, au point qu'on leur donna le nom de légion fulminante. On voit encore à Rome un monument de ce prodige, dans les bas-reliefs de la colonne Antonine, faite en ce même temps. Les Romains y sont représentés les armes à la main contre les Barbares, que l'on voit étendus par terre avec leurs chevaux, et sur eux tombe une pluie mêlée d'éclairs et de foudres. On dit qu'à cette occasion Marc-Aurèle écrivit des lettres où il témoignait que son armée, près de périr, avait été sauvée par les Prières des chrétiens.
Hist. ecclés.
En tout temps, les saints, par leurs Prières, ont obtenu du Ciel les bienfaits les plus signalés. Saint Quinlien, évêque de Rodez, ayant été obligé de quitter son siège épiscopal, pour échapper à la fureur des Goths, maîtres de la ville, se retira en Auvergne. Ce pays était en proie à la famine et aune sécheresse désolante. Le sainf prélat, couvert d'un cilice, se prosterne devant le Seigneur et lui adresse
les Prières les plus ferventes. Une pluie abondante tombe bientôt du ciel et vient combler tous les voeux. Légende du Propre.
On dit aussi que le bienheureux François d'Estaing, passant à quelque distance de Saint-Amans de Salmiech et se trouvant tourmenté par un "ent violent, se mit à genoux et invoqua le Seigneur avec confiancb : aussitôt le vent tomba entièrement. Une croix fut depuis élevée au lieu où il avait prié; on rappela la croix de Saint- François ; et, de nos jours, on y va encore en procession, lorsque le vent du midi devient nuisible aux récoltes.
Vie du Saint, par M. Bion de Malavagne.
5. Au temps des persécutions, selon le récit de saint Cyprien, un évêque étant fort malade, demanda à Dieu qu'il lui plût de le laisser encore dans ce monde. Il se présenta à lui un jeune homme si plein de majesté et de lumière, qu'il eût été malaisé de le voir à tout autre qu'à une personne qui allait quitter la vie. Ce jeune homme lui dit, d'un ton qui témoignait assez son indignation : « Vous appréhendez la persécution, et vous ne voulez pas néanmoins sortir de ce monde? Que voulez-vous donc que je fasse?» C'est ainsi, continue saint Cyprien, que le Seigneur voyant que nous craignons plutôt de souffrir en ce monde, que nous n'avons envie d'aller à lui, ne consent pas à nos désirs, et cela pour notre avantage. En voyant un évêque, qui demandait sa guérison, en être si sévèrement repris, apprenons que ee qui nous est vraiment utile, c'est de faire la volonté de Dieu et non la nôtre. D. Cypr., Tract, de Peste.
La vie du grand saint Thomas de Cantorbéry nous offre un trait frappant de la nécessité de n'avoir qu'une intention pure dans nos Prières. Comme il se faisait un grand nombre de miracles sur son tombeau, un aveugle s'y fit conduire : sa foi était vive, sa confiance ferme; il conjure le saint de lui obtenir la grâce de pouvoir admirer la beauté du ciel, delà terre et des créatures, en lui ouvrant les yeux du corps. A peine sa Prière est finie, que ses yeux s'ouvrent ; il reprend le chemin de son pays, avec la joie la plus parfaite. Avant d'arriver chez lui, il éprouve un remords, il se dit en lui-même : c Quoi, malheureux ! tu as obtenu la vue du corps, qui te fera peutêtre perdre la vie de l'âme ; tu n'as pas demandé ce miracle pour la plus grande gloire de Dieu et ta sanctification !» Il revient de nouveau auprès des reliques de saint Thomas, il fait ainsi sa Prière : « Grand saint, si vous prévoyez que la vue que j'ai reçue de mon Dieu, par votre intermédiaire, puisse être nuisible à mon salu^ôtezia-moi > Il fut exaucé, il se retira aveugle.
SEPTIÈME INSTRUCTION
'Questions diverses sur la Prière. — En quel lieu, en quel temp», pour qui faut-il prier.
Il est des lieux favorisés du ciel, où Dieu aime spécialement à être invoqué, et où il répand ses grâces avec plus d'abondance. Ainsi, l'église est le lieu le plus propre à la Prière. Aussi est-elle appelée la maison de la prière, la porte du ciel. C'est là que le Seigneur a promis de tenir ses yeux ouverts sur nous, et ses oreilles attentives à nos ferventes supplications (1). C'est là que notre divin Sauveur daigne habiter substantiellement, et qu'il renouvelle chaque jour sur nos autels la grande immolation du Calvaire. C'est là aussi que tout nous inspire le recueillement et nous porte à la piété.
Nous devons aussi prier dans l'intérieur de nos maisons, selon le précepte de l'Évangile. Lorsque vous priez, a dit le divin Sauveur, entrez dans votre appartement, et, après en avoir fermé la porte, adressez-vous, en toute confiance, au Père céleste, dont l'œil pénètre jusque dans les endroits les plus cachés. Le Seigneur nous recommande de choisir de préférence les lieux les plus retirés, pour vaquer au saint exercice de la Prière, soit pour éviter l'ostentation, soit pour nous préserver des distractions, caria solitude est un asile assuré contre les divagations de l'esprit; elle est un port tranquille, où nous sommes à l'abri des troubles que cause le tumulte du monde; elle est comme le centre de ceux qui veulent s'unir à Dieu.
Enfin, nous devons prier en quelque lieu que ce soit, et
(1) Bnint oculi mei aperti, et aures meae eroctae ad arationcm ejus qui oraverit in loco isto. II. Parai., vu, 15.
lever partout des mains pures vers le ciel (1). Car le monde entier est comme un temple magnifique où Dieu réside, et qu'il remplit de la plénitude de sa majesté. Vous pouvez donc à tout instant diriger vers lui vos soupirs et vos pensées. « Priez, vous dirai-je avec saint Jean Chrysostome, non pas dans l'église seulement, mais hors de l'église. Peu importe le lieu, c'est le cœur que Dieu demande. Jérémie prie du fond delà citerne où il est plongé, et il est exaucé. Daniel reçoit les effets de la miséricorde du Seigneur dans la fosse aux lions, d'où sa voix s'élève jusqu'à lui. Le larron prie sur la croix, et le royaume du ciel lui est ouvert. Job prie sur son fumier, Jonas dans le ventre de la baleine, et leur voix monte jusqu'au Seigneur. Au milieu de vos occupations domestiques, en voyage, dans votre maison, partout, priez; vous portez avec vous votre temple. « Ne savez-vouspas, dit l'Apôtre, que vous êtes le temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous (2) ? Dieu est partout; son immensité n'est bornée par aucun lieu, il suffit qu'on l'invoque, il répond : Me voici *. d
Mais en quelque lieu que nous priions, soit à l'église, soit dans nos appartements, ou ailleurs, sachons bien que la Prière faite en commun est plus agréable au Seigneur, et a plus d'efficacité que toutes celles que nous pouvons faire en particulier. Le divin Sauveur nous a dit expressément que, lorsque deux ou trois personnes se réunissent en son nom, il se trouve au milieu d'elles, pour les bénir et pour combler leurs vœux. Afin de nous faire mieux entendre combien la Prière collective l'emporte sur la Prière individuelle, dans l'oraison qu'il a daigné nous apprendre lui-même, il n'a pas voulu que nous lui disions : « Mon Père qui êtes au cieux..., donnez-moi aujourd'hui mon pain, » etc., mais bien : Notre Père, afin de nous donner à entendre que notre Prière ne doit pas se faire sépa-
(1) Volo viros orare in omni loco, levantes puras manus. î. Tim., 11,8.
(2) Nesciîis çuia templum Dei estis ? I. Cor., m, 16.
rément, mais en union avec nos frères. Ne nous contentons donc pas de nous acquitter en secret des devoirs de la religion; mais réunissons-nous, autant que nous le pourrons, pour rendre à Dieu nos hommages, car, si la Prière particulière est bonne, /a Prière collective est encore meilleure. Elle fait comme une sainte violence au cœur de Dieu; elle repousse avec plus de force les traits empoisonnés de l'ennemi du salut. Que chacun de nous dise donc avec un saint transport, comme le Roi-Prophète : « Louez le Seigneur avec moi; publions tous ensemble la grandeur de son nom (1).» Ainsi les trois enfants dans la fournaise chantaient ensemble les louanges du Seigneur; ils le glorifiaient et le bénissaient d'une voix unanime (2). Ainsi les apôtres, dans le cénacle, persévéraient tous dans un même esprit, en prières avec les saintes femmes et Marie mère de Jésus (3). A leur exemple, faisons-nous un devoir de nous réunir, aussi souvent que possible, pour rendre en commun à Dieu le juste tribut de louange, d'amour et de gloire, que nous lui devons. C'est un pieux et saint usage, en vigueur dans toutes les maisons chrétiennes et qu'on ne saurait trop recommander, de faire la Prière en famille. Enfants, parents, domestiques, réunissent leurs voix et leurs cœurs pour adorer Dieu, pour attirer ses bénédictions sur les travaux de la journée et sur le repos de la nuit; on s'édifie mutuellement, la vertu devient ainsi héréditaire dans les familles ; et avec la vertu, la paix et le bonheur».
En quel temps devons nous prier?
Il faut toujours prier, comme nous le recommande le divin Maître (4). Et, après lui, le grand apôtre nous dit:
(1) Magnifîcale Dominum mecum, et exalteinus nomen ejus in id:psum. Psaî. cxxxui, 4.
(2) Dan., ni, 15.
(3) Act., i, 14,
{4) Oportet semper orare. Luc., xviil, 1.
« Persévérez et veillez dans la Prière, en l'accompagnant d'actions de grâces, invoquant le Seigneur en esprit, en tout temps, et par toutes sortes de supplications et de Prières (1). » Que chacune de nos actions, que chaque heure de la journée soit donc consacrée par la Prière. C'est là la rosée céleste qui abreuve et féconde l'arbre de la vie spirituelle, dit saint Jean Chrysostome. Cette Prière continuelle, qui ne préjudicie en rien à nos occupations ordinaires, comme nous l'avons expliqué précédemment, sanctifiera notre travail et le fera fructifier pour l'éternité.
Mais, sans parler de cette heureuse habitude où nous devons être de nous tenir constamment unis à Dieu par la foi et l'amour, ce qui fait l'essentiel de la Prière, il est certains moments où nous devons nous adresser plus particulièrement au Seigneur, pour lui rendre nos devoirs et pour implorer son assistance. Ainsi, nous devons le prier chaque matin et chaque soir.
Chaque matin, en nous éveillant, notre première pensée et les premiers mouvements de notre cœur doivent être pour ce Dieu de toute bonté, qui veut bien nous accorder une nouvelle journée, pour l'employer à son service et mériter sa gloire. Après nous être habillés modestement, il faut aussitôt nous prosterner en sa présence, pour l'adorer et attirer ses bénédictions sur notre travail. Le prophète royal ne manquait jamais à ce devoir essentiel, et, de peur de l'oublier, il n'avait garde de le différer; mais il se levait dès le point du joui', pour célébrer les louanges du Seigneur, pour bénir et adorer son Dieu; et à la Prière vocale il joignait la méditation (2).
Chaque soir, remercions le Seigneur des bienfaits qu'il a répandus sur nous pendant la journée; demandons-lui pardon des fautes dont nous avons pu nous rendre cou-
(1) Oralioni instate, vigilantes in gratiarum actione; orantes simul et pro nobis. Coloss., iv, 2, 3.
(2) Manè astabo libi Exsurgam diluculo in matulinis me-
dilabor in te. I'sal. v. 4. -• L7i. 11. — lxii, 7.
pables, et adorons cette divine bienfaisance, qui nous envoie, même malgré nous, le sommeil pour suspendre notre travail et réparer nos membres par le repos. Cette Prière du matin et du soir avait été figurée, chez les Juifs, parle sacrifice des parfums, que les prêtres faisaient brûler, à tour de service, sur l'autel d'or, au commencement et à la fin de chaque journée 2.
Il ne faut pas laisser passer les longues heures du jour, sans élever son esprit à Dieu. Nous devons de temps en temps diriger nos pensées vers lui, et surtout à midi, à l'exemple du saint roi David qui, tout chargé qu'il était de la conduite d'un grand royaume, faisait passer le service de Dieu avant toute autre occupation, et avait ses moments fixes pour le louer et le bénir (1).
La nuit elle-même ne doit pas appartenir tout entière au sommeil : il faut que la Prière la sanctifie ; et, s'il nous arrive de nous éveiller, prions, afin de nous défendre contre les illusions de l'ennemi du salut, et qu'il nous trouve invincibles à tous ses assauts 3.
Que si notre obligation de prier embrasse tous les temps, de telle sorte que notre vie entière devrait être une Prière continuelle, que penser de ces hommes, qui ne se font aucun scrupule de manquer habituellement leur Prière du matin et du soir, qui passent plusieurs jours et peut-être plusieurs semaines, sans adresser à Dieu une seule Prière? Sont-ils chrétiens? aiment-ils le Seigneur? sont-ce des hommes raisonnables? Hélas! ce sont des hommes animaux, qui se lèvent et se couchent comme la brute, sans daigner seulement penser à cette aimable Providence, qui veille sur eux avec tant de bonté (2).
Nous allons encore énumerer rapidement quelques autres circonstances, où la Prière nous est plus spécialement recommandée. Nous devons prier :
(1) Vesperè et manè et mendié narrabo et annuntiabo, et exaudiei vocem meam Psal. uv, 19.
(2) Animalis homo non percipit ea quae Dei sunt. I. Cor., u, 14.
Au commencement et à la fin de nos principales actions, pour les rendre plus agréables au Seigneur et les consacrer entièrement à sa gloire.
Avant et après les repas. Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, dit l'Apôtre, faites tout pour la plus grande gloire de Dieu; n'est-il pas bien juste, en prenant notre pain de chaque jour, de penser à celui qui nous le donne? Et, après nous être rassasiés de ses dons, ne faut-il pas remercier la main libérale qui a pourvu à nos besoins? Les bons chrétiens ne manquent jamais de dire leur Benedicite et leurs Grâces. C'est un abus criant, une ingratitude hideuse, qu'aux tables les mieux servies on rougisse souvent de cette sainte pratique *.
Toutes les fois que nous recevons du Seigneur quelque bienfait, disons avec le Prophète : « 0 mon âme, bénis le Seigneur, et n'oublie jamais ses miséricordes (1). »
Dans le choix d'un état. Nous devons nous adresser à Dieu et lui dire avec ferveur, comme le roi David : « Seigneur, faites-moi connaître la voie dans laquelle je dois marcher (2) . » Combien s'engagent à la légère dans le mariage ! Combien se chargent de tel emploi, embrassent telle profession, sans avoir pris conseil du Seigneur, sans avoir imploré ses lumières, peut-être même contre sa volonté, et compromettent ainsi gravement leur salut !
Dans les tentations. Nous y succomberons presque infailliblement, si nous n'avons promptement recours à Dieu, car nous savons bien que nous ne sommes que faiblesse, et la Prière est comme un bouclier, qui repousse toutes les suggestions diaboliques.
Dans les afflictions. La Prière est un baume qui les adoucit. Quand elles viennent nous assailli?, c'est surtout au pied de la croix que nous devons chercher notre con-
(1) Benedic, anima mea, Domino, et noli oblivisci omnes retribuftones e.jus. Psal. cri, 2.
(2) Kotam fac mini viam in quâ ambuîem. Psal. clxii, 8.
DE LA PRIÈRE. 3fl
soiation. Dans les tribulations de toute espèce auxquelles nous sommes exposés, le Seigneur viendra à notre secours, si nous avons soin de crier vers lui (1).
Dans les maladies. Notre véritable médecin, c'est le Seigneur ; il est le maître de la vie et de la mort, de la santé et de la maladie, de la bonne comme de la mauvaise fortune. Dites-lui, comme les sœurs de Lazare : « Seigneur, celui que vous aimez est malade (2). » Priez-le du fond du cœur, si vos forces ne vous permettent pas de le prier de bouche, et vos souffrances seront allégées et vous profiteront pour la vie éternelle.
Dans tous les dangers où vous pouvez vous trouver. À l'exemple des apôtres ballottés par la tempête, élevez votre voix vers le Dieu tout-puissant : « Seigneur, sauveznous, car nous sommes sur ie point de périr (3). » Et le Seigneur vous tendra une main secourable.
Enfin à l'heure de. la mort. C'est le moment critique et décisif ; et. comme alors le démon fait tous ses efforts pour nous perdre, nous devons nous attacher à Dieu de toutes nos forces, et le prier de recevoir notre âme dans le sein de sa miséricorde, lui disant comme le divin Sauveur: a Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains 5 (-4). i
Pour qui devons-nous prier ?
1° D'abord pour nous, car le salut étant une affaire personnelle, notre plus cher intérêt, notre unique intérêt est de nous en occuper.
2° Pour nos parents. Après Dieu, ils méritent nos plus
(1) Ad Dominum. quùm tribularer, clamavi, et exaudivit me. rsai. eux, 1.
(2) Domine, ecce quem amas infirmatur. Joan., n, 3. 3) Domine, salva nos, perimu3. Math., vin, 25.
(4) In manas tuas, Domine, commendo SDiritum rneum. Luc, xxin, 46.
ri. «6
tendres affections; et leur bonheur, soit dans ceite vei, soit dans l'autre, doit être l'objet constant de nos vœux.
3° Pour nos supérieurs dans l'ordre spirituel et temporel. Ils ont besoin de la lumière d'en haut, pour nous diriger dans les voies de la justice et de la paix ; et notre sanctification dépend, en grande partie, de la bonne impulsion qu'ils sauront nous donner.
4° Pour nos bienfaiteurs et nos amis. S'entremettre pour procurer le bonheur céleste à ceux avec qui nous sommes liés sur la terre, c'est les aimer en chrétiens ; et la reconnaissance et l'amitié, cimentées par la religion, n'en sont que plus durables et n'en ont que plus de prix.
5° Et même pour nos ennemis. C'est le précepte de Jésus-Christ : « Priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient (1). » Une âme généreuse ne se venge que par des bienfaits.
6° Enfin, prions indistinctement les uns pour les autres, afin de nous appuyer mutuellement et que les tièdes participent aux mérites des fervents. Qu'ainsi nos cœurs s'élancent toujours, sur les ailes de la Prière, jusqu'au trône du Très-Haut et de Jésus-Christ son divin Fils, notre adorable Sauveur, à qui soient rendus tout honneur et toute gloire maintenant et à tout jamais 6.
TRAITS HISTORIQUES
1. Anne a recours à la Prière dans sa stérilité (2); Susanne dans son angoisse (3); Isaac médite dans son champ(-i); Ezéchias prie dans son lit (5); David se lève à minuit pour louer Dieu (6).
(I] Oratepro persequenlibus et calumniantibus vos. Luc., vi 28."
(2) I. Reg., i. '
(3) Dan., m.
(4) Gen., iv.
(5) IV. Reg,, ».
(6) PsâL cxvill.
Toutes les fois que saint Ignace entendait l'horloge sonner, il se recueillait en lui-môme et élevait son cœur à Dieu.
Saint Vincent de Paul était exact à la même pratique. Alors même qu'il était en la compagnie de personnes do la première qualité, il se découvrait en signe de religion, et faisait quelque aspiration sainte. Lorsqu'il était seul, il disait ordinairement : « 0 mon Dieu! « ô divine bonté ! quand nous ferez-vous la grâce d'être entièrement « à vous ? »
Saint Thomas d'Aquin faisait très-souvent des oraisons jaculatoires, étant à table, quand il étudiait, lorsqu'il sortait de sa chambre et lorsqu'il y retournait. Il n'y manquait jamais, quand il passait d'un exercice à un autre.
Saint Dominique, étant en voyage, s'occupait ou à chanter des hymnes ou à méditer. Aussitôt qu'il arrivait dans un lieu, sa première visite était celle du Saint-Sacrement, et, pendant son séjour dans les couvents qu'il visitait, il passait ordinairement la nuit sur le marchepied de l'autel.
Saint Philippe de Néri, étant à Rome, n'y connaissait d'autre récréation que colle d'aller visiter les églises et les hôpitaux. Même durant le cours de ses études , il donnait un temps considérable à ia Prière, et il n'y avait point de jour qu'il ne visitât plusieurs, ou même toutes les églises renommées par la dévotion des pèlerins, quoiqu'elles soient, pour la plupart, fort éloignées les unes des autres. Souvent il priait la nuit entière devant la porte d'une église, et surtout devant les reliques des martyrs, dans le cimetière de Calixte; d'autres fois, il lui arrivait, étant accablé par le sommeil, de se contenter de prendre un peu de repos sur la terre, dans le porche d'une des sept églises. Godescard.
A l'exemple de ces saints, faisons-nous un devoir, autant que possible, de ne passer jamais devant une église sans y entrer, pour 'endre à Jésus-Christ nos hommages et nous recommandera lui.
Saint Éloi, la gloire de l'Eglise de Noyon, se distingua, n'étant encore que laïque, par la plus éminente piété. Il récitait avec plusieurs de ses domestiques l'office canonial, le jour et la nuit. Plusieurs reliques de saints étaient suspendues en haut de sa chambr-e. Il priait sous ces reliques, prosterné sur un cilice ; il lisait ensuite, mais il interrompait fréquemment sa lecture, en levant les yeux au ciel, en soupirant, et en versant une grande abondance de larmes. S'il arrivait que le roi Clotaire II, qui l'avait appelé à sa cour en qualité de maître de la monnaie, le mandât pour quelque affaire et qu'il lui envoyât même message sur message, il ne venait point qu'il n'eût achevé ses exercices de piété. Jamais il ne sortait de sa maison, sans prier et sans faire le signe de la croix. La première chose qu'il faisait en rentrant, était de prier. Par l'innocence et la régularité de sa
conduite, il faisait bien plus sûrement sa cour au roi, que îes autres par les manèges et les bassesses de l'adulation.
2. On a vu les plus grands hommes, les plus illustres guerriers, au milieu des soins les plus embarrassants de leur charge, se montrer fidèles au devoir sacré de la Prière.
Laudon, feld-maréchal des armées autrichiennes, un des plus habiles et des plus heureux capitaines du xvm» siècle, ayant été élevé dans la religion luthérienne, se fil catholique avec pleine connaissance de cause, et en remplit tous les devoirs avec la plus grande exactitude. En partant, en 1788, pour le camp de DuLitza, il sortit de l'église pour aller directement à l'armée. Arrivé au camp, il remarqua qu'on négligeait la Prière du matin et du soir, et n'eut rien de plus pressé que de rétablir cette pratique chrétienne. Il reçut, avant de mourir, les sacrements de l'Église avec beaucoup de piété. Dans ses derniers moments, voyant les officiers qui environnaient son lit fondre en larmes, il les consola et les raffermit par des paroles puisées dans la vraie philosophie ; il leur recommanda d'unir toujours la religion à la valeur guerrière, de se défendre de ce qu'on appelle les maximes des esprits forts, ajoutant ces paroles remarquables « Je dois à ma confiance en Dieu les succès que j'ai eus, commMes consolations que je goûte, au moment de paraître devant lui. > C'est d'un témoin oculaire qu'on tient ces détails. Il a donné lui-même pour inscription à mettre sur son tombeau : « Le souvenir de la mort est la meilleure philosophie (1). > Die. Hist.
Charles XII ('c'était un luthérien ; et pourquoi ne le citerions-nous pas? son exemple est capable de faire rougir bien des catholiques) Charles XII, qu'on a appelé l'Alexandre du Nord, établit la discipline la plus sévère dans son armée. < On faisait, dit un historien qu'on ne peut suspecter, quand il entre dans ces détails (2), on faisait toujours dans son camp la Prière deux fois par jour, à- sept heures du matin et à quatre heures du soir. 11 ne manqua jamais d'y assister et de donner à ses soldats l'exemple de la piété, qui fuit toujours impression sur les hommes, quand ils n'y soupçonnent pas de l'hypocrisie. »
3. C'était un usage parmi les chrétiens de se lever pendant la nuit pour prier ; et cet usage est encore en vigueur dans beaucoup d'ordres religieux. Nous lisons aux Actes des Apôtres que Paul et Silas, étant arrivés à Philippe, ville de la Macédoine, et y ayant prêché Jésus-Christ, furent battus de verges, comme perturbateurs de la paix publique, et jetés en prison. Le geôlier, ayant reçu ordre de les garder sûrement, les mit dans un cachot et leur serra les pieds dans
('lj Commemoratio morlis optima philosophia. (2) Voltaire, Hist. de Charles XII, t. II
des ceps de bois. Paul et Silas, tout meurtris de coups et accablés de douleur, se mirent en Prière sur le minuit et chantèrent à haute voix des hymnes à la louange de Dieu. Dieu fit connaître, par un miracle éclatant, qu'il a un soin particulier de ses fidèles serviteurs, car, pendant qu'ils priaient, il se fit un si grand tremblement de terre, que les fondements de la prison en furent ébranlés, toutes les portes s'ouvrirent en même temps, et les chaînes tombèrent d'elles-mêmes des mains et des pieds de tous les prisonniers. Le geôlier, s'étant éveillé et voyant toutes les portes ouvertes, crut que les prisonniers s'étaient sauvés, et, comme il en répondait sur sa vie, il entra dans un désespoir qui lui fit prendre son épée pour se tuer. Mais Paul lui cria : Ne vous faites point de mal ; car nous voici encore tons. Alors le geôlier, d'étant un peu rassuré, se fit apporter de la lumière pour éclaircir le fait ; et, reconnaissant que tout ce qui s'était passé, était l'effet d'une puissance divine, il se jeta tout tremblant aux pieds de Paul et de Silas, leur disant : « Seigneurs, que faut-il que je fasse pour être sauvé ? > Ils lui répondirent : « Croyez au Seigneur Jésus, et vous serez sauvé, vous et votre famille. » A cette même heure de la nuit, cet homme, plein de reconnaissance, prit soin de la santé de ses bienfaiteurs, il lava leurs plaies, et aussitôt il fut baptisé avec toute sa famille. Puis, les ayant menés en son logement, il leur servit à manger, et il se réjouit avec toute sa maison de ce qu'il avait cru en Dieu. Le lendemain, à la pointe du jour, les magistrats qui pouvaient avoir su ce qui lui était arrivé, envoyèrent leurs huissiers au geôlier, avec ordre de relâcher les deux prisonniers.
Âct. xvi, 20.
4. Un auteur non suspect et qui a écrit sous l'influence de la philosophie du xvme siècle, alors dans toute sa nouveauté comme dans toute la violence de sa haine contre le christianisme, Saint-Foix a fait la réflexion suivante : < Chez les Romains, en se mettant à table, « le maître de la maison prenait une coupe de vin, et en versait « quelques gouttes à terre : ces libations étaient un hommage qu'ils « rendaient à lz Providence. De tout temps, les chrétiens, avant et * après le dîné et le soupe, ont fait une Prière à Dieu pour le re- « mercier du repas qu'ils allaient prendre ou qu'ils avaient pris. « N'est-il pas bien condamnable, et en même temps bien ridicule, « qu'en France, depuis cinquante ans, cet acte si naturel de recon- « naissance et de religion, ait été regardé, par les personnes du grand « mond»:, comme une petite cérémonie puérile, une vieille mode, « qv.d le nouveau bel usage doit proscrire ? Nos inférieurs, en deve- <: nant, à notre exemple, ingrats envers Dieu, s'habituent à l'être « envers nous. » Essais sur Paris.
5. Quand on annunça au prince de Condé sa mort prochaine, il demeura un moment dans le silence, et tout à coup : 0 mon Dieu, dit-il, vous le voulez, que votre volonté soit faite; je me jette entre vot
bras; donnex-moi la grâce de bien mourir. Dans cette courte Prière, vous voyez la soumission aux ordres de Dieu, l'abandon à sa pro~ vidence, la confiance en sa grâce, et toute sa piété. Sa confessipn fut humble et pleine de componction. Il ne lui fallut pas (ongtempi pour la préparer. La meilleure préparation pour celle des derniers temps, c'est de ne les attendre pas. A la vue du saint Viatique, qu'ii avait tant désiré, il s'arrête sur ce doux objet, il se souvient des irrévérences dont, hélas ! on déshonore ce divin mystère, il se souvient de toutes ies fautes qu'il avait commises, et, trop faible pour expliquer avec force ce qu'il en sentait, il emprunta la voix de son confesseur, pour eu demander pardon au monde, à ses domestiques et à ses amis. Les autres devoirs de la religion furent accomplis avec la même piété et la même présence d'esprit. Avec quelle foi priait-il sans cesse le Sauveur des âmes, en baisant la croix, que son sang répandu pour lui ne le fût pas inutilement I II se fit répéter trois fois les prières des agonisants, et il y trouva toujours de nouvelles consolations. En remerciant ses médecins: Voilà, dit-il, maintenant mes vrais médecins; il montrait les ecclésiastiques, dont il écoutait les avis, dont il continuait les Prières, les psaumes toujours à labouehe, la confiance toujours dans le cœur.
Bossubt, Oraison Funèb.
Telle fut la mort du vainqueur de Fribourg et de Rocroi. A l'exemple de Bossuet, qui disait en terminant son oraison funèbre, qu'au lieu de déplorer la mort des autres, il voulait apprendre doré^ navant de lui à rendre la sienne sainte, apprenons, nous aussi, à vivre et à mourir en vrais chrétiens.
6. Louis XIV dit un jour à un de ses favoris : « Ne cesserez-vous de demander ? > Et, voyant le courtisan atterré, il ajouta obligeamment : « pour les autres. » Oïl peut fatiguer un roi par des demandes trop fréquentes. Mais Dieu ne se plaindra jamais que nous lui demandions trop, soit pour nous, soit pour les autres; il se plaindra plutôt de ce que nous ne le prions pas assez.
Sainte Jeanne de Chantai, enseignant à ses filles la meilleure manière de faire Oraison, insistait souvent sur la nécessité de la Prière continuelle. « Notre cœur, disait-elle, doit toujours prier et aimer, quelque chose que nous fassions. » Elle mit par écrit une Prière, dont elle seservaitdansletemps de sécheresse intérieure : c'était un recueil d'actes d'amour, de louanges, d'actions de grâces, de componction, de demandes pour elle, pour ses amis et ses ennemis, pour les pécheurs, pour les morts, et pour toutes les choses qu'elle désirait obtenir de Dieu. Nuit et jour elle portait à son cou le papier où était cette Prière, et elle le pressait souvent sur son cœur, comme pour exprimer son intention de répéter sans cesse les différents actes qu'il contenait, avec toute la ferveur dont elle était capable.
Une personne, venue de Syrie, ayant demandé à saint Pémen,
un des plus illustres Pères du désert de Scété, en Egypte, quel était le meilleur remède contre la sécheresse du cœur : c C'est, répondit-ii, c la persévérance et la ferveur dans la Prière. L'eau, ne tombant « goutte, à goutte perce la pierre la plus dure; de même la parole « divine, si elle tombe souvent sur notre cœur, triomphera à la lon- « gue de sa dureté. » Si à la Prière on joint la pratique de la pénitence, on sera délivré de son insensibilité. Un humble regret de ne point avoir la componction, l'obtiendra certainement, ou en fera do moins ressentir les avantages. Vie des Pères du désert.