‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 5)Chapitre 3 sur 39 · INFAILLIBILITÉ DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

INFAILLIBILITÉ DE L'ÉGLISE

quoi il n'y aurait bientôt que trouble et désordre. Jésus- Christ, en montant au ciel, n'a pas quitté son Église ; mais il est toujours avec elle. C'est lui qui la dirige, qui la soutient, qui l'anime; et cette chaste épouse n'a d'autre vie que celle qu'elle reçoit de Jésus-Christ; elle n'a de vie que par lui et pour lui. Jésus-Christ est donc à son égard comme la tête au corps (1); et, comme la tête donne au corps la vie, le mouvement et l'action, ainsi Jésus-Christ donne la vie et le mouvement au corps de l'Église et à chacun de ses membres. Or, depuis que Jésus-Christ a quitté la terre, il ne se montre plus à découvert à son Église, comme autrefois lorsqu'il conversait avec les apôtres, et qu'il leur donnait ses instructions. Il opère maintenant dans son Église, d'une manière secrète et cachée ; et voilà pourquoi le catéchisme nous dit qu'il la gouverne invisible* ment par le Saint-Esprit. Il l'avait donné à ses apôtres, en leur disant : « Recevez le Saint-Esprit (2) ; » il le fit encore descendre sur eux, de la manière la plus solennelle, le jour de la Pentecôte ; et, depuis lors, l'Esprit de Jésus- Christ a été toujours l'esprit de l'Église, l'âme de l'Église, le principe de sa vie; et toutes les grâces qu'elle reçoit, tous les dons qui l'enrichissent, lui viennent de ce divin Esprit.

Mais de ce que TEsprit-Saint dirige l'Église, il suit de là pour elle une belle et glorieuse prérogative : c'est son infaillibilité, point essentiel de notre foi, qui mérite d'être traité avec une certaine étendue.

Je dis donc que l'Église est infaillible, c'est-à-dire qu'elle ne peut jamais professer elle-même, ni enseigner nux autres l'erreur. Il est bien clair que ceci doit s'entendre iniquement de l'Église universelle, et du corps des pasteurs que Dieu a chargés de veiller à la pureté et à l'intégrité de

(1) Ipsum dédit caput super omnem Ecclesiam quœ est corpus ipsius. Ephes., i, v2.

(2) Accipite Spirilum sanctum. Joan., xx 22.

40 ONZIÈME LliÇON.

la foi. Car il est évident, et l'expérience ne l'a que trop prouvé, que certaines églises particulières peuvent abandonner la saine doctrine, pour se laisser aller à l'esprit de vertige et de mensonge. Ce que je soutiens donc, c'est :

1° Que l'Église universelle ne peut jamais tomber dans l'erreur, car, si elle venait à perdre le précieux dépôt de la vérité, elle cesserait par là même d'être l'épouse de Jésus- Christ, le royaume de Jésus-Christ; elle ne serait plus qu'un corps sans âme ; les portes de l'enfer prévaudraient contre elle ; ce qui est manifestement contraire à la parole de Jééus-Christ, qui a promis d'être avec son Église jusqu'à la consommation des siècles. Ainsi, tout ce qui nous garantit la perpétuelle durée de l'Église, nous garantit aussi qu'elle professera toujours la vérité. Par où nous voyons combien est inexcusable le schisme des protestants, qui n'ont fondé leur prétendue réforme que sur la fausse supposition que l'Église était tombée dans l'erreur, comme si l'on pouvait croire que, malgré les promesses expresses de Jésus-Christ, le Saint-Esprit eût abandonné l'Église, pour donner à Luther et à Calvin la gloire de la régénérer !

Que si l'erreur ne peut jamais prévaloir dans l'Eglise, j'en conclus

2° Qu'il doit y avoir dans l'Église une autorité enseignante, toujours infaillible. En effet, comment la vraie foi pourrait-elle ■ se conserver, si les pasteurs enseignaient le mensonge? Mais Jésus-Christ a promis de les préserver de ce malheur, et voici ses propres paroles : « Allez, instruisez toutes les nations, et je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles (1). » Un secours certain, efficace leur est donc assuré, toutes les fois qu'ils enseigneront. Jésus-Christ sera au milieu d'eux ; or, là où est le Dieu de vérité, il ne saurait y avoir erreur. Et remarquez bien que

(1) Euntes docete omnes gentcs ; ecce ego vobiseum sura omnibus diebus usque ad consummalionem sœculi. Math., xxviii, 20.

INFAILLIBILITÉ DE L'ÉGLlfciir. 41

cette promesse n'est pas restreinte aux seuls apôtres, mais qu'elle s'étend à leurs successeurs, jusqu'à la consommation des siècles, c'est-à-dire tant que l'Église existera sur la terre.

Pour marquer plus expressément ce grand don d'infaillibilité qu'il accordait à son Église, Jésus-Christ promit à ses apôtres de leur envoyer V Esprit de vérité, qui leur enseignerait toute vérité (1); et il leur avait déjà dit que cet Esprit consolateur demeurerait éternellement avec eux (2). Ainsi l'Église enseignante aura toujours l'Esprit de vérité; et par conséquent aucune erreur, aucune nouveauté dangereuse ne se mêlera jamais ni à ce qu'elle professe de croire, ni à ce qu'elle enseigne ; elle sera toujours, comme dit.legrand Apôtre,la colonne et le fondement de la vérité(3).

Si donc il s'élève quelque contestation au sujet de la foi ou des mœurs, il ne faut pas croire que chacun ait le droit de s'en rapporter à sa propre raison, à son sens privé ; c'est au jugement des successeurs des apôtres, c'est-à-dire des évêques unis au pape qu'il faut en référer. C'est ce corps des premiers pasteurs qui compose l'Église enseignante; tout le reste des chrétiens, qui forme ce que nous appelons l'Église enseignée ou écoutante, doit se soumettre aux décisions de ce tribunal suprême des juges de la foi. Telle est la marche tracée par Jésus-Christ lui-même : c S'il survient quelque dispute, dit ce divin Sauveur, adressez-vous à l'Église (4) ; et si, quelqu'un n'écoute pas l'Église, qu'il soit regardé comme un païen et un publicain.» Telle est la marche qu'ont suivie les apôtres, dès les premiers jours de l'Évangile. Il s'éleva de leur temps une grande question, savoir s'il fallait assujettir les Gentils con-

(1) Cùm autem venerit ille Spiritus verilatis, docebit vos oinnem veritatem. Joan., xvi, 13.

(?) Alium Paracletum dabil vobis, ut maneal vobiscum in acternum. Joan., xiv, 16.

(3) Columna et firmamentum veritatis. I. Tim., m, 15.

(4) Die Ecclesias. Math., xvm, 17.

vertis aux observances de la loi mosaïque. Les apôtres se réunirent au célèbre concile de Jérusalem; Pierre y parla le premier, comme prince des apôtres et chef de l'Eglise; après lui, quelques autres apôtres donnèrent leur avis, et on fit un décret, dont les premiers mots étaient : « Ï.1 a semblé bon au Saint-Esprit et à nous (1), » donnant ainsi leur décision comme un oracle du Saint-Esprit. Telle est la marche qu'on a suivie dans tous les siècles ; toutes les fois qu'il s'est agi de condamner une hérésie, de décider un point de foi, ce sont les apôtres unis à Pierre, c'est-à-dire les évêques unis au pape, qui ont jugé, qui ont prononcé, et tous les vrais chrétiens se sont empressés d'adhérer à leur jugement. L'empereur Constantin regardait les décisions du grand concile de Nicée comme l'oracle de Dieu même ; saint Ambroise disait que ni le glaive, ni aucun genre de mort ne pourrait jamais le détacher des décidons de ce même concile; en un mot, toujours dans l'univers chrétien, on s'est fait un devoir de croire ce que l'Église croyait, de condamner ce qu'elle condamnait 3.

Attachons-nous donc inviolablement à son autorité infaillible; toute autre doctrine que la sienne, en matière de foi, est un poison mortel ; elle seule a les paroles de vie, et c'est avec une sainte joie que nous devons prononcer ces paroles de notre symbole : «Je crois la sainte Église catholique. » Quoi qu'elle décide, je n'aurai là-dessus ni doutes à former, ni difficultés à proposer ; elle a parlé, cela me suffit ; je l'écoute et la vénère, comme l'organe vivant et l'interprète infaillible du Dieu de vérité.

Voilà comment Jésus- Christ gouverne invisiblement l'Église, en lui envoyant toujours son Saint-Esprit qui la préserve de toute erreur, et lui suggère tout ce qui est nécessaire pour conduire les hommes à la foi, et par la foi au salut. Jésus-Christ gouverne encore son Église d'une ma-

(1) Yisum est Spiritui sancto et nobis. Act ., xv;

nihe visible par les ministres qu'il a établis pour la conduite des fidèles. Nous venons en effet de voir que c'est par eux que le Saint-Esprit nous propose les vérités de la foi, et nous devons, par conséquent, les recevoir de leur bouche, avec ane entière confiance et une parfaite soumission.

TRAITS HISTORIQUES

1. En ces jours de hideuse mémoire, où la déesse Raison avait usurpé les autels du vrai Dieu, l'impiété se croyait assurée de son triomphe, et, à la vue des tabernacles du Seigneur brisés, des temples piofanés, et des prêtres prenant le chemin de l'exil ou montant à l'échafaud, un fameux terroriste s'écria, dans son fanatisme révolutionnaire : Cela va bien ! si l'Église renaît de ses cendres, je me fais catholique, apostolique et romain. Le malheureux ! il a péri avec Robespierre, dont il fut un des complices ; etDieu, lassé de ses crimes, n'a pas voulu qu'il vît renaître cette Église qu'il avait poursuivie avec tant d'acharnement, et qui s'est relevée de ses humiliations avec un éclat qui dent presque du prodige. Mérault. Enseig. de larelig.

2. On cite de Mgr Phélypeaux d'Herbaut, archevêque de Bourges, un trait d'éloquence pastorale, bien capable de faire impression sur les protestants, et de leur faire sentir le crime de leur scission avec l'Église romaine. Un jour qu'il faisait une exhortation aux catholiques, dans une des villes de son diocèse, la vue d'une multitude de protestantsquiétaientvenus l'entendre, enflammasa sollicitude. Il dirige son discours vers ses auditeurs inattendus , leur expose les raisons qui doivent faire le plus d'impression sur eux, leur représente que leurs pères se faisaient gloire d'être les enfants de celte même Église, dont rien n'aurait dû les séparer. « Leurs cendres, s'écria- t-il, reposent « dans ce temple où vous voilà réunis; elles accusent votre erreur « et s'élèvent contre votre schisme. Tous ces tombeaux parlent, vous « entendez leurs voix, ils vous crient : Pourquoi étes-vous infidèles « àla croyance de vos aïeux ? Pourquoi vous étes-vous dérobés à la « sainte autorité de cette Église antique, dont les pasteurs remon- € tent, par une succession non interrompue, jusqu'au berceau du chris- « tianisme? Cette Église-Mère avait béni nos mariages ; elle avait « imprimé sur le front de nos fils, dont vous tenez le jour, le sceau de « la famille de Jésus-Christ ; elle vous parle encore à ce moment par

« l'organe de votre pontife ; écoutez-le Oui, je suis votre pasteur,

reprit l'éloquent évêque , avec une vivacité de sentiment qui lit fondre en larmes tout l'auditoire, et vous refusez d'être mes enfants,

< je serai votre père malgré vous , je le suis par l'autorité de mon € ministère ; cette autorité est celle de Jésus-Christ même, qui m'a c été confiée par l'imposition des mains des anciens du presbytère c qui l'avaient reçue des anciens, en remontant jusqu'aux apôtres et t au Fils de Dieu, dont les mains divines ont commencé cette chaîne « de consécrations solennelles, qui est venue, tout indigne que j'en « suis, reposer sur ma tête ; votre mépris de ma puissance paternelle t ne peut me l'ôter ; je suis votre père au nom de Dieu •, celui de qui « vient toute paternité au ciel et sur la terre, m'en donne sur vous les « droits sacrés ; ils sont, s'il est possible, plus inviolables que ceux « de la nature. Mais, si je suis votre père de droit divin, ah! mes en- « fants, je sens que je le suis encore par le droit de mon cœur ; mes « sentiments vous embrassent en dépit de vous-mêmes; ne vous re- « fusez pas à ma tendresse; j'ai l'émulation de votre bonheur; vos « âmes sont enchaînées à la mienne: je donnerais ma vie avec joie, ô « mon Dieu, vous en êtes témoin ! pour ramener dans les voies du « salut mes enfants qui s'égarent. » Ces paroles si touchantes, tous les évêques du monde chrétien peuvent, avec autant de raison, les adresser aux protestants et aux autres hérétiques de leurs diocèses, vrais enfants prodigues qui ont déserté la maison paternelle, pour vivre selon les rêveries de leur imagination.

C'est ce que comprit parfaitement le comte de Stolberg, poète et historien danois ; et il y a un bon mot de lui que nous devons rapporter ici. Tout en occupant les plus hautes positions dans le gouvernement de son pays, il sut trouver assez de loisir pour lire et comparer les plus habiles controversistes catholiques et protestants ; et cet examen eut pour résultat sa conversion. En 1800, il abjura le luthéranisme, et fit profession de la foi romaine. Cette démarche lui suscita beaucoup de tracasseries. Un prince protestant lui dit, en le recevant : « Je n'aime pas ceux qui changent de religion. > — « Ni moi non plus, répondit le comte ; et, si nos ancêtres n'en avaient pas changé, il y a trois siècles, je n'aurais pas été obligé de reprendre celle qu'ils quittèrent. » Ses amis, qui s'étaient d'abord montrés indisposés contre lui, finirent par lui rendre leur amitié.

3. Pleins de respect pour l'autorité infaillible de l'Église, les Saints vénéraient les décisi-ons de ses conciles presque à l'égal du texte même des Évangiles. Saint Thomas d'Aquin, à l'heure de la mort, au moment même où il recevait le saint Viatique, s'écria : c J'espère, ô mon Dieu, n'avoir rien avancé de contraire à votre divine parole, ou si cela m'est arrivé par ignorance, je me rétracte publiquement, et je soumets tous mes écrits au jugement de la sainte Église romaine.

Qu'ils sont donc éloignés de la vérité et du droit chemin qui y mène, ces novateurs qui ont posé, pour principe fondamental de leur

i retendue reforme, la haine de toute autorité! Ne reconnaissant d'autre règle de foi que l'Ecriture sainte, ils la livrent à l'interprétation individuelle, et la font servir à toutes sortes d'erreurs. En effet, il n'y a pas d'opinion si extravagante qu'avec un peu d'adresse on ne puisse étayer sur quelque texte des livres saints. C'est ce qu'on ne manqua pas d'objecter à Luther, dès qu'il s'avisa de se révolter contre l'autorité de l'Église. Un théologien catholique, nommé Ccchlée, doyen de Francfort-sur-le-Mein, voulant lui démontrer qu'il n'y avait rien ce plus facile que d'abuser de l'Écriture sainte au profit de toute hérésie passée, présente ou future, fit paraître, en 1527, un livre exprès, tissu de passages sacrés, pour prouver que Jésus-Christ n'^st pas Dieu ; et un autre, en 1528, pour prouver que la sainte Vierge avait perdu sa virginité, et qu'on doit obéir au diable. Et ce n'est là qu'un léger échantillon des folies que peut enfanter l'esprit humain, une fois qu'il a secoué le joug salutaire de l'autorité. Les protestant* sont allés encore plus loin ; et combien d'entre eux qui, en suivant le» conclusions de leurs principes, ont fini par se précipiter dans le gouffre de l'athéisme !

QUATRIÈME INSTRUCTION

Conditions requises pour être véritablement fidèle. — Quels sont les pasteurs de l'Église? — Trois caractères principaux de la vraie religion. — Merveilleux effets de la doctrine de Jésus-Christ pour la civilisation du genre humain. — Grands hommes que le christianisme a produits.

D. Qui sont les fidèles?

R. Ce sont ceux qui, ayant été faits chrétiens par le baptême, professent la religion catholique.

Le mot fidèle signifie en général qui a la foi en Jésus- Christ, et on le prend par opposition à ceux qui professent de fausses religions, et qu'on nomme infidèles.

Pour 4'cre vrai fidèle ou véritable enfant de Dieu et de l'Eglise, il faut, avant tout, avoir reçu le sacrement de baptême, qui est la porte sacrée par où l'on entre dans l'Église, et sans lequel nous aurions été pour toujours exclus de l'héritage céleste, selon la parole expresse de Jésus-Christ : u Si quelqu'un n'est régénéré par l'eau et le Saint-Esprit,

il n'entrera jamais dans le royaume des ci eux (1). »Mais,par le baptême, nous sommes affranchis delà servitude du démon, et nous devenons disciples de Jésus-Christ, et membres de son corps mystique, qui est l'Église, comm^ l'enseigne saint Paul lorsqu'il dit : «Nous avons tous été baptisés pour former un seul corps (2). » Plaignons le sort des infidèles qui, n'ayant pas eu les mêmes grâces que nous, sont assis dans les ténèbres et les ombres de la mort; et prions le Seigneur de les appeler à la connaissance de la vérité.

Pour être fidèle, il faut encore professer la vraie religion, participer aux mêmes sacrements et être soumis aux pasteurs légitimes. Tels sont les trois principaux liens extérieurs et visibles, qui nous attachent au corps de l'Eglise, et qui nous distinguent des hérétiques, des schismatiques, des apostats, des excommuniées. Reprenons. Il faut

1° Professer la vraie religion. En effet, il n'y a qu'un Dieu, qu'une foi, qu'un baptême, et, par conséquent, il n'y a qu'une vraie religion; et l'Église, qui en est la dépositaire et l'interprète, n'a jamais permis qu'on l'altérât par des inventions humaines. Quiconque ferait profession d'une doctrine et d'une foi étrangères à la sienne, ne serait plus son enfant. Car nous ne sommes incorporés à l'Église que par la vraie foi, comme le marque le titre de fidèles que nous portons, de sorte que ce qui nous lie réellement à l'Église, c'est la soumission d'esprit et de cœur à la foi qu'elle nous enseigne, et à tout ce que le Saint-Esprit veut bien nous enseigner par elle ; et, sans cette docilité aux enseignements de l'Église, quelque vertu qu'on eût d'ailleurs, quand même on opérerait les œuvres les plus éclatantes on ne serait plus, selon l'énergique expression de sain* Augustin, qu'un faux chrétien, qu'un antéchrist (3).

(1) Nisi quis renatus fuerit ex aquâ f Spiritu sancto, non potest introire in regnum Dei. Joan., m, 5

(2) In iînura corpus baptizati sunius. I. Cor,, xn, 13.

(3) Pseudo-chrisliani sunt et anti-christi. Div. Aug.

Telle est la triste condition des hérétiques, ces malheureux déseiteurs de la vraie foi, qui, poussés par l'esprit d'orgueil et d'obstination, préfèrent leur propre jugement et les rêveries de leur imagination au jugement de l'Église universelle.Prions le Seigneur de les éclairer et de les ramener dans la bonne voie, d'où ils sont malheureusement égarés.

2° Participer aux mêmes sacrements. Comme l'homme est à la fois esprit et corps, Dieu n'exige pas seulement de lui un culte spirituel, mais il veut encore que le corps l'honore à sa manière par des actes extérieurs. Voilà pourquoi, dit saint Jean Chrysostomc, Dieu se sert des choses terrestres, sensibles et corporelles, pour nous élever à celles qui sont spirituelles et divines. C'est à cette fin qu'il a institué les sacrements comme autant de sources de grâces qui, en nous sanctifiant au dedans par l'application qu'ils nous font des mérites de la mort et du sang de Jésus-Christ, nous réunissent au dehors, nous lient ensemble et nous distinguent de tous ceux qui n'appartiennent pas à l'Église.

3° Etre soumis aux pasteurs légitimes. Jésus-Christ a donné aux ministres de son Église le po.uvoir de nous instruire et de nous diriger dans la voie du salut; mais ils ne peuvent user de ce droit, qu'autant que nous sommes obligés de leur obéir et de recourir à leur ministère. Aussi Jésus-Christ veut-il que nous les écoutions comme luimême, et il leur a dit expressément : « Celui qui vous écoute m'écoute; celui qui vous méprise me méprise (4).» L'Église se compose donc de pasteurs qui gouvernent, et de brebis qui écoutent. Jésus-Christ a prescrit aux uns comment ils doivent commander; aux autres comment ils doivent obéir; et c'est ce bel ordre qui fait la beauté et la solidité de ce divin édifice.

Mais remarquez que le catéchisme ajoute qu'il faut être soumis aux pasteurs légitimes. Car il peut y avoir de faux

(i) Qui vos auditme audit ; qui vos spernit me spemil. Luc.,xyi, 10»

pasteurs qui s'ingèrent d'eux-mêmes dans le saint ministère, et qui s'arrogent un honneur qui n'est dû qu'à ceux qu'il a plu à Dieu d'appeler et de choisir. Ce sont des intrus, de faux prophètes, des loups ravisseurs, qui cherchent à dévorer le troupeau de Jésus-Christ ; ils ne sont pas entrés par la vraie porte ; ou bien ils ont rompu l'unité, en enseignant des doctrines perverses et en se révoltant contre l'autorité de l'Église. Bien loin de les écouter, nous devons les fuir et les avoir en horreur, comme des docteurs de Bélial et des apôtres de mensonge.

D. Quels sont les pasteurs dont Jésus-Christ se sert pour gouverner l'Église?

R. Ce sont les curés dans leurs paroisses; les évêques dans leurs diocèses, et notre Saint-Père le Pape dans tonte l'Église.

Jésus-Christ a établi dans son Église différentes classes de pasteurs, qui n'ont pas tous reçu un égal degré de puissance; et il en a élevé un au-dessus de tous les autres. Nous voyons, en effet, dans le saint Évangile, que, parmi ses disciples, il en choisit soixante-douze, qu'il envoya prêcher ie royaume de Dieu dans les villes de la Judée, où il devait ensuite aller lui-même ; il se choisit encore douze apôtres, et mit saint Pierre à leur tête. Or,

1° Les curés sont comme les successeurs des soixantedouze disciples, que Jésus-Christ avait adjoints aux apôtres pour les aider dans leurs fonctions. Les évêques, successeurs des apôtres, ont eu aussi toujours des prêtres pour les seconder. Dès le quatrième siècle, les chrétiens étaient si nombreux, que les fidèles d'un diocèse ne pouvaient plus se réunir tous ensemble auprès du premier pasteur ; les évêques ont choisi dès lors, parmi les membres de leur clergé, ceux qu'ils trouvaient plus dignes de leur confiance, et les ont fixés en divers lieux, pour donner les secours spirituels nécessaires à cette portion de leur troupeau. Ce sont ces coopérateurs de l'évêque, qu'on nomme ordinairement curés, mot qui désigne le soin et le souci continuel

de l'église. 48

qu'ils doivent avoir des âmes confiées à leur vigilance, et dans lequel leur nom propre vient se perdre. Envoyés de Dieu, ils ont la qualité de pasteurs ; leur devoir est de prêcher, d'instruire, de gouverner la portion des fidèles mis sous leur direction ; mais ils ne sont pasteurs que du second ordre, et ils sont soumis à l'inspection et à l'autorité des pasteurs supérieurs.

L'évêque, de qui ils tiennent leur juridiction, peut la restreindre et même les en dépouiller entièrement, si le bien de la religion le demande.

Dans les cathédrales, c'est le chapitre qui est curé, et chargé en corps de la célébration des offices divins. Ainsi le service paroissial s'accroît de toute la dignité attachée au service épiscopalet capitulaire. Quant aux autres fonctions pastorales, telles que l'instruction du peuple, l'administration des sacrements, elles sont spécialement confiées à un chanoine qui porte le nom d'archiprêtre, lequel est à la nomination del'évêque et toujours révocable à sa volonté.

Comme, dans beaucoup de paroisses, le curé ne pourrait suffire aux travaux du ministère pastoral, on lui donne un ou plusieurs auxiliaires nommés vicaires. Ceux-ci exercent les fonctions saintes sous la direction des curés, et les suppléent en cas d'absence, de maladie, et de tout autre empêchement. Ils n'ont pour tout titre que la mission et l'approbation de l'évêque.

2u Les évêques sont les successeurs f des apôtres. Le Saint-Esprit les a établis pour conduire l'Église de Dieu (1); ils tiennent le premier rang entre les pasteurs de l'Eglise. Leurs pouvoirs ne s'étendent pas seulement sur le troupeau, mais aussi sur les pasteurs du second ordre. Ils ont le droit de les choisir, de les révoquer, de leur distribuer la mesure de pouvoirs qu'ils jugent convenable, de leur faire rendre compte de leur administration, de les punk en cas de

(1) Posait episcopos regere Ecclesiam Dei. Act., xx, 28.

négligence; mais ils n'ont d'autorité que dans une partie de l'Eglise. Nous voyons, en effet, que les apôtres se divisèrent l'univers. Saint Pierre fixa saint Marc à Alexandrie, saint Paul laissa Timothée à Éphèse, et Tite en Crète. Depuis ces premiers temps, la division des diocèses a été une loi fixe dans l'Église, et tout acte de juridiction qu'un évêque s'arrogerait dans un diocèse étranger, serait nul de plein droit.

Les simples prêtres doivent être soumis à l'évêque, comme des enfants à leur père, comme des disciples à leur maître. Obéir à l'évêque avec sincérité, dit saint Ignace (1), c'est rendre gloire à Dieu qui l'ordonne ; manquer à cette obéissance, ajoute saint Ambroise, c'est tomber dans l'orgueil, c'est abandonner la vérité. Cette supériorité des évêques est absolument nécessaire au gouvernement ecclésiastique; car il faut un chef dans chaque église particulière, avec l'autorité du commandement, pour réunir tout le clergé et pour le diriger selon les mêmes vues.

Bien que tous les évêques soient égaux entre eux, quant au caractère épiscopal , il en est dont la juridiction est plus étendue que celle des autres. Ce sont les patriarches et les métropolitains ou archevêques.

Le mot patriarche, dérivé du grec, de warpiâ famille, et ofp^wv chef, signifie chef de tribu, prince des pères. Dans l'Ancien Testament, ce nom est donné aux premiers chefs de famille qui ont vécu, soit avant, soit après le déluge, jusqu'à Moïse. Dès les premiers siècles de l'Eglise, les évêques de Rome, d'Antioche, de Jérusalem, d'Alexandrie et de Constantinople ont porté ce titre. Mais l'évêque de Rome a toujours et 6 regardé comme le patriarche par excellence, le patriarche universel, parce qu'il a juridiction sur tous les évêques du monde, et que sa puissance est souveraine et s'élève au-dessus de tout.

Les archevêques ou métropolitains sont des évêques qui

(1) Epïst. adMagn., n. 6.

de l'église. 51

ont leur siège dans une ville nommée métropole, c'est-àdire ville mère ou capitale de plusieurs autres villes. Autrefois les archevêques jouissaient de grandes prérogatives. Dans la discipline actuelle de l'Eglise, leur suprématie n'est guère qu'honorifique. Ils ont néanmoins conservé le droit de convoquer et de présider le concile provincial ; ils peuvent aussi connaître, par voie d'appel, des affaires contentieuses de leur province.

Les évêques, ne pouvant remplir par eux-mêmes tous les devoirs de leur charge, sont obligés de se choisir des aides, auxquels ils désignent une partie de leur juridiction, et qu'on nomme grands vicaires ou vicaires généraux. Ils forment le conseil de l'évêque et le remplacent en tout ce qui ne requiert pas le caractère épiscopal. Les vicaires généraux titulaires portent aussi le titre 6! archidiacres, parce qu'ils sont comme les premiers ministres de l'évêque. Les pouvoirs des vicaires généraux expirent à la mort ou à la démission des prélats qui les ont constitués. Alors, c'est le chapitre qui est chargé de l'administration du diocèse, et il nomme des vicaires capitulaires pour le gouverner pendant la vacance du siège.

D'après le droit canon, le chapitre est aussi le sénat de l'Eglise, et ses membres sont les conseillers nés de l'évêque. Cependant, l'évêque n'est nullement astreint à suivre leurs avis, parce qu'il est le seul maître et le seul juge de ce qui convient à son diocèse; et même, comme l'a trèsbien remarqué Benoît XIV, la coutume peut s'être légitimement établie en certains lieux que l'évêque agisse sans demander leur consentement et sans prendre leur conseil (1). L'usage, en France, est tel à présent que les évêques gouvernent seuls leurs diocèses, sans la partici-

(1) Alultùm hàc in re deferendum est locorum consuetudini, quâ induci potest ut episcopus solulus sit ab obligatione, quà cœteroquin, spectatojurecommuni, teneretur, requirendi capiîuli consensum, aut etiam consilium. Ben. XIV, de synod. diœc, 1. XIII, e. ï.

pation du chapitre. Seulement, ils appellent dans leur conseil les ecclésiastiques qu'ils croient les plus dignes de leur confiance, et les plus capables de les éclairer par leur expérience et leurs lumières; et ces conseillers, ils les choisissent soit parmi les chanoines de leur cathédrale, soit parmi les prêtres de toute autre église, comme ils le jugent à propos.

3° Le pape seul, en sa qualité de successeur de saint Pierre, a autorité sur tout l'univers. « Les autres évêques, écrit saint Bernard au pape Eugène, ont des troupeaux particuliers ; mais tous sont confiés au pape ; il est le pasteur universel et des troupeaux et des pasteurs.... L'autorité des autres est renfermée dans des limites; la sienne s'étend sur ceux mêmes qui tiennent les autres dans leur dépendance. » Jésus-Christ, comme l'a solennellement défini le concile de Florence, lui a donné pleine puissance de paître, de régir et de gouverner toute l'Eglise.

Le pape est assisté dans tout ce qui regarde les affaires de l'Église par le collège des cardinaux, dont le nom vient de car do, cardinis, gond sur lequel roule une porte, par allusion à l'importante fonction qu'ils remplissent, puisque, étant les conseillers du souverain Pontife, c'est sur eux qu'est assis et roule le gouvernement de l'Église. Le pape est dans l'usage de ne rien faire sans eux ; voilà pourquoi saint Bernard les appelle les compagnons de ses peines et ses coadjuteurs (1). Le cardinalat est donc, dans la hiérarchie ecclésiastique, la plus haute dignité, après celle du pape. La plus éminente de leurs prérogatives est celle qui leur confère le droit de nommer le pape, lorsque le siège est vacant. Ils portent la soutane et le chapeau rouges, pour marquer qu'ils doivent être toujours prêts à verser leur sang pour la défense de l'Église et pour soutenir la foi. D'après tout ce que nous venons de dire, nous pouvons exactement définir l'Église : la société des fidèles,

(1) Collaîores et coadjulores tuos. Div. Bernard. Epist. 150 ad Eugen

professant la vraie doctrine de Jésus-Christ, et ne formant tous ensemble qu'un seul et même corps, sous la conduite du pape et des évêques soumis au pape.

D. Quelle est la vraie religion?

R. C'est celle que Jésus-Christ a lui-même enseigne'e.

Le christianisme porte ses preuves écrites sur son front, preuves à la portée des gens les plus simples et les moins instruits; il suffit d'un esprit droit, d'un cœur vertueux pour y croire parfaitement ; et, si on trouve un certain nombre de gens qui résistent à la lumière de l'Evangile, et ferment les yeux à l'évidence, on peut être convaincu que c'est l'effet d'un horrible aveuglement, qui n'a d'autre cause que les passions que la religion chrétienne combat, et qui sont, par conséquent, intéressées à en nier la divinité.

On sent bien que, dans une comte instruction, on ne peut donner toutes les preuves qui établissent la vérité de la religion chrétienne; il faudrait pour cela de longues heures et de longs volumes. Je me contenterai donc d'en exposer quelques-unes des plus claires et des plus frappantes.

On peut assigner trois caractères principaux, auxquels il est facile de discerner la vraie religion. Il faut 1° qu'elle vienne de Dieu; 2° qu'elle ne favorise aucun penchant vicieux et déréglé ; 3° qu'elle possède un moyen perpétuel et infaillible, pour se conserver telle qu'elle a été révélée et établie de Dieu. Ainsi son origine céleste, sa sainteté, son immutabilité, voilà les trois principaux motifs de crédibilité, qui nous attachent invinciblement au christianisme.

l°Son origine céleste. Il ne faut pas croire que le christianisme soit une invention humaine, ou un effet du hasard; il embrasse toute la durée des siècles et remonte jusqu'au commencement du monde. Saint Augustin, dans ses livres de la Cité de Dieu, le compare à une ville sainte, dont la construction a commencé à la création et ne doit finir que dans le ciel. Jésus-Christ, disent les apôtres, n'est

pas seulement d'aujourd'hui, il était hier et il sera le même pour tous les siècles (1); il était dans les décrets éternels, avant la naissance du monde (2) ; il fut promis à Adam, aussitôt après son péché, et jamais on n'a pu être sauvé que par la foi en lui; et toute la différence qui se trouve entre les deux Testaments, c'est que le Nouveau nous montre comme arrivé depuis dix-huit cents ans le Rédempteur qu'on attendait sous l'Ancien. Les saints de l'ancienne loi, Josué, David, Samuel, Élie, etc., ont été chrétiens effectivement, par une anticipation de grâce, quoiqu'ils n'en portassent pas le nom, dit saint Augustin (3) ; et ils étaient dès lors membres de l'Église et du Sauveur, quoique le Fils de Dieu ne se fût pas encore revêtu d'une chair mortelle. Et voilà ce qui fait la gloire du christianisme, exclusivement à toute autre religion : il a pris naissance avec le premier homme, sous les délicieux ombrages du paradis terrestre. lia reçu divers développements, par la révélation faite aux patriarches et en particulier à Moïse, jusqu'à ce qu'enfin, les temps marqués dans les desseins de la Providence étant arrivés, Jésus-Christ est descendu du ciel pour lui donner sa perfection et son complément.

Mais ce qui nous démontre, plus que tous les raisonnements, l'origine céleste du christianisme, ce sont les miracles par lesquels Jésus-Christ a prouvé la divinité de sa mission. Car, les miracles étant des œuvres de Dieu, il est évident qu'ils ne peuvent être opérés en faveur d'une religion fausse ; le Dieu de toute vérité ne peut aucunement pactiser avec l'erreur. Or, la vie de Jésus-Christ a été signalée par les plus étonnantes merveilles. Nous lisons dans les saints Evangiles qu'il guérissait les maladies les plus in-

(1) Jésus Christus heri et hodiè, ipse et in sœcula. Eeb., xm, 8. [ï) Prœcogniti quidem ante mundi conslitutionem. I. Pet., i, 20. (3) Re, non nomine christiani. D. Aug. De catech. rud., 19.

DE LA VRAIE RELIGION. 5fe

vétérées, qu'il redressait les paralytiques, qu'il rendait la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, et même la vie aux morts. La nature entière lui était soumise, et obéissait au moindre signe de sa volonté. Ces miracles furent tous opérés à la face du jour, à la vue d'une multitude de «témoins, auxquels on ne pouvait en imposer sur des choses qu'ils voyaient clairement de leurs propres yeux. Ces miracles sont appuyés sur les témoignages les plus sûrs et les plus irrécusables, sur des témoignages d'une force telle qu'il est impossible d'en trouver ailleurs une pareille. Ils nous sont attestés par les évangélistes, par les apôtres, par les innombrables disciples de Jésus-Christ, par des millions de martyrs qui ont scellé leur témoignage de leur sang, 3t, enfin, par des païens eux-mêmes. Tertullien rapporte (1) que l'empereur Tibère, étant informé des miracles de Jésus- Christ par Pilate, qui lui en avait envoyé une relation (2), proposa au sénat de le mettre au nombre des Dieux, et menaça du supplice ceux qui accuseraient les chrétiens. Plus tard, l'empereur Adrien, étant touché de ce que Jésus- Christ avait fait de grand, bâtit des temples pour servir aux chrétiens (3). On sait aussi que l'empereur Alexandre Sévère, après avoir révéré Jésus-Christ en particulier comme Dieu, voulut encore lui élever des autels. Des témoignages si publics, rendus par des empereurs et des empereurs idolâtres, font assez voir quel a été l'éclat et la certitude des miracles de Jésus-Christ; et, comme ces miracles n'ont pu être faits que par la puissance de Dieu, nous en concluons certainement que Jésus-Christ et sa religion ont tiré leur origine de Dieu.

Le plus étonnant des miracles, c'est l'établissement même du christianisme, au milieu des obstacles les plus insurmon-

(1) Tertull. Apol.,\.

(2) Cette relation est citée par saint Justin. ApoL, n.

(3) Lamprid. tn Air., c. iv

tables aux forces humaines. Nous avons déjà parlé de cette preuve manifeste de la divinité de notre sainte religion ; qu'il nous suffise de la rappeler ici en peu de mots.

Un fait encore subsistant et exposé à tous les yeux, c'est que le monde, d'idolâtre qu'il était, est devenu chrétien. Or, l'univers entier changer de Dieu, de culte, de lois, de maximes, de mœurs, d'opinions, d'usages.... quelle étonnante révolution ! La croirait-on possible, si on ne la voyait accomplie ? De quelle manière expliquer ce progrès merveilleux et sans exemple du christianisme ? Vous ne pouvez en attribuer la cause ni à la nature de la doctrine chrétienne, puisqu'elle offre à la fois et des mystères inaccessibles à l'esprit humain, et une morale austère, effrayante pour les passions qui tiennent le plus à notre cœur; — ni aux qualités personnelles de ceux qui l'enseignaient : c'étaient des gens sans habileté, sans science, sans force, et ils eurent à lutter contre toute l'éloquence et la philosophie du monde ; — ni aux bonnes dispositions des peuples à qui elle était annoncée, caries Juifs devaient haïr le christianisme; les païens devaient le mépriser ; et nous voyons, en effet, que les apôtres furent persécutés par les Juifs, persécutés par les Gentils ; et, malgré toutes les puissances de la terre et de l'enfer ctui se déchaînèrent contre eux, ces douze pauvres pêcheurs de Galilée ont cependant converti le monde ! Quelles raisons donnerez-vous d'un si étrange phénomène ? La volonté de Dieu, l'appui que Dieu leur prêta, la mission divine dont ils étaient chargés; il ne peut y en avoir d'autres. Et, quand notre religion est appuyée sur des bases si solides, celui, dit saint Augustin, qui demande de nouvelles raisons et de nouveaux prodiges pour croire, est lui-même un grand prodige de ne vouloir pas se rendre à des preuves, qui ont fait changer de face à toute la terre ( ! ) .

2e Sa sainteté. Où trouver une doctrine plus élevée, un*»

(1) D. Ang. De Civit., lib. XXII, c. v.

morale plus sublime que celle qui est consignée dans l'Évangile ? Elle nous enseigne sur Dieu, sur les rapports qui nous unissent à lui, sur la chute de l'homme, sur la manière admirable dont il a été régénéré, sur la vie future, etc., les plus grandes, les plus importantes vérités, qui avaient été jusqu'alors totalement inconnues ou connues seulement d'une manière imparfaite.

Quant aux préceptes moraux, ils répondent si bien à la nature et à la condition de l'homme, ils mettent si bien l'homme dans l'ordre , qu'il était impossible à Dieu luimême de concevoir un plan de législation plus sage, plus beau et plus accompli. Jésus-Christ a d'abord posé deux principes fondamentaux : Aimer Dieu, aimerles hommes ; de là découlent tous les devoirs que nous avons à remplir envers Dieu, envers le prochain, envers nous-mêmes.

Selon la loi de Jésus-Christ, l'homme doit aimer Dieu en Dieu, c'est-à-dire pour lui-même, par-dessus toutes choses, se dévouer entièrement à son service, lui donner le premier rang dans son estime et son affection, ne vivre que pour lui, se résigner entièrement à sa volonté, et aimer mieux mourir que de lui déplaire.

Il nous est ordonné d'aimer le prochain, pour l'amour de Dieu dont il est l'image, de lui donner tous les secours qui dépendent de nous, de supporter ses défauts, de lui pardonner les injures; Jésus-Christ veut que nous poussions la charité jusqu'à faire du bien à nos ennemis, pour imiter la providence de Dieu, qui fait lever son soleil sur les pécheurs comme sur les justes. En un mot, nous devons aimer le prochain comme nous-mêmes, et faire pour tous les hommes ce que nous voudrions qu'ils fissent pour nous : règle admirable, qui comprend la somme et la substance de toutes les vertus sociales, et sur laquelle l'homme ne saurait {■<*« méprendre.

A l'égard des devoirs envers nous-mêmes, nous devons nous aimer d'un amour conforme à noir? nature et à no-

tre destinée éternelle, et, par conséquent, préférer Fâme au corps, notre salut à notre fortune, à nos plaisirs, et même à notre vie ; nous devons nous appliquer à conserver et à perfectionner dans notre âme la ressemblance divine , par l'étude de la sagesse et la pratique de la vertu, et, par conséquent encore, nous préserver de la corruption du monde, et mener une vie sobre, juste et pure, qui nous rapproche de Dieu.

Pour compléter ce corps d'enseignement, Jésus-Christ a joint à toutes ces injonctions générales des conseils de la plus haute perfection, qui indiquent aux hommes les moyens les plus courts et les plus infaillibles pour dompter leurs passions. Tels sont les conseils de renoncer entièrement au monde, de garder la virginité, d'embrasser volontairement la pauvreté, etc.

Nous pouvons donc conclure que la loi de Jésus-Christ est la plus belle et la plus sainte des lois. Celui qui la suivrait exactement, serait aussi grand, aussi parfait qu'il est donné à l'homme de l'être. Mais ces règles, si supérieures en pureté, en solidité, en clarté, en utilité, aux leçons que tous les philosophes de la terre mis ensemble ont jamais pu dicter aux hommes sur la morale, d'où nous sont-elles venues? Qui a pu nous les enseigner? 11 ne faut que le bon sens le plus ordinaire pour comprendre qu'elles n'ont pu venir que de la source de toute perfection, c'est-à-dire de Dieu lui-même.

3° Son immutabilité. Dieune change point ; mais l'homme varie continuellement ; aussi une marque non équivoque de l'opération divine, c'est la constance et l'uniformité. La religion, parfaite et immuable dès sa naissance, parce qu'elle est l'ouvrage de la sagesse divine, serait sans cesse défigurée par l'aveuglement et les passions des hommes, si Dieu n'avait établi une autorité suprême et infaillible, pour l'enseigner et l'expliquer aux peuples. Sans cette autorité infaillible, il n'y aurait bientôt plus d'unité dans les croyances, plus d'u-

nion dans les sentiments, plus d'uniformité dans les actions, çlus de religion en un mot. Mais cette autorité supérieure à tout raisonnement, où la trouverons-nous ? Dans la religion catholique. Elle seule a, dans les chefs qui la gouvernent, un tribunal à qui Dieu a promis une assistance perpétuelle et une infaillibilité entière dans tout ce qui concerne le dogme, la morale, le culte et la discipline; c'est le corps épiscopal, dont la majorité, comme nous en sommes assurés par la promesse divine, jamais ne se trompera, ni ne se séparera de son chef. Hors de cette Eglise catholique, vous ne trouverez que désordre et confusion; ce que l'un croit, l'autre le nie ; la foi qu'on admettait hier on la rejette aujourd'hui, pour la reprendre demain, au gré de ses caprices. Ces variations continuelles font l'opprobre de toutes les sectes hérétiques, et prouvent invinciblement qu'elles ne sont pas la véritable Église de Jésus- Christ. De là, il est encore aisé de conclure que leshérétiques ne peuvent jamais être assurés d'avoir la vraie religion, puisque, ne reconnaissant pas l'autorité de l'Eglise et se trouvant ainsi abandonnes à leur sens privé, ils peuvent à chaque instant se tromper, et prendre pour révélé de Dieu ce qui n'est que le produit de leur imagination.

A tous ces caractères de vérité, ajoutez encore les merveilleux effets, que le christianisme a produits pour la civilisation et le bonheur des hommes. C'est lui qui a détruit ces abominables coutumes, si longtemps en usage chez les nations païennes, la polygamie, le divorce, l'esclavage, l'exposition des enfants; c'est lui qui a adouci le caractère féroce des peuples barbares, diminué les horreurs de la guerre, et introduit, chez toutes les nations qui l'ont embrassé, dans le commerce civil une sécurité, dans les» niiDeurs une décence, dans la société une douceur, qui ne se trouvent point ailleurs. Il s'est assis sur le trône des rois pour alléger la pesanteur de leur sceptre, dans le sanctuaire de la justice pour adoucir la sévérité des lois. Ngus ressen-

tons encore tous les jours son heureuse influence : il veille sur notre berceau, nous dirige au milieu des écueils de la vie, et nous adoucit nos peines. « Chose admirable ! a dit un célèbre philosophe (1), la religion chrétienne, qui semble n'avoir d'autre objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci1. »

Grâces donc et mille actions de grâces à la divine Providence, pour nous avoir fait naître au sein du christianisme ! C'est la seule religion qui puisse consoler, purifier et faire prospérer le genre humain; c'est le bienfait le plus étendu et le plus substantiel que le Père des miséricordes ait jamais daigné, dans son ineffable bonté, verser sur les enfants des hommes.

Ajoutons encore que le christianisme a pour lui le témoignage des hommes les plus éminents par leur science et leurs vertus. Les esprits du plus vaste savoir, les plus hautes raisons que la terre ait portées, se sont prosternés avec foi devant la croix de Jésus-Christ. Quel intérêt avaient-ils à croire ? Aucim ; et ils eussent facilement démêlé l'erreur, si le christianisme ne les eût frappés de sa divine lumière. Un très-grand nombre non-seulement ont cru, mais encore ont consacré à la défense de la religion la puissante supériorité de leurs talents.

Que voyons-nous, au contraire, dans les rangs de l'impiété? L'ignorance, l'astuce, la calomnie, un orgueil diabolique, des contradictions sans nombre, des vices honteux, une rage effrénée pour saper tous les fondements de la vertu. Suivez de près tous ceux qui affectent de parler contre la religion ; vous les verrez incrédules par système, mais sans conviction ; ils s'efforcent de persuader aux autres ce qu'ils ne croient pas eux-mêmes; l'impiété chez eux n'est que la mauvaise foi du cœur, comme l'avouait de luimême un d'entre eux (2). Ils ne font que douter sans jamais

(1) Montesquieu, Esprit des lois, liv. XXIV.

(2) Raynal. V. Proyart, Louis XVI. liv. IX, a. U.

parvenir à la certitude. Aussi les voit-on presque toujours se démentir dans le péril, et rendre, à l'heure de la mort, hommage à cette religion qu'ils ont blasphémée pendant leur vie.

Au christianisme donc les âmes les plus grandes et les plus pures; à l'impiété les passions qu'elle favorise. Entre ces deux autorités, qui pourrait balancer ?

TRAITS HISTORIQUES

1 . Ce serait nne œuvre immense, si l'on voulait exposer tout le bien que le christianisme a fait à la société civile, et, par conséquent, tous les titres qu'il a à notre amour et à notre reconnaissance. Pour nous en faire une idée, rappelons ici, en peu de mots, l'état d'abjection dans lequel le paganisme retenait la plus grande partie du genre humain.

Voyez, d'abord, combien était misérable la condition des esclaves. A Lacédémone, on leur accordait à peine le nécessaire, tout en les accablant de travaux ; el les jeunes gens libres de cette ville se faisaient un jeu de les tuer, pour s'exercer au métier de la guerre. Dans le vaste empire romain, on les regardait comme un vil bétail, dont on pouvait trafiquer à sa fantaisie. On frémit à la seule idée des cruautés qu'on exerçait à leur égard. Les maîtres, d'après la loi romaine, avaient sur eux droit de vie et de mort; el ils en usaient sous le moindre prétexte, quelquefois même uniquement pour se divertir. Un certain Védius Pollion était dans l'usage, lorsque quelqu'un de ses esclaves avait cassé un verre, ou commis quelque autre faute, même très-légère, de le faire jeter dans un vivier où il nourrissait des lamproies (1). — Lucius Domitius, préteur en Sicile. ayant appris qu'un esclave avait tué un ours d'une grosseur extraordinaire, désira voir cet homme dont on vantait l'adresse et l'intrépidité. Ce pauvre malheureux, extrêmement satisfait de celte distinction, vint, en effet, se présente-:au préteur, espérant sans doute une récompense et des applaudissements. Mais, quand on eut dit à Domitius qu'il n'avait fallu à l'escla va qu'un épieupour vaincre et tuer l'ours, il ordonna aussitôt qu'il fût crucifié, sous le barbare prétexte que la loi interdisait aux esclaves l'usage de cette arme , ainsi que de toutes les autres (2). — Un préfet de

\1) Senec. De ira, ni, 40. — Plin., 1. IX, c. ixm (2) Cicer. Contra Verrem. Act. n, 1. V, c. in.

Rome, Pédanms Secundus, ayant été assassiné dans sa maison, on mil à mort tous ses esclaves, au nombre de quatre cents, sans que pourtant la moindre charge s'élevât contre eux; mais en cela, dit froidement l'historien, on suivait un ancien usage (1). Et ces usages affreux •! d'autres semblables subsisteraient encore, si le christianisme ne les ivait entièrement abolis. Oui, pauvres gens du peuple, artisans, agriculteurs, vous tous qui portez le poids de la chaleur et du jour, sans le christianisme, vous dépendriez encore aujourd'hui d'un maître eapricieux qui pourrait, selon son bon plaisir, vous torturer de toutes manières, vous conserver ou vous faire mourir. Et de pareilles horreurs ne subsistent-elles pas de nos jours dans les lieux où n'a pu pénétrer la lumière évangélique? Allez à Conslantinople, à Tunis, etc., f t vous verrez d'ignobles marchés de chair humaine ; vous y verrez la dignité de l'homme méconnue, avilie, foulée aux pieds. Le christianism« seul a preclamé la grande loi de liberté 1 C'est le premier empereur chrétien, Constantin le Grand, qui, en un jour, brisa les chaînes de soixante millions d'esclaves, et les appela à l'égalité morale, dont les avaient dépouillés l'injustice et la tyrannie. Partout où la loi de l'Évangile a prévalu, elle a détruit, autant qu'il lui a été possible, l'esclavage, en Fattaquant jusque dans son principe, et il a opéré celte belle fusion entre les hommes, qui sont tous frères aux yeux du Créateur et aux yeux de l'Évangile.

Voyez, en second lieu, quel triste sort était réservé à la femme dans Les KJreiétés païennes. Naissant esclave d'un père qui pouvait la tuer ou la vendre, elle trouvait ensuite dans son époux, non un ami, mais un tyran, dont elle devait aveuglément exécuter tous les ordres, et qui, après l'avoir déshonorée et flétrie, pouvait ensuite la chasser ignominieusement du foyer domestique, et l'abandonner dans l'opprobre ai la misère. Encore aujourd'hui, quelle n'est pas l'abjection de la femme en Turquie, en Chine, aux Indes, chez tous les peuples idolâtres 1 Nous pouvons en juger par cet extrait des Annales de la progalion de la foi. « Les lois chinoises ne permettent pas de doter les « filles. Les parents peuvent bien les vendre comme de vils animaux, « ils peuvent même les faire mourir ; mais ils ne peuvent point les « doter. Les garçons seuls héritent. Un préjugé barbare fait consi- « dàrer le sexe comme une espèce dégénérée, inférieure à l'homme, t II n'y a que la religion chrétienne qui, en Chine, comme dans le « retfte de l'Asie , adoucisse le sort des femmes et leur donne une « plus grande liberté. On peut dire que le christianisme leur a rendu, « en quelque sorte, l'état civil. La différence entre les chrétiennes et « les païennes est si sensible, que les Chinois appellent la religion

(I) Vetere ex more. Tacit., Ann., IV, 142,

« chrétienne, la religion des femmes (1). » 0 vous donc que le christianisme à réhabilitées, 6 vous qu'il protège encore, partout où il exerce sa douce influence, filles, femmes, épouses, mères chrétiennes, avec quelle vive foi ne devez-vous pas vous attacher à celte sainte religion à laquelle vous êtes si redevables !

Troisièmement enfin, quel cas le paganisme faisait-il des enfants ? Ici que d'abominations ! que d'atrocités ! On se refuserait à le croire, si elles n'étaient appuyées sur le témoignage de tous les historiens. Chez beaucoup d'anciens peuples, un usage barbare autorisait la destruction des enfants, même avant leur naissance ; chez d'autres, on les étranglait, aussitôt qu'ils avaient ouvert les yeux à la lumière; ailleurs on les noyait, ou bien on les exposait sur le bord de la mer, où ils ne tardaient pas à périr de faim, de froid, ou par la dent des bêtes féroces. Ainsi l'histoire sainte nous apprend que Moïse, le législateur du peuple juif, fut exposé en Egypte sur le Nil, dans un petit panier de joncs, et recueilli par la fille de Pharaon, qui le fit élever. L'histoire profane nous apprend aussi que Romulus, le fondateur de la grandeur romaine, eut le même sort en Italie ; ce qui prouve que ces deux peuples, si renommés par leur sagesse, ne rougissaient point de condamner à une mort certaine les enfants qui pouvaient être à charge à leurs parents. Chez les Spartiates, Lycurgue ordonna que tous les enfants, qui seraient trouvés difformes par des juges nommés à cet effet, seraient jetés dans un affreux précipice, aupied du montTaygète. Sous les empereurs romains, l'exposition des enfants était si commune, que Tacite regarde comme une chose extraordinaire l'exemple des Germains, qui élevaient tous leurs enfants, quelque nombreux qu'ils fussent. Encore aujourd'hui, dans l'Inde, une abominable superstition condamne tous les ans une multitude d'enfants à une mort cruelle ; et, dans la Chine, on les jette sans scrupule dans la rivière, ou bien on les expose dans les rues, où ils sont écrasés sous les pieds des chevaux , ou dévorés par les chiens. On a compté que, pour la seule ville de Pékin, le nombre d'infanticides s'élevait jusqu'à dix mille au moins par année !!! 0 enfants, ô vous qae le christianisme entoure de tant de soins, c vous l'objet d'une si pieuse tendresse, bénissez, aimez cette religion sainte, la gardienne, îa tutrice de votre faiblesse et de votre innocence. Hélas! combien d'entre nous auraient péri misérablement, si nous avions vécu avant le règne du christianisme, ou si nous étions nés dans ces pays que le Seigneur n'a pas encore visités, dans sa misera corde.

La religion chrétienne est donc éminemment bienfaisante, éminena-

(1) Annales, n. 60, p. 220, an. 1837.

ment civilisatrice ; ingrats, impies sont tous ceux qui la blasphèment. Pour nous, nous sentons notre cœur palpiter de joie et d'amour, en pensant aux abus énormes, monstrueux qu'elle a détruits, et aux innombrables bienfaits qu'elle a répandus sur l'humanité, et dont nou» n'avons pu ici que tracer une légère esquisse.

CINQUIÈME INSTRUCTION

Les Apôtres chargés d'instruire le monde. — Les Évêques, successeurs des Apôtres.— Primauté de saint Pierre. — Le Pape, successeur de saint Pierre.

D. Qui sont ceux que Jésus-Christ a établis pour instruire le monde après sa mort?

R. Les Apôtres.

Les Apôtres sont les pères, les fondateurs et les princes de l'Église. Jésus-Christ, ayant résolu de répandre son Évangile jusqu'aux extrémités de l'univers, ne voulut pas exécuter ce grand ouvrage par lui-même; il se choisit un certain nombre de disciples, qu'il privilégia entre tous les autres, et qu'il associa, d'une manière toute particulière, à son divin ministère. Avant de les élire, il se retira sur une haute montagne et y passa toute la nuit en prières, non qu'il ne connût parfaitement ceux qui convenaient le mieux à un si sublime emploi, lui qui est la lumière du monde et la sagesse éternelle ; mais il voulait apprendre à son Eglise le soin qu'elle doit apporter au choix de ses ministres, et surtout de ceux qui sont destinés à occuper les premières places de son royaume sur la terre. Il n'alla pas les prendre à la cour des princes, dans les palais des grands, dans les académies des savants ; c'était par l'humble simplicité de la foi qu'il se proposait de confondre l'orgueil du monde; et il se choisit des gens grossiers et ignorants, un publicain détesté de tous à cause de ses fonctions, de pauvres pô-

cheurs qui savaient à peine lire, voilà ceux qu'il destinait à convertir le monde. Et ces pauvres pêcheurs, sans comprendre encore toute l'étendue de l'honneur immense que Jésus-Christ leur faisait, mais attirés, comme le dit saint Jérôme, par un certain éclat de majesté mêlé d'une douceur aimable, qui brillait sur le visage du Sauveur, et en même temps touchés par l'onction intérieure de la grâce, renoncèrent à tous leurs biens, à toutes leurs habitudes, à leur propre volonté, pour s'attacher inviolablement à leur divin Maître. Heureux ceux qui imitent leur dévouement! Jésus- Christ leur promet en récompense, non-seulement un bonheur éternel dans le siècle à venir , mais encore le centuple dans cette vie, c'est-à-dire les trésors de la grâce, les délices du divin amour, et la jouissance des consolations du Saint-Esprit.

D. Qu'entendez-vous par les Apôtres?

R. J'entends les douze principaux disciples, que Jésus-Christ avait choisis pour convertir les hommes et les rendre chrétiens.

Le mot Apôtre signifie envoyé. Jésus-Christ leur donna ce nom, parce qu'il leur confia la même mission qu'il avait lui-même reçue de son Père. « Je vous envoie, leur dit-il, comme mon Père m'a envoyé. — Allez, instruisez les nations, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint- Esprit. — Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et retenus à ceux à qui vous les retiendrez. — Celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous méprise me méprise, etc. »

Ils furent choisis au nombre de douze, afin que le nombre des patriarches du peuple nouveau correspondit parfaitement à celui des patriarches de l'ancienne loi.

Conformément à l'ordre qu'ils ont reçu, ils se répandent dans tout l'univers, et pénètrent au sein des peuples les plus barbares, dans des contrées inaccessibles aux armées ro-

maines. Chacun va où le souffle du Saint-Esprit le pousse. Saint Jacques est le premier évêque de Jérusalem; saint Jean s'établit à Éphèse et fonde les Églises de l'Asie-Mineure ; André se transporte chez les Scythes ; Thomas s'avance jusqu'aux Indes; Philippe dans la haute Asie; saint Barthélemi dans l'Arménie ; saint Mathieu dans l'Ethiopie ; saint Simon dans la Mésopotamie et la Perse ; saint Jude dans l'Arabie et l'idumée ; saint Mathias dans l'Afrique. Saint Paul gagne à Jésus-Christ des nations innombrables ; et saint Pierre, le chel de tous, le coryphée du chœur apostolique, comme l'appelle saint Jean Chrysostome, après avoir prêché aux Juils dispersés dans le Pont, la Galatie et la Cappadoce, dans l'Asie et la Bithynie, après avoir résidé sept ans à Antioche, entre dans Rome pour attaquer les démons sur le trône même de leur tyrannie, et pour faire de cette ville, qui était le centre de la superstition et de l'erreur, la capitale du monde chrétien.

Le zèle de ces envoyés de Dieu est à l'épreuve des railleries, des insultes, des difficultés, des dangers de tout genre. La vue des tourments, de la mort même, n'est pas capable de les arrêter ; ils se réjouissent de souffrir, dès qu'il s'agit de faire connaître et aimer Jésus-Christ. Si on les enchaîne, le titre de prisonnier de Jésus-Christ leur semble le plus honorable de tous; et c'est celui qu'ils prennent de préférence à tout autre au commencement de leurs épîtres. Si on les bat de verges, ils n'en sont que plus ardents à poursuivre leur œuvre. Oserait-on les soupçonner d'imposture ? Mais quel intérêt avaient-ils donc à nous tromper? Serait-ce pour le plaisir d'être haïs, persécutés, flagellés, tués, qu'ils se seraient mis en tête de débiter des fables ? Et comment se ferait-il qu'aucun d'eux ne se fût démenti à la vue des supplices? Et ces fables, comment auraient-ils eu le talent de les persuader à des milliers de juifs et d'infidèles ? Étudiez leurs discours : c'est un ton de simplicité, de douceur, de franchise, qui vous

saisit d'abord, qui va droit à l'esprit et au cœur, et qu'il est impossible de retrouver ailleurs; vous reconnaissez aisément que c'est la vérité même, qui parle par leur bouche. Étudiez leur conduite, vous n'y trouvez qu'humilité, patience à foute épreuve, désintéressement, désir brûlant de plaire à Dieu, de le faire aimer, de verser leur sang pour sa gloire; c'est la vertu poussée jusqu'à l'héroïsme. Et ces hommes-là seraient des imposteurs ! L'impiété peut bien le dire ; mais pourra-t-elle nous le faire croire ?

Or, comment ces hommes pauvres, sans lettres, destitués de tout secours humain, ont-ils pu triompher de la sagesse des philosophes, de l'éloquence des rhéteurs, de la force des préjugés, de toutes les passions conjurées contre eux? Comment ont-ils pu faire adorer partout la folie de la croix ? C'est que l'Esprit de Dieu était en eux; c'est qu'en même temps qu'ils prêchaient, ils confirmaient leur doctrine par un grand nombre de miracles. Us savaient à peine leur propre langue, et ils parlaient tout d'un coup la langue de tous les peuples, ils chassaient les démons, redressaient les boiteux ; la seule ombre de Pierre guérissait les malades. En vérité, quand on considère sans prévention la conduite des Apôtres, leur prédication, leurs œuvres merveilleuses, leur succès, on ne peut s'empêcher de s'écrier: a 0 mon Dieu, si je pouvais être trompé dans ma foi, ce serait vous-même qui m'auriez induit en erreur, puisque ma croyance est appuyée sur des marques si visibles de votre autorité 4 (1).

D. Qui sont ceux qui tiennent aujourd'hui la place des Apôtres?

R. Ce sont les évêques.

Jésus-Christ ne devait pas toujours rester sur la terre

vl) Domine, si error est, à te decepti sumus. Pic de la dole.

d'une manière visible; les Apôtres et les soixante-douze disciples qu'il avait choisis, ne devaient pas non plus vivre éternellement dans ce monde. C'est pourquoi Jésus-Christ, en leur donnant ses pouvoirs, leur conféra en même temps la puissance de les transmettre à leurs successeurs, afin qu'il y eût toujours des chefs et des pasteurs pour régir, instruire et conduire l'Église dans les voies du salut. Les évêques ont les mêmes pouvoirs que les Apôtres, dont ils tiennent la place, comme nous voyons les princes de la terre hériter de l'autorité de leurs prédécesseurs. Ils possèdent la plénitude du sacerdoce, et, de droit divin, ils ont un degré de prééminence et d'autorité sur les simples prêtres.

Dès l'origine, ils ont été appelés eux-mêmes Apôtres, princes du peuple, pontifes, vicaires de Jésus-Christ, anges de l'Église, etc. Le nom d'évêque, qu'ils portent actuellement, signifie surveillant ou inspecteur, parce qu'ils doivent veiller sur le troupeau qui leur est confié, réformer ce qu'il y a de défectueux, établir des prêtres là où ils le jugent nécessaire, et prendre garde surtout que le dépôt de la foi, qui est entre leurs mains, ne reçoive jamais aucune atteinte. En leur qualité de pasteurs; déjuges, de docteurs des fidèles, ils doivent censurer les erreurs contraires à la doctrine chrétienne; et, pour qu'ils puissent remplir dignement cette fonction d'enseigner, Jésus-Christ a promis d'être avec eux jusqu'à la consommation des siècles. Enfin, leurs droits et leurs obligations se trouvent renfermés dans ces paroles, que saint Paul adressait à son disciple Timothée : ((Enseignez, commandez, reprenez, conjurez, réprimandez (1) ; » et, comme leur personne est sacrée et leur autorité divine, le même Apôtre ajoute en un autre endroit : « Que personne ne vous méprise^ (2). »

(l)i Argue, obsecra, increpa. II. Tim., iv, 2. (3) Nemo te contemnat. Tit., i, 15.

D. Quel est celui que Jésus-Christ choisit pour être le chef des Apôtres ?

R. C'est saint Pierre qui fut choisi pour être le chef des Apôtres.

Une société où il n'y aurait pas de chef, serait bientôt dans le trouble et la confusion. Or, l'Église est la plus étendue et la plus nombreuse de toutes les sociétés ; elle compte des membres jusqu'aux extrémités de l'univers. Si les évêques, qui sont en si grand nombre dans le monde, avaient une autorité indépendante et que personne n'eût inspection sur eux, qui ne voit qu'il pourrait en résulter les plus grands désordres ? Chaque évêque étant le maître de gouverner son diocèse comme il voudrait, et ne reconnaissant pas de supérieur qui pût lui faire la loi, il s'ensuivrait aussi qu'il pourrait tout changer dans son diocèse ; et bientôt les chrétiens des divers diocèses ne se ressembleraient que par le nom ; et l'Église universelle, au lieu d'être un corps parfaitement beau, composé de membres bien proportionnés et assortis avec la plus grande justesse, ne serait plus qu'un assemblage monstrueux de diverses parties, qui n'auraient aucmi rapport entre elles. Il fallait donc, dans l'Église, un pasteur supérieur aux autres pasteurs, qui veillât sur toutes les parties du troupeau, qui pût reprendre, corriger et punir au besoin les pasteurs secondaires; un évêque des évêques, qui fût comme le centre d'unité auquel tout vînt aboutir. Sans cette autorité principale, point de certitude ni de solidité dans la foi ; point de concert ni d'harmonie entre les pasteurs.

Aussi voyons-nous que Jésus-Christ mit Pierre à la tête des Apôtres, qu'il lui donna sur eux une primauté nonseulement d'honneur, mais encore de juridiction, de sorte qu'il pût faire et ordonner tout ce qu'il croirait nécessaire pour le bien général de l'Église ; et, afin que cette prérogative, si importante et si nécessaire, fût hors de tout doute,

il se plut à l'exprimer de plusieurs manières et en diverses rencontres.

Dans une circonstance, où Pierre confessa la divinité de Jésus-Christ avec une grande force, ce divin Sauveur, pour l'en récompenser, lui dit: «Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle (1). » Voilà donc Pierre établi le fondement de l'Église ; il doit à lui seul porter tout le poids et toute la masse de ce grand édifice, et lui donner une solidité inébranlable. — Avant sa passion, Jésus-Christ dit encore expressément à Pierre : a J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille jamais; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères (2). » Pierre aura donc plus de puissance que les autres Apôtres ; ce sera à lui de veiller sur eux et de les affermir. — Enfin, après sa résurrection, Jésus-Christ ayant exigé de Pierre un triple témoignage de son amour, comme en expiation de son triple renoncement, lui dit : « Paissez mes agneaux, paissez mes brebis (3). » Et par là il l'établit le pasteur de tout le troupeau , de sorte qu'il eût autorité et sur les agneaux, c'est-à-dire sur les simples fidèles, et sur les brebis, c'est-à-dire sur les Apôtres, qui sont comme les mères du troupeau, puisqu'ils le nourrissent du lait de la saine doctrine. Pierre est donc le pasteur des pasteurs, le maître des maîtres, le docteur des docteurs. Sa prééminence est clairement exprimée dans l'Évangile.

Nous y voyons encore que, lorsque les évangélistes font le catalogue des Apôtres, tandis qu'ils ne gardent aucun ordre certain pour les autres, comme pour marquer qu'ils étaient égaux en rang et en puissance, ils ont soin, au con-

(1) Tu es Petrus et super hanc petram aeuificabo Ecclesiaui meam, et porUe inferi non praevalebunt adversùs eam. Math., xvi, 18.

(2) Ego rogavi pro te ut non deficial lides tua, et tu aliquandô conversus conflrma fralres tuos. Luc, xxn, 32.

(3) Pasce agnos meos, pasce oves meas. Joan., xxi, 15.

traire, de mettre toujours Pierre en tête (4). Nous y voyons aussi qu'en toute occasion Pierre exerce sa primauté. S'agit-il de régler quelque affaire importante, de faire quelque acte d'autorité, c'est toujours Pierre qui se montre en chef; c'est lui qui propose d'élire un Apôtre, pour remplacer le perfide Judas; c'est lui qui parle le premier, au^ concile de Jérusalem ; c'est lui qui, le premier, annonce l'Evangile au sortir du Cénacle; c'est lui qui, en présence des autres Apôtres, frappe de mort Ananieet Sapphire, pour les punir de leur tromperie. Il visite les églises naissantes, et partout il exerce la principale autorité. Il est donc évident, par tous ces faits, que Pierre avait reçu de Jésus-Christ la prééminence sur les autres Apôtres.

D. Quel est le successeur de saint Pierre? R. C'est Notre Saint-Père le Pape.

Le privilège accordé à Pierre ne lui était pas purement personnel ; mais il a dû passer à ses successeurs, et nous le concluons de ces paroles de Jésus-Christ : g Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » Car, une fois que saint Pierre fut mort, il ne pouvait plus être par luimême le fondement et le soutien de l'Église ; et alors de quoi aurait servi à la solidité de cet édifice la primauté accordée à Pierre, si elle s'était évanouie avec lui?

De plus, lorsque nous voyons que Jésus-Christ a donné un chef à son Église, dès le principe, c'est-à-dire en un temps où un chef lui était moins nécessaire, au temps des Apôtres qui étaient tous confirmés en grâce, qui étaient tous infaillibles, qui avaient tous le don des miracles, comment pourrons-nous croire qu'il ait laisse s'éteindre cette autorité suprême, bien plus nécessaire et même indispensable dans les temps postérieurs, pour arrêter les

(1) Primus, Simon qui dicitur Petrus. Malh., x, 2.

schismes et les hérésies ? Il faut donc que l'autorité de Pierre vive toujours dans ses successeurs. Et, en effet, c'est Pierre qui est toujours le fondement de l'Église, non par lui-même, puisqu'il n'est plus sur la terre, mais par les évêques de Rome ou les Papes, qui, en héritant de son siège, ont hérité aussi de ses prérogatives.

Du reste, l'histoire de l'Église nous apprend que cette prééminence du Pape a été de tout temps reconnue dans l'Église universelle. Le concile de Nicée déclare que Y Église romaine a toujours eu la primauté sur les autres Églises (1). « Personne ne doute, disait le légat du Pape au concile d'Ëphèse, que le bienheureux saint Pierre, qui a reçu de Notre-Seigneur les clefs du royaume des deux, ne vive jusqu'à ce temps et toujours pour exercer la puissance de juger. » C'est toujours au siège de Pierre que les évêques et les Pères s'adressent, pour lui soumettre les questions de la foi, et ils regardent ses décisions comme péremptoires ; c'est toujours l'évêque de Rome qui préside par lui-même ou par ses légats aux conciles œcuméniques, et qui confirme leurs décrets. En un mot, dans tous les temps, le Pape a été regardé comme le père commun des chrétiens, comme le chef visible de l'Église et le ficaire de Jésus-Christ sur la terre.

D. Qu'entendez-vous par Notre Saint-Père le Pape ? R. J'entends l'évêque de Rome, qui est le chef visible de l'Église.

Saint Pierre, après avoir prêché l'Évangile en Orient, alla planter la foi au centre même de la superstition, dans la capitale de l'idolâtrie, à Rome, qui était destinée, dans les desseins de la Providence, à être le centre de l'unité catholique. C'est là-dessus que sont fondés les privilèges et tes droits dont l'Église romaine a joui, dès les premiers

(1\ Conc. Nie., Can. 6

siècles du christianisme. Les saints Pères et les auteurs ecclésiastiques l'ont célébrée à l'envi, comme la chaire principale, la source et le fondement de la foi, comme l'Église mère et maîtresse de toutes les églises, et ont témoigné pour elle les sentiments d'un profond respect et d'un parfait dévouement. Dans les temps de trouble et de division, c'est donc toujours à la chaire de Saint-Pierre qu'il faut s'attacher. « Je vois, disait saint Jérôme, l'église d'Orient divisée en trois partis, celui de Paulin, celui de Vital et celui de Mélèce ; chacun d'eux voudrait m'attirer à lui; mais moi, je ne connais point Mélèce, je ne sais ce que c'est que Vital, je n'ai que faire de Paulin (1). » a Je suis uni de communion à Votre Sainteté, ajoutait-il en s'adressant au pape Damase; je m'unis à la chaire de Pierre, parce que je sais que c'est sur cette pierre qu'est bâtie l'Eglise de Dieu; je sais que celui qui mange l'agneau hors de cette maison est un profane; je sais que celui qui ne demeure pas dans cette arche, doit nécessairement périr, et que quiconque se détache du Saint-Siège en matière de foi, n'est plus à Jésus-Christ. » Voilà ce que disait saint Jérôme; et c'est ainsi que doit parler tout chrétien, qui est enfant de l'Église.

Les princes, aussi bien que les peuples, ont montré 1s plus grande vénération pour la chaire de Saint-Pierre. Constantin et les premiers empereurs chrétiens ne se regardaient que comme les enfants et les premiers disciples de l'Église. Dans les siècles suivants, on cite plusieurs rois qui se sont mis sous la protection spéciale du prince des apôtres; quelques-uns ont regardé comme le plus beau jour de leur vie celui où il leur a été donné de vénérer, à Rome, les cendres des glorieux apôtres saint Pierre et saint Paul. Tous doivent employer l'autorité, qu'ils ont en main, pour défendre l'Église romaine et la protéger. Henri VIII,

(1) Non novi Vitalem, Meletium respuo, ignoro Paulinum. D. Hte- Ton.

Page 1