‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 5)Chapitre 4 sur 39 · II · texte numérisé non relu

II

roi d'Angleterre, fut le premier qui osa se détacher de sa communion; et, pour ce crime, comme pour ses vices, il mérite les anathèmes de l'univers 3.

D. Pourquoi dites-vous que Notre Saint-Père le Pape est le chef visible de l'Église?

R. Parce qu'il est le successeur de saint Pierre que Jésus- Christ avait établi le prince des apôtres, le premier pasteur de l'Église.

Nous l'avons déjà suffisamment expliqué; comme héritier de saint Pierre, le Pape a tous ses droits et ses privilèges; il gouverne l'Eglise visiblement, comme saint Pierre la gouvernait quand il était sur la terre, et comme Jésus- Christ la gouverne invisiblement du haut du ciel.

On lui donne le nom de Pape, qui veut dire père, parce qu'il est le père commun des fidèles. Autrefois ce nom se donnait indistinctement à tous les évêques, qui sont nos pères dans la foi; mais depuis longtemps il est réservé à l'évêque de Rome *. Nous devons avoir pour lui la plus haute vénération, parce qu'étant le représentant de Jésus-Christ sur la terre, il a la plus haute dignité qu'on puisse imaginer. Prions le Seigneur qu'il augmente toujours en lui cet esprit de zèle, de force et de sagesse, qui doit caractériser le successeur du prince des apôtres ; et tenons-nous attachés inviolablement à son autorité suprême. Enfin, adressons au Ciel les vœux les plus ardents pour que le Seigneur multiplie le nombre des enfants de l'Église notre mère, par l'extinction des schismes, l'extirpation des hérésies et la conversion des infidèles.

TRAITS HISTORIQUES

1. Entre les apôtres, on distingue les quatre évangélistes. On ne voit nulle part que Jésus-Christ leur ait donné l'ordre d'écrire l'Évangile • ils y ont été déterminés par diverses circonstances et par l'inspiration du Saint-Esprit. — Les saints Pères trouvent une figure de»

évangélistes dans les quatre animaux mystérieux, représentés dans Ézéchiel et dans l'Apocalypse ; et l'on a coutume de peindre, à côté de chaque évangéliste, un de ces animaux figuratifs, comme on a pu souvent le remarquer. Ainsi, saint Mathieu est représenté par l'animal qui avait comme la figure de l'homme, parce que son but est de nous faire connaître la sainte humanité du Sauveur, et qu'il commence, en effet, par nous raconter sa génération temporelle. — Le lion est la figure de saint Marc, parce que cet évangéliste commence par la retraite du Sauveur au désert, habitation ordinaire du lion, et qu'il nous explique la dignité royale de Jésus-Christ, véritable lion de la tribu deJuda. — Saint Luc est accompagné d'un taureau, parce qu'il commence à faire mention du sacerdoce de l'Homme-Dieu et du sacrifice de Zacharie ; or, le taureau était une des principales victimes qu'on immolait dans les sacrifices. — Enfin, l'aigle est le symbole de saint Jean, parce que cet apôtre, dès le commencement de son Evangile, In principio erat verbum, semble fendre la nue et s'élève jusqu'au sein de la Divinité, pour y contempler la génération éternelle du Verbe. Ces quatre apôtres ont scellé de leur sang les vérités qu'ils ont consignées dans leurs écrits. Saint Jean, il est vrai, mourut d'une mort paisible, à Éphèse ; mais il n'en est pas moins regardé comme martyr, parce qu'à Rome il fut plongé dans une chaudière d'huile bouillante , d'où il sortit sain et sauf, par un miracle de la Providence.

2. 0'Connell, l'homme le plus extraordinaire de ces derniers temps, s'est montré, pendant toute sa vie, le chrétien le plus fidèle aux lois de Dieu et de l'Église. Loin de rougir de sa religion, alors même que, privée de tous ses droits, elle n'obtenait que l'indifférence et le mépris, comme une malheureuse proscrite, il s'en fit toujours un titre de gloire. Jamais il ne se présenta à la cour, sans avoir près de lui un prêtre catholique; partout et toujours, il le voulait à ses côtés. Jamais il ne s'assit à un banquet politique, où, mêlés aux catholiques, se trouvaient les hérétiques de toutes les sectes et de toutes les opinions, sans que son prêtre, auquel il céda toujours et partout ia première place, eût béni la salle du festin. Dans les réunions publiques, il se faisait une gloire particulière de professer, par ses actes et ses paroles, son attachement à la foi romaine. Et, en effet, cacher les sentiment» de la vraie foi, rougir d'en accomplir publiquement les préceptes, n'est qu'une faiblesse et la plus grande de toutes les faiblesses ; c'est pourquoi elle se trouve le plus communément dans les petites âmes, dans les esprits bornés. Le vrai génie fut toujours vraiment religieux et aima à le paraître; jamais il ne connut la vile aèteinte du respect humain.

Que dirai-je maintenant des sentiments de ce grand chrétien pour le clergé de sa patrie? Roi de fait de l'Irlande, arbitre du cœur et des bras de huit millions d'hommes qui, comme des enfants, atten-

daient an signe ponr obéir, vrai champion et soutien de l'Église catholique, qui lui dut sa plus grande gloire et sa liberté, il ne sortit jamais des limites d'une humble dépendance do son évêque et de son curé. A la tête de tous comme personnage politique, comme homme religieux, il s'estimait le dernier de tous; et, nouveau Constantin, à peine osait-il accepter pour lui-même la dernière place dans les assemblées du clergé, quand il y était appelé , pour manifester ses desseins et donner ses conseils pour la défense de la religion et de la liberté. Prêta s'élancer comme un lion contre quiconque eût osé, dans ses paroles, manquer de respect aux prêtres, il donnait luimême les preuves du plus grand respect pour ce corps vénérable. II en parlait toujours avec la plus grande estime et la plus grande affection. Veut-il donner au peuple un motif pour fuir les sociétés secrètes: « Notre clergé, dit-il, nous les a défendues ; y aurait-il parmi nous quelqu'un qui osât désobéir à ce clergé si sage, si bon , si généreux, si édifiant? > Le Père Ventura, Oraison funèbre d'O'Connell.

Oh! si ces idées prévalaient dans notre patrie , quelle heureuse transformation nous verrions bientôt s'opérer dans les moeurs du peuple !

3. La France, justement appelée le royaume très-chrétien, s'est toujours distinguée par son attachement au saint-siége, et l'on a vu les rois les plus illustres rendre au souverain pontife les plus grands honneurs, Quand le pape Etienne III fut contraint de passer en France, pour se délivrer de l'oppression des Lombards, Pépin le Bref n'eut pas plutôt appris qu'il allait entrer dans ses États, qu'il envoya au-devant de lui le prince Charles, son fils, pour l'accompagner jusqu'à Pont-sur-Yonne, en Champagne ; et, lorsque le pape ne fut plus qu'à une lieue de celle ville, le roi vint lui-même pour le recevoir. En l'abordant, il descendit de cheval, et se prosterna devant lui avec sa famille et les seigneurs de la cour, et marcha même quelque temps à pied, à côté de son cheval, faisant auprès de lui la fonction de simple écuyer. Henrion, Uist. de la Papauté.

C'est à ce même Pépin et à Charlemagne, son fils, que les papes sont redevables de leur puissance temporelle , qu'on leur a tant de fois reprochée, et qui est cependant, au jugement de Fleury, du président Hénauit et de tous ceilï qui ne se laissent pas aveugler par a% folles préventions, indispensable pour le bon gouvernement de l'Église. « Les Français ont eu l'honneur unique, et dont ils n'ont pas été à beaucoup prés assez orgueilleux, celui d'avoir constitué (humainement) l'Église catholique dans le monde, en élevant son auguste chef au rang indispensablement dû à ses fonctions divines et sans lequel il n'eût été qu'un patriarche de Constantinople, déplorante jouet des sultans chrétiens et des autocrates musulmans. Charlemagne, le trismêgiste moderne, éleva ou fit reconnaître ce trône, fait pour ennoblir et consolider tous les autres. Comme il n'y a pas eu de plus

grande institution dans l'univers, il n'y en a pas, sans le moindre doute, où la main de la Providence se soit montrée d'une manière plus sensible ; mais il est beau d'avoir été choisi par elle, pour être l 'instrument éclairé de cette merveille unioue,-

De Maistre, du Pape.

Après la célèbre bataille de Marignan, le roi François Ier rendit l'es plus grands hommages au pape Léon X, qui jugea à propos d'aller à la rencontre du vainqueur, pour avoir une conférence avec lui. A leur première entrevue, qui eut lieu à Bologne, le roi dit au souverain Pontife, d'un air de gaieté : « Saint-Père, je suis charmé de c voir ainsi face à face le Vicaire de Jésus-Christ. Je suis le fils et le « serviteur de Votre Sainteté ; elle me voit prêt à suivre tous ses or- « dres. » Léon répondit de la manière la plus propre à flatter le ro^ et ils furent également satisfaits l'un de l'autre. Le lendemain, dans la célébration solennelle des saints mystères, le monarque français ne se contenta pas de rendre au souverain Pontife les honneurs accoutumés ; mais le Pape allant à son trône pour y prendre les ornements pontificaux, le roi voulut absolument lui servir de caudalaire, quoi que Léon pût dire pour l'en empêcher. François répondit qu'il se tenait honoré de rendre les moindres services au Vicaire de Jésus-Christ. On lui avait préparé un fauteuil, il ne voulut point s'en servir ; il se tint debout jusqu'à la consécration ; et de là jusqu'à la communion du célébrant, il demeura prosterné, les mains jointes devant le visage. Il y eut tant de personnes qui voulurent communier de la main du Pape, qu'on fut obligé d'écarter la foule, pour ne laisser approcher que les plus considérables. François Ier conserva toujours, pour le chef de l'Église, les sentiments de respect qui sont dus au Vicaire de celui que l'Écriture appelle le Roi des rois.

Quand le pape Pie VI vint en France, prisonnier du Directoire, malgré la terreur qu'inspirait le gouvernement d'alors et les ravages affreux que l'impiété avait faits dans notre malheureuse patrie, il reçut partout, sur son passage, les témoignages les plus empressés d'amour et de vénération, qui le dédommagèrent des outrages que lui prodiguaient ses satellites. A Gap, à Grenoble surtout, un même sentiment avait électrisé tous les cœurs. Des personnes de tout âge et de tout» condition, des calvinistes mêmes, exprimaient tout haut leur admiration et leur religieuse piété. Des dames se déguisèrent en servantes et achetèrent, à prix d'or, la permission d'exercer les plus humbles emplois auprès du Pontife octogénaire. Cent jeunes filles, vêtues de blanc, se réunirent pour lui jeter des couronnes de fleurs ; et Pie VI, souriant malgré ses souffrances à ces hommages si purs et si naïfs, bénissait avec bonté cette innocente jeunesse.

Cinq années plus tard, un autre pape, Pie VII, franchit les Alpes pour se rendre aussi en France, et cette fois-ci, non pas captif, mais pour sacrer l'empereur Napoléon. Les grands avantages, que le sou-

verain Pontife espérait en retirer pour la religion , avaient pu seuls le déterminer à ce pénible et dangereux voyage. A son entrée dans Paris, la secte philosophique essaya vainement d'attirer le mépris ,=ur le caractère et sur la personne du Vicaire de Jésus-Christ; la foi triompha, et Pie VII reçut, au milieu même de la capitale, des respects et des hommages, qui furent une réparation authentique des excès que l'impiété révolutionnaire avait commis dans ces mêmes lieux. On cite de lui un trait qui trouve naturellement sa place ici. Un jour qu'il donnait sa bénédiction, selon l'usage des chefs de l'Église, à la foule qui se pressait sur ses pas et tombait aussitôt à genoux devant sa main levée pour attirer les grâces célestes , un jeune homme se tint debout, ayant l'air de tourner en ridicule ceux qui ne suivaient pas son exemple. Le Saint- Père, avec autant de sang-froid que de majesté, se tournant vers le jeune philosophe , lui dit: «-J'ignore, Monsieur, de quelle religion vous êtes ; mais, comme la bénédiction d'un vieillard n'a jamais fait de mal à personne, trouvez bon que je vous donne la mienne, en vous témoignant le désir qu'elle ait pour vous d'heureux résultats. » Le jeune homme, touché des paroles du Saint-Père, se jeta à genoux ; il reçut, comme il devait, cette leçon aussi touchante que paternelle, en témoignant ses regrets de n'avoir pas rempli ce devoir, dès le premier moment. Étrennes relig. de 1805.

Quand ce même Pontife revint en France, pour y porter les fers que lui avait préparés une déplorable politique, il y fut entouré, tout captif qu'il était, des mêmes sentiments de vénération qui l'avaient accueilli, lors de son premier voyage. Voici ce que nous a raconté à ce sujet notre illustre prélat : « J'ai moi-même été frappé de l'empressement avec lequel on se rendait de loin, dans la chapelle de Fontainebleau, pour communier, s'il se pouvait, de la main du Saint- Père, ou pour entendre au moins sa messe. Avant une de ces messes où je remplis l'office de céroféraire, n'étant que simple tonsuré, et où j'eus le bonheur de recevoir la communion de ses vénérables mains, monsignor Bertazzoli, son aumônier, annonça que Sa Sainteté assez souffrante ne pouvait donner la sainte communion qu'à un premier rang de fidèles, et qu'il y suppléerait à la messe d'actions de grâces, qu'il dirait lui-même. Une dame qui était venue de vingt lieues pour jouir du bonheur de cette communion donnée par le Pape, et qui ne put atteindre à la sainte table qu'après le premier rang épuisé, s écria tout haut, avec un accent de foi et d'ardeur qui me semble le cri de la Cananéenne : « Oh! Seigneur, donnez-lamoi. » Le Saint-Père l'entendit, et revint tout de suite sur ses pas, pour donner cette communion si désirée. >

De nos /ours, on a vu O'Connell, le héros de l'Irlande, plein de respect et d'amour pour la foi catholique, laisser tout, sacrifier tout, quand il s'agissait de la servir et de se mettre à l'œuvre pour elle. La défense des dogmes , des cérémonies et de la discipline de l'É-

glise catholique, était le thème favori de ses harangues publiques et de ses discours privés. Quelqu'un s'avisait-il de lui jeter l'insulte, à voix basse et sur le ton sacrilège des anciens jours, en l'appelant •papiste, il se retournait aussitôt et lui répliquait hardiment.- « Mic sérable I tu crois, en m'appelant papiste, me faire injure, et tu « m'honores ; oui, je suis papiste et je m'en glorifie ; je suis papiste, * et cela veut dire que ma foi , par une suite non interrompue de « Papes, remonte jusqu'à Jésus-Christ, tandis que la tienne ne va c pas au delà de Luther, de Calvin, d'Henri VIII et d'Elisabeth. Eh « bien, oui. papiste ! Si tu avais une étincelle de bon sens, imbécile, « ne comprendrais-tu pas qu'en matière de religion, il vaut mieux dé- « pendre du Pape que du roi, de la tiare que de la couronne, de « la crosse que de l'épée, de la soutane que de la jupe , des con- « ciles que des parlements? Rougis donc toi-même de n'avoir ni c vraie foi, ni intelligence, et tais-toi. »

4. Depuis le saint pape Grégoire Ier, les souverains Pontifes prennent le titre de serviteur des serviteurs de Dieu, qui leur rappelle sans cesse les charges de leur sollicitude pastorale, se devant tout entiers au bien de l'Eglise, à l'exemple du divin Maître qui était venu, ainsi qu'il l'a dit lui-même , non pour être servi, mais pour servir. Pour confondre toute distinction mondaine, tout orgueil qui viendrait d'une illustre origine, il doit encore être donné au Pape nouvellement élu un nouveau nom; il ne se glorifie plus de la noblesse de ses ancêtres; et le seul titre d'élt'vation qui le distingue comme chef visible de l'Eglise, exprime uniquement la perfection à laquelle il doit sans cesse aspirer, pour être digne de représenter sur la terre le Chef adorable et invisible : les nations et les rois appellent le souverain Pontife, Sa Sainteté. De Joux, Lettres sur l'Italie.

SIXIEME INSTRUCTION

Hors de l'Eglise point de salut. — Église militante , souffrante, triomphante. — Double unité de foi et de ministère, nécessaire à l'Eglise. — Cette unité n'appartient qu'à l'Eglise catholique.

D. Peut-on être sauvé hors de l'Église?

R. Non, Hors de l'Église, point de salut. On ne peut pas avoir Dieu pour père, quand on ne veut pas reconnaître l'Église pour mère.

Hors de l'Eglise, point de véritable vie, car on ne peut vivre de la vie de Jésus-Christ, quand on n'appartient plus

à son corps; on est comme un sarment retranché de la vigne, qui n'est plus bon qu'à mettre au feu. — Hors de l'Eglise, point de rémission des péchés, car seule elle a le pouvoir de les remettre. — Hors de l'Église, point de grâce sanctifiante, car on ne peut trouver ailleurs l'Esprit sanctificateur. — Hors de l'Église enfin, point de salut, car seule elle a les clefs du royaume du ciel. Quand même on serait doué des plus excellentes qualités, on n'est plus enfant de Dieu, et, par conséquent, on n'a aucun droit à l'héritage éternel, dès qu'on cesse d'appartenir à l'Église. L'Église est donc cette véritable et unique arche de salut, hors de laquelle on est englouti par les eaux du déluge. Ce fut là le malheur de Tertullien: c'était un prodige de science, l'oracle de son siècle; il menait la vie la plus austère; il avait un zèle extrême pour la réformation des mœurs; « mais qu'on ne me parle plus de lui, disait saint Jérôme avec douleur; il n'est plus membre de l'Église (1).»

Jésus-Christ lui-même a déclaré expressément que celui qui n'écoute pas l'Église, doit être regardé comme un païen et un publicain. Et, d'après les saints Pères, on n'est plus qu'un étranger, un profane, un exilé, un ennemi, quand on n'est pas uni à cette sainte société *.

Or, quels sont ceux qui sont hors de l'Église ?

•1° Ceux qui n'ont pas reçu le baptême, comme les Païens, les Turcs, les Juifs, et généralement tous les Infidèles.

2° Les apostats, qui abjurent le christianisme et sont pires que les infidèles.

3° Les hérétiques, qui résistent à l'enseignement de cette sainte mère, et ne veulent pas se soumettre à ses déci* sions.

4° Les schismatiques, qui refusent de reconnaître l'autorité des pasteurs légitimes, font bande àpart, et déchirent

(1) De Tertuliano nihil amplius dico nisi Ecclesiœ hominem non fuisse. D. Hieron.

unité de l'église. 81

ainsi l'Église, qui est le corps mystique de Jésus-Christ, aussi coupables que les Juifs, qui déchirèrent son corps passible et mortel.

5° Les excommuniés, que l'Église elle-même retranche de son sein, à cause de leur obstination et de leurs crimes, pour leur en inspirer une plus vive horreur et les faire rentrer plus promptement en eux-mêmes.

Voilà ceux qui, étant hors du bercail de Jésus-Christ, n'écoutent pas sa voix et ne peuvent, par conséquent, arriver à la vie éternelle, qu'il a promise à ses fidèles disciples.

Mais, parce que nous enseignons que hors de l'Église point de salut, est-ce à dire pour cela que nous damnons, comme nous en accusent les philosophes impies, tous ceux qui ne pensent pas comme nous ? C'est une atroce calomnie ; nous ne damnons personne, nous plaignons de grand cœur tous ceux qui s'égarent, nous déplorons leur aveuglement, et nous prions Dieu de les éclairer. En disant qu'ils ne sont pas dans la voie du salut, nous ne faisons qu'annoncer les oracles de la vérité suprême; et c'est Jésus-Christ, qui prononce l'arrêt de condamnation conlre ceux qui refusent de croire et de se soumettre à la vérité. On peut encore dire qu'ils se condamnent eux-mêmes par leur orgueil, leur mauvaise foi, et l'opiniâtre entêtement avec lequel ils ferment les yeux à la lumière.

Du reste, et c'est ici ime remarque importante à faire, on n'encourt les anathèmes deNotre-Seigneur que lorsqu'on est réfractaire à l'Église, et qu'on foule aux pieds son autorité. Quant à ceux qui tiennent aux communions hétérodoxes de bonne foi, et par une ignorance invincible, Dieu, qui est la justice même, ne leur demandera pas compte d'une erreur qu'ils n'ont pu éviter. S'ils observent la loi de Dieu, sur tous les points qui leur sont connus, ils appartiennent indubitablement à l'Église, bien qu'ils ne soient pas de sa communion extérieure; ils tiennent à la véritable Église par la foi aux vérités salutaires que les sectes

hérétiques oni conservées, par la charité, et par le baptême qu'ils ont reçu. Quant aux infidèles qui n'ont jamais entendu parler de Jésus-Christ, ils sont précisément dans le même éta* où se trouvaientles peuples avant la prédication de l'Évangile. S'ils mènent une vie pure et innocente, Dieu a, dans les trésors de sa miséricorde, mille moyens de les appeler à la connaissance de la vérité; mais qu'il est difficile de se préserver du péché, au milieu des ténèbres de l'infidélité ! Enfants privilégiés du Soignera', ne cessons jamais de lui rendre grâces pour le don précieux de la foi, qu'il nous a si libéralement départi, et prions-le de faire briller la lumière de son Evangile, jusqu'aux extrémités de l'univers, afin que toute langue confesse et bénisse son nom. Nous pouvons nous-mêmes contribuer à étendre le règne de Jésus-Christ sur la terre, et à retirer les peuples de l'idolâtrie, en nous associant à l'œuvre la plus excellente des temps modernes, l'œuvre de la Propagation de la foi. Une courte prière et l'aumône d'un sou par semaine, c'est assez pour avoir part aux travaux et à la gloire des missionnaires, dans les pays les plus lointains

D. Y a-t-il plusieurs Églises?

R. Non, les Églises particulières ne font toutes ensemble qu'une seule et même Église.

Le vrai Salomon n'a qu'une seule épouse, qu'il appelle sa colombe et sa parfaite (1). De même qu'il n'a qu'un seul corps naturel, qu'il a pris dans le sein de la Vierge Marie, de même aussi, il n'a qu'un seul corps mystique, qui est la véritable Église.

Ainsi, quoique l'Église soit répandue dans tout l'univers, et qu'cll 3 renferme dans son sein une infinité de nations différentes, elle ne forme pourtant qu'un troupeau, dont Jésus-Christ est le pasteur, qu'une société à laquelle Jésus- Christ communique ses dons, son esprit et sa vie; et, mal-

(i) Una est columba mca, perfecta mea. Cant., vi, 8.

uisiTÉ de l'église.

gré la distance des lieux que nous habitons, nous sommes tous membres de la même famille, parce que nous avons tous unmême père, qui est Dieu, un même chef invisible, qui est Jésus-Christ, un même chef visible, qui est le Pape, vicaire de Jésus-Christ sur la terre. Lors donc qu'on distingue plusieurs églises particulières, et qu'on dit, par exemple, l'église de France, l'église d'Espagne, les églises d'Amérique, d'Asie, ce ne sont là que des portions plus ou moins grandes de l'Église universelle, et on les désigne ainsi, à cause des pays qu'elles occupent; mais, en réalité, elles appartiennent au même corps, qui est l'Eglise de Jésus-Christ, hors de laquelle il n'y a point de salut. — Pareillement, lorsqu'on dit l'église de telle ville, de tel village, on n'indique par là que le temple matériel où se réunissent, pour adorer Dieu, les fidèles d'une certaine localité ; et ces diverses sociétés, disséminées sur la surface de la terre, mais unies par la même croyance, composent un seul temple spirituel, où Jésus-Christ est adoré en esprit et en vérité. Car la différence des lieux n'empêche aucunement l'union >cœurs et des sentiments, qui fait que nous ne sommes qu'un corps composé d'une grande multitude (1).

D.Ne dit-on pas qu'il y a l'Église militante, l'Église souffrante, et l'Église triomphante?

R. Oui, mais c'est la même Église en trois différents état», on l'appelle militante sur la terre, souffrante dans le pu: itoire, triomphante dans le ciel.

L'Eglise est l'assemblée des enfants de Dieu, le p nouveau que Jésus-Christ a conquis à son Père. Prise dans sa plus vaste étendue, elle embrasse le ciel, la terre, le purgatoire. Les saints qui régnent au ciel, les fidèles qui vivent sur la terre, les âmes saintes , qui expient leurs péchés dans le feu purifiant, unis par des liens invisibles, quoique divisés en trois états différents, forment le royaume de Dieu. -

(1) Unum corpus multi sumus. I. Cor., s, 17.

On appelle donc l'Église

1° Militante sur la terre, parce que, tant qu'elle sera dans le temps de son voyage ici-bas, elle aura toujours des ennemis à combattre, des épreuves à subir. Aux prises, tantôt avec les puissances infernales qui s'efforcent de la renverser, tantôt avec les passions des hommes, qui voudraient corrompre sa foi ou altérer la pureté de sa morale, elle marche à travers mille écueils, mais toujours guidée par la main de Dieu. Incertaine sur le sort de plusieurs de ses membres, elle gémit sans cesse dans les justes, qui sont sa partie spirituelle, pour les pécheurs qui sont sa partie terrestre et animale. Se regardant comme exilée en ce monde, elle pleure, au souvenir de la céleste Sion, soupirant sans cesse après l'heureux moment, où elle ira se mêler et se confondre avec l'Église triomphante.

2° Souffrante dans le purgatoire. Cette partie de l'Église se compose des saints qui, avant d'entrer dans la gloire, doivent purifier dans le feu les souillures qu'ils ont contractées sur la terre. Plongés dans leur prison brûlante, ils tournent leurs regards et vers le ciel, objet de leurs désirs, et vers la terre d'où ils attendent du secours, et nous conjurent de hâter par nos prières le moment de leur délivrance.

3° Triomphante dans le ciel. C'est la Jérusalem céleste, glorieuse, sans tache et sans ride (1) ; ce sont les saints qui, après avoir passé par les diverses tribulations de ce monde, maintenant à l'abri des pièges et des vicissitudes de la terrç se reposent dans le sein même de Dieu. Ils contemplent^ ils goûtent, ils savourent avec délices sa beauté incréée, et ne peuvent jamais assez s'étonner que les jours si courts de leur exil aient produit une si abondante moisson de gloire

Ces trois Églises, toutes séparées qu'elles sont, ne lais-

Gloriosam Ecclesiam , non habentem maculam aut ri.'; Ephes., v, 27.

unité de l'église. 8 s

sent pas que d'être unies par les plus doux et les plus étroits rapports. Celle qui est sur la terre, voit dans les citoyens du ciel, des frères, des amis, des protecteurs ; celle du ciel, se souvenant de son pèlerinage ici-bas, veille sur nous, et nous obtient du Père des miséricordes les différentes grâces dont nous avons besoin; et toutes deux intercèdent auprès de Dieu pour l'Église du purgatoire, afin que Dieu accorde au plus tôt aux âmes, qui y sont détenues, un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix. C'est ce qui constitue la communion des saints, dont nous parlerons bientôt. Voilà comment ces trois Églises n'en font qu'une, parce qu'elles sont unies par les liens de la charité, parce qu'elles n'ont toutes trois qu'un même but, qui est d'adorer Dieu et de lui rendre gloire.

D. Pourquoi dites-vous que l'Église est Une ?

R. Je dis que l'Église est Une, parce que ceux qui la composent professent la même foi, participent aux mêmes sacrements, et sont soumis aux mêmes pasteurs légitimes, sous la conduite du même chef visible, qui est Notre Saint-Père le Pape.

Que l'Église de Jésus-Christ doive être Une, c'est une vérité dont il ne nous est pas possible de douter. Ouvrez les saints Évangiles, vous y trouverez ces paroles expresses de Notre-Seigneur : c< Il n'y aura qu'une bergerie et qu'un seul pasteur (1). » — « Mon Père, disait-il encore en parlant de ses apôtres, je ne vous prie pas pour eux seulement, mais pour tous ceux qui doivent croire en moi, afin qu'ils soient un tous ensemble...., afin qu'ils soient consommés dans l'unité (2). »

Après le divin Maître, le grand apôtre saint Paul n'est pas moins explicite. « Il n'y a, dit-il, qu'un Seigneur,

(1) Fiel unum ovile et unuspastor. Joan., x, 16.

(2) Ut omnes unum sint ut sint unum sicût et nos unum

sumus. Joan., xvn, 21, 22.

qu'une foi, qu'un baptême (1). » Ailleurs, il nous assure que Dieu a établi des apôtres, des pasteurs et des docteurs, pour nous amener à l'unité de la foi (2) ; et il représente l'Église comme le corps mystique de Jésus-Christ, Or, dans le corps humain tout se réduit à l'unité, par le rapport que les membres qui le composent ont entre eux, pour ne faire qu'un même tout parfaitement beau et parfaitement régulier; il en est de même de l'Église, qui est le corps de Jésus-Christ. Aussi le saint concile de Nicée. entre autres caractères distinctifs de la véritable Église, met-il en première ligne l'unité : « Je crois l'Église, qui est une, sainte, catholique et apostolique (3). »

Or, en quoi consiste cette unité si nécessaire à l'Église ? En deux choses : 1° dans la profession extérieure d'une même foi ; 2° dans la subordination aux mêmes pasteurs légitimes. C'est ce que nous appelons unité de foi et unité de ministère ou de gouvernement.

1° Unité de foi. Pour qu'elle existe, il faut qu'on reçoive, avec une parfaite docilité d'esprit et de cœur, tout ce que Dieu a révélé, et qu'on rejette avec horreur toute doctrine contraire à la révélation. En effet, il ne peut y avoir qu'une vraie foi ; en tout genre, la vérité est une; et Dieu, étant la vérité même, n'a pu révéler le pour et le contre, le oui et le non. Il n'y a qu'une foi, dit saint Paul (4); il ne peut y avoir, par conséquent, qu'une seule et même profession de foi. Jésus-Christ, en envoyant ses apôtres dans toutes les contrées de la terre, leur a donné l'ordre exprès de prêcher partout le même Évangile, d'enseigner la même doctrine, et de s'accorder entièrement dans la foi et dans la morale. Son intention bien manifeste a été que tous les hommes, sans distinction de pays, de climat et de nation,

(t) Unus Dominus, una fides, unum baptisma. Ephes., iv, 5.

(2) Donec occurramus omnes in unitatem fidei. Ephes., iv, 53.

(3) Et unam, sanctam,catholicam et apostolicam Ecclesiam. Symb. Nie.

(4) Uaa fides. Ephes., iv.5.

unité de l'église. 87

crussent les mêmes vérités, et qu'ils les crussent toutes, sans exception aucune. Aussi saint Paul faisait profession d'enseigner la même chose partout et dans toutes leséglises(\). Et saint Irénée dit que l'Église, semblable à une seule famille qui n'a qu'un cœur, qu'une âme, qu'une même voix, croit, enseigne et prêche partout de même, d'un consentement unanime (2).

Qui oserait donc croire, qui oserait dire que Jésus-Christ, en donnant sa révélation aux hommes, leur a laissé la liberté d'admettre tels articles et d'en rejeter tels autres, selon leur caprice ? Toutes les vérités, que Dieu a daigné nous manifester, sont également dignes de foi. Et, de même que ce serait outrager Dieu dans sa souveraineté que de résister à un seul de ses commandements, de même ce serait l'outrager dans sa véracité que de refuser sa croyance à une seule de ses paroles. Que deviendrait d'ailleurs l'Église, s'il était permis à chacun de choisir entre les articles de foi, de prendre ceux-ci, de mépriser ceux-là, de s'en forger de contraires ou de nouveaux ? Elle ne serait bientôt plus qu'un ramassis d'erreurs et de contradictions et d'absurdités, qu'une véritable tour de Babel, où il serait impossible de s'entendre . Et une pareille Église serait l'ouvrage d'un Dieu infiniment sage ! Et Dieu regarderait d'un œil indifférent la vérité et l'erreur ! et il permettrait qu'on se jouât ainsi de sa parole ! Le penser, ce serait un crime; le dire, ce serait blasphémer. Il n'y a donc dans l'Église qu'une foi, Una fides ; et cette foi ne varie jamais, « parce que la vérité, venue de Dieu, a d'abord sa perfection ; l'hérésie, au contraire, comme un faible produit de l'esprit humain, ne peut se faire que par pièces mal assorties et par de continuelles innovations (3). »

Les sacrements faisant partie de la foi, il s'ensuit qu'il

(1) Sicut ubique in omni ecclesiâ docebo sicut in omnibua

ecclesiis doceo. I. Cor., iv, 17. — vu, 17.

(2) D. Iren. adv. Hœres., 1. 1.

13) Bossuet.

doit aussi y avoir dans l'Eglise unité de sacrements, c'està-dire que les vrais fidèles sont tous obligés d'admettre les mêmes et en égal nombre. Aussi la participation aux mêmes sacrements a-t-elle été toujours regardée comme un lien extérieur, qui attache entre eux les membres de l'Église. De tout temps, on a été régénéré dans le même baotême, pour ne faire qu'un corps avec Jésus-Christ, Vnum oaptisma; on a reçu le même Esprit à la confirmation, Unus Spiritus; on a cherché le même remède à ses maux dans le bain salutaire de la pénitence; et, on s'est assis à la même table, pour y manger le même pain céleste, la sainte Eucharistie. Ce sacrement est lui-même le symbole de l'union la plus parfaite : Jésus-Christ s'y cache sous les apparences du pain, qui, de plusieurs grains moulus et pétris ensemble, forme une seule masse; et sous les apparences du vin, qui, de plusieurs grains de raisin écrasés sous le pressoir, forme une seule liqueur ; et, pour consommer cette unité, Jésus- Christ s'y donne à nous pour être la nourriture de nos âmes; il veut que nous mangions le même pain, que nous buvions le même calice, pour n'être tous qu'un même corps (1). Les autres sacrements concourent à la même union, chacun selon la grâce particulière qui y est attachée.

Or, dès l'instant que Jésus-Christ a établi un nombre déterminé de sacrements, on ne peut en retrancher un seul, ni en créer de nouveaux, sans résister à l'ordre de Jésus- Christ, et sans perdre la foi, qui nous oblige à croire, sans aucun alliage d'erreur, tout ce que Jésus-Christ a révélé, comme on doit pratiquer tout ce qu'il a commmandé.

2° Unité de ministère ou de gouvernement. Elle consiste dans la soumission aux pasteurs légitimes, et spécialement au Pontife romain, qui occupe le premier rang dans la hiérarchie.

Si le troupeau de Jésus-Christ eût été abandonné à lui-

(1/ Quoniam unus panis, uflum corpus multi sumus, omn*s qui de une pane partlcipamus. I. Cor., x, 17.

unité de l'église. 8 9

même, il se fût bientôt dispersé, et on l'aurait vu errant et vagabond dans+outes les voies du vice et de l'erreur: mais Jésus-Christ a établi des pasteurs pour le rassembler. Afin de maintenir, entre tant de peuples séparés par de grandes distances et différents de mœurs, de langage et de gouvernement, cette unité si précieuse et si indispensable à l'Église, il fallait un ministère divisé en plusieurs ordres, qui se correspondissent les uns aux autres, et qui tous allassent aboutir à un centre commun. Telle est, en effet, la constitution de l'Église. Les évêques, successeurs des apôtres, ont à leurs ordres des pasteurs secondaires, sur lesquels ils se déchargent d'une partie de leur sollicitude; mais ils conservent la haute intendance sur toute la portion du troupeau de Jésus-Christ qui leur est confiée ; et ils doivent, avec le plus grand soin, en éloigner les loups, c'est-à-dire les faux prophètes, et y maintenir l'union dans la foi, et ne jamais laisser mêler l'ivraie avec le bon grain. Ces pasteurs, étant eux-mêmes très-multipliés et répandus en des contrées fort distantes, auraient pu se diviser entre eux, ici enseigner des doctrines fausses on dangereuses, là former des sectes particulières; et voilà pourquoi Jésus-Christ, pour cimenter en quelque sorte et resserrer encore davantage l'unité de son Église, a donné un chef au ministère ecclésiastique, en établissant un pasteur suprême dont les regards vigilants s'étendissent sur toute la chrétienté. L'Église étant ainsi constituée, il est impossible que l'esprit de division puisse jamais s'y introduire (1). Parla, nous voyons que le fidèle qui obéit à son curé, est en communion, avec son évêque, et par son évêque avec Notre Saint-Père le Pape. Ainsi l'Église n'est qu'un même troupeau conduit par les mêmes pasteurs, dont Jésus-Christ, le grand évêque de nos âmes (2), est le pasteur souverain. Maintenant, entre les diverses sociétés chrétiennes, qui

(1) Ut, capite constituto, schismalis tollerelur occasio. 1). Hier. adv. Jov., 1. I.

t2) Tpiscopum animarum vestraram. I. Pet., h, 25.

toutes se glorifient d'être la véritable Église de Jésus-Christ, quelle est celle qui possède cette double unité de foi et de ministère? Examinez d'abord les sectes séparées de l'Église catholique : vous y trouverez une discordance complète, une diversité infinie de croyances. L'un croit ce que l'autre nie, l'un abhorre ce que l'autre vénère. La réforme a enfanté mille sectes bizarres, qui toutes s'excluent et s'anathématisent mutuellement. Les luthériens, les calvinistes, les anglicans, les sociniens, qui sont les quatre branches principales du protestantisme, n'ont jamais pu convenir entre eux de la même confession de foi, ni former ensemble une seule Église. On les a vu? admettre tantôt un symbole, tantôt un autre ; les protestants d'aujourd'hui sont bien loin de penser comme leurs prédécesseurs ; et Luther et Calvin, s'ils revenaient au monde, seraient bien étonnés de voir comme on a retouché et réformé leur réforme.

II ne pouvait en être autrement, car toutes les sociétés séparées de l'Église romaine sont fondées sur un principe subversif de l'unité, sur le principe de l'examen privé, source nécessaire de divisions interminables. D'après leur système, chacun est juge de sa foi, et peut interpréter les Écritures à sa fantaisie, sans qu'on puisse l'en blâmer. Car de quel droit voudrait-on le forcer à voir dans les Livres Saints ce qu'il n'y voit pas? Ainsi il n'y aura, si vous le voulez, qu'un seul texte des Écritures; mais il y aura autant de manières de les expliquer, et par conséquent autant de religions que de têtes. Saint Vincent de Lérins avait prévu, onze siècles d'avance, les inconvénients du principe protestant. «Une fois admise, disait-il, cette licence impie de tout soumettre à sa raison et à son sens privé, il ne restera plus dans l'Église rien d'intact, rien de sain, rien d'immaculé; mais on verra désormais un infâme repaire de honteuses erreurs, là où était auparavant le sanctuaire de la chaste et incorruptible vérité (1). » N'ayant pas l'unité de la

(1) D. Vinc. Lir. Commonit., c. xxm.

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foi, ces sectes ne peuvent pas avoir non plus l'unité du gouvernement. Chacun suit le chef qu'il lui plaît de reconnaître; et, ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que les pasteurs eux-mêmes ne sont pas d'accord entre eux sur ce qu'il faut admettre ou rejeter. En un mot, c'est un spectacle de la plus hideuse anarchie. Le seul point commun aux hérétiques, c'est leur haine contre l'Église romaine2.

Tandis que les sectes dissidentes se laissent emporter à tout vent de doctrine, et courent d'erreurs en erreurs sans pouvoir s'arrêter, l'Église catholique est invariable, et soe enseignement est le même en tout temps. Elle enseigne aujourd'hui ce qu'elle a toujours enseigné, et jamais elle n'a rétracté ni modifié aucune de ses décisions en matière de foi. Elle prêche en tous lieux la même doctrine. Les catholiques d'Afrique et d'Amérique pensent absolument comme ceux d'Europe et d'Asie. C'est comme une terre de paix où l'on n'entend qu'une voix, de même qu'il n'y a qu'un cœur et qu'une âme. Elle a toujours conservé, avec le plus grand soin, la règle de foi ou méthode d'enseignement qu'elle a reçue de Jésus-Christ, et qui consiste dans la soumission à l'autorité. C'est en vertu de ce principe qu'elle condamne et proscrit toutes les hérésies sans exception, parce qu'elle ne peut aucunement pactiser avec l'erreur. Elle laisse bien à ses enfants la liberté de disputer sur des points non décidés ou non encore suffisamment éclaircis ; mais elle a toujours voulu que, sur les articles de foi, ils n'eussent tous qu'un même sentiment et un même langage. En ce sens, elle est, comme la vérité, ou plutôt parce qu'elle est elle-même la vérité, intolérante de l'erreur.

Une dans la foi, elle est encore une dans le régime pastoral, ayant toujours pour la gouverner les ministres que Jésus-Christ a établis, et avec lesquels il a promis d'être jusqu'à la consommation des siècles. A sa tête estl'évêque de Rome, successeur de saint Pierre et héritier de sa puissance ; immédiatement après lui viennent les évêques, qui ont au-dessous d'eux les prêtres, les diacres et les autres

ministres; sa hiérarchie est la même qu'aux premiers siècles. Telle est l'admirable économie de l'Éylise, et par là elle forme un seul corps, dont toutes les parties sont étroitement liées ensemble, n'ont qu'une même vie, se meuvent par les mêmes ressorts, et ne font point de mouvement qui ne tende à la même fin.

Puissent tous les catholiques, de même qu'ils ne font qu'un par la foi, ne faire aussi qu'un par la charité ! Alors l'Église de la terre nous offrirait une image de l'Église du ciel, et nous commencerions, dès ici-bas, à en goûter les délices.

TRAITS HISTORIQUES

1. De l'avis des protestants eux-mêmes, les catholiques appartiennent à la véritable Eglise de Jésus-Christ, et c'est ce qui détermina Henri IV à renoncer au calvinisme. Un historien rapporte que ce grand roi, faisant faire devant lui une conférence entre les docteurs de l'une et de l'autre Église, et voyant qu'un ministre tombait d'accord qu'on se pouvait sauver dans la religion des catholiques, prit aussitôt la parole et dit à ce ministre : « Quoi ! tombez-vous d'accord qu'on puisse se sauver dans la religion de ces messieurs-là? » Le ministre répondant qu'il n'en doutait pas, pourvu qu'on y vécût bien, le roi répartit très-judicieusement: < La prudence veut donc que je sois de leur religion et non pas de la vôtre, parce qu'étant de la leur, je me sauve selon eux et selon vous, et, étant de la vôtre, je me sauve bien selon vous, mais non pas selon eux. Or, la prudence veut que je suive le parti le plus sûr. » Aussi, après de longues instructions dans lesquelles il voulut amplement être éclairci de tous ses doutes, il abjura son erreur et fit profession de la foi catholique.

Hardocin de Péréfixe.

On raconte la même chose de la princesse Elisabeth-Christine de Wolffenhutlel. Avant d'épouser Charles d'Autriche, qui fut depuis l'empereur Charles VI, elle crut devoir, pour la tranquillité de sa conscience, consulter les luthériens, dont elle avait jusqu'alors professé la foi. Les docteurs protestants, assemblés à Hehnstard, répondirent que les catholiques ne sont point dans l'erreur pour le fond de la doctrine, et qu'on peut se sauver dans leur religion. — Dès que cela est ainsi, dit la princesse, iln'y a plus lieu à hésiter, et, dès demain, j'embrasse la foi de l'Église romaine, car le parti le plut sûr, dans une matière si importante, est toujours le parti le plus sage. Le

père de la princesse tint le même langage, et s'attacha comme elle à la religion catholique. Discussion amicale.

2. Pour achever de faire connaître l'absurdité du principe prolestant, montrons-le à l'œuvre, c'est-à-dire, citons quelques-unes des folies qu'il a enfantées. Nous les trouvons parmi les sectes qui divisent la Grande-Bretagne, car nul pays au monde, sauf peut-être les États-Unis, n'est plus riche en bizarreries religieuses. C'est une bigarrure de croyances et de pratiques à étonner et à confondre l'esprit humain. Et voilà pourtant la nation, qui se montre si fiére de sa supériorité intellectuelle et de sa position avancée dans la carrière de la perfectibilité humaine ! Hélas ! elle est sortie de la barque de Pierre, et elle floue à tout vent d'erreur. Pour preuve de cette ferveur facile avec laquelle elle accueille les plus excentriques doctrines, nous allons parler des quakers ou trembleurs, des méthodistes, des jumpers ou sauteurs.

Quakers ou Trembleurs. Le père de cette singulière secte a été un cordonnier, nommé Fox, fanatique, ignorant et atrabilaire, qui s'érigea en apôtre, destiné à réformer toutes les églises chrétiennes. Sa mission, disait-il, lui venait immédiatement de l'Esprit de Dieu, qui se manifestait par des visions, des apparitions, des extases, et lui révélait intérieurement les réformes à introduire dans le monde. Partant de Cj principe, que l'homme doit tendre uniquement à Dieu comme au seul être digne de notre crainte et de nos respects. Fox et ses disciples en concluaient qu'il est défendu : 1° de donner à qui que ce soit les titres honorifiques de majesté, d'altesse, de seigneurie, etc. ; 2o de s'incliner ou de se découvrir devant aucun homme, et de lui parler autrement qu'en le tutoyant ; 3° d'admettre aucune parure, aucun ornement, ni aucune espèce de jeu ou de délassement même en famille ; 4° de prêter aucun serment soit au prince, soit en justice; 5° de faire aucune guerre même défensive, et de plaider pour des intérêts temporels, etc. Selon les disciples de Fox, c'était l'Esprit de Dieu qui lui avait montré toutes ces choses dans la Bible. Insensiblement les Quakers se multiplièrent, et, avec le temps, ils formèrent une espèce de société religieuse, qui tenait ses réunions dans une salle immense, divisée, dans toute sa longueur, en deux parties, occupées l'une par les hommes en grands chapeaux à large bord, l'autre par les femmes en petits bonnets. Dans ces assemblées, leur silence est si profond, leur immobilité si parfaite, qu'on douterait si ce sont des créatures vivantes ou des statues. Dans cet état, ils attendent l'inspiration du Saint-Esprit. Tout à coup l'un d'eux, homm? ou femme, n'importe, dont la tête est plus exaltée, se sent inspiré; il se lève, il prend la parole et insiste, mais gravement, sur la nécessité de faire pénileuce, d'être sobre, juste, bienfaisant, etc. Peu à peu les auditeurs s'émeuvent, s'échauffent, se mettent à trembler de tous leurs membres, comme s'ils étaient pris d'un accès de fièvre.

et l'inspiration ou plutôt le délire devient général ; c'est l'Esprit qui arrive : alors c'est à qui parlera le plus haut et le plus longtemps. Après quoi tout s'apaise, tout rentre dans l'état naturel ; enfin, au signal donné, tous se lèvent à la fois, et sortent en silence. Persécutés en Angleterre, les Quakers sont allés en grand nombre se fixer en Amérique, dans la Pensylvanie, où ils se sont partagés en plusieurs branches, divisées de doctrines, d'opinions, de pratiques, etc. ; et ils en sont venus à ne plus guère être pour la plupart Trem bleurs que de nom.

Méthodistes. Une secte beaucoup plus nombreuse que celle des Quakers, et dont les progrès menaçants frappent de terreur l'église anglicane, c'est ceDe uea ^thodistes. Us parurent vers 1730; et ce fut le ministre anglican Jean "Wesley qui en fit un corps à part, sous le spécieux prétexte de réforme. Cet homme exalté avait, dès l'enfance, laissé apercevoir un vif désir de dominer. Son professeur lui en ayant fait des reproches, il répondit par un mot que Milton place dans la bouche de Satan : J'aime mieux être roi dans les enfers, que sujet dans les deux. Ses disciples se divisèrent, même de son vivant, en trois, puis en cinq branches principales, sans compter un nombre incalculable de rameaux, séparés les uns des autres par des nuances d'opinions ou des pratiques plus ou moins bizarres ; et tous, à raison delà vie régulière ou méthodique qu'ils menaient dans les commencements, adoptèrent le nom de Méthodistes, qu'on leur avait d'abord donné par dérision. Un de leurs dogmes favoris, c'est que chacun a droit de prêcher et d'administrer les sacrements sans autorisation, pourvu qu'il ait la conviction intérieure d'y être appelé de Dieu. Par là, ils ont ouvert la porte au fanatisme le plus outré. Chez eux, le Diable vient à tout propos pour justifier les crimes les plus odieux et les plus infâmes. Le Diable m'a tenté : à cela, suivant eux, il n'y a point de réplique. Us observent le repos du dimanche avec une rigidité plus que judaïque ; on en a vu se faire arranger les cheveux le samedi soir, et passer la nuit dans un fauteuil pour ne pas se défriser. Daxis leurs assemblées, on commence par chanter une espèce d'hymne ou de cantique ; ensuite on se met à genoux. Alors le premier qui se sent inspiré, improvise, non pas un discours, mais une prière à haute voix ; après lui un autre, puis un autre, et ainsi de suite pendant deux heures. Il faudrait y avoir assisté pour se faire une juste idée des extravagances, qui se débitent sous le nom de prières. L'un adresse des injures à Dieu ; un autre lui parle d'un ton radouci et mielleux; un troisième prend une manière impérative; il dit crûment à Dieu qu'il en aura menti, s'il n'accorde ce qu'il a promis. Ces fanatiques se montent ainsi l'imagination, se magnétisent en quelque sorte les uns les autres, jusqu'à ce qu'ils arrivent à un étal qui ressemble à l'ivresse ou au délire.

Jumpers ou Sauteurs. C'est en 1760, au pays de Galles, qu'un

ministre prêcha pour la première fois l'excellence du saut, comme pratique religieuse et agréable à Dieu. 11 ordonna à ses prosélytes de pousser de grands cris, des gémissements, des hurlements aigus en priant, de répéter jusqu'à trente fois la même stance d'une hymne et souvent le même vers ; de crier avec toute la puissance d* /eurs poumons les mots amen et gogoniant, qui, en langue gailique ou welche, signifie gloire; enfin, de se mettre dans une agitation violente, de se mouvoir avec fureur, et, après tout cela, comme complément d'enthousiasme religieux, de sauter en priant, jusqu'à ce qu'ils fussent entièrement' épuisés, au point de tomber harassés et haletants par terre. Ce n'est pas là, en vérité, une religion pour les infirmes, les vieillards et les podagres. Il faut avoir les reins forts, les jarrets nerveux et la respiration stentorienne, pour être dévot dans cette secte. Mais laissons parler ici un témoin oculaire d'une de leurs réunions, qui eut lieu dans le village de Twikenham, près de Londres.

« Une chaire portative, nous dit-il, avait été placée sur le lieu de la scène. Un jeune ministre y monta ; on lut des passages de la Bible ; on chanta des hymnes, en répétant les strophes plus ou moins de fois, selon que leur sens mystique avait plus de passion et d'énergie ; on récita des prières avec une ferveur et une animation brûlantes. Les amen et les gogoniant furent lancés au ciel, avec un enthousiasme de furieux. Enfin, quand à force de chanter, de prier, de hurler, les esprits des assistants furent jugés assez échauffés et électrisés par le révérend ministre qui présidait l'assemblée, le jeune ministre qui était en chaire, commença sa prédication ; elle fut à l'unisson de la musique. Ce fut une exhortation fervente, cordiale, passionnée à. la saltat ion religieuse. J'étais impatient de savoir si la Bible lui fournirait quelques armes en faveur de sa doctrine. Il en avait trouvé dans l'ancien et le nouveau Testament. Après avoir fait l'éloge du saut comme élevant l'âme à Dieu et la mettant dans une agitation extatique, il cita plusieurs exemples bibliques. Le saint roi David avait dansé et sauté devant l'arche du Seigneur; il avait dansé malgré les railleries de sa femme Michol, sauté malgré la présence de son peuple. David priait et sautait; imitez le roi David. L'enfant qui fut le prophète saint Jean, le précurseur du Christ, tressaillit et sauta dans le sein de sa mère Elisabeth, lorsque Marie alla la visiter dans sa maison de la montagne ; enfin le boiteux que Jésus avait guéri, sauta devant le Sauveur, en le louant et le remerciant de la grâce qu'il venait de lui faire. Certes, les exemples étaient on ne peut pius adaptés à la circonstance; les raisons qu'il en distillait, étaient péremptoires. La conclusion fut nécessairement que les bons et véritables chrétiens devaient exprimer, par de semblables marques de jubilation et de piété, leur admiration pour les bienfaits du Seigneur. Il déclara que ceux qui sautaient en priant, étaient prédestinés pour te ciel attendu que, dans le paradis, tous les saints, devenus jeunes,

dispos, ingambes et légers, saulent et dansent en chantant devant le Seigneur, au son de la musique des anges. Quand il eut fini son exhortation, il descendit de la chaire; et, comme il n'est meilleure manière de prêcher que celle qui se fait par l'exemple, il se prit à sauter, danser et gambader comme un démoniaque. Ce fut là sa péroraison et le commencement de la danse générale, à laquelle les pieux congrégants se lancèrent en furieux, sautant, hurlant, se démenant ainsi que des possédés. » Pauvre pensée humaine, dans quels travers ne vas-tu pas t'égarer ! Qui ne voit, par ce que nous venons de dire, que, sans l'autorité divine de l'Eglise, il n'y a plus de foi, il n'y a plus de religion, ni même souvent de raison?

Mag. Universel, 1836.

SEPTIÈME INSTRUCTION

Sainteté de l'Église. — L'Église catholique seule sainte. — Fruits de sainteté qu'elle produit.

D. Pourquoi dites-vous que l'Église est Sainte?

R. Parce que Jésus-Christ son chef invisible est saint, que sa doctrine et ses sacrements sont saints, que ses membres sont tous appelés à la sainteté, et qu'il y en a toujours un grand nombre qui sont véritablement saints.

La sainteté, voilà un des caractères les plus précieux à l'Église ; voilà un caractère incommunicable à toute autre société; c'est la dot privilégiée de l'épouse de Jésus-Christ, et rien au monde ne pourra la lui enlever.

La sainteté de l'Église peut être considérée sous quatre aspects différents; car l'Eglise doit être sainte :

1° Dans son chef et ses premiers fondateurs.

Son chef est Jésus-Christ, l'auteur et le consommateur de toute sainteté; or, ce divin Sauveur s'est livré pour son Église, dit saint Paul, afin de la sanctifier et de la rendre pure et sans tache (1). Ses premiers fondateurs ont été les

(1) Seipsum tradidit pro eâ, ut illam sanctificaret utsit sancta

el immaculata. Ephes., v, 26, 27.

apôtres, car nous avons été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, tandis que Jésus-Christ est luimême la pierre angulaire (1). Or, les apôtres n'ont -ils pas été des hommes éminents en sainteté?

2° Dans la fin qu'elle se propose , qui est de purifier les hommes en cette vie, pour les conduire au bonheur éternel, où leur sainteté sera parfaite et inamissible.

3° A raison des moyens sûrs et infaillibles qu'elle possède, pour conduire les hommes à la véritable sainteté. Ces moyens sont la doctrine qu'elle propose à croire, les lois morales qu'elle impose, les sacrements qu'elle confère, et enfin les cérémonies du culte. Or, sa doctrine est précisément celle que Jésus-Christ a puisée dans le sein de son Père (2), qu'il a enseignée à ses apôtres, que ceux-ci nous ont transmise; et l'Église, qui en est la dépositaire infaillible, doit l'enseigner à ses enfants jusqu'à la consommation des siècles. Doctrine éminemment sainte, qui nous donne de la Divinité et de la religion les idées les plus pures et les plus sublimes. Que si ses dogmes sont saints, sainte aussi est sa morale. Elle inspire toutes les vertus, réprouve et flétrit tous les vices; et l'incrédulité elle-même a été forcée de convenir qu'elle est infiniment supérieure à celle des sages les plus vantés de l'antiquité profane. « La sainteté de l'Évangile parle à mon cœur, dit le fameux citoyen de Genève : ouvrez les livres des philosophes, avec toute leur pompe, qu'ils sont petits près de celui-là !.... Jamais, dit-il encore, la vertu n'a parlé un si doux langage ; on n'en quitte point la lecture sans se sentir meilleur qu'auparavant. » Quant aux sacrements, institués par Jésus- Christ, ils sont nécessairement saints, et, pareillement, les cérémonies du culte, n'étant établies que pour nous donner une haute idée de la religion et nous porter plus effica-

(1) Ipso summo augulari lapide Christo Jesu. Ephes., n, 20.

(2) Joan.,\, 18. — (2) Psal., lxxix, (4.

cernent à la piété, ne doivent respirer que la sainteté.

4° Enfin, l'Eglise est sainte à raison des fruits de sainteté qu'elle opère tous les jours. Cette chaste épouse de Jésus- Christ ne peut rien perdre de sa fécondité. Malgré la corruption du monde, elle enfantera toujours des saints, qui brilleront comme des flambeaux, au milieu des ténèbres du siècle. Ni la rigueur des hivers, ni les violentes chaleurs de Pété, ni le sanglier de la forêt (1), c'est-à-dire le démon, qui lui tend continuellement des embûches et lui cause quelquefois de si affreux ravages, ne pourront jamais l'empêcher de faire germer dans les cœurs la grâce et la piété. Toujours elle sera, comme dit saint Pierre, une race choisie, une nation sainte (<2). Et qui oserait d'ailleurs supposer que le corps mystique de Jésus-Christ dût s'altérer et se corrompre, au point de n'avoir que des membres gangrenés, de misérables pécheurs? L'Église est donc toujours sainte dans la plus noble partie de ses enfants. Bien plus, ce n'est que dans l'Église qu'on peut devenir saint; car, hors de la véritable Église, point de salut, comme nous l'avons précédemment démontré, et, par une conséquence nécessaire, point de sainteté.

En tout ce que nous venons de dire, il ne peut y avoir de difficulté ; hérétiques et catholiques sont également d'accord, et tous se vantent d'avoir cette sainteté essentielle à l'Église. Mais quelle est celle d'entre les sociétés chrétiennes jui peut se l'attribuer à bon droit et exclusivement à toute autre ? C'est la question qui reste à examiner

Voyons d'abord l'Église catholique.

1° li est clan comme le jour qu'elle a pour fondateurs Jésus-Christ et ses apôtres; et il est si visiblement impossible de lui en assigner d'autres, que ses ennemis mêmes ne l'essaient pas. Ils osent bien l'accuser d'avoir changé ou corrompu sa doctrine; mais ils n'ont par, eu i'idée de lui

lJPsaZ. lxxix. 14.

Go sancta, getua eieclum. I. Fet., n, y.

contester cette glorieuse succession, qui la fait remonter jusqu'aux apôtres et jusqu'à Jésus-Christ. L'Église catholique est donc sainte sur ce point. Toutes les autres sociétés, au contraire, ont manifestement une origine plus récente; on peut assigner le jour de leur séparation d'avec l'Église catholique, et elles portent, comme une preuve évidente de leurscission, le nom de leur auteur, luthériennes de Luther, calvinistes de Calvin; etc. Mais, de bonne foi, qui oserait parler de la sainteté de Luther ou de Calvin, ces deux patriarches de la réforme ? £t, sans entrer dans les détails de leur vie, qui nous offriraient tant de choses à blâmer et à nous faire rougir, citons un fait, un seul fait qui fera à tout jamais leur honte et leur condamnation : que penser de ces prêtres ou moines apostats, qui ont voulu se marier malgré la loi ou les vœux qui les obligeaient à la continence, déshonorant ainsi leur caractère sacré par une alliance sacrilège? Est-il possible que Dieu ait suscité de pareilles gens pour réformer son Église ? Et que n'aurait-on pas à dire sur le chef des anglicans, Henri VIII, et sur la fameuse Elisabeth, et sur tous ceux qui, par orgueil ou pour satisfaire toute autre passion, se sont érigés en fondateurs de sectes ?

2° L'Église catholique est sainte dans la fin qu'elle se propose, qui est la sanctification des âmes. Elle n'a d'autre but que de nous préserver de la contagion du siècle, et de nous faire arriver purs et sans tache au terme du salut. C'est pour cela qu'elle gémit, qu'elle prie, qu'elle nous réunit dans ses temples, qu'elle nous exhorte par la bouche de ses ministres. Elle n'a ni cesse ni relâche qu'elle ne nous ait introduits au séjour du repos éternel. Ses pratiques de piété sont à la portée de tout le monde ; elle les a multipliées et diversifiées de toutes manières, afin de s'accommoder au goût, à l'âge, à la condition des personnes. Mais qu'on regarde bien les sectes qui ont rompu avec elle, on dirait qu'elles n'ont aucune part à l'onction du Saint-Esprit;

la dévotion n'y parvient guère à un haut degré de ferveur; et ce n'est pas étonnant, car la grâce de Dieu les a complètement abandonnées; aussi on a remarqué, avec juste raison, qu'il n'y avait, le plus souvent, que froideur, sécheresse et roideur dans leurs exercices religieux , et jusque dans les prières qu'elles se sont fabriquées à elles-mêmes.

3 l 'Église catholique est sainte dans les moyens qu'elle emploie pour nous sanctifier. Et, d'abord, elle est Sainte dans sa doctrine, car elle a conservé intact le précieux dépôt de la foi, et elle a, dans la voie d'autorité, un moyen infaillible de le transmettre aux générations futures, jusqu'à la fin des siècles, sans que jamais il subisse aucune altération. Que l'erreur cherche à se glisser imperceptiblement ou qu'elle se montre hardiment et la tête levée, ses docteurs ne l'ont pas plutôt aperçue qu'ils l'attaquent vigoureusement, et la confondent par des arguments invincibles; ses évêques la condamnent ; et le souverain Pontife, sentinelle vigilante, placée au sommet de la chrétienté, lui porte le dernier coup. — Sainte dans les règles qu'elle nous trace, pour la bonne conduite de notre vie ; c'est la pure morale de l'Évangile qu'elle nous annonce du haut de ses chaires, ou bien dans les écrits de ses saints. Jamais on ne l'a vue donner ni dans le rigorisme ni dans le relâchement ; mais, se tenant constamment éloignée de ces deux extrêmes, elle a frappé de ses censures et ceux qui, par une sévérité excessive, auraient voulu effrayer ses enfants, et ceux qui, par une molle complaisance, leur auraient aplani le chemin pour les conduire à la perdition. Avec une sagesse qui ne lui manquera jamais, parce qu'elle lui vient d'en haut, elle ne s'en tient pas uniquement aux préceptes formels de Jésus-Christ ; mais elle adopte et recommande fortement ses conseils pour mener les âmes à la perfection, comme, par exemple, la virginité, l'obéissance parfaite, la pauvreté \ olontaire, le mépris de soi-même, l'amour de la croix et des abjections, etc. Elle ne cesse d'exhorter ses

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enfants à ta pratique de toutes les vertus. Oh! si nous suivions bien exactement tous ses enseignements, nous serions sûrs de marcher dans la justice et la sainteté, tous les jours de notre vie. Quoi de plus saint encore que les préceptes particuliers qu'elle impose sur la sanctification de certains jours de fête, sur les jeûnes, sur la fréquentation des sacrements? Quoi de plus saint que ce qu'elle prescrit à ses ministres, pour qu'ils puissent répondre à la sainteté de leur état? Lisez les décrets des conciles, vous y verrez facilement que tout y tend à inspirer l'esprit de pénitence et de piété. — Sainte dans ses sacrements, qui sont comme les canaux par où elle nous communique la grâce et la sainteté ; chacun confère une grâce particulière, et répand dans les âmes l'espèce de sainteté qui lui est propre, et la plus convenable aux différents états auxquels on peut être appelé ; et, tous ensemble, ils contribuent à nous rendre parfaits, en nous faisant passer par les divers degrés de sainteté. — Sainte dans son culte: toutes ses cérémonies et ses diverses pratiques n'ont d'autre fin que d'honorer Dieu, de lui rendre la gloire qui est due à sa majesté suprême, et d'élever nos cœurs vers lui. Chez elle seule, on trouve l'autel véritable, le sacrifice légitime, cette oblation pure qui devait être offerte au Seigneur en tous lieux, selon la prédiction deMalachie (1).

En est-il de même des sectes séparées de l'Église catholique ? Elles ont bien pu, il est vrai, en rompant l'unité, emporter quelques parties de la vérité ; mais elles n'en ont pas la plénitude; elles ont fait un alliage monstrueux de dogmes divins et d'inventions humaines. En interprétant arbitrairement l'Évangile, elles ont donné dans les contradictions les plus choquantes, dans les écart? les plus extravagants. Ainsi, les protestants n'ont pas rougi, dans les

(1) Inomniloco sacrificaluret offertur nomini meo oblatio mund'-u Malac.', i, il.

premiers temps, d'enseigner l'inutilité de la pénitence et des bonnes œuvres, l'inamissibilité de la justice, et autres doctrines directement contraires à la sainteté," et qui ouvraient la porte à tous les vices. Ils ont supprimé les dogmes les plus sacrés, les pratiques les plus propres à inspirer l'horreur du vice et l'amour de Dieu, telles que la confession, la communion ; ils ont réduit le culte à une honteuse nudité. Enfin, nous l'avons déjà dit et nous devons encore le redire, parce que c'est ce qu'il y a de plus capable d'abattre l'orgueil des hérétiques, la corruption de la prétendue réforme paraît visiblement par celle de ses auteurs eux-mêmes. Et que pouvait-on attendre de bon de ces réformateurs, qui ne rougissaient pas d'avouer, comme Luther, qu'ils avaient eu le diable pour maître; ou de dire, comme Zuingle, qu'ils ne savaient pas si l'esprit qui les avait instruits, était blanc ou noir !

4° Enfin, l'Église catholique est sainte dans ses membres. Nous ne voulons pas dire que tous ses membres soient saints; car nous savons très-bien qu'elle est comme l'arche de Noé, qui renfermait des animaux purs et des animaux immondes, comme un troupeau mêlé de brebis et de boucs, comme le vestibule de la salle du festin où attendent en même temps les vierges sages et les vierges folles. Jésus-Christ lui-même nous a prédit le mélange constant des bons et des méchants dans son Église ; il nous a dit que, jusqu'au temps de la moisson, l'ivraie serait mêlée avec le bon grain dans le champ du père de famille ; nous savons d'ailleurs qu'en la compagnie de Jésus, parmi les douze apôtres, il se trouva un scélérat, et qu'on vit un incestueux parmi les chrétiens de Corinthe. Mais la révolte ou la dépravation des enfants ne préjudicie pas à la sainteté de la mère, de même que la perfidie de Judas ne nuisit pas à la sainteté des autres disciples de Jésus-Christ. Ne seraitce pas la plus grande injustice que d'imputer à l'Eglise des désordres qu'elle condamne, qu'elle s'efforce d'arrêter ou

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de guérir, e\ qui font le sujet continuel de sa douleur? A cause de la perversité d'un trop grand nombre de ses enfants, elle peut bien dire, comme l'épouse des Cantiques qu'elle est noire ; mais elle ne cesse pas pour cela d'être belle (1) ; noire par les vices de ceux qui déshonorent l'auguste caractère de chrétien qu'elle leur imprime au baptême, elle est cependant toujours brillante, comme le lis parmi les épines.

Ce qui fait sa gloire, c'est qu'elle est sainte dans une multitude infinie de ses enfants, qui ont donné à la terre l'exemple des plus héroïques vertus. A elle appartient la sainteté de tant de généreux martyrs, de tant d'illustres confesseurs, de savants docteurs, de pieux cénobites, de vierges chrétiennes, qui ont fait l'ornement des plus beaux siècles du christianisme et que les sectes hérétiques ne vénèrent pas moins que nous. A elle la sainteté des Athanase, des Grégoire, des Easile, des Cyrille, des Antoine, des Dominique, des Bernard, etc. Ces saints appartiennent incontestablement à l'Église catholique ; ils avaient la même foi que professe encore aujourd'hui l'Église catholique ; et, de leur temps, ils croyaient, comme nous croyons encore aujourd'hui, au purgatoire, à la nécessité delà confession, à la présence réelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans l'Eucharistie ; ils ont invoqué les saints, vénéré leurs images, comme nous le faisons nous-mêmes tous les jours; et, comme nous aussi, ils reconnaissaient la primauté du Pape, et se faisaient un devoir de le consulter dans tous les cas difficiles et de se soumettre à toutes ses décisions. Et même, depuis la réforme, que de saints l'Église catholique n'a-t-elle pas produits? Que de noms se présentent ici en foule ! Sainte Thérèse, saint Charles Borromée, saint François Xavier, saint François de Sales, saint Vincent de Paul et tant d'autres, dont les éminentes vertus ont excité

(1) Migra sura, sed formosa. Cant. i, 4.

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l'admiration et le respect même des plus granas ennemis de la religion! Aujourd'hui encore, que de vertus obscures et cachées aux yeux du monde, mais connues de Dieu, qui font la richesse et l'ornement du catholicisme ! Malgré ce déluge d'iniquités, qui inonde de toutes parts la surface de la terre, que de chrétiens dignes des premiers siècles! Nous en trouvons dans tous les rangs et dans toutes les professions; nous en trouvons dans le monde, qui les ignore ou les méprise; nous en trouvons dans les cloîtres, qu'on pourrait mettre en parallèle avec tout ce que l'Egypte et la Thébaïde ont vu autrefois de plus vénérable.

Et les saints du protestantisme, où sont-ils1? Où pourronsnous les trouver? C'est bien à tort que les protestants revendiqueraient ceux des premiers temps, puisqu'ils ont abjuré leur doctrine. Et, depuis que Luther a paru, quels sont les saints que la réforme a enfantés? On pourra bien nous citer certains graves personnages/le mœurs austères, je l'accorde ; mais qui ne sait que les apparences sont souvent trompeuses, et que, sous un extérieur de probité, se cache quelquefois beaucoup de malice. Je sens qu'ici le protestantisme peut nous faire la même objection, et nous alléguer notre paille et notre ivraie, pour couvrir la sienne. Voilà pourquoi j'ai hâte d'ajouter qu'il y a des signes manifestes, par lesquels Dieu fait éclater, quand il veut, la sainteté de ses serviteurs; ce sont les miracles. Or, le don des miracles n'a jamais cessé dans l'Eglise romaine ; en tout temps, il s'en est fait dans son sein, en moindre nombre, il est vrai, dans les temps postérieurs qu'aux premiers siècles, parce qu'ils ne sont plus aussi nécessaires, attendu que l'Église est maintenant établie et répandue dans tout l'univers; mais nous pouvons encore en citer, depuis la naissance de la réforme, de si avérés, de si authentiques, de si éclatants, que des protestants eux-mêmes, bien loin de les nier, n'ont pu s'empêcher de les confirmer par leur propre témoignage. Tels sont ceux en particulier de saint

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François de Sales et de saint François Xavier. Or. une Église, ainsi évidemment soutenue par la main de Dieu, ne montre-t-elle pas évidemment à tous les yeux le cachet de son origine céleste? A-t-on jamais rien vu de pareiichez les sectes hérétiques ? On peut les défier de nous citer un seul de leurs membres, qui ait été le sujet ou l'instrument d'un seul miracle. Aussi, voyant leur impuissance à cet égard, elles ont pris le parti de dénigrer nos saints, de tourner en ridicule les prodiges opérés par leur entremise; mais les rires ni la calomnie n'ont jamais été des raisons.

Faisons tout ce qui dépend de nous, pour nous montrer de dignes enfants de l'Église ; saints par état, saints par les engagements que nous avons contractés au baptême, soyons aussi saints par tous les actes de notre vie. Sans doute, notre sainteté ne sera parfaite qu'au ciel, puisqu'il nous est bien difficile ici-bas, vu notre fragilité, d'éviter toute sorte de fautes; mais ces souillures, que nous contractons journellement, lavons-les dans les larmes de la componction, dans le bain salutaire de la pénitence; et, afin de nous encourager à nous purifier et à nous sanctifier de plus en plus, levons souvent les yeux vers cette Jérusalem céleste toute composée d'un or très-pur, et dans la construction de laquelle nos âmes doivent être enchâssées, comme autant de pierres précieuses, pour y briller à jamais du plus vif éclat, parce qu'elles y refléteront quelques rayon. ^loire même de Dieu.

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