‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 5)Chapitre 31 sur 39 · INSTRUCTION · texte numérisé non relu

INSTRUCTION

Excellence de l'Oraison Dominicale. — Son efficacité. — Dieu est le Père commun de tous les hommes. — Fraternité universelle. — Se détacher du monde pour arriver à Dieu.

D. Quelle est la plus excellente de toutes les prières? R. C'est rOraison Dominicale.

La prière la plus admirable, la prière par excellence, celle qui est la plus agréable à Dieu et qui nous obtient le plus de grâces, est sans contredit l'Oraison Dominicale : prière sublime, commencement et fin de toute philosophie, où l'amour de Dieu et l'amour du prochain respirent unis par un lien admirable. Tertullien l'appelle l'abrégé de tous les préceptes évangéliquçs (1).

(l) Rêvera in oratione breviarium tolius Evangelii. TertuL, de Orat., c. i.

Son excellence se prend :

1° De son auteur, qui est le Fils de Dieu lui-même. Ce divin Sauveur a donné à son peuple les plus magnifiques enseignements, et il nous a laissé aussi la formule de prière dont nous devons le plus fréquemment nous servir, afin qu'employant auprès du Père les expressions mêmes que le Fils nous a enseignées, nous en soyons plus facilement exaucés.

2° De son efficacité. En effet, si Jésus-Christ nous assure que le Père céleste nous accordera tout ce que nous lui demanderons en son nom, combien plus abondamment n'obtiendrons-nous pas ce que nous aurons demandé dans les termes mêmes qu'il a bien voulu nous fournir ? Aussi Tertuliien nous dit que cette prière, parle privilège spécial dont elle est animée, monte au ciel avec une extrême vitesse (1). Peut-il y avoir de prière plus efficace auprès de Dieu, que celle dont son propre Fils est l'auteur ?

3° De sa matière. Elle renferme un précis de tout ce que nous pouvons demander à Dieu, ou espérer de lui. Elle est pour nos désirs ce que le décalogue est pour nos œuvres, et ce que le symbole est pour notre croyance. Le symbole est l'abrégé de ce que nous devons croire, le décalogue l'abrégé de ce que nous devons faire, et l'Oraison Dominicale l'abrégé de ce que nous devons demander à Dieu. De plus, elle exprime parfaitement les divers sentiments dont les hommes, qui sont les enfants de Dieu, doivent être animés à l'égard de leur Père céleste, « leur zèle vif pour la gloire de son nom, une ferme attente de l'accomplissement de ses promesses, leur soumission intérieure aux ordres de sa volonté, une pleine confiance en sa Providence nienfaisante, le tribut de leur reconnaissance pour les grâces déjà reçues, un désir ardent d'en obtenir de nouvelles, et leur aversion invincible pour tout ce qui pourrait lui dé-

(î) Suo animata privilégie» ascendit ad ccelum, commendans Patri quae Filius docuit. Tertul., de Orat., c. ix.

plaire (1).» N'est- ce pas là, en substance, tout ce qu'on peut demander à Dieu,et tout ce qu'on peut lui demander déplus parfait?

4° De l'arrangement de ses parties. Elle nous apprend, par leur ordre tout divin, à régler nos désirs (2). Jésus- Christ nous y éclaire sur la nature des biens que nous devons le plus rechercher, et sur le degré d'empressement et d'ardeur que nous devons mettre à leur poursuite. Ainsi, les premières demandes se rapportent à Dieu, parce qu'il a fait tout pour sa gloire, et qu'il veut être adoré et servi pour l'amour de lui-même et pour la glorification de son nom. Le premier motif de nos actions, et le premier désir de notre cœur doit donc être la plus grande extension de la gloire de Dieu, l'avènement de son règne, l'accomplissement de sa sainte volonté. Nous nous occupons ensuite de ce qui nous regarde nous-mêmes, et nous demandons tout ce qui nous est nécessaire pour la sanctification de nos âmes '.

D. Pourquoi appelez-vous cette prière l'Oraison Dominicale?

R. Parce que c'est Notre-Seigneur qui l'a enseignée à ses apôtres.

Oraison Dominicale ou Oraison du Seigneur, c'est la même chose ; car, en latin, le mot Dominus veut dire Seigneur.

Après nous avoir exposé la nécessité de prier et de prier continuellement, Jésus-Christ a bien voulu composer, à notre usage, une prière courte, afin que les mémoires les plus ingrates pussent la retenir ; claire, afin que les intelligences les plus bornées pussent la comprendre; complète,

(!) L'abbé Poulie.

(2) Est informativa totius nostri affectûs. D. Thom., 2, 2, q 83, a. 9.

afin qu'en la récitant, on n'oubliât jamais aucun de ses besoins. Ce divin Sauveur ne cessait jamais de recommander à ses disciples la nécessité de la prière, et il leur en donnait souvent l'exemple. Un jour qu'il était en prière en un certain lieu, quand il eut terminé son oraison, un de ses apôtres, s' approchant de lui, lui dit : « Seigneur, apprenez-nous à prier, ainsi que Jean l'a appris à ses disciples (1). » Alors le Sauveur répondit : « Voici comme vous prierez ; vous direz : Notre Père, qui êtes aux cieux, etc.» Prière évidemment descendue du ciel ! Quel homme, en effet, eût mis à la tête de ses demandes, comme le premier, comme le plus ardent vœu de son cœur, Que le nom de Dieu soit sanctifié? Et, pour ces biens de la terre, qui excitent tant notre convoitise, quel homme se fût contenté de demander du pain, c'est-à-dire le plus strict nécessaire, et encore uniquement pour un jour!

Cette prière se compose d'une préface, de sept demandes, et d'une conclusion. La préface est renfermée dans ces mots : a Notre Père, qui êtesaux cieux ; » puis viennent les demandes; et le mot Amen ou Ainsi soit-il, forme la conclusion. L'Oraison Dominicale, à raison de son importance, demande une explication détaillée et approfondie, que nous allons donner le mieux qu'il nous sera possible.

D. Pourquoi commençons-nous cette prière par ces paroles : Notre Pèreï

R. I\>ur nous exciter à la confiance en Dieu, en nous souvenant ^ue nous avons le bonheur d'être ses enfants.

Quand on s'adresse à quelqu'un et qu'on veut attirer sa bienveillance, on lui donne les noms et les qualités qui peuvent lui plaire davantage. Jésus-Christ, oubliant tous les titres de gloire, de puissance, de grandeur, de justice

.;: Lue., u, t.

qui conviennent à Dieu et qui pourraient nous donner une haute mais effrayante idée de sa majesté, nous commande de l'appeler du doux nom de Père ! C'est qu'il veut nous attirer à lui par la confiance, par l'amour. De tout temps, on avsit bien reconnu Dieu comme l'auteur de tout ce qui existe, comme le Père de la nature. Les païens euxmêmes faisaient grand usage de ce titre ; mais nul homme, même chez les Hébreux, pourtant si privilégiés, n'avait osé donner à Dieu le nom de Père, lorsqu'il lui parlait en qualité de suppliant. Le Prophète royal lui disait souvent : « 0 Dieu, venez à mon secours.... Seigneur, je crie vers vous de tout mon cœur.... 0 mon roi et mon Dieu, c'est à vous que j'adresse ma prière (1); » mais il ne lui disait jamais: «Mon Pèreou notre Père ! » Lejuif semblait toujours sous l'impression de la crainte que lui avait inspirée le tonnerre de Sinaï. Quant à nous chrétiens, Jésus-Christ ne nous a pas donné son Évangile au milieu d'une nuée épaisse, sur une montagne étincelante de feux, au bruit effroyable des trompettes; mais il nous a ouvert le ciel, il nous a ouvert son cœur, et il nous a permis de dire à Dieu: « Notre Père ! » Nom doux, nom attendrissant, quinousrappelle l'infinie bonté de notre Dieu et cette aimable Providence, dans le sein de laquelle nous vivons.

Adressons-nous donc à lui sans crainte, sans inquiétude, sans hésitation, sans aucune défiance. Qu'avons-nous, en effet, à redouter? et que n'avons-nous pas à espérer d'un Père tendre, compatissant, affectionné, qui connaît nos besoins, qui aime à les prévenir, sans attendre même nos demandes? Peut-il nous refuser quelque chose, après nous avoir déjà donné l'avantage d'être ses enfants? Il a soin des petits oiseaux, qui ne l'invoquent point en vain ; et nous, devonsnous craindre qu'il nous délaisse? Que ce doux nom de père soit donc constamment sur nos lèvres, et qu'il anime notre foi. Car, poursuit la Sauveur, si les père* selon h

(i) Psal. lxii. — czv:u. — v.

chair, quelque méchants qu'on les suppose, donnent cependant de bonnes choses à leurs enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il les vrais biens à ceux qui les lui demanderont, lui qui est plus véritablement leur père, et qui a pour eux un cœur véritablement plus tendre qu'aucun père?

D. Comment sommes-nous les enfants de Dieu?

R. Parce que Dieu nous a créés à son image, et que nous adoptant par sa grâce , il nous a rendus héritiers de son royaume.

Dieu est le principe et le chef de toute cette grande famille, qui est dans le ciel et sur la terre ; voilà pourquoi saint Paul nous dit qu'il est la source de toute paternité (d). Il est notre Père de toutes manières, par la création, par la rédemption, Père de notre corps et père de notre âme.

Et d'abord il est notre Père, parce qu'il nous a créés à son image. C'est de lui que nous tenons le plus grand de tous les bienfaits, qui est l'existence. Nos parents, selon la chair, n'ont été que les instruments de la Providence pour nous donner la vie. Il a lui-même formé nos membres dans le sein de notre mère, et à ce corps si admirablement organisé il a joint une âme capable de s'élever aux plus hautes conceptions. 0 Dieu, vous êtes donc vraiment notre Père, puisque c'est de vous que nous avons reçu Pêtre et la vie ! Et cette vie, il nous la conserve par les aliments qu'il nous donne, car c'est lui qui fait croître et multiplier le grain confié à la terre, et qui répand sa bénédiction sur nos travaux. Il nous la conserve encore par la protection dont il nous couvre, en nous préservant de mille accidents, auxquels nous sommes continuellement exposés fit qu'il détourne de nous avec une miséricor-

'\\ Ex auo omnis pale .mitas. £p>'t;s., ui. 16.

dieuse tendresse; car, sans lui nous ne pourrions subsister un seul instant.

Que si Dieu est notre Père, montrons-nous ses dignes enfants, appliquons-nous à lui ressembler par nos vertus , en menant une vie toute divine. Car, ceux qui se laissent aller au mal et dont la conscience est souillée de crimes, peuvent-ils être regardés comme les enfants d'un Dieu trois fois saint, d'un Dieu de pureté et de toutes vertus? Hélas ! ils se dégradent eux-mêmes en se mettant, comme dit le Prophète , au niveau des animaux sans raison , ressemblant à celui-ci par la férocité, à celui-là par la ruse, à cet autre par la brutalité des passions. Et, quand on s'est ainsi avili, appeler Dieu son Père, ne serait-ce pas lui faire outrage ? Ma famille à moi , dit le Seigneur , se compose de ceux qui portent en eux quelques traits de mes glorieuses perfections; et, si vous voulez que je sois votre Père, faites-vous connaître à vos œuvres pour mes enfants.

Nous sommes encore les enfants de Dieu, parce qu'il nous a adoptés par sa grâce. Par nature, que sommes-nous? un peu de boue pétrie du limon de la terre ; et, à cause du péché de notre premier père , nous étions nés enfants de colère et de malédiction. Mais voyez, s'écrie saint Jean, quelle charité le Père céleste nous a témoignée : il a voulu que nous soyons appelés et que nous soyons, en effet, ses enfants (1) ! Nous avons reçu l'esprit d'adoption , en vertu duquel nous pouvons dire à Dieu en toute assurance : a 0 notre Père (2) ! » Si un prince de la terre consentait à nous mettre au rang de ses enfants, quelle serait notre joie! Mais c'est le souverain dominateur du monde, c'est le Seigneur notre Dieu, qui a bien voulu nous faire entrer dans sa famille, en nous honorant du même nom de Fils, qu'il donne à Notre- Seigneur, à son propre Fils unique. Ne de-

(1) Videte qualem charitatem dédit nobis paler ut Fim uei nominemur et simus! I. Joan., m, 1-

(2) Àbba, Paler. Rom., vm, 15.

vons-nous donc pas nous livrer à tous les transports de 1s reconnaissance ? « 0 prodige de charité ! s'écriait saint Augustin (1), Dieu avait de toute éternité un Fils unique; et ce Fils unique n'a point voulu demeurer seul. On vois bien des hommes qui, n'ayant point eu d'enfants, en adoptent dans leur vieillesse et se donnent, par un choix de leur volonté, ce que la nature leur a refusé ; mais, s'il arrive que quelqu'un ait un fils unique , il en sent d'autant plus de joie qu'il le regarde comme le seul héritier de tous ses biens, et que personne ne doit, en les partageant avec lui, le rendre plus pauvre. Ce n'est pas ainsi que Dieu agit avec nous ; il n'avait qu'un Fils, qu'il a engendré avant tous les temps et par lequel il a créé toutes choses, et il a voulu envoyer ce Fils dans le monde, afin qu'il eût plusieurs frères adoptifs. » — « Pour nous, continue ici saint Jean Chrysostàme, quel sujet d'admiration et de reconnaissance qu'il nous soit ordonné d'appeler du nom de Père, un Dieu si grand, le maître souverain, l'immortel, l'immuable; nous, sortis de la poussière et du néant; nous, qui n'étions pas hier; nous, la proie du temps et condamnés à la mort, avoir pour Père le Dieu qui est avant tous les siècles ! »

En nous adoptant par sa grâce, Dieu nous a rendus les héritiers de son royaume. Cette auguste et sublime adoption nous donne droit de prétendre à tous les biens. Car, étant les enfants de Dieu, nous sommes aussi par là même ses héritiers et les cohéritiers de Jésus-Christ (2). Le Fils de Dieu veut bien nous admettre en participation de sa gloire et de tous ses trésors célestes, parce que son héritage est de telle nature que le nombre de ceux qui ie partagent ne le diminue en aucune sorte. Nous devenons nous-mêmes son propre héritage , lorsqu'il possède nos

(1) D. Aug , in Joan. Tract., 2.

(2) Si autem filii et hœredes, hseredes quidem I)ei,cohœredesaulem Christi. Rom.y toi, 17.

cœurs par son amour; et, réciproquement, il est lui-même l'héritage de ceux qui l'aiment, parce qu'il se communiqué à eux sans réserve et qu'ils trouvent en lui la source de tous les biens.

Après tout ce que le Seigneur a fait pou* nous , nous pouvons dire avec saint Augustin qu'il est plus Père que personne (1). Mais il est surtout père à l'égard des justes, parce qu'ils sont élevés à la participation de sa nature, parla grâce qui en est un rayon et un écoulement. Quant aux pécheurs, ils répudient, ils brisent eux-mêmes leur filiation divine , et ils ne peuvent dire à Dieu : « Notre Père , » sans qu'une voix secrète ne les confonde et ne leur adresse ce reproche : « Vous êtes les enfants du démon (2). » C'est pour leur faire sentir leur ingratitude et les rappeler à lui, que le Seigneur leur fait entendre, par la bouche de son prophète, ces paroles pleines d'indignation : « J'ai nourri des enfants, et je les ai élevés, mais ils m'ont méprisé ; le bœuf reconnaît son maître, et l'âne l'étable de celui à qui il appartient; et Israël ne m'a pas connu, et mon peuple est sans intelligence. Malheur à la nation pécheresse, au peuple chargé de crimes , à la race perverse , aux fils dénaturés ! Ils ont abandonné le Seigneur (3) ! » Pour ne pas attirer sur nous ces terribles anathèmes, ayons des sentiments dignes de notre céleste origine, et gardons-nous bien de jamais dégrader, par nos vices, nos glorieuses prérogatives 2.

D. Pourquoi disons-nous Notre Père, et non pas Mon Père ? R. Pour nous ressouvenir que nous sommes tous frères, et que nous devons prier les uns pour les autres.

Ce n'est pas seulement par sa loi, mais encore par la

(1) Nemo tam pater quàm Deus. Tertul.

(2) Vos ex pâtre diabolo eslis. Joan., vin, 44.

(3) Fihos enutrivi et exaltavi ; ipsi autem spreverunt me. Is., i. 2.

formule de prière qu'il nous a enseignée, que Jésus-Christ nous commande l'union, la concorde, la paix. Il veut que tous les hommes, en quelque pays qu'Us habitent, se regardent comme une grande famille, dont les membres, unis entre eux par les liens de la plus tendre charité , se prosternent aux pieds du Père commun et s'intéressent les uns pour les autres. Toutes les demandes de l'Oraison Dominicale sont donc conçues au pluriel , parce que Jésus- Christ entend que chaque particulier, en priant pour lui, prie en même temps pour l'universalité des hommes. Nous ne disons pas : «Mon Père, donnez-moi aujourd'hui mon pain , pardonnez-moi mes offenses, etc. » Notre prière est pour tous ; et, dans l'effusion de notre charité, nous embrassons tous les pays, toutes les croyances, toutes les conditions. Catholiques, hérétiques, juifs, infidèles, compatriotes, étrangers , grands et petits , nous appartenons également à la grande famille de Dieu, disséminée sur toute la terre. Tel est le sentiment de fraternité universelle, inspiré par la nature et consacré par l'Evangile. Il fut une époque , qui n'est pas loin de nous, où ces grands mots de fraternité , d'égalité, volaient dans toutes les bouches et agitaient tous les esprits; et ils ne purent cependant réunir les cœurs. La fraternité de ces temps-là, comme on l'a dit avec raison, était celle de Caïn et d'Abel, parce qu'elle n'était pas fondée sur la religion ; aussi ne produisit-elle que des ruines. Mais si nous entrons bien dans l'intelligence de ces mots : Notre Père, etc. , si nous aimons bien le Père céleste , alors nous vivrons dans un accord parf ait, sans secousses, sans violences , sans disputes, sans haines, sans jalousies, comme il convient à des enfants d'un Dieu de paix et d'amour, n'ayant qu'un cœur et qu'une âme comme la société des premiers fidèles. Nos prières n'en auront que plus de mérite et d'efficacité 3.

D. Pourquoi disons-nous Notre Père qui êles aux deux, puisque Dieu est partout?

R. Parce que le ciel est le lieu où Dieu fait parailre sa gloire avec le dIus d'éclat.

Les Prophètes, voulant nous inspirer le pins grand respect pour la grandeur et la majesté de notre Père céleste, nous disent que a les cieux racontent la gloire de Dieu., et que le firmament annonce l'œuvre de ses mains.... que le ciel est son trône, la terre l'escabeau de sespie^s... qms? main étendue est la mesure du ciel, et que la terre tient dans le creux de sa main.... que le ciel des cieux appartient au Seigneur, et qu'il a donné la terre aux enfants des hommes (1). Mais Jésus-Christ a voulu nous détacher de la terre, et voilà pourquoi il nous met dans la bouche, dès le début desa prière, ces touchantes paroles : « Notre Père qui êtes aux cieux. » Les enfants doivent se réunir à leur père. Ce monde ne sera donc pas notre habitation permanente ; nous ne faisons qu'y passer, comme des exilés qui soupirent après une meilleure patrie. C'est au ciel, que notre Père nous attend, prêt à nous donner les couronnes et les palmes immortelles promises à la vertu. Élevons donc nos pensées en haut, dès que nous commençons l'Oraison Dominicale ; et, sur les ailes de la foi, volons par-dessus les espaces de l'air, au-dessus du firmament, jusque dans le sein de celui que nous appelons notre Père *.

Notre Père qui êtes au ciel. Il est donc infiniment puissant, infiniment riche, infiniment heureux ; il est aussi infiniment bon. Il peu donc nous accorder tout ce qu'il lui plaira, et nous faire parvenir avec lui au comble de la félicité. Il n'en est pas de même des riches et des grands de la terre. Leur puissance ne s'étend pas aussi loin que leurs désirs; et, malgré leur bonne volonté, ils se trouvent souvent impuissants à nous soulager, et nous laissent dans le

11) Psal. kvii, 1. — Is., uv, 1. — v, 26. — vi, 29.

dénûment et la tristesse. Mais le Père céleste nous ouvre tous ses trésors. Consolez-vous donc, pauvres, affligés, et vous tous qui êtes déshérités des biens de la terre : vos privations finiront bientôt; et, un jour, vous aurez tout en abondance dans le ciel. Vous y recueillerez un héritage infiniment précieux, que vous promet le Père céleste, en dédommagement de tout ce que vous aurez souffert pour son amour.

TRAITS HISTORIQUES

1. Un prêtre de l'Oratoire, le père Amaury, ayan; rencontré, dans le cours de ses missions, un jeune berger, aux environs de la ville où il allait exercer son ministère, se sentit intérieurement pressé de l'instruire et de le porter à Dieu, et ce fut lui-même qui reçut plus d'instruction qu'il n'en donna. Le bon Père parut avoir besoin de quelque repos ; il s'arrêta, et toujours missionnaire, c'est-à-dire parlant de Dieu en toute occasion, il fit au jeune homme quelques questions sur le catéchisme, et fat fort étonné de trouver, dans cette âme simple, un grand fonds d'instruction. Alors il l'exhorte à prier Dieu tous les matins et à réciter tous les jours son chapelet, lui demandant s'il en avait un. — Assurément, mais dans tout le jour je ne puis l'achever, et depuis quelque temps je n'en dis que quelques paroles. — Comment cela ? Et quelle distraction vous empêche de continuer votre prière 1 — Ce ne sont pas des distractions ; mais on m'a recommandé, en le récitant, de penser sérieurement à ce que je disais: je le fais, et je suis tellement touché que je passe des heures entières sur les mêmes paroles. — L'oratorien, plus étonné encore du don de prière qu'il trouvait dans ce bon villageois que du fonds d'instruction qu'il avait déjà admiré, fut touché d'une sainte curiosité de connaître la conduite de Dieu sur cette belle âme, et comment elle excellait dans ce genre de prière, que l'on app3lle Oraison et qui n'est autre chose qu'une prière réfléchie et attentive, dans laquelle on se pénètre plus vivement des vérités de la religion. Le berger lui dit avec simplicité : Mon Père, je me mets en la présence Dieu, je fais !e signe de la croix et je dis : Notre Père, qui êtes aux cieux. A cette seule pensée que Dieu est mon Père, je sens d'abord combien je dois l'aimer, m'intéresser à sa gloire, mettre mon bonheur à lui obéir, désirer que son règne s'établisse dans mon cœur, craindre surtout de l'offenser, et mettre en lui toute ma confiance. Tels sont les devoirs si doux qui naissent de cette qualité de Père. Comme Jésus-Christ nous a appris à dire à Dieu, Notre Père, je ne sépare point Dieu, Je-

sus-Christ et les hommes; je me les représente sous ces douces images: les hommes comme enfants de Dieu et mes frères. Ainsi, mes devoirs envers Dieu et envers les hommes me semblent si étendus et si doux à remplir, que je ne me lasse pas de m'en occuper. Il faut cependant poursuivre cette belle prière, et, sans me détacher de ces consolantes paroles, Notre Père, lorsque je dis, qui êtes aux deux, je me sens porté à ne rien demander à noire Père céleste, que ce qui peut me conduire plus sûrement au ciel, où il règne dans sa gloire. Quand je réfléchis encore que moi, qui ne suis qu'un pauvre petit berger, auquel personne ne pense dans ce monde, j'ai un Père dans le ciel qui m'aime avec tendresse, qui a un royaume éternel et qui veut me le donner, et qui, pour m'en assurer la possession, a livré son propre Fils à une mort cruelle, alors je ne me sens pas de joie ; il me semble être d'avance dans le ciel aux pieds de ce bon Père, et je ne puis que lui dire, dans les transports de ma reconnaissance et de mon amour: 0 mon Dieu! que vous êtes bon! — Le Père Amaury, charmé de ces réflexions et de mille autres qu'il ne nous a point racontées, assure qu'il n'a jamais fait une rencontre aussi heureuse, d'autant plus que ce bon villageois avait, en lui parlant, le visage d'un ange, et paraissait pénétré d'amour pour Dieu et ravi d'une sainte joie, qu'il devait à ses pieuses considérations.

Mérault, Enseig. de la Relig.

2. Noire plus beau titre de gloire est celui d'enfants de Dieu, et sous devons le préférer à tout. Moïse avait été sauvé des eaux du Nil et adopté par la fille de Pharaon. Mais, lorsqu'il fut devenu grand, dit saint Paul, c'est-à-dire lorsqu'il eut atteint l'âge où il pouvait espérer les plus grands avantages et les plus beaux emplois de la cour, il renonça à la qualité de fils adoptif de la fille de Pharaon, et il aima mieux être affligé avec le peuple de Dieu que de jouir du plaisir si court qui se trouve dans le péché. Il ne pouvait, en effet, rester plus longtemps à la cour, sans être obligé d'en suivre les maximes et la religion, sans être obligé de contribuer, pour sa part, à l'exécution des édits injustes portés contre sa nation; et, de plus, il eût résisté à la vocation et à l'inspiration divines, s'il avait manqué de secourir ses frères dans l'extrême besoin où ils se trouvaient. Il jugea donc que c'était pour lui un plus grand bonheur de participer avec le peuple juif aux souffrances de Jésus-Christ, que de posséder tous les trésors de l'Egypte, parce qu'il envisageait la récompense, c'est-à-dire la béatitude éternelle, promise à tous les vrais fidèles. Il quitta donc l'Egypte, sans craindre la fureur du roi ; et il demeura ferme et constant comme s'il eût vu l'Invisible, c'est-à-dire Dieu en personne, lui promettre visiblement sa protection , et le secourir contre le tyran, oppresseur de son peuple. Eebr. xi. 25.

Dieu ne nous commande pas, comme à Moïse, de renoncer à l'espérance d'un trône, de quitter un grand royaume, de nous exposer

volontairement aux persécutions d'un puissant roi. Il veut seulement que nous ne fassions rien d'indigne de l'honneur que nous avons d'être ses enfants (1). On n'appartient plus au Seigneur, on brise tout lien avec lui, quand on se souille par quelque action honteuse.

H est rapporté, dans la vie de saint Dominique, qu'un certain nombre de religieux de son ordre, qui s'étaient détournés des saintes règles qu'il leur avait laissées, chantaient, un jour de fête, ces paroles : « Priez pour nous, saint Dominique notre père. » On entendit une voix venant du ciel, qui leur répondit : « Je ne suis point votre père, et vous n'êtes point mes enfants, puisque vous né suivez pas la route que je vous ai tracée ni les exemples que je vous ai donnés (2). » Lorsque nous disons : Notre Père, qui êtes aux cieux, Jésus-Christ ne pourrait-il pas nous dire, comme saint Dominique à ses disciples : Je ne suis point votre père et vous n'êtes point mes enfants; vous êtes les enfants de Sodome et de Gomorrhe, puisque vous vous livrez aux infamies des habitants de ces villes ; vous êtes les enfants de satan, puisque vous êtes orgueilleux comme lui et que vous suivez toutes ses suggestions. Traite sur le Pater.

La pécheresse Thaïs, ayant résolu de se convertir, alla trouver Paphnuce, anachorète de la Thébaïde. Le saint homme la conduisit dans un monastère de femmes, et la renferma dans une cellule,' sui la porte de laquelle il mit un sceau de plomb, comme si ce lieu eût été destiné à lui servir de tombeau. Il recommanda aux sœurs de lui apporter, tous les jours, pour sa nourriture, un peu de pain et d'eau, et il lui ordonna à elle d'implorer la miséricorde divine, et de solliciter sans cesse le pardon de ses péchés. Thaïs lui ayant demandé quelle prière elle devait faire, il lui répondit: c Vous n'êtes point « digne de prononcer le saint nom de Dieu, parce que vos lèvres « ont été souillées par l'iniquité ; vous ne l'êtes pas non plus de c lever vos mains au ciel, parce qu'elles sont remplies d'impuretés. « Ainsi contentez-vous de vous tourner vers l'Orient, et de répéter « ces paroles : 0 vous qui m'avez créée, ayez pitié de moi. » Elle continua de faire cette prière, qu'elle accompagnait de beaucoup de larmes. Elle n'osait appeler Dieu son Père, parce qu'elle avait mérité, par ses crimes, de perdre la qualité de son enfant; elle n'osait non plus lui donner les titres de Seigneur, de Juge et de Dieu : de Seigneur, parce qu'elle avait renoncé à lui pour devenir l'esclave du démon; de Juge, parce que la pensée de ses redoutables jugements la glaçait d'effroi ; de Dieu, parce que son nom est infiniment adorable, et qu'il emporte avec lui l'idée de toutes les perfections. Mais, quoiqu'elle l'eût renié par ses actions, elle était toujours l'ouvrage de ses mains ; et à ce titre, elle le conjurait d'abaisser sur

(t) Non lilii ejus in sordibus. Deut. . xxxv, 5.

12) Ora pro nobis, pater Dominice. — Nec ego pater, nec vos lilii.

elle les regards de sa miséricorde, de la tirer de l'abîme de ses misères, de la rétablir dans les droits précieux qu'elle avait perdus, et de l'embraser de son amour. Godescard.

3. Un chrétien, voyant saint Fructueux aller au martyre, crut devoir se recommander particulièrement à ses prières. A Dieu ne plaise, lui dit ce saint homme, que je prie pour vous seul : la prière du chrétien est pour toute l'Église catholique. — Saint Cyprien s'était eNpliqué de la même manière. — Le grand évêque d'Antioche, saint Ignace, fut envoyé à Rome, pour y être dévoré par les bêles : c'étaient les affreux spectacles que les empereurs donnaient aux Romains pour leur plaire: tant, avant la prédication de l'Évangile, la nature avait été altérée dans l'homme! Le saint martyr donc, avant d'entrer dans l'amphithéâtre, pria pour toute l'Église et pour la conversion de l'empire persécuteur des chrétiens. — Saint Polycarpe, avant de monter sur le bûcher, demanda pour lui-même la persévérance, et il termina sa prière en faisant des vœux pour l'Église entière.

4. Saint François d'Assise, voulant se consacrer entièrement an Seigneur, alla s'enfermer dans l'église de Saint-Damien. Son père vint l'y trouver; et, comme il lui était impossible de le déterminera revenir avec lui, il l'accabla d'injures et de coups, et il ne s'apaisa que lorsque son fils lui eut promis de faire, en présence de l'évêque, une'renonciation à tous ses biens. François accepta la proposition et remit tout ce qu'il pouvait posséder dans le moment; et il ajouta qu'il voulait être disciple de Jésus-Christ, et qu'en celte qualité il était prêt à tout souffrir pour l'amour de lui. Lorsqu'il fut avec son père devant l'évêque d'Assise, il fit la renonciation demandée, par un acte que les lois prescrivaient en pareil cas; puis, emporté par la ferveur de son zèle, il se dépouilla de ses propres babils, en disant à son père, avec autant de douceur que de tranquillité : c Jusqu'ici, je c vous ai appelé mon père sur la terre; mais j'ai bien raison de dire « maintenant : « Notre l'ère, qui êtes aux cieux, > dans lequel j'ai « mis tout mon trésor et toute mon espérance. > L'évêque fut attendri jusqu'aux larmes, à la vue d'une telle ferveur.

Me de saint François d'Assise.

Tous les saints, depuis le commencement du monde, se sont toujours considérés sur la terre, comme deâ voyageurs qui avaient à y demeurer peu de temps, et ont regardé le ciel comme leur pairie, où ils devaient demeurer éternellement. Quand Dieu ordonna à Abraham de sortir de son pays pour aller dans la terre qu'il lui montrerait, il ne lui donna aucun lieu fixe, où il pût faire sa demeure; aussi, ce saint patriarche étant parti sans savoir où il allait, ne posséda pas un pouce de terre, si ce n'est un sépulcre, qu'il acheta dans le pays qui lui avait été promis. Son fils Isaac et son petit fils ne demeurèrent comme lui dans celte terre étrangère, que comme des voyageurs sous des tentes, sans y rien posséder, parce qu'ils dési-

raient une meilleure patrie, qui est la patrie céleste. C'est ainsi que le Seigneur, qui a voulu être appelé le Dieu de ces patriarches, a fait voir à tous les fidèles, dont Abraham est le père, en quelle disposition ils doivent être en cette \«ie présente ; qu'ils ne doivent point s'y plaire, mais soupirer après leur véritable patrie, où leur Père eéleste les attend pour les y rendre heureux. Plusieurs chrétiens, dans la suite des siècles, ont imité le détachement de ces saints Patriarches, et, vivant dans l'attente de la béatitude que nous espérons, ils n'ont recherché, dans cette vie, ni repos ni établissement. N'est-ce pas ainsi qu'ont vécu les disciples des apôtres, qui quittaient tout et vendaient tout ce qu'ils avaient, pour le donner aux pauvres? Combien a-t-on vu de milliers d'hommes, qui sont sortis des villes e^ ont renoncé au commerce du monde, pour se retirer dans les déserts et les solitudes, vivant dans la contemplation de Dieu, et du travail de leurs mains pour assister les pauvres I Ceux qui demeurent dans les villes et dans l'usage des biens temporels, doivent aussi se considérer comme des voyageurs et des étrangers dans ce monde, et en user commenen usant point, dit le grand apôtre (1).

Sacy, Eeb., il.

PREMIERE INSTRUCTION

En quel sens le nom de Dieu doit être sanctifié. — Trois sortes de lègnes de Jésus-Christ.

D. Que demandons-nous à Dieu par ces paroles : Que votre nom soit sanctifié?

(1) Qui utuntur hoc mundo. tanquàm non utantur. I. Cor., vu, 31.

R. Nous demandons que Dieu soit connu, honore et servi par nous et par tous les hommes.

Un fils bien né désire la gloire de son père, et il éprouve la plus douce jouissance en le voyant chéri, estimé, honoré de tous ceux qui le connaissent ou qui l'approchent. Voilà pourquoi le premier vœu de notre cœur et le premier mobile de nos actions, exprimé dans l'Oraison Dominicale, est la plus grande diffusion de la gloire de Dieu.

Remarquons d'abord que Dieu, possédant le comble de la gloire et la plénitude de la sainteté, n'en peut recevoir aucun nouveau degré au-dedans de lui-même. Il n'a rien à gagner par nos hommages, ni rien à perdre par notre indifférence ; il est toujours le Dieu trois fois saint, et sa sainteté demeure inaltérable, comme ses autres perfections.

« Nous l'appelons saint, dit saint Jean Chrysostome, comme dans les acclamations faites en l'honneur des princes, on les appelle rois, empereurs, non pour leur en conférer le titre, puisqu'ils l'ont déjà, mais pour manifester, par une expresse approbation, qu'on tient à la dignité de leur rang. » Que si nos prières et nos louanges n'ajoutent absolument rien à la gloire et à la sainteté du Très-Haut, que signifient donc ces mots : Que votre nom soit sanctifié? Ils expriment le désir que nous avons, que le nom de Dieu soit glorifié et sanctifié extérieurement en nous par nos bonnes œuvres, qu'il soit loué, béni, exalté maintenant et dans tous les siècles. C'est un sentiment d'une tendresse toute filiale, par lequel nous voudrions voir Dieu connu, honoré, servi par nous et par tous les hommes 4.

Nous demandons :

Qu'il soit connu. Hélas '. combien de peuples vivent encore dans les ténèbres de l'infidélité, et auxquels la bonne nouvelle n'a pas été annoncée ! Oh ! quand viendra pour eux le jour ae la lumière, le jour du salut? Nous pouvons le hâter par nos prières. Désirons donc de toute l'ardeur

de noire cœur que le nom de Dieu soit sanctifié, que sa religion divine se propage de plus en plus jusque dans les contrées les plus reculées, jusques aux confins de la terre, parce que, en la connaissant on l'aimera, en l'aimant on la pratiquera, et en la pratiquant on obtiendra le bonheur attaché à l'accomplissement de ses préceptes. — Et, parmi les chrétiens, combien, tout en connaissant le nom de Dieu, vivent comme s'ils ne le connaissaient pas ! Enfants ingrats, dénaturés, qui semblent rougir de leur père, qui ne lui donnent aucun signe de confiance, de reconnaissance ni d'amour, et qui méconnaissent, de la manière la plus injurieuse, sa bonté et sa justice, ses promesses et ses menaces ! Prions que ce désordre cesse, et que le nom de Dieu soit sanctifié.

Qu'il soit honoré. C'est un nom saint et terrible, dit le psalmiste , et il mérite, par conséquent, tous nos respects. Ah! si l'on était bien pénétré de la grandeur et de la majesté de Dieu, comment oserait-on l'outrager? Cependant, le saint nom de Dieu est indignement profané par une foule de libertins, d'impies, de pécheurs scandaleux, de blasphémateurs; malheureux mortels, qui méprisent le Seigneur et se révoltent contre lui ! S'il n'était patient, parce qu'il est éternel, il pourrait les écraser comme des vermisseaux, et les précipiter dans les abîmes. Et nous-mêmes, avons-nous soin de glorifier le Seigneur? Pensez-y, vous tous qui êtes en état de péché mortel, et qui voulez persévérer dans vos dérèglements. Vous récitez votre prière, vous dites à Dieu : Que votre nom soit sanctifié, et vous le déshonorez par votre perversité, par votre obstination dans le mal? Au lieu de sanctifier le nom de Dieu, vous le faites blasphémer (1) ! Que vottye nom soit sanctifié / Mais sanctifiez-vous vous-mêmes, purifiez votre conscience, si vous voulez réellement que Dieu soit sanctifié en vous et par vous; autrement, votre prière n'est qu'une dérision.

Dei Der vos folasphematur inter génies. Rom., il, 24.

Qu'il soit servi. N'est-il pas notre maître ? ne nous promet-il pas les plus magnifiques récompenses ? Comment se fait-il qu'on ait si peu de zèle pour son service, tandis qu'on est tout de feu pour les affaires de la terre, pour des intérêts temporels. On se sacrifie pour l'honneur, pour la gloire^ pour la fortune, et à peine donne-t-on quelques instants aux œuvres de piété. Cependant tout n'est que vanité, excepté d'aimer le Seigneur et de le servir.

Par nous. Nous devons être les premiers à honorer, bénir et glorifier le Seigneur, si nous voulons réellement que les autres l'honorent, le bénissent et le glorifient. Commençons donc par accomplir en nous ce que nous demandons. Vous dites que vous n'avez rien tant à cœur que de voir Dieu aimé, servi et sonore, et, à cet effet, vous prononcez ces paroles : Que votre nom soit sanctifié. Et par qui? Par les autres uniquement? Et vous vous réserveriez à vous la liberté de l'outrager? Mais votre prière serait une insulte à la Divinité, votre prière serait votre condamnation. Soyez saints, nous dit le Seigneur, parce que je suis saint 2 (1); soyez saints, si vous voulez sanctifier le nom du Père céleste. La sanctification de Dieu, c'est notre propre perfection (2).

Et par tous les hommes. La charité dilate les cœurs. Plus nous aimons le Seigneur, plus nous désirons que nos frères l'aiment, et plus nous faisons d'efforts et nous prenons de moyens pour répandre partout le feu sacré de son amour. Mais comment faire glorifier le Seigneur ?

1° Par nos bons exemples. Car si nous savons résister aux assauts des passions, aux amorces de la volupté, si nous sommes d'une conduite pure, irréprochable, si nous pratiquons ces belles vertus si recommandées par notre divin Maître, l'humilité, qui fait choisir la dernière place, alors qu'on serait digne du plus haut rang; la modestie, apanage

(t) Sancti estote, quoniam ego sanctus sum. Levit., xx, 7.

(2) Sanctificatio Dei nosîra esi perfectio. Cass. Coilat. 9, c.xxvm.

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