‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 5)Chapitre 32 sur 39 · II. î · texte numérisé non relu

II. î

inséparabledu vrai mérite ; l'indulgence, qui excuse tout ; la douceur, vrai charme de la vie; la condescendance, qui se prête à tout et ne recule que devant les droits sacrés de la vérité et de la justice ; à la vue de cette perfection, les méchants eux-mêmes rendront hommage à l'Évangile, les mécréants sentiront intérieurement le besoin de croire, et nous sanctifierons ainsi le nom du Seigneur.

2° Par nos paroles et nos bons conseils. Usons de toute l'influence que nous pouvons avoir sur nos amis, sur nos égaux, sur nos inférieurs, pour les gagner à Dieu. Il nous est recommandé à chacun de prendre soin du salut de nos frères ( 1 ) . Il ne faut souvent qu'un mot dit à propos, qu'une sage remontrance, qu'un avis charitable pour produire les fruits les plus heureux de sanctification. Efforçons-nous donc de gagner à Dieu autant d'âmes que nous pourrons ; et enchaînons-les à son service par les liens de l'amour (2). C'est là un noble et facile apostolat, dévolu à tout le monde. Mais les pères et mères de famille, les supérieurs en tout genre y sont plus strictement obligés ; et chaque fois qu'ils font leur prière, ces mots : Que votre nom soit sanctifie, doivent ranimer leur ardeur à faire aimer et servir Dieu par tous ceux qui sont sous leur dépendance. Mais, hélas! disons-le à la honte de notre siècle, combien de familles, combien de maisons où il n'est presque jamais question de Dieu, où il semble entièrement inconnu, où les plus obligés à le faire adorer et servir, sont les plus négligents à s'acquitter de leurs devoirs religieux ! Ah ! qu'ils disent, au moins de temps en temps, leur Pater avec attention, avec foi et amour, et ils comprendront leurs obligations, et ils attireront la grâce de Dieu, qui les aidera à les accomplir.

Quel sens profond caché dans ces mots : Que voti e nom

(1) Mandavit unicuique de proximo suo. Eccli., xvii, 12.

(2) Râpe ad ûeum quascumq je potes animas, et die eis t Huac amemus. D. Aug.

soit sanctifié! Celui qui les prononce, dit saint Grégoire de Nysse, exprime à la lettre ce vœu : Seigneur, qu'à l'aide de votre secours, soutenu de votre grâce, je devienne exempt de toute faute, juste, pieux; que j'évite toute action coupable, ne disant rien que de vrai, ne faisant rien que de légitime, marchant dans la voie droite, enflammé d'un saint désir pour le ciel, plein d'un souverain mépris pour les choses d'ici-bas, aspirant à la perfection des Esprits célestes. C'est là ce que sous-entend cette courte parole : Que votre nom soit sanctifié.

D. Que demandons-nous à Dieu par ces paroles : Que votre règne arrive ?

R. Que Dieu règne par sa grâce dans nos cœurs et dans celui de tous les hommes, et qu'il nous fasse régner un jour avec lui dans sa gloire.

Dieu est le Roi immortel des siècles, le Roi du ciel et de la terre, le Roi des rois ; et toutes les puissances de ce monde ne sont devant lui qu'un atome, qu'un pur néant. Le ciel est son palais ; mille millions d'anges environnent son trône et célèbrent ses louanges ; son règne a commencé avant les temps et persévérera après tous les temps. Que les méchants se coalisent contre lui, il se rit de leurs efforts, parce que, bien différent des monarques de la terre, il n'a aucune révolution à craindre, et que sa puissance infinie est à l'abri de toute atteinte. Mais, remarque saint Grégoire de Nysse, ce n'est point un roi despote, qui soit jaloux d'étendre sa domination par la contrainte et par la nécessité de Jui obéir; il ne veut que commander librement; il veut qu'on lui obéisse par choix, et c'est ce à quoi nous nous engageons, en lui demandant l'avènement de son règne. Nous lui exprimons le désir ardent que nous avons de nous affranchir de l'esclavage honteux du péché, pour nous soumettre à son aimable empire.

On peut distinguer trois sortes de règnes de Jésus-Christ,

qui doivent faire l'objet continuel de nos vœux : sop règne temporel sur la terre par le triomphe de l'Évangile, son règne spirituel dans nos âmes par sa grâce, son règne éternel dans la gloire céleste.

i° Son règne temporel par le triomphe de l'Évangile.

L'Église, voilà le royaume que Jésus-Christ est venu luimême fonder sur la terre, et qu'il a cimenté par son sang, royaume de vérité, royaume de justice et de paix. Demandons avec ferveur que ce royaume s'étende, fleurisse et se fortifie, que l'idolâtrie soit détruite, que le culte du vrai Dieu soit établi par toute la terre, que les hérétiques et les schismatiques reviennent à la communion catholique, qu'ils ont abandonnée, afin que le Seigneur étant partout reconnu pour le roi suprême, la terre tressaille d'une sainte joie (1). Pour que notre prière soit sincère et efficace, faisons nous-mêmes honneur à l'Église par la pureté de nos mœurs et l'innocence de notre vie. Car, en disant : Que votre règne arrive, nous demandons surtout qu'il règne sur nos cœurs, par notre humble soumission à toutes les inspirations de sa grâce 3.

2° Son règne spirituel dans nos âmes par la grâce. Le règne de Dieu est incompatible avec celui du vice, avec celui du démon. Car, ainsi que l'a dit le divin Sauveur lui-même, on ne peut servir à la fois deux maîtres. C'est donc seulement à une âme pure ou qui travaille sérieusement à le devenir, qu'il appartient de dire : Que votre règne arrive.

Rien n'est comparable à ce doux règne de la grâce dans nos âmes. Qu'est-ce, en effet, que le monde ? Un maître impérieux, injuste, capricieux, qui voudrait nous soumettre à ses bizarreries. Peut-il nous procurer le bonheur ? Mais il ne le possède pas lui-même; comment le donneraitil aux autres ? — Et les passions, que sont-elles autre chose que des furies de l'enfer, qui nous tourmentent en tout

(1) Dommus regnavit, exultet terra. Psal. xevi, I.

sens ? Malheur à qui porte leur joug tyrannique ? — Et le démon, oserions-nous le mettre en parallèle avec Jésus- Christ ? 11 cherche à nous séduire par quelques lueurs de fortune, par quelques fantômes de plaisir, poui nous entraîner avec lui dans l'abîme. Et voilà les maîtres que nous suivrions! 0 aveuglement des enfants des hommes ! Ils disent à Dieu : Que votre règne arrive; et, par une contradiction déplorable, ils se révoltent contre sa loi sainte, ils refusent de lui donner leur cœur, tandis qu'ils en ouvrent l'entrée aux désirs les plus pervers et qu'ils se livrent, corps et âme, à l'ennemi du salut. Que votre règne arrive, dit leur bouche ; et, parce que la piété leur est à dégoût, leurs actions crient plus fort que leur bouche, comme autrefois le peuple déicide : « Non, nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous (1). » Désirez-vous obtenir l'effet de votre demande, désirez-vous réellement que Dieu soit le maître souverain de votre cœur, brisez d'abord les liens qui vous attachent à l'iniquité, et puis consacrez-vous à Dieu sans réserve. Qu'il dispose entièrement de vous à son gré, qu'il domine sur toutes vos pensées, sur toutes vos affections, comme un roi dans son royaume.

Que votre règne arrive! 0 parole pleine de charme, s'écrie saint Grégoire de Nysse ; c'est comme si nous lui disions : « Que les puissances des ténèbres soient vaincues, et l'armée de l'étranger mise en déroute ; que la guerre de l'esprit contre la chair soit terminée ; que l'ennemi de notre salut ne se fasse plus de notre corps son asile et sa citadelle; que la cour de notre Roi se déploie ; que les célestes légions renversent à leurs pieds les insolents ennemis qui combattent contre lui. Que votre règne arrive, pour bannir la douleur, la tristesse et les gémissements, et amener le triomphe de la paix et de l'éternelle joie. »

Que votre règne arrive! Oui, mon Dieu, régnez en moi, régnez toujours et partout. Ah ! si votre règne s'étendait,

(1) Nolumus hune regnare super nos. Luc, xix. 14.

on verrait aussi s'établir partout le règne aimable de toutes les vertus, la bonne foi, la justice, la paix; et la terre deviendrait un paradis. Car vous l'avez dit dans votre saint Évangile : « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît *. » 3° Le règne de la gloire dans le ciel. Le règne de la grâce est le prélude de celui de la gloire. Nous ne devons pas borner nos affections aux choses caduques et périssables de cette vie; nous sommes faits pour régner avec Dieu dans le ciel. Qu'il vienne donc l'heureux jour, où nous pourrons entrer en possession de ce beau royaume que Jésus-Christ nous a préparé. Ce monde-ci n'est qu'un lieu d'exil; notre patrie est là-haut, et nous ne devons jamais perdre de vue ce beau ciel, qui sera notre demeure pour l'éternité. David, tout roi qu'il était, y pensait sans cesse; les grandeurs de ce monde ne lui inspiraient que du dégoût; il trouvait les jours de son pèlerinage sur la terre trop longs (1), et il ne désirait rien tant que de s'unir éternellement à son Dieu (2). Pour arriver à ce terme heureux de nos espérances, il faut prendre la voie qui y conduit, voie de pénitence et de sanctification. Il nous en coûtera, sans doute, quelques jours de peine et de combats ; mais le ciel n'est-il pas un assez digne prix de nos efforts? Entrons généreusement dans la lice ; une couronne immortelle nous attend au bout de la carrière. Que si, tout en disant à Dieu : Que votre règne arrive, nous ne faisons rien pour nous en rendre dignes, le règne de Dieu arrivera bien sur nous, nous ne pouvons aucunement nous y soustraire ; mais, au lieu du règne de sa bonté, ce sera le règne formidable de sa justice. 0 pécheurs, quelle présomption de croire que Dieu vous fera régner avec lui dans le ciel, si vous secouez sur la terre le joug de ses commande-

(1) Heu mihi ! quia incolatus meus prolongatus est. Ps. cix, 5. ;2) Unam petii à Domino... ut inhabilem in domo Domini. Psal. xx\i, 5.

ments, si vous l'outragez par vos résistances continuelles à sa grâce, par vos désordres de toute espèce! O, '.'est qu'à s*es enfants dociles, qu'à ses fidèles serviteurs que Dieu fera entendre ces consolantes paroles : « Venez, les bien-aimés de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé, dès le commencement du monde (1). » 0 âmes justes, veillez donc et priez pour ne pas déchoir de ce royaume céleste, promis à votre persévérance. Détachez-vous de plus en plus du monde, afin de ne vivre que pour Dieu5.

Enfin, quand les temps seront accomplis viendra le règne parfait de Jésus-Christ. Il n'est, pour ainsi dire, qu'ébauché sur cette terre, à cause de la malice des pécheurs qui en troublent l'harmonie; mais, à la fin des jours, ce monde d'iniquités sera détruit, Dieu créera une nouvelle terre et de nouveaux deux, et son règne, affranchi de ses ennemis qui le tiennent, en quelque sorte, dans l'oppression, s'achèvera avec gloire. Alors ce sera la consommation de la charité et de la sainteté, l'union des élus, la consommation du corps mystique de Jésus-Christ. L'Eglise militante sera confondue avec l'Eglise triomphante, et, toutes ensemble célébrant les louanges de Dieu, « on entendra, dit saint Jean dans l'Apocalypse, comme le bruit d'une grande troupe, comme le bruit de grandes eaux, et comme le bruit d'un grand tonnerre, disant : Alléluia, louez Dieu, parce que le Seigneur notre Dieu, le Tout-Puissant est entré dans son règne (2). » Puissions-nous un jour faire partie de ce chœur immense d'anges et de saints, pour bénir et adorer tous ensemble le Seigneur !

(1) Venite, benedicti Patris mei, possidete paralum vobis regnum à constitutione mundi. Math., xxv, 34.

(2) Et audivi quasi vocem turbae magnse, et sicut vocem aquarum multarum, et sicut vocem tonitruorum magnorum, dicentium : Alleiuia, quoniam regnavit Dominus noster omnipotens. Apoc, xix, 6.

TRAITS HISTORIQUES

1. Toute l'occupation des saints dans le ciel, est de louer et de glorifier le Seigneur. Saint Jean, dans son Apocalypse, en vit « une grande multitude que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, de toute langue. Ils étaient debout, devant le trône de l'Agneau, vêtus de robes blanches et ayant des palmes à la main. Ils chantaient à haute voix : « Gloire à notre Dieu qui est assis sur le trône, et à l'Agneau qui nous a sauvés ! » Et tous les anges étaient debout autour du trône et des vieillards et des quatre animaux; et, s'étant prosternés sur le visage devant le trône, ils adorèrent Dieu, en disant: « Amen, bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu dans tous les siècles des siècles : Amen. » Apocal., vu, 9.

Les trois enfants hébreux, dans la fournaise, ne songeaient aussi qu'à glorifier le Seigneur. Nabuchodonosor les y fit jeter, parce qu'ils avaient refusé d'adorer sa statue d'or de soixante coudées que ce prince impie avait fait faire. Mais l'ange du Seigneur parut visiblement dans la fournaise avec ces trois jeunes hommes; et il arrêta la violence du feu, qui épargna même leurs habits et ne consuma que leurs liens. Alors, transportés d'un saint zèle et brûlant dans le cœur d'un feu plus ardent que n'était celui qui les environnait au dehors, ils rendirent grâces à Dieu, en disant : «c Vous êtes béni, Dieu de nos c pères, vous êtes digne de toutes louanges ; vous êtes plein de gloire, c et élevé au-dessus de tout dans tous les siècles; le saint nom de c votre gloire est béni; il est digne de toute louange, et élevé auc dessus de tout dans tous les siècles. > En même temps, ils invitent toutes les créatures à bénir le Seigneur avec eux. « Anges du ciel, « bénissez le Seigneur; louez-le et relevez sa souveraine grandeur c dans tous les siècles; cieux, bénissez le Seigneur; puissances et c vertus du Seigneur, soleil et lune, étoiles du ciel, vents et souffles « de Dieu, feux et chaleurs, glaces et neiges, nuits et jours, éclairs et c nuages, bénissez le Seigneur. Montagnes et collines, fontaines, c mers et fleuves, baleines et poissons, oiseaux du ciel, bénissez le « Seigneur ; que toute la terre le loue, et exalte sa souveraine granc deur dans tous les siècles. >

Saint Augustin remarque ici que ce ne sont que les ouvrages du Seigneur, qui louent le Seigneur. Les cieux le louent, la terre le loue, la mer le loue, non de la voix, il est vrai, puisque ce sont des créatures insensibles et inanimées, mais par les effets qu'ils produisent.

conformément à ses ordres. Tout ce qu'il y a de louable dans la nature, soit qu'il le paraisse peu ou beaucoup, doit être nécessairement rapporté à la louange de la gloire très-sublime et ineffable du Créateur. Et, quels que puissent être ces ouvrages, lorsqu'on les considère comme les ouvrages de Dieu, on se sent porté à louer l'ouvrier suprême qui les a faits, ilais, continue ce même saint, trouvsz-vous dans ce cantique que l'avarice, que l'ivrognerie, que l'impureté, que tous les vains amusements du siècle louent le Seigneur? Tout ce qui ne loue donc point le Seigneur, ce n'est pas lui qui l'a fait, ce n'est point son ouvrage ; c'est le produit de la malice de l'homme.

D. Aug., in epist. Joan. tract, m.

Nabuchodonosor, tout barbare et cruel qu'il était, frappé du dernier étennement, lorsqu'il entendit le chant du sacré cantique de ces trois saints, les fit sortir de la fournaise, et commanda à tout sùû peuple d'adorer le Dieu que ces jeunes hommes servaient, par un édit solennel conçu en ces termes : « Que tout homme de quelque « peuple, de quelque tribu et de quelque langue qu'il puisse être, t qui aura proféré un blasphème contre le Dieu du ciel, périsse et que « sa maison soit détruite, parce qu'il n'y a point d'autre Dieu qui puisse « sauver que ceiui-là. » En même temps, pour mieux rendre gloire à Dieu, il publia et envoya aux peuples voisins l'écrit suivant : « Le roi « Nabuchodonosor à tous les peuples et à toutes les nations, quelque « langue qu'elles parlent dans toute la terre, que la paix s'établisse « en vous de plus en plus. Le Dieu très-haut a fait des prodiges et « des merveilles dans mon royaume. J'ai donc résolu de publier ses « prodiges, parce qu'ils sont grands, et ses merveilles, parce qu'elles < sont étonnantes; car son royaume est un royaume éternel, et sa « puissance s'étend dans la suite de tous les siècles. » Dan., m, 17.

Tous les saints, tant dans l'ancienne loi que dans la nouvelle, ont travaillé à faire glorifier le nom du Seigneur. Les uns ont souffert le martyre, les autres ont quitté leur famille et leur patrie, d'autres se sont enfoncés dans les antres des forêts, afin que le Seigneur fût glorifié en eux et par eux. Malheureusement, un trop grand nombre travaillent plus pour le monde, pour la terre, pour leurs plaisirs, que pour la gloire de Dieu.

Lorsque saint François Xavier arriva dans le Japon, il fut dans le lus grand étonnement d'y trouver des marchands français et espagnols, qui avaient traversé les mers, au péril de leur vie, pour faire fortune. « Quoi! s'écria-t-il, est-il possible que ces hommes aient eu « plus d'empressement pour faire fortune, pour ramasser des biens « périssables, que moi pour gagner des âmes à Dieu, pour travailler c à faire glorifier son saint nom? » Cette pensée l'affligeait singulièrement; il lui semblait que Dieu le jugerait plus sévèrement, à raison de cela. Lorsqu'il voyait que Dieu était offensé, son âme était dans

la plus profonde tristesse. Un jour, étant sur le point de donner le saint oaptême à un nouveau converti , il lui demanda, avant de répandre l'eau, s'il renonçait à une occasion de péché où il se trouvait; celui-ci répondit que non; il aima mieux laisser son âme sous la puissance de Satan que de renoncer au péché et à l'occasion du péché. Alors, des larmes abondantes coulèrent des yeux de saint François; il alla se jeter à genoux, au pied delà croix, pour conjurer le Seigneur de toucher ce malheureux, et de ne pas permettre que son saint nom fût méprisé ; ses peines furent inutiles.

2. Pour que le nom du Seigneur soit sanctifié, il n'est pas nécessaire de faire des choses extraordinaires, il suffit de faire toutes nos actions en union avec Jésus-Christ et en vue de lui plaire. On ne lit pas que saint François de Sales et autres grands saints, aient afflige continuellement leur chair par de rudes pénitences; ils sont parvenus à la sainteté, par l'application qu'ils apportaient à sanctifier toutes leurs actions; ils faisaient tout ce qu'ils croyaient que le Seigneur demandait d'eux, le plus parfaitement qu'ils pouvaient.

Le serviteur de Dieu Berchmans, qui travaillait continuellement à devenir un saint, en rapportant toutes ses actions à Dieu et en les faisant avec la plus grande pureté d'intention, avait pris pour devise cette sentence écrite sur un papier qu'il regardait souvent: La plus grande pénitence, c'est la vie commune (1).

Une des résolutions que prenait tous les matins, au milieu et à la fin du jour, un fervent chrétien, c'était d'agir toujours selon Dieu, en Dieu et pour Dieu. — Selon Dieu : Je ne ferai rien contre la volonté de Dieu, et je ferai tout conformément à celle sainte volonté. — En Dieu, en état de grâce, et faisant en sorte que la grâce actuelle soit le principe de toutes mes actions. Pour être en grâce, je m'exciterai à la contrition parfaite, avant mes actions principales; et, afin que la grâce actuelle soit le principe de mes actions, je demanderai à Dieu celte grâce avec ferveur, avant de passer d'un exercice à un autre. — Pour Dieu : Je ne veux agir que par un motif surnaturel, pour la gloire de Dieu, pour plaire à Dieu, par amour pour Dieu, en la présence de Dieu, avec beaucoup de ferveur, m'unissant alors à Jésus-Christ, lorsqu'il faisait une action semblable à celle que je ferai.

L'abbé Lasausse.

3. Qui pourrait redire tous les travaux qu'ont entrepris les saints, pour étendre le règne de Jésus-Christ? Qui n'admirerait le zèle de sainl Ignace, de saint Charles Borromée, d'un Vincent Ferrier? Qui n'admirerait le courage des ouvriers apostoliques, de nos pieux missionnaires, qui ont conquis à l'Évangile des nations innombrables? Saint François Xavier a parcouru une étendue immense de pay.i, et

(i) Pœnitentia maxima vita communia.

gagné des royaumes entiers à Jésus-Christ. Saint François de Sales a converti à lui seul soixante-dix mille hérétiques par sa patience, sa douceur et ses touchantes prédications. Saint Louis, roi de Fiance, ne désirait rien tant que de voir le règne de Jésus-Christ établi sur •a terre entière, mais principalement dans les régions que ce divin Sauveur avait sanctifiées par sa présence, et qui gémissaient depuis longtemps sous la tyrannie de leurs barbares usurpateurs, et c'est pour cela qu'il se mit deux fois à la tête de la croisade. En débarquant sur la terre infidèle, il fit publier, par un de ses aumôniers, la prise de possession du pays, en ces termes bien éloignés de nos mœurs actuelles, mais qui annoncent l'éminente piété du monarque : Je vous dis le ban de notre Seigneur Jésus-Christ, et de Louis, roi de France, son sergent, c'est-à-dire son serviteur. Il ne put accomplir ses généreux desseins ; le ciel en avait ordonné autrement, et le Seigneur voulut l'éprouver par tout ce que l'adversité a de plus rigoureux, afin que son âme en devînt plus fidèle et plus pure.

4. Quand le Seigneur règne dans nos âmes par sa grâce, nous n'avons rieD à craindre, et tous les événements de la vie doivent nous être indifférents. On doit toujours s'estimer assez riche, assez puissant, assez heureux, quand on possède la grâce de Dieu.

Une dame fort riche ayant perdu tous ses biens, vint s'en plaindre à saint Jean Chrysostome, lui disant qu'il ne lui restait plus que les yeux pour pleurer. Le saint lui demanda si on lui avait aussi enlevé la grâce de Dieu. — Il ne me reste que cela, répondit-elle. — Ne vous plaignez donc pas, ajouta saint Jean, vous avez tout en possédant l'amitié de votre Dieu.

Puisque la grâce est tout pour nous, que ne devons-nous pas faire pour la conserver? Et cependant on l'expose à mille dangers, et on la sacrifie pour des bagatelles, C'est ainsi qu'autrefois Ésaù vendit son droit d'aînesse pour un plat de lentilles ; mais, du moins, il ne tarda pas à reconnaître sa faute et la perte qu'il venait de faire ; et dés lors il n'y eut plus de joie ni de bonheur pour lui ; il criait, il pleurait, il poussait des gémissements affreux, au lieu que tant de malheureux chrétiens, après avoir chassé Dieu de leur âme, pour la livrer au démon , s'endorment dans la plus funeste indifférence.

b. Si nous avions plus souvent présent à l'esprit le trône céleste qui nous est promis, nos pensées et nos actions seraient b;en plus conformes à notre sublime destinée, et la joie du Seigneur inonderait continuellement nos âmes.

« Supposez, dit saint Augustin, un homme égaré dans une terre étrangère, ignorant quel est son père, ayant à souffrir l'indigence, condamné à des épreuves diverses, à des travaux sans nombre, à

qui l'on viendrait dire : « Vous êtes le fils d'un sénateur, d'un grand magistrat; votre père possède d'immenses richesses, voulez-vous que je vous ramène chez lui? » Quelle joie cet homme n'éprouverait-il pas, en apprenant une aussi agréable nouvelle? A quels transports d'allégresse ne s'abandonnerait-il pas, s'il avait la certitude de n'être pas trompé dans l'espérance qui lui serait donnée? Voilà ce que vient vous annoncer à vous tous un apôtre, incapable de vous abuser d'une fausse espérance. Pourquoi, vous dit saint Paul, vous abattez-vous ? Pourquoi ce trouble, cette tristesse qui vous agitent? Vous avez un père, vous avez une patrie, vous avrz un patrimoine.— Quel est ce père? dites-vous. — Mes bien-aimés, nous sommes les enfants de Dieu. — Pourquoi ne voyons-nous pas encore notre père? — Parce que ce que nous devons être un jour ne nous a pas encore été découvert. — Et que devons-nous être? — Ce que nous serons ? Semblables à lui-même, parce que nous le verrons, tel qu'il est... Et quelle est sa beauté, mes frères? Tout ce qu'il y a de beau sur la terre, toutes ces beautés que vous voyez, sont soc ouvrage. Oh ! si ce qu'il a fait est si grand, combien doit-il être grand lui-même? D. Auc, Comment, inpsal.

Jean Mosch, ayant renoncé au siècle, dans le monasière de Saint- Théodose, près Jérusalem, fut envoyé par son abbé en Egypte, pour quelques affaires. Il y avait alors, dans un désert de la Lybie, un solitaire nommé Léon, qui était de Cappadoce. On en disait tant de bien et on relevait tellement ses vertus, que Jean résolut d'aller le voir. Il le trouva tel qu'on le lui avait dépeint. Il remarqua qu'il était fort humble et fort charitable, qu'il aimait la retraite et le silence , qu'il était pauvre de cœur et très-détaché des choses de la terre. 11 soupirait après le bonheur du ciel, et, pour marquer l'espérance qu'il avait de l'obtenir, il disait souvent : Je régnerai un jour. Jean et d'autres qui ne comprenaient pas le sens de ces paroles, iu! disaient en vain que la Cappadoce n'avait point produit jusqu'alors de personnes qui eussent porté la couronne. Il ne pouvait s'empêcher de leur dire : Je régnerai un jour, et de leur faire voir par là qu'il vivait dans l'attente de la gloire éternelle. Aussi, était-il véritablement du nombre de ceux que l'Evangile nomme les enfants du royaume, qui ont du goût pour les choses d'en haut et qui vivent déjà dans le ciel, par le désir qu'ils ont de régner avec Jésus-Chrisl dans les siècles des siècles. Prolog. Prat. spîrit-

DEUXIEME INSTRUCTION

Triple conformité à la volonté divine : Soumission à la loi, résignation aux maux de cette vie, acquiescement aux ordres de ta Providence. — Zèle avec lequel on doit accomplir la volonté de Dieu.

D. Que demandons-nous à Dieu par ces paroles : Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ?

R. Nous demandons la grâce de nous soumettre à la volonté de Dieu, et de l'accomplir sur la terre avec autant de zèle et d'amour que les anges et les saints l'accomplissent dans le ciel.

On peut distinguer en Dieu deux sortes de volontés : l'une absolue, par laquelle il dispose invariablement de toutes choses et à laquelle personne ne peut résister ; car, étant tout-puissant, il fait ce qu'il lui plaît, et rien n'arrive malgré lui; l'autre relative à nos déterminations, dans les diverses circonstances où nous pouvons nous trouver; car Dieu, tout en nous faisant connaître ce qu'il exige de nous, nous a laissé la pleine liberté d'agir ou de ne pas agir conformément à ses ordres, et c'est cette liberté qui fait le mérite ou le démérite de nos actions. Sans elle, nous n'eussions été que de pures machines, également incapables d'encourir le blâme ou de mériter la louange.

Or, pour que nous puissions être agréables à ses yeux, et parvenir ainsi à la gloire qu'il nous a promise, Dieu nous ordonne de suivre, librement et en toutes choses, sa sainte volonté. Voilà pourquoi, après nous avoir appris à dire : Que votre règne arrive, il veut que nous ajoutions aussitôt ; Que votre volonté soit faite. Il y a donc une liaison étroite entre ces deux demandes, car ce ne sont pas ceux qui se contenteront de dire : Seigneur, Seigneur, qui entreront

dans le royaume des cieux, mais ceux qui accompliront la volonté du Père céleste.

La volonté de Dieu doit donc être la règle invariable de toutes nos actions. « Tout le crime et le malheur de a l'homme, dit saint Grégoire de Nysse, a été d'obéir à sa a volonté propre, en désobéissant à celle du Seigneur. Le c vrai médecin de nos âmes est venu les guérir et les réa parer, en nous montrant, dans le sacrifice de notre voa lonté et dans la parfaite obéissance à celle de Dieu, le a remède à nos maux et le gage de nos espérances. » Que si on prétendait arriver au ciel sans accomplir la volonté de Dieu, ce serait comme si on voulait aller à Paris ou à Rome, sans prendre le chemin qui y conduit. Pour mieux nous apprendre à observer fidèlement tout ce que Dieu nous prescrit, Jésus-Christ s'est lui-même soumis aux ordres de son Père. « Je suis descendu du ciel, disait-il, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui ma envoyé (1). » Il faisait, pour ainsi dire, sa nourriture d'accomplir tout ce que son Père exigeait de lui (2). Il a poussé la déférence aux ordres de son Père, jusqu'à mourir, et jusqu'à mourir sur une croix. Or, si le Fils de Dieu a montré tant d'empressement à faire la volonté de son Père céleste, pourrions-nous nous dispenser nous-mêmes de l'accomplir?

Cette soumission à la volonté de Dieu renferme trois choses : une obéissance parfaite à sa loi, une résignation filiale à tous les maux dont il lui plaît de nous affliger, un humble acquiescement à toutes les dispositions de sa divine Providence.

1° Obéissance à la lot divine. Elle est pure, juste, sainte, parfaite, et nous y sommes astreints à tant de titres, que

(i; Descendi de cœlo non ut faciam voluntaiem meam, sed volun- Utem ejus qui misil me. Joan., vi, 38.

(2) Meus cibus est ut faciam voluntatem Patris mei qui misil me. Joan., iv, 34.

c'est une véritable folie de vouloir y résister. Dieu n'est-il pas le souverain maître de l'univers, et, par conséquent, tout ûe doit-il pas plier sous sa puissance? Voyez les créatures inanimées : elles servent d'exemple à l'homme. Le soleil, depuis qu'il a été lancé dans les espaces, a constamment obéi à la loi de son Créateur, il a suivi la route qui lui a été prescrite, sans en dévier d'une ligne. La mer n'a jamais cessé de respecter le commandement de Dieu. « Tu viendras jusque-là et tu n'iras pas plus loin, » lui a dit le Seigneur, et jamais elle n'a osé franchir ses limites. Les saisons, depuis le commencement du monde, se sont constamment succédé, dans l'ordre qui leur a été prescrit. Et, quand tous les êtres matériels se montrent si dociles, quand, pour me servir des paroles du psalmiste, le feu, la grêle, la neige, la glace, l'esprit des tempêtes font la volonté du Seigneur, de quel front l'homme oserait-il troubler l'harmonie universelle, et se révolter contre son Créateur? Combien cependant qui, au lieu d'écouter la volonté de Dieu, suivent, au contraire, la volonté de la chair et du sang, et qui, fascinés par les folles maximes du monde et se livrant aux désirs déréglés de leur cœur, font la volonté de Satan ! Ah ! les malheureux, quel abîme de maux ils se préparent !

Ainsi, demander à Dieu que sa volonté s'accomplisse, c'est lui demander la force d'obéir à ses commandements. Ii n'est pas^de moyens que l'ennemi de notre salut ne tente, pour mettre obstacle à l'accomplissement de la volonté divine dans nos cœurs et dans nos Notions. Et, comme personne n'est fort par soi-même, vôms avons besoin de l'aide et de la protection de Dieu, nour agir en tout d'une manière conforme à ses ordres et à ses desseins. Qu'il daigne donc, par sa grâce, nous inspirer de saintes pensées et soutenir les vertueuses réso lutions, qui naissent au fond de nos âmes, afin que nous ne fassions jamais que ce qu'il veut lui-même. Disons-lui, de temps en temps, comme saint Paul au moment de sa conversion : « Seigneur,

qu'exigez-vous de moi? Que voulez-vous que je fasse? » Et aussitôt qu'il nous aura manifesté ses désirs, répondons-lui par cette parole du prophète : « Mon cœur est prêt, Seigneur; mon cœur est prêt 4 (1). »

2° Une résignation filiale à tous les maux de cette vie. Cette terre est une vallée de larmes, un séjour d'épreuves et de deuil; et, on peut dire, sans exagération, qu'ici-bas tout n'est que peine et vexation d'esprit. Mais, dit Job, les maux comme les biens de cette vie nous viennent de la main de Dieu, que son saint nom soit béni (2) ! Il nous afflige pour notre avantage, afin de nous détacher de ce monde et pour nous faire tourner les yeux vers le ciel. En donnant à l'homme le malheur pour compagnon dans son triste pèlerinage sur la terre, il a placé à ses côtés la patience, pour émousser les traits perçants de la douleur. Et de quoi nous servirait-il de nous plaindre et de murmurer ? L'impatience et la colère, au lieu d'adoucir nos maux, ne font que les aggraver. Si donc le Seigneur prend quelquefois sa verge pour nous frapper, songeons qu'il agit, à notre égard, comme un tendre père qui veut corriger son enfant et non le perdre, et adorons les desseins de sa justice et de sa miséricorde. Disons-lui, avec un entier abandon : Fiat voluntas tua, que votre volonté soit faite! Voyez notre Seigneur Jésus-Christ, au milieu des plus affreuses tortures qu'on puisse imaginer, quelle patience ! quelle douceur ! a 0 mon Père, s'écrie-t-il, ce n'est pas ma volonté que je a cherche, mais la vôtre (3). »

Que votre volonté soit faite! Fiat voluntas tua! a C'est le cantique de l'Agneau, disait saint François de Sales ; il est un peu triste, mais il est beau et harmonieux. » Unissons nos tribulations à celles de ce divin Sauveur. Et ce calice de peines, de souffrances, d'afflictions, venant de sa

{l) Paratum cor meum, Domine, paratum cor meum. Psal. lvi, 8.

(2) Dominus dédit, Dominus abstulit; sicut Domino placuit ità factum est; sit nomen Domini benedietum. Job., i, 21.

(3) Verumtamen non sicut ego volo, sed sicut tu. Math., xxvi, 39.

main, nous semblera moins amer; nous l'accepterons comme une juste punition de nos péchés, et nous échangerons ainsi quelques souffrances passagères contre une immensité de bonheur. Du reste, la divine Providence, qui mesure le vent à la laine de la brebis, ne permettra jamais que nous soyons exposés à des épreuves au-dessus de nos forces. Mais notre vie ne serait-elle qu'un tissu de calamités, ce serait toujours une folie et une impiété de jeter encore la colère et le désespoir dans la balance du chagrin.

Que votre volonté soit faite. Dites cette prière du fond de votre cœur, ô vous tous que le malheur visite et que la douleur afflige ; et, au milieu des plus fortes tempêtes, vous conserverez toujours le bien le plus précieux, la paix de l'âme 2.

3° Un humble acquiescement à toutes les dispositions de la divine Providence. Les idées de Dieu ne sont pas les nôtres. Ce n'est pas à lui à s'accommoder à nos desseins, mais à nous à nous accommoder aux siens.

Tel voudrait vivre dans le monde que Dieu appelle à la solitude; tel autre aspire aune position élevée et brillante que Dieu veut retenir dans l'obscurité. En un mot, nous ne sommes pas les maîtres de notre sort; et, quoi qu'il plaise à Dieu d'ordonner de nous ou de nos proches, nous devons lui montrer une entière déférence, tant dans les petites choses que dans les grandes. Conviendrait-il au vase d'argile de s'élever contre le potier, et de lui dire : Pourquoi m' avez-vous fait ainsi? Conviendrait-il à l'homme de s'insurger contre les décrets de Dieu, et de lui demander raison de ses lois? Nous nous plaignons de l'état où la divine Providence nous a placés, nous envions celui des autres, nous nous laissons abattre quand tout ne réussit pas au gré de nos désirs ; mais nous avons beau faire et beau dire, Dieu saura toujours nous conduire à ses fins, et, par nos résistances ou nos lenteurs, nous perdons les fruits de salut, que nous aurions mérités par une prompte obéissance3.

Cette triple conformité à la volonté de Dieu fait la parfaite droiture du cœur ; elle est l'offrande la plus agréabl« que nous puissions présenter au Seigneur et elle nous fai' goûter ici-bas le bonheur le plus pur. Car, en voulant ce que Dieu veut, quoi qu'il puisse nous arriver, nous avonj toujours ce que nous voulons, et ainsi nous sommes toujours contents (1).

Comment connaissons-nous cette volonté de Dieu, à laquelle nous devons nous soumettre ? 1° Par les commandements, que le Seigneur nous a intimés et que nous devons observer, sous peine de nous mettre en état de rébellion contre sa Majesté suprême ; 2° par les leçons admirables de vertu et de sagesse, que Jésus-Christ nous adonnées dans son Évangile ; 3° par les instructions de ceux que Dieu a préposés à notre conduite, comme sont les ministres de vÉglise, les confesseurs, les prédicateurs, que nous devons écouter comme étant les représentants et les organes de Dieu ; 4° par la voix de nos parents et de nos supérieurs dans l'ordre temporel, auxquels nous sommes obligés d'obéir en tout ce qui n'est pas contraire à la loi de Dieu ; 5° enfin par les secrètes inspirations de la grâce, qui parle au fond de nos cœurs et nous montre le bien que nous devons faire et le mal que nous devons éviter.

Certes, ce n'est pas faute de connaître la volonté de Dieu, si nous ne l'accomplissons pas. C'est qu'il nous en coûte un peu de nous gêner et de nous contraindre, et nous trouvons plus facile de nous laisser aller à tous no? caprices au risque de résister à Dieu et d'encourir la damnation éternelle.

La volonté de Dieu, au contraire, ne tend qu'à notre perfection, qu'à notre bonheur, et voilà ce qui doit nous la rendre aimable. Si Jésus-Christ nous commande d'être ïéglés dans nos mœurs, fermes dans la foi , réservé s dans

(1) Beattis sanctus eo quôd liabeat omnia quée vult, quùm nihil Velit, nisi quod Deus ipsura habere vult. Sal. de Prov.. 1. I.

nos paroles, s'il nous recommande avec tant d'instances de porter la croix, de pratiquer les saintes vertus d'humilité, de patience, de modestie, de charité, dont il nous a donné l'exemple, c'est pour nous rendre dignes de la gloire qu'il nous a promise. Car, le salut de l'homme est comme le point fixe, qui réunit toutes les volontés du Seigneur ; il en est comme la substance et l'abrégé (1).

Après avoir demandé à Dieu la grâce d'accomplir sa volonté, nous lui témoignons le désir qu'elle se fasse sur la *erre comme au ciel. Dans le ciel, la volonté de Dieu règne seule, pleinement, absolument, et voilà ce qui fait le bonheur de ce fortuné séjour. Les anges, toujours dociles à la volonté du Tout-Puissant, exécutent ses ordres avec la rapidité de l'éclair, et s'estiment heureux que Dieu daigne leur commander. Les Trônes, les Dominations, les Principautés, toute l'armée céleste s'incline avec respect, à la moindre parole qui sort de sa bouche, au moindre signe de ses volontés; le saisit avec avidité et l'accomplit avec promptitude. Là, point de plaintes, point de murmures ; chacun est content de l'emploi qui lui est confié, du degré de gloire qu'il a reçu ; nul ne veut que ce que Dieu veut. Voilà nos modèles ; comme eux nous devons accomplir la volonté de Dieu avec zèle et amour, afin que nous élevant jusqu'à la perfection d'une vie céleste, nous devenions nous-mêmes des anges. Car, tout mortels que nous sommes, en entrant dans les sentiments de ces Esprits bienheureux, en glorifiant le Seigneur par la pureté de notre vie, en exécutant ses ordres, et en montrant, dans notre soumission à ses lois, même fidélité, même zèle, même activité que les anges du ciel, nous nous identifions en quelque sorte avec eux, nous anticipons sur leur office, et nous sommes nousmêmes, selon l'expression de Tertullien, des anges commencés * (2).

(i) Summa voluntatis ejus, salas eoram quos adoptavit. TerïaL (2) An=elorum candidati. Tertul.

Oh ! quel beau spectacle la terre nous présenterait, s'il n'y avait que des cœurs soumis à la volonté de Dieu, s'il n'y en avait aucun de rebelle, si ces millions de volontés humaines se confondaient en tout et toujours avec la volonté divine ! Oh ! s'il en était ainsi, le vice serait exclu du monde, la vertu régnerait partout, la terre serait une image du ciel, ou plutôt le ciel se trouverait véritablement sur la terre !

Telle est la première partie de l'Oraison Dominicale relative à nos devoirs envers Dieu. Ces trois demandes ont une analogie bien marquée avec les trois premiers préceptes du Décalogue. Après les avoir bien méditées, faisons-en la règle invariable de notre conduite

TRAITS HISTORIQUES

1. La fin de toutes les vertus est de nous unir à Dieu, et cette union est parfaite, dit sainte Thérèse, quand notre volonté est détachée de tout et n'est attachée qu'à Dieu, de manière qu'elle ne respire que le seul et pur vouloir de Dieu. Celte grande sainte pratiquait si bien ce qu'elle enseignait, qu'un jour, rendant compte à son directeur de l'état de son âme, elle lui dit : « Ma volonté me paraît « être tellement d'accord avec celle de Dieu que ce qu'il fait en elle, < me paraît être fait pour elle. Tout ce qui m'arrive me semble être « un mets délicieux, que Dieu lui-même m'a apprêté. Je ne saurais « désirer autre chose, et c'est la raison pour laquelle je ne trouve « rien d'amer, ni de dur. » Un jour qu'une de ses religieuses s'accusa, en sa présence, de ne pas s'être conformée à la volonté de Dieu, elle vit si clairement combien il est beau, juste, utile et nécessaire de vouloir ce que Dieu veut et de ne vouloir que cela, au'elle fut pendant quelque temps immobile d'étonnement. Elle ne comprenait pas comment une créature, qui n'est devant Dieu qu'un vil néant, peut ne pas aimer la sainte et aimable volonté de son Créa' leur.

Sainte Magdeleine de Pazzi prononçait très-souvent ces mots : Volonté de Dieu, volonté de Dieu, et elle éprouvait alors une satisfaction inexprimable. Elle disait souvent, tout hors d'elle-même : a Ohl Que la volonté de Dieu est aimable! qu'elle est aimable! »

Les sentiments de cette sainte, sur ce sujet, sont admirables. Elle disait qu'elle se précipiterait , sans hésiter, dans les plus affreux tourments, si elle reconnaissait que ce fût la volonté de son Dieu. Un jour de la Pentecôte, elle désiraU ardemment de recevoir l'Esprit- Saint, parce qu'elle savait que ce Dieu d'amour voulai* se communiquer à elle. Elle soupirait après le ciel ; mais elle ambitionnait encore plus de faire amoureusament la volonté de son Dieu. C'était à pouvoir dire de la manière la plus parfaite ces paroles : « Que votre volonté soit faite : Fiat voluntas tua, » qu'elle s'appliquait continuellement.

Le père Dupont avait promis à Dieu d'accomplir en tout temps sa volonté sainte, et il lui manifestait souvent le désir d'être fidèle à sa promesse, en lui adressant cette prière : c Seigneur, que votre c sainte volonté s'accomplisse sur moi, en moi, par moi, à mon « égard et à l'égard de tout ce qui me concerne, de la manière qu'il c vous plaira, à chaque instant et pendant l'éternité (1). >

Il y avait un jour un anachorète, qui demandait à saint Macaire comment il devait prier. Ce saint abbé lui répondit : « Il n'est pas besoin d'employer tant de paroles ; il suffit d'étendre les mains vers le ciel et de dire : Seigneur, que votre volonté et votre bon plaisir soient accomplis. Et, quand nous nous sentons combattus par quelque tentation pressante, il faut dire : Secourez-moi, ô mon Dieu; car Dieu sait bien ce qui nous est nécessaire. >

Ruf., Vit. Pat., lib. m.

On rapporte aussi d'un autre religieux qu'il était parvenu à un tel degré de sainteté et de perfection, que Dieu se servait de lui pour faire de grands miracles. Tous ses confrères en étaient étonnés, parce qu'on ne le voyait pas jeûner, prier, veiller comme les autres religieux; son supérieur, qui en était plus surpris que tous, le prit un Jour à part ; il voulut savoir la raison, pour laquelle Dieu se servait de lui pour opérer tant de miracles. — « Et moi aussi, dit le religieux, je suis étonné que Dieu se serve d'un misérable pécheur comme moi pour toutes ces merveilles. Puisque vous voulez connaître quelle a été la vertu, à laquelle je me suis parliculièrerneiK. attaché toute ma vie, la voici : Je n'ai toujours cherché qu'à faire la volonté de Dieu, qu'à vouloir ce qu'il voulait. Etais-je malade, je lui disais : Mon Dieu ! que votre volonté soit faite : Fiat voluntas tua. Éiais-je obligé de changer de maison par l'ordre de mes supérieurs, je voyais en eux la volonté de mon Dieu, et je répétais de suite la troisième demande du Pater : Fiat voluntas tua.» — « Mais, répliqua le supérieur, comment fîtes-vous l'autre jour, lorsque cet homme mit h feu à notre métairie, qu'il consuma tout ce qu'il y avait dedans,

(1) Fiat, Domine, de me, in me, per me et circa me et omma mea sancta voluntas tua, in omnibus, per omnia et in seternum.

où nous étions tous dans l'alarme? » — « Mon père, répondit ce saint religieux, je disais mon Pater tout bas et je m'arrêtais particulièrement à ces paroles : Fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra. » — Tous furent dans l'admiration, et ne s'étonnèrent plus qu'un homme qui avait fait moins de pénitences que les autres, fît des miracles et fût un grand saint.

2. D'ordinaire, les hommes n'aiment la volonté de Dieu qu'autant qu'elle s'accorde avec leurs désirs. « Aimons-la, dit Fénélon, n'aimons qu'elle et nous ferons de la terre, un ciel. Nous remercierons Dieu de tout, des maux comme des biens, puisque les maux deviennent biens, quand il les donne. Nous ne murmurerons plus de sa conduite, de sa Providence, nous la trouverons sage et nous l'adorerons. »

Qui jamais fut plus affligé que Job? et qui jamais a été aussi plus patient et plus résigné? — Et le saint roi, au milieu de tant de circonstances pénibles dans lesquelles il s'est trouvé, lorsqu'il était persécuté par Saùl, lorsque son fils Absalom se révolta contre lui, n'a-t-il pas toujours béni et adoré la main qui le frappait?

Un pauvre de la basse Thébaïde, en Egypte, n'avait, dans la plus grande rigueur de l'hiver, qu'une natte de jonc : il en mettait la moitié sous lui, et se couvrait avec l'autre comme il pouvait. Le froid le faisant trembler, il se consolait lui-même, en disant : « Je c vous rends grâces, mon Dieu, car combien y a-t-il de riches qui, « à cette heure-ci, sont en prison et qui ont les fers aux pieds, sans c pouvoir jouir de la moindre liberté, au lieu que je puis du moins c aller où bon me semble. »

Le bienheureux Jean d'Avila s'exprimait à peu près ainsi. Écrivant à une personne qui était dans l'affliction, il l'invitait à bénir Dieu comme Job, et, pour l'y engager, il lui disait : « Un seul Dieu soit c béni, dans le temps de l'adversité, vaut plus que mille Je vous re- « tnercie dans le temps de la prospérité. »

Saint François de Sales disait aux personnes affligées .

1° Adorez mille et mille fois le décret de la divine Providence. Jetez-vous sans cesse dans les bras de Dieu et dans son cœur, lui disant très-souvent : Amen. Ainsi soit-il.

2» Unissez à chaque instant votre croix à la croix de Jésus-Christ, pensant que la vôtre, comparée à la sienne, est bien petite et bien légère.

3° Prosiernez-vous devant Dieu, lui disant avec simplicité : Oui, Seigneur, si vous le voulez, je le veux ; et, si vous ne le voulez pas, je ne le veux pas.

4° Faites beaucoup d'actes envers la très-sainte Vierge et les saints en qui vous avez plus de confiance, usant, dans ces oraisons jaculatoires, de paroles d'amour

5° Imaginez-vous que l'aimable enfant Jésus est as*is sur votre Cœur, et qu'il s'y repose pour vous consoler.

6° Prenez à la maiu votre crucifix ; fixez avec amour l'image de votre Sauveur attaché à la croix ; baisez avec beaucoup de respect cette image; levez ensuite les yeux au ciel, et placez le crucifix devant votre poitrine, afin que ce Dieu consolateur reçoive vos soupirs.

Quand on annonça au roi saint Louis la mort de Blanche sa mère, son premier mouvement fut de verser un torrent de larmes ; mais, revenu bientôt a lui-même, il se prosterna devant l'arbitre souverain d* la vie et de la morl, en disant : « Je vous rends grâces, ô mon « Dieu, de m'avoir conservé jusqu'ici une mère si digne de toute « mon affection. C'était un présent de votre miséricorde ; vous le re- « prenez comme votre bien, je n'ai point à m'en plaindre. Il est vrai «■ que je l'aimais tendrement ; mais, puisqu'il vous plaît de me l'ô- « ter, que votre saint nom soit béni dans tous les siècles. » Telle était la résignation de cet incomparable monarque , telle était sa tendresse ; le cœur en est ému. On ne se lasse point d'admirer tant de vertus, ni de bénir la religion sainte qui les a produites.

Yelly, T. v.

Madame de Monlmoreney, apprenant la mort de son mari, dit à Dieu : « Seigneur, je n'aimais que lui; vous me l'avez ôté, afin que je n'aime que vous. »

Une autre dame, moins parfaite, mais qui avait cependant un grand fonds de religion, se désolait à la mort de son fils, lorsqu'elle vit entrer un de ses parents qui venait pour la consoler : « Ah ! mon cousin, s'écria-t-elle, jenesais cequ'ily a entre le désespoiret moi. » — « Dieu, ma cousine, » lui répondit-il. Ce mot prononcé avec une douce sensibilité la frappa tellement, qu'elle sentit ses transports se calmer, et une résignation chrétienne vint tempérer sa douleur.

3. Comme le Seigneur connaît ce qui est bon et utile à chacun de nous, il nous donne à tous ce qui peut contribuer davantage à sa gloire, à notr°, salut et au bien de notre prochain. C'est donc évidemment nous tromper et consulter mal nos intérêts, que de ne pas nous abandonner entièrement à ce qu'il veut faire de nous.

3 te Thérèse.

L'empereur Ferdinand II faisait tous les jours à Dieu cette prière: « Seigneur, si votre gloire et mon salut demandent que je devienne « plus grand, plus puissant que je ne suis, élevez-moi, je vous gloc rifierai. S'il est de votre honneur et de mon salut que je sois main- < tenu dans l'état où je suis, je vous prie de m'y conserver, et je c vous glorifierai ; mais, si les humiliations doivent contribuer à c votre louange et à mon bien, anaissez-moi , humiliez-moi, et je « vous glorifierai. »

Saint Vincent de Paul montrait, par la douceur de ses paroles e'

la sérénité de son visage, qu'il regardait les différents accidents comme s'ils eussent été les mêmes. C'est qu'il ne perdait pas de vue sa granae maxime : « Rien n'arrive dans le monde que par l'ordre « de la divine Providence. » Il s'était jeté dans ses bras et s'y abandonnait entièrement. Un digne prélat, vivement frappé d'admiration de ce que rien n'était jamais capable de le troubler, disait : « Mon- « sieur Vincent est toujours monsieur Vincent. »

Nous trouvons un modèle parfait de soumission à la volonté de Dieu dans ces hommes au dévouement sublime, qui, au premier ordre de leur cbef, vont évangéliser les peuples, servir les malades, instruire les ignorants, et consacrent au seul service de la foi tout ce que le cœur peut posséder de courage, tout ce que l'esprit peut embrasser de connaissances, tout ce que l'âme peut contenir de vertus. Ce sont les vrais soldats de Jésus-Christ, voués à la pauvreté, à l'obéissance, et, s'il le faut, au martyre. Voici ce qu'écrivait le célèbre Canisius : « Je suis également prêt, soit à demeurer ici pour tou- « jours, soit à aller en Sicile, aux Indes et partout ailleurs où le « père Ignace, mon véritable père et maître en Jésus-Christ, voudra « bien m'envoyer. S'il me fallait aller en Sicile, je proteste que, « quelque emploi qu'on m'y donne, soit de jardinier, de cuisinier, « de portier, d'écolier ou de professeur, en quelque faculté que ce « soit, quand elle me serait jusqu'ici inconnue, ce me sera une chose « très-agréable de m'y appliquer. » Que ces dispositions sont admirables! Peut-il y avoir une meilleure manière d'accomplir la volonté de Dieu? Veuillot, Pèlerinages en Suisse, liv. i.

4. Les anges trouvent tant de satisfaclion à faire la volonté de Dieu, que si Dieu invitait quelques-uns d'entre eux à venir sur la terre, pour s'occuper à séparer l'ivraie du bon grain, ou à arracher d'un coup les mauvaises herbes, ils quitteraient à l'instant même le paradis, et s'appliqueraient, de tout leur cœur et très-volontiers, à ce que le Seigneur demanderait d'eux. Henri Suzon.

Et ce pieux auteur, dont nous venons de rapporter les paroles, était lui-même inviolablement attaché à la volonté du Seigneur. Il disait qu'il préférerait être la dernière des créatures, si c'était la volonté de Dieu, que d'être un séraphin par sa propre volonté.

Terminons ces citations par ces mots si remarquables de madame de La Vallière à sa prieure, lorsqu'elle entra dans l'ordre du Carmel : « J'ai fait constamment, dit-elle, un si mauvais usage de ma volonté, que je viens la remettre entre les mains d'un guide, pour ne plus en reprendre l'usage. >

TROISIÈME INSTRUCTION

Deux sortes de pain nécessaires à l'homme. — Pardon des injures.

D. Que demandons-nous à Dieu par ces paroles • Donneznous aujourd'hui notre pain de chaque jour?

R. Qu'il daigne nous accorder chaque jour, pour la vie présente, les biens spirituels et corporels dont nous avons besoin.

Ici commence la seconde partie de l'Oraison Dominicale dont les demandes, comme nous l'avons dit, se rapportent plus spécialement à nos besoins. La première chose que nous demandons à Dieu, celle qui nous est la plus nécessaire, c'est notre pain de chaque jour. Par ce mot pain nous entendons tout ce qui nous est nécessaire pour la \ ie de l'âme et pour la vie du corps. Nous distinguerons donc deux sortes de pain : l'un spirituel, qui nous soutient et nous fait avancer dans la vertu; et l'autre matériel, qui sustente le corps et répare ses forces.

lo Le pain matériel.

Que sommes- nous sur cette terre? De véritables mendiants, qui ne possédons rien par nous-mêmes et qui tenons tout de la main libérale de Dieu. Ce n'est pas nous, en effet, qui faisons croître le blé et prospérer les différents fruits de la terre. Les plus riches, les plus favorisés dans ce monde ont besoin de demander eux-mêmes l'aumône de Dieu, sans le secours duquel ils périraient de misère et de dénùinent; il faut qu'ils disent eux aussi à Dieu : Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour. Cette prière est bien capable d'exciter dans tous les cœurs des sentiments d'humilité.

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