II
4ÎC TROISIÈME LEÇON,
Donnez-nous aujourd'hui notre pain. Du pain, vous l'entendez ; non pas les délices de la table et les plaisirs de l'opulence. Il suffit que nous puissions faire face aux besoins ordinaires de la vie ; le reste ne servirait qu'à satisfaire la sensualité, et ne ferait que nous amollir et nous perdre, en nous éloignant de Dieu. Sachons donc nous borner au simple nécessaire,, tel que l'exige notre nature; et ce que demande notre nature se réduit à bien peu de chose. Ayant de quoi nous nourrir et nous vêtir, dit saint Paul, nous devons être contents (1).
Nous ne demandons à Dieu que du pain ; mais se contente-t-il de nous donner du pain et l'eau des fleuves? A sa voix, la terre, comme une table magnifiquement servie, se couvre de fruits délicieux ; la vigne nous prodigue le vin qui, selon la parole du psalmiste, réjouit le cœur de l'homme. Il répand en abondance le lait et le miel, afin de mieux s'attirer nos cœurs, ne nous accordant pas seulement le nécessaire, mais l'abondant, le superflu, l'exquis; est-ce assez nous aimer ?
Le pain, nous ne le demandons pas pour plusieurs années, car Jésus-Christ nous défend de nous inquiéter du lendemain. Sa Providence saura bien y pourvoir. Il veut que nous nous reposions sur lui du soin de notre subsistance. Ne nourrit-il pas le passereau, qui ne sème point? n'habille-t-il pas le lis des champs, qui ne file point ? Et que servit au riche de l'Évangile ce vaste amas de grains, sur lequel se fondait l'orgueil de ses vaines et avides espérances? Une seule nuit suffit, pour confondre ses rêves brillants et les faire évanouir comme un vain songe. Ne nous laissons donc point aller à une excessive sollicitude, en disant : Que mangerons-nous? que boirons-nous? ou comment nous vêtirons-nous? comme font les Gentils, qui s'occupent de toutes ces choses. « Car, dit le Seigneur,
(1) Habemes autem alimenta el quibus tegamui, bis contenu *k nus. J Tim., vi, 8.
« votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cher- « chez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et « le reste vous sera donné par surcroît (1).» A chaque jour suffit sa peine, dit encore le divin Maître (2) ; et ce lendemain, dont l'idée nous tourmente quelquefois si fort, savons-nous s'il nous sera donné ? Bornez donc, dit saint Jean Chrysostome , vos sollicitudes au jour présent, vous tenant toujours prêts au départ, dans l'attitude des voyageurs, qui ne s'arrêtent un moment que pour donner aux nécessités de la nature ce qu'elle demande.
Mais, tout en nous défendant de nous trop empresser pour le lendemain, le Seigneur n'entend aucunement favoriser l'insouciance et la paresse. Ce pain, que nous lui demandons, doit être le prix de notre travail, et il nous recommande l'activité, la prudence, une sage économie. Lui demander le pain de chaque jour et ne rien faire pour le gagner, ce serait folie. L'homme, dès les premiers jours du monde, a été condamné au travail; il faut qu'il gagne son pain àla sueur de son front. Celui, dit saint Paul, qui ne veut point travailler, ne doit pas manger (3). Mais tous nos travaux seraient stériles, si Dieu n'y donnait sa bénédiction. Nous aurions beau tracer des sillons et déchirer le sein de la terre ; tout serait inutile sans la protection du Tout-Puissant, car nous ne commandons pas aux nuées, nous ne commandons pas au soleil, nous ne donnons pas la fécondité aux semences ; c'est Dieu qui fait fructifier nos faibles efforts, et voilà pourquoi nous lui disons : Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour.
Enfin, nous disons : Donnez-nous notre pain, et non pas : Donnez-moi mon pain, parce que Dieu ne veut pas que nous pensions seulement à nous-mêmes ; mais il nous commande aussi de nous intéresser au sort de nos frères,
(1) Quaerite pnmùm regnum Dei et justitiam ejus, ethaec omnjs aàjicientur vobis. Math., vi, 33.
(2) Sufficit diei malilia sua. Math., vi, 34.
(3) Si quis non vuli operari, nec manducet. il. Thess.t vu, 10.
et les biens qu'il nous donne, ne sont pas uniquement pour nous ; nous devons faire part de notre superflu à ceux qui sont dans le besoin.
Que le Seigneur est libéral et magnifique à l'égard de ses enfants! Il répand ses bénédictions sur les semences confiées à la terre, et la couvre de fruits; il donne la fécondité aux troupeaux ; il nous pourvoit des vêtements qui nous sont nécessaires, en faisant croître le lin dans nos champs , en donnant pour nous aux brebis leur toison. Rendons-nous dignes de ses dons par notre travail et notre piété. Ne manquons jamais, surtout au commencement et à la fin de nos repas, de lui adresser une courte prière, pour lui témoigner notre humble reconnaissance, imitant en cela la colombe, qui lève les yeux au ciel, à chaque grain qu'elle prend. Mais gardons-nous bien d'être comme ces animaux immondes qui, pendant qu'une main bienfaisante agite le chêne pour faire tomber le gland qui les nourrit-, ne songent qu'à se le disputer avidement. Tels sont ceux qui sont continuellement en procès pour les biens de la terre, qui voudraient, pour ainsi dire, s'arracher les vivres les uns aux autres. Insensés, leur dirai-je avec le divin Maître, cette nuit même on va vous redemander votre âme (1); et pour qui seront ces richesses, objet d'une si folle convoitise ? Pour nous, jouissons sans avarice et sans prodigalité du peu que le Seigneur a daigné nous accorder, et ne nous lassons jamais de bénir la bonté divine *.
2° Le pain de l'âme.
On est fort empressé à rechercher le pain du corps ; mais s'occupe-t-on également du pain de l'âme ? Ou la laisse dépérir pendant des mois, des années entières, "ans lui donner aucune nourriture substntielle. Jésus-
0) Slulte, hâc aocte, animam tuam repetunt à te. Luc, aui, 2&
Christ lui a préparé un double aliment, le pain de la parole divine et le pain eucharistique.
Le pain de la parole divine. L'homme ne vit pas seulement de pain, a dit le divin Sauveur, mais encore de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (1). Ainsi, ce que le pain matériel est au corps, le pain spirituel Test à l'âme. C'est par les catéchismes, parles prédications et les exhortations que nous adressent nos pasteurs, que l'âme s'entretient et s'affermit dans la vertu. C'est aussi par de saintes lectures, par de pieuses méditations, par des exercices de piété. Et, si nous les négligeons, si nous n'en faisons aucun cas, faut-il s'étonner que nous soyons si tièdes et si languissants? Faut-il s'étonner que, de ce funeste état de langueur, nous tombions dans l'état affreux du péché ? Celui qui refuse de manger, doit nécessairement périr. Un des plus grands malheurs qui puissent arriver à un chrétien, c'est d'être dégoûté de cet aliment céleste de la parole de Dieu. Ah ! Seigneur, faites souvent tomber sur nous cette manne divine, et nous la saisirons avec avidité ; faites souvent retentir à nos oreilles la voix de vos saints commandements, afin que nous ne nous détournions jamais du droit chemin qui mène à la vie 2.
Le pain eucharistique. C'est ici le pain par excellence, le pain supersubstantiel, comme l'appelle saint Mathieu (2), le pain des anges. Jésus-Christ s'était annoncé comme étant le pain vivant descendu du ciel. Celui qui mangera ce pain, disait-il, aura la vie éternelle ; et le pain que je donnerai, c'est ma chair, pour le salut du monde (3). Ce divin Sauveur désire que nous le recevions tous les jours, ou au moins à chaque solennité ; et les hommes le dédaignent ! Si c'eat votre pain de chaque jour, dit saint Am-
(1) Non in solo pane yivit homo, sed in omni verbo quod procédât de ore Dei. Math., iv, 4.
(2) Panem nostrum supersubstantialem. Math., vi, 11.
(3) Panis quem ego dabo caro mea est pro mundi vitâ. Jean., vi, 51.
broise, comment laissez-vous passer une année entière sans le recevoir ? Jésus-Christ, en se donnant à nous sous la forme de notre nourriture la plus commune, ne nous a-t-il pas indiqué par là qu'il devait être l'aliment habituel de notre âme ? Quelle contradiction de demander à Dieu qu'il nous donne le pain de chaque jour, et de le refuser quand il nous le présente, et de nous rendre indignes de cet aliment du salut ! Ayons une faim salutaire de ce froment des élus, et, au lieu de séparer nos communions par de longs intervalles, faisons-nous un devoir de nous approcher, aussi souvent que possible, du banquet eucharistique 3.
D. Que demandons nous à Dieu par ces paroles : Pardonneznous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés?
R. Que Dieu ait la bonté de nous pardonner nos péchés, de la même manière que nous pardonnons les injures que nous avons reçues.
Pour arriver à notre fin dernière, qui est le royaume céleste, il ne suffit pas d'avoir le pain quotidien pour nous soutenir et nous fortifier, il faut de plus nous débarrasser de tous les obstacles, qui pourraient empêcher ou entraver notre marche; il nous faut de toute nécessité déposer ce fardeau d'iniquités, qui pèse sur notre conscience. Oh ! que nous avons besoin d'élever vers le Seigneur notre voix suppliante ! Car, hélas ! de combien de péchés ne nous sommes-nous pas souillés, pendant le cours de notre vie! Que de fautes échappent encore tous les jours à notre fragilité ! Mais, en même temps que nous prononçons ces paroles de l'Oraison Dominicale : Pardonnez - nous nos offenses, etc., soyons bien convaincus que Dieu ne nous les pardonnera qu'autant que nous en aurons un sincère repentir. Et, en effet, celui qui se complaît dans ses péchés et qui ne veut pas rompre ses mauvaises habitudes, mérite-t-il d'entrer en grâce avec le Seigneur ? Que penser de
ces mauvais chrétiens qui, tout en disant : Pardonnez-nous nos offenses, ne se font aucun scrupule d'offenser Dieu? De gaieté de cœur, de propos délibéré, ils entassent iniquités sur iniquités; ils outragent sans cesse le Seigneur par leurs blasphèmes, leurs jurements, leurs impudicités. leurs haines, leurs querelles ; de quel front osent-ils réciter le Pater ? C'est du fond d'un cœur brisé de douleur que nous devons dire à Dieu : Pardonnez-nous nos offenses 4.
Remarquons bien encore que, si nous voulons que Dieu fesse sa paix avec nous, nous devons la faire avec nos ennemis. Le Seigneur usera à notre égard de la même mesure dont nous aurons usé à l'égard de notre prochain, et voilà pourquoi il veut que nous lui disions : Pardonneznous nos offenses comme nous pardonnons à ceux gui nous ont offensés. La prière de celui qui nourrit des sentiments de haine contre son prochain, ne peut en aucune manière monter jusqu'au trône de l'Éternel. Ce que Dieu demande surtout de nous, c'est la paix, c'est l'union des cœurs. îi ne peut souffrir qu'on s'approche de ses autels, tant qu'or a quelque sentiment d'aigreur ou quelque ressentiment dans l'âme. Voulons-nous donc apaiser le courroux de notre Père céleste, commençons par nous réconcilier avec nos semblables. Dieu ne sera miséricordieux à notre égard, qu'autant que nous exercerons nous-mêmes la miséricorde envers les autres. Le pardon de nos fautes est donc, pour ainsi dire, entre nos mains. Soyons bons, soyons indulgents, et Dieu sera bon et indulgent à notre égard.
Et ici, quel avantage pour nous ! Pour quelques offenses, toujours légères, que nous consentons à oublier et à pardonner, Dieu nous pardonne nos péchés sans nombre, et les outrages infinis que nous avons faits à sa souveraine Majesté. Nous faisons grâce à nos frères de quelques oboîes, et Dieu nous remet dix mille talents que nous devons à sa justice, et pour lesquels nous demeurerions éternellement insolvables. Insensés donc tous ceux qui se livrent à une vengeance aveugle ! Ces paroles : Pardonnez-nous nos of-
fenses comme nous pardonnons, etc. , sont comme une épée, que le rancuneux et le vindicatif s'enfoncent dans le sein et qui leur donne le coup de la mort. « Quoi ! dit saint Grégoire de Nysse, vous voulez que Dieu annule la cédule de condamnation portée contre vous, et qu'il vous remette ce que vous lui devez ; et vous , vous prenez à la gorge votre débiteur, vous comptez avec grand soin tout ce qu'il vous doit, vous êtes inexorable sur tout moyen de conciliation, vous en usez envers lui en toute rigueur; et vous voilà, vous, aux pieds de Dieu, lui demandant que votre dette vous soit remise ! Non, votre prière ne saurait être exaucée ; elle est étouffée par les cris de votre victime. Gardez-vous donc bien, conclut ce grand saint, de vous exclure du pardon que Dieu veut bien accorder à vos plus grands péchés, en refusant de pardonner à votre prochain les fautes légères qu'il peut avoir commises envers vous. »
D. Si nous ne pardonnons pas de bon cœur les injures que nous avons reçues, que nous arrivera- t-il?
R. C'est que Dieu ne nous pardonnera pas non plus, puisque nous lui demandons qu'il nous traite comme nous traitons les autres.
0 vous, dont le cœur est plein de fiel et qui persévérez dans vos ressentiments, que faites-vous, quand vous récitez l'Oraison Dominicale ? Vous prononcez l'arrêt de votre condamnation, vous acquiescez à votre réprobation. Malheureux, vous dit le Seigneur, puisque tu ne pardonnes pas à ton frère, comment veux-tu que je te pardonne ? Tes paroles retombent sur toi (1). Vindicatif, ta prière fait horreur ; elle est le plus cruel anathème que tu puisses prononcer contre toi-même. Ah! plutôt pardonnez, et le Seigneur vous pardonnera. Quelles que soient les iniquités dont vous vous êtes rendus coupables et qui provoquent contre vous le courroux céleste, vous avez un moyen fa-
(1) De ore tuo tejudico. luc.xix, 22.
cile d'y échapper : pardonnez de bon cœur, sans réserve, et tout vous sera pardonné. Dieu lui-même y a engagé sa parole (1). Et alors vous pourrez en toute confiance paraître au tribunal du juge suprême et lui dire : Seigneur, faites-moi miséricorde, comme j'ai fait miséricorde; oubliez tout ce qui vous irrite contre moi, comme j'ai oublia tout ce qui m'irritait contre mes ennemis. Je vous ai sacrifié mon cœur et tous ses ressentiments ; ouvrez-moi le vôtre et toutes ses tendresses.
Voilà comment le Seigneur qui, dans les autres vertus, se propose à nous pour modèle, veut se modeler lui-même sur nous, dans le pardon des offenses. « 0 homme, s'écrie saint Pierre Chrysologue, tu te fais à toi-même la mesure de la miséricorde; fais en ce genre autant que tu demandes (2). » Quel plus puissant motif pouvons-nous avoir pour nous réconcilier au plus tôt avec ceux dont nous avons à nous plaindre ? Et, pour que cette réconcilia. ion soit sincère et de bonne foi, il faut : 1° qu'elle soit dans le cœur, par un amour sincère et qui étouiïe tout sentiment de vengeance ; 2° qu'elle se manifeste par la langue, en priant pour nos ennemis, en les excusant au lieu de les blâmer et d'en médire ; 3° qu'elle se manifeste par les actions, en les saluant, en les servant, en leur faisant du bien, selon leurs besoins et notre pouvoir. De cette manière, nous aurons la plus large part aux miséricordes éternelles du Seigneur 5.
TRAITS HISTORIQUES
1. Le Saint-Esprit nous assure qu'on n'a jamais vu le juste abandonné ni manquant de pain (3). En effet, Dieu ne refuse jamais
(1) Diminue et dimiltemini. Luc, vi, 37.
(2) 0 homo, tu tibi /«ictus es mensura; quantum quaeiis, tantùm fac. D. Chrysolog.
(3) Kon vidi justum dereliclum, neque semen eius quaerens panem. Psal. xxxvi, 25.
son assistance à ceux qui joignent leur travail à une grande confiance en lui. Nous voyons dans l'Écriture sainte qu'il prit un soin tout particulier du prophète Élie. Le Seigneur l'avait envoyé à l'impie Achab, pour lui déclarer qu'en punition de ses crimes, il nfe tomberait sur la terre ni pluie ni rosée, pendant trois ans et demi. En effet, le ciel se ferma, et tout Israël éprouva les horreurs de la plus cruelle famine. Le prophète, pour se soustraire à la fureur du roi, fut obligé de se cacher dans un désert, auprès d'un torrent; et là, tous les matins et tous les soirs, des corbeaux venaient, par ordre de Dieu, lui apporter du pain et de la viande.
Il y avait aussi alors à Sarepta, ville des Sidoniens, une pauvre veuve qui mérita de la part du Seigneur une protection spéciale, à cause de sa grande charité. Quand l'eau du torrent fut desséchée, Dieu envoya Élie chez elle; ce prophète, l'ayant rencontrée près des portes de la ville, occupée à ramasser quelques petits morceaux de bois, lui demanda à boire; et, comme elle allait quérir de l'eau, il la pria aussi de lui apporter un peu de pain. Mais cette femme lui répondit qu'elle n'avait plus chez elle qu'un peu de farine avec un petit reste d'huile, et qu'elle venait de ramasser quelques morceaux de bois, pour faire du pain, le manger avec son enfant et puis mourir. Elie lui dit : « INe craignez point. Faites-moi un peu de pain avec votre farine, et vous en ferez ensuite pour vous et votre fils ; car votre farine et votre huile ne diminueront point, jusqu'au jour où le Seigneur commencera à faire retomber la pluie sur la terre. » Et, en effet, depuis ce jour, les petites provisions de cette bonne veuve ne diminuèrent point, selon la parole que le Seigneur avait prononcée par Élie.
Lorsque Daniel était dans la fosse aux lions, où il avait été précipité à cause de sa fidélité à la loi divine, le Seigneur ne se contenta pas de le protéger contre la fureur de ces animaux ; il pourvut encore à sa nourriture. En ce même temps, le prophète Habacuc était en Judée, et, ayant apprêté un potage, il le mit avec du pain trempé dans un vase, et il allait le porter dans un champ à ses moissonneurs; mais l'ange du Seigneur lui dit : « Portez à Babylone le dîner que vous avez, pour le donner à Daniel qui est dans la fosse aux lions. » Habacuc répondit : « Seigneur, je n'ai jamais été à Babylone, et je ne sais où est la fosse. > Alors l'ange du Seigneur le prit par le haut de la tête, et, le tenant par les cheveux, il le porta, avec la vitesse et l'activité d'un esprit céleste, jusqu'à Babylone, où :1 le mit au-dessus de la fosse des lions. Et Habacuc dit avec un grand cri : « Daniel, serviteur de Dieu, recevez le dîner que Dieu vous en- Toie. » Daniel répondit : « 0 Dieu, vous vous êtes souvenu de moi, et vous n'avez point abandonné ceux gui vous aiment.» Et, se levant, il mangea. L'ange du Seigneur remit aussilol Habacuc dans le menas lieu où il l'avait pris.
DE L'ORAISON DOrûlMCALE. 419
Alors même qu'on semble le plus abandonné, il ne laut jamais désespérer de la Providence divine. Que de prodiges de bonté Dieu ne fit-il pas éclater en faveur de son peuple, dans le désert, après k sortie d'Egypte ! Là, les Israélites ne trouvaient ni blé ni provisions d'aucune espèce; Dieu se chargea de leur nourriture. D'abord, il fit tomber dans leur camp une grande quantité de cailles. Ensuite, i! fit pleuvoir du ciel sur la terre la manne, nourriture délicieuse, qu; avait le goût de la plus pure farine pétrie avec de l'huile et du miei. Et ce ne fut pas seulement un jour ou un mois, mais pendant quarante ans qu'ils furent nourris de ce pain miraculeux. 11 leur était défendu d'en prendre pour plus d'un jour ; celle qu'on gardait pour le lendemain, se corrompait. Dieu voulait dés lors apprendre aui hommes à n'être inquiets que du jour présent, et à compter sur là Providence. Mais, comme il n'en tombait point le jour du sabbat, il fallait en faire, la veille, double provision ; et, ce jour-là seul, elle se gardait sans se corrompre. Dieu veilla même sur leurs habits et leurs chaussures ; il fit qu'ils ne s'usèrent point, pendant ce long espace et temps qu'ils passèrent dans le désert. Exod., ivi.
Samarie étant assiégée par le roi de Syrie, Bénadab, la famine y fut si horrible qu'une tête d'âne se vendit quatre-vingts sicles, c'està-dire plus de cent vingt francs de notre monnaie. La ville fut réduite à une telle extrémité que des mères mangèrent leurs propres enfants. Tout semblait désespéré, lorsqu'un jour le prophète Elisée annonça au peuple, pour le consoler, que le lendemain, à la même heure, les vivres se donneraient presque pour rien. On eut peine à croire une prophétie si surprenante ; et un officier, qui était présent, dit à Elisée que, quand même le Seigneur ouvrirait les deux pour en faire tomber des vivres, la chose était impossible. Elisée l'assura qu'il verrait de ses propres yeux cette abondance, mais qu'il n'en profiterait pas. Voici comment cette prédiction se vérifia. La nuit suivante, Dieu frappa les Syriens d'une épouvantable frayeur, leur faisant entendre comme le bruit d'une grande armée qui venait les attaquer, de telle sorte qu'ils s'enfuirent, laissant dans le camp ub riche butin. Les habitants de Samarie sortirent pour aller le piller, et y trouvèrent des vivres en abondance. L'officier qui n'avait pas voulu croire à la prédiction d'Elisée, fut placé à la porte, afin de maintenir l'ordre parmi le peuple qui sortait en foule ; mais l'empressement était si grand, qu'il fut écrasé sous les pieds de la multitude.