‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 5)Chapitre 36 sur 39 · II. Reg., xvi et xix · texte numérisé non relu

II. Reg., xvi et xix

Saint Jean l'Aumônier avait exhorté plusieurs fois un des grands seigneurs d'Alexandrie à se réconcilier avec son ennemi. Biais le

trouvant toujours inflexible, il le mena dans sa chapelle, et y célébra, le saint sacrifice de la messe, n'y laissant entrer qu'une personne pour la servir. Lorsqu'ils prononçaient tous trois ensemble l'Oraison Dominicale, selon la coutume de ce temps-là, il fit signe au servant de se taire à ces mots : « Pardonnez-nous nos offenses, comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés; » et lui-même se tut, en sorte que le seigneur fut le seul qui les prononça. Le saint, se tournant vers lui, lui ait avec beaucoup de douceur : « Songez vous bien, « mon frère, à ce que vous venez de dire à Dieu, lorsque, lui de- « mandant pardon, vous avez protesté que vous pardonnez à ceux c qui vous ont offensé! » Ce seigneur, frappé comme d'un coup de foudre, se jeta sur-le-champ aux pieds du saint prélat, et lui répondit : « Votre serviteur est prêt à faire tout ce que vous lui demanderez; » et, sans différer, il se réconcilia très-sincèrement avec son ennemi.

On lit, dans la vie du même saint, qu'un de ses débiteurs ayant injurié un de ses parents, ce parent vint s'en plaindre : « Je veux, lui dit saint Jean l'Aumônier, instruire cet impertinent et le traiter d'une manière qui étonnera toute la ville. » Que fit-il? Il ordonna à son homme d'affaires de ne plus rien exiger à l'avenir de ce débiteur. Telle fut la vengeance de saint Jean, qui remplit effectivement toute la ville d'admiration.

Vie de saint Jean l'Acmônier, écrite par Léonce, évéque de Chypre.

Des courtisans de Philippe le Bel excitaient ce prince à sévir contre un prélat qui l'avait offensé. « Je sais, leur répondit-il, que je puis me venger ; mais il est beau de le pouvoir et de ne le pas faire. »

On reprochait un jour à Henri IV qu'il traitait avec trop de bonté les ligueurs, ses ennemis irréconciliables. Il répondit : « Dieu me pardonne, je dois pardonner ; il oublie mes fautes, je dois oublier celles de mon peuple. Que ceux qui ont péché se repentent, et qu'on ne m'en parle plus. »

Un protestant avait conçu le dessein d'assassiner le duc de Guise, qui se montrait défenseur zélé de la religion catholique; ce projet est découvert, le prince en est informé, il fait venir l'assassin, et lui dit d'un air d'étonnement : « Vous ai-je fait tort en quelque chose?» — « Non, » répondit le protestant. — « Qui donc a pu vous porter à un tel crime?» — «J'ai voulu, dit le protestant, défendre ma religion. » — « Eh bien ! reprit le duc, si votre religion vous enjoint d'assassiner, la mienne m'ordonne de pardonner à l'assassin qui a voulu attenter à mes jours ; je vous pardonne. » Quels beaux sentiments ! Puissent-ils passer dans notre âme, et s'y graver profondément î

QUATRIÈME INSTRUCTION

Des T p. talions. — Pourquoi Dieu les permet. — Moyens d'y résister.

D. Que demandons-nous à Dieu par ces paroles : Et ne nous laissez pas succomber à la Tentation ?

R. Nous demandons à Dieu qu'il nous soutienne dans le temps de la Tentation, et nous préserve d'y succomber.

Après avoir imploré la miséricorde de Dieu sur les péchés déjà commis, nous devons éviter, avec le plus grand soin, d'en commettre de nouveaux ; et c'est à cet effet que nous prions le Seigneur de ne pas nous laisser succomber à la Tentation. Nous ne disons pas au Seigneur de nous délivrer absolument de toute Tentation ; car la vie de l'homme, tant qu'il est sur la terre, est un combat continuel, et nous aurons toujours à lutter contre les attraits corrupteurs du monde, contre la malice du démon acharné à notre perte, et contre les faiblesses de notre cœur; nous supplions seulement le Seigneur d'avoir égard à notre fragilité, de nous soutenir par sa grâce, dans ces moments critiques où notre vertu chancelle ; et de nous préserver, par sa miséricorde, de ces fortes tentations qui ébranlent et renversent quelquefois les âmes les plus dévouées et les plus fermes. Afin de traiter avec ordre cette matière, nous allons examiner : 1° ce que c'est que la Tentation et ses causes ; 2° pourquoi Dieu ia permet ou ses avantages ; 3° les moyens d'y résister

>© Qu'est-ce que la Tentatiou*

La Tentation n'est pas un péché par elle-même, p qu'il ne dépend pas de nous de ne pas être tentés ; elle est

seulement une sollicitation au mal, un mouvement intérieur qui nous porte au péché. Ainsi, par exemple, il vous virnt en pensée de faire quelque acte défendu, de voler, de vous venger, de vous procurer quelque plaisir déshonnête ; mais vous n'y consentez pas encore : voilà la Tentation.

Dans la Tentation, il faut distinguer trois choses : la suggestion, l'attrait et le consentement. La suggestion est la simple pensée de l'objet défendu, qui se présente à l'esprit, au moment où l'on y pense le moins, et personne n'en est à l'abri. En réveillant les passions, dont le germe est toujours dans le cœur de l'homme déchu, elle y excite un premier mouvement ou une inclination indélibérée, par laquelle il se porte vers l'objet de la tentation qui l'attire et le sollicite, et c'est là cet attrait funeste qui nous entraîne vers le mal; cet attrait n'est pas irrésistible, l'homme peut le surmonter avec le secours de la grâce. S'il cède et se laisse entraîner, il consent ; et c'est le consentement qui seul le rend coupable devant Dieu, parce que seul il est libre, et que l'homme peut le refuser.

Les Tentations proviennent d'une triple cause : 1° Du démon qui enflamme nos sens, qui nous met dans l'imagination mille fantômes séducteurs. Cet esprit infernal est l'ennemi de Dieu, et, ne pouvant s'attaquer à Dieu, depuis qu'il a éprouvé les terribles effets de cette parole toutepuissante qui l'a précipité au fond des abîmes, il s'attaque à son image, c'est-à-dire à l'homme, en qui reluisent les traits les plus. admirables de la Divinité. Et, pour l'entraîner dans sa perte, il prend toute sorte de formes, tantôt lion rugissant et tantôt serpent insidieux ;] il n'est pas d'artifices qu'il n'emploie, cherchant en toute occasion à iaous nuire. — 2° Du monde, qui nous porte au mal par ses scandales, pcr ses railleries, par ses fausses maximes, disant qu'il faut que jeunesse se passe, que les pi tisirs sont naturels, qu'il faut faire comme les autres, et autres folies semblables. Nous pouvons à peine faire un

pas, sans trouver quelque pierre d'achoppement. Toutes les créatures semblent se disputer notre cœur, pour le dérober à Dieu. Aussi, lisons-nous dans la vie des saints qu'un pieux solitaire eut une vision, dans laquelle la terre lui apparut toute couverte de filets, où les hommes étaient pris comme les oiseaux dans les lacets de l'oiseleur. — 3° De la corruption de notre nature. Nous apportons, en venant au monde, une grande répugnance pour le bien et un violent penchant pour le mal. C'est ce que saint Paul appelle la loi des membres, qui est contraire à la loi de l'esprit. Notre plus dangereux ennemi, parce que nous ne pouvons nous séparer de lui, c'est notre cœur.

Qui pourrait donc se flatter d'être à l'abri des Tentations ? L'ennemi du salut nous poursuit partout, jusque dans les lieux les plus saints ; il a séduit notre premier père dans le paradis terrestre ; il a osé même attaquer Notre-Seigneur dans le désert. On est tenté à tout âge : l'enfance a ses périls ; la jeunesse est la saison des tempêtes ; et trop souvent, hélas ! sous les glaces de la vieillesse se conserve le feu des plus violentes passions.

Mais, parce qu'on est tenté, il faut bien se garder de croire qu'aussitôt tout est perdu, comme certaines âmes scrupuleuses, qui s'alarment mal à propos. Souvent les plus grands saints ont été en butte aux plus violentes Tentations, tandis que, tout au contraire, le démon laisse tranquilles les plus grands pécheurs. Et qu'a-t-il besoin de les tenter ? Ils sont à lui, ils obéissent à toutes ses volontés, il est sûr de les posséder. Aussi, interrogez les pécheurs d'habitude, plongés depuis longtemps dans le péché : ils vous disent qu'ils n'ont point de Tentations. A peine s'ils savent ce que c'est qu'une mauvaise pensée, qu'un mauvais désir ; ils sont tranquilles. Affreuse tranquillité, qui n'est autre chose que le calme de la mort ! Quant aux justes, le démon, pour s'emparer de leur cœur, est obligé de leur livrer de rudes assauts, de les poursuivre et de les tourmenter sans cesse. Jésus-Christ nous assure que, lors-

ju'il a été chassé d'une âme, il met tout en œuvre pour y rentrer, qu'il va chercher sept autres esprits plus méchants nie lui, pour s'en emparer. Les Tentations peuvent donc în bien des cas, être un indice d'une conscience pure gt c'est en ce sens que saint Cyrille a dit : « Regardez comme un sujet de joie pour vous lés diverses Tentations qui vous surviennent \ »

2° Pourquoi Dieu permet-il les Tentations?

lien est du monde spirituel comme du monde physique. Dans celui-ci, il y a des montagnes à côté des vallées, des lours de sérénité et des jours d'orage. Si nous n'étions pas tentés, où serait la vertu ? à quoi bon la liberté ? Le soldat qui ne sortirait jamais de son camp, serait-il brave? Vanterait-on l'intrépidité d'un pilote, qui ne se serait jamais trouvé dans le danger ? Les Tentations nous fournissent la matière des plus beaux triomphes.

1° Elles éprouvent la vertu, l'affermissent et la font briller du plus bel éclat. Elles sont comme le feu qui purifie l'or, comme un marteau dont le propre est de rendre le fer st plus solide et plus beau en le battant. On peut encore les comparer à la gelée qui mortifie un peu le blé, lorsqu'il est en herbe, mais qui, en même temps, lui permet de jeter de profondes racines, pour porter ensuite une moisson abondante. Ainsi, la Tentation afflige un instant l'âme, pour la faire croître en grâce et en mérites. Il est écrit que l'homme qui n'est point tenté, n'est point éprouvé (1).

2° Elles nous préservent de l'orgueil. Les âmes justes, à la vue des grâces dont le Seigneur les favorise, pourraient se complaire en elles-mêmes ; mais, quand la Tentation les presse, elles se rappellent leur fragilité et reconnaissent qu'elles ne sont rien et qu'elles np peuvent rien. Ainsi Dieu,

II) Oui tenlatus non est, qualia scit? Ecch., xxxiv, n.

en permettant que nous soyons tentés, nous tient dans le sentiment continuel de notre dépendance, et du secours dont nous avons besoin pour n'être pas vaincus.

3° Elles nous empêchent de nous endormir dans une funeste sécurité. Que celui qui est debout, prenne garde de tomber, a dit l'Esprit-Saint (1). Il n'est rien comme la guerre pour former de bons soldats ; ils sont alors actifs, vigilants; ils ont leurs armes toujours prêtes. Il n'est rien comme les Tentations, pour faire de véritables serviteurs de Jésus-Christ ; ils multiplient leurs prières, leurs exercices de piété, leurs jeûnes, leurs aumônes; ils ont recours à toute sorte de moyens pour se préserver du péché ; et, en donnant à Dieu, par chaque nouvelle victoire qu'ils remportent sur eux-mêmes, de nouveaux gages de leur fidélité et de leur amour, ils s'affermissent de plus en plus dans ce saint et divin amour, l'unique objet de tous leurs vœux.

4° Elles nous font mériter une couronne plus brillante, par les victoires qu'elles nous donnent occasion de remporter. Nul ne peut parvenir à la palme céleste, s'il n'a légitimement combattu (2). Dieu ne nous expose au combat que pour nous fournir un sujet de triomphe, et il promet d'être lui-même notre récompense (3).

Ainsi le Seigneur nous fait tirer avantage de la Tentation (4). Les épreuves, auxquelles il nous soumet, sont le plus souvent des effets de sa miséricorde. Bien loin donc de nous décourager, nous devons les supporter en paix, reconnaissant humblement notre misère, et combattre avec vigueur 2.

(1) Oui stat, videat ne cadat. 1. Cor., x, 12.

12} Nemo coronatur nisiqui légitimé cerlaverit, II. Ttm., n, 5.

(3) Ero merces tua magna nimis. Gen., xv, 1.

(4) Faciet etiara cum tentatione proventum. I. Cor., t, 13.

jo Que faut-il faire pour ne pas succomber aux Tentations ?

Il y a des moyens à prendre avant, pendant et après.

Avant la Tentation, il faut se prémunir contre ses assauts. C'est en temps de paix qu'on doit préparer ses armes pour le jour du combat. Que fait-on pour défendre une citadelle ? On la fortifie, on répare ses brèches, on la remplit d'une milice bien exercée, on l'approvisionne. Notre âme est une forteresse, dont le Seigneur nous a confié la garde, et que nous ne pouvons livrer au démon, sous peine de mort. Et, pour la défendre, nous avons besoin d'avoir recours à la prière, et de nous tenir continuellement en garde sur nous-mêmes. C'est ce que le Seigneur nous recommande, en nous disant : « Veillez et priez pour ne pas succomber à la Tentation (1). »

Priez que le Seigneur écarte la Tentation ou qu'il la rende moins violente. A la prière, joignez quelques pieuses considérations sur les grandes vérités de la foi ; animez-vous par de bonnes et généreuses résolutions; et vous aurez lieu d'espérer que vous triompherez de toutes les attaques de vos ennemis.

Veillez sur votre cœur, pour ne pas le laisser ouvert, comme une place démantelée et exposée aux ravages de Satan; veillez sur tous vos sens. Cette vigilance consiste spécialement à fuir toutes les occasions du péché, et à se tenir constamment occupé. L'oisiveté est la mère de tous les vices, et le travail est un remède à tous les maux. Si vous êtes désœuvrés, voilà qu'aussitôt mille pensées dangereuses, mille désirs criminels naissent dans votre esprit. Pour un démon qui tente un homme occupé, il y en a cent qui s'acharnent contre celui qui reste oisif. On comprend, sous le nom d'occasions du péché, tout ce qui est de nature à nous induire au mal, comme, par exemple, les danses, les spectacles, les mauvaises compagnies, les lectures dan-

(I) Vigilate et orate ut non intretis in lentationem. Math., xxvi, 41.

gereuses, les cabarets, etc. On doit les fuir, si on ne veut pas succomber à la Tentation, car, a dit le Sage, celui qui aime le danger y périra (1). Et quelle singulière prière que de dire à Dieu : Ne nous induisez pas à la Tentation, lorsqu'on va s'y jeter soi-même, de gaieté de cœur et tête baissée ! C'est comme si on allait se précipiter dans un brasier ou sur un tas de pierres, et qu'on dît au Seigneur : « Empêchez-moi de me brûler ou de me tuer. » Dieu est-il obligé de faire un miracle pour satisfaire nos caprices ? Il a délivré Joseph, Moïse, Susanne ; mais ils ne s'étaient pas exposés à la Tentation ; les vierges chrétiennes, il les délivrait de la brutalité des soldats ; mais elles ne s'étaient pas exposées. Si, malgré ses recommandations, Lot fût resté dans Sodome, il aurait infailliblement péri, et c'eût été évidemment sa faute. Voulez-vous donc vous conserver pur et sans tache, sortez de cette société, rompez cette liaison, ce commerce, ne lisez pas ces romans. Dieu ne nous accorde sa grâce, et ne nous tend une main secourable, que lorsque nous nous trouvons dans les dangers que nous n'avons pas cherchés. Gardez-vous, dit saint Paul, de donner prise au monde et au démon sur vous (2) ; et, en vue de votre fragilité, fuyez toute occasion du péché comme la peste.

Pendant la Tentation. Vous avez toutfaitpour laprévenir; et cependant déjà les nuages s'amoncellent, l'orage est près d'éclater. Déjà l'ennemi approche, et tous vos sens, toutes vos facultés sont ébranlées. Que faire ? Fuyez, il y a des fuites honorables ; Joseph a fui, et il s'est soustrait aux criminelles poursuites d'une femme impudique. Que si vous ne pouvez fuir, parce que la nécessité, le zèle, ou la charité vous retiennent et vous enchaînent à votre place, alors défiance entière de vous-même et confiance absolue en Dieu. Anéantissez-vous devant lui, reconnaissant votre impuis-

11) Qui amal pcriculum, in illo peribit. Eccli., m, 27. (2) Nolite locum dare diabolo. Evkes.. iv. 27.

DE L'ORAISON DOMINICALE. 43 î

sance à résister, sans son secours, à l'ennemi. Mais il est le protecteur de tous ceux qui espèrent en lui (1); et il ne permettra jamais que vous soyez tenté au-dessus de vos forces. Quand même toutes les furies de l'enfer se déchaîneraient contre votre âme et que les plus affreuses tentations viendraient vous assaillir, sachez bien que le démon ne peut rien contre vous, malgré vous, parce qu'il n'est pas le maître de votre volonté et que la grâce de Dieu vous suffit. Il est, dit saint Augustin, comme un chien à l'attache, qui peut aboyer, mais qui ne peut mordre que ceux qui s'approchent de lui (2).

Ainsi, plein du sentiment de votre force et assuré de la protection de votre Dieu, résistez avec courage, disant énergiquement au démon : Retire-toi, Satan : Vade, Satana; il faut que tu sois bien sale ou bien méchant, pour oser me proposer de telles choses. Retire-toi: Vade, Satana (3). Résistez, dès le commencement. Pendant que l'ennemi est faible, dit saint Jérôme, tuez-le (4). Ce n'est peut-être d'abord qu'une faible pensée ; si on la néglige, elle enflamme un violent désir, et les mauvais désirs poussent aux plus abominables actions. Résistez par de bonnes et ferventes prières. Si vous élevez promptement votre esprit et votre cœur vers le ciel, Dieu, qui est témoin de vos combats, viendra promptement à votre secours. Dites-lui donc, avec une sainte confiance, ces paroles si efficaces de l'Oraison Dominicale. « 0 mon Dieu, ne me laissez pas succomber à la Tentation, Fine nos inducas in tentationem. » Dites-lui comme les apôtres, sur le point d'être submergés : « Seigneur, sauvez-nous, car nous allons périr (5) ; » ou bien, comme le prophète royal : « Seigneur, hâtez-vous de venir

(1) Protector est omnium sperantium in se. Psal. xvn, SI.

(2) Lalrare potest, mordere omninô potest nisi volentem. D, Âug.

(3) Vade, Satana. Math., iv, tO.

(4) Dùm parvus est hostis, interfice. D. Hieron.

(5) Domine, salva nos, perimus. Math., vin, 21

à mon secours (1). » Ces paroles, ou autres semblables, doivent être comme un cri d'alarme, que vous poussez aussitôt que vous vous sentez attaqué. Dans ces circonstances, il n'est pas nécessaire, du moins ordinairement, de faire de longues prières, il suffit d'un élan du cœur, qui ne manque jamais son effet; il suffit de se réfugier par quelque pieuse pensée sous les ailes de Dieu, dont la seule ombre nous garantira heureusement des ardeurs mortelles du péché (2).

Après Dieu, notre plus grand soutien, c'est Marie ; n'oublions pas de l'invoquer, surtout dans les Tentations contre la sainte vertu. Elle a écrasé la tête du serpent, elle est terrible aux légions infernales, et son nom seul suffit pour les mettre en fuite. Le démon ne peut avoir aucun empire sur ceux qui lui sont fidèles.

Quelquefois, pour chasser la Tentation, il ne faut qu'un simple signe de croix. C'est le signe du salut et de la victoire. La croix est cette véritable tour de David, contre laquelle viennent se briser les traits empoisonnés de Satan (3).

Un excellent moyen encore de résister aux Tentations, c'est de produire intérieurement ou extérieurement quelques actes de la vertu contraire au vice sur lequel on est tenté , Avez-vous, par exemple, quelques doutes sur les vérités de la religion, vite, faites un acte de foi; dites : Je crois, Seigneur, mais augmentez ma foi (4). » Sentez-vous des pensées impures agiter votre âme, méprisez-les , et attachez-vous encore plus fortement à l'angélique vertu. Pareillement, le remède des tentations de désespoir, c'est un acte de confiance en Dieu. A la colère, à l'emportement opposez la patience, la douceur, et ainsi des autres vertus.

Un dernier préservatif que nous indiquerons, c'est de

(1) Deus, in adjutorium meum imende Psa:. lxix.' 2.

(2) Proiegar in velamenlo alarum tuamm. Psal. lx, 5.

(3) Ghnstus factr* est ncbis turris ; ne ferians a diabolo, luge ad hanc turrim. D. Aug.

(4) Credo, Domine, sed idauge fidem. lue. xvn. f>.

découvrir ses tentations à son confesseur, et de se sou mettre entièrement à sa conduite. Aidé de ses bons con seils, vous résisterez plus facilement. Dans les sacrements de pénitence et d'eucharistie, on puise une force invincible à tous les assauts de l'ennemi. Si tant d'âmes justes passent des années entières sans consentir au mal, c'est qu'elles vont se retremper souvent à ces sources inépui' sables de la grâce 3.

Après la Tentation. Le combat a été heureux ou malheu reux ; vous avez été vainqueur, ou vous avez été vaincu. Si vous êtes vainqueur, rendez grâce à Dieu qui vous a accordé la victoire; si vous avez eu le malheur de succomber, ah ! je vous plains, j'en gémis ; mais ne vous découragez pas. C'est un grand malheur d'avoir péché; mais ce serait un bien plus grand malheur de se livrer au désespoir, après le péché. Ayez recours au médecin, qui mettra l'appareil sur votre plaie, qui cicatrisera vos blessures; ayez recours à votre Dieu. Écoutez ce qu'il vous dit lui-même : « Mon fils, vous avez péché, ne péchez plus; mais priez pour vos fautes passées, afin qu'elles vous soient pardonnées (1).» Hâtez-vous donc d'en demander pardon ; tombez au pied de la croix ; allez vous confesser au plus tôt ; et, quand vous aurez obtenu la rémission de vos fautes et rendu à votre âme sa beauté première, redoublez de vigilance pour ne plus encourir la disgrâce du Seigneur.

Heureux ceux qui, à la fin de leur vie, pourront dire, comme saint Paul : a J'ai combattu généreusement les combats du Seigneur. Il ne me reste plus qu'à recevoir la couronne que me donnera le Seigneur juste et fidèle (2). » Pour être invincibles comme ce grand apôtre, prenons comme lui l'armure du chrétien, le bouclier de la foi, le casque de l'espérance, la cuirasse de la vérité, la ceinture de la justice, le glaive de la parole divine; et nous jouirons à jamais de la paix des élus.

(t) Ecttt., xxu, 1.

(ii Bonum certamen certavi. II. Tim., iv, T.

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