HISTORIQUES
.. !. C'est on proverbe reçu qu'à l'œuvre on connaît l'ouvrir ; mais on peut aussi renverser le proverbe et dire que par l'ouvrier on connaît très-souvent l'œuvre. Pour juger donc de la sainteté de la réforme, voyons quelle a été la sainteié de ses auteurs. IN'ous ne parlerons que des deux principaux, Luther et Calvin.
Luther. Il naquit en Allemagne, de parents catholiques romains, et fut lui-même jusqu'à l'âge de trente-quatre ans, non-seulement enfant rie l'élise catholique, mais encore prêtre, et.de plus, religieux
augustin, lié par les vœux solennels de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, qu'il prononça avec pleine liberté, et après avoir eu tout le temps d'y réfléchir. Dans la suite, il les viola tous trois : d'abord ceux de pauvreté et d'obéissance en quittant son monastère et l'habit religieux; puis celui de chasteté, en contractant une alliance sacrilège ave* "ane jeune religieuse, qu'il entraîna dans l'apostasie. Le principe de ses premiers égarements fut l'orgueil. Le pape Léon X, ayant accordé une 'indulgence à tous ceux des fidèles qui contribueraient à la construction de l'église Saint-Pierre de Rome, donna aux Dominicains la commission de recueillir les aumônes. Luther, jaloux à l'excès d'une préférence qui n'était plus comme autrefois pour lui et pour ses confrères, ne se borna pas à relever l'abus que faisaient quelques Dominicains du pouvoir qui leur avait été confié, il se mit à invectiver, en chaire et par écrit, contre les indulgences elles-mêmes, et puis contre beaucoup d'autres points de la doctrine de l'Église, contre la confession auriculaire, contre l'efficacité des sacrements, etc., etc. Toute sa conduite, depuis sa première levée de boucliers en 1517, ne fut qu'une suite de contradictions et d'inconséquences capables, à elles seules, d'ouvrir les yeux aux plus aveugles de ses partisans. Résumons-les en peu de mots, et voyons si l'on y reconnaît un apôtre, un homme envoyé de Dieu pour réformer son Église. Nous ne dirons rien qu'on ne retrouve en toutes lettres dans ses ouvrages. 1» Il avait d'abord prodigué mille témoignages de respect et de confiance aux Universités et surtout à celle de Paris; mais, peu touchées de ses flatteries, elles condamnèrent sa doctrine comme fausse et hérétique ; aussitôt il se répandit contre elles en invectives grossières et indécentes. A ses yeux, la Sorbonne ne fut plus que la mère des erreurs, la fille de l'antechrist, la porte de l'enfer. 2° Il avait protesté à Léon X qu'il recevrait sa décision, comme un oracle sorti de la bouche de Jésus-Christ. La décision pontificale fut une condamnation, non de la personne, mais des ouvrages de Luther. Au lieu de se soumettre, l'audacieux Luther fit publiquement brûler la bulle sur la place de Wittemberg, et il écrivit que c'était le Pape lui-même qui aurait mérité d'être brûlé, qu'il fallait prendre les armes contre lui, contre les cardinaux et les évèques, et se laver les mains dans leur sang. 3° Avant sa condamnation, Luther avait écrit qu'il n'y a aucun sujet, même des plus importants, qui puisse donner le droit de rompre l'unité; à peine condamné, il la rompt cette unité précieuse, il sort du bercail avec ses partisans, désormais retranchés du grand corps de l'Église catholique. 4° Et, c'est ici un exemple de la plus monstrueuse inconséquence, dans laquelle on ne sait ce qui l'emporte de l'effronterie ou de l'impiété ; c'est Luther lui-même qui ta parler : « M'élant une fois réveillé vers minuit, le diable se mit à
« discuter contre moi sur la messe : Très-savant docteur, me dit-il, « pendant quinze ans, tu disais la messe presque tous les jours ; que « serait-ce si ces messes étaient autant d'idolâtries ? » Luther écouta le diable, et l'écouta si bien qu'il finit par s'avouer vaincu et se laissa persuade?. Dans la suite du récit de cette aventure, dont il donne tous les détails, il convient que le diable est le plus artificieux des menteurs et des trompeurs ; il en convient, et néanmoins il aime mieux s'en rapporter à lui qu'à l'Eglise de Jésus-Christ qui, depuis quinze cents ans, lui enseignait le contraire. Si, dans le récit de sa conversion, il dit vrai, il est un disciple de Satan ; s'il dit faux, il en est le fils aîné (1), comme disaitsaint Polycarpe à l'hérétique JMarcion. Infortunés luthériens, voilà donc votre docteur, votre apôtre I Pour le mieux connaître encore, voulez-vous quelques traits de plus à son tableau? C'est lui qui vous les offrira. Il vous apprendra qu'étant catholique, il passa sa vie en austérités, en veilles, en jeûnes, en oraisons, dans la pratique des vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance ; mais qu'une fois réformé, il était devenu un autre homme, que lesexcès de la débauche étaient désormais pour lui une nécessité indispensable; qu'il brûlait de mille feux dans une chair indomptée, qu'il se sentait porté à l'impudicité avec une rage, qui allait presque jusqu'à la folie. Ailleurs il écrit: « Fort démon savoir, il n'est ni roi, ni « empereur, ni diable à qui je voulusse céder, pas même à l'univers « entier [2). Je le veux, je l'ordonne, que ma volonté vous tienne c lieu de raison. » Voilà sa modestie, son humilité. Cet homme, si tranchant et si impérieux, savait pourtant bien, quand l'intérêt de sa secte l'exigeait, baisser le ton et descendre au rôle d'un courtisan souple et délié. Ce fut lui-même, le grand apôtre de la réforme, le père de tous les réformés, qui, avec huit de ses principaux docteurs, signa la trop fameuse permission, donnée, sous le plus grand secret, au Landgrawe de Hesse, d'avoir deux épouses à la fois. Luther, au reste, n'avait pas une morale plus sévère pour lui-même que pourleg les autres; son mariage sacrilège avec une religieuse en fait foi. Libertin dans sa vie privée comme dans ses écrits, il était homme de bonne chère aussi bien qu'homme de plaisir. Ses repas ordinaires étaient des festins, et trop souvent des orgies, où sa bouche vomissait mille propos obscènes et orduriers. Ses commensaux n'ont pas eu honte de les réunir sous le nom de Micœ Lutheranœ, Miettes de h table de Luther, recueil qu'une plume chaste n'oserait transcrire, qu'un œil pur n'oserait parcourir, et qui eût été bien plus digne d'une taverne ou d'un lieu de débauche que d'une table honnête et
(1) Primogenilus diaboïi.
(2) Sic volo, sic jubeo, sit pro ratione voluntas.
surtout réformée. Quoiqu'il en soit, ce fut à la suite d'une de ces orgies que la dernière nuit de Luther arriva. Use trouva mal en sortant de table, et mourut presque subitement, gorgé de viandes et de. vin.
Calvin. Il est le plus tristement célèbre des sectaires duxvie siècle, après Luther. Dès sa jeunesse, il se fit connaître par le désordre de ses mœurs et par la marque flétrissante qui lui fut appliquée sur l'épaule, en punition d'un crime infâme, dont le châtiment, sans l'intercession de l'évëque de Noyon, eût été le supplice du feu. Cette circonstance de sa vie a été contestée par quelques-uns de ses partisans : mais leurs dénégations n'ont pu détruire les preuves accablantes, tirées du témoignage des auteurs contemporains (1). Ce qui fit de Calvin an réformateur ou plutôt un hérésiarque, ce fut la préférence qu'on donna sur lui à un parent du connétable de Montmorency, pour un bénéfice qu'il ambitionnait. Pendant les poursuites qu'il fit à ce sujet, il lu: échappa de dire que, s'il ne l'obtenait pas, il trouverait le moyen de faire parler de lui pendant plus de trois cents ans. Il embrassa les erreurs de Luther, auxquelles, suivant l'entraînement naturel à ceux qui ne reconnaissent en fait de religion d'autre autorité qu'eux-mêmes, il ne manqua pas d'ajouter d'autres erreurs de son invention. À imis à Genève, au moment où cette ville venait d'apostasier, il s'en fil chasser presque aussitôt. Rappelé trois ans après, à l'aide d'un parti puissant qui s'était formé pour lui, il parvint à y gouverner en despote ; il abolit toutes les cérémonies, toute la liturgie, toute la hiérarchie de l'Eglise catholique ; il donna des lois à la prétendue réforme, et fit de Genève le centre et la métropole du Calvinisme.
Cet homme atrabilaire, et jaloux de tout ce qui pouvait l'offusquer, ne pouvait souffrir ni rivaux ni contradicteurs. La moindre opposition était à ses yeux une œuvre de satan, un crime digne de l'exil ou de la mort. Un incrédule, Michel Servet, ayant osé être d'un autre avis que le sien au sujet du mystère de la sainte Trinité, il le fit condamner à être brûlé vif, et se donna la cruelle joie d'assister à l'exécution. Tout sombre et tout flegmatique qu'il semblait être de son naturel, il traitait ses antagonistes avec un ton de hauteur et une bassesse d'expressions indigne d'un honnête homme. Les épithètes de pourceau, d'âne, de cheval, de chien, d'enragé, d'ivrogne, étaient ses compliments d'usage à quiconque l'avait volontairement ou involontairement blessé. Homme de bonne chère, mais plus friand que gourmand, il lui fallait les viandes les plus délicates, les vins les plus fins, des pains faits de la plus pure farine, pétris pour lui seul,
(1) Voyez la Discussion amicale et l'Ombre de J. J. Rousseau à Saivin.
etque, pour cela, on appelait le pain deMonsieur. Ca;vin était de tous les festins somptueux, toujours avec son nain de Monsieur et son vin à part, qu'on apportait de sa cave dans un flacon d'argent. Les exemples qu'il donnait, on le conçoit, s'accordaient assez bien avec sa doctrine sur l'inutilité de la pénitence et de< bonnes œuvres.
Un de ses historiens, Bolsec, son contemporain et longtemps son disciple, raconte une aventure qui fera voir de quoi est capable un eœur assez impie pour se jouer du ciel et de la terre. Notre réformateurcomprenaitque des miracles contribuer lient beaucoup à autoriser sa mission ; il voulut s'en procurer l'honneur, et entreprit de faire le Thaumaturge et le Saint. Un pauvre homme et sa femme, qui étaient venus s'établir à Genève, sollicitèrent quelques secour; pour leur subsistance. Calvin leur en promit, pourvu qu'ils exécutassent fidèlement ce qu'il leur dirait. D'après une convention secrète, l'homme contrefit le malade, puis le mort. Calvin, averti sous mai'., alla se promener, accompagné, selon sa coutume, d'un certain nombre d'amis intime? et dévoués, et. passa, comme par hasard, devant le logis du prétendu mort. Au bruit des sanglots et des lamentations de sa femme, qui faisait la désolée, il entre, se jette à ge.ioux, et prie à haute voix le Seigneur de rendre la vie à ce corps inanimé, pour faire voir à tous que son serviteur Calvin est envoyé d'en haut et appelé à la réformation de son Église. Alors, il se lève, il prend la main de l'homme et lui commande, au nom de Jésus-Christ, de se lever. Mais il a beau lui répéter, lui crier: « Levez-vous; » le mort ne remue point. Par un juste jugement de Dieu, qui ne peut rendre témoignage à l'imposture, ce malheureux n'avait plus la parole; il était mort et déjà froid Sa femme désespérée se mit à son tour à crier contre Calvin, et à le traiter d'imposteur et d'assassin. Le faux Thaumaturge, ne pouvant réussira l'apaiser, dit froidement qu'elle avait perdu la tète, et se débarrassa d'elle, en la faisant au plus vite renvoyer de Genève.
Cet hypocrite et ambitieux sectaire eut une fin hien plus déplorable encore que celle qu'on vient de rapporter. Il fut attaqué d'une maladie pédiculaire, et se vit rongé tout vif par des milliers d'insectes dévorants, en même temps qu'un ulcère infect, fruit de son incontinence, pénétrait ses entrailles et lui causait des douleurs atroces. Ainsi frappé de la main de Dieu, il s'abandonna au désespoir, appela les démons à son secours, et rendit l'âme, en vomissant des blasphèmes contre Dieu et des malédictions contre lui-même.
Mes doutes.
De bonne foi, quand on lit la vie de ces patriarches de la réforme, peut-on se figurer que Dieu ait choisi de telles gens pour ramener l'Eglise à sa pureté et à sa sainteté primitives? Luthériens calvinia-
jjO ONZIÈME LEÇON
tes, voyez quels sont vos pères, ou plutôt vos séducteurs. Vous rougiriez de leur ressembler dans les actions de leur vie privée; pourquoi donc ne quittez-vous pas la fausse route, dans laquelle ils vous ont engagés?
HUITIEME INSTRUCTION
Catholicité de l'Église. — Elle lui est tellement essentielle qu'elle ne peut jamais la perdre. — L'Église romaine catholique en tout sens. — Aucune hérésie ne peut lui disputer cette prérogative.
D. Pourquoi l'appelle-t-on Catholique ou Universelle?
R. Parce qu'elle est répandue par toute la terre, et qu'elle aura toujours une plus grande étendue qu'aucune secte hérétique.
L'Eglise peut être Catholique ou Universelle de trois manières :
Ie Dans sa doctrine, parce qu'elle doit enseigner, jusqu'à la fin des temps, toutes les vérités que Jésus-Christ lui a révélées (1). En ce sens, il suffirait qu'elle rejetât un seul article de foi, pour cesser à l'instant d'être catholique.
2° Dans sa durée, car, bien différente de ce Tabernacle passager de l'ancienne loi, qu'on pouvait rouler et emporter aisément, l'Église de Jésus-Christ renferme tous les temps. Elle est un temple fixe , toujours subsistant, fondé sur la pierre ferme; elle peut se glorifier de remonter jusqu'à l'origine du monde, puisque les deux Testaments n'ont qu'un seul et même objet, qui est Jésus-Christ, promis dans l'ancien et donné dans le nouveau. Mais c'est surtout, depuis la prédication des apôtres, que nous devons considérer l'établissement et la stabilité de l'Église. Depuis lors, elle n'a cessé de subsister et elle subsistera toujours, malgré
(1) Docentes eosservareomniaqusecumque mandavi vobis. âlath., xxvm, 20.
les subtilités des philosophes, malgré les supercheries des hérétiques, malgré le glaive des tyrans, parce que Jésus- Christ a promis d'être avec elle jusqu'à la consommation des siècles (1). Mais nous nous réservons d'insister sur ce point dans l'instruction suivante.
3° Dans son étendue, parce qu'elle doit être répandue en tous lieux. Jésus-Christ a chargé expressément ses apôtres d'instruire toutes les nations (2). C'est de la catholicité, prise en ce dernier sens, que nous nous proposons maintenant de parler.
Cette prérogative auguste la distingue éminemment de la synagogue, qui était bornée à un court espace de temps et dont le culte public et solennel était restreint à un seul lieu, le Temple de Jérusalem, hors duquel il n'était pas permis de sacrifier, et qui n'avait aussi pour ministres que les membres d'une seule famille sacerdotale, la famille d'Aaron.
Cette prérogative la distingue encore de toutes les sectes hérétiques, qu'elle doit toujours surpasser en étendue, de manière que sa plus grande diffusion sera toujours un de ses caractères les plus saillants, auquel on pourra facilement la reconnaître , entre tant d'autres qui essaieront vainement d'usurper ses droits.
Les oracles les plus magnifiques ont annoncé à l'Église sa catholicité. Et ici qu'on se rappelle ces abondantes bénédictions promises à Abraham; elles ne devaient certes pas se borner à un seul peuple ou à quelques peuples privilégiés, puisque le Seigneur lui avait dit, au contraire, que toutes les nations de la terre seraient bénies dans le Fils qui naîtrait de sa race (3). En parlant du règne de Jésus-Christ
(1) Ecce ego vobiscum sum omnibus Jiebus usque ad consum- Hidtionem saeculi. Math., xxvm, 20.
(2) Docetes omnes gentes. Math., xxvm, 18.
(3) El in semine tuo benedicentur omr.es gentes terrse. Gen., xu, 3. 18.
son Fils, Dieu le Père avait aussi expressément déclaré : « Qu'il lui donnerait toutes les nations pour héritage, et les « extrémités de la terre pour possession... Qu'il dominerait « d'une mer à l'autre, et des bords du grand fleuve jus- « qu'aux bornes de l'univers... Tous les rois l'adoreront, a ajoutait-il encore, toutes les nations lui obéiront..., tous « les confins de la terre se convertiront au Seigneur (1). »
Ecoutez encore le prophète Isaïe : considérant longtemps à l'avance les destinées de l'Église, il aperçoit mie multitude innombrable de fidèles, qui accourent de toutes parts dans le sein de la nouvelle Jérusalem, et il s'écrie : « Prenez « un lieu plus grand pour dresser vos tentes, étendez le « plus que vous pourrez les peaux qui les couvrent, rendez- « en les cordages plus longs et les pieux plus solides ; vous « vous étendrez à droite et à gauche, votre postérité aura «les nations pour héritage (2). » Qui ne voit que. sous ces expressions figurées, le Prophète désignait clairement la gloire et les conquêtes immenses de l'Église ?
« Levez-vous, est-il dit dans une autre prophétie, levez- « vous, ô Jérusalem, tenez-vous en haut, et considérez vos «enfants, qui viennent à la parole du Saint, depuis l'Orient, «tous pleins de joie, au souvenir des bienfaits de Dieu (3).»
Qui ne connaît ces paroles de Malachie, lesquelles s'appliquent évidemment à la loi évangélique : a Du levant au «couchant, mon nom est glorifié parmi les nations, dit le «Seigneur, et dans tous les lieux on offre et on sacrifie à «mon nom une oblation pure (4). »
Les textes du nouveau Testament ne sont ni moins nombreux, ni moins explicites. Dès sa naissance, Jésus-Christ fut salué par le vieillard Siméon comme la lumière qui de»
(1) PsaL, lxii, 8, 9, 11.
(2) Is., liv, 2, 3.
(S) Baruch., v, 4.
(Viïalach,, î, 8.
CATHOLICITÉ DE i/ÉGLISE. 113
vait éclairer toutes les nations. En divers endroits, nous voyons que le divin Sauveur a commandé à ses disciples de prêcher l'Évangile à tout l'univers : «Allez, leur a-t-il dit, «instruisez toutes les nations..., prêchez l'Evangile à toute «créature.... Vous me servirez de témoins dans Jérusalem, «dans la Judée, dans la Samarie et jusqu'aux extrémités «delà terre (i).»
Fidèles aux ordres de leur divin Maître, les apôtres ont travaillé de tout leur pouvoir à opérer la catholicité de l'Eglise, en prêchant l'Évangile dans tout l'univers. Car il est évident que l'Église n'a pu être catholique tout 'un coup. De même que Dieu a mis six jours pour créer le monde, de même il a fallu un certain temps pour le convertir et le régénérer par la foi en Jésus-Christ. Mais que les progrès de la prédication évangélique ont été admirables ! Nous voyons que les apôtres eux-mêmes ont fait retentir le nom du vrai Dieu, et porté le flambeau de l'Évangile jusqu'aux extrémités de la terre (2). Dès le troisième siècle,. le monde était plein de chrétiens; et, depuis, que de nations barbares, que d'îles, autrefois inconnues, se sont converties à l'Évangile! Chaque jour encore l'Église fai! de nouvelles conquêtes. Elle a donc cette catholicité ou cette étendue universelle, prédite dan- l'ancienne loi par une multitude d'oracles, prescrite \:ùv Jésus-Christ, exécutée par les apôtres, autant qu'ils l'ont pu, et entièrement réalisée après eux.
Or, l'Église, ayant une fois obtenu cette catholicité, devait-elle la perdre? Les protestants disent oui, mais les saintes Écritures disent non; et, sur ce point, les textes abondent. En voici deux ou trois des plus wmnus. Il est dit que le règne de Jésus-Christ n'aura point de fin (3), que
(1) Act., i, 8.
(2) In omnem terram exivit sonus eorum, et in fines cftîjis 'orrs verba eorum. Psal., xvui, 5.
(3) Regni ejus non erit finis. Luc, i, 32.
son pouvoir est un pouvoir éternel (I). Et que deviendrait son règne, quel serait son pouvoir, s'il venait à perdre la majeure partie de ses sujets ? Il est dit encore que Dieu veut que tous les hommes arrivent au salut et à la connaissance de la vérité (2). Donc il a dû leur en faciliter les moyens, et, par conséquent, pourvoir à la plus grande diffusion de son Église.
11 est vrai que cette Église a essuyé, de temps à autre, des pertes bien cruelles; le schisme, l'hérésie, l'infidélité, lui ont enlevé des provinces, des royaumes entiers. Ainsi, l'Afrique où la religion était autrefois si florissante, et une grande partie de l'Asie ont embrassé les impiétés de Mahomet; les vastes pays du nord de l'Europe ont secoué le joug de l'obéissance, et brisé les liens de l'unité. Mais Dieu n'a pas abandonné pour cela son Église; il lui a fait toujours réparer ses pertes d'une manière éclatante, et il a voulu qu'en quittant un pays, elle se répandît dans un autre. Citons des faits. « Deux fois, a dit un célèbre cardinal, deux fois, depuis son origine, notre Église a éprouvé de grandes scissions; deux fois elle a eu la douleur de voir des nations se séparer d'elle dans leur plus grande partie. Mais, à chaque fois, la Providence, qui veille sur elle et qui veut qu'elle conserve toujours l'autorité visible que donne la supériorité de l'étendue et du nombre, la Providence l'a dédommagée de ses pertes. Lorsqu'au IXe siècle, Photius détacha l'église grecque de l'église romaine, Dieu répara aussitôt ce malheur par la conversion des nations septentrionales, et le Nord vint dans le sein de son Église prendre la place de l'Orient. Quand, au xvie siècle, Luther et Calvin, abjurant la foi de leurs pères, entraînèrent dans leur révolte plusieurs nations avec leurs souverains,
(1) Potestas ejus poteslas œterna. Dan., vu, 14.
(2) Qui omnes homines vult salvos fieri et ad agnitionem veritatis venire. I. Tim., u, 4.