‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 5)Chapitre 6 sur 39 · CATHOLICITÉ DE L'ÉGLISE. I · texte numérisé non relu

CATHOLICITÉ DE L'ÉGLISE. I

Dieu ouvrit, à travers les flots, un chemin vers un monde nouveau, et les nations catholiques allèrent, dans les forêts deTAmérique, former de nouveaux prosélytes à leur Église. Ainsi jamais cette Eglise, visiblement protégée de Dieu, n'a perdu sa prérogative d'une diffusion plus grande que celle des autres (1). »

Maintenant que nous avons suffisamment établi que la catholicité est un des caractères les plus nécessaires à la véritable Eglise, et une de ses marques les plus sensibles, voudrait-on disputer sur la question de savoir à quelle des communions chrétiennes elle convient plus particulièrement ? Mais ici, nulle difficulté; le nom de Catholique est, pour ainsi dire, le nom propre de l'Église romaine, et les sectes dissidentes n'osent le lui disputer. « Si vous entrez dans quelque ville, dit saint Cyrille, ne demandez pas seulement où est la maison de Dieu ; vous pourriez être trompé, les sectes les plus corrompues et les plus impies ne craignent pas de donner ce nom aux lieux de leurs assemblées ; ne demandez pas seulement où est l'Église, mais où est l'Église catholique ; car c'est le nom propre et spécial de la vraie Église, qui est notre mère commune et l'épouse du Sauveur (2). » Pareillement, de nos jours, qu'on demande à un protestant ou à tout autre sectaire, où est l'Église catholique, il se gardera bien d'indiquer son temple; tant il est vrai et universellement reconnu que le titre de catholique appartient proprement à l'Église romaine, à l'exclusion de toutes les autres sociétés chrétiennes. Ses plus grands ennemis sont obligés de lui céder ce titre glorieux; et ce n'est pas en vain qu'elle le porte, elle en remplit réellement la signification . car elle est catholique en tous sens :

(!) De !a Luzerne, Dissertât, sur les églises catholiques et protestantes, chap. ix, n. 26.

(2) D. Cyril. Hieros., it, 17.

4° Dans sa doctrine. Elle n'a répudié aucun point de croyance, aucune parcelle de la vérité qu'elle a reçue de Jésus-Christ et des apôtres. Elle oppose l'universalité et l'invariable continuité de la foi aux opinions particulières ou marquées du sceau de la nouveauté. Sa règle, dit saint Vincent de Lérins, a toujours été et sera toujours de proposer à ses enfants et de leur faire suivre ce qui a été cru de tous, partout et toujours. Car ce n'est que par là qu'on peétetre appelé vraiment catholique, comme le nom même de catholique, qui signifie universel, le fait suffisamment comprendre.

2° Dans sa durée. Née avec les apôtres, elle a poursuivi sa course à travers les âges, toujours soutenue par le bras de Dieu; et elle subsistera jusqu'à la fin des temps, parce qu'elle a la promesse d'une vie éternelle.

3° Dans son étendue. Elle s'étend à l'orient, à l'occident, au septentrion et au midi. C'est la vigne plantée de la main de Dieu, qui a couvert de son ombre les plus hautes montagnes, et élevé ses rejetons au-dessus des cèdres du Liban (1). Nous n'entendons pas dire qu'elle embrasse simultanément dans son étendue tous les pays du monde, sans aucune exception, et de telle sorte qu'il n'y ait aucun coin de la terre qui ne soit soumis à son empire. Cette universalité physique serait fort à désirer; peut-être un jour se réalisera-t-elle, et nous devons l'appeler de tous nos vœux, pour la plus grande gloire de Dieu et la sanctification d'un plus grand nombre d'hommes; mais nous ne trouvons rien dans l'Écriture-Sainte qui l'annonce d'une manière formelle ; les oracles sacrés, qui parlent de la diffusion de l'Eglise sur toute la terre, ne doivent s'entendre que dans un sens moral ; et nous voyons qu'en effet l'Église romaine Vétend dans la plus grande partie des régions connues. Elle est dominante en Italie, en France, en Espagne, en Portugal.

(2) Psal.. lxxix, 9.

en Pologne, en Autriche, dans les anciennes colonies espagnoles et portugaises d'Asie, d'Afrique et d'Amérique. Là même où elle ne domine pas, elle a un très-grand nombre d'adhérents, comme dans les royaumes du nord de l'Europe, dans les cantons suisses, dans les états luthériens de l'Allemagne, de telle sorte qu'on peut encore dire d'elle ce que saint Augustin disait au sujet des hérétiques de son temps : « Partout où sont les différentes hérésies , là est aussi l'Église catholique ; mais il n'est pas réciproquement vrai que là où est l'Eglise catholique, là soient aussi les autres églises (1). » Elle compte aussi de nombreux enfants en Orient, au milieu des Turcs et des Grecs schismatiques, et jusques au sein de l'idolâtrie, comme dans la Chine, le Tonquin,FOcéanie, etc.; et, tous les jours, elle fait de nouveaux progrès, au milieu des peuplades les plus sauvages.

Que si nous la comparons maintenant avec les sectes hérétiques, nous la trouverons évidemment beaucoup plus répandue qu'aucune d'entre elles. Quelle est celle, en effet, des autres communions qui pourrait lui disputer cette prérogative d'une plus grande diffusion ? L'Église grecque ? Mais elle est resserrée dans quelques contrées de l'Orient, et tout à fait inconnue en Afrique et en Amérique. L'Église protestante ? Mais, de bonne foi, peut-on appeler Église et regarder comme une seule et même société, un ramas de plusieurs sectes, qui n'ont entre elles aucune union, qui se disputent sans cesse et s'anathématisent les unes les autres, sans avoir jamais pu convenir d'un symbole commun, et qui ne s'accordent que dans la haine qu'elles portent à l'Église romaine. Cependant, par surabondance de droit, consentons à les regarder comme ne formant qu'une seule société : elles se perdent, pour ainsi dire, dans l'immensité de l'espace occupé par les catholiques ; les protestants sont

(1) D. Aug., cont. Donat., 1. iv, n. 61

exclus de plusieurs grands royaumes de l'Europe, tels que l'Espagne et l'Italie, presque entièrement exclus de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, où ils ne sont dominants qu'aux États-Unis. Du reste, un calcul fait par un savant géographe, qui ne peut être suspect, puisqu'il est protestant, nous dispense d'une plus ample discussion. Après être convenu qu'on ne peut rien dire de précis sur cette matière, Malte-Brun croit pouvoir fixer approximativement le nombre des sectateurs de chaque religion, de la manière suivante : pour le Catholicisme, soit en Europe, soit hors de l'Europe 139 millions; pour l'Église grecque, 62 millions ; pour les Églises protestantes, 59 millions. D'où il suit que l'Église romaine est environ deux fois plus nombreuse que l'Église grecque, proprement dite, et y compris encore les Nestoriens, les Eutychéens, et autres sociétés chrétiennes de l'Orient, et qu'elle est trois fois plus nombreuse que toutes les sociétés protestantes, réunies ensemble (1).

En face d'un tel fait, nous pouvons demander aux protestants ce qu'ils* entendent dire, lorsqu'en récitant le symbole des apôtres, qu'ils ont retenu aussi bien que nous, ils prononcent ces paroles : Je crois la sainte Église catholique, sanctam Ecclcsiam catholkam. Peuvent-ils appliquer ce nom de catholique à leur secte, qui n'a aucun genre d'universalité? Et ce seul mot du symbole ne suffit-il pas pour les condamner1?

Pour nous, fiers d'être les enfants de la véritable et sainte épouse de Jésus-Christ, nous pouvons dire, comme les anciens martyrs, avec un noble orgueil : « Chrétien est mon nom, Catholique est mon surnom; » et, pour que nos actions soient conformes à notre croyance, faisons-nous gloire d'être soumis à l'Église d'esprit et de cœur, à la vie et à la mort2

(1) Malte-Brun, édit. de 1832 tom. II, liv. xlvii, p. 684.

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