‹ Nouvelle explication du Catéchisme de RodezChapitre 14 sur 30 · DU JUBILÉ · texte numérisé non relu

DU JUBILÉ

De l'indulgence piénière à l'article de la mort.

Il est, pour l'article de la mort, plusieurs indulgences accordées à des titres différents : les unes sont attachées à certaines pratiques de piété; les autres à des objets bénits, tels que médailles, croix, chapelets; d'autres, enfin, sont particulières aux membres de certaines confréries ou associations, comme celles du Saint-Sacrement, du Rosaire, du Scapulaire, du Sacré-Cœur de Jésus, du Saint-Cœur de Marie, etc. Pour gagner ces indulgences, dit saint Liguori, il n'est pas besoin de les connaître et de se les rappeler distinctement; il suffit d'avoir l'intention d'en gagner tout ce que Ton pourra, et d'accomplir les conditions exigées pour chacune d'elles.

Outre ces indulgences, il en est une autre plus particulièrement appelée Y Indulgence de l'article de la mort. Celle-ci ne peut être gagnée que par le ministère d'un évêque, ou d'un prêtre dûment autorisé à l'appliquer au moribond. Ordinairement, tous les prêtres approuvés pour le ministère de la confession le sont aussi pour l'application de cette indulgence. Us doivent se servir de la formule prescrite parle pape Benoît XIV.

Cette indulgence doit être appliquée à tous les moribonds, qui n'en sont pas manifestement indignes. On ne doit donc en priver que ceux qui mourraient ouvertement dans le péché et dans l'impénitence. Sauf ce cas, on doit la donner à tout fidèle, alors même qu'il aurait perdu l'usage des sens, parce ru'on peut présumer que s'il eût conservé la connaissance, il aurait voulu qu'elle lui fût appliquée. On doit aussi la donner aux enfants qui, par défaut d'âge, n'ont pas encore fait la première communion, toutes les fois qu'on a lieu de croire qu'ils ont eu assez de raison et de discernement pour pouvoir offenser Dieu.

L'indulgence appliquée aux mourants ne se réitère point dans la même maladie, quand même cette maladie se pro-

35ô DOUZIÈME LÏÏÇON.

longerait pendant un temps considérable. La raison en est que le fruit 'le cette indulgence n'est appliqué que dans l'article réel de la mort, de sorte que le mal ad p qui ne meurt pas n'en profite pas. L'effet en est donc suspendu jusqu'à ce que le malade expire, afin qu'il puisse immédiatement entrer dans le ciel, s'il a eu le bonheur de la gagner dans toute sa plénitude. On devrait toutefois la réitérer, si on venait à découvrir que le malade n'était pas en état de grâce, au moment où Ton a prononcé la formule, car elle suppose les sentiments d'une vraie contrition ; et elle serait nulle, si cette condition n'existait pas.

Ces sortes d'indulgences remontent à la plus haute antiquité. On peut citer à ce sujet l'exemple de saint Cyprien, qui voulut qu'en danger de mort on fît grâce à ceux qui étaient tombés dans la persécution, de toute la pénitence qui leur restait à faire. L'an 878, le pape Jean VIII accorda aussi une indulgence plénière in articulo mortis à tous ceux qui combattaient alors contre les Sarrasins pour la défense de l'Église, s'ils venaient à succomber sous le fer de l'ennemi.

Les indulgences ne sont pas indispensables au salut; on peut éviter l'enfer sans en avoir gagné. Mais, de même que ceux qui aiment les biens de ce monde ne se contentent pas d'avoir le strict nécessaire et s'efforcent, au contraire, d'augmenter leurs richesses, de même ceux qui désirent le ciel, avec ses biens immenses et impérissables, ne négligent rien de ce qui peut les y faire arriver plus tôt et plus sûrement8.

TRAITS HISTORIQUES

1. Nous ne savons point positivement quelle a été l'origine du lubilé. Vers la fin de l'année i'299, le bruit se répandit à Rome qu'il allait 3 avoir une grande indulgence, pour tous ceux qui visiteraient 'les églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul.

Le 1er janvier suivant, une foule de peuple se porta comme par

inspiration à l'église de Saint-Pierre. Un vieillard italien, âg^ de cent sept ans. fut amené au pape Boniface VIII, et lui déclara que son père lui avait dit de ne pas manquer d'aller à Rome en 1300, s'il vivait encore, et de visiter l'église de Saint-Pierre, pour y gagner l'indulgence plénière comme lui-même l'avait gagnée en 1200. Quelques autres italiens et deux vieillards du diocèse de Beauvais, en France, confirmèrent celte tradition orale.

Alors le pape, après avoir pris l'avis des cardinaux, donna le 22 février sa bulle Antiquorum, dans laquelle il dit que, d'après des relations dignes de foi, des indulgences ont été accordées par ses prédécesseurs à ceux qui visiteraient l'église de Saint-Pierre. Il les renouvelle toutes, et, dans l'intention de faire honorer davantage les apôtres saint Pierre et saint Paul, il accorde, pour l'année 1300, et pour toutes les centièmes années suivantes, indulgence plénière à ceux qui, repentants de leurs fautes, se confesseraient et visiteraient les églises de l'un et de l'autre, pendant trente jours de suite ou par intervalle, s'ils sont de Rome, ou quinze fois dans quinze jours, de suite ou par intervalle, s'ils sont étrangers. Il annonce que l'effet de cette grâce sera néanmoins proportionné à la dévotion qu'on apportera à la fréquentation des églises.

L'affluence des pèlerins fut si grande que, pendant toute l'année, il se trouvait habituellement à Rome jusqu'à deux cent mille étrangers de toutes les nations du monde ; toutefois les vivres n'y manquèrent point, ce qui fut regardé comme un prodige.

Le terme de cent ans, étant de beaucoup trop long pour la durée ordinaire de la vie des hommes, a été successivement réduit à cinquante et à ving^-cinq ans, afin qu'un plus grand nombre de personnes puissent participer à la faveur du Jubilé.

En 1350, le Jubilé fut célébré à Rome avec un concours plus grand encore qu'en 1300. On comptait les pèlerins par millions ; c'était de toutes parts un ébranlement inexprimable, pour aller au tombeau des apôtres ; toutes les routes étaient couvertes de monde.

En 1400, les Français se portèrent à Rome en si grandes troupes que le roi Charles VI, voyant le royaume se dégarnir d'hommes, défendit à tous ses sujets, de l'avis de son conseil, d'entreprendre à l'avenir ce voyage. Foi de nos pères, qu'êles-vous devenue? Les cérémonies du Jubilé à Rome étant des plus imposantes, nous croyons devoir en dire un mot.

La publication du Jubilé de l'année sainte se fait solennellement, le jour de l'Ascension de l'année précédente, à la grand'porte de la basilique de Saint-Pierre, au son des trompettes, comme se publiait autrefois le Jubilé des Juifs.

La veille de Noël, avant les premières vêpres, le pape entonne le Veni, Creator dans la chapelle Sixtine, va processionnellement, avec

tout l'appareil possible, à la porte Sainte (1), sous le vestibule de l'église Saint-Pierre, et monte sur un trône magnifique qu'on lui a préparé. L'hymne étant achevée, il reçoit des mains du grand pénitencier on marteau d'argent doré, va au mur qui ferme la porte, frappe par trois fois, toujours un peu plus fort, en chantant trois versets auxquels les chantres répondent ; puis il remonte sur son trône, et fait signe qu'on démolisse le mur, qui est déjà préparé d'avance à tomber. Alors il chante plusieurs versets et une oraison ; pendant ce temps-là, les ouvriers enlèvent les pierres et les décombres; les pénitenciers delà basilique, en aube et en chasuble, lavent les degrés et le pavé avec des éponges trempées dans de l'eau bénite, et les essuient avec des linges blancs. Ensuite le pape se rapproche de la porte Sainte, ayant une croix à la main, se met à genoux, fait sa prière, se relève, entonne le Te Deum, et entre le premier; il est suivi des cardinaux, d'un nombreux clergé tant régulier que séculier, et de toute la procession qui l'accompagne.

La clôture du Jubilé se fait aussi solennellement, le même jour de l'année suivante. Le pape chante les premières vêpres de Noël, dans l'église Saint-Pierre, puis entonne une antienne qui commence par ces mots : Cum jucundiîate exibiiis. Les assistants sortent avec empressement par la porte Sainte ; le pape bénit les pierres et le ciment destinés à murer cette porte, prend du mortier avec une truelle d'argent, en met au milieu, à droite et à gauche, et pose trois pierres, une à droite, une au milieu et une à gauche; le grand pénitencier met aussi du mortier par trois fois, et trois pierres. Quatre pénitenciers de Saint-Pierre, revêtus de chasubles, font la même chose. On renferme dans ce mur douze cassettes pleines de médailles d'or et d'argent, pour transmettre le souvenir de cette cérémonie; des maîtres maçons continuent l'ouvrage, ferment totalement l'ouverture, et enchâssent une croix de cuivre dans le mur. La cérémonie se termine par une bénédiction solennelle que le pape donne au peuple.

Dans quel autre but, disent quelquefois certains incrédules, le Jubilé a-t-il été institué, sinon pour remplir les coffres du souverain pontife, au moyen des contributions fournies par des milliers de pèlerins, pleins de lèle pour gagner les indulgences spéciales qui y sont attachées? — Eh bien, leur répond le cardinal Wiseman, j'ai été témoin d'une de ces institutions lucratives, car j'étais à Rome lorsque le vénérable pontife Léon Xll ouvrit et ferma le Jubilé ou année sainte. J'ai vu des myriades de pèlerins qui encombraient la cité. J'ai remarqué leurs vêtements déchirés et leurs corps épuisés

(1) C'est une des portes de l'église de Saint-Pierre, qui n'est jamais ouverte que pendant l'année du Jubilé : le reste du temps elle est murée.

de fatigue ; j'ai vu les hôpitaux remplis, pendant la nuit, de ces pèlerins couchés sur des lits fournis par la charilé des habitants ; je les ai vus dans leurs repas, servis par des princes et des prélats et par le souverain pontife lui-môme ; mais de trésors versés dans les coffres des Romains, c'est ce que je n'ai pas vu. J'ai entendu les bénédictions, dont leurs voix faisaient retentir les airs; j'ai vu les larmes de reconnaissance qu'à leur départ lo souvenir de la charité publique leur faisait répandre; mais de pierreries offertes par eux aux châsses des saints, mais d'or jeté dans le sein des prêtres, c'est de quoi je n'ai rien entendu. J'ai appris que tous les fonds des institutions de charité avaient été épuisés ; que, pour donner l'hospitalité à ces pèlerins, on avait contracté des dettes trés-considérables ; et si, après tout cela, il y a eu du gain et du profit pour Rome, c'est uniquement en ce sens qu'elle a dû s'amasser un riche trésor de bénédictions dans re ciel : car c'est là seulement qu'elle désire que soit conservé le souvenir de tout ce qu'elle a fait dans cette occasion. Direz-vous que l'entreprise et les espérances de ces pèlerins étaient vaines et frivoles ? ou bien qu'ils s'imaginaient pouvoir obtenir le pardon de leurs péchés par un voyage d'agrément à la ville sainte, en négligeant ainsi leurs devoirs domestiques? Alors je désirerais que vous eussiez pu voir non-seulement les églises remplies, mais les rues et les places publiques encombrées pour entendre la parole de Dieu, les églises ne pouvant plus contenir la multitude des auditeurs ; je voudrais que vous eussiez vu la foule qui ?e pressait autour de tous les confessionnaux et autour de l'autel de Dieu, pour partUper à ses dons célestes. Je voudrais que vous connussiez toutes les restituiions de bien mal acquis qui se sont opérées, le grand nombre de livres immoraux et irréligieux qui ont été détruits, les conversions de pécheurs endurcis qui datent de cette époque ; et alors vous comprendriez pourquoi tant de personnes, hommes et femmes, ont entrepris ce laborieux pèlerinage ; et vous jugeriez si c'est l'indulgence pour le crime et la facilité à commettre le péché, qui est le but et le résultat de cette institution. Wjseman, Cortfêr.

2. Ce serait un détail immense que d'énumérer toutes les pratiques de dévotion, auxquelles les souverains pontifes ont attaché des indulgences. En voici quelques-unes des plus usuelles :

Les Autels privilégiés. Indulgente plénière applicable aux défunts pour lesquels on y célèbre la messe. «Chaque fois qu'un prêtre célébrera à cet autel privilégié, dit le pape Pie V dans un bref de concession, nou3 accordons une indulgence, par voie de suffrage, à l'âme du fidèle trépassé pour qui le saint sacrifice sera offert, de manière que cette âme soit délivrée des peines du purgatoire (!). »

(1) Bref de Pie V, en date du 30 août 1779.

Ponr que cette indulgence profite à un défunt, il faut i° que le saint sacrifice lui soit appliqué ; 2° que la messe soit de Requiem, et par conséquent en noir, toutes les fois que les rubriques ne s'y opposent pas (l) ; que l'indulgence soit appliquée à un défunt en particulier; une détermination vague ne suffirait pas, comme, par exemple, si on avait en vue les fidèles trépassés d'une paroisse, d'une famille ; il faut spécifier la personne pour laquelle on veut gagner l'indulgence.

Toutes les messes célébrées le 2 novembre, jour de la commémoration solennelle des morts, sont assimilées à celles qu'on célèbre à un autel privilégié ; il en est de même de chaque jour de l'octave (2). Tous les prêtres peuvent, en conséquence, gagner ces jours-là l'inàulgence plénière pour l'âme du purgatoire qu'ils ont en vue.

Les Quarante heures. Elles ont été établies en mémoire des quarante heures que le corps de Autre-Seigneur est resté dans le tombeau, et en expiation des désordres si communs dans les jours qui précèdent la sainte Quarantaine. Indulgence plénière à ceux qui se confessent, communient et visitent le Saint Sacrement exposé à la vénération publique. Il y a en outre dix ans et dix quarantaines d'm-ulgence, pour chaque fois qu'on visite le Saint Sacrement ainsi exposé.

Le Chemin de la Croix. 11 est enrichi des indulgences les plus abondantes, toutes applicables aux âmes du Purgatoire et dont plusieurs sont plénières. Il suffit d'être en état de grâce pour les gagner, sans qu'il soit besoin de se confesser ni de communier.

Les Chapelets ou Couronnes de Notre- Seigneur, *es Chapelets ou couronnes de la sainte Vierge, les Croix et Médailles. Quand ces divers objets ont été sanctifiés par la bénédiction apostolique, il y a plusieurs indulgences, tant plénières que partielles, qui y sont attachées pour ceux qui les portent habituellement sur eux, et qui récitent les prières indiquées pou. ces dévotions.

Les Litanies de la sainte Vierge, Indulgence de trois cents jours à tous ceux qui les récitent.

L'Angdus. Cent jours d indulgence à chaque fois qu'on le récite.

(1) Enunti?'a décréta (de altaribus privilegiatis) intelligenda sunt de misià detauetorum, seu de Requiem, quae omninô in casu dicenda est, quandô à rubricâ permiltitur ; nam juxta constitutiones pontificum romanorum Alexandri VII, Clementis IX et Innocenta XI, indulgentia altaris privilegiati in duplicibus lucratur per celebrationem mi-sae officio diei respondentis et cum colore paramentorum convenante cum applicatione sacrifiai. S.Rituum Cong., die 22 juin 184*.

[2) Ferraris, Alt. priv. — Minderet, p. 250.

Les actes de foi, d'espérance et de charité. Sept ans et sept quarantaines pour chaque fois qu'on les forme.

Le mois de mai. Trois cents jours d'indulgence pour chaque exercice de piété qu'on fera pendant ce mois, en l'honneur de Marie, et indulgence plénière le jour où l'on communiera.

L'Oraison mentale. Indulgence plénière une fois par mois, sous la condition ordinaire de se confesser, de communier et de prier selon les fins accoutumées, à tous ceux qui font oraison, tous les jours, pendant une demi-heure, ou au moins un quart d'heure.

Affiliation à quel que confrérie. Il y en a un très-grand nombre. Les plus en vigueur dans nos contrées soni celles du Sacré-Cœur, du Saint-Sacrement, du Rosaire, du Scapulaire, de la Bonne Mort, l'archiconfrérie du Saint-Cœur de Marie, 'association de la Propagation de la Foi, les congrégations de la Sa:nte-Vierge. Ces diverses associations sont toutes enrichies de nombreuses indulgences. Tc>ut chrétien, qui a son salut à cœur, se fait un devoir et même un honneur de s'agréger à quelqu'un ï de ces confréries.

Une indulgence d'une anaee est accordée à tous les fidèles qu/ récitent les louanges suivantes, en réparation des outrages qui au M faits à Dieu tous les jours par les blasphc mateurs.

« Que Dieu soit béni 1

« Que son saint Nom soit béni !

« Que Jésus, vrai Dieu et vrai ho m -ut, soit béni!

« Que le nom de Jésus soit héni !

« Que Jésus soit béni au très saint sacrement de l'autel !

« Que Marie, la très-sainte mère de Dieu, soit bénie !

« Que le nom de Marie, vierge et mère, soit béni !

« Que Dieu soit béni dans ses"anges et dans ses saints !

Il y a trois cents jours d'indulgence pour ceux qui font dévote ment les trois invocations suivantes :

« Jésus, Joseph et Marie, je vous offre mon cœur et mon âme.

x Jésus, Joseph et Marie, assistez-moi dans ma dernière agonie.

« Jésus, Joseph et Marie, que mon âme expire en paix ave:; « vous. »

Ceux qui inclinent respectueusement la tête en prononçant, ou en entendant prononcer les noms de Jésus et de Marie, gagnent vingl jours d'indulgence.

Le pape Clément IV a accordé un an d'indulgence à ceux qui bai- Bent respectueusement la croi*.

La concession d'indulgences plénières exprime ordinairement la condition de prier avec piété ; qui piè oraverint. Souvent les fin." pour lesquelles la prière doit être faite, sont déterminées. Alors oc doit se les proposer. C'est ordinairement l'union entre les princes chrétiens, l'exaltation de la sainte Église, notre mère, l'extirpatioB VI. 16

au schisme et de l'hérésie, et la conservation du Souverain Pontife. Si les fins ne sont pas ainsi déterminées, il suffit qu'on se propose simplement de prier dans l'intention de celui qui a accordé l'indulgence.

On fait à Rome la prière suivante, qui sert au moins à diriger l'intention dans les autres prières qu'on y ajoute.

Page 1