PRIÈRE
« Mon Seigneur Jésus, pénétré de la plus vive douleur à la vue « de mes péchés, j'offre ces humbles prières pour votre honneur, votre « gloire et l'avantage de votre Eglise. Sanctifiez-les et donnez-leur i du prix par votre grâce. Je désire rne conformer entièrement à la « pieuse intention du pontife romain, qui a accordé sette indulgence e pour le bien des fidèles. Appuyé sur votre infinie bonté, j'ose vous c supplier d'extirper les hérésies de dessus la terre, d'établir une « paix sjlide et une vraie concorde entre les princes chrétiens, « afin que les souverains et les sujets vous servent tous avec pureté c de cœur, amour réciproque et uniformité de saintes affections.
< Remplissez aussi notre saint-père le pape de votre esprit; déc fendez-le de toutes sortes d'embûches, et conservez-le. Daignez, mon c aimable Sauveur, par les mérites de la très-sainte Vierge et de t lus les saints du paradis, me rendre participant du trésor dont c vous avez enrichi votre Église, en versant pour elle votre sang « précieux: accordez-moi aujourd'hui le fruit de cette sainte indul- « gence
« Faites, ô mon D-iea, que les peines qui sont dues à mes péchés,
• ?l que je devrais souffrir en cette vie ou en l'autre, me soient re- « mises, en vue de votre infinie miséricorde. Dés ce moment, je c forme une sincère résolution de mener, par votre secours, une vie r pénitente et moruSce. Je veux aussi satisfaire à votre justice, au-
* tant que je pourrai, fuir le péché avec hoireur et le détester par- <. dessus tout, comme le plus grand de tous les maux, parce qu'U
se un Dieu infiniment aimable, que j'aime et |ue j'aimerai v toujours par-dessus toutes choses. Ainsi soit-iî. »
TROISIEME INSTRUCTION
Existence du Purgatoire. — Nature, durée et mesure des peines du Purgatoire. — Diverses manières d'assister les âmes des défunts.
D. Ceux qui meurent après avoir reçu l'absolution de leurs péchés, sans avoir satisfait entièrement à la justice de Dieu, sont-ils damnés?
R. Non, ils vont en Purgatoire.
Qui méritera d'entrer dans la compagnie des saints? Celui-ià seul, dit l'Écriture, qui aura le cœur pur et les mains innocentes (1). Aussi l'angélique docteur saint Thomas nous assure que l'âme, pour être réunie à son principe dans le ciel, doit être aussi pure que lorsqu'elle en est sortie dans l'état d'innocence. Mais où sont-ils, ceux dont la vie est sans tache ? S'il s'en trouvait quelqu'un, nul doute qu'il ne fût aussitôt admis dans les tabernacles éternels. Mais hélas ! nous sommes tous pécheurs. Les uns meurent après s'être rendus coupables de péchés très-graves, dont ils ont pu obtenir le pardon par la confession et la conversion du cœur, mais qu'ils n'ont pas suffisamment expiés, soit par négligence, soit que le temps leur ait manqué. Les autres sont souillés de fautes légères, qu'ils ont commises jusqu'à la fin de leur vie, et dont, par conséquent, ils n'ont pas fait pénitence. Or, ces ennemis rentrés en grâce, ces pécheurs convertis, ces serviteurs négligents, dont la fidélité, inviolable dans les points essentiels, ne s'est démentie qu'en des choses de peu d'importance, faut-il les condamner à l'enfer, comme les pécheurs impénitents et maudits de Dieu? Ce serait une injustice ; ce serait une cruauté. D'un autre côté, sous un Dieu infiniment saint, nul désordre ne doit rester impuni. Il ne serait pas raisonnable que le pécheur, après a\oir fait indignement souffrir le cœur de Dieu, comme il s'en plaint lui-
(1) lnnocens manibus et mundo corde. Psai,, xxm, 4.
même (1), fût quitte de ses crimes avec quelques larmes et quelques soupirs. Afin que toute justice s'accomplisse, Dieu exige une expiation proportionnée à la gravité de l'offense; et ceux qui ne la subissent pas en cette vie, auront à la subir dans la vie future. Il faut donc admettre, entre le paradis si désirable et l'enfer si terrible, un lieu destiné à des expiations passagères, où les âmes des fidèles, à l'abri des châtiments éternels, mais pas encore assez pures pour entrer immédiatement au ciel, seront mises, pour ainsi dire, au creuset, pour y être purgées de tout alliage de malice et de corruption. Ce lieu, nous l'appelons le Purgatoire.
D. Qu'est-ce que le Purgatoire?
R. C'est un lieu de souffrance où sont les âmes de ceux qui sont morts en la grâce de Dieu, mais qui n'ont pas entièrement satisfait à sa justice pour leurs péchés.
Le purgatoire est un séjour de douleur et d'expiation, où la justice divine, comme nous venons de le dire, achève de purifier les âmes des fidèles, qui ne sont ni assez coupables pour être précipitées dans les feux éternels, ni assez pures pour être encore admises dans les cieux. Mais où est situé ce lieu d'expiation? Quelle est la nature, la durée, la mesure des peines qu'on y endure? Questions oiseuses, sur lesquelles la foi ne nous apprend rien de positif. Tout ce que nous savons, tout ce qu'il nous importe de savoir, c'est 1° qu'il y a un purgatoire; 2° que les peines du purgatoire sont plus ou moits longues, plus ou moins rigoureuses, selon les péchés.
1» Vérité d'un Purgatoire.
Le dogme catholique d'un purgatoire, où s'expient les restes de nos iniquités, est appuyé sur des preuves invincibles, auxquelles l'hérésie ne pourra jamais répondre.
(*) Laborare me fecistis. Mal., il, 17.
1° La raison s'y porte d'elle-même. En effet, il ne semble pas juste qu'un pécheur qui a vécu continuellement dans le désordre, après s'être réconcilié avec Dieu par une sincère pénitence, soit aussi abondamment, aussi promptement récompensé que celui qui a persévéré toute sa vie dans la pratique de la vertu, et qui est mort dans les sentiments du plus parfait amour. D'un autre côté, les fautes, même les plus légères, qu'on a négligé d'expier pendant la vie, doivent être punies aux yeux d'un Dieu de toute justice et de toute sainteté, car, si indulgent qu'on le suppose, sa miséricorde ne peut dégénérer en une bonté complaisante pour le vice. Avant donc qu'une âme soit digne d'être admise dans le sein de Dieu, il faut que tout ce qu'il y a d'imparfait, de défectueux en elle, soit entièrement consumé.
2° Cette croyance a été si profondément enracinée dans l'esprit des peuples, que nous en trouvons des vestiges dans la plus haute antiquité. Consultez toutes les nations de l'univers : vous voyez qu'elles ont eu des sacrifices pour les morts, des libations, des rites expiatoires, pour les rétablir dans leur première innocence. Le plus célèbre des philosophes anciens (i) nous parle de péchés qu'il appeile guérissables, et dont on se purifie, après le trépas, avant de recevoir la récompense due aux bonnes actions. Le plus illustre des poètes latins (2) nous représente les âmes subissant diverses peines, avant d'être admises dans le séjour de la félicité, où elles ne peuvent entrer qu'après avoir recouvré la pureté de leur céleste origine et la simplicité de leur essence. De tout temps, les païens se sont montrés fidèles aux pratiques que leur prescrivait leur mythologie, pour apaiser les mânes des morts. Or, d'où a pu venir une croyance si générale, si ce n'est de la révélation primitive, que la tradition des premiers hommes a disséminée dans tout l'univers * ?
(1) Platon dans le Gorgias.
(2) Virg., Éneïd..i. YI.v. 733.
3° C'est à la source sacrée de la vérité, c'est-à-dire dans nos livres saints, que nous devons puiser les enseignements de notre foi. Nous y voyons l'usage de la prière pour les morts, pratiqué dans les temps mêmes de l'Ancien Testament. Le saint homme Tobie veut qu'on répande, sur le tombeau des morts, des aumônes qui intercèdent pour eux auprès de Dieu, par la voix du pauvre. Un autre exemple, et des plus remarquables qu'on puisse citer, est celui de Judas Machabée. Après une célèbre victoire qu'il remporta sur des peuples idolâtres, ennemis de sa nation, il conjura le peuple de prier pour ceux de ses guerriers qui avaient succombé dans le combat, et il envoya douze mille drachmes d'argent à Jérusalem, afin qu'on offrît pour eux un sacrifice solennel; et l'Écriture ajoute : « C'est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés (4).» Cette coutume de prier pour les morts est encore en vigueur chez les juifs. « Je me suis trouvé dans leurs synagogues, dit le grand archidiacre d'Évreux (2), et, y remarquant plusieurs lampes allumées, ils me disaient qu'ils les allumaient, en priant Dieu pour les trépassés. Ainsi nul doute que la prière et les sacrifices pour les morts n'aient fak partie des observances légales.
4° Que si nous consultons maintenant la tradition chrétienne, les Pères les plus anciens, saint Clément d'Alexandrie, Origène, Tertullien, mettent ce dogme parmi ceux qui nous sont venus de Jésus-Christ. Les bouches les plus saintes et les plus éloquentes, les Athanase, les Théodoret, les Chrysostome, les Ambroise, les Grégoire, les Jérôme, les Augustin proclament ouvertement cette doctrine? L'Orient et l'Occident, divisés en d'autres points, s'accordent invariablement sur celui-ci, comme l'attestent leurs liturgies. On pourrait citer une multitude de passages des
(1) Sancta ergô et salubris estcogitatio pro defunctis exorare ut à peccatis solvantur. II. Mac, xii, 46.
(■ ) M. Boudon.
saints Pères et de décisions de conciles ; mais à quoi bon,, puisque les savants de la secte protestante sont forcés de convenir que la foi au purgatoire a été la foi de tous les siècles, et qu'elle est venue jusqu'à nous sans interruption. Lorsque Luther et Calvin ont paru, on priait pour les morts; Luther et Calvin eux-mêmes ont pr'é pour les morts, ont offert pour eux le divin sacrifice. Reste à savoir maintenant de quel droit ils ont changé ce qui s'était fait depuis l'origine du christianisme. Mais voyez jusqu'où un hérésiarque peut pousser l'impudence : a J'avoue, dit Calvin, que les Pères ont été de ce sentiment; mais ils se sont tous trompés. » Quoi! ces Pères, ces docteurs, que Dieu a choisis pour être, après les apôtres, nos maîtres dans la foi, nos modèles dans la piété, n'auront été que des maîtres d'erreur et de mensonge! Ils nous auront donné des inventions humaines, de pures fables, comme des oracles de l'Esprit-Saint ! Et Calvin prétendra avoir à lui seul plus de capacité, plus de pénétration, plus de science, que toutes ces brillantes lumières de l'Église! 0 folie de l'orgueil !
Nous pouvons donc conclure que la prière pour les morts, et, par conséquent, l'existence du purgatoire, a été de tout temps regardée comme un dogme de foi, inspiré par le Saint-Esprit, enseigné par les apôtres, comme une loi inviolable de Dieu notre Père et de l'Église notre Mère 2.
2° Nature, mesure et durée des peines du Purgatoire.
La révélation, qui nous parle clairement de l'existence d'un Purgatoire, ne s'explique pas aussi clairement sur Té tat où se trouvent les âmes qui ont besoin d'être purifiées; et, par conséquent, nous ne pouvons savoir exactement ni où elles souffrent, ni ce qu'elles souffrent, ni de quelle manière elles souffrent. Tout ce que nous pouvons assurer :
1° Sur la nature des peines expiatrices, c'est qu'elles
sont extrêmement graves. L'âme y souffre, dit le concile de Florence, le plus insupportable de tous les maux, qui est la privation de Dieu. Elle y souffre, au jugement de presque tous les docteurs, les impressions miraculeuses d'un feu, qui effraie l'imagination, qui fait subir des tortures mille fois plus affreuses que celles que la rage des tyrans infligeait autrefois aux martyrs. Le docteur angélique va jusqu'à dire que les peines du Purgatoire sont plus grandes que celles que notre divin Sauveur a endurées dans sa passion 3.
2° Quant à la mesure de ces peines, il est naturel de ponser que l'exacte justice qui les inflige, les adapte au nombre, au genre, au degré de malice des péchés qu'elle châtie.
3° Relativement à leur durée, elles seront plus ou moins longues, selon les iniquités. Saint Paul compare certains péchés à la paille sèche que la flamme dévore en un instant ; d'autres, semblables à l'herbe fraîche, ont besoin, pour être consumés, que le feu exerce sur eux une action plus forte et plus longue; d'autres enfin, comme le bois, opposent encore plus de résistance, et fournissent à la flamme un aliment de plus longue durée (1). Dieu proportionne toujours le châtiment à la gravité de la faute. Mais quelles que soient ces peines, elles doivent avoir un terme ; et voilà ce qui soutient et encourage les âmes du Purgatoire.
D. Quelle est la consolation des âmes du Purgatoire ?
R. C'est de savoir qu'elles souffrent pour satisfaire à la justice de Dieu, et qu'elles jouiront un jour de sa gloire dans le ciel.
Le Purgatoire ne différerait guère de l'enfer, si l'espésance ne consolait les saintes âmes qui y sont renfermées. Ce qui fait le malheur et la désolation des damnés, c'est
(1) Si quis autem superaedificat super fundamentum hoc, aurum, argt-nium, lapides pretiosos, signa, fœnum, stipulas,... uniuscujusque opus quale sit ignis probabit. I. Cor., in, 12,
que le feu les dévore, sans les purifier. Mais les âmes du Purgatoire savent que les flammes qui les pénètrent, sont destinées à abolir les tristes restes de leurs iniquités. Elles savent que leur sainteté, aussi bien que le bonheur éternel, qui doit en être la récompense, ne peut leur échapper; elles savent qu'aussitôt que toute rouille, toute scorie sera ôtée de l'or de leur charité, elles s'élanceront vers les régions célestes, pour goûter, dans le sein de Dieu, les plus pures et les plus abondantes délices ; et elles attendent, avec impatience sans doute, mais aussi avec une pieuse résignation, l'heureux moment de leur délivrance, que nous pouvons hâter de plusieurs manières.
D. Pouvons-nous les aider ?
R. Oui, nous pouvons les aider par nos prières et nos bonnes œuvres.
Les anges du ciel visitent ces pauvres âmes, leur apportent les espérances d'en haut, et les consolent par leur présence. Et nous aussi, nous sommes à leur égard comme des anges terrestres, qui pouvons, dans un temps plus ou moins éloigné, les retirer du séjour de la souffrance et les introduire dans le sanctuaire de l'éternelle félicité. Toutes les bonnes œuvres que nous faisons, Dieu les agrée et les fait tourner à leur soulagement. Ne serait-il pas, en effet, absurde de penser que le Seigneur, qui veut bien avoir égard à nos prières, lorsque nous lui demandons le bonheur de nos parents, ou de nos amis qui vivent encore sur la terre, ne voudrait plus nous écouter, ne nous tiendrait aucun compte de notre charité, lorsque nous intercéderions pour eux, au moment où ils ont le plus besoin d'assistance, dans un autre séjour? Pour montrer combien nos prières et nos bonnes œuvres peuvent être utiles aux morts, saint Cyrille employait, dès les premiers siècles du christianisme, la comparaison suivante : a Si un roi, disait-il, avait envoyé un de ses sujets en exil, et que quelques-uns de ses serviteurs, amis de l'exilé, vinssent le supplier d'a-
bréger cet exil ou de l'adoucir, et que, pour obtenir cette laveur, ils servissent eux-mêmes leur maître avec plus de iè\e, plus d'ardeur, plus de dévouement qu'ils fissent pour cela des sacrifices personnels, et que le roi, à leur considération, adoucît le sort de l'exilé et fit enfin cesser son exil, qu'y aurait-il là qui ne fût convenable, naturel et raisonnable? » Ainsi fait le Seigneur. Tout ce qui serait satisfactoire pour nous-mêmes, il nous accorde le pouvoir de l'appliquer aux autres; les peines que nous nous imposons volontairement, il consent à les imputer aux âmes du Purgatoire et à les substituer à celles qu'il leur inflige. Or, par là même que Dieu nous donne le pouvoir de les soulager, ne nous en impose-t-il pas l'obligation ? La charité chrétienne, le seul sentiment de l'humanité, souvent même la justice, la reconnaissance, nous en font un devoir strict et rigoureux; et refuser à ces âmes infortunées, en proie à d'horribles souffrances, un secours que nous pouvons facilement leur procurer, ne serait-ce pas cruauté et barbarie * ?
Diverses manières d'assister les âmes du Purgatoire.
Tous les exercices de piété, toutes les œuvres de sanctification qu'on leur applique, peuvent leur être d'un grand soulagement; contentons-nous d'énumérer les principales.
1° La prière. Eile fait à Dieu une violence qui lui est agréable, qui l'engage à relâcher quelque chose de sa justice, par le souvenir de ses miséricordes, a La prière du juste, dit saint Jacques , a beaucoup de force, faite avec instance, «c'est-à-dire avec assiduité et persévérance. Prions donc le Seigneur d'avoir pitié de l'ouvrage de ses mains, de ne pas retenir plus longtemps dans la captivité ces âmes qu'il aime, et qui désirent avec tant d'ardeur de s'unir à lui. Il est bon de réciter à cette intention l'office des Morts, les sept psaumes de la Pénitence, le chapelet, le De profundis , d'offrir pour elles l'oraison mentale et de ne
les jamais oublier dans les prières du matin et du soir.
2° Le saint sacrifice de la messe. Quelle prière plus agréable à Dieu, et plus efficace que celle du prêtre à Tautel! Voilà notre grande ressource dans notre piété envers les morts. Nous pouvons si peu compter sur ce que nous faisons d'ailleurs; tout est mêlé de tant d'imperfections et de tant de négligence ! Mais le mérite du saint sacrifice est indépendant de celui qui l'offre, et de celui qui le fait offrir. Dieu regarde surtout la victime sainte qu'on lui présente et qui lui est toujours agréable, c'est-à-dire Jésus-Christ son fils bien-aimé; et la valeur de cette adorable hostie ne peut être diminuée en aucune manière par l'indignité de celui par le ministère ou les soins duquel on la lui présente. Aussi voyons-nous que, dans tous les temps et dans tous les lieux du monde, on a offert l'oblation pure , l'hostie de propitiation, non-seulement pour les vivants, mais encore pour les défunts, parce qu'on a été toujours persuadé que le sang adorable de Jésus-Christ, qui seul nous sanctifie, est aussi seul capable d'éteindre les brasiers ardents du Purgatoire.
3° L'aumône, Elle expie les péchés et fait trouver grâce devant le Seigneur. En distribuant donc le superflu de vos biens dans le sein des nécessiteux , faites à ceux que vous avez aimés et que vous aimez encore, des amis auprès du Seigneur, des amis qui puissent les introduire dans les tabernacles éternels. Les pauvres ont toujours fait le plu? bel ornement des funérailles des chrétiens. Que si Ton peut, aux dépens de son propre bien, procurer du soulagement aux morts, à combien plus forte raison doit-on se montrer exact à exécuter leurs legs pieux ! Mais, ô dureté inconcevable du cœur humain ! que de prétextes n'allègue-t-on pas souvent pour se soustraire à une obligation aussi étroite et aussi sacrée ! Cet argent était • destiné à fentretien d'un hôpital, à la décoration des autels, à l'établissement de quelque œuvre de piété; le mourant avait cru par là se faire des protecteurs pour l'autre monde, et
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accélérer ainsi son entrée dans le ciel \ et voilà que des héritiers avares glosent, chicanent sur les lignes d'un testament, et cherchent mille prétextes spécieux pour colorer leur injustice. 0 dureté, ô ingratitude abominables ! C'est avec bien juste raison que FËglise lance ses foudres contre ceux qui n'accomplissent pas, ou diffèrent d'accomplir les pieuses intentions des testateurs.
4° Les indulgences. Cette mère si bonne, si tendre, nous ouvre ses trésors ; nous avons à notre disposition les mérites surabondants des saints, et toutes les satisfactions de Jésus-Christ, dont la moindre est d'un prix infini. Voilà bien de quoi payer les dettes de ces âmes infortunées. Et nous négligerions de mettre à profit ces précieuses ressources ! Le serviteur de l'Évangile, qui ne voulut pas faire valoir son talent, fut. jeté dans les ténèbres extérieures. Quelle idée aurait-on d'un homme, auquel on aurait confié, en un temps de famine, un coffre plein de vivres ou d'argent pour en secourir les pauvres, et qui, par négligence, n'en ferait aucun usage? Ne serait-il pas entièrement inexcusable, au jugement de Dieu et des hommes? Mais les besoins de cette vie ne sont aucunement comparables aux besoins et aux souffrances des âmes du Purgatoire. Comment donc qualifier la criminelle indifférence de tant de chrétiens, qui, ayant des trésors célestes pour les secourir, les oublient entièrement et semblent n'en faire aucun cas.
5° Les diverses bonnes œuvres de la vie chrétienne, les jeûnes, les austérités, les travaux pénibles, les mortifications volontaires, les confessions, les communions, la patience à supporter les afflictions qui nous surviennent ; nous pouvons offrir tout cela à Dieu, pour le soulagement des âmes du Purgatoire. Plus ces bonnes œuvres nous auront coûté, plus le Seigneur sera touché de notre charité, et plus il se bâtera de nous en récompenser, en exauçant nos vœux. Sa^ divine bonté ne saurait refuser à une âme fidèle une grâce qu'elle implore avec tant d'instance pour
ses frères, et qu'elle achète, pour ainsi dire , à force de vertus 5.
TRAITS HISTORIQUES
t. L'Alcoran professe la doctrine du Purgatoire ; les Musulmans prient pour les morts; les Juifs anciens et modernes prient aussi pour les morts ; les païens croient à un lieu d'expiation dans l'autre monde. « L'âme dégagée de ses liens par la mort, dit Virgile, con- « serve les souillures contractées, durant la vie, par son union avec « un corps terrestre ; c'est pour cela qu'on fait expier aux âmes leurs « fautes; elles passent ensuite aux Champs-Elysées (1). >
Saint Clément d'Alexandrie (2) nous assure que les philosophes stoïciens croyaient à un état d'expiation, après cette vie, et ils l'appelaient Empyrosin. La doctrine des Pythagoriciens a la même base, puisqu'elle adm-et que les esprits ,humains doivent d'abord être purifiés, avant de parvenir à l'état de béatitude parfaite, dont ils sont susceptibles en l'autre monde. La transmigration des âmes par les douze signes du zodiaque, avant d'atteindre au bonheur céleste, d'après Zoroastre, a la même origine. Platon enseigne que les âmes, tant qu'elles ne seront point entièrement purifiées, resteront plongées dans la fange et les ténèbres. Le sixième livre de l'Enéide de Virgile, en parlant de la descente d'Énée aux enfers, entre dans de grands détails sur cette doctrine d'un état d'expiation. Les Indous aussi soutiennent qu'il faut venir au secours des morts, par des sacrifices, par des prières, et que, par ce moyen, ils peuvent obtenir le pardon de leurs fautes. Voyage de Hafner, le baron de Storck.
Luther dit que le Purgatoire « est une invention des prêtres; un « pur charlatanisme, un feu d'artifice ; » et ailleurs il soutient « qu'il « faut y croire fermement, et qu'on doit soulager les âmes décédées, « par la prière le jeûne et l'aumône. » II soutient même cette maxime avec beaucoup d'énergie. Ces inconséquences sont naturelles à tous les déserteurs de la vérité.
Une sainia, illuminée de Dieu, dit que l'âme se jette elle-même et de son plein gré dans le Purgatoire, lorsque, au sortir de ce monde, elle connaît qu'elle a quelque reste de péché; car, ne se voyant pas
(1) Er^û exercentur pœnis, velerumque malorum Supplicia expcndunt, aiise pandunlur inanes Suspensse ad ventos ; aliis sub gurgite vaslo Infeclum eluitur scelus, aut exuritur igni Quisque suos patimur mânes; exindè per amplum Miltimur Elysium. Mneid., i. Vil, v. 739.
(2) D. Clem. Strom.t y, p. 349.
assez pure devant la pureté de Dieu, elle n'ose se diriger vers le ciel, quoique l'entrée n'en soit pas fermée, puisqu'il n'y a point de portes au ciel ni de murailles. Elle ne peut paraître devant la pureté infinie de Dieu, tant qu'elle sent au dedans d'elle quelque impureté qui lui reste des péchés de sa vie.
Ces âmes saintes demeurent dans le Purgatoire, résignées à attendre leur entière purification; avant d'en sortir; et, comme elles s'y sont portées volontairement, ainsi qu'un malade va de son plein gré à l'hôpital pour y être guéri, elles n'en voudraient pas sortir que la justice de Dieu ne fût entièrement satisfaite par une expiation condigne, que les théologiens appellent satispassicn. Ainsi elles souffrent jusqu'au dernier instant de leur entière expiation, pour se mettre en état d'entrer dans la gloire, en laquelle elles voient bien qu'elles ne pourraisnt être reçues, si elles n'étaient entièrement purifiées. Théologie affective.
2. Tertullien raconte avoir connu une femme, née de parents chrétiens, morte d&ns la fleur de son âge, peu de temps après son mariage ; elle s'était endormie dans la paix du Seigneur. Avant que l'on procédât à son enterrement, au momentoù le prêtre commençait les prières accoutumées, on la vit croiser sur sa poitrine ses mains, qui ne tombèrent sur ses côtés qu'après que les prières eurent été finies. Nous voyons par cet exemple frappant que la prière pour les morts remonte aux premiers siècles du christianisme.
Sainte Perpétue nous assure avoir vu l'âme de son frère Dinocrate, mort à l'âge de sept ans, qui souffrait dans un lieu d'expiation. Elle se mit à prier pour lui, demandant à Dieu jour et nuit avec larmes sa délhrance, et le Seigneur lui fit connaître quelque temps après par une vision que son frère avait été tiré de peine.
Don. RuiN\, p. 86.
Saint Malachie avait une sœur, qui mourut après avoir mené une vie mondaine. Pendant longtemps, il recommanda son âme à Dieu dans la célébration du saint sacrifice. Ayant cessé de le faire l'espace de trente jours, il fut averti en songe que sa sœur amendait avec douleur dans le cimetière, et qu'elle avait été trente jours sans nourriture spirituelle. 11 reprit l'usage de prier pour sa sœur, et dit ou fit dire tous les jours la messe à son intention. Quelque temps après, il lui sembla la voir à la porte de l'église, puis dans l'église mêrn*. Enfin, au bout de quelques jours, lorsqu'il était à l'autel, elle lui apparut dans ia joie, au milieu d'une troupe d'esprits bienheureux; ce qui lui donna une grande consolation. God. 3 nov.
Du temps que saint Grégoire le Grand n'était encore qu'abbé du monastère de Saint-André, un de ses moines, nommé Juste, avait amassé trois pièces d'or, et \es avait soigneusement cachées; mais il
révéla sa faute, quand il se vit au lit de mort. Grégoire, pour punir d'une manière exemplaire cette infraction de la règle qui proscrivait l'esprit de propriété, défendit à la communauté de visiter le malade et d'aller prier autour de lui, comme cela se pratiquait ordinairement; il ne lui envoya qu'un prêtre pour l'assister et l'exhorter à la pénitence. Juste détesta sa faute, et mourut dans les sentiments de la plus vive componction. Le saint abbé ne s'en tint pas là: son zè'e à maintenir îa discipline monastique, lui fit faire ce que saint Macaire avait fait dans une semblable circonstance. Il commanda que Juste fût enterré, avec les trois pièces d'or, sous un tas de fumier ; mais, comme il était mort pénitent, il ne voulut pas qu'il fût privé des prières de l'Église, et il ordonna qu'on offrît pour lui le saint sacrifice de la messe, durant trente jours consécutifs. On lit, dans les ouvrages de saint Grégoire, qu'après la messe du trentième jour, Juste apparut à un des frères et lui apprit qu'il venait d'être délivré des peines qu'il avait endurées depuis sa mort. God. 12 mars.
Saint Paulin relève avec éloge ce que fit un jeune seigneur Romain, nommé Aléthius, qui, après la mort de sa femme Rufine, fit assembler tous les pauvres dans l'église de Saint-Pierre, leur donna à manger et leur fil l'aumône pour le soulagement de l'âme de celle qu'il pleurait, qui était fille de l'illustre sainte Paule.
D. Paul, Epist. 13.
3. Turlot rapporte qu'un malade, souffrant de grandes douleurs depuis un an, demanda enfin à Dieu de lui envoyer la mort; Dieu lui offrit par un ange le choix de trois jours de l'urgatoire,ou d'une autre année de douleurs sur terre. Le malade choisit les trois jours de Purgatoire. A peine s'y trouva-t-il que, visité de nouveau par le même ange, il se plaignit de souffrir depuis plusieurs années, au lieu des trois jours qui lui avaient été annoncés. « Comment, reprit l'ange, vous n'ct^s là que depuis un instant ; votre cadavre est encore chaud sur votre couche funèbre, et vous parlez de plusieurs années !» Cette âme demanda instamment de retourner sur terre, et d'y souffrir encore un an les mêmes douleurs. Sa demande lui ayant été accordée, le malade excitait tous ceux qui venaient le voir, à accepter de bon cœur toutes les peines de ce monde, plutôt que de s'exposer aux peines de l'autre.
4. Le père Rossignoli rapporte que sainte Gertrude, sur le point de mourir, s'affligeait de n'avoir rien fait pour elle-même et d'avoir appliqué entièrement le mérite de ses bonnes œuvres aux âmes du Purgatoire. Jésus lui apparut et lui dit: « Gertrude, soyez en repos: votre charité envers les âmes du Purgatoire m'a été si agréable, qu'après votre mort vous serez exempte du Purgatoire, et je vous ferai
accompagner en paradis par toutes les âmes bienheureuses que >os
prières ont délivrées. »
5- Saint François de Sales rapporte l'histoire suivante, arrivée à Padoue, ville où il avait fait une partie de ses études.
Ceux qui étudient en cette université, ont la mauvaise coutume de courir la r.uit dans les rues, avec des armes, demandant qui va là, et de tirer sur ceux qui ne répondent pas.
Il arriva qu'un écolier, passant par la rue et ne répondant point à cette interpellation fut tué, et que celui qui l'avait tué alla se réfugier chez une bonne veuve, dont le fils était son compagnon d'études et son ami. Il la pria de le cacher dans quelque lieu secret, lui confessant le mauvais coup qu'il venait de faire.
Cette bonne \euve l'enferma dans un cabinet retiré, et voilà que, peu de temps après, on lui rapporte son fils mort. Il ne fallut pas une longue recherche pour savoir quel en était le meurtrier. Elle va le trouver, et tout éplorée lui dit : « Hélas ! que vous avait fait monfils, pour l'avoir tué si cruellement?» L'autre, sachant que c'était son ami, se mit à crier et à s'arracher les cheveux; et, au lieu de demander pardon à cette bonne mère, il se mit à genoux devant elle, et la supplia de le mettre entre les mains de la justice, voulant expier publiquement un crime si horrible.
Cette mère, qui était extrêmement chrétienne et miséricordieuse, fut si touchée du repentir de ce jeune homme, qu'elle lui dit que, pourvu qu'il en demandât pardon à Dieu et promît de changer de vie, elle le laisserait aller; ce qu'elle fit effectivement sur sa parole. Ce grand acte de clémence fut si agréable à Dieu qu'il permit que l'âme de ce fils apparût à sa bonne mère, l'assurant que le pardon si charitable qu'elle avait accordé à celui qui l'avait tué sans le connaître, et duquel elle pouvait si légitimement et si facilement poursuivre la vengeance, avait tellement plu à Dieu, qu'en cette considération, il l'avait délivré du Purgatoire, dans lequel sans cela il eût été détenu longtemps. cOh ! que bienheureux sont les miséricordieux! car ils obtiendront miséricorde, et pour eux et pour les autres. » Esprit de saint François nE Sales.
Madame ia comtesse de Strafford, avant de se convertir à la religion catholique, voyait de temps en temps Mgr de la Mothe, évêque d'Amiens ; et les entreliens qu'elle avait avec lui, faisaient toujours une vive impression sur son âme ; mais ôe qui la toucha le plus, ce fut un sermon qu'il prêcha le jour de Sainl-Jean-Baptiste, aux Ursulines d'Amiens. Après l'avoir entendu, elle sentit dans son cœur un vif désir de croire comme le prédicateur qui l'avait tant édifiée. Il lui restait pourtant encore quelques doutes sur le sacrifice de la mes=e, et le Purgatoire. Elle vint les proposer au saint évêque, qui,
«ans disputer et sans attaquer de front ses préjugés, crut devoir lui parler ainsi, pour ia détromper :« Madame, vous connaissez l'évêque de Londres, et vous avez confiance en lui. Eh bien, je vous prie de lui mander ce que je vais vous dire : « L'évêque d'Amiens m'a dit une chose qui doit m'élonner : c'est que si vous pouvez nierque saint Augustin ait dit la messe et prié pour les morts, et particulièrement pour sa méie, il se fera lui-même protestant. » Ce conseil fut suivi. L'évêque de Londres ne répondit pas ; mais il se contenta de dire à celui qui lui remit la lettre, que madame de Strafford avait respiré un air contagieux qui l'avait séduite ; que ce qu'il pourrait lui écrire ne remédierait probablement point au mal. . . Ce silence d'un homme qui avait eu toute sa confiance acheva d'ouvrir les yeux de madame de Strafford, et, peu de temps après, elle fit son abjuration entre les mains de Mgr d'Amiens. Vie de M. de la Mothe.
J'ai connu, dit le vicomte Walsh, un luthérien que notre croyance du Purgatoire a rendu catholique. 11 avait perdu un frère chéri au milieu d'une fête, et il se souvenait sans cesse, pour tourmenter son cœur, de cepassagesi brusque d'une orgie au cercueil. Son âme avait besoin d'être rassurée ; il savait toute la pureté qu'il faut pour le ciel, et, dans son culte, il ne trouvait pas d'in-termédiaire entre les parvis céiestes et les profondeurs de l'abîme. Avec sa religion, il lui fallait croire qu'aussitôt le dernier soupir exhalé, le jugement de Dieu était accompli, jugement subit, instantané, irrévocable! Oh! alors ses frayeurs devenaient de déchirantes angoisses ! Il n'avait plus de repos !... Ses jours étaient sans distraction, ses nuits sans sommeil, ses pensées sans espérance ; il dépérissait à vue d'œil, et lui aussi penchait vers la tombe, vers la tombe de son frère, qu'il devait partager comme un lit de famille.
On lui ordonna de voyager ; mais lui se disait: Je n'aurai pas le temps d'aller lowi, je mourrai dans une hôtellerie, soigné par des mercenaires étrangers... El, quand j'aurai fermé les yeux, on sera obligé de chercher dans mes papiers, pour savoir le nom du voyageur qui vient de s'arrêter pour toujours, et qui n'a plus besoin que d'un gîte au cimetière. Ses amis se joignirent à son médecin, et le jeune Écossais vint sur le continent. Je me trouvai sur le même vaisseau que lui, et bientôt nous eûmes lié conversation ensemble, et bien des points de contact nous lièrent.
Quand nous fûmes débarqués, nous logeâmes dans le même hôtel. Au bout de quelques jours, il me révéla ce qui avait répandu tant de tristesse sur ses jeunes années, la mort de son frère, et ses inquiétudes sur les destinées éternelles d'un être tant aimé... Ah ! me dit-il un jour des Morts, par amour pour mon frère, je vais adopter votre rite !... Oh ! quand je pourrai prier pour mon frère, je respirerai, je vivrai pour demander, chaque jour, du bonheur dans le ciel, pour
celui que j'ai tant chéri sur la terre !... Votre culte fait que l'on peut s'entr'aider encore après la mort. Vos prières ôtent au sépulcre son terrible silence ; vous, vous conversez encore avec ceux qui sont partis de la vie; vous, vous avez connu la faiblesse humaine, cette faiblesse qui n'est pas le crime, mais qui nest pa.c la pureté , <H, entre les limites du ciel et de l'enfer, Dieu vous a révélé un lieu d'expiation. Mon frère y est peut-être ; je me fais catholique pour l'en délivrer, pour me consoler ici-bas, me soulager de ce poids qui m'oppresse ; ce poids, je ne l'aurai plus, quand je pourrai prier. Tableau poétique des Fêtes chrétiennes.
PREMIÈRE INSTRUCTION
De l'existence du sacrement de l'Extrême-Onction. — Ses effets.— Ministre de ce sacrement. — Manière de l'administrer.
Qui pourrait s'empêcher d'admirer la bonté de notre Dieu, et sa miséricordieuse tendresse ? A peine sommesnous nés, qu'il nous accueille dès notre berceau, et nous sanctifie par les eaux régénératrices du baptême; ensuite il fortifie notre adolescence contre les dangers du siècle par la confirmation ; plus tard il nous lave de nos souillures dans le bain salutaire de la pénitence, et nous nourrit du pain des anges par l'eucharistie ; et, quand vient le moment de quitter ce monde, il ne nous abandonne pas, alors que ne s amis et nos parents s'enfuient loin de nous, il vient nous consoler sur notre lit de douleur ; et c'est à cet effet qu'il a institué le sacrement des mourants que nous appelons Extrême-Onction, parce que c'est la dernière des onctions que l'Église fait sur nous. Par la première, que l'homme eçoit au baptême, nous sommes faits enfants de Dieu, et,
DE l'EXTRÉME-ONCTION. 379
en quelque sorte, sacrés rois, destinés à occuper un jour un trône dans le ciel ; par la seconde, qui a lieu à la confirmation, nous sommes faits soldats de Jésus-Christ, pour combattre vaillamment sous l'étendard de la croix ; et, par la dernière, nous sommes fortifiés dans la Lutte terrible que nous avons à soutenir contre les ennemis du salut, à cette heure si critique où l'on passe du temps à l'éternité. Voilà comment la religion, cette bonne mère, veille toujours sur nous avec la plus grande sollicitude, nous prend par la main, et nous guide pas à pas dans les sentiers de la vie, jusqu'à ce que nous arrivions à la bienheureuse immortalité.
D. Qu'est-ce que îe sacrement de l'Extrêmc-Onction?
R. C'est un sacrement qui nous donne la force de résister aux tentations du démon, à l'heure de la mort, et nous aide à bien mourir.
L'Extrême-Onction est un véritable sacrement de la nouvelle loi. En effet, nous y trouvons:
\° Un signe sensible. C'est l'huile sainte qu'on applique aux malades, et les paroles qui accompagnent cette onction.
2° Ce signe sensible a été établi par Notre- Seigneur. Nous lisons dans saint Marc que Jésus-Christ envoya ses disciples dans la Judée, pour chasser les démons et guérir les maladies j et, en vertu de cet ordre divin, ils oignaient d'huile les malades et les guérissaient (1). Toutefois, il semble que ce n'était encore là qu'une annonce du sacrement que le Sauveur devait plus tard instituer. Ce sacrement, l'apôtre saint Jacques le promulgue, de la manière la plus expresse, dans son épître catholique, en disant : a Si quelqu'un parmi vous est malade, qu'il fasse venir les prêtres de l'Église, qui prieront sur lui, en l'oignant d'huile
(1) Dœmonia multa ejiciebant, et ungebant oleo mulios segros, el sanabant. Marc, vi, 13.
au nom du Seigneur (1). Aussi voyons-nous que cette sainte pratique a été en usage, dès le commencement de l'Église jusqu'à nos jours.
3° Ce signe sensible confère la grâce. En effet, saint Jacques dit formellement que, si le malade qui reçoit ce sacrement, est dans les péchés, ils lui seront remis. Il est donc évident que l'Extrême-Onction est d'institution divine, car Dieu seul peut communiquer à un élément matériel la vertu de produire la grâce et d'effacer les péchés. Aussi le saint concile de Trente a-t-il à bon droit lancé i'anathème contre quiconque oserait soutenir « que l'Extrême-Onction n'est pas vraiment et à proprement parler un sacrement établi par Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais seulement une cérémonie recommandée par les Pères, ou une pure invention humaine ■ (2). »
Effets du sacrement de l'Extième-Onction.
1° Il est de foi, comme nous venons de le dire, que l'Onction des infirmes confère la grâce et remet les péchés. Remarquons toutefois qu'elle est un sacrement des vivants, qu'il faut être en état de grâce pour la recevoir, et que, par conséquent, elle n'a point été directement instituée pour remettre les péchés mortels; c'est là le propre effet du baptême et de la pénitence. Mais i'Extrême-Onction remet les fautes vénielles; elle efface aussi, comme dit le concile de Trente, les restes du péché, qui sont l'obscurcissement de l'esprit, la dureté du cœur, l'attachement aux choses terrestres, le dégoût pour la piété, en un mot, toutes
(t) lnfirmatur quia in vobis ? inducat presbyteros Ecclesiae, et orent super cum, ungentes eum oleo in nomine Domini; et oralio fidei salvabit infirmum, et alleviabit eum Dominus, et si in peccatis Bit remiuentur ei. Jae., v, 14.
(2) Si quis dixerit Exlremam Unctionem non esse verèet proprium sacramenlum à Chrisio Domino nostro instilulum et àbeato Jacobo promulgalum, sed rilum tantùm aceeptum à Patribus aut ûgmentum humanum, anathema sit- Trid., nm. 14. c. i.
DE I/EXTRÊME-OKCTION. 33 î
les faiblesses, toutes les langueurs spirituelles qui restent dans l'âme, même après qu'elle a été purifiée du péché, et qui l'empêchent de s'élever à Dieu. Elle efface encore les péchés qui restent à expier, c'est-à-dire qu'elle délivre de la peine temporelle, due au péché, proportionnellement aux dispositions avec lesquelles on reçoit ce sacrement (1).
L'Extrême-Onction peut même remettre, en certains cas, au moins indirectement ou secondairement, les péchés mortels, comme, par exemple, ceux qu'on ignore de bonne foi, qui ont été oubliés involontairement, ou bien encore ceux qui échapperaient à un malade après l'absolution, et qui ne lui reviendraient pas ensuite dans la pensée pour les confesser. Pour que TExtrême-Onction les remette, il suffit, dit saint Thomas, que le moribond soit disposé par l'attrition. On peut donc regarder l'Extrême-Onction comme le complément, la perfection et la consommation du sacrement de pénitence.
2° Elle nous donne la force de résister aux tentations du démon. Cet ennemi acharné de notre salut fait, pendant notre vie, toute sorte d'effort pour nous perdre; il cherche toutes les occasions favorables pour dévorer nos âmes; mais c'est surtout quand il voit approcher le temps où nous devons sortir de ce monde, qu'il redouble ses assauts. Tantôt il tâche de ravir aux malades la confiance qu'ils ont en la miséricorde divine et de les porter au désespoir; tantôt il les pousse à l'impatience, à des plaintes, à des murmures ; d'autres fois il leur rappelle le souvenir des voluptés passées, et réveille en eux des idées criminelles ou des regrets insensés. Dans cette fatale circonstance, les angoisses du trépas , les pleurs d'une famille désolée, la violence de la douleur , la nature accablée et défaillante, tout semble conspirer contre un pauvre malade pour lui ôter le sens et la réflexion nécessaires pour songer
(lj Delicta, si guae sint adhuc exDianda, ac peccati reltquias abstergit. Trid., sess. 14, c. ».
à scs intérêts spirituels; ii a donc besoin d'un secours et d'un grand secours, et c'est le sacrement des infirmes qui le lui donne. Par les prières du prêtre, par la vertu de l'Onction sainte, par le signe de croix plusieurs fois figuré sur les diverses parties de son corps, athlète courageux et invincible, il lutte contre les puissances infernales, et il les défie de lui ravir la couronne de gloire, parce qu'il a pour lui la protection du Seigneur. Le corps peut être abattu, mais l'âme est forte, et elle dit, comme autrefois le prophète : « Quand même une armée d'ennemis s'élèverait contre moi, mon cœur n'en sera point effrayé, parce que le Seigneur est ma lumière, mon salut et mon appui (1). »
3° Elle porte à souffrir plus patiemment toute la violence des douleurs. En même temps que Ton applique l'Onction extérieure sur les membres affligés du malade, l'onction intérieure du Saint-Esprit se répand dans son âme, le soulage, le console, lui donne des forces pour soutenir les rigueurs de la maladie, en excitant en lui une grande confiance en la miséricorde divine. Quand on se sent en grâce avec Dieu, on souffre plus facilement, sans plainte, sans aigreur, sans murmure; on soulfre avec tranquillité, parce qu'on sait que les souffrances sont méritoires ; et on peut dire avec l'Apôtre: «Jesouffre, mais je n'en suis pas abattu, parce que je sais que le Seigneur me récompensera de tout ce que j'endure pour son amour (2). »
4° Elle aide à bien mourir. Rien de plus désirable qu'une sainte mort ; mais il faut s'en rendre digne par une bonne vie. Le vrai chrétien, le juste, envisage la mort sans épouvante; il ne voit en elle qu'une libératrice, qui l'arrache aux périls de cette vie pour l'introduire dans la cité bienheureuse ; et il meurt avec la sérénité et la confiance d'un enfant qui s'endort dans le sein de sa mère. Or, un des principaux
(1) Eliamsï consistanl adversùm me castra, non timebit cor meank Pi., xxvi, 3.
(2) Patio r, sed non confundor.il- Tim.,i, 12.
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effets du sacrement de l'Extrême-Onction est d'augmenter cette confiance des justes, de fortifier les pécheurs repentants contre les affres du trépas, et d'adoucir à tous ce que ce moment peut avoir de dur et de terrible. « Le Seigneur soulagera l'infirme, » dit saint Jacques (1). Et que de fois a'a-t-on pas aperçu sensiblement l'efficacité de ce sacrement sur un grand nombre de fidèles, qui, après l'avoir reçu, Lien loin de regretter la vie, n'aspiraient plus qu'au moment de s'unir à leur Dieu et de remettre leur âme entre ses mains! Que de fois ne voyons-nous pas des âmes pieuses et ferventes, impatientes de s'envoler au séjour éternel, terminer une vie pure et sainte par la mort la plus édifiante ! D'où leur viennent cette paix., cette joie, ces iésirs empressés du ciel ? De la vertu des sacrements. Ah ! puissions-nous, à notre heure dernière, recevoir avec les iispositions convenables l'Onction des mourants, profiter ie toutes les grâces qu'elle procure, et mourir ainsi dans le baiser du Seigneur 2 !
D. Ce sacrement nous procure-t-il aussi la santé corporelle? R. Oui, il nous procure la santé corporelle, si Dieu juge ju'elle nous soit nécessaire pour le salut de Tâme.
Le premier et le principal effet des sacrements, c'est la sanctification de nos âmes, c'est la guérison de nos infirmités spirituelles, c'est-à-dire du péché et des restes du péché. Cependant, par une vertu toute particulière, l'Extrême-Onction rend quelquefois la santé du corps, lorsque cela est expédient pour le salut de l'âme. Mais il est évident qu'elle ne peut pas produire toujours et infailliblement cet effet, car alors nous deviendrions immortels, et nous échapperions ainsi à la sentence fatale, que Dieu a portée contre toute la postérité d'Adam. Toutefois un malade peut obtenir, par la grâce de l'Onction sainte, la
(1) Alleviabit eum Dominus. Jac., Y, 15.
santé ou la prolongation de ses jours, afin de se préparer à paraître en meilleur état devant le juge suprême. Mais, si ce malade devait par la suite abuser de sa santé et de sa vie, pour reprendre ses mauvaises habitudes et se livrer de nouveau au vice, alors la guérison, bien loin de lui être avantageuse, lui serait, au contraire, un don funeste,, tandis que c'est une grâce insigne pour une âme bien disposée de sortir de ce malheureux exil, lorsqu'elle est en paix avec son Dieu.
D. Qui sont ceux qui confèrent ce sacrement ? R. Les seuls prêtres.
Tout prêtre, par cela même qu'il est prêtre, peut, en vertu de son ordination, administrer validement le sacrement de l'Extrême-Onction; mais il n'y a que les curés ou les prêtres qui ont charge d'âmes, qui puissent l'administrer licitement, sauf le cas de nécessité. Chaque fidèle doit donc s'adresser à son propre pasteur, pour recevoir les secours spirituels qu'il a droit d'attendre de son ministère ; et c'est avec le plus grand empressement que les curés et les vicaires, aussitôt qu'ils sont appelés, doivent entourer de leurs prévenances, de leurs soins affectueux, les malades confiés à leur vigilance, et dont ils doivent répondre devant le Seigneur âme pour âme. Après même les avoir administrés, ils doivent continuer à les visiter pour les consoler, les encourager, leur suggérer de pieux sentiments, selon l'état où ils les trouvent. En bons pères, ils doivent, autant que possible, recueillir les derniers soupirs de leurs enfants, et ne les abandonner que lorsqu'ils ont rendu l'esprit à Dieu.
La matière du sacrement de l'Extrême- Onction est l'huile d'olive, bénite et consacrée par l'évêque ou par un prêtre député pour cela. Cette bénédiction se fait ordinairement avec de grandes cérémonies à la messe solennelle du Jeudi-Saint. L'huile représente fort bien la grâce intérieure, qui se répand dans l'âme du malade. De sa
DE l/EXTRÊHE-OHCTIOW. 33 5
nature, elle adoucit, pénètre, guérit, rejoint, fortifie; elîe donne de la joie ; elle sert d'aliment à la lumière. Autrefois les athlètes avaient soin de s'en oindre tout le corps, afin de lui donner plus de force et plus de souplesse. Pareillement, dans la dernière lutte que nous avons à soutenircontre le démon, l'Onction sainte conforte le malade en ses peines intérieures et extérieures, nourrit son espérance, et lui donne une sainte intrépidité pour affronter le trépas. Si cette huile n'est pas mêlée avec du baume, comme dans la Confirmation, c'est que le baume signifie l'odeur d'une bonne réputation, laquelle est nécessaire en cette vie, mais non à ceux qui vont paraître au jugement de Dieu, devant qui il suffit d'avoir la conscience pure, et qui ne s'enquiert pas de ce que peuvent penser les hommes sur notre compte.
Quant à la forme sacramentelle de l'Extrême-Onction, elle consiste dans les paroles que le prêtre prononce, en faisant chaque onction.
D. Comment confèrent-ils ce sacrement?
R. En faisant sur les principales parties du corps du lade plusieurs onctions accompagnées de prières.
Nos sens sont comme les avenues par lesquelles le péché s'introduit dans notre âme ; c'est ce qui a fait dire à un prophète que la mort est entrée par les fenêtres (1). On fait les onctions sur les principales parties du corps du malade, c'est-à-dire sur les yeux, la bouche, les oreilles, les mains, les pieds et les reins; mais cette dernière onction n'a lieu que pour les hommes, et encore on l'omet, quand le malade ne peut se remuer commodément.
A chaque onction que fait le prêtre, il prononce solennellement une prière, qui est, comme nous l'avons dit, la forme du sacrement. Voici cette prière, telle que la tradition l'a conservée dans l'Eglise : Par cette sainte onction,
(1) Mors per fenestras. Jer., ix, 21,
38 6 TREIZIEME LEÇOÎV.
et par sa miséricordieuse tendresse, que le Seigneur vi pardonne tous les péchés que vous evez commis par la vue% par V ouïe,- par la bouche, etc. Cette prière est appelée par saint Jacques Foraison de la foi (1), parce qu'elle se fait en la foi de Jésus-Christ, et que c'est la prière de l'Église don la foi ne manque jamais.
Dans le cas de nécessité, comme, par exemple, en temps de peste, ou bien si on a lieu de craindre que le malad n'expire avant d'avoir reçu toutes les onctions, on peut se contenter d'une seule onction, qu'on fait alors sur le front, avec cette formule : « Par cette sainte onction, et par sa miséricordieuse tendresse, que le Seigneur vous pardonne tous les péchés que i ous avez commis par vos sens, par la vue, l'ouïe, le goût, l'odorat et le tact. » Si le malade survit, on doit réitérer le sacrement sous condition, et faire toutes les onctions prescrites.
Ces onctions servent souvent de texte aux plaisanteries des impies, et même quelquefois de certains chrétiens grossiers et ignorants, qui les désignent sous des dénominations très-inconvenantes, que je n'oserais rapporter ici. On dira peut-être, pour s'excuser, qu'on n'y entend pas malice, que c'est pure plaisanterie, qu'on ne veut en aucune manière déprécie; les rites sacrés de la religion. Mais comment peut-on plaisanter sur une matière aussi grave que ce qui concerne nos sacrements? Comment peut-on plaisanter sur le bord de la tombe d'un de ses frères? De la plaisanterie au mépris le pas est facile ; et, quand on ne respecte pas les choses saintes, comment peut-on espérer d'en profiter pour sa sanctification?
D. Qu'est-ce que le prêtre demande à Dieu par ses prières ?
Qu'il pardonne, par sa miséricorde et par la vertu de ce
»s que le malade a commis par ses sensex-
(î) Ora'.io : r, !£.
11 n'y a guère en nous de membre qui n'ait servi à l'iniquité, qui n'ait été, pour ainsi dire, une porte par laquelle le péché s'est insinué jusqu'à notre âme. Le prêtre fait donc l'onction : ,
*° Sur les yeux. Il demande que Dieu pardonne au malade tant de curiosités criminelles, tant de coups d'œil séducteurs, tant de lectures dangereuses... Hélas i à combien d'iniquités cet organe livre passage !
2° Sur les oreilles. C'est par là que s'insinuent les médisances, les flatteries, les paroles déshonnêtes, les discours impies ; et le prêtre prie le Dieu de clémence de pardonner au malade tous les mauvais propos, qu'il a écoutés avec complaisance.
3° Sur l'odorat. C'est là aussi que la sensualité, qui se répand partout, établit souvent son siège. On aime les odeurs exquises, on se couvre de parfums, tandis qu'en réalité on exhale par tous ses pores la puanteur du vice. 0 Dieu de bonté, pardonnez au malade tout le mal qu'il a commis, en recherchant ces futiles jouissances.
4° Sur la bouche. Elle a été une source empoisonnée, une source intarissable de péchés. Gourmandise, intempérances, imprécations, parjures, blasphèmes, conversations obscènes, baisers lascifs, que de crimes dont elle a été l'instrument! Mais ces lèvres autrefois si vermeilles, les voilà maintenant tremblantes, décolorées, livides. Cette langue, qui a si souvent distillé le poison du vice, la voilà épaisse, noire, infecte. 0 Dieu, oubliez dans votre miséricorde, effacez par votre grâce tout le mai qui est sorti de cet antre d'iniquités.
5° Sur les mains. Elles sont peut-être pleines d'injustices, de fraudes, de rapines; elles se ^ont prêtées à la violence, à des libertés honteuses ; elles se sont plongées sans pudeur, sans retenue, dans la fange du vice. Femmes mondaines, vous les parez avec orgueil d'or et de pierres précieuses ; et les voilà maintenant pâles, décharnées. Daignez, ô mon Dieu, les purifier de toutes leurs souillures.
6° Sur les pieds. Ils couraient avec agilité, comme dit le Prophète, dans les sentiers du vice, ils se sont lassés dans la voie de l'iniquité (1); et les voilà maintenant enchaîné par les étreintes de la mort. 0 mon Dieu, pardonnez à ce malade ses démarches pleines de fatuité, ses promenades suspectes, ses rendez-vous dangereux, ses danses lascives, en un mot, tout ce qu'il y a eu de déréglé dans ses mouvements.
7° Sur le cœur ou les reins. C'est de là que sortent, a dit le divin Sauveur, les mauvaises pensées, les désirs pervers, les haines, les vengeances, les impu-dicités, les homicides, les abominations de toute espèce (2). 0 Dieu, pardonnez à ce pauvre pécheur tous les emportements, auxquels l'a poussé l'ardeur de ses passions.
Telles sont les prières touchantes, que le prêtre adresse au Dieu de toute miséricorde. Elles sont bien propres à inspirer aux malades le regret de leurs fautes. Ils doivent s'efforcer de les suivre de cœur et d'affection, autant que l'état d'aifaiblissement et de langueur où ils se trouvent, peut le leur permettre 3.
« Au jour de l'abondance, a dit le Sage, pense à ta misère (3). » Pareillement, au jour de la force et de la santé, pense au jour de ton infirmité et de ta défaillance. C'est maintenant qu'il faut nous préparer à cette heure dernière, qui doit décider de notre sort éternel. Oh ! que mon âme meure de la mort des justes, et que ma fin soit semblable à la leur (4).
(!) Vcloces pedes eorum ad effundendum sanguinem... Lassati sumus in via iniquitatis. Ps., xm, 3. — Sap., v, 7.
[%) De corde enim exeunt cogitationes malae, homicidia, adalteria, fornicationes. Math., xv, 19.
(3; Memcr.: • ^rtatis in die abundantire. Eccli., xm, 26.
(4) Moriatur anima mea morte justorum. A't<m.,xxm, 10.
DE I/EXTREME-ONCTION. à S y
TRAITS HISTORIQUES
1. Après avoir éprouvé l'efficacité des sacrements dans toute notre vie, aux portes de la mort, nous en sentirons dix fois plus les bienfaits. Cédant aune habitude quia pris racine dans ses jeunes ans et qui lui est devenue chère, le chrétien dont la vie s'éteint, embrasse avec ferveur les symboles visibles des vérités qui lui prottk'tienl une vie nouvelle : la terre n'a plus rien à lui offrir, et ses promesses sont muettes; mais il reçoit du Ciel les gages d'une félicité éternelle. Rien ne peut ébranler en lui la conviction que ni élément hostile, ni esprit malfaisant ne l'empêcheront point de se vêtir d'un corps glorieux, d'un corps qui le place dans des rapports directs avec la Divinité, et lui permette de participer aux félicités infinies qui en découlent.
Ce n'est pas tout : afin que l'homme tout entier soit sanctifié, les pieds aussi reçoivent l'Onction sainte ; eux aussi sont béni3. Désormais, quand même le malade reviendrait à la vie, ils ne toucheraient qu'avec répugnance ce sol terrestre, cette terre dure et impénétrable. Une merveilleuse élasticité vient de leur être communiquée; ils repoussent la glèbe, qui avait jusqu'ici exercé sur eux sa puissante attraction. Et voilà comment un cercle d'actions également saintes, qui toutes se tiennent, unit le berceau à la tombe, quelle que suit la dis-tarrce que le hasard ait mise entre eux.
Goethe, Mémoires, 1. 7.
C'est une ravissante considération de penser que l'on ne peut être trop préparé, pour paraître devant la splendeur et la pureté divines, au sortir de ce monde. Les vierge3 sages, qui s'étaient tenues prêtes avec de l'huile dans leurs lampes, furent admises dans la chambre de l'époux céleste; et les vierges folles, qui sont le symbole des âmes réprouvées, faute d'huile et de préparation, furent repoussées. L'épouse ne se présente pas devant son époux, sans s'être lavée et parée. Les personnes honnêtes ne mettent pas un vase sur la table, sans l'avoir nettoyé, et personne n'a la présomption de se trouver à quelque solennité ou au festin d'un roi, qu'il ne soit couvert avec décence. L'âme du moribond devant être /eçue comme une épouse dans la chambre de l'époux céleste, assister au banquet de la réfection éternelle, et être mise, comme un vase précieux, dans les trésors immortels du psradis, il est aisé de faire en'endrs aux personnes de bon esprit, combien nécessaire et convenable est le sacrement de la dernière sanctification. La Théologie affective*
2. Une grande sainte, favorisée de plusieurs visions célestes, lorsqu'elle assistait à l'administration du sacrement de l'Extrême-
Onction, voyait Jésus-Christ environné d'une grande multitude de saints, qui fortifiait miséricordieusement les malades, chassait les démons d'auprès d'eux et purifiait leurs âmes.
L'extrait suivant d'une lettre du R. P. Gonnet, missionnaire à Kiang-Nan, en Chine, nous montre que les chrétiens de ces pays lointains ont une grande dévotion pour l'Extrême-Onction. — Un petit rhume, une petite fièvre, un léger mal de tête, c'en est assez pour qu'ils viennent demander à être administrés; à plus forte raison, s; la maladie paraît grave. Il y a chez eux toute la simplicité de la foi, et Dieu semble se plaire à la récompenser, même dès cette vie. Ces bons néophytes qui, dans leurs infirmités, n'ont guère d'autre médecin que la divine Providence, trouvent souvent dans l'Extrême-Onction un remède efficace qui leur rend la santé. J'en ai vu plusieurs fois des exemples frappants.
En France, on serait plus qu'étonné, si on voyait de^pauvres malades, qui n'ont plus que deux ou trois jours de vie, venir en barque, de quinze, vingt, trente lieues, pour recevoir les derniers sacrements; ici c'est la chose du monde la plus commune. La disette de prêtres et la crainte d'être privés des secours de l'Église ont introduit cet usage parmi nos chrétiens. Le missionnaire se trouve par ce moyen en état d'assister un plus grand nombre de malades. Un jour on m'en a apporté neuf de différents endroits, dans la même chapelle; c'était un vrai hôpital. J'entendis leurs confessions, je les communiai, je donnai l'Extrême-Onction à plusieurs d'entre^eux, et les renvoyai tous remplis de consolation ; mais mon contentement était bien aussi grand que celui de ces bons néophytes. Que diraient de cette pieuse coutume les chrétiens indifférents d'Europe, surtout si on ajoutait que ces malheureux assez souvent meurent dans leurs barques, au milieu de leur route ? Un petit fait, arrivé il y a peu de jours, vous fera encore mieux admirer la foi de mes chrétiens. J'avais été appelé par un malade à l'une des extrémités de mon district; après la messe, je vis entrer deux courriers, qui me prièrent d'aller visiter un infirme dans une chrétienté éloignée de dix lieues. Vite, je me mets en route avec eux. Chemin faisant, nous rencontrons une barque ; c'étaient des fidèles qui m'apportaient un malade. Ne reconnaissant pas le batelier qui me conduisait, ils contitinuèrent à se diriger vers la paroisse que je venais de quitter, tandis que je me rendais dans une autre, voisine de la leur. Ces pauvres gens, après avoir ramé toute la journée, arrivent enfin sur le soir, bien fatigués. Point de missionnaire. Que faire? Ils se remettent aussitôt en route, espérant me rejoindre avant mon départ. Nouvelle déception ; j'avais poussé plus loin, après avoir dit la sainte messe. Nos barques se rencontrèrent encore ; mais cette fois nos bateliers se reconnurent. Ce malade me fit compassion bien plus en-
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core que ces gens. Ne pouvant revenir sur mes pas, je lui offris d'entendre sa confession dans sa misérable barque, et puis de lui administrer l'Extrôme-Onction. Mais ce brave homme me répondit que depuis longtemps il n'avait pas eu le bonheur de communier, t-t que, puisqu'il était près de moi, il ne me quitterait pas qu'il n'eût été muni de tous les sacrements de l'Église. 11 lui fallut donc encore revenir jusqu'à notre chapelle, et faire avec moi plus de Lai! lieues.
Encore un trait et d'un autre genre; car ici nous en voyons de toutes les sortes. Un matin, après avoir administré sept malades, dont plusieurs étaient moribonds, je me disais à moi-même : Voilà une journée bien remplie. Là-dessus, je me disposais à prendre mon déjeuner, lorsque deux courriers m'arrivérent d'une chrétienté éloignée de plus de treize lieues. — « Lô-ia, homme vénérable, me dirent-ils, deux malades vous prient de venir les confesser. » Aussitôt je m'élance dans ma petite barque qui, grâce à un bon vent que la divine Providence fit souffler très à propos pour enfler ma voile, put arriver avant la nuit. Mais voyez ce que sont les Chinois : les deux moribonds étaient deux bons vieux, dont toute la maladie consistait à n'être pas nés quarante ans plus tard; l'un vint se confesser gaiement dans ma petite chambre, avant la sainte messe; et l'autre, mon catéchiste le trouva fumant tranquillement sa pipe, après s'être fortifié par un bon repas. Ces chrétiens, désespérant de pouvoir attirer le missionnaire au milieu d'eux, avaient pris le plus court et le plus sûr chemin, en l'appelant sous prétexte de malades en danger. Je me fâchai, ou plutôt je fis semblant de me fâcher, afin qu'ils ne revinssent pas à la charge une autre fois; mais je crois qu'il m'eût été bien difficile de leur donner la contrition de leur faute. Annales de la Propag. de la Foi. — Janv. 1848.
3. La religion seule, dit Lacîance, apporte aux mourants le divin remède de l'immortalité (1).
Gabriel de Vaufleury, né à Laval, fut atteint d'une fièvre maligne épidémique, qui régnait dans le pays, vers le milieu de I82G. Cette maladie si douloureuse ne lui arracha pas une plainte. Son intention était d'éloigner toute inquiétude de l'esprit de ses parents; et, dans la crainte de les alarmer, il n'osait parler des derniers sacrements. Cependant, le jour de Noël, se sentant plus mal, il dit à sa mère que, si cela ne lui faisait pas de peine, il serait bien aise de pouvoir communier. Celle-ci, qui n'pvait aucune inquiétude par le soin qu'on avait pris de lui donner le change sur l'état du malade, l'assura qu'au contraire cela lui donnerait beaucoup de consolation,
(1) Pulchrum immortalitatis medicamentum.
et elle envoya chercher leconfesseur. Il fut convenu que le lendemai on lui apporterait le saint Viatique; mais le mal fît de tels progrès jju'on jugea à propos d'y joindre l'Extrême-Onction. On ne se donna pas même le temps do l'en prévenir d'avance. Le médecin, qui craignait peut-être l'impression que celte cérémonie inattendue pouvait lai faire, dit: « Mais je n'ai pas parlé d'Extrême-Onclion ; » Gabriel répondit avec vivacité : « Pourquoi donc ? Moi, j'en suis bien content, c'est un si beau sacrement. » 11 présenta lui-même ses mains aux saintes onctions avec une ferveur admirable; il répondit à tontes les prières ; et, lorsqu'on lui présenta le corps de Notre-Sei £neur, il sembla s'élancer de toutes ses forces au-devant de lui; Dieu lui avait fait la grâc- de conserver toute sa présence d'esprit pendant la cérémonie. Lorsqu'elle fut terminée, sa mère lui dit: « Mon enfant, Notre-Seigneur, durant sa vie mortelle, a guéri tant de malades, j'espère la même faveur de la visite qu'il vient de te faire.» — « Je l'espère aussi, maman, répliqua-t-il, mais quand ce ne serait pas...» C'est le seul mot qu'il ait osé lui dire, touchant son état; mot précieux, qui atteste quelque chose de plus qu'une simple résignation aux ordres de la Providence. Toute la journée qui suivit la réception des sacrements, il ne cessa de répétercombien il se trouvait heureux. « On craignait de me faire une impression fâcheuse, disait-il, je n'en ai éprouvé d'autre que celle d'une grande joie. » Une heure avant d expirer, il répéta encore un acte d'amour de Dieu avec son confesseur, qui ne le quitta qu'après lui avoir fermé les yeux. C'était le jour de Saint-Jean, 27 décembre 1826. Son père, en l'embrassantpour la dernière fois, lui avait dit : « Adieu, mon fils, sois heureux. » On a voulu que ces mots, qui respirent l'immortalité et le bonheur, fussent gravés sur sa tombe. On y a ajouté ceux-ci, tirés d'un psaume, qui semblent en être la réponse : c J'espère posséder les biens du Seigneur en la terre des vivants. » Souvenir des Petits Séminaires.
Sur le lit de douleur, où languit plusieurs mois le pieux Calixte Frèze, mort au séminaire de Saint-Sulpice, en 1827, une seule pensée l'occupait constamment, celle-là même qui l'avait occupé toule sa vie, l'amour de son Dieu. A quelque partie du jour ou de la nuit qu'on le visitât, toujours on pouvait remarquer dans ses traits un doux contentement, heureuse anticipation du bonheur éternel dont il allait jouir. Si parfois il sortait de son calme habituel, c'é- I lit pour exprimer son désir de participer au banquet eucharistique, ou pour parler de la joie qu'il éprouvait d'y avoir participé ; il recouvrait alors une partie de sa vivacité, et il peignait les sentiments qui l'animaient, dans des termes qui ravissaient et attendrissaient tous les assistants; la voix lui manquait quelquefois, et alors ses regards, amoureusement tournés vers l'endroit où avait reposé le
corps adorable du Sauveur, disaient assez quelles douces pensées de reconnaissance occupaient son âme.
Dans les jours qui précédèrent sa mort, il parlait Irés-peu ; profondément recueilli, il semblait vouloir dérober aux hommes ce qui se passait entre Dieu et lui. Sans doute il s'occupait alors à former dans son cœur ces saintes affections qu'il avait mises par écrit, peu te temps auparavant, et qui peignent si bien tout l'élan d'une âme embrasée d'amour, qui sent approcher enfin le jour de son bonheur.
« 0 mon Dieu, dL>ail-il dans cet écrit, déjà je nage en votre sein, x à torrent de délices ! Plus je m'enfonce, plus je désire m'abîmer ! * 0 créatures, que je suis loin de vous ! Je vole en des régions loin- « taines. Je suis comme la nacelle légère perdue dans l'Océan; un « vent impétueux m'a poussé bien loin des plages connues. Courage, « mon âme, l'éternité approche! Courage, nous voici au port, élan- « çons-nous sur le rivage ; ou plutôt, ô mon âme, élevons-nous dans « les cieux ! 0 Dieu, paraissez; alors vous absorberez mon âme; « quittant ses organes grossiers, elle montera vers vous ; vous la re- « cevrez dans votre sein ; elle: y sera heureuse de votre bonheur. O « Seigneur ! à vous seul alléluia, alléluia éternel. »
Vie de Calixte Frèze, par M. d'E.xauvîllez.
Le comte de Stolberg, grand seigneur, issu d'une maison longtemps souveraine, célèbre par son beau caractère et par ses talents, avait eu le malheur de Battre dans les erreurs du protestantisme. L'étude des Pères de l'Église lui fit concevoir des doutes sur la légitimité de la réforme luthérienne, et il chercha la vérité avec la candeur et la maturité d'un esprit droit; puis, se démettant de tous ses emplois, s'arrachant, avec tous les déchirements d'un cœur tendre, à ses amis, à ses parents, à un père chéri, il se rendit à Munster, ainsi que sa femme ; et tous deux abjurèrent le Luthéranisme en 1800. Sa conversion lui attira des fureurs jalouses, des haines qui ne servirent qu'à mettre au jour la charité admirable, dont ce cœur vraiment chrétien était rempli.
On aime à voir ce grand homme prés de la mort, entoaré de ses quinze enfants, demandant pardon de ses manques oe charité, et priant qu'on oublie tout le mal qu'on a pu lui faire, dans des termes solennels et touchants, comme ceux d'un patriarche des temps primitifs.
« Vers une heure après midi (est-il dit dans le récit de sa mort par «ses enfants), il nous fit tons appeler. Nous nous agenouillâmes an- « tour de son lit, et ii prononça les paroles suivantes d'une voix aftfaiblie, mais émue et solennelle: «Je suis ici, en face de Dieu « présent partout, Père, Fils et Saint-Esprit, et je supplie la sainte « Trinité, que j'ai toujours adorée, d'avoir pitié de nous tous, de moi,
« de ma première femme, de celle qui vit encore, de mes frères eï « sœurs morts .ou vivants, de mes entants morts ou vivants, de mes € gendres, de mes brus, de mes neveux, nièces, petits-fils et petites- « filles, de nous joindre tous en un lien d'amour par la foi, l'espé- « rance et la charité, de manière que personne de ce petit troupeau ne « se perde, et que nous soyons tous réunis un jour près du trône de « Db.u. Tout misérable pécheur que je suis, je m'en vais pourtant c plein de confiance en Jésus-Christ. Je prie mes chers enfants et « toutes les personnes avec lesquelles j'ai vécu, de me pardonner les « manques de charité dont je me suis rendu coupable à leur égard, * et les scandales que je leur ai donnés. Puisse Dieu éloigner d'eux « le tort qui aurait pu en résulter pour leurs âmes, et ne pas le leur « imputer, mais seulement à moi ! Je les conjure tous de prier pour « moi, pour ma défunte femme, et pour nous tous, tant qu'ils vi- « vront. Puisse l'Esprit de Dieu nous remplir tous de son amour, de c sorte que nous soyons un, comme le Père et le Fils sont un 1 Si « l'un de mes enfants ou de mes amis croyait que quelqu'un a eu des « torts envers moi, je le supplie de ne pas en conserver de ressenti- « ment, mais de prier pour celui de qui il aurait cette opinion. Mes c enfants chéris, il y a une chose que je voudrais vous graver dans « le cœur. Nous sommes tous hommes, tous pécheurs ; mais tenez « toujours votre cœur ouvert au Seigneur ; n'ayez pas peur de lui, car «si nous i'appréhendons, qui n'appréhenderons-nous pas? Et si « nous n'avons pas confiance en lui. en qui pourrons-nous avoir con- « fiance (1)? »
3. On a beau faire parade d'incrédulité : il est une borne, où il faut désavouer la licence philosophique.
Le fier athée en vain se pique Du pompeux titre d'esprit fort; Un raisonnement sophistique De sa raison est tout l'effort.
Etraage effet de sa manie!
De l'universelle harmonie ïl dément l'éloquente vo?x ; Mais, quand le trépas le menace, La terreur succède à l'audace, Dont il faisait gloire autrefois.
Toussaint, auteur de ce livre De» Mœurs, si justement condamné, n'était pas dans la vérité un impie fortement prononcé, mais un
(l ) Annales de philosophie chrétienne, t. IX. — Raison du Christianisme, t, VII.
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apôtre du déisme, que la religion chrétienne, dit Pascal, ne hait pas moins que l'athéisme. Cet auteur, attiré en Prusse par Frédéric, y fut attaqué d'une maladie de langueur, dont il mourut après un an de souffrances.
La veille de sa mort, il envoya prier M. Thiébaut et ses autres amis de vouloir bien se trouver le lendemain, à six heures du matin, che2 lui, pour assistera une cérémonie religieuse qui aurait lieu. En effet, le lendemain oh y trouva le curé catholique, qui se disposait à lui donner le saint Viatique ; sa femme et ses enfants étaient à genoux, au pied de son lit. Nous fîmas comme eux, dit M. Thiébaut, de qui est ce récit. En ce moment, M. Toussaint, ayant fait reiever ses coussins, de manière à être presque assis dans son lit, pria M. le curé d'attendre un moment, et, s'adressant à son fils, alors âgé de quinze ou seize ans, et le faisant placer sous ses yeux: « Mon fils, lui tiitc il, écoutez et retenez bien ce que je vais vous dire. Je vais paraître « devant Dieu, et lui rendre compte de toute ma vie ; je l'ai beaucoup «offensé; j'ai grand besoin d'en obtenir miséricorde
« Je vous ai scandalisé par une conduite trop peu religieuse, et c par des maximes beaucoup trop mondaines : me le pardonnerez- « vous? Ferez-vous ce qu'il faut pour que Dieu me le pardonne? « Arriverez-vous de vous-même à d'autres principes que ceux que je « vous ai donnés? Par malheur, vous atteignez un âge où l'on est « trop enclin à oublier les leçons les plus sages: puissé-je me flatter « que vous n'oublierez que celles qu'il est s; désolant pour moi de « vous avoir données! Écoutez bien, mon fils, les leçons tardives que « je vous donne en ce moment: j'atteste le Dieu que je vais recevoir, « et devant qui je vais paraître, que si j'ai paru peu chrétien dans « mes actions, dans mes discours et dans mes écrits, ce n'a jamais « été par conviction ; que ce n'a jamais été que par respect humain, « par vanité et pour plaire à telles et telles personnes.
« Si donc vous avez quelque confiance en votre père, ne vous en « servez que pour rendre plus respectable à vos yeux ce que je vous v dis aujourd'hui. Puissiez-vous graver dans votre âme et vous rap- « peler plus vivement celte dernière scène de la vie de votre père! « Mettez-vous à genoux, mon fils: joignez vos prières à celles des « personnes qui m'entendent et qui vous voient ; promettez à Dieu t que vous profiterez de mes dernières leçons, et conjurez-le de me « pardonner. > Souvenirs du roi de Prusse, tome 5, page 78
Quand Owi a bien véca, on meurt non-seulement sans crainte, mais avec joie.
Saint François de Sales rencontra, dan3 ses visites pastorales, un vieillard qui désirait avoir, avant de mourir, la consolation de voir ion évêque. Le saint prélat mit le même empressement à se rendre
à ses désirs. Ce bon vieillard, après s'être confessé, se trouvant seul avec sain! François de Sales, lui ai! ; « Monseigneur, ne mourrai-je pas bientôt? » Le prélat crut qu'il était saisi de frayeur, et qu'il devait Je rassurer; il lui répondit : c J'en ai vu revenir de plus loin. » — € Mais mourrai-je a votre avis ?» — « Un médecin répondrait à cela mieux que moi. Abandonnez-vous à Dieu, afin qu'il fasse de vous selon son bon plaisir, et son bon plaisir sera toujours votre mieux. > — « Ce n'est pas de crainte de mourir que je vous fais cette demande, car j'ai de la peine à me résoudre à revenir de cette maladie. » — « Mais, mon Gis, d'où vous vient ce dégoût de la vie, dont l'amour est si naturel? » — c Si Dieu ne m'avait commandé de demeurer en ce monde jusqu'à ce qu'il m'en retire, il y a bien longtemps que je n'y serais plus. » — € Vous avez donc eu quelque grand déplaisir, qui vous a fait abhorrer la vie et souhaiter la mort avec tant d'instance. Auriez-vous quelque incommodité secrète en votre corps ou en vos biens?» — c J'ai joui d'une vie fort saine jusqu'à l'âge avancé où je suis parvenu. Du bien, je n'en ai que trop ; je ne sais, par la grâce de Dieu, ce que c'est que la pauvreté. » — « Vous avez donc quelque mécontentement au sein de votre famille? * — « J'ai tout le bonheur q>;i se peut souhaiter ; jamais les miens ne m'ont causé le moindre déplaisir; et, si j'avais peine à quitter ce monde, ce serait parce qu'il me faut séparer de ma famille. » — « D'où vient donc, mon fils, ce désir de la mort. > — « Le voiei : Dans les prédications, j'ai joujours entendu faire tant de magnifiques récils de l'autre vie et des joies du paradis, qu'il me semble que ce monde est un cachot et une véritable prison. » Alors, parlant de l'abondance de son cœur sur un si beau sujet, il en dit tant de choses merveilleuses, que saint François de Sales en fut ravi et tout baigné de larmes de tendresse; il vit d'ailleurs que cet homme simple et sans lettres avait été enseigné de Dieu même, et que la chair et le sang ne lui avaient point révélé de si grandes choses, mais l'Esprit de Dieu. Il lui administra de «es propres mains le sacrement de l'Extrême-Onction, et, peu d'heures -•-• , ii le vit expirer sans se plaindre d'aucune douleur.
Esprit de saint François de Sales.
DEUXIÈME INSTRUCTION
Du sajetde sacrement de l'Extrême-Onction. — Cas où il doit être administré. — Dispositions pour le recevoir. — Ce que doit faire le malade après avoir été administré. — Ce que doivent faire les assistants.
D. A qui ce sacrement doit-il être conféré? R. Aux malades qui sont en danger de mort.
Ce n'est que pour les fidèles dangereusement malades que ce sacrement a été institué. On ne peut donc le conférer qu'à ceux qui sont en un danger probable et prochain de mort, soit à raison d'une maladie proprement dite, soit à raison d'une grande caducité; car la vieillesse, surtout lorsqu'elle est très-avancée, est une véritable maladie. On ne peut donc administrer l'Extrême-Onction, ni aux condamnés à mort, ni à ceux qui entreprennent un voyage périlleux, ni aux militaires qui sont sur le point de livrer bataille, ni enfin à ceux qui courent un risque quelconque, autre que celui qui vient d'une maladie.
On doit l'administrer aux enfants en péril de mort, dès qu'ils ont l'usage de la raison et qu'ils sont capables de pécher, alors même qu'ils n'auraient point fait encore leur première communion.
On l'administre aussi à tous les malades qui ont perdu connaissance, et auxquels on croit pouvoir donner l'absolution.
D. Faut-il attendre la dernière extrémité de la maladie pour recevoir ce sacrement?
R. Non, il faut lâcher de le recevoir avec une parfaite connaissance.
Il suffit, pour qu'on puisse administrer ce sacrement aux malades, que leur maladie soit grave comme le porte une bulle du pape Benoît XIV (1). Si l'on attend à ce moment
(I) Qui gravi morbo laborant. Bened. XIV, bull. lui, n. 46.
suprême où l'âme va s'échapper du corps, où l'on est sans raison, sans parole, et souvent même dans le délire, comment le malade pourra-t-il coopérer à la grâce?
Quand toutes les facultés sont affaissées et que l'on est presque sans sentiment, quand l'Onction sainte n'est plus appliquée que sur une matière inerte, sur une machine délabrée, comment produire ces actes de foi, de contrition, de confiance en Dieu, sans lesquels il est impossible de recueillir, dans toute leur abondance, les fruits que produit le sacrement? A force de différer, ne s'exposet-on pas encore à être surpris par la mort, sans avoir reçu ce secours si puissant? Que de terribles accidents de cette nature ne voit-on pas arriver tous les jours! Ce n'est que lorsqu'un malade va exhaler son dernier souffle, qu'on fait appeler à la hâte un prêtre; et, quand le prêtre arrive, il ne se trouve plus qu'en face d'un cadavre ! 0 malheureux parents, quelle terrible responsabilité vous assumez sur votre tête! Quoi! vous aimez, dites-vous, cette personne, et, sous le frivole prétexte de ne pas l'alarmer mal à propos, vous la laissez mourir sans lui procurer les secours de la religion ; ou bien, par vos coupables délais, vous êtes cause que, lorsqu'on les lui administre, elle n'est plus en état d'en profiter! Votre tendresse mal entendue n'est-elle pas une véritable cruauté? Non, non, vous n'aimiez pas réellement ce parent, cet ami, puisque vous n'avez pas eu une pensée pieuse à lui suggérer, un avertissement charitable à lui donner; et vous avez laissé cette âme, qui devait vous être si chère, dans l'abandon et la disgrâce de son Dieu ! Le service le plus signalé qu'on puisse rendre à quelqu'un, et la meilleure manière de lui témoigner son attachement, c'est de lui faire recevoir les sacrements avec une entière connaissance, puisque de là dépend souvent l'éternité bienheureuse ou malheureuse *,
On ne veut pas, dit-on quelquefois, effrayer un malade et s'exposer à accélérer sa mort. 0 incrédulité ! ô infidélité! ce qui est institué pour redonner la santé et la vie, peut-il
être cause de la mort? Sans doute, il faut bien se garder d'épouvanter ceux qui sont dans cet état douloureux ; mais la charité a de saintes industries pour s'insinuer doucement dans les cœurs. On peut leur faire envisager, avec la gué- Tison infaillible de leur âme, celle du corps, surtout s'ils sont encore en état de guérir sans miracle, et si leur rétablissement doit être utile à leur salut. Mais pourrait-on les encourager par cette espérance, en attendant à cette extrémité fatale, où la maladie est désespérée et la mort inévitable (1)1
Si vous vous empressez de procurer aux autres les secours spirituels, Dieu vous en récompensera, en suscitant quelque personne pieuse, qui vous avertira du danger, quand votre heure sera venue.
D. Avec quelles dispositions doit-on le recevoir?
R. Avec une vraie contrition de tous ses péchés, une parfaite confiance aux mérites de Jésus-Christ, et une résignation entière à la volonté de Dieu.
L'Extrême-Onction, qui est le sacrement des mourants quant au corps, n'en est pas moins, comme nous avons eu soin de le dire, un sacrement des vivants quant à l'âme.
(1) Il y a une obligation grave pour les médecins, lorsqu'ils voient leurs malades en danger de mort, de les engager à recevoir les derniers sacrements. Voici ce que leur prescrit le concile de Latran : « Comme l'infirmité corporelle provient souvent du péché, ainsi qu'on « peut le conclure de ces paroles de Jésus-Christ à un infirme qu'il « avait guéri : Allés, et ne péchez plus, de peur qu'il ne vous arrive
* quelque chose de plus fâcheux, nous ordonnons aux médecins des « corps, lorsqu'ils seront appelés auprès des malades, de les exhorter « à avoir recours avant tout aux médecins des âmes, afin qu'après t avoir guéri leur âme, les remèdes agissent avec plus d'efficacité sur t leur corps, parce que lorsque la cause cesse, l'effet cesse égale-
* meni. > Concil. Later. IV, can. xxn.
Le même concile leur défend aussi, sous peine d'excommunication, de jamais conseiller aux malades un remède qui puisse nuire à leurs intérêts spirituels, parce que l'âme est infiniment plus pié cieuse que le corps.
Il n'opère que selon les dispositions de ceux qui le reçoivent. IJ fau" donc :
4° L'état de grâce. On ne doit l'administrer qu'après que le malade a été confessé et absous. Que si le malade a perdu l'usage de la parole et qu'il ne puisse se confesser, alors le prêtre lui donne toujours l'absolution, parce qu'il suppose charitablement qu'il a eu quelque regret de ses iniquités, quoiqu'il n'en ait pu donner aucune marque, ou que du moins il a eu quelque désir de conversion avant d'avoir perdu connaissance; et alors l'absolution avec l'attrition peut lui remettre les péchés. Mais, hélas ! qu'il est à craindre que cette absolution ne soit de nul effet, dans une circonstance si désespérée ! Aussi le prêtre ne la risquet-il qu'en tremblant. D'un côté, craignant la profanation de deux sacrements, d'un autre ne voulant pas priver un moribond de sa dernière ressource, il se trouve dans la plus vive anxiété, et il se décide toujours pour le parti le plus favorable au salut du malade, à moins qu'il n'ait des signes manifestes de son impénitence. Or, quand on est obligé de tout précipiter, de tout hasarder, quelle chance de succès peut-on avoir? Ah! n'attendons pas à ces moments critiques, pour mettre ordre à notre conscience; soyons toujours prêts, comme nous le recommande notre divin Maître (1). Quand il s'agit d'un bonheur ou d'un malheur éternel, on ne saurait prendre trop tôt ses sûretés.
2 Une foi vive et éclairée, San» la foi, il est impossible de plaire à Dieu. Mais c'est surtout quand on est aux portes de l'éternité, que la foi doit se réveiller dans l'âme et plus forte et plus généreuse. Quel bien croyez-vous que {'Extrême-Onction pourrait opérer dans un impie ou un incrédule, qui, cédant à d'instantes sollicitations, ne se répoudrait à recevoir ce sacrement que pour plaire à sa famille, pour ne pas choquer, comme on le dit quelquefois, des préjugés vulgaires! Alors ce ne serait pas remplir un
(1) Eslote parati. Luc.,i.n> 40.
acte religieux, mais commettre un véritable sacrilège. Ce n'est que par la foi que l'officier de l'Évangile obtint la guérison de son fils (1); ce n'est que par ïa foi que le.cen tenier obtint la guérison de son serviteur (2). Croyez-vous? demandait Notre-Seigneur à ceux qui se présentaient à lui pour être guéris, montrant par là évidemment la nécessité de la foi, pour obtenir ses grâces. Croyez donc pendant toute voire vie; croyez surtout à l'heure de votre mort, et votre foi vous sauvera
3° Une contrition sincère. La contrition est une condition indispensable pour obtenir le pardon des péchés. Et, si jamais on doit gémir sur le malheur qu'on a eu d'oublier et d'outrager son Dieu, n'est-ce pas lorsqu'on est sur le point de comparaître à son tribunal, pour lui rendre compte de toutes les actions et de toutes les pensées de la vie? Un péché qui n'est pas rétracté, qui n'est pas détesté, subsiste toujours; et Dieu, qui est la justice et la sainteté mêmes, ne peut le remettre qu'autant qu'on déplore le malheur de l'avoir commis. Parla jugez de l'effroyable malheur d'un mourant, qui a perdu connaissance, sans avoir eu aucun regret de ses fautes, aucun désir de rompre ses mauvaises habitudes et de s'en confesser. C'en est fait de lui; il se trouve dans le cas de l'impénitence finale; PExtrême-Onction, cette dernière ressource du pécheur mourant, ne lui sert de rien ; et il doit s'attendre à toute la rigueur des jugements de Dieu.
Bien que les malades aient reçu le sacrement de pénitence avant celui de l'Extrême-Onction, il est toujours à propos qu'ils produisent, immédiatement avant celui-ci, quelque acte de contrition ; et, à mesure que le prêtre prie sur eux, en leur faisant les onctions, il faut qu'ils détestent, selon leur pouvoir, à chaque onction, tous les péchés qu'ils ont commis par les divers sens de leur corps.
(1) Credidit homo sermoni, quem dixil ei Jésus. Joan,, îv, 50.
(2) Credilis quia hoc possum facere vobis? Dicunl ei : U tique, Domine... Secundùm fidem veslram fiât vobis. Math., ix, 28.
4° Une parfaite confiance. Quelles que soient la multitude et l'énormité de nos crimes, le Seigneur nous assure que, si nous revenons à lui avec un cœur contrit et humilié, il nous les pardonnera. Vos péchés seraient-ils aussi rouges que l'écarlate, vous dit-il par la bouche d'un prophète, il les rendra aussi blancs que la neige (1). Comment pourrait-on ne pas compter sur sa promesse, et douter de sa bonté infinie? Mais il arrive souvent que le démon, après avoir représenté à un pécheur ses fautes comme chose de peu d'importance, comme une faiblesse naturelle à l'homme, dont il lui sera après tout facile d'obtenir le pardon, prend un tout autre langage, quand il voit un malade sur le point de rendre son Ame à Dieu. Il lui exagère le nombre et la gravité de ses offenses, son obstination au mal, l'abus qu'il a fait de tant de grâces; il lui peint la justice divine sous les couleurs les plus effrayantes, et s'efforce de lui faire dire, comme autrefois à Gain : « Mon iniquité est trop grande pour que j'obtienne le pardon (2). ■ Tentation terrible, contre laquelle on ne saurait trop se prémunir. Sans doute, il est fâcheux, très-fâcheux d'avoir attendu pour se convertir jusqu'à la maladie, jusqu'au dernier moment; mais tant qu'on vit, tant que le cœur bat, tant qu'on a une volonté, tout espoir de salut n'est pas perdu, on peut encore se donner à Dieu. Une larme, un soupir suffisent pour nous rendre le Seigneur favorable, et puis la grâce des sacrements suppléera à l'imperfection de nos dispositions. Ayez donc confiance, c'est le Seigneur qui vous le dit, ayez confiance, vos péchés vous sont remis (3). Voyez le bon larron sur la croix : un instant l&i a suffi pour obtenir de la bouche du Sauveur l'assurance de son pardon et de son entrée dans la gloire. Jetez les yeux sur votre crucifix : le sang de Jésus-Christ, versé
(1 ) Si fuerint peccata vestra ul coccinum, quasi nix dealbabuntur ; et si fuerint rubra quasi vermiculus, velut lana alba erunt. Is., i, 18.
(2) Major est iniquitas mea quàm utveniam merear. 6ren.,iv, 13.
(3) Confide, fili, remiuuntur tibi peccata tua. Math , ixr 2.
pour votre rédemption, ne crie pas vengeance ; mais, au contraire, il crie miséricorde. Dites donc à votre divin Sauveur : « 0 mon Dieu, c'est en vous que je mets toute ma confiance (1). Quels que soient vos desseins sur moi, que je guérisse ou que je meure, je me reposerai dans cette espérance que vous n'abandonnerez pas mon âme dans l'enfer (2). »
5° Une résignation entière. Il n'est pas au pouvoir d'un malade d'arrêter la violence du mal qui le consume, ni de prolonger d'une minute la durée de sa vie. Bon gré, mal gré, il faut mourir. Faisons donc de nécessité vertu. Point de plaintes, point de murmures. Si l'instant fatal est arrivé, acceptons-le avec calme et résignation. Dieu n'est-il pas le maître de notre existence? Remettons donc avec confiance notre âme entre ses mains. Il n'y a rien de plus propre à désarmer le bras d'un Dieu vengeur, que de lui offrir, en expiation des iniquités dont nous nous sommes rendus coupables, le sacrifice de notre vie. Tout forcé qu'il est, on le rend volontaire, en se soumettant de bon cœur aux adorables décrets de la Providence. Au lieu donc de se laisser aller à de vaines terreurs, qu'on se dise à soi-même : Je sais que la vie doit avoir un terme, pourquoi tant m'attacher à ce monde qui passe ? Voici le beau jour de l'éternité qui approche... Je suis entré dans ce monde, parce que Dieu l'a voulu; j'en sors également, parce que c'est la volonté de Dieu. Ainsi nous imiterons Jésus-Christ, qui s'écria du haut de sa croix : a 0 mon Père, je remets mon esprit entre vos mains (3). » Ainsi nous pratiquerons ce que dit saint Paul : a Soit que nous vivions, soit que nous mourions, vivons et mourons pour le Seigneur a (4). »
(1) In Domino confido. Ps. x, 2.
(2) Caro mea requiescet in spe, quoniam non derelinques animam meam in inferno. Ps. xv, 9.
(3) Pater, in manus tuas commendo spiritum meum. Luc, xxiu.
(4) Sive enim vivimus, Domino vivimus. Sive morimur, Domino norimur. Rom., xiv, S.
D. Le Sacrement de VExtrême-Onction est-il nécessaire pour être sauvé?
R. Non, il n'est pas absolument nécessaire, mais ce serait un péché de négliger de le recevoir.
La grâce de Dieu suffit pour aller au ciel, et on peut l'avoir indépendamment de PExtrême-Onction. Néanmoins, ce serait aller contre les intentions de Jésus-Christ, qui, dans son immense amour pour nous, a institué ce sacrement pour nous secourir à l'article de la mort, que de refuser de le recevoir. Ce serait manquer à la charité que i'on se doit à soi-même, que de se priver, de propos délibéré, de tous les fruits que produit l'Extrême-Onction, de l'augmentation de grâces et de forces qu'elle confère, et de s'exposer par là à un danger probable de succomber aux tentations, que le démon suscite pour l'ordinaire en ce moment. Nul doute que celui qui refuserait de recevoir ce sacrement par mépris, ne péchât mortellement.
D. Peut-on recevoir plusieurs fois l'Extrême-Onction ? R. Oui, pourvu que ce ne soit pas dans la même maladie.
La même personne peut recevoir l'Extrême-Onction dans diverses maladies, toutes les fois qu'elles sont dangereuses ; mais on ne doit pas la réitérer dans la même maladie, quelque longue qu'elle soit, à moins que le malade, après une certaine convalescence, ne retombe dans le danger de mort. Alors la maladie est censée n'être plus la même, et on administre de nouveau l'Extrême-Onction. Les prêtres ne doivent pas se montrer difficiles sur ce point; dans le doute, ils prennent le parti le plus avantageux au malade, en lui réitérant le sacrement.
Après avoir été administré, un malade doit remercier le Seigneur de la grâce qu'il lui a faite, et en conserver précieusement le fruit. Pour se maintenir dans ses bons sentiments, qu'il produise souvent des actes d'amour de Dieu, de désir de s'unir à lui, de résignation à sa volonté
sainte; qu'il prononce souvent de cœur, sinon de bouche, les saints noms de Jésus et de Mario.
Pour le prémunir contre les tentations d'infidélité, de désespoir ou de présomption, il est bon de lui suggérer des actes de foi, de confiance, d'humilité; et, pour mieux l'exciter à ces vertus, on lui met entre les mains, ou bien on expose à sa vue, dans un lieu décent, un crucifix, afin qu'il s'élance souvent par de pieuses affections vers son divin Sauveur.
Nous avons supposé jusqu'ici que le malade avait eu soin d'avance de mettre ordre à ses affaires temporelles et de faire son testament ; car c'est une chose à laquelle on doit penser quand on est en santé, pour être plus libre de s'occuper de son salut, pendant la maladie. Mais, si on avait différé jusqu'à cet instant fatal, on devrait se hâter de remplir ce devoir important. Qu'on n'oublie pas de mettre en première ligne les obligations de conscience, de faire, si les facultés le permettent, la part des pauvres ex quelques legs pieux à l'Église. En un mot, qu'on veille à ce que tout soit parfaitement en règle, afin de ne pas laisser à sa famille le plus triste des fléaux, la discorde. Rien de plus hideux que de voir des héritiers avides, qui s'entredévorent sur la tombe d'un mort, qu'ils détestent en se partageant ses dépouilles. Donc, mettez ordre de bonne heure à votre maison (1) ; et, plus tard, vous n'aurez à vous occuper que de votre éternité.
Une coutume bien touchante en certains endroits, et il serait à désirer qu'elle se répandit partout, c'est qu'un père de famille, au lit de la mort, réunisse tous ses enfants autour de lui, et les fasse mettre à genoux pour leur donner sa bénédiction et quelques avis salutaires. Qu'il ranime un instant ses forces défaillantes, pour leur dire, comme autrefois Tobie : a Mes enfants, écoutez votre père mourant, qui vous adresse ses dernières paroles sur le seuil de son
(I) Dispone domui tuae. Is.} xxxvm, 1.
éternité (1). Servez le Seigneur en toute vérité, cherchez toujours à faire ce qui lui plaît. » Qu'il leur recommande aussi d'honorer leur mère, de fuir les mauvaises compagnies, de faire l'aumône aux pauvres, de conserver entre eux la paix et la concorde. A ce moment solennel, les derniers avis d'un père, d'une mère, font la plus vive impression sur les cœurs attendris de leurs enfants, et peuvent mieux qu'en aucune autre circonstance réconcilier des frères désunis, ramener dans la bonne voie des prodigues égarés, et maintenir dans la vertu des enfants bien nés.
Chrétiens fidèles, chrétiens munis des sacrements de l'Église, envisagez la mort sans frayeur, avec une sainte intrépidité , à l'exemple des anciens patriarches , qui voyaient arriver leur dernière heure avec un noble courage (2). Demandez qu'on récite pour vous les prières des agonisants, qu'il faudrait lire de temps en temps pendant la vie, pour apprendre à se préparer à mourir; suivez-les avec attention. Enfin, comme le saint vieillard Siméon, dites au Seigneur : « Maintenant, ô mon Dieu, laissez aller votre serviteur en paix, parce que mes yeux ont vu votre saiut3 (3).»
C'est une louable et sainte pratique, à laquelle même les évêques attachent des indulgences, d'assister à la cérémonie de l'administration de l'Extrême-Onction. Quand vous voyez donc le pieux cortège sortir de l'église, allez vous y joindre : suivez-le avec foi et dévotion. Priez pour votre frère malade, qui va vous précéder dans les profondeurs de l'éternité. Songez que tôt ou tard, et plus tôt peut-être que vous ne pensez, vous serez vous-même l'objet d'une pareille cérémonie. Faites de sérieuses réflexions, en vous disant intérieurement : Si j'étais à la
(1) Audite, filii mei, patrem vestrum. Tob., xiv, 10.
(2) Spirito magno vidit ultima. Lccli., xlviii, 27.
[Z Nuncdimiuissenum tuum, Domine, secundùm vertoinituum in pace. Luc, u, 29.
place de ce malade, que voudrais-je avoir fait? Heureux ceux qui meurent dans la paix du Seigneur (1)!
TRAITS HISTORIQUES
i. Le sacrement de l'Extrême-Onction a été souvent administre dans l'Église aux malades, même assis ou à genoux ; ce qui fait bien voir qu'on n'attendait pas qu'on fût réduit à la dernière extrémité pour Je recevoir.
Saint Oswald, archevêque d'York, reçut l'Onction sacrée dans son oratoire, ensuite le Viatique, passa la nuit en prières, jusqu'au point du jour; alors il lava les pieds aux pauvres, selon sa coutume, et, en achevant le dernier verset des quinze psaumes, qu'il disait ordinairement pendant cette humble fonction j1 tomba aux pieds d'un pauvre, et mourut le dernier février de l'an 99.?.
Ve siècle. Bénédictins.
Saint Othon, évoque de Bamberg, qui mourut en 1139, recul l'Onction sainte, non couché dans son lit, mais assis dans son fauteuil. Sorius, 2 juillet.
Saint Malachie, évêque et primat d'Irlande, étant au monastère de Clairvaux, fut pris de la fièvre, au moment où il descendait de l'autel. Il se mit au lit, et témoigna aux frères que la peine qu'ils prenaient pour lui fournir des remèdes convenables, était inutile, parce qu'il était persuadé que le temps de sa mort approchait. Quelques jours après, il demanda d'être oint de l'huile sacrée ; et il voulut descendre de sa chambre, qui était au haut de la maison, pour aller recevoir ce sacrement, sans donner la peine de monter aux frères, qui auraient souhaité faire la cérémonie avec plus de solennité.
Bernard, dans sa vie, c. xxxi.
Parmi les Grecs, plusieurs malades se font porter à l'église par les mains des autres, pour y recevoir la sainte Onction.
Eucologe du Père Goart, Jacobin.
Dans un hospice temporaire, un jeune médecin, poussé sans doute par le désir de donner des secours plus prompts à un malade, écartait et le prêtre et la table préparée pour l'administration de l'Extrême-Onction. Le malade rappela le prêtre et se plaignit au médecin, c Les remèdes de l'âme, » lui dit-il, « me sont plus ur« gents que ceux du corps ; vous ne me guérirez sans doute pas, il faut que je pense à l'autre vie. »
Gazette du Clergé, du 21 avril 1832.
Saint Malachie, étant entré chez une dame de qualité dangereuse
(1) Beati mortui qui in Domino moriuntur. Apoc, xiv, 13.
ment malade, afin de l'oindre de l'huile sainte, chacun des assistants fui d'avis qu'il différât cette onction au lendemain matin. Le saint évèque s'étant donc retiré, cette femme mourut peu de temps après. Saint Malachic fut si fâché, qu'il s'attribuait de l'avoir laissée mourir «ans la grâce des sacrements. Il passa toute la nuit en prières, en pleurs et en gémissements. Comme il continuait de prier avec ses disciples, la défunte revint de la mort comme d'un profond sommeil, se leva sur son séant, et reconnut saint Malachie, qu'elle salua dévotement. Aussitôt la tristesse se changea en joie ; et tous ceux qui virent ce miracle, en furent surpris. Mais le saint évêque remercia et bénit le Seigneur; il oignit de l'huile sainte la femme ressuscitée, sachant, dit saint Bernard qui rapporte cette histoire, « que les péchés sont remis dans ce sacrement, et que la prière de la foi sauve l'infirme. » Celte femme revinlen parfaite santé, et vécut encore quelque temps, afin que la gloire du Seigneur fût manifestée en elle. Après avoir fait la pénitence que saint Malachie lui avait enjointe, elle mourut pour la seconde fois, dans la grâce du Seigneur qui l'a'tira à lui. D. Bern., Vie de saint Malachie, c. xxiv.
Saint François de Sales, ayant appris que le comte son père était dangereusement malade, se rendit en diligence au château de Sales; et, quoique pénétré de la douleur la plus vive, il eut le courage de consoler sa famille, d'administrer les derniers sacrements à son père, et de l'exhorter à la mort. God., 29 janv.
2. Pour recevoir le saint Viatique, le pape Pie VI se fit revêtir de ses habits pontificaux; et, par respect pour Jésus-Christ, il voulut qu'on le descendît de son lit et qu'on le plaçât sur un fauteuil . Monseigneur de Djima, archevêque de Corinthe, les larmes aux yeux, s'avança pour administrer le Sainl-Père, et lui demanda, en présence de Jésus-Christ, s'il pardonnait à ses ennemis. A cette question, Pie VI, levant les yeux au ciel et les fixant ensuite sur un crucifix qu'il tenait toujours dans ?es mains, répondit : « De tout mon cœur, de tout mon cœur. » Ii avait béni ses ennemis -n entrant en France, il leur pardonne en sortant Je ce lieu de misères; et, ne pouvant plus instruire les fidèles par ses paroles, il leur laisse dans ses exemples la plus touchante, la plus efficace de toutes les instructions.
Le maréchal de Villars ayant été blessé à la bataille de Malplaquet, se trouva si mal, qu'il fut question de lui administrer les derniers sacrements. On lui proposa de faire cette cérémonie en secret : «Non, dit-il, puisque l'armée n'a pu voir Villars mourir en brave, il est bon qu'elle le voie mourir on chrétien. »
Vie du maréchal de Villart.
Napoléon qui, dans les jours de sa gloire, faisait consister toute •a religion à assister à une messe en musique, les jours de dimanche et de fête> NaDoléon, captif à Sainte-Hélène, commença à penser aux devoirs rengleux. Son âme, sortant enfin d'un trop iong assoupissement, cessa d'être bercée des rêves d'une gloire et d'une grandeur évanouies à jamais. Lorsqu'il se vit tête à tête avec la mort, entre les médecins et un prêtre de Jésus-Christ, lorsqu'il s'agit de ses destinées dernières, que fit l'illustre captif? Il congédia les médecins et fit approcher l'abbé Yignoli, son aumônier : « Je crois à « Dieu, lui dit-il ; je suis de la religion de mon père : n'est pas « athée qui veut. Je suis né dans la religion catholique, je veux «remplir les devoirs qu'elle impose , et recevoir les secours qu'elle « administre. » A la nouvelle de cette résolution, certaines gens craignirent, à Sainte-Hélène, l'effet que cette détermination, qu'ils appelaient une faiblesse, pourrait produire à Paris. On ne voulait pas que le vainqueur du pape mourût comme un capucin. Là-dessus, Napoléon s'échauffa contre le fidèle, mais ignorant serviteur, qui faisait ces difficultés. « Et que sont donc, dit-il, que sont donc tous « les hommes et tous les conquérants, que sont Alexandre et César et <a Charlemagne avec toute leur gloire? Que serai-je, comme eux, «dans un instant? Néant, pourriture, proie des vers 1 Tout cela * passe, mais Jésus-Christ subsiste, et, seul, il ne passe pas ! c'est « le roi, c'est le maître ! et je ne suis devant lui que ce qu'est le « dôme des Invalides devant le soleil, que ce que tu es devant moi, c toi-même : un morceau de plomb que j'ai un peu doré. »
L'empereur se confessa, et l'abbé Vignoli lui administra le Viatique et l'Extrême-Onction. Après ce grand acte accompli, Napoléon dit au général Montholon: «Je suis heureux d'avoir rempli mes c devoirs. Je vous souhaite, général, à votre mort, le même bonheur. « J'en avais besoin, car je suis Italien, voyez-vous, enfant de classe « de la Corse. Je n'ai pas pratiqué sur le trône, parce que la puis- « sance étourdit les hommes; mais j'ai toujours eu la foi ; le son « des cloches me fait plaisir, et la vue d'un prêtre m'émeut. Jevou- « lais faire un mystère de tout ceci ; mais c'est de la faiblesse. Je veux « rendre gloire à Dieu. Général, donnez des ordres pour qu'on « dresse un autel dans la chambre voisine ; on y exposera ie saint « sacrement. Je doute qu'il plaise à Dieu de me rendre la santé ; « mais je veux l'implorer. Vous ferez dire les prières des Quarante- « Heures. » Puis se ravisant : « Non, reprit-il, pourquoi vous charger « de celte responsabilité? On dirait que c'est vous, noble « homme, qui avez tout commandé de votre chef; je veux donner les « ordres moi-même. >
Le pieux cardinal Fesch, qui aimait tendrement son neveu eî qui connaissait xoute la sincérité de ses sentiments religieux, a souvent VI. 13
répété à une personne, qui le voyait à Rome: « Croyez-moi, Dieu lai afait grâce. Quand Dieu condamne un homme, il le brise; mais il ne l'humilie pas. Or, Dieu a pris soin d'humilier mon neveu; mon neveu est mort en chrétien, et j'espère le revoir là-haut. »
Fortes têtes du jour, s'écrie M. de Chateaubriand, quittez votre admiration pour Napoléon ; vous n'avez rien à faire de ce pauvre homme ; ne se figurait-il pas qu'une comète était venue le chercher, comme jadis elle emporta César! De plus, il croyait à Dieu, il était de la religion de son père; il n'était pas philosophe ; il n'était paa athée ; il n'avait pas. comme vous, livré des batailles à l'Éternel, bien qu'il eût vaincu bon nombre de rois ; il trouvait que tout proclamai! l'existence de l'Être suprême; il déclarait que les plus grands génies avaient cru à cette existence, et il voulait croire comme ses pères. Enfin, chose monstrueuse ! ce premier homme des temps modernes, cet homme de tous les siècles, était chrétien dans le dix-neuvième liècle ! Son testament commence par cet article: «Je meurs dans la religion Catholique, Apostolique et Romaine, dans le sein de laquelle je suis né, il y a plus de cinquante ans. » Au troisième paragraphe du testament de Louis XVI, on lit : « Je meurs dans l'union de notre sainte mère l'Église Catholique, Apostolique et Romaine. » La révolution nous a donné bien des enseignements ; mais en est-il un seul comparable à celui-ci: Napoléon et Louis XVI faisant la même profession de foi ! Voulez- vous savoir le prix de la croix ? Cherchei dans le monde entier ce qui convient le mieux à la vertu malheureuse eu à l'homme de génie mourant. Mémoires d'Outre-Tombe.
Nous avons eu la consolation d'apprendre que l'illustre général Bertrand, fidèle au grand exemple qu'il avait reçu à Sainte-Hélène, n'a pas voulu mourir sans les secours de la religion. Il a noblemenl couronné sa loyale vie, en donnant à ses contemporains cette noble leçon de plus. 11 n'avait point rougi du malheur ; il n'a pas rougi de Dieu ; et les derniers moments, pendant lesquels il pouvait jouir de la gloire humaine, lui ont servi, nous avons tout lieu de l'espérer, i conquérir une gloire qui ne finira jamais.
3. Parmi tant de morts édifiantes, dont nous pourrions rappeler le souvenir, contentons-nous de citer les suivantes.
Catherine de Harlay, issue d'une famille recommandablepav son ancienneté et ses vertus, reçut une éducation solidement chrétienne, dont elle fut redevable aux soins d'une mère vraiment digne de ce nom. Elh> porta dans le mariage, et y conserva toutes les vertus, qu'on avait admirées en elle, dès l'enfance. A peine deux ans s'étaient écoulés depuis son mariage avec M. de la Meilleraye, qu'elle /ut attaquée tout à coup d'une fièvre violente ; ses douleurs étaient excessives ; elles ne lui arrachèrent aucune plainte. « Continu -.
€ s'écriait-elle, continuez, ô Dieu de miséricorde, d'augmenter mes c maux, si telle est votre volonté; je ne dois demander que la force c et le courage de les soutenir ; et, cette grâce, je la sollicite a nom « de cette Vierge pure, qui, durant neuf mois, porta mon Sauveur t dans son sein. » Elle demanda le saint Viatique, et, par respect pour /'auguste et adorable bienfaiteur qu'elle allait recevoir elle voulut que sa chambre fût ornée de ce qu'elle avait de plus précieux, et qu'on répandit des parfums exquis dans les appartements où son divin Maître devait passer. Sa faiblesse était extrême; néanmoins elle ordonna qu'on la levât, afin de recevoir à genoux son Sauveur, c Eh quoi ! disait-elle aux personnes qui s'opposaient à ses désirs, « serait-il juste que mon Seigneur et mon Dieu vînt chez moi, et que « je le reçusse sans daigner mettre le pied à terre, pour aller à sa € rencontre?» On se rendit à ses vœux, et, soutenue par deux de ses femmes, elle se mit à genoux, tout le temps que dura la cérémonie. Au moment où elle aperçut son Sauveur, elle s'écria: « Je vous c adore, ô pain de vie, froment des élus, délices des anges et des « hommes ; je vous offre et vous consacre mon corps, mon cœur, c mon âme, avec toutes ses puissances; disposez de moi selon votre c sainte volonté. » Le danger étant devenu plus pressant, elle demanda avec insistance le sacrement des mourants. Alors, pour purifier déplus en plus cette âme déjà s> parfaite, Dieu permit à l'ange des ténèbres de l'éprouver. « Je sens, dit-elle aux ministres sacrés c qui entouraient sa couche funèbre, que l'ennemi du salut essaie c de jeter le trouble dans mon âme, en mettant sous mes yeux ia c justice sévère de mon Dieu et ses redoutables jugements ; mais à c cette vuedésespérantej'opposeraison infinie miséricorde; il apromi3 « de pardonner mes offenses; et, si je suis dans sa grâce, que « puis-je craindre en ce monde et en l'autre? Qu'on ne me parle c plus que le langage de 1? confiance ; qu'on ne n>*, montre plus c que les plaies de mon Sauveur, ouvertes pour me donner un c asile. >
Sentant sa fin approcher, elle désira rendre le dernier soupir, étendue à terre. Son confesseur, dans la crainte de s'opposer à i'inspiration de l'Esprit-Saint, n'osa lui refuser ce qu'elle sollicitait avec tant d'instance. On la mit à terre, et ce ne fut qu'avec peine qu'elle consentit à avoir sa tête appuyée snr un matelas. Dans cette position, elle demanda un crucifix, et en fit placer un autre devant elle ; ensuite elle prononça d'une voix forte et animée ces paroles : « O mon « Sauveur, quelle différence entre \otre mort et la mienne, entre c vos tourments et les miens ! On vous accablait d'outrages ; et moi, t je n'entends que des paroles de paix et de consolation ; vous fûtes c abandonné de vos amis, les miens sont autour de moi. Quelque « faibles que soient mes souffrance? recevez-les, Seigneur, en ex-
'*\î TREIZIÈME LEÇOR.
< piation de mes péchés. » 2n prononçant ces mots, elle serra sur ses lèvres l'image de son Sauveur, et expira dans la vingtième année de son âge. Carron.
Edmond de Laage, élève de sixième au petit séminaire de Saint- Àcheul, ayant été attaqué de la maladie appelée tétanos, on ne lui dissimula point le danger de son état ; et, comme on voulait l'exciter à la résignation: « Oui, dit-il et répéta-t-il souvent, oui, je suis
bien résigné , je crois , j'aime bien le bon Dieu, je suis résigné
a toutes ses volontés. » Pour l'affermir contre les terreurs qui accompagnent ordinairement les approches de la mort, on lui demanda s'il ne désirait pas qu'on lui donnât l'Extrême-Onction: « Oh oui! s'ôcnail-il avec transport, je serais bien content de la recevoir. » Eril la reçut avec la plus édifiante piété, voulant répondre lui-même à toutes les prières de l'Église. Le secours de ce sacrement ne lui fut pas inutile; il parait que le démon iui livra de violents combats; à diverses reprises, on le vit faire des mouvements de la tête et des bras, comme pour repousser quelqu'un, et s'écrier: « Tu m'ennuies, va-t'en !... Non, je ne veux pas de toi... Tout à vous, ô mon Dieu! et de tout mon cœur. » Dans une autre crise semblable, il commença de lui-même à haute voix l'oraison dominicale, que tous les assistants continuèrent avec lui. Quelque temps après, comme il paraissait plus agité, un de ceun qui l'entouraient lui dit: « Ne craignei pas, mon enfant, nous sommes cinq prêtres autour de vous. » — cOh! je n'ai pas peur, mon père, » répondit-il ; puis il ajouta d'un ton de voix si pénétrant qu'il arracha des larmes à ceux qui l'entendirent: € Jésus, mon Dieu ! mon Dieu ! ayez pitié de moi ; jetez un regard sur moi, dans cette misérable vie... 0 mon Dieu, je remets mon âme entre vos mains. »
Ce saiLî jeune homme s'endormit dans le Seigneur, le 27 mai 1825 ; il était âgé de quatorze ans.
Petit Souvenir de la Retraite, p. 18.
On lisait dernièrement dans un journal du département du Nord: Voici une histoire qui nous a fait plaisir. Nous ne sommes ni philosophes ni politiques; partant, nous aimons tout ce qui porte l'empreinte de la fidélité. Cette belle vertu s'en va, dit-on, de jour en iour : il est peut-être utile d'en recueillit avec respect les derniers témoignages. Une pauvre femme, nommée Thérèse Duvet, veuve de Mathieu Haussin, vient de mourir à Steenbecque, à l'âge de quatre-vingt-treize ans. Jamais aucune infirmité n'avait affaibli sa constitution saine et robuste ; à part une surdité à peine perceptible, elle avait conservé, jusqu'au dernier jour, l'usage de toutes ses facultés. Lorsqu'elle sentit l'approche de la mort, elle s'y prépara, comme une chrétienne du vieux temps, demandant elle-même les secours
de la religion. Elle reçut le saint viatique avec une foi admirable. Le curé l'exhortant ensuite à détourner les yeux du monde et à pensera Dieu : « Penser à Dieu, dit-elle, penser à Dieu, monsieur le curé, ce n'est pas bien difficile, car il y a longtemps, voyez vous, que je le garde là. » Ce disant, elle gesticule avec force et tire d'un sachet un petit christ tout usé et tout luisant de vieillesse, et le montre au curé avec un air de triomphe.
Voici le fait: Un jour, quelques soldats de la république étaient entrés chez Thérèse, et avaient pillé tout ce qu'elle possédait. C'était alors le bon temps de la fraternité, et d'aucuns espèrent que ce bon temps pourrait bien revenir. Un de ces hommes aperçoit sur la cheminée un modeste crucifix ! !... Evidemment, Thérèse conspirait contre la république. Le héros le prend avec fureur, et se dispose à le fouler aux pieds. Thérèse, indignée d'une profanation aussi lâche qu'impie, se jette sur le soldat pour lui arracher sa proie. Une lutte s'engage, et la jeune femme, saisissant le crucifix d'une main énergique, en détache le Christ qu'elle cache dans son sein, et le couvre de baisers.
Cela se passait en 1793. C'était le même Christ, qui brillait dans la main de Thérèse mourante. « Savez-vous bien, monsieur le curé, ajouta-t-elle, queje le garde depuis tantôt cinquante-six ans. » Et un sourire ineffable efCeura les lèvres de cette bonne vieille. Une foiseneore, elle pressa contre son cœur ce gage sacré de la foi de sa jeunesse, etrenditle dernier soupir. Nous le répétons, cette histoire nous a touchés vivement. Si quelqu'un avait le courage d'en rire, nous le plaindrions. Quant à nous, nous ne trouvons que de l'admiration pour 'a foi héroïque de cette vertueuse chrétienne.
Ami de la Religion, 12 décembre 1849.