‹ Nouvelle explication du Catéchisme de RodezChapitre 16 sur 30 · INSTRUCTION · texte numérisé non relu

INSTRUCTION

Nature et définition du sacrement de l'Ordre. — Ses effets. — De la tonsure. — Des Ordres en particulier. — Excellence du Sacerdoce. — Respect dû aux prêtres. — De la vocation. — Marques de vocation.

De même que, dans l'ancienne loi, Dieu avait séparé des autres tribus les enfants de Lévi, pour qu'ils fussent spécialement consacrés à son service, de même, dans la loi nouvelle, il a tiré de la masse commune et élevé au-dessus Ae la foule, des hommes privilégiés qu'il s'est attachés par une consécration solennelle, et dont la destination particulière est d'exercer les fonctions saintes. Car, dans l'Église du Seigneur, tous ne sont pas également prophètes, également docteurs, également apôtres; il n'y a que ceux sur lesquels se repose l'Esprit-Saint, et que Dieu appelle à ce sublime ministère; et, pour introduire ses élus dans son sanctuaire, Notre-Seigneur a établi un rit sacré, que nous appelons le sacrement de l'Ordre.

D. Qu'est-ce que le sacrement de l'Ordre? R. C'est un sacrement qui donne le pouvoir et la grâce d'exercer les saintes fonctions ae l'Église.

[1 est de foi que l'Ordre ou l'Ordination est un sacrement. L'Église l'a ainsi cru de tout temps, et l'a solennellement défini en divers conciles. Nous y trouvons :

1° Un signe sensible, qui consiste dans i'imposiiion des mains et les paroles de l'évêque.

2° Ce signe a été établi par Notre-Seigneur Jésus-Christ, le jeudi saint, la veille de sa mort, immédiatement après l'institution de l'Eucharistie, lorsque ce divin Sauveur dit à ses apôtres : Faites ceci en mémoire de moi. Par ces paroles mémorables, il les consacra prêtres de la nouvelle alliance, et leur donna le pouvoir de faire comme lui, c'est-à-dire d'offrir l'auguste sacrifice de la messe; il les fit héritif rs et conservateurs de son sacerdoce, leur donnant la faculté de le transmettre à d'autres, afin qu'il y eût toujours dans l'Église des ministres, pour exercer les fonctions sa.nt.es, et étendre son empire jusqu'aux extrémités de la terre, et jusqu'à la fin des temps.

3° Ce sacrement donne le pouvoir d'exercer les fonctions gui ont rapport au culte de Dieu. Car nul, si docte, si prudent, si savant ou si saint qu'il paraisse, ne peut mettre la main à l'encensoir et exercer le ministère sacré, s'il n'est pour cela revêtu de la vertu d'en haut. S'arroger les honneurs du sacerdoce, sans avoir été consacré par l'onction sainte et l'imposition des mains du pontife, ce serait une sacrilège usurpation. Celui qui n'entre pas dans le sanctuaire par cette porte que Jésus-Christ lui-même a établie, mais qui s'introduit de toute autre manière, est un \oleur et un brigand (1).

4° Ce sacrement confère la grâce, c'est-à-dire un accroissement de la grâce sanctifiante ; de plus, il donne à ceux qui le reçoivent des grâces actuelles, qui les mettent en état de remplir plus dignement et avec plus de fruit les fonctions de leur ministère. Il répand en eux une abondante effusion de lumières, un redoublement de ferveur; et il leur inspire des pensées et des sentiments dignes de l'éminence du rang où il les élève. Cette grâce, les prêtres doivent la conserver précieusement et la ranimer sans cesse en eux, en pensant au beau jour de leur ordination.

(1) Qui non muai ; et osliurn in ovile ovium, sed ascendit aliundè, ille fur est et îalro. Joan., x. 1.

C'est la recommandation que faisait autrefois saint Paul à son disciple Timothée : a Gardez-vous de négliger la grâce qui est en vous... Je vous avertis de ressusciter la grâce de Dieu, qui vous a été conférée par l'imposition de mes mains (1). »

5° Enfin, ce sacrement imprime, comme le baptême et la confirmation, un caractère ineffaçable, qui suivra celui qui en est muni jusque dans la région de l'éternité, qui le distingue des laïques et le rend irrévocablement homme de Dieu, et entièrement consacré au service des autels. Il est donc impossible qu'un prêtre cesse d'être prêtre. On pourra bien, pour des causes graves, l'interdire, le dégrader; mais, tout en lui ôtant le droit d'exercer les fonctions de son ordre, on ne pourra jamais lui ôter le caractère qu'il a reçu. De là, il suit qu'un prêtre, quelque indigne qu'on le suppose, peut toujours consacrer validement le corps et le sang de Jésus-Christ.

La matière du sacrement de l'Ordre, c'est l'imposition des mains, faite par l'évêque sur la tête de l'ordinand. Nous voyons dans FÉcriture que c'est ainsi que les apôtres ordonnaient les évêques, les prêtres et les diacres. A l'imposition des mains, l'évêque joint la présentation des divers instruments, qui doivent servir aux cérémonies du culte ; les ordinands doivent les toucher. Alors ils reçoivent, pour ainsi dire, l'investiture de leur dignité.

La forme consiste dans les paroles qui accompagnent, soit l'imposition des mains, soit la présentation des instruments. Ces paroles expriment les divers pouvoirs, qui sont donnés à ceux qui reçoivent l'ordination.

Pour ce qui est du minisire du sacrement de l'Ordre, les évêques seuls peuvent le conférer. Telle a été la pratique générale et constante de l'Église, fondée sur les

(1) Noli negligere gratiam quse est in te... Admoneo te ut resoscites gratiam Dei, quse est in te per impositionem manuum raearum. 1. Tim., îv, H. — II. Tim., i, 6.

livres saints. Le concile de Trente a expressément condamné ceux qui oseraient prétendre que les simples prêtres partagent ce pouvoir avec les évêques (1).

D. Combien y a-t-il d'Ordres?

R. Il y en a trois majeurs ou sacrés, et quatre mineurs.

Dieu n'a pas voulu qu'on pût s'élever tout d'un coup au sommet de la montagne sainte &\ oacerdoce; mais il a établi divers degrés dans la hiérarchie ecclésiastique, pour nous rendre plus imposante la majesté du culte divin, par ce nombre et cette variété d'officiers et de ministres, qui ont chacun leur nom, leur rang et leurs fonctions particulières; de telle sorte que l'Église militante nous offre comme une image de l'Église triomphante, où nous savons qu'il y a divers rangs d'Esprits bienheureux, subordonnés les uns aux autres, pour louer incessamment le Seigneur. Voilà ce qui fait la beauté de l'Église, qui brille sur la terre, par les diverses fonctions de ses ministres, comme le firmament, au-dessus de nos têtes, par la diversité de ses étoiles. Toutefois ces Ordres, tant majeurs que mineurs, quoique spécifiquement distincts, ne constituent génériquement qu'un seul sacrement, parce qu'ils tendent tous à une même fin, qui est l'oblation du sacrifice, et qu'ils sont subordonnés au sacerdoce, qui contient toute la plénitude de ce sacrement.

Pour mieux admirer la sage économie de l'Église dans l'institution de ses ministres, et nous former une juste idée de chacun de ces Ordres, parcourons-les successivement, en commençant par les rangs inférieurs; et de là nous nous élèverons jusqu'aux degrés les plus excellents de la hiérarchie. Disons d'abord un mot de la tonsure.

D. La tonsure n'est-elle point un Ordre?

R. Nou, c'est seulement une cérémonie établie par l'Église, pour entrer dans l'état ecclésiastique et pour se préparer i recevoir les Ordres.

(1) Trid.. «ess. 23, c. xlyii.

La tonsure est le premier pas que Ton fait dans la cléricature ; elle n'est pas un Ordre proprement dit ; elle ne donne aucun pouvoir sur les sacrements et sur les choses saintes; elle est simplement une préparation, une disposition aux Ordres, dit saint Thomas (1). On peut comparer celui qui la reçoit à un simple soldat, qui s'enrôle à la guerre, sans avoir aucune dignité ou office.

On la regarde avec raison comme une espèce de noviciat à l'état ecclésiastique, pour éprouver si ceux qui sont agrégés au clergé par cette cérémonie, mériteront de monter au rang de ministres de l'autel. En recevant la tonsure, on se consacre, d'une façon spéciale, au service de Dieu et de son Église; on s'engage à renoncer aux vanités du monde et à ses folles joies, pour suivre les conseils de la perfection évangélique. C'est en signe de ce renoncement aux biens et aux frivolités de la terre, qu'autrefois on coupait aux clercs tous leurs cheveux; maintenant on se contente de leur en raser une partie, au sommet de la tête, en forme de couronne, pour représenter la couronne d'épines de Notre-Seigneur et son royal sacerdoce.

L eveque, en revêtant le tonsuré de l'habit blanc, symbole de candeur et d'innocence, prie le Seigneur do le revêtir en môme temps de l'homme nouveau, qui a été créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté.

Les tonsures portent le nom de clercs, mot qui veut dire héritage, soit parce qu'ils prennent le Seigneur pour leur partage, soit parce qu'ils deviennent eux-mêmes l'héritage du Seigneur et font partie de sa maison sainte, en se consacrant à lui. C'est ce qui a fait dire à saint Jérôme : « 0 sublimité de la dignité cléricale, par laquelle on renonce au monde entier, pour posséder Dieu seul et n'appartenir soi-même qu'à Dieu (2). » La vertu particulière

(1) Prœambulum ad ordinem. D. Thom.

(2) 0 aUitudo clericalis dignitatis, quœ toti mundo renuntiat ut

des ciercs est donc le détachement des espérances et des affections terrestres.

D. Quels sont les quatre Ordres mineurs î R. Ce sont les Ordres d'acolyte, d'exorciste, de lecteur et de portier.

Les moindres emplois dans la maison du Seigneur sont nfiniment plus relevés que les plus augustes fonctions dans a cour des princes. Si donc ces Ordres sont appelés mixeurs, ce n'est pas qu'ils ne soient très-honorables en euxnêmes, et dignes de la plus haute estime; mais c'est parce m'ils sont subordonnés aux Ordres majeurs, dont la dignité est plus grande.

De V Ordre de Portier. Les fonctions du Portier sont, ïomme le nom l'indique, d'ouvrir et de fermer les portes le l'église, de sonner les cloches pour appeler le peuple iux offices divins, d'avoir soin de la sacristie, de maintenir a propreté et la décence dans le lieu saint. On peut dire [ue Notre-Seigneur a exercé en quelque sorte l'office de Jortier, lorsqu'il chassa du Temple les vendeurs et les icheteurs, qui le profanaient. Anciennement, cet Ordre itait si considéré, et on le regardait comme tellement supérieur à l'état de simple religieux , que le premier abbé les moines recevait le baiser de paix du dernier Portier le l'église. La vertu spéciale du Portier doit être la disrétion. L'évêque, en l'ordonnant, lui recommande d'aoir soin, en même temps qu'il ouvre et qu'il ferme avec les clefs matérielles l'église visible du Seigneur, d'ouvrir ussi à Dieu et de fermer au démon, par ses paroles et ses »ons exemples, le temple invisible du Seigneur, c'est-àlire les cœurs des fidèles.

De l'Ordre de Lecteur. Ses fonctions sont de lire dans 'église l'Écriture sainte, les homélies des Pères, les vies les saints, de faire le catéchisme, de chanter des antiennes

iolum Deum po-3ideat, et vicissira à solo Deo possideatur. D.Hier.,

et des leçons, pendant les offices. Notre-Seigneur a daigné exercer ces fonctions lorsque, dans la ville de Nazareth, il lut et expliqua au peuple les prophéties d'Isaïe. La vertu principale du Lecteur doit être la dévotion. L'évêque, en l'ordonnant, lui recommande de croire du fond du cœur et d'accomplir par ses œuvres ce qu'il lit de bouche ; et il lui fait remarquer que, de même qu'il se place pour lire dans un lieu élevé, de même aussi il doit monter à un haut degré de vertu.

De l'Ordre d'Exorciste. Cet Ordre donne le pouvoir de chasser les démons du corps des possédés, office que Notre-Seigneur exerça en une infinité de circonstances. Ses fonctions sont encore de préparer l'eau, que l'Église emploie dans les bénédictions et les exorcismes. La vertu particulière de l'Exorciste doit être la mortification et l'assiduité à la prière, car les démons ne se chassent, a dit le divin Sauveur, que par le jeûne et l'oraison (1). L'Exorciste ne doit jamais oublier qu'ayant un si grand pouvoir sur les esprits immondes, ce serait une honte pour lui d'en être lui-même possédé. Aussi l'évêque lui recommande de surmonter, par sa bonne vie, toute leur malice, d'ôter de son esprit et de son cœur toute souillure, et de ne jamais se courber sous le joug de ceux qu'il chasse du corps des autres.

De l'Ordre d' Acolyte. Il communique le pouvoir de préparer le pain et le vin pour le saint sacrifice, d'allumer les cierges à l'église, de servir solennellement la Messe. La fonction des acolytes est aussi d'accompagner les prêtres avec des fiambeaux allumés, dans les diverses cérémonies du culte divin, et spécialement quand ils administrent les sacrements. De là vient le nom d'Acolyte qui, en grec, signifie compagnon ou suivant. Les acolytes sont tout particulièrement obligés à mener une vie exemplaire. Aussi

(1) Hoc genus damoniorura non ejicitur nisi in oratione et jejuaio. Math., xvn, 20.

Pévêque, en leur mettant à la main un cierge et un chandelier, leur dit qu'ils doivent se dépouiller de toute œuvre: de ténèbres, qu'ils doivent être des enfants de lumière, et que leur lumière doit briller devant les hommes, par les bonnes œuvres qu'ils produiront, afin de glorifier le Père céleste l.

Dans la discipline actuelle de l'Église, on permet aux laïques d'exercer la plupart des fonctions attachées aux. Ordres mineurs ; mais il en est quelques-unes, celle d'Exorciste, par exemple, qui sont réservées aux prêtres.

Ce n'est qu'après avoir fait passer ses ministres par les degrés inférieurs, dont ils ont dû remplir les obligations avec piété et édification, que l'Église les élève aux Ordres majeurs, qu'on appelle encore sacrés, soit parce que ceux qui en sont revêtus, sont irrévocablement consacrés à Dieu, soit parce qu'ils donnent le droit de s'approcher de plus près de la sainte Eucharistie, de laquelle tous les Ordres ecclésiastiques tirent leur grandeur et leur sainteté.

D. Quels sont les Ordres majeurs ou sacrés? R. \ . Le Sacerdoce, qui comprend l'Épiscopat et la Prêtrise; 2. le Diaconat; 3. le Sous-Diaconat.

Du Sous- Diaconat. Ceux qui le reçoivent se donnent corps et âme à Notre-Seigneur; ils s'engagent à garder la chasteté perpétuelle, à réciter l'office divin, à porter l'habit ecclésiastique; et il ne leur est plus permis de rentrer dans le siècle. Leurs fonctions sont, comme l'indique leur nonv de servir le diacre à l'autel, de chanter solennellement Pépître à la messe, de préparer le calice et la patène, de mettre de l'eau dans le vin destiné au sacrifice, de porter la croix aux processions, de laver les linges sacrés. Telle est la grandeur et la dignité de cet Ordre qu'autrefois les souverains Pontifes, pour honorer les empereurs, en reconnaissance des services signalés qu'ils avaient rendus à l'Église, ne croyaient pouvoir mieux faire que de leur donner, non pas l'Ordre, mais seulement le privilège de

faire l'office de sous-diacre, lorsque le pape ou un évêque pontifierait. La vertu particulière du sous-diacre, c'est l'humilité Avant d'ordonner les sous-diacres, on les fait prosterner, la face contre terre, en signe de mort; et on récite, pendant ce temps, les litanies des saints, afin d'intéresser toute la cour céleste en leur faveur.

Du Diaconat. Les fonctions du Diacre sont de servir le prêtre à l'autel, de chanter l'évangile, de concourir à l'oblation du saint sacrifice, d'exposer solennellement le saint sacrement. Ils pourraient même, avec la permission de l'évêque, donner la communion, baptiser et prêcher. Ce qui montre la grandeur et l'excellence des Diacres, ce sont les noms que l'évêque leur donne, les appelant les ministres de Jésus-Christ, les dispensateurs de ses mystères, V héritage du Seigneur, la tribu d'élite et bien-aimée, les coopérateurs au sacrifice du corps et du sang du Fils de Dieu. Leur vertu principale doit être l'obéissance. Entre autres avertissements que l'évêque leur donne, il leur recommande la pureté, l'innocence, la chasteté, et il leur rappelle ces belles paroles de l'Écriture : « Purifiez-vous, vous qui portez les vases du Seigneur (1). »

Du Sacerdoce. Les fonctions du prêtre sont d'offrir le saint sacrifice, de bénir le peuple et les choses qui sont à son usage, de présider l'assemblée des fidèles, de prêcher et d'administrer les sacrements, dont l'administration n'est pas réservée à l'évêque. L'évêque, en lui mettant l'étole, lui rappelle que c'est le joug du Seigneur qu'il doit porter toute sa vie, et il le revêt de la chasuble comme d'un manteau de charité, dont il devra toujours couvrir les défaut* du prochain. La vertu du prêtre, c'est la sainteté.

De l'Épiseopat. C'est le complément de l'Ordre, le su« prême degré du sacerdoce, celui qui en renferme toute la dignité et toute la plénitude. Dieu a établi les évêques pour gouverner son Église, et les a mis à la tète de la hié-

(1) Hondamini, qui feras \asa Domini. Is., ni, SI.

rarchie sacrée. C'est à eux qu'il appartient de décider les controverses de la foi, de consacrer d'autres évêques, d'ordonner les prêtres, de gouverner les fidèles de leur diocèse et les pasteurs subalternes, qui n'ont d'autre juridiction que celle qu'ils leur confèrent, et qui sont obligés de se conformer à leurs ordonnances, et de les faire exécuter par le peuple confié à leur sollicitude. Nous devons donc honorer les évêques, comme étant nos premiers pasteurs, nos pères et nos maître?; nous devons aussi prier pour eux, afin que le Saint-Esprit les dirige et les éclaire. La crosse qu'ils portent est l'emblème de leur autorité ; c'est ia houlette du berger, sous laquelle nous devons tous nous ranger comme des brebis dociles. L'anneau qu'ils ont au doigt, est comme le sceau de l'alliance qu'ils ont faite avec l'Église, à laquelle ils doivent une fidélité inviolable. La vertu spéciale des évêques, c'est le zèle d'une charité ardente. En ce temps de peu de foi, où les prêtres sont l'objet de tant de diatribes, il n'est pas hors de propos d'insister un peu sur l'excellence du caractère sacerdotal, non assurément pour faire naître dans nos cœurs des sentiments d'orgueil, mais pour l'honneur de notre sainte religion et l'heureux succès de notre ministère. Le prêtre, en tant qu'homme, n'est que faiblesse et misère, sujet à toutes les infirmités de notre nature, et souvent chargé d'iniquités, comme les autres hommes. Mais envisagez-le des yeux de la foi : il est le représentant de Jésus-Christ sur la terre, le dépositaire de ses oracles, le dispensateur de ses mystères. Quelle puissance étonnante Jésus-Christ n'a-t-il pas donnée à ses ministres ! Le prêtre monte à l'autel, et, à sa parole, Jésus-Christ descend du ciel et vient de nouveau, comme le dit saint Augustin, s'incarner en quelque sorte entre ses mains ; et mille et mille fois cette victime si pure et si excellente se rend obéissante à la voix de son sacrificateur (1). Le prêtre s'assoit au tribunal de la péni-

1) Obediente Domino voci hominis. Jos.,x, 1t.

tenez, et là, il pèse dans la balance de la justice les droits de Dieu et les intérêts de l'homme; d'un mot, il rend l'innocence au coupable repentant, et les têtes les plus augustes s'inclinent sous son autorité sacrée. Le prêtre monte sur la chaire de vérité, et il annonce aux peuples les oracles du Très-Haut, et ses volontés suprêmes. Comme un flambeau qui, à la fois, brille et échauffe, il doit éclairer les esprits des chrétiens des pures lumières de la foi, et embraser leurs cœurs des flammes de la divine charité. Ce que Notrc-Seigneur a fait pendant sa vie mortelle, les prêtres le font en son nom. Ils sont pasteurs comme lui, médiateurs comme lui, comme lui sauveurs, comme lui rédempteurs ; ils sont, en un mot, les continuateurs de ce sublime ministère, qu'il a commencé dans la Judée et qui doit se prolonger dans toute l'étendue des siècles.

C'est donc avec raison que saint Ëphrem appellela dignité des prêtres immense, infinie (i). Elle surpasse, dit saint Ambroise, toutes les dignités d'ici-bas (2). Elle l'emporte autant sur celle des rois et des plus puissants monarques, que les choses célestes et divines sont au-dessus des choses de la terre. Bien plus, nous pouvons le dire en toute vérité, elle l'emporte sur celle des anges, car aucun ange du ciel ne pourrait absoudre d'un seul péché ; aucun ange du ciel ne pourrait changer la substance du pain et du vin au corps adorable de notre Sauveur ; et c'est ce que les prêtres font tous les jours. Aussi saint François d'Assise disait : « Si je voyais un ange du paradis et un prêtre, je fléchirais premièrement le genou devant le prêtre, et puis devant l'ange. »

A cause de l'éminence de leur dignité et de la sainteté de leurs fonctions, nous devons aux prêtres :

i° Le respect. Ne touchez pas à mes Christs, dit le Seigneur, et n'exercez pas votre malignité contre mes

(1) Immensa, infinita sacerdotis dignilas. D. Ephr., deSacerd.

(2) Nullis potest comparsUonitms adaeauari. D. Ambr., de Dign Sacer., 1. II.

prophètes (1). Les mépriser, ce serait mépriser Jésus- Christ, dont ils tiennent la place.

2° L obéissance en ce qui regarde les choses du salut, car leur puissance vient de Dieu; ils ont été établis pour veiller sur nos âmes, et nous diriger dans la voie du salut. Quand on reconnaît le caractère de Dieu vivement marqué sur le front de ses ministres, on ne manque pas de leur être soumis; on regarde Jésus-Christ en leur personne ; et voilà le motif de cette obéissance prompte, que rien n'arrête, parce qu'on est convaincu que c'est à Dieu qu'on la rend.

3° La confiance. Ils la méritent par îa tendresse qu'ils nous portent, et, sans elle, comment un pasteur pourraitil remplir à l'égard de son troupeau les devoirs de son ministère ?

4° La reconnaissance pour les services qu'ils nous rendent. Ce sont eux qui répandent sur nous les trésors spirituels de la grâce. Ils nous ont régénérés par les eaux du baptême, ils nous purifient dans le bain de la pénitence, ils nous nourrissent du pain des anges, ils s'opposent à la juste colère de Dieu, lui arrachent la foudre des mains, et nous ouvrent les portes du ciel. Par leur ministère, que d'ignorants instruits ! que d'injustices réparées ! que de passions étouffées ! que de coupables rendus à la vertu ! i que de victimes arrachées au désordre ! La vie du prêtre, comme celle de Jésus-Christ, son divin modèle, doit être vne vie toute de charité, de dévouement, de sacrifice. Pour te salut de son troupeau, il ne doit pas craindre d'affronter la rigueur des saisons, les frimas de l'hiver, l'ardeur des étés, d'exposer même sa vie (2). Serions-nous insensibles à tout le bien qu'ils nous font?

i\) NoMte tangere Christos meos, et ia prophetis meis nolite maU gnari. II. Parai., xxvi, 16.

(2) Bonus pastor amraam suam datpro ovibus suis, Joan., x, 11.

Sont- ce là les devoirs qu'on leur rend ? Hélas ! combien de mauvais chrétiens, qui sont toujours à examiner leurs moindres défauts, qui les exagèrent, qui aiguisent continuellement contre eux leurs langues envenimées, qui leur font souvent un crime des plus légères imperfections! Et que d'efforts l'impiété ne fait-elle pas tous les jours pour avilir leur ministère, pour le couvrir de ridicule, d'opprobre et de mépris ! Combien qui, n'osant pas attaquer ou\ crtement la religion, ne prononcent cependant le nom de prêtre qu'avec fureur, comme si la religion pouvait subsister sans ses ministres! Chrétiens fidèles, quoique puisse dire le fanatisme irréligieux, rangez-vous toujours autour de vos pasteurs ; écoutez leur voix : ce sont vos meilleurs amis, ce sont vos pères2.

D. Toutes sortes de personnes peuvent-elles entrer dans l'état ecclésiastique?

R. Non, il faut y être appelé de Dieu.

Nul, dit saint Paul, n'a le droit de s'arroger à lui-même cet honneur, s'il n'est appelé de Dieu, comme Aaron ; et, pour confirmer cette vérité, l'Apôtre cite l'exemple de Jésus-Christ, qui ne s'est pas élevé de lui-même à la dignité de souverain pontife, mais qui l'a reçue de son Père, qui lui a dit : i Vous êtes le prêtre éternel, selon l'ordre de Melchisédech (1).» Aussi voyons-nous que Jésus- Christ appela lui-même ses disciples. Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, leur disait-il un jour; mais c'est moi qui vous ai choisis. Ceux donc qui s'engagent dans les saints Ordres, sans y être appelés de Dieu, sont de véritables larrons, comme les appelle Notre-Seigneur (2) ; ils entrent par la fausse porte dans l'Église ; et ils ne doivent s'attendre qu'au courroux du Ciel.

r Nec quisquam sumit sibi honorera, sed qui vocatur à Deo, tanquàm Aaron. Heb., v, 4.

(S, Qui non intrat per ostium in ovile ovium, sed ascenditaliunde. ille fur est et latro. Joan., x, i.

Quelle témérité, de la part des parents, de vouloir introduire dans le sanctuaire ceux de leurs enfants qui n'y osnt point appelés ! Ce n'est point la gloire de Dieu qu'ils cherchent ; c'est un vil intérêt, une détestable ambition qui les anime; 'A il faut qu'un infortuné jeune homme, pour se dérober à leurs vexations et à leurs menaces, embrasse un état, pour lequel il se sent une répugnance invincible. Parents avares et criminels, vous répondrez devant Dieu de toutes les profanations, de tous les scandales, qui ne peuvent manquer d'être la suite d'un défaut de vocation.

Mais, par un travers non moins déplorable, que d'efforts ne font pas aussi quelquefois d'aveugles et malheureux parents, pour détourner leurs enfants de la vocation à l'état ecclésiastique ! Chose étrange ! a-t-on un fils peu favorisé des dons de la nature, on le pousse dans le sanctuaire, ou du moins on l'y voit entrer sans regret ? on est bien aise souvent de s'en débarrasser, en le faisant prêtre. Au contraire, un fils a-t-il du talent, de l'esprit, un caractère heureux, il faut qu'il reste dans le monde; on s'oppose ouvertement aux desseins de la Providence sur lui. Un enfant, qui se sent du goût pour le saint ministère, doit écouter la voix de Dieu qui l'appelle, plutôt que celle de la chair et du sang.

Une des œuvres les plus agréables à Dieu et les plus méritoires, c'est de favoriser les vocations naissantes, de contribuer à l'éducation des jeunes clercs, de venir en aide aux séminaires, destinés à perpétuer la génération lévitique. Hélas ! et nous le disons le cœur navré de la plus profonde douleur, que de jeunes Samuels, animés des plus pures intentions, voudraient consacrer à Dieu leur esprit^ leurs talents, leur vie tout entière ; et on est forcé de les repousser, tout en admirant leur zèle et leur innocence, parce qu'on n'a pas de quoi fournir aux frais de leur éducation. 0 vous, à qui le Seigneur a fait une plus large part des dons de la fortune, songez qu'une légère

partie de ce que vous prodiguez chaque jour au luxe, à la ranité, suffirait pour donner à l'Église un pasteur éclairé, un ministre fidèle, peut-être destiné par la Providence à former vos enfants à la vertu, à être votre dernier ami dans le malheur, à aider votre vieillesse à descendre avec consolation dans la tombe.

D. A quelles marques peut-on connaître qu'on est appelé de Dieu?

R. Lorsque, ayant toutes les qualités d'esprit et de corps que l'Église demande, on se sent une grande inclination pour cet état, et qu'on n'y entre que dans la vue de servir Dieu,et de travailler à son salut et à celui de son prochain.

Les principales marques d'une vraie vocation sont d'avoir :

1° Les qualités requises par l'Eglise, Il y en a de trois sortes : 1° les qualités de l'esprit, c'est-à-dire le goût de l'étude, les connaissances et ies talents nécessaires pour s'acquitter dignement des fonctions saintes. 2° Les qualités du cœur, c'est-à-dire l'innocence, conservée depuis le baptême ou heureusement recouvrée par la pénitence, le goût de la prière, le détachement du monde, une chasteté éprouvée, ajoutons encore, une réputation sans tache, parce que, pour entrer dans les Ordres, il ne suffit pas d'être saint devant Dieu, il faut l'être encore devant les hommes. 3° Les qualités du corps, c'est-à-dire être exempt de certains défauts et difformités, qui seraient un obstacle au succès du ministère pastoral.

2° Une grande inclination pour cet état. Cette inclination est un attrait intérieur, un penchant comme inné, qui porte vers le sanctuaire. Quand elle est constante, et jointe à une certaine aptitude à faire ce qui a rapport au service des autels, on peut la regarder comme venant de Dieu. Il faut se défier de certains mouvements passagers, qui sont excités dans l'imagination par l'esprit de ténèbres. Pour ne pas donner dans l'illusion, il ne faut rien faire.

dans une matière si grave, sans le conseil d'hommes sages et versés dans la direction des consciences. C'est à l'avis de son confesseur et des supérieurs ecclésiastiques qu'il faut s'en rapporter, sans quoi on risque de se laisser aveugler, ou par les avantages temporels qu'on espère trouver dans l'Église, ou par les incitations de ses parents, ou par les artifices du démon, qui, pour nous faire tomber plus aisément dans ses pièges, n'est que trop ingénieux à cacher notre véritable cupidité sous le voile d'un zèle apparent. Il va sans dire qu'il faut encore être appelé à l'état ecclésiastique par son évêque, car c'est aux évoques à perpétuer le sacerdoce de Jésus-Christ, et à choisir les ministres qui doivent coopérer avec eux à la sanctification des peuples. Étant, selon les saints Pères, les colonnes de l'Église, les soleils du monde, et recevant la plénitude des lumières célestes pour juger sainement des choses qui regardent le gouvernement des âmes, c'est à leur décision qu'on doit se soumettre. Ils sont la voix extérieure dont Dieu se sert pour nous faire entendre ses desseins sur nous.

3° La pureté d'intention. Les seules vues qu'on doit se proposer en s'engageant dans les saints Ordres, c'est de travailler à la gloire de Dieu, et de se sanctifier soi-même, en sanctifiant les autres. Ceux donc qui n'envisageraient dans l'état ecclésiastique que les honneurs ou les douceurs de la vie présente, qui n'y entreraient que par orgueil, par ambition, par avarice, pour y vivre dans une aisance qu'ils ne trouveraient pas dans leur famille, ou pour se soustraire au service militaire, feraient du sacerdoce un métier, une infâme spéculation; ils ne seraient point appelés de Dieu, mais pousiés par l'esprit de malice, qui ne les élèverait sur le pinacle du temple que pour les précipiter au plus profond des enfers.

Prions le Seigneur de donner de dignes ministres à son Eglise. Un bon prêtre est le trésor le plus précieux pour une paroisse.

TRAITS HISTORIQUES

1. On a vu les plus illustres personnages avoir une si haute idée de§ aainls Ordres, qu'ils regardaient comme un grand honneur d'être placés aux derniers rangs de la hiérarchie.

Saint Paulin, l'un des plus grands hommes du iv« et du ve siècle, né d'une famille très-noble, quitta tout son bien et le donna aux pauvres, peur embrasser la vie monastique. Il choisit la ville de Barcelone pour sa retraite, afin de rompre entièrement avec le monde; son dessein était de retourner ensuite en Italie, pour y passer le reste de ses jours, au tombeau de saint Félix de Noie, auquel il avait une dévotion particulière. Il n'avait en vue que dp faice la fonction de portier dans son église, de prendre soin de la balayer chaque jour, d'y faire sentinelle toutes les nuits, d'en ouvrir et îermer la porte, et d'y exercer les fondions les plus humiliantes. Mais Dieu en disposa autrement ; car, comme il était à l'église, le jour de Noël, le peuple se saisit de lui et demanda qu'il fût ordonné prêtre à l'heure môme. Saint Paulin lui-même, dans ses écrits.

Saint Cyprien usait de la plus grande circonspection pour n'imposer témérairement les mains à personne. Il n'admettait même souvent aux derniers degrés de la cléricature que ceux qui auraient été capables des premiers et des plus éminents. Nous en avons un exemple remarquable dans la personne d'Aurélius et de Célerin, qu'il ne voulut ordonner que lecteurs, bien qu'ils fussent tous deux d'illustres confesseurs de Jésus-Christ.

Div. CTPR.,epist. 32 et 33,

On ne put jamais déterminer saint François d'Assise à se laisser ordonner prêtre, malgré le grand zèle dont il brûlait pour travailler au salut des âmes; et, quelque vives que fussent les instances qu'on lui fît, son humilité lui persuada qu'il était indigne d'être élevé à une dignité, à laquelle est attaché un pouvoir que n'ont pas 'es anges, et que n'a pas eu l'incomparable Mère de Dieu, celui de remettre les péchés.

Saint Martin, s'étant retiré de la profession des armes où il s'était trouvé engagé par sa naissance, passa plusieurs années à servir Dieu dans l'état laïque. Comme il désirait s'élever à une plu? haute perfection, il alla se mettre sous la discipline de sainV Hilaire de Poitiers, illustre par sa doctrine et par sa rare piété. Ce saint prélat reconnut bientôt le mérite de Martin ; et, pour l'attacher davantage à sa personne et à son église, il voulut l'ordonner diacre. Mais, voyant qu'il s'en défendait toujours et qu'il s'en déclarait indigne, il comprit que le moyen de l'arrêter serait de lui donner quelque Ordr rieur, dont la fonction pût s'accommoder avec son humilité: il ne lui offrit donc que de le faire exorciste; ce qui était, au jugement du

monde, une espèce d'injure faite à son mérite. Mais le saint accepu Tolontiers cet Ordre moindre, de peur qu'on ne crût qu'il le regardait comme méprisable et au-dessous de ce qu'il méritait.

Plus tard , le siège de l'église de Tours étant venu à vaquer, le clergé et le peuple, excités par le bruit de la vertu et des miracles de saintMartin, le souhaitèrent unanimement pour évêque. Mais, comme l'on savait la difficulté qu'il y avait de le tirer de son monastère, un nommé Rurice eut recours à une ruse : il le conjura de venir visiter sa femme, qu'il supposa être malade. Le saint, qui était plein de charité, quitta volontiers sa solitude, pour exercer celte bonne œuvre. Alors une foule de gens, qui s'étaient mis en embuscade sur les chemir.3, se saisirent de lui et le conduisirent jusqu'à Tours, où il ne tarda pas à être sacré. Saint Sulpice Sévère.

Ce même saint montra, dans une circonstance mémorable, l'estime qu'il faisait de la dignité sacerdotale. S'étant rendu à la cour de l'empereur Maxime, il y eut une fête extraordinaire, à laquelle on invita les personnages les plus marquants. L'évêque fut mis, dans le festin, à la place d'honneur, à côté du souverain. Un prêtre, qui l'avait suivi, occupa le premier rang après lui. Quand on eut présenté la coupe au prince, suivant la coutume, avant d'en faire usage, il la passa au saint évêque. Il s'attendait à la recevoir de sa main immédiatement après; mais, dés que l'évêque eut bu, n'envisageant les objets que des yeux de la foi, il donna la coupe à son prêtre ; ce qui surprit moins l'empereur et les courtisans qu'il ne les édifia. On en parla par tout le palais, et on loua unanimement le généreux prélat d'avoir fait à la table d^ l'empereur ce que bien d'autres évêques n'auraient osé faire chez un de ses ministres.

Il ne faut pas s'ingérer dans le saint ministère ; mais il faut y être appelé comme Aaron.

L'église de Cômane, dans la province du Pont, en Asie, étant destituée d'évêque, envoya des députés à saint Grégoire Thaumaturge, évêque de Néocésarée, pour ie prier de lui donner un pasteur. Ce saint évêque, étant venu pour ce sujet à Cômare, chacun cherchait le plus noble et le plus distingué par ses qualités éclatantes. Mais Grégoire, qui ne considérait que ia vertu, dit aux magistrats et aux principaux de la ville qui en présentaient plusieurs, qu'ils ne devaient pas dédaigner d'en chercher même entre ceux dont l'extérieur était le plus méprisable.

Un de ceux qui présidaient à l'élection, voulut tourner ce discours en raillerie, et dit : « Si vous voulez laisser ce que pqus avons de meilleur, et prendre un évêque parmi les artisans et le menu peuple, je vous conseille de choisir Alexandre le charbonnier; nous y consentirions tous.»— «Eh! qui est-il cet Alexandre?» répondit Grégoire. ^Quelqu'un de la compagnie le présenta alors, en riant. 11 était cou-

•vert de haillons sales et déchirés; et l'on connaissait aisément son métier, à la noirceur de son visage et de ses mainf\. Tout le monde se mit à rire, en voyant celte figure, au milieu de l'assemblée. Alexandre, sans paraître étonné ni honteux, avait un air recueilli et tranquille, qui faisait bien voir qu'il était content de son état; ce qui fil juger à saint Grégoire qu'il y avait en lui quelque chose d'extraordinaire. Il le tira à part, et lui demanda qui il était. Alexandre lui avoua que ce n'était point la nécessité qui l'avait réduit à cet état, mais le désir de se cacher, en pratiquant la vertu, t Je regarde, ajouta-t-il, cette poussière de charbon, qui me défigure, comme un masque qui m'empêche d'être connu. Je suis jeune, comme vous ▼oyez; et, en un autre état, je paraîtrais assez bien fait; ce sont des occasions de tentations à quiconque se propose la continence; ce métier sert aussi à m'occuper innocemment. »

Grégoire, l'ayant examiné soigneusement, le laissa entre les mains de ceux qui l'accompagnaient, leur prescrivant ce qu'il fallait faire, et retourna dans l'assemblée. Il y parla des devoirs d'un évêque, et les entretint jusqu'à ce que ceux à qui il en avait donné charge, ramenèrent Alexandre. Ils l'avaient fait laver, et l'avaient revêtu des habits de Grégoire; en sorte qu'il parut un autre homme, et attira les yeux de tout Je monde. « Ne vous étonnez pas, dit Grégoire, si vous vous étiez trompés, en jugeant selon les sens; le démon luimême voulait rendre inutile ce vase d'élection, en le tenant caché. » Ensuite, il consacra Alexandre évêque, avec les cérémonies accoutumées, et le pria de parler devant l'assemblée ; ce qu'il fit d'une manière solide et pleine de bon sens ; justifiant ainsi pleinement la sagesse du choix qu'on avait fait de lui. Il répondit parfaitement à la haute idée qu'on avait conçue de son mérite, et gouverna dignement l'église de Cômane, dans le troisième siècle.

D. Greg. Nys.— Flecrt, Hist. Ecclés., t. I.

2. La dignité des prêtres étant si grande et leurs fonctions si relevées, il ne faut pas s'étonner de laffection et du respect que les fidèles leur ont portés en tout temps. On remarque de saint Polycarpe que c'était à qui le déchausserait le premier. Il était ordinaire dans la primitive Eglise de se prosterner devant les prêtres en les abordant, et de leur baiser les pieds en attendant leur bénédiction. On se tenait trop heureux de loger même un diacre, ou de s'asseoir à sa table. On n'entreprenait aucune affaire importante, sans le conseil du pasteur, qui était l'unique directeur de son troupeau. On le regardait comme l'homme de Dieu, comme celui qui tenait la place de Jésus-Christ, en sorte que la vanité ou le mépris des autres étaient la tentation que l'on craignait le plus pour les évêques et pour les prêtres, comme on la craignait pour ceux qui avaient le don de pro-

phétie ou de miracles, car ces grâces étaient encore fréquentes. C'était ce respect et cet amour filial, qui faisaient tout le pouvoir des pasteurs ; car ils n'avaient, pour se faire obéir, que la voie de ia persuasion et les peines spirituelles. Ils ne pouvaient user d'aucune autre contrainte, que d'intimider les consciences; et ceux qui étaient assez impies pour mépriser leurs censures, n'en souffraient aucune peine temporelle. Flcury, Mœurs des Chrét.

En embrassant la religion chrétienne, Constantin en avait pris l'esprit; et le titre d'empereur ne lui fit jamais oublier qu'il était chrétien. Aussi, malgré l'élévation de son rang, il se fit toujours un devoir de respecter les évêques et de se soumettre à leurs décisions sur le dogme et sur la morale, dont ils sont les juges. Comme il s'était rendu àNicée, près d'un mois avant la séance publique el solennelle du concile qui avait été convoqué dans cette ville pour arrêter les progrès de l'hérésie d'Arius, plusieurs évêques ariens, à ce qu'on croit, lui présentèrent des mémoires contre leurs confrères : il les reçut d'un air sérieux et froid, les fit. lier et serrer ensemble bien cachetés, ordonnant qu'en les lui gardât jusqu'à un certain jour où il les pourrait lire. Lorsque cejour lu' arrivé, il se fil représenter les mémoires et ces plaintes, et les brûla en présence des évêques, les assurant qu'il n'en avait pas lu un seul article. « C'est à Dieu, leur ajouta-t-il, de vous condamner lu de vous absoudre ; pou- moi, qui ne suis qu'un homme sans caractère dans l'ordre des choses sainte% je ne m'ingérerai jamais à juger ceux qu'il a établis en sa place, pour nous jugor nous-mêmes. > Ensuite il les exhorta d'une manière énergique et touchante à se pardonner tous leurs torts réciproques, et a ne rien publier qui pût scandaliser les peuples. Puis il ajouta ces belles paroles, par lesquelles il termina son discours :

« Si je voyais de mes propres yeux un évêque ou un prêtre commettre une faute, je le couvrirais de ma pourpre, pour le dérober à la malignité publique. » Belle leçon pour ces esprits pervers et corrompus qui insultent le sacerdoce, pour les fautes de queiqur s particuliers, et font d'un scandale isolé la matière d'une calomnie générale.

Du temps de la persécution d'Hunéric, il y eut un grand nombre d'ecclésiastiques persécutés. A Carthage, on fit souffrir le tourment des coups de fouet et des coups de bâton à tout le clergé, composa de plus de cinq cents personnes; après quoi on les bannit. Le peuple suivit les évêques et les prêtres, avec des cierges à la main ; les mères portaient leurs enfants dans leurs bras; puis, les déposant aux pieds des confesseurs, ellos leur disaient, les yeux baignés de larmes : c A qui nous laissez-vous, en courant au martyre? Qui baptisera nos enfants? Qui nous délivrera de nos péchés, parle bienfait de la réconciliation? Qui nous enterrera, après la mort? Qui offrira VI. 19

le divin sacrifice, avec les cérémonies ordinaires? Que ne nous est-il permis d'aller avec vous ! Saint Yic, Vit., 1. II, p. 33.

Il n'est pas étonnant que le peuple de Carthage ait fait éclater de si vifs regrets, en se voyant enlever ses prêtres et ses évoques. Quand on a de la foi et du zèle pour le bien public, on ne voit rien de plus à craindre que l'extinction de la religion, et la privation des secours salutaires qu'elle nous offre.

Sous la même persécution, des catholiques de tous les âges et de tous les états se firent remarquer par leur courage. Mais nul objet d'édification ne fut plus touchant que douze enfants de chœur, distingués parmi les autres par la beauté de leur voix, et qui suivaient les confesseurs qu'Hunéric avait bannis de l'Afrique. Leur talent les fit regretter par les Ariens qui coururent sur leurs pas, afin de les ramener; mais ces généreux enfants ne voulaient pas quitter leurs saints maîtres; ils s'attachaient à leurs vêtements; ils se laissaient frapper à grands coups de bâton; ils bravaient les épées nues, dont on les menaçait. Enfin, on les en détacha de force, et on les ramena à Carthage; mais on n'en put jamais séduire un seul, par les caresses et les mauvais traitements qu'on employa tour à tour. Longtemps après la persécution, ils faisaient encore la consolation et la gloire de l'Église d'Afrique, demeurant ensemble à Carthage, mangeant ensemble, chantant ensemble les louanges de Dieu. Toute la province révérait ces douze confesseurs comme autant d'apôtres, qui, par le souvenir de leur inébranlable constance, apprenaient à tous les fidèles que ta véritable chrétien doit tout sacrifier, tout souffrir, plutôt que de trahir sa foi et de se séparer de ses véritables pasteurs.

A cette époque néfaste, où les prêtres français étaient victimes de la plus odieuse persécution, on a vu aussi de jeunes enfants les aider de leurs faibles ressources, et leur distribuer les petites sommes qui étaient à leur disposition, pour les empêcher de mourir de faim, dans ces hideux cachots où la tyrannie les plongeait avant de les conduire à l'échafaud. A Versailles, une jeune fille de dix à onze ans, n'ayant rien à offrir, imagina un moyen de ne pas se laisser vaincre en générosité par aucune de ses compagnes. Elle a de très-beaux cheveux ; suivant le premier mouvement de son cœur, elle entre chez un perruquier, et lui propose de les lui vendre. Celui-ci est moins frappé de la beauté de ses cheveux et de l'avantage d'un pareil marché, qne du sacrifice que veut en faire cette jeune personne : « Votre mère. iai ait-il approuvera-t-elle un si généreux dessein?» — « Ces cheveux sont ma propriété, n'ayez aucun scrupule; ma mère est si bonne!... L'œuvre à laquelle j'en destine le prix m'obtiendra mon paraon.... » A ces mots, le perruquier n'insiste plus, les cheveux sont coupés; ia jeune personne court aussitôt à la prison, toute gto-

rieuse d'employer à cette œuvre de charité ce que tant d'autres jeunes personnes consacrent tcus les jours au luxe et à la vanité.

De l'Éducation, par l'abbé Carron.

Nos religieuses contrées, alors même qu'elles étaient le plus travaillées par l'impiété révolutionnaire, ont offert les plus nobles exemples d'attachement à la religion et à ses ministres.

Jacques Alibert, né à la Molière, paroisse de Naves, fut, pendant la Terreur, arrêté à la Fage, dont il était curé depuis plus de vingt ans. La nouvelle de la prise de ce digne prêtre, que tous ses paroissiens vénéraient comme un saint, s'étant répandue comme un éclair, les habitants de la Fage et de Bonance se travestirent promptement en femmes, pour n'être pas reconnus, et coururent à la poursuite des gardes nationaux de Saint-Geniez, qui emmenaient leur pasteur, les mains liées derrière le dos. Au moment de les atteindre, lorsqu'ils allaient passer le pont de la Mouline, à un kilomètre de la Fage, ils firent pleuvoir sur eux une grêle de pierres, avec des menaces de mort, s'ils ne relâchaient promptement leur prisonnier. Alors, voyant leur vie en danger, les satellites de M. Alibert le mirent en liberté ; et ce ne fut qu'à ses sollicitations pressantes qu'il! durent de n'être pas assommés par ces amazones d'i'ie nouvelle espèce, qui leur firent même jurer de ne plus se charger de la mission d'aller arrêter les prêtres. Fiers du succès de leur généreuse entreprise, les paroissiens de la Fage ramenèrent en triomphe leur curé dans son presbytère, où il ne fut plus inquiété.

Un vénérable ecclésiastique est appelé pour administrer les derniers sacrements à un vieillard. A la vue du ministre de Dieu, le mourant se trouble et frémit : «Omon père, s'écrie-t-il, pouvez vous soutenir ma vue et m'entendre? Cette main, que la mort saisit déjà, a massacré trente de vos confrères!..» — « Rassurez-vous, lui dit le vertueux prêtre ; il en reste encore un pour vous consoler et vous bénir. » Quelle religion que celle qui inspire de pareils sentiments! Gazette des Cultes du 8 août 1826.

Le mépris des pasteurs demeure rarement impuni.

Environ l'an 1690, dans une paroisse du diocèse de Besançon a quelques lieues de cette ville, il arriva un événement surprenant, qui fut regardé comme un coup du Ciel, pour inspirer le respect dû aux pasteurs Deux libertins scandalisaient la paroisse par leurs désordres; le curé, en étant informé, en avertit leurs pères, qui reçurent mal l'avis de leur pasteur. L'un d'eux eut l'insolence de lui répondre : « Monsieur le curé, mêlez-vous de dire votre bréviaire, et ne vous mêlez point de ce qui se fait chez moi ; il faut bien que jeunesse se passe. »— «Si je vous avertis des désordres de votre famille, lui dit le

curé, c'esf que mon devoir m'y oblige. Je suis chargé de l'âme de votre fils; aussi bien que de la vôtre, et, par conséquent, je dois veiller sur sa conduite et vous avertir. Je vous parle en pasteur, et vous ne parlez pas en chrétien, prenez garde que Dieu ne vous punisse, ainsi que vos enfants, dont vous autorisez les désordres.

Cet homme, loin de profiter de l'avis de son pasteur, publia dans la paroisse qu'il avait si bien dit le fait à son curé, qu'il ne s'aviserait plus de lui faire des réprimandes. C'était un samedi; et, comme la chose devenait publique, le curé crut qu'il était de la prudence de donner le lendemain au prône un avis à ce sujet. Il le fit avec beaucoup de modération, et dit dans son instruction qu'il estimait tous ses paroissiens ; que, lorsqu'il était obligé de leur donner quelque avis, en public ou en particulier, il les priait de croire que ce n était point pour leur faire de la peine, mais par charité et pour leur salut; qu'au reste, quand on méprisait les avis d'un pasteur, Dieu en était très-offensé et punissait de tels mépris.

Après la grand'messe , celui qui avait si mal reçu, la veille, les avis de son pasteur, recommença ses invectives, disant que les prêtres n'avaient que des reproches à faire, mais qu'il s'en moquait. Les deux libertins passèrent le reste du jour au cabaret, du consentement de leurs pères, et, pour braver le curé, ils firent plus de scandale que les autres fois ; mais Dieu mit fin à leur vie scandaleuse par un châtiment bien exemplaire.

Le lendemain, le ciel menaçait d'un orage. Ces deux libertins, avec deux autres garçons qui étaient très-sages, coururent à la tour de l'église, pour sonneries cloches. Il fit dans ce moment un si grand coup de tonnerre, que ces quatre jeunes gens, saisis de frayeur, descendirent promplement pour se sauver. Dans le temps qu'ils descendaient, le tonnerre tua les deux libertins, mais d une manière qui fit comprendre que c'était un châtiment de Dieu; et voici comment : Le tonnerre, en tombant, après avoir fait plusieurs circuits dans la tour, suivit les quatre jeunes hommes le long de l'escalier; il épargna le premier, qui était sage, et écrasa le second, qui était un des libertins ; il ne fit aucun mal au troisième, et vint enfin frapper le quatrième, qui était l'autre libertin, et le tua. Ensuite, le tonnerre entra dans l'église, où était la mère d'un de ces libertins; il enleva cette femme, la jeta contre les murs, et ne fit aucun mal aux autres personnes qui se trouvaient dans le lieu saint* A la vue d'un accident si extraordinaire, on reconnut la justice de Dieu, elles pères de ces libertins vinrent, fondant en larmes, demander pardon à leur pasteur. Instruc. des Jeunes Gens.

Je ne trouve rien de ïi beau, a dit le fameux philosophe de Genève, que d'être curé; un curé n'a jamais de mal à faire; s'il

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peut pas toujours faire le bien par lui-même, il est du moins toujours à sa place, quand il le sollicite.

J. J Rodsseau, Emile, t. III.

C'est surtout en formant le cœur des générations naissantes que les prêtres préparent de bons chrétiens à l'Église et de bons citoyens à la société.

On raconte qu'un voyageur, s'étant levé de très-grand matin pour continuer sa course, aperçut, à la porte d'une église de village, une troupe d'enfants qui paraissaient fort contents; pendant qu'il les regardait avec étonnement, tout à coup leur joie augmenta, au moment où ils entendirent ces paroles : Voici M. le curé! Il vit en effet un ecclésiastique respectable s'avancer d'un air gracieux, et dire des paroles toutes paternelles aux enfants, qui étaient venus à sa rencontre. L'étranger s'approcha, prit à part BI. le curé, et lui demanda par quel moyen il était parvenu à inspirer à ces enfants autant d'empressement qu'ils en montraient pourvenir au catéchisme, et surtout d'aussi grand matin? Le moyen que j'emploie est facile, répondit M. le curé ; je les aime tous comme mes enfants, je ne le3 gronde jamais, et je leur raconte beaucoup de traits tirés de l'Histoire Sainte et de l'Histoire Ecclésiastique; aussi le temps du catéchisme leur paraît toujours trop court.

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