OU SACREMENT DE MARIAGE
PREMIÈRE INSTRUCTION
Dieu auteur du Mariage. — Nature de ce sacrement. — Empêchements au Mariage. — Comment il faut s'y préparer. — Obligation de consulter les parents. — Le recevoir en état de grâce.
Dieu a institué le Mariage, dès le commencement du monde. Après avoir crée l'homme, il voulut lui donner une compagne, car il n'est pas bon, dit-il, que l'homme soit seul. Il envoya donc à Adam un sommeil mystérieux, pendant lequel, tirant une de ses côtes, il en forma la femme. Adam, en la voyant, s'écria : « Voilà l'os de mes
os et la chair de ma chair. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, pour s'attacher à son épouse, et ils ne feront tous deux qu'une même chair. » Voilà le premier mariage, lequel s'est fait dans le paradis terrestre, dans l'état de parfaite innocence; et Dieu lui même l'a béni.
Pour rendre cette union de l'homme et de la femme plus sainte et plus vénérable, et pour l'enrichir des dons spirituels de sa grâce, notre divin Sauveur a daigné l'éiever à la dignité de sacrement de la nouvelle loi ; et ce fut, d'après les saints Pères, lorsqu'il honora de sa présence les noces de Cana, qu'il lui conféra ce caractère de sainteté. Ainsi le Mariage, dans l'Église de Jésus-Christ, n'est pas une société purement civile comme parmi les païens, ni une simple cérémonie de religion comme dans l'ancienne loi ; mais il est un véritable sacrement qui confère la grâce.
La matière du sacremeLt de Mariage est le contrat naturel par lequel un homme et une femme se donnent l'un à l'autre; la forme ccnsiste soit dans 1rs paroles et dans les signes par lesquels les deux contractants expriment leur consentement, soit dans les paroles que le prêtre prononce.
Saint Paul a soin de nous faire remarquer que^ce sacrement est grand et qu'il signifie Jésus-Christ et l'Église (1). Il est grand par les rapports qu'il a avec Jésus-Christ, car il nous représente la triple alliance que Jésus-Christ a bien voulu contracter, 1° avec la nature humaine en général, au jour de l'incarnation; 2° avec l'Église, au jour de sa passion ; 3° avec l'âme fidèle par l'infusion de sa grâce, et spécialement encore par le mystère de l'Eucharistie.
C'est d'après les paroles si formelles de l'Apôtre et la croyance de tous les siècles, que le concile de Trente a
(1) Sacramentum hoc magnum est; ego autem dico in Chnsto et in Ecclesià. Ephes., v, 32.
frappé (Tanathème tous les novateurs qui disent a que le Mariage n'est pas un sacrement, véritablement et proprement dit, établi par Noire-Seigneur Jésus-Christ (1). s
Expliquons maintenant tout ce qui concerne ce sacrement.
D. Qu'est-ce que le sacrement de Mariage ?
R. C'est un sacrement qui sanctifie l'union légitime de l'homme et de la femme, et leur donne les grâces nécessaires pour remplir les devoirs de leur état.
1° Ce sacrement sanctifie l'union légitime de l'homme et de la femme par les bénédictions qu'il répand sur les époux, en leur appliquant les mérites et le sang de Jésus- Christ. Car à Dieu ne plaise que les chrétiens contractent Mariage à la manière des nations, qui ne connaissent pas le vrai Dieu; ils sont les enfants des saints, comme le disait le jeune Tobie à Sara, son épouse, et ils ne doivent pas agir comme les peuples privés des lumières de la foi (2). Par conséquent leur alliance, destinée à donner nonseulement des habitants à la terre, mais encore des citoyens au ciel, doit être sainte.
2° Ce sacrement donne aux époux les grâces nécessaires pour remplir les devoirs de leur état. Quoique l'état de Mariage ne se présente d'ordinaire que sous un aspect riant à une jeunesse inconsidérée, il a néanmoins ses peines, ses chagrins, ses embarras, de graves obligations à remplir ; et des vertus tout humaines en soutiendraient difficilement le poids. La religion vient donc au secours des époux; et le sacrement de Mariage leur donne, quand ils s'y sont préparés convenablement, 4° une augmentation
(1) Si qïi'S lïixerit Matrimonium non esse verè ac propriè unum è septem legis evangelicae sacramentis à Christo Domino institutum ged ab hominibus in Ecclesiâ inventum, neque gratiam conferre, ânathema sit. Trid., sess. 24, c. i.
(2) Filii sanctorum sumus, et non possumus ità conjungi, sieu! gentes quae ignorant Deum. Tob., vm, 5.
de la grâce sanctifiante, qui est déjà dans toute âme bien disposée; 2° une infusion de certaines grâces actuelles, dont le propre effet est de fixer et d'arrêter l'amour mutuel des époux, et de les détourner de tout attachement et de tout plaisir étranger. Ces sortes de grâces, conférées aux époux, sont un esprit d'union et de concorde, pour s'aimer et vivre en paix; un esprit de chasteté, pour demeurer dans les bornes de leur devoir; un esprit de sollicitude et de prévoyance , pour veiller aux besoins de leur famille; un esprit de religion et de piété, pour se sanctifier eux-mêmes et élever chrétiennement leurs enfants.
3° Nous avons dit encore que ce sacrement sanctifie l'union légitime des époux, parce qu'il faut que le Mariage, pour obtenir les bénédictions du Ciel, soit contracté selon les lois de l'Église. Cet acte si important de la vie ne doit pas être abandonné au libre caprice des hommes, et Dieu a donné à ses représentants sur la terre le droit de fixer des règles qui le régissent, et qui arrêtent le désordre de certaines unions qui pourraient devenir funestes aux mœurs et à la société. L'infraction de ces règles rend le Mariage illicite, et quelquefois même nul.
C'est donc par des vues pleines de sagesse que l'Eglise a porté plusieurs empêchements au Mariage. En voici quelques-uns des plus ordinaires et des principaux :
Des Empêchements dirimants.
1° L'erreur sur la personne, qui a lieu lorsque, croyant épouser une personne, on en épouse une autre. Ainsi fut trompé Jacob, auquel on fit épouser Lia, au lieu de Rachel qu'il avait demandée. Cette erreur rend le mariage radical.:; rient nul.
2° La profession religieuse et la réception des ordres sacrés. Une fois qu'on s'est consacré à Dieu par le vœu solennel de chasteté perpétuelle, ou pour le service des autels, on n'est plus habile à contracter Mariage.
3° La parenté. Plus la parenté est proche , plus l'empêchement est grand; plus au contraire elle s'éloigne, moins il y a d'opposition au Mariage. 11 y a des alliances qui répugnent à la nature. Ainsi, dans la ligne directe, il n'est jamais permis de contracter Mariage, à quelque degré que ce soit. Dans la ligne collatérale, l'empêchement s'étend jusqu'au quatrième degré inclusivement, soit de parenté, soit d'affinité. Outre les raisons fondées sur les plus impérieuses convenances, qui ont porté l'Église à établir cet empêchement, elle a voulu encore étendre la charité en multipliant les alliances, et prévenir une foule de désordres et de crimes secrets, auxquels des parents pourraient se livrer, à cause de la grande facilité qu'ils ont de se voir et de se parler, s'ils avaient l'espérance de pouvoir se marier.
A0 Le crime. La passion est capable de porter les hommes à toutes sortes d'horreurs. Ainsi, il peut arriver que des époux barbares fassent mourir leur conjoint, dans le dessein d'épouser une autre personne avec laquelle ils vivent dans le libertinage. Tout mariage, contracté en conséquence de ce crime, serait nul selon la loi de Dieu et de l'Église.
5° La violence. Le Mariage, étant un contrat, suppose un consentement réel, volontaire et parfaitement libre. Si donc on fait violence à une personne, si, par de graves menaces ou de toute autre manière, on la force à donner extérieurement un consentement que son cœur désavoue, le mariage est nul, même de droit naturel.
6° Le rapt. Tant que la personne enlevée est au pouvoir du ravisseur, elle ne peut contracter mariage avec lui, quel que fût d'ailleurs son consentement; il faut qu'elle soit remise entre les mains de ses parents.
7° La différence de religion. Un chrétien ue peut se marier avec un infidèle, un juif, un mahométan. L'Église a toujours interdit ces sortes d'alliances, à cause du danger de perversion auquel le fidèle s'exposerait.
8° La clandestinité. Tout mariage, qui n'est pas contracté en présence du propre curé, ou de tout autre prêtre commis par lui ou par l'évêque du lieu, et de deux ou trois témoins, est nul, ainsi que Ta expressément déclaré le concile de Trente (1).
C'est pour découvrir ces empêchements et autres qu'il serait trop long d'énumérer, que l'Église a établi les bans ou publications du mariage projeté, qui doivent se faire pendant trois dimanches consécutifs, à la messe paroissiale.
Ceux qui auraient eu le malheur de se marier avec quelqu'un de ces empêchements, qui rendent le mariage nul et de nul effet, devraient s'empresser de le faire réhabiliter, sans quoi leur vie serait un désordre continuel ; et le voile du mariage, dont ils couvriraient leur malice aux yeux des hommes, ne les excuserait pas aux yeux de Dieu. Chacun là-dessus doit consulter sa conscience, et exposer ses doutes à son confesseur.
Quant aux mariages à contracter avec un empêchement quelconque, ce n'est qu'avec la plus grande peine que l'Eglise les autorise en certains cas, et pour des raisons graves. Mère sage et prudente, elle conseiitcependant àfaire brèche aux lois de sa discipline, pour le bien de ses enfants ; mais alors, en compensation, elle leur impose, selon leur fortune, une aumône plus ou moins forte, qui doit êt^e employée en œuvres de zèle ou de charité. Cette aumône est pour certaines gens un sujet de plaintes, de murmures. Que n'observe-t-on strictement les saintes ordonnances de l'Église ? et alors elle ne demandera rien. Mais quoi ! vous voulez des dispenses qu'elle n'accorde qu'à regret, parce qu'elles l'obligent de se relâcher de la sainte et salutaire rigueur de ses lois; vous voulez des faveurs, des privilèges ; et vous vous fâchez, si elle vous demande, en dédommagement de la violence que vous lui faites, une aumône destinée à faire connaître le nom de Jésus dans
(S) Trid., sois. 24, e. \,
les régions infidèles, à propager l'Évangile, ou à toute autre œuvre, qui doit contribuer à la gloire de Dieu. Enfants ingrats, est-ce là la reconnaissance que vous lui témoignez, pour la grâce qu'elle vous fait ? Ou subissez le joug de la loi commune, ou remerciez-la, lorsqu'elle use d'indulgence à votre égard.
Il faut avoir soin, quand on demande une dispense, de ne pas exposer de faux motifs, sans quoi la dispense serait de nul effet, et le mariage qui s'ensuivrait serait nul et sacrilège, si l'empêchement était de ceux qui s'opposent absolument au Mariage et qu'on nomme dirimants; et il serait toujours illicite et coupable, sans être invalide, si l'empêchement était de ceux qu'en nomme prohibitifs. Dans une matière si importante, et qui peut avoir les p] is fâcheux résultats, il faut dire la vérité toute simple, toute nue, sans fraude, sans déguisement, et ne rien entrepre.idre sans l'avis de son pasteur.
D. Que faut-il (aire pour recevoir digne ment le sacrement de Mariage?
R. Il faut consulter Dieu, y entrer par des vues chrétienne s, et s'y préparer par la confession de ses péchés et lasaiu'e communion.
On ne saurait trop déplorer la légèreté avec laquelle on s'engage dans le Mariage. Il faut se marier, dit-on, c'est une manière dépasser sa vie; et l'on ne réfléchit pas que de cette union, bien ou mal assortie, dépend le bonheur ou le malheur, non-seulement en ce monde, mais encore dans l'autre vie. Une affaire de cette importance demande qu'on y pense longtemps à l'avance, et qu'on s'y dispose sérieusement.
1° Il faut consulter Dieu sur sa vocation en général. Le Seigneur a différentes voies, par lesquelles il veut nous conduire au salut éternel ; et il a marqué à chacun celle qu'il doit suivre. L'un se sanctifiera dans le célibat, l'autre dans le sacerdoce, d'autres enfin dans !e Mariage. Or, Dieu
a assigné à chaque état des grâces, qu'il donne à ceux qui y entrent avec son agrément. Mais si l'on prend un parti, où Dieu n'appelle pas, alors on n'a plus ces mêmes grâces, et le salut est en très-grand danger. Ainsi, quoique le Mariage soit la vocation du plus grand nombre, il peut se faire cependant que Dieu ne vous ait pas destiné pour cet état, et qu'il vous ait réservé pour un genre de vie plus parfait. Si donc vous n'êtes pas encore engagé, consultez le Seigneur dans la prière, dans la méditation.
Pour mieux connaître la volonté de Dieu et ses desseins sur vous, consultez encore celui que vous avez choisi pour être le dépositaire des secrets de votre âme, car le Seigneur s'explique par la bouche de ceux qu'il a préposés à votre conduite. Découvrez donc à votre directeur vos desseins, vos inclinations; c'est votre meilleur ami; il doit être le confident de vos inquiétudes, de vos désirs. Faitesvous un devoir de suivre les avis, que sa prudence vous dictera.
Quand on entre dans l'état de mariage, sans y être appelé de Dieu, au lieu des douceurs qu'on s'y promet, on n'y trouve qu'afflictions, croix, malédictions, désespoir, enfer.
Après s'être assuré qu'il est réellement né pour le Mariage, un bon chrétien consulte encore le Seigneur sur le choix de la personne avec laquelle il doit unir son sort, disant, comme autrefois Éliézer, lorsqu'il cherchait une épouse pour son maître : « Seigneur, venez m'éclairer, et montrez-moi vous-même celle que vous avez destinée à Isaac votre serviteur. » C'est le Seigneur, dit l'Esprit- Saint, qui donne à l'homme une femme sage (1) ; et l'on peut dire également que c'est le Seigneur qui donne à la femme un mari vertueux.
Enfin consultez vos parents. La nature, la religion, la loi
(ij Domus et d-ivitiao dantur à partntibus, à Domino aulem propre axor prudens. Prov.t xix, 14.
civile elle-même, vous font un devoir de ne rien entreprendre, dans une démarche si essentielle, sans leur avis. Et à qui pouvez-vous vous adresser avec plus de confiance qu'à ceux dont vous tenez le jour, et qui ne soupirent que pour votre bonheur? Ouvrez-leur donc en toute assurance votre cœur; faites-leur part de vos inclinations naissantes. Car, si vous attendez que la passion s'allume en vous, aveuglés par un fol amour, vous ne voudrez plus entendre ni conseils, ni ordres, ni remontrances. Que de fois il arrive que des enfants, dominés par un penchant funeste, répondent à tout ce qu'on peut leur dire, pour les détourner d'une union qui ne leur convient point : « Je ne veux pour époux ou pour épouse que celui-ci, que celle-là; vous avez beau dire, beau faire, je l'aurai malgré vous. » De ces mariages, contractés en dépit des parents, il ne résulte pour l'ordinaire que des haines et des divisions. Sans doute, le mariage est libre; mais c'est manquer à la déférence qu'on doit à ses parents, que de s'engager sans leur aveu. D'un autre côté, les parents ne doivent jamais s'opposer au mariage de leurs enfants que pour de bons motifs; ils assument sur eux la plus grande responsabilité, si, par intérêt, par ambition, par caprice, ils contrarient ou reculent une alliance honnête.
Mais, au lieu de consulter Dieu, au lieu de consulter leur confesseur et leurs parents, que font le plus souvent les jeunes gens qui veulent se marier ? Ils ne prennent conseil que d'eux-mêmes, c'est-à-dire de leurs passions, de leurs fantaisies, d'un pur avantage temporel. De là, tant de mariages d'inclination, tant de mariages de fortune, et si peu de mariages selon le cœur de Dieu. Tel jeune homme ne cherchera dans la personne, qui doit partager son sort, que les qualités extérieures, la beauté, les agréments, les manières enjouées, sans penser que ce corps qu'il idolâtre, n'est qu'un peu de boue plus ou moins colorée, et que, sous ces dehors brillants, se trouvent souvent cachés les plus grands défauts. Combien de jeunes filles
aussi, qui n'envisagent dans leur futur époux que la tournure agréable, les belles paroles, les flatteries, les douces promesses! Hélas! que de remords elles se préparent! Que de fois on ne se marie que pour avoir de l'argent ! Le mariage n'est qu'un marché, où on ne regarde pas le mérite de la personne, mais sa dot, ses revenus, ses héritages. Il aura tant! Elle aura tant! C'est à merveille; mais est-ce donc la fortune, qui fait tout le bonheur de la vie? Sans doute, on ne doit pas négliger entièrement ses intérêts temporels; c'est une triste chose surtout que de marier, comme on dit quelquefois, la faim avec la soif; mais aussi il ne faut pas perdre de vue que les richesses, sans la crainte de Dieu, ne font que des mariages malheureux; de même que la beauté, sans la vertu, n'est qu'un danger de plus , un terrible écueil , la plus funeste des tentations.
Quelles sont donc les qualités, qui doivent déterminer dans le choix d'un époux ?
Jeune homme, cette fille que vous recherchez en mariage, est-elle douce, humble, modeste, respectueuse envers ses parents; aime-t-elle le travail, la prière, la fréquentation des sacrements, épousez-la sans crainte ; vous êtes presque sûr qu'elle fera votre bonheur. Mais, au contraire, c'est une jeune fille mondaine, évaporée, arrogante, paresseuse, qui n'aime qu'à se faire voir dans les promenades, qui se fait un grand mérite de bien danser, qui ne respire que la vanité et le plaisir ; que voulez-vous faire d'une telle femme ? Laissez-la ; c'est un serpent, que vous réchaufferiez sur votre cœur.
Et vous, filles chrétiennes, ce jeune homme, qui a jeté les yeux sur vous, est joueur, emporté, libertin, sans respect pour ses parents, fainéant, ivrogne, licencieux dans ses paroles, dans ses chansons, trop libre avec vous dans ses manières; et vous iriez vous livrera lui ! Mais c'est un persécuteur, c'est un bourreau, que vous vous donneriez. Vainement vous promet-il de se corriger, quand il sera
marié ; n'en croyez rien ; le mariage fait changer d'état, mais non de sentiments et de mœurs. Choisissez plutôt cet autre jeune homme, juste et craignant Dieu, sobre, ami du travail, d'une humeur tranquille et pacifique, dont on puisse dire, comme de Tobie, qu'il n'a pas suivi le torrent des mauvais exemples (1). La société d'un tel mari vous sera douce et avantageuse.
Il faut encore chercher dans un mariage les convenances de position, d'âge et de fortune. Les mariages de pauvre à riche, de jeune à vieux, sont une source de haines, de jalousies, de mépris. De plus, faites en sorte qu'il y ait accord de principes, de caractère, d'éducation Quand on doit passer tout? îa vie ensemble, il importe souverainement de ne rien négliger de ce qui peut établir une parfaite union.
2° Il faut entrer dans l'état de Mariage par des vues chrétiennes. Les païens ne voyaient dans cette alliance rien que de terrestre et de matériel ; mais le vrai chrétien, en la contractant, a un but plus noble ; il se propose d'y remplir les fins, pour lesquelles la divine Providence l'a établie. Ceux qui entrent dans le Mariage pour satisfaire leurs passions, comme des animaux sans raison, éloignent Dieu de leur pensée et de leur cœur; le démon est tout-puissant contre eux, disait l'ange Raphaël à Tobie (1) ; et ils ne peuvent attirer sur eux et sur leur postérité que les malédictions célestes.
3° Il faut s'y préparer par la confession et la communion. Ce n'est que dans les cœurs purs que Dieu répand ses grâces. Voulez-vous donc que le Seigneur bénisse otre union, ayez soin de purifier votre âme. lx> concile de Trente ordonne à ceux qui se disposent au Mariage, de s'y
1) Fugiebat consortia hominum. Tob., i, 5. (2) Hi qui conjugium ità suscipiunt ut Deum à se et à sua mente excludant et suac libidini ità vacent, sicut equus et mulusquibusnon estintellectus, habet poteslatem dœmonium super eos, Tob., vi, 17.
4 48 QUINZIÈME LEÇOK,
préparer par la pénitence, et les exhorte aussi à recevoir k sainte Eucharistie. Que les futurs époux aient donc soin de rompre leurs mauvaises habitudes, de bannir de leur esprit toute pensée criminelle, tout désir impur, et, à plus forte raison, d'éviter les familiarités indécentes. Heureux ceux pour qui l'époque de leur mariage est une époque de renouvellement et de ferveur, ou, au moins, de salut et de conversion ! Heureux ceux qui appellent, comme les époux de Gana, Jésus-Christ à leurs noces, en le recevant dans un cœur purifié et brûlant de saints désirs ! Quel beau et touchant spectacle de voir deux jeunes époux à la Table sainte, qui se nourrissent ensemble de la chair de l'Agneau immaculé, qui prient l'un pour l'autre, avec la vive et ferme espérance d'être unis, non-seulement sur la terre, mais encore à tout jamais dans le ciel ! Alors, ils peuvent se promettre de couler en paix des jours heureux. Leur amour s'épure et se fortifie au feu sacré du divin amour.
Mais est-ce ainsi qu'on se prépare au Mariage ? Hélas ! la plupart ne regardent cet engagement sacré que comme une affaire purement temporelle ; aussi sont-ils fort attentifs aux clauses du contrat; mais, quant au sacrement, ils se mettent fort peu en peine de le recevoir avec les dispositions convenables. Et que de fois n'arrive-t-il pas qu'on va à l'autel, pour recevoir la bénédiction nuptiale, l'imagination pleine de pensées obscènes, le cœur agité de mille affections charnelles, et peut-être même le corps souillé d'une foule innombrable de péchés hideux ! Le futur ne rêve que voluptés grossières; la future n'est occupée que d'ajustements, que de toilette. Pauvres jeunes gens, cfes! bien de plaisirs, c'est bien de parure qu'il s'agit î vous allez vous lier pour toute la vie ; songez donc un peu à la chaîne que vous allez porter : vous vous la figurez toute d'or ou de fleurs ; prenez garde qu'elle ne soit toute d'épines, toute de fer. Il n'y a que la grâce de Dieu, qui puisse vous la rendre légère et douce l.
Plaise encore à Dieu qu'on ne se prépare pas au mariage
par le désordre et le libertinage. Quelquefois, sous prétexte d'un mariage prochain, on se permet des manières trop libres, des familiarités peu chastes, et Ton offense le Seigneur, alors qu'on devrait s'attirer ses miséricordes. Les jeunes gens, qui se respectent, afin de se prémunir contre les faiblesses de leur cœur, ne doivent jamais se parler seul à seule, ni à l'insu de leurs parents.
C'est encore un abus de se fréquenter trop longtemps avant de se marier. On s'expose à devenir par là la fable, la risée, peut-être même le scandale de toute une paroisse.
Les parents, en ces circonstances délicates, ne sauraient trop veiller sur les entrevues de leurs enfants. Afin d'être la sauvegarde de leur vertu, et qu'ils ne soient jamais tentés de s'écarter des règles de la plus rigoureuse décence, ils ne doivent en tolérer aucune que sous leurs yeux. S'ils prenaient toutes les précautions nécessaires, de combien de faiblesses ils préserveraient leurs enfants, et que de regrets ils s'épargneraient à eux-mêmes !
D. Ceux qui reçoivent le sacrement de Mariage en état de péché mortel, reçoivent-ils la grâce du sacrement? R. Non, ils commettent un sacrilège ?
Le mariage, étant un sacrement des vivants, il faut avoir, pour Je recevoir, la conscience pure de tout péché mortel, sans quoi on le profane, et on ne reçoit par conséquent aucune des grâces, qui y sont attachées. Si donc un confesseur éclairé vous demande quelques délais, pour mieux vous préparer à cet acte si important de la vie, ne vous fâchez pas, ne murmurez pas, ne dites pas : Tout est prêt, le jour est pris, le contrat est signé... Mais qu'importe, si votre cœur n'est pas encore prêt ? Avant tout, songez à attirer sur vous les bénédictions célestes, dont vous avez un si grand besoin (1).
(I) remarques très-importantes pour les confesseurs. 1° Lorsqu'un homme est engagé dans une habitude criminelle, OU dans une occasion prochaine de péché, dont on peut espérer que le
Admirez la bonté de Jésus-Christ, qui a voulu ennoblir le Mariage, dans la loi nouvelle, et l'élever à la dignité de sacrement, pour en adoucir les peines et les amertumes. Voyez en même temps combien il désire que toute son Église soit sainte, puisqu'il a établi un sacrement exprès pour les personnes mariées, qui en font la plus considérable partie a.
TRAITS HISTORIQUES
1. La différence d'humeurs, l'inégalité de conditions, la disproportion d'âge, sont autant de causes de malhear, dans la plupart des mariages. C'est ce qui nous est marqué, dans l'Écriture Sainte, par la parabole suivante :
Le chardon envoya vers le cèdre d»i Liban, et lui fit dire : c Donnei votre fille en Mariage à mon fils. » El les bêtes de la forêt détournèrent contre le chardon, elle foulèrent aux pieds. IV. Reg., xiv,9.
Le Poussin, peintre célèbre et considéré comme le Raphaël de la France, a laissé plusieurs ouvrages qu'on regarde comme des chefsd'œuvre. Ou admire surtout la collection des sept sacrements. Mais le tableau du Mariage est plus faible que les autres; ce qui fit dire plaisamment à un poète, dans une épigramme, qu'un bon mariage était difficile a faire, même en peinture.
Le chevalier Thomas Morus, grand chancelier d'Angleterre, sous Henri VIII, comparait celui qui se marie à un homme qui met la
Mariage le retirera, et qu'il paraît détester cette habitude et cette occasion, le confesseur doit s'écarter de la sévérité des règles ordinaires, et donner l'absolution, que, dans tout autre cas, il aurait refusée. (C. de la Luzerne, Instr. sur le Rituel de Langres, c. îx, art. 2.)
2o S'il ne croit pas pouvoir l'absoudre, parce qu'il ne remarque en iui aucun signe de contrition, il se contentera de lui dire qu'il regrette de ne pouvoir lui donner l'absolution, et qu'il 'aut être en état de grâce pour recevoir le sacrement de Mariage, qu'il ne doit point, par conséquent, se présenter pour la bénédiction nuptiale, sans s'être excité à la contrition parfaite, dont il aura soin de lui rappeler les motifs. Il serait imprudent, dangereux, de lui faire entendre qu'il ne peut se marier sans avoir été absous, puisque, d'après le sêntimenî le plus probable, il suffit qu'il soit contrit ou qu'il se croie prudemment contrit de ses péchés, pour recevoir un sacrement des vivants, autre que celui de la sainte Eucharistie. (Théolog. Morale de M. Gousset, t. II, p. 513.)
main dan? un sac, où il n'y a qu'une anguille sur une centaine de serpents. Il y a cent contre un à parier, qu'au lieu de l'anguille, c'est un serpent qu'il prendra.
Cette pensée n'est-elle pas un peu exagérée? Et, par le temps qui court, ne pourrions-nous pas en dire autant de la femme qui se marie? Hélas ! combien croient s'unir à un agneau, et c'est un loup qu'elles se donnent pour compagnon.
Tertullien représente ainsi le bonheur d'un Mariage chrétien, c Deux fidèles portent ensemble le même joug, ils ne font qu'une chair et un esprit. Ils prient ensemble, ils se prosternent ensemble, ils jeûnent ensemble, ils s'instruisent et s'exhortent l'un l'autre; ils vont ensemble à l'église et a la Table de Dieu, dans les persécutions et dans le soulagement. Ils ne se cachent rien, et ne s'incommodent point. On visite librement les malades, on fait l'aumône sans contrainte, on assiste aux sacriliees sans inquiétude. Ils chantent ensemble les psaumes et les hymnes ; ils s'exeitent à louer le Seigneur. » On ne permettait pas aux fidèles de se marier avec les infidèles, mais bien de demeurer ensemble, s'ils étaient mariés auparavant. Les secondes noces, quoique permises, étaient regardées comme une faiblesse, et, en quelques églises, on mettait en pénitence ceux qui se remariaient. Moeurs des Chrét.
Le saint patriarche Abraham se trouvait dans le pays de Chanaan, peuple maudit de Dieu et livré à toutes sortes d'abominations. 11 aurait pu donner à son fils Isaac une épouse d'une grande beauté, et distinguée par la richesse et la puissance de sa famille; mais toutes ces qualités, sépatées de la vertu, étaient nulles à ses yeux. Il voulait pour son fils une épouse qui, en perpétuant sa postérité, y perpétuât en même temps, la foi, la crainte et l'amour de Dieu.
Il appelle donc le plus âgé de ses serviteurs, qui était l'intendant de sa maison; il lui fait prêter serment qu'il ira dans sa famille chercher une femme pour son fils, lui déclarant que jamais il ne consentira qu'il épouse une fille des habitants de Chanaan, et l'assurant que l'ange du Seigneur l'accompagnera dans son voyage. Le fidèle Éliézer, si digne de la confiance de son maître, arrivé en Mésopotamie, adresse à Dieu une prière où respirent la simplicité, \a candeur et la foi des premiers temps. Le Seigneur lui fit rencontrer Rébecca, qui était la fille du frère d'Abraham, et lui fit connaître que c'était elle, qu'il avait choisie pour l'unir à Isaac.
Il alla donc trouver les parents de Rébecca, leur raconta comment la volonté divine s'était manifestée à l'égard de leur fille, et la leur demanda, au nom de son maître. Ceux-ci répondirent : « C'est Dieu c qui parle en cette rencontre, nous ne pouvons vous dire autre « chose que ce qui paraît conforme à sa volonté ; que Rébecca soit la « femme du fils de votre maître, selon que le Seigneur s'en est dé-
c claré. » Le serviteur d'Abraham, ayant entendu cette réponse, qui remplissait tous ses vœux, se prosterna en terre, et adora le Seigneur. Gen., xxiv.
Sept jeunes geas épousèrent successivement Sara, fille de Raguël, qui était l'un des principaux de la ville de Rages, en Médie. Le Seigneur permit qu'ils mourussent tous, la première nuit de leurs noces. Ce fut le démon qui les tua, parce qu'ils avaient banni Dieu de leur cœur et de leur esprit, lorsqu'ils s'engagèrent dans le Mariage. Ils ne pensaient qu'à satisfaire la plus brutale et la plus infâme des passions. Le démon a un grand pouvoir sur ceux qui se conduisent ainsi, disait l'ange Raphaël à Tobie. Que les jeunes gens qui pensent à s'établir, ne s'y déterminent que sur le ccnseil de personnes sages, et qu'Us le fassent dans la crainte du Seigneur, parce qu'ils croient que c'est sa volonté. Le jeune Tobie peut leur être proposé pour modèle ; il disait à Dieu : « Vous savez, Seigneur, que ce n'est c point pour satisfaire ma passion, que je prends Sara pour être ma « femme ; mais dans le seul désir de laisser des enfants, par îes- « quels votre nom soit béni dans tous les siècles. » S'adressant a Sara, il lui dit : « Nous sommes les enfants des saints, et nous ne « devons pas nous marier comme des païens, qui ne connaissent « point Dieu. * Ils prièrent Dieu avec instance.
Les jeunes personnes que Dieu destine au mariage, ont aussi un bel exemple dans la conduite de Sara, qui fut l'épouse de Tobie. On voit, par la prière qu'elle adressa à Dieu, combien son cœur était dégagé de toute passion. Elle lui disait : t Vous savez, Seigneur, « que je n'ai point désiré un mari, et que j'ai conservé mon âme pure « de tout mauvais désir. Je ne me suis jamais mêlée avec les perc sonnes qui aiment les vains plaisirs, et je n'ai jamais eu aucun t commerce avec celles qui se conduisent avec légèreté. Si j'ai con- « senti à recevoir un mari, je l'ai fait dans votre crainte, et non pour « suivre ma passion. »
2. Saint Louis et Marguerite de Provence, son épouse, 3e préparèrent au mariage, comme autrefois le jeune Tobie : ils eurent d'abord recours à la prière, pour sanctifier leurs engagements et pour attirer sur eux les grâces du Ciel. Ils gardaient la continence pendant tout le carême, et les autres jours de jeûne et les fêtes indiquées dans les anciens canons; pratique qui n'est guère plus en usage, mais qui toutefois est fortement recommandée aux fidèles par saint Charles Borromée, et par le Catéchisme Romain.
Le comte Arian de Provence était un seigneur plein de piété, qui vivait avec perfection, dans l'état de mariage. Un jour qu'il était éloigné de chez lui, et que sa femme le priait de lui donner souvent de ses nouvelles, il lui écrivit cette belle réponse : « Si vous voulez
* être auprès de moi, pendant mon abset ce, rendez-vous dans le « cœur de notre divin Jésus, car c'est là que j'habite. »
Que les époux chrétiens seraient heure nx, si le rendez-vous do ieurs cœurs était dans celui de notre adorable Sauveur I
Une femme, qui épouse un homme sans religion, s'expose an danger presque certain de se perdre pour le temps et pour l'éternité. C'est d'après ce principe qu'une jeune personne rompit elle-même son mariage, qui allait se former. Elle avait été élevée par une mère chrétienne , et Dieu avaitbéni cette éducation éminemment religieuse ; la grâce avait perfectionné la nature, et il n'y avait rien à désirer du côte de la fortune. C'était donc un parti avantageux sous tous les rapports. Les parents trompés, comme il arrive trop souvent, avaient fait le choix d'un jeune homme, à qui il ne manquait que ce qu'il y a d'essentiel. 11 possédait talents et richesses; mais il n'avait ni religion ni principes. Le moment de leur union approchait, lorsque l'élève de l'impiété laissa échapper son secret, et l'on sut que ce bel esprit ne se regardait que comme une machine sensible et organisée. Il s'aperçut d'abord de l'effet que produisit sur sa future épouse son absurde matérialisme : il crut se tirer de ce mauvais pas, en lui disant qu'elle était une machine divinement organisée , spirituelle et ainuble, car le nom de Dieu est encore sur les lèvres de l'impie. La jeune personne abrégea un entretien, dont elle était étrangement blessée; elle raconta tout à sa vertueuse mère, et, d'accord avec elle, elle écrivit le billet suivant à celui qui avait cessé d'être digne d^ son estime.
« Vous m'avez glacée, Monsieur, en me disant que nous n'étions « que des machines; de quelque brillantes qualités que vous ayez « bien voulu me décorer, je crois que, lorsqu'un homme est vraiment t sensible et délicat, il laisse à celle qu'il veut rendre heureuse ces c idées douces, qui sont plus propres au bonheur, que ces idées si « froides de machines et de matière ; elles ne me paraissent pas être c favorables à la vertu. Je m'étonnerais qu'elles pussent naître dans c une âme tendre et aimante. Il me semble qu'on se dégoûte d'une « machine, quand même elle serait belle, ce qui ne dure pas long- « temps, et alors quel bonheur une femme peut-elle attendre de la c part d'un homme machine ? »
On assure que le jeune homme sepromit de déguiseï ses principes; mais il n'en changea pas. Il trouva cependant à se marier et devint mauvais mari, mauvais père, comme il avait été mauvais fils.
Il serait à souhaiter que toutes les dames chrétiennes se modelassent sur la manière admirable, dont une dame se conduisait à l'égard de son mari, de ses enfants et de ses domestiqués. Très-solidement vertueuse, elle n'avait rien dans sa piété d'austère, de rebutant, et
même rien qui ne fût gracieux ; la fin qu'elle se proposait flans tout ce qu'elle disait et faisait, était de faire aimer et pratiquer la piété, par amour pour le Seigneur, qui était le Dieu de son cœur. Elle ne cessait de lui offrir, par les mains de la très-sainte Vierge, en qui elle avait une grande dévotion, sa famille, qui lui était très-chère. Lorsqu'elle était seule avec son mari, elle lui disait quelquefois : « Nous « avons une grande charge, c'est surtout en travaillant à la sanctific cation de ceux qui nous sont confiés que nous devons travaillera « notre salut; ne leur donnons que de bons exemples, et prions « beaucoup pour eux. » A. l'heure fixée pour le lever, elle allait ellemême les éveiller. « Bénissez Dieu , mes enfants , leur disait-elle,
< donnez votre cœur à Dieu, qui est votre père, el levez-vous aussi- « tôt avec la plus grande modestie, demandant la grâce de bien faire
< votre prière et de passer chrétiennement la journée; prononcez les « saints noms de Jésus, Marie , Joseph; prenez de l'eau bénite avec
< religion ; vous vous mettrez à genoux pour adorer votre Créateur. > Elle faisait ensuite, avec eux, la prière du matin, à laquelle elle voulait que les trois domestiques qu'elle avait assistassent. Après la prière, elle faisait lire un sujet de méditation, pour leur apprendre à réfléchir sur les grandes vérVés du salut. L'offrande du travail étant faite, chacun d'eux était invité à s'appliquer à son devoir en la présence de Dieu. Elle témoignait indistinctement beaucoup d'attachement et à ses deux filles, à qui elle faisait chanter souvent des cantiques, et à ses deux fils, qui étudiaient le latin ; elle recommandait souvent à ceux-ci de fuir ceux de leurs condisciples, à qui ils entendraient tenir de mauvais p.cpos.
Il y avait dans la journée un temps fixé pour l'explication du catéchisme, et un autre temps où, après la récitation du chapelet, on faisait une lecture spirituelle. Une pratique excellente, par laquelle elle inspira à toutes les personnes de sa maison une grande crainte de Dieu, c'était de faire réciter tout haut, après la prière du soir, l'acceptation de la mort, composée par un religieux de la Trappe, qu'on trouve dans le Chrétien sa-nctifié. Que Dieu serait béni, servi, loué, si toutes les mères étaient aussi chrétiennes!
L'Heureuse Année-2
Un homme d'un mérite distingué confia sa fille, dès ses première! années, aux soins d'une jeune personne, connue pour avoir la religion la plus éclairée et la plus vraie; il lui donna une gouvernante que sa piété rendait bonne, aimante et douce, mais, en même temps, d'une vigilance de tous les moments, sans que son élève pût s'en doirter, tant elle était prudente. Ses leçons n'étaient pas de longues moralités; c'étaient surtout ses exemples à suivre. Cette première éducation eut le succès que le père devait espérer. Rien n'était plus
heureux, plus aimable et plus digne d'être aimé que la jeune enfant, en qui la grâce de l'Évangile avait perfectionné la nature, dont elle avait corrigé tous les défauts et les imperfections mêmes ; c'est dire que cette élève de la piété, sans humeur comme sans aucun goût pour les plaisirs dont l'innocence s'alarme, était véritablement agréable à Dieu et aux hommes.
Le père, fort répandu, donnait les jours entiers à ses affaires et a ses rapports avec le monde; mais il aimait son intérieur, et il ne trouvait point de plus grand plaisir que de passer les soirées avec une personne vertueuse et aimable comme l'était sa fille; sa maison était, en effet, un séjour infiniment agréable. La vertu, la sagesse pénétraient seules dans cet intérieur.
Il fallut cependant penser à un établissement. Que fit le père? Il alla consulter une amie, qui vivait dans une profonde retraite et n'avait de rapports avec le monde que pour consoler les malheureux et soulager leurs peines et leurs misères. H ne lui manquait que le voile de religieuse ; elle en avait tous les pieux sentiments, et de plus une expérience que quelquefois celles-ci n'ont pas. Elle était donc digne d'être consultée sur le choix de lépoux à donner à un ange, à une autre Esther. La réponse fut pleine de sens : Je vois, dit-elle, tous les jours à l'église un jeune homme qui y conduit une mère âgée, y demeure avec elle et la ramène, sans paraître trouver long le temps que cette pieuse femme donne à ses prières. Frappée de ce que je voyais, j'ai eu une curiosité, permise sans doute, j'ai demandé ce qu'était ce jeune homme , pieux, respectueux pour la vieillesse, et par cela seul donnant de grandes espérances. On me l'a peint comme aimable, sans pédanlisme, ayant de l'esprit et des connaissances. Je ne me suis point informée de sa fortune : faut-il peser le mérite au poids de l'or?- Du reste, faites vous-même vos informations ; ne m'en demandez pas davantage. Un enfant qui aime sa mère aimera son épouse , et surtout une épouse telle que celle que vous voulez lui donner.
Le parti du père était pris; mais il voulut consulter la mère, et la bonne gouvernante fut admise au conseil. Tous crurent avoir trouvé un nouveau Tobie pour la jeune Sara; et la gouvernante, les yeux baignés des larmes que la joie lui iaisait répandre, dit avec naïveté: € Ah! Monsieur, il n'y aura donc rien dt changé dans la maison; « ce sera un ami de plus que vous y introduirez. » Il se trouva que 1a naissance et la fortune, dont on ne s'était point inquiété, étaient réunies à la vertu et aux talents.
Le mariage se fit, et, plusieurs années après, un ami intime de U maison, de qui nous tenons ce fait, vint visiter cette respectable famille ; il n'y vit que des heureux, lin entant dormait dans son beri; la mère conduisait l'autre par la main, et ia gouvernante lui
dit : * Monsieur, il n'y a rien de changé ; nous étions si heureux ! nous le sommes encore.
On conçoit facilement l'étrange différence qui se rencontre entre les mariages où, selon la remarque des Pères, Jésus-Christ a été appelé, comme il le fut aux noces de Cana, et ceux où la religion n'aura pas été consultée.
DEUXIÈME INSTRUCTION
Fins du mariage. — Obligations des époux. — Indissolubilité du nœud conjugal. — Cérémonies dans l'administration de ce sacrement.
D. Quelle doit être l'intention de ceux qui s'engagent dans le mariage?
R. Leur intention doit être de s'aider mutuellement à porter les peines et les travaux de cette vie, et d'avoir des enfants pour les élever dans la crainte de Dieu.
Ce n'est qu'avec des intentions pures qu'on doit s'engager dans l'état de Mariage, a Loin de vous, disait l'ange à Tobie, ces désirs grossiers qui dégradent l'homme jusce qu'à la bête. Ne faites pas comme ces hommes terres- « très et charnels, qui excluent Dieu de leurs pensées, « pour ne suivre que leurs penchants déréglés (1). » Or, les principales fins, qu'on peut se proposer, en se mariant, sont:
1° De trouver dans le mariage un aide, un appui, avec qui Ton puisse partager les peines de la vie, et travailler efficacement à sa sanctification. Il est évident que Dieu a eu ce motif en vue, puisqu'il a dit, après avoir créé Adam : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul, faisons-lui un aide qui lui ressemble (2). »
(0 Qui conjugium ità suscipiunt ut Deum à se et à suâ mente excludant, et suae libidini vacent. — Accipies virginem cum timoré Domini, amore filiorum magis quàm libidine ductus. Tob., vi, 17, 22.
(2; Non est bonura esse hominem solum ; faciamus ei adjutorium similesibi. Gcn.,n, 18. •
2° D'avoir des enfants, moins pour laisser des héritiers de son nom et de ses richesses, que pour donner à Dieu des serviteurs fidèles. C'est ce qu'avaient autrefois en vue les anciens Patriarches. « Vous prendrez Sara, disait l'ange à Tobie, dans le dessein d'en avoir une postérité de vrais enfants d'Abraham, et, de perpétuer la race illustre des Patriarches, vos ancêtres (I). » Comme c'est la fin principale, pour laquelle Dieu a institué le mariage, c'est un grand crime que d'y mettre obstacle, par quelque moyen que ce soit.
La bonne éducation des enfants doit être un des plus grands objets de la sollicitude des parents. Afin de s'acquitter dignement d'une fonction si douce à leur tendresse, il faut qu'ils leur inspirent de bonne heure la crainte du Seigneur, le goût de la piété, et qu'ils les portent à la vertu, plus encore par leurs exemples que par leurs paroles.
3° De trouver dans le Mariage un remède à la concupiscence, et de se mettre à l'abri du péché, car, selon le conseil de l'Apôtre, il vaut mieux se marier que de brûler de feux impurs (2).
D. Quelles sont les obligations réciproques du mari et de la femme î
R. Ils doivent s'aimer d'une manière chaste et-chrétienne, supporter mutuellement leurs défauts et leurs infirmités, se garder inviolablement la foi conjugale, et s'assister l'un l'autre dans tous les besoins de l'âme et du corps.
Qu'on ne se figure pas que tout soit douceurs et agréments dans le mariage; il y a des devoirs graves, quelquefois même onéreux à remplir. Tels qui volent imprudemment au-devant de cette chaîne, reculeraient peut-être, s'ils en connaissaient mieux la pesanteur.
(1) Ut in semine Abrahae benediclionem in filiis consequaris. Toô., ?l, 22.
(2) Menus est nubere quàm uri. I. Cor., vu, 9.
Les époux doivent :
î° S'aimer d'une manière chaste et chrétienne. Rien de plus intime que l'union des époux, qui ne font plus en quelque sorte qu'un seul être, ayant même esprit, même cœur, mêmes sentiments, de telle manière qu'ils peuvent dire l'un de l'autre, comme Adam d'Eve : « Voilà l'os de mes os et la chair de ma chair. » C'est donc un amour mutuel, qui doit être le principe et le charme de la chaîne qui les unit.
Maris, aimez vos femmes, dit saint Paul; mais aimezles comme Jésus-Christ a aimé son Église, pour laquelle il a versé son sang, atin de la sanctifier. Voilà le modèle que vous devez imiter. Aimez donc vos épouses d'un amour fort et généreux, tendre et compatissant, les traitant avec bonté, comme étant une partie de vous-mêmes.
Et vous, femmes, continue saint Paul, soyez soumises à votre mari, comme à votre chef. Aimez-le et honorez-le, comme ^'Église aime et honore Jésus-Christ, son époux. Efforcez-vous de gagner sa confiance par votre douceur, votre docilité, votre empressement à lui complaire en tout ce qui n'est pas contraire à la loi du Seigneur. Car le mari est le chef de la femme, dit toujours le grand Apôtre, comme Jésus-Christ est le chef de l'Église. Mais la soumission de la femme ne va pas jusqu'à l'esclavage, comme pourraient se le figurer certains maris hautains et impérieux, qui exercent sur leurs malheureuses épouses une véritable tyrannie. La femme est la compagne de l'homme, son amie, son égale; et, comme on l'a remarqué avec juste raison, Dieu ne l'a point tirée, il est vrai, de la tête de l'homme, parce qu'elle aurait pu en prendre prétexte pour vouloir dominer; il ne l'a pas tirée non plus de ses pieds, de peur que le mari ne fût tenté de la regarder comme ion esclave ; mais il Ta tirée de son côté, pour marquer qu'elle doit marcher dans la vie côte à côte avec lui.
L'amour, que les époux doivent avoir l'un pour l'autre, ne doit pas être purement humain. Les inclinations natu»
relies, qui ne sont pas fondées sur la religion, s'effacent bien vite ; et que de feux, qui semblaient si beaux dans le principe, se sont éteints par la possession même de l'objet qu'on aimait jusqu'à l'idolâtrie ! Les époux chrétiens doivent s'aimer en Dieu et pour Dieu, à l'exemple des saints Zacharieet Elizabeth, a qui étaient tous deux justes devant les hommes et devant le Seigneur, marchant dans la voie des commandements divins, d'une manière irrépréhensible (1). »
2° Supporter mutuellement leurs défauts. Qui est-ce qui peut se glorifier d'en être exempt? Celui-là est parfait, qui en a le moins. Nous devons donc nous supporter mutuellement, comme nous le déclare l'Apôtre, si nous vouions accomplir la loi delà charité (2). C'est surtout dans le Mariage qu'il faut s'armer de douceur et de patience, si l'on veut conserver la paix. 11 est impossible que le contact habituel, dans lequel on se trouve, n'entraîne pas bien des peines, bien des ennuis, et ne fasse paraître bien des imperfections, et souvent même des vices qu'on n'avait pas voulu d'abord apercevoir. Que de personnes, vues de loin ou dans un salon, sont aimables, jolies, gracieuses, parce qu'elles se gardent bien de laisser percer tout leur caractère et qu'elles se font violence pour dissimuler leur côté faible; mais qu'on les examine de près, leurs mauvaises qualités ne tardent pas à paraître au grand jour. Les époux doivent user à l'égard l'un de l'autre de la plus grande indulgence. Votre femme, dites-vous, est méchante, capricieuse, médisante, paresseuse; elle aime le luxe, la dépense; mais vous, n'avez-vous rien à vous reprocher? N'êtes- vous pas violent, emporté, hautain? Supportez donc ses vices et ses travers, comme elle est obligée de supporter
(1; Erant autem justi ambo ante Deum, incedenles in omnibus mandalis et justificationibus Domini sine querelâ Luc, i, 6.
(2) Alter alterius onera portate, et sic adimplebitis legem Christi. Galat.y vi, 2.
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les vôtres. Ce n est que par de bons procédés, des prévenances, des concessions réciproques que la bonne harmonie règne au sein du ménage; et, si Ton y voit trop souvent de funestes divisions, c'est qu'on ne veut jamais se rien pardonner. Le mari s'entête; il ne veut pas, dit-il, se laisser gouverner par sa femme; la femme ne veut pas non plus se laisser mener par son mari ; et de là des disputes, des querelles, qui dégénèrent souvent en des animosités irréconciliable^. Cependant la vie s'écoule, et l'on tombe de l'enfer du mariage au véritable enfer des démons. Qu'y a-t-il, au contraire, de plus édifiant que des époux, qui vivent toujours en parfaite intelligence, qui ont tout en commun, peines et plaisirs, joies et tristesses, désirs et espérances, aussi bien que le lit, la table et le nom !
3° Se garder inviolablement la foi conjugale. C'est un engagement qu'ils ont solennellement contracté en face des autels; ils ont pris Dieu lui-même pour témoin de leurs promesses, et ils ne peuvent y manquer sans se rendre coupables à la fois d'impureté, d'injustice, de parjure, de sacrilège. Violer la foi conjugale, c'est un crime dont la seule pensée fait horreur. C'est une source de divisions, de scandales, de calamités de toute espèce, q i vont, malheureusement trop souvent, jusqu'à déshonorer et ruiner les familles. Malheur donc à ces époux, qui foulent aux pieds les nœuds sacrés qui les unissent !
Une femme chrétienne ne saurait avoir dans sa conduite trop de délicatesse, de retenue et de vigilance, pour éviter tout ce qui pourrait, même en apparence, donner la moindre atteinte à la fidélité conjugale. Les plus petites fautes sur ce point peuvent avoir les plus terribles (. onséquences.
Le mari n'est pas moins obligé que la femme à la fidélité conjugale. Il n'y a pour l'homme ni privilège ni dispense. La loi divine n'établit aucune inégalité entre des époux soumis au même joug. Bien plus, le mari doit donner le bon exemple à sa femme ; il serait injuste d'exiger d'elle ce qu'il ne veut pas lui-même observer.
4° S'assister l'un l'autre dans tous les besoins de rame et du corps. Deux époux vertueux sont comme deux arbrisseaux, qui s'unissent pour résister plus facilement aux orages. Au milieu des embarras, des contrariétés qui sont semées dans la vie, ils se soutiennent, se rassurent, se consolent: ils se communiquent toutes leurs pensées^ tous leurs projets, et travaillent de concert aux soins du ménage, à l'entretien de la famille, à l'éducation des enfants, et s'appliquent, chacun selon ses forces, à tenir leurs affaires en bon ordre. C'est surtout dans les occasions difficiles, dans les revers et les maladies, que l'affection des époux chrétiens se montre dans tout son éclat ; ils se prodiguent les soins les plus empressés, et s'encouragent à supporter avec patience les tribulations de la vie.
La meilleure marque de tendresse qu'ils puissent se donner, c'est de s'aider pour les besoins de l'âme, se donnant de bons exemples, de bons avis, et priant l'un pour l'autre. Une femme vertueuse ne doit rien avoir tant à cœur que la sanctification de son mari; et pareillement un bon mari ne désire rien plus ardemment que le salut de sa femme. Us font donc tous leurs efforts, afin que l'union qu'ils ont contractée sur la terre, se prolonge encore et se perpétue dans les cieux. Quelle heureuse influence surtout les femmes peuvent exercer sur le cœur de leurs maris! Une femme fidèle, a dit le grand apôtre saint Paul, sanctifie souvent un mari infidèle (1). Mais hélas! trop souvent les époux ne s'occupent que de leurs intérêts matériels ou de leurs plaisirs, et ils négligent l'affaire la plus essentielle, le salut. Un mari est content, pourvu que sa femme soit complaisante, laborieuse, bonne ménagère, et il s'enquiert fort peu si elle est en grâce aux yeux de Dieu. D'un autre côté, une femme se glorifie de son époux, s'il jouit d'une bonne considération aux yeux des
(1) Sanctiûcatus est enim vir infidelis per muiiercm fidelem. I. Cor., vu, 14.
hommes, s'il est habile ouvrier, etc.; mais elle se met fort peu en peine qu'il remplisse ses devoirs religieux. Cependant, entre époux, l'union des cœurs doit être telle qu'elle serve à les unir encore plus étroitement à Dieu.
5° Garder la chasteté conjugale. C'est une obligation des plus importantes, que saint Paul rappelle en deux mots, quand il dit : o Qu'en toutes choses le mariage soit respecté, et que le lit nuptial soit sans tache (1). » Si donc le mariage a ses droits, il a aussi ses règles ; et ce serait en faire un horrible abus que de s'en autoriser pour couvrir toute sorte de désordres et d'excès. « Que chacun de vous, dit saint Paul, sache posséder le vase de son corps saintement et honnêtement, sans rien se permettre, qui puisse contrarier Tordre de la Providence l (2). »
On ne doit pas oublier le terrible châtiment qui fut infligé à Onan, fils de Juda et petit-fils du patriarche Jacob. Le Seigneur le frappa de mort, parce que, par une œuvre détestable, il empêchait Thamar, son épouse, de devenir mère. Hélas! il n'a que trop d'imitateurs, surtout en ces jours mauvais Une habitude aussi criminelle ne peut qu'attirer le courroux céleste ; et combien l'expient, même dès cette vie, de la manière la plus cruelle, c'est-à-dire par la perte de tous leurs enfants, qui leur sont enlevés, au moment où ils y pensent le moins I
D. N'y a-t-il rien qui puisse rompre le lien du Mariage? R. 11 ne peut être rompu que par la mort.
Dès l'instant qu'on est marié, c'est pour la vie. Le lien du mariage rend les deux conjoints inséparables. Nous voyons, en effet, qu'au commencement du monde, Dieu ne créa qu'un homme et qu'une femme, afin qu'ils fussent uniquement et invariablement attachés l'un à l'autre. Plus
(t) Honorabile connubium in omnibus et torus immaculatus. Heb., xiii, 4.
(2) Ut sciât unusquisque veslrum vas suum possidere in sanctificatione et honore, non in passione desiderii. I. Thess., iv, 4.
DU MAKJAGË. 463
tard, il est vrai, Dieu permit le divorce aux Juifs, à cause de la dureté de leur cœur ; mais cette simple concession, faite à un peuple charnel, ne devait pas prévaloir contre l'ordre établi dans le principe. Aussi Notre-Seigneur a-t il ramené le mariage à sa sainteté primitive. Des pharisiens lui ayant un jour demandé s'il était permis à un mari da quitter sa femme, il leur répondit : a N'avez-vous point a lu que celui qui a fait l'homme au commencement, créa « un homme et une femme, et qu'il dit : A cause de cela, « l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera « à sa femme, et ils seront deux dans une seule chair? « C'est pourquoi ils ne sont plus deux, mais une seule a chair. Que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu a a joint (1). » Ces paroles montrent évidemment que le mariage est indissoluble, et le divorce illégitime. Comme l'on ne pourrait sans crime diviser un même corps, dit saint Chrysostome, de même il n'est point permis, sans une criminelle contravention, de séparer le mari d'avec la femme. Le divorce attente tout à la fois et à la nature de l'homme et à la majesté de Dieu ; à la nature de l'homme, parce qu'il mutile une même chair, à la majesté de Dieu, parce que Dieu a commandé l'indissolubilité du mariage (2). Saint Paul, fidèle interprète de la doctrine de son maître, nous enseigne aussi que, par la loi du mariage, la femme est liée à son mari, tant qu'il est vivant, et que la mort seule peut rompre les engagements qui les unissent. II prévoit même le cas, toujours si fâcheux, d'une séparation de corps; et, si des époux sont obligés d'en venir à cette, extrémité, point de milieu pour eux, ou qu'ils restent sans se marier, ou qu'ils se réconcilient (3).
({) Quod ergô Deus conjunxit, homo non separet. Math., xjx, G.
(2) D. Chrys., hom. 63, in Math.
(3) His autem qui matrimonio juncti sun'., prsecipio non ego sei Dominus, uxorem à viro non discedere. Qndd si discesserit, manere innuptam, aut viro suo reconciiiari. .St vir uxorem non dimitlat. 1. Cor., vu, 10.
C'est par un effet de sa sagesse et de sa bonté , que Dieu a établi l'indissolubilité du mariage. Il a pourvu au bonheur et à la tranquillité des époux, en resserrant les liens qui les unissent, en les mettant à l'abri des suites funestes de l'inconstance. Qui ne voit, en effet, que s'ils pouvaient se séparer avec l'espoir de contracter un autre mariage, à la moindre dispute, au moindre mécontentement, ils parleraient de rupture? Et comment pourrait subsister cette intimité parfaite, qui de deux personnes n'en fait qu'une, avec la crainte d'une désunion, qu'un accident imprévu viendrait occasionner? Le Seigneur aussi a voulu par là empocher la confusion qui troublerait l'ordre des familles, et pourvoir à la stabilité nécessaire pour l'éducation des enfants.
Avant donc de s'engager dans le mariage, qu'on y réfléchisse bien, qu'on y pense sérieusement, car ensuite on a beau pleurer, gémir, se lamenter, il n'y a plus de remède. Que de maris disent : a Oh! si j'avais su... » Que de femmes crient encore plus fort : a Oh! si j'avais connu toutes les charges du mariage, j'aurais bien conservé ma liberté. » Mais le nœud est formé, et il ne peut être rompu que par la mort.
Quand le mariage est rompu par la mort de l'un des époux, rien n'empêche la partie survivante de convoler à de secondes noces. Cependant l'Église a toujours engagé ses enfants à garder la continence dans le veuvage, soit parce que l'état de continence est plus parfait que le mariage, soit parce que les secondes noces ont de graves inconvénients, lorsqu'il y a des enfants d'un premier lit. Ce n'est qu'avec une extrême répugnance que ceux-ci se voient obligés de plier sous les lois d'un beau-père ou d'une marâtre, et qu'ils voient naître de cette nouvelle union des enfants, qui ne seront pour eux que des demi-frères ou des demi-sœurs, destinés à leur enlever une partie de leuf héritage. Cependant, comme les secondes noces n'ont rien Je condamnable, nous ne saurions nous élever trop forte-
ment contre l'abus qui règne en certaines contrées d'aller aux portes des veufs ou veuves qui se remarient, faire du tapage en frappant sur des casseroles, poêles, chaudrons, avec accompagnement de cris, de huées, et de toute sorte d'instruments discordants. On donne à cette musique infernale le nom de charivari (1). Une pareille insolence, improuvée par tous les hommes de bon sens, tout à fait contraire à l'esprit du christianisme, est défendue par les statuts de plusieurs diocèses, sous peine d'excommunication.
D. Que signifie cette union si étroite de l'homme et de la femme dans le Mariage ?
R. Eile signifie l'union parfaite de Jésus-Christ avec son
Église.
L'union divine de Jésus-Christ avec son Église est souvent représentée dans l'Écriture sous le nom de noces et de mariage. Rien ne nous peint mieux la tendresse que cet adorable Sauveur a pour nos âmes. Quelle faveur insigne pour des époux de représenter l'œuvre par excellence de Jésus-Christ, son union avec l'Église ! Quoi de plus capable aussi de leur faire comprendre la sainteté de leur état ? Qu'ils se gardent donc bien d'y porter la moindre atteinte.
Des Cérémonies du Mariage.
Les cérémonies de ce sacrement, non moins que celles des autres, étant propres à nous en faire comprendre la nature, les effets et les obligations qu'il impose, et leur intelligence pouvant beaucoup contribuer à le faire recevoir avec des dispositions convenables , nous avons cru devoir en donner une explication succincte.
(1) Ce mot vient du grec xasr.êasav, avoir la tête lourde, d'où l'on dit : >ca{>r,£aptxo; cîvo;, du vin qui appesantit la tête. Et, en effet, ceux qui font charivari sont comme les ivrognes, qui font du bruit et du tapage, lorsqu'ils ont la tète pleine de vin.
1° Les futurs époux s'étant rendus à l'église, accompagnés de leurs témoins et autant que possible de leurs parents, se mettent à genoux en face de l'autel où doit se faire la cérémonie. Le prêtre, après leur avoir fait une exhortation appropriée à la circonstance, commence par s'enquérir de leur consentement. 11 s'adresse séparément à chacune des parties, et, l'appelant par ses noms et prénoms, il lui dit : « Jurez-vous devant Dieu et en face de sa sainte Église, que vous prenez présentement pour votre épouse ou époux telle personne ici présente?... Promettez-vous et jurez-vous de lui garder la fidélité en toutes choses, comme le doivent de fidèles époux, selon le commandement de Dieu ? » Chacune des parties doit répondre, à son tour, clairement et distinctement : Oui. L'Église veut montrer par là que le Mariage, pour être valide, doit être tout à fait libre. Il faut que le consentement des époux soit tellement positif, qu'il ne puisse donner lieu à aucun doute.
2° Après qu'ils se sont ainsi prononcés, le prêtre leur dit de se donner la main. C'est comme une prise de possession, qu'ils font mutuellement de leurs corps. Ils se présentent la main droite, parce que deux mains droites, jointes ensemble, ont été chez toutes les nations le symbole de la fidélité. Nous en trouvons un exemple remarquable dans l'Écriture, où nous voyons que Raguel, mariant sa fille, prit sa main droite et la présenta à Tobie. Le mari met la main droite sur celle de son épouse, pour faire connaître qu'il est le chef de sa femme, et aussi pour marquer qu'il doit être le premier à garder la fidélité.
3° Le prêtre, tenant la main levée sur la tête des époux, pour signifier qu'il va parler avec une autorité divine, leur donne la bénédiction solennelle au nom de l'Église, en disant : Je vous conjoins, au nom du Père et du Fils et au Saint-Esprit. Ainsi soit -il. Et il les asperge d'eau bénite. Ces paroles marquent que l'union qu'ils viennent de con-
tracter est ratifiée dans le ciel, et que Dieu lui-même sera le garant de leurs serments.
4° Le prêtre, après avoir béni l'anneau nuptial, le présente à l'époux, qui le met au quatrième doigt de l'épouse. Cet anneau est comme le cachet, qui doit fermer leur cœur à toute affection étrangère. On n'en donne qu'un, pour marquer l'union qui doit se faire de deux cœurs dans le mariage.
5° L'époux, prenant ensuite les pièces d'or ou d'argent qui ont été bénites, les met dans la main de son épouse. Cela signifie que les époux entrent en communauté de biens, et que le mari s'engage à nourrir sa femme. Le prêtre a béni ces pièces de monnaie, pour prier Dieu de donner sa bénédiction au travail des mariés, et de leur accorder les biens temporels, dont ils auront besoin.
6° Pendant la sainte messe, qui se dit aussitôt après la célébration du Mariage, les époux doivent prier Dieu avec la plus grande ferveur de rendre leur union heureuse. Dans certaines églises, ils y assistent avec un cierge blanc et allumé, pour marquer qu'ils doivent avoir conservé la chasteté depuis leur baptême, et qu'ils doivent se tenir prêts, avec des lampes ardentes, ainsi qu'il est exprimé dans le sakit Évangile, pour aller au-devant du céleste époux de nos âmes, qui est Jésus-Christ.
7° Avant la communion, le prêtre, se tournant vers les nouveaux mariés, prie Dieu qu'il lui plaise, comme auteur et sanctificateur du Mariage, de donner aux époux une véritable et mutuelle affection. Il demande ensuite en particulier pour la femme que le joug, qu'elle vient de s'imposer, lui soit un joug d'amour et de paix; qu'elle soit aimable aux yeux de son mari comme Rachei. comme Rébecca, et fidèle comme Sara ; qu'elle soit re* commandable par sa gravité et sa pudeur; qu'elle soit heureuse dans sa postérité. Enfin, il souhaite pour tous deux qu'ils voient les enfants de leurs enfants jusqu'à la
troisième et la quatrième génération, et qu'ils parviennent à une heureuse vieillesse.
8° Autrefois on étendait un voile sur les mariés. De là vient le mot de noces, de nubere, voiler. Cette cérémonie, selon saint Ambroise, signifie que les plus beaux ornements d'une femme sont la pudeur et la modestie ; on étend aussi ce voile sur le mari, pour marquer qu'il doit avoir beaucoup d'égard à la pudeur de sa femme, et traiter son corps avec honneur et respect, comme le recommande l'Apôtre.
Une dernière observation que nous ferons aux époux, par rapport à leur festin de noces, c'est qu'ils doivent en bannir les paroles libres, les chansons obscènes, les danses immodestes, en un mot, tout di.ertissement contraire à la bienséance. Hélas ! que sont souvent ces sortes de fêtes ? Autant d'orgies, où l'impiété le dispute à la licence. Qu'on se réjouisse, à la bonne heure, mais d'une joie chrétienne, et quon ne perde pas de vue la présence du Seigneur*.
TRAITS HISTORIQUES
I. On demande quatre choses à une femme : que la vertu habite dans son cœur, que la modestie brille sur son front, que la douceuî découle de ses lèvres, et que le travail occupe ses mains.
Après la mort d'Augusîe, on demandait à l'impératrice Livie, son épou-e, par quels moyens elle avait pu captiver si constamment le cœur de ce prince. « Ils sont tout simples, répondit-elle ; j'ai vécu dans une scrupuleuse chasteté; j'ai prévenu tous ses désirs ; je me suis empressée d'exécuter ses volontés ; jamais je n'ai eu l'indiscrète curiosité de connaître ses actions, et je ne lui ai pas plus parlé de ses torts envers moi que si je les eusse entièrement ignorés. >
Une dame vertueuse fut priée par une autre dame de lui apprendre quels secrets elle avait pour con&erver les bonnes grâces de son mari. — C'est, lui répondit-elle, en faisant tout ce qu'il lui plaît, et en souffrant patiemment tout ce qui ne me plaît pas.
Sainte Monique peut être regardée comme le modèle des personnel de son état : elle avait un mari sujet à bien des défauts ; elle eut un fils, qui donna dans tous les égarements; mais, par la prière, la patience, la confiance en Dieu, après bien des soupirs et des larmes, elle eut la consolation de le? ramener l'un et l'autre à Dieu. D'abord, ayani
été bien élevée et accoutumée, dés son enfance, à vivre dans la soumission qu'elle devait à son père et à sa mère, elle eut moins de pein» à se soumettre à son époux. N'oubliant rien pour le gagner à Dieu, car il était encore païen, elle ne lui parlait jamais de religion que par sa conduite et ses mœurs ; par là, elle lui devint, non-seulement chère et aimable, mais digne de respect et d'admiration. Dans quelques désordres que donnât son mari, elle n'eut jamais avec lui la moindre brouillent sur ce sujet ; elle attendait avec patience que Dieu le ramenât dans le* voies du salut. Quoiqu'il aimât tendrement son épouse et qu'il eût le fonds très-bon, il était emporté au delà de tout ce qu'on peut dire ; mais elle s'était fait une loi de ne jamais lui résister dans sa promptitude, et de ne lui répondre le moindre mot. Quand il s'était emporté mal à propos, elle attendait qu'il fût revenu ; alors elle lui rendait raison de sa conduite avec douceur et déférence.
Aussi, quand il arrivait que d'autres femmes, dont les maris étaient moins emportés que le sien, se plaignaient devant elle de leurs peines, et des colères de leurs époux, dont elles portaient souvent encore des marques: « Prenez-vous en plutôt à votre langue, leur disait-elle en souriant; car, ajoutait-elle, il ne convient pas à des servantes de tenir tête à leurs maîtres. » Une qualité bien louable, que Dieu avait donnée à sainte Monique, c'est qu'elle mettait toujours la paix partout, autant qu'il lui était possible. 11 arrivait souvent que des femmes qui étaient brouillées ensemble, venaient chacune de son côté lui faire des plaintes, disant l'une contre l'autre tout ce que la haine et l'aigreur peuvent inspirsr ; mais jamais elle ne disait à chacune des parties que ce qui était capable de les adoucir et de les remettre bien ensemble, bien éloignée de la conduite de ceux qui, par malignité de cœur, ne se contentent pas de rapporter aux uns ce que la haine a fait dire aux autres contre eux, mais qui l'augmentent encore et l'aigrissent, allumant ainsi le feu, au lieu de tâcher de l'éteindre.
Pour comble de faveurs, Dieu accorda enfin à sainte Monique fa grâce de voir son mari embrasser la foi et la pratiquer, avant qu'il sortît de ce mon je, en sorte qu'il ne lui donna plus aucun sujet de se plaindre de sa conduite. Après la mort de son époux, on peut dire que cette sainte femme devint la servante de tous ceux qui servaient le Seigneur : elle était telle que saint Paul veut que soient toutes les veuves chrétiennes. Dans tous les temps, elle fut fidèle à ses devoirs dans sa jeunesse, elle avait rendu à son père et à sa mère tout ce que le respect l'obligeait de leur rendre ; dans la suite, elle avait gouverné sa famille selon les règles de la piété chrétienne. Ses bonnes œuvres avaient renia témoignage à sa foi. Son fils égaie avait été, durant un temps, le sujet de ses krmes. Par ses prières, il devint
sa gloire et sa consolation. Enfin, elle termina saintement une vie, qui avait été un exercice continuel de douceur, de patience, de charité et de vertu. D. Auo., Confess., 1. IX, c. ix.
Les attentions et les complaisances de sainte Françoise pour son mari avaient quelque chose d'extraordinaire; aussi furent-elles payées par celui-ci d'un juste retour. Rien n'était plus édifiant que de voir les deux époux serrer de plus en plus les liens de leur union par des égards mutuels; et, ce qu'il y eut de plus admirable, c'est qu'ils ne furent jamais divisés par la moindre contestation, durant les quarante années qu'il passèrent ensemble. Celte illustre sainte sut si bien allier les maximes de la religion avec les devoirs d'épouse et de mère de famille, et conserver la ferveur au milieu des occupations attachées à son état, qu'elle conversait toujours avec le ciel, où la vivacité de son amour l'entraînait continuellement.
Un jeune médecin, habitant de la capitale, y reçut au mois d'octobre 1829, le sacrement de mariage, avec des circonstances bien édifiantes. Un de ses amis l'introduit dans une maison recommandable par ses vertus, en lui faisant espérer la main d'une fille unique, aussi pieuse que le reste de la famille. La jeune personne est bientôt promise au docteur, dont l'aimable modestie égale la science. Bientôt la cérémonie nuptiale allait avoir lieu, lorsque celui-ci vient seul trouver la mère de safulure épouse, et lui demande à parler en particulier à mademoiselle Emilie. — Cela n'est pas possible, Monsieur, répondit-elle d'une manière obligeante ; ma fille n'est pas bien depuis deux jours, et elle a besoin de tranquillité. — Mais, Madame, il m'est bien pénible de ne pouvoir m'entretenir un instant avec votre demoiselle ; à peine ai-je eu la satisfaction de la voir trois à quatre fois dans la société j jusqu'ici je n'ai point trouvé l'occasion de lui exprimer à mon aise mes sentiments et de connaître les siens. — Vos instances me font peine, Monsieur ; mais ma fille n est pas visible.—J'aurais cependant quelque chose de très-important à lui communiquer. - Je l'appellerai, si vous le désirez ; et vous xui parlerez ea ma présence; jamais ma fille ne s'est trouvée en tête-à-tête avec un homme. — Mais bientôt je dois être son époux! — Alors, Monsieur, ma fille ne m'appartiendra plus; jusqu'à ce temps, je dois remplir à son égard tous les devoirs d'une mère chrétienne e\ prudente. — Ah! Madame, s'écria le médecin, il faut donc que je vous confie mes intentions. Élevé moi-même par des parents religieux, je suis toujours demeuré fidèle à cette religion sainte, qui vous dicte une si belle conduite. L'indifférence, qui existe malheureusement parmi l«s hommes de mon art, a pu vous inspirer quelque défiance ; mais, loin Je la partager, je me fais une gloire et un bonheur de
suivre en tout point les pratiques de foi : plus je les étudie, plus elle» me semblent grandes et respectables. Si j'ai tant insisté, c'est que je voulais sonder ses dispositions à cet égard, et la prier de se disposer, par une confession générale et la réception de l'adorable Eucharistie, à recevoir, avec la bénédiction nuptiale, toutes les grâces qui y sont attachées.
A ces mots, la mère ne peut retenir ses iarmes; elle se jette da/is les bras du vertueux médecin et lui dit, en le tenant serréconire son cœur: « Eh bien, mon fils, nous communierons tous ensemble; allez voir votre épouse, et dites-lui bien que je vous ai appelé mon fils. Allez, pieux jeune homme, vos sentiments me répondent de voire bonheur et de celui de ma fille. > Le pieux docteur ne se borna pas là : pendant huit jours, le saint sacrifice de la messe fut célébré, pour attirer toute l'abondance des bénédictions célestes. Mais ce qu'il y eut de plus beau, de plus attendrissant, ce fut de voir, le jour même du mariage, les deux époux s'asseoir à la table sainte, environnés, l'un de son respectable père et de sa mère en pleurs, l'autre de sa mère et de sa grand'mére, qui reçurent tous ensemble la communion avec leurs dignes enfants.
Quel bel exemple pour les jeunes gens ! Quelle leçon pour tant de parents indifférents ou impies ! Ah ! si toutes les unions ressemblaient à celle-ci, que la société serait heureuse et tranquille !
Quel plus beau trait d'amour conjugal que le suivant: On avait arrêté et conduit, comme tant d'autres infortunés, le maréchal de Mouchy à la prison du Luxembourg. A peine y était-il arrivé que sa femme s'y rend. On lui représente que l'acte d'accusation ne fait pas mention d'elle ; elle répond : « Puisque mon mari est arrêté, je le suis aussi! » 11 est traduit au tribunal révolutionnaire; elle l'y accompagne. L'accusateur public l'avertit qu'on ne l'a pas mandée; elle répond : « Puisque mon mari est mandé, je le suis aussi ! » Enfin, il reçoit son arrêt de mort; elle monte avec lui dans la charrette meurtrière. Le bourreau lui dit qu'elle n'est point condamnée. « Puisque mon mari est condamné, je le suis aussi! » Telle fut son unique réponse.
2. Le maître d'une des plus belles verreries de Lorraine voulut faire généreusement chez lui les noces d'une de ses sœurs. En conséquence, il dit à sa mère qu'elle pourrait amener de Lunéville telle compagnie qui lui plairait; que pour lui il invitait une soixantaine de personnes Sa mère lui ayant représenté qu'il lui semblerait plus à propos de retrancher de ce côté-là pour faire quelque chose en faveur des pauvres, il la pria de trouver bon qu'il fît les choses à son gié. Elle y consentit, et vint seulement avec les parents les plus pro-
ches, pour le jour des noces. Elle fut surprise de ne voir personne de ce grand nombre de convives annoncés. On lui répondit que ce serait pour le lendemain. En effet, le lendemain on voit arriver de tous côtés des troupes de pauvres invités par le respectable maître. On les introduisit dans un grand salon, où on avait dressé des tables, avec un nombre de couverts proportionné au nombre des convives. A chaque couver* étaient joints un pain d'une livre et une bouteille de vin. Quand chacun fut placé, le curé de la verrerie fit la bénédiction des tables ; après quoi le maître et la maîtresse de la maison, les deux nouveaux mariés et tous les parents, par ordre, paraissent avec des plats à la main, portant les mets destinés aux pauvres, et les servant eux-mêmes avec cet air de satisfaction que donne le sentiment d'une bonne œuvre. Il est aisé de juger avec quel contentement des malheureux , accoutumés à n'avoir qu'un pain bien dur, profitèrent d'une table abondamment servie. On leur annonça d'abord qu'ils pourraient emporter avec eux tout ce qu'il leur resterait des mets qu'ils n'auraient point achevés, et, par-dessus cela, leurs assiettes, bouteilles, verres, cuillers, fourchettes, dont on leur faisait présent. Quand la plus grosse faim fut apaisée, le pasteur profita de l'occasion pour leur faire remarquer combien les pauvres étaient honorables aux yeux de la religion, puisqu'on se faisait honneur de les servir; que, si quelquefois ils avaient des rebuts à essuyer, ce n'était qu'à raison de la conduite de plusieurs qui, au lieu de se comporter comme membres de Jésus-Christ, se laissaient aller à des excès de débauche qui les déshonoraient; mais que pour eux, tant qu'ils mèneraient une vie régulière, ils se tinssent assurés d'être toujours honorés des personnes de bien. Cette petite morale, faite à propos, fut écoutée avec respect, et le repas continua avec autant de décence que d'allégresse. On voyait la joie briller sur le front de tous ceux qui y assistaient; et les spectateurs eux-mêmes, attendris jusqu'aux larmes, goûtaient intérieurement le plaisir touchant, que trouvent les bons cœurs à faire des heureux. Quand le repas fut terminé et les grâces dites avec modestie, chacun s'en retourna, chargé de ce qui lui restait, pour en faire part à sa famille; tous les autres pauvres qui survinrent reçurent chacun une aumône honnête. On n'entendait alors que des cris de bénédiction, doat les environs retentissaient. Si les -Mitres noces ont plus de brillant, ajoute l'auteur qui rapporte ce irait, peuvent-elles avoir rien de plus satisfaisant pour des cœurs bien nés? Et le Ciel pouvait-il manquer de bénir une alliance commencée par l'exercice de la plus touchante charité ? Plût à Dieu que cet exemple pût engager à changer les folles joies des noces en des œuvres plu3 dignes du christianisme!
Peut-on négliger de remarquer ici que la Réforme a pour chef Luther, prêtre, moine apostat, qui épousa une religieuse, et dont