DU MARIAGE SPIRITUEL
l'exemple fut suivi par tant d'autres? Ce qui fit dire à Erasme ' « On se plaint des violences des protestants : pour moi, je vois plus ici une comédie que des scènes tragiques, car tout finit par un mariage. » Mais combien Luther est encore coupable d'avoir accordée Philippe, Landgrave de liesse , une chose dont il n'y avait point d'exemple parmi les chrétiens : oe fut d'avoir deux femmes à la fois. Ce mystère d'iniquité a été découvert par des pièces que l'Electeur palatin Charles-Louis a fait imprimer, et dont le prince Ernest de Hesse, un des descendants de Philippe, a manifesté une partie, depuis qu'il s'est fait catholique.
TROISIEME INSTRUCTION
Du mariage spirituel. — Ses avantages. — Sa consommation. — Ses empêchements. — Du célibat et de la virginité. — L'état de virginité préférable au mariage. — Estime qu'en ont eue Jésus- Christ, la sainte Vierg£ et les Saints. — Avantages de la continence. — Objections.
Tel est l'amour que Dieu porte à nos âmes qu'il ne dédaigne pas de prendre à leur égard l'aimable qualité d époux, et qu'il les appelle ses épouses, a Je vous rendrai mon épouse pour toujours, dit-il par la bouche d'un de ses prophètes, et je vous épouserai en justice et jugement, en compassion et miséricorde (-1), » c'est-à-dire en vous justifiant par l'infusion de ma grâce, et en vous unissant à moi par un pur effet de ma bonté, sans aucun mérite de votre part. Il y a donc un mariage spirituel entre Dieu et l'âme qui est en état de grâce.
Ce mariage se contracte premièrement au baptême, lorsque l'âme renonce à Satan, à ses vanités et à ses folies, pour être toute au Fils du Roi céleste, auquel elle donne alors sa foi. La ratification de ce mariage se fait devant l'évêque par le sacrement de confirmation, dans lequel l'âme renouvelle et confirme le serment de fidélité, qu'elle
(1) Spousabo te mihi in sempiternum; et sponsabo te mihi in justitiâ et judicio, et in misericordiâ et in miserationibus. Osée, xv, i 9.
a prêté au baptême. Le banquet de ce mariage a lieu dans l'Eucharistie, admirable et délicieux festin auquel tous les amis de l'époux sont invités. Et, comme il arrive trop souvent dans cette vie, semée de tant de misères et de traverses, que l'épouse oublieuse de la noblesse de son époux et des biens qu'elle en a reçus, pèche contre le devoir de son alliance et contre la promesse donnée au bap'ême, la réconciliation se fait dans le sacrement de pénitence, où l'âme est justifiée de nouveau et remise en grâce avec l'époux céleste. En vertu de cette union sacrée, Dieu se donne tout entier avec l'abondance de ses trésors et de ses amabilités infinies à l'âme sanctifiée ; il est en elle et à elle; et elle aussi, elle est toute à Dieu, pour ne vivre qu'en lui et pour lui, pour suivre ses volontés en toutes choses, renonçant à tout autre parti, ainsi que doit se comporter une épouse à l'égard de son époux.
0 âme chrétienne, quel bonheur pour vous d'être appelée à une destinée si noble et si glorieuse ! Dans ce monde, les jeunes personnes de basse extraction ne peuvent aspirer à l'alliance des grands et des princes de la terre ; mais il en est tout autrement dans le royaume spirituel de Dieu, qui est son Église. Le Fils du Roi éternel invite toutes les âmes à ses noces, il veut contracter avec elles une alliance indissoluble ; et, comme ses richesses sont inépuisables, elles ne diminuent jamais pour être départies à plusieurs, non plus que la lumière du soleil, qui suffit pour vivifier et féconder toute la terre. Ainsi cet époux incomparable fait le bonheur de toutes les âmes qui se donnent à lui, et il aime chacune en particulier, comme si elle était la seule qu'il voulût favoriser de son affection; il la considère aussi tendrement que s'il n'avait pas d'autres créatures à chérir, a Ma colombe est unique (1),» nous dit- il luimême au Cantique des cantiques. Réciproquement, l'âme sainte, qui suit le mouvement de la grâce, n'aime que Dieu
(1) Una est columba mea. Cantic, vi, 8.