DU BON PROPOS. J
plutôt mourir pour ne pas offenser Dieu, que de vivre en l'offensant .
Hélas ! combien de pécheurs regardent comme bonne volonté ce qui n'est souvent qu'un désir de conversion bien insuffisant ! Aussi que de fois il arrive qu'à peine sortis du confessionnal, ils retombent dans leurs péchés aussi fréquemment qu'auparavant !
3° Universel, c'est-à-dire que le pénitent doit avoir la volonté d'éviter tout péché grave, sans en excepter un seul. De même que Dieu ne sait ce que c'est que faire grâce à demi, de même aussi il n'aime pas les demi-conversions ; il veut qu'on revienne à lui de tout son cceur, et il suffit de garder une seule attache volontaire à un seul péché mortel, pour n'obtenir le pardon d'aucun. Nul ne peut servir deux maîtres, dit Jésus-Christ (1). On ne peut tenir d'un côté à Jésus-Christ et de l'autre au démon ; Dieu veut régner seul sur notre cœur, et seul il en a le droit.
Pour ce qui regarde les péchés véniels, on peut se proposer d'en éviter certains en particulier, sans se proposer de les éviter tous, et néanmoins faire une bonne confession, parce qu'ainsi que nous l'avons dit en une autre circonstance, le péché véniel n'est pas incompatible avec la grâce sanctifiante. Les âmes pieuses, qui veulent croître dans l'amour de Dieu, se proposent d'éviter tous les péchés véniels délibérés; et, comme il en échappe toujours quelqu'un à la fragilité humaine, elles s'appliquent sans cesse à en diminuer le nombre.
4° Efficace y c'est-à-dire qu'il doit nous faire prendre les moyens d'éviter à l'avenir le péché, quelque fâcheux et quelque désagréables qu'ils soient; car le désir véritable d'obtenir une fin n'est jamais sans la volonté d'en prendre les moyens. Un malade, qui soupire après la santé, ne refuse pas les remèdes que le médecin lui prescrit, quand bien même il les trouve amers. Vouloir donc efficacement
(1) Nemo potest duobus dominis servire. Math., vi, 24.
éviter le péché, c'est surmonter tous les obstacles qui opposent à nos bonnes résolutions, quelque grands qu'ils nous paraissent; c'est éviter toutes les occasions de nous rengager dans nos mauvaises habitudes, malgré tout le plaisir et tout l'intérêt que nous pourrions y trouver. N'imitez donc pas le paresseux qui veut et ne veut pas, comme dit l'Écriture (1); aussi ses désirs le tuent (2). Il faut vouloir généreusement et exécuter courageusement.
J'ajoute que le bon propos doit être constant, et durer autant que notre vie. Ne serait-ce pas faire au Seigneur une extrême injure que de mettre des bornes au service que nous lui devons? Et pouvons-nous sans injustice lui soustraire un seul moment de notre existence, nous qui dépendons continuellement de lui? Cependant toute rechute ne prouve pas que le ferme propos ait manqué. Ainsi saint Pierre était dans une véritable et sincère disposition de mourir plutôt que de renier le Sauveur, et cependant il le renia à la voix d'une simple servante. La volonté la mieux intentionnée peut faiblir, par un effet déplorable de la fragilité humaine, contre lequel on ne saurait trop se précautionner. Alors ce n'est pas le bon propos qui a manqué, c'est la volonté qui a changé. 0 déplorable instabilité du cœur humain ! Pourquoi donc regarder en arrière, comme la femme de Lot? Quel attrait peut-on trouver à cette lèpre du péché, qui rend l'âme si hideuse ? Demeurez donc fermes et inébranlables., vous dit le grand Apôtre, et travaillez sans cesse de plus en plus à l'œuvre de Dieu (3).
D. A quelles marques peut-on connaître qu'on a ce bon propos et cette ferme résolution de ne plus les commettre ?
R. On peut le connaître : i° par les efforts que Ton a faits pour se corriger ; 2° par la fuite des occasions prochaines du
(1) Vult et non vult piger. Prov., xin, 14.
(2) Desideria occidunt pigrum. Prov., xxi, 25.
(3) Slabiles estote et immobiles, abundantes in opère Dorr.lni semper. I. Cor., xv, 58.