DU BON PROPOS
péché ; 3* par le changement de vie ; 4° par la volonté de réparer le mal qu'on a fait.
On ne peut jamais savoir d'une manière indubitable qu'on a eu toutes les dispositions nécessaires poui obtenir la réconciliation, et c'est ce qui doit nous engager à nous tenir toujours dans une juste défiance de nous-mêmes, et à opérer notre salut avec crainte et tremblement. Cependant voici quelques marques qui peuvent nous donner, sinon une certitude entière, du moins quelque assurance de notre retour à Dieu.
1° L'effort qu'on a fait de se corriger. Il en coûte de renoncer à ses mauvaises habitudes. Quand on est sujet à l'ivrognerie, au blasphème, à la colère, à l'impureté, on a besoin d'une continuelle vigilance sur soi-même, sans quoi on commet des péchés sans nombre ; et, si on ne travaille sérieusement à se corriger, jamais on ne sortira du bourbier de ses vices. Il faut donc remarquer les fautes dans lesquelles on tombe le plus ordinairement, les examiner chaque jour devant le Seigneur, les déplorer dans la sincérité de son âme, et chaque jour prendre des mesures plus énergiques pour les éviter, jusqu'à ce qu'enfin on les ait entièrement extirpées de son cœur. Pécheurs, qui voulez réellement revenir à Dieu, imitez le jardinier soigneux, qui arrache les mauvaises herbes, à mesure qu'elles paraissent, pour cultiver les plantes de son choix. Et vous aussi, exercez-vous aux actes de la vertu opposée au vice que vous voulez combattre. Vous êtes paresseux, travaillez sans relâche ; ivrogne, trempez votre vin, privez-vous-en s'il le faut absolument, ne mettez jamais le pied au cabaret; impudique, domptez votre corps par le jeûne et la mortification ; emporté, vindicatif, comprimez par le silence les bouillons de la colère. Considérez de temps en temps les progrès que vous faites dans la vertu ; à chaque nouvelle chute, imposez-vous une nouvelle pénitence ; et, par ces moyens, vous parviendrez à triompher de vos passions ; et
m HUITIÈME LEÇON.
alors vous pourrez avec quelque fondement, et tout en vous méfiant toujours de vous-mêmes, compter sur labonté divine et sur la sincérité de votre conversion.
2° La fuite des occasions prochaines du péché. On n'est véritablement converti qu'autant qu'on renonce absolument à ce qui a été la cause ou l'occasion du péché. Ce n'est pas sincèrement détester le mal que de rechercher ce qui le produit, et de suivre la route qui y mène. Si vous êtes dans la ferme résolution d'être toujours fidèle à Dieu, et de résister désormais vigoureusement aux tentations qui viendront vous assaillir, évitez avec le plus grand soin tout ce qui pourrait vous rendre prévaricateur. Les passions que nous portons au dedans de nous-mêmes sont bien assez fortes, sans chercher encore des occasions qui les excitent et les enflamment. Fuyons donc le danger, car, a dit l'Esprit-Saint, celui qui l'aime y périra (1). Nous reviendrons sur ce point important.
3° Le changement de vie. Se convertir ou changer de vie, c'est la même chose. Il ne peut donc y avoir ni pénitence sincère, ni conversion, ni contrition, sans changement de vie, Le changement de vie, c'est la pierre de touche delà contrition . Un véritable pénitent est un homme tout changé ; il faut qu'il y ait en lui changement dans l'esprit, changementdans le cœur, changementdans le langage, changementdans les œuvres; et, si on ne remarque en lui aucun changement, sa pénitence est nécessairement vaine et illusoire (2). Pour revenir sincèrement à Dieu, il est nécessaire, comme dit l'Apôtre, de se dépouiller du vieil homme, qui était corrompu dans ses habitudes, et de se revêtir de l'homme nouveau, que Dieu a créé dans la justice et la sainteté. Je suppose donc que vous avez été autrefois colère, vindicatif, paresseux, libertin, sensuel, avare, envieux : êtes-vous maintenant
(1) Qui amat periculum in illo peribit. Eccli., m, 27.
(2) Ubi emendatio nulla, pœnitentia necessariô vana. Tertull , de Pœnit., c. ii.
DU BOK TBOPOS. 143
doux, pacifique, modeste, laborieux, pudique, bienfaisant, vous voilà converti, l'argile de vos inclinations terrestres a fait place à l'or pur de la charité ; nul doute que vous n'ayez eu la contrition et le bon propos. Mais lorsque, peu de temps après avoir reçu l'absolution, on revient à son vomissement, c'est-à-dire lorsqu'on se plonge dans le bourbier des mêmes passions qu'auparavant, que peut-on penser d'une (elle conversion ? N'est-ce pas un mépris, une dérision des sacrements que ce mélange monstrueux, cette succession criminelle de confessions et de rechutes, de dévotion et de plaisirs, d'actes de piété et de péchés ? Quand on n'est pas mieux disposé, l'usage du sacrement de Pénitence, bien loin d'être profitable, devient funeste, car il en est de ce bain sacré comme de certaines eaux qui pétrifient les plantes qu'on y plonge ; s'il n'amollit le cœur, il l'endurcit. Portez donc de bons fruits; voilà la marque, à laquelle on reconnaîtra que vous êtes un bon arbre, enté sur Jésus-Christ.
4° La volonté de réparer le mal qu'on a fait. Il est évident qu'on n'est pas véritablement converti, quand on ne veut pas réparer les scandales qu'on a donnés, ou satisfaire au prochain pour le tort qu'on lui a causé. Quoi ! vous ne voudriez pas restituer à vos frères l'honneur ou le bien que vous leur avez ravis; vous ne voudriez pas vous réconcilier de cœur et d'âme avec eux, après les avoir offensés, et vous prétendriez être réconcilié avec Dieu ! La réparation du mal qu'on a fait, est une des preuves les plus solides de la sincérité d'une conversion.
Craignons le péché, avant de le commettre; et, après l'avoir commis, ne négligeons rien pour le détruire. Un homme vraiment pénitent est celui dont les vues, les craintes, les espérances, les inclinations se rapportent principalement au désir de réparer et d'éviter le péché.
D. Qu'entendez-vous par les occasions prochaines du péché? R. J'entends ce qui nous porte ordinairement au péché, ou qui nous met en danger de le commettre.
On entend par occasion du péché tout objet extérieur qui, en frappant nos sens, fait naître en nous la pensée du mal et nous porte au péché. Hélas! il s'en présente partout; le démon nous en suscite de toutes parts, et Dieu les permet, pour éprouver notre fidélité. Les occasions les plus fréquentes du péché sont les mauvaises compagnies, les fréquentations trop familières, les veillées, les danses, les spectacles, les cabarets, les maisons de jeu, les promenades, etc., etc.
On distingue deux sortes d'occasions de péché : les occasions éloignées et les occasions prochaines. Les occasions éloignées sont celles qui ne portent que faiblement ou indirectement au péché, et où par conséquent le péril est léger et la chute rare. On n'est pas obligé de les fuir, autrement il faudrait sortir du monde, car on en trouve partout. Il en est cependant qui sont dangereuses, surtout pour certaines personnes. 11 ne faut donc pas se croire exempt de faute, lorsqu'on s'y engage de son plein gré ; et on doit les éviter avec d'autant plus de soin que le péché auquel on s'expose est plus grave, et que la probabilité d'y tomber est plus grande. On ne saurait trop se tenir sur ses gardes, afin de ne pas offenser le Seigneur ; et c'est bien ici le cas d'appliquer cet adage si connu : La défiance est mère de la sûreté.
L'occasion prochaine est celle qui porte directement au mal, et où l'on pèche presque toutes les fois qu'on s'y rencontre. Il en est qui sont prochaines de leur nature, parce qu'elles portent par elles-mêmes au péché, comme, par exemple, la lecture des mauvais livres, la fréquentation des lieux de débauche , la société d'une personne avec qui on est dans l'habitude de pécher. Il en est qui ne sont prochaines qu'accidentellement et par rapport à certaines personnes, comme le cabaret pour ceux qui sont sujets à l'ivrognerie, le jeu pour ceux qui s'y laissent emporter à des blasphèmes, etc. Enfin nous distinguerons les occasions volontaires où l'on va se jeter de son plein gré,
et que Ton peut faire cesser plus ou moins facilement; et les occasions involontaires qu'on n'a pu éviter parce qu'on n a pu les prévoir, ou qu'on ne peut quitter parce qu'une force majeure ou des devoirs d'un ordre supérieur contraignent d'y rester. Pour ce qui regarde celles-ci. lorsqu'il y a impossibilité absolue de les quitter, ou qu'on ne peut s'en éloigner sans scandale ou sans un grave inconvénient pour sa fortune ou sa réputation, nous n'en dirons autre chose, sinon que c'est un état très-fâcheux dans lequel on se trouve, mais qu'il faut redoubler de vigilance sur soimême, prendre toute sorte de mesures pour rendre éloignée l'occasion qui est prochaine. On a besoin, dans ces circonstances plus que jamais, de mettre toute sa confiance en Dieu, d'implorer son assistance avec la plus vive ardeur, et de s'inspirer fréquemment des avis d'un sage directeur.
Occupons-nous spécialement des occasions prochaines volontaires. Nous disons que c'est un péché non-seulement d'y succomber, mais de s'y exposer, de s'y engager, d'y demeurer. Rien de plus fréquemment recommandé dans la sainte Écriture que d'éviter tout ce qui peut porter au mal. Fuyez, nous dit le Seigneur par la bouche de ses prophètes, fuyez du milieu de la criminelle Babylone, et que chacun cherche à sauver son âme (1). Retirez-vous, nous dit-il encore, retirez-vous, sortez de ce lieu dangereux ; gardez-vous de porter les mains à ce qui est souillé (2). Ainsi, êtes-vous dans un état, dans une condition dangereuse pour votre salut, l'ordre de Dieu est formel, vous devez en sortir.
Rester volontairement dans l'occasion d'offenser Dieu, ou s'y exposer de nouveau, ce n'est pas être solidement
(1) Fugite de medio Babylonis, el salvet unusquisquc animas mam. Jerem., li, 6.
(2) Reeedite, exile indè, pollutum nolite tangere ; exite de média ejos. Is.,ui, 11.
converti, ce n'est pas avoir cette sainte horreur du péché, qui ne se borne pas à le faire détester, mais qui tremble encore sur tout ce qui est de nature à le faire renaître. Est-ce craindre un précipice, lorsque, sans nécessité, on en côtoie imprudemment les bords? Est-ce estimer un trésor et vouloir le garder, que de l'exposer à l'avidité des voleurs ? Et votre plus grand bien, la grâce de Dieu, que vous portez dans un vase si fragile, quel cas en faites-vous, lorsque vous entretenez les mêmes relations; lorsque vous allez dans les mêmes lieux, où votre innocence a fait tant de fois un si triste naufrage ? Le poisson échappé de l'hameçon, le cerf dégagé du filet deviennent plus précautionnés pour ne pas s'y laisser de nouveau prendre; et vous, averti par l'Esprit-Saint que vous marchez au milieu des pièges, loin de les fuir, vous iriez les chercher de gaieté de cœur (1) ! C'est par le retranchement de tout ce que nous savons être en nous la cause du péché, c'est par la fuite des objets qui excitent dans nos cœurs de pernicieux désirs, que nous conserverons à notre âme sa vigueur et sa vie. Heureux, dit le Sage, celui qui est toujours en crainte (2). Tenez-vous donc continuellement en garde et contre votre faiblesse et contre les surprises de l'ennemi de votre salut. C'est vouloir perpétuer l'empire du péché que de ne pas se soustraire à celui de l'occasion. Les occasions, dit sainte Thérèse, sont comme des bêtes venimeuses, parmi lesquelles il est impossible de demeurer sans être mordu.
Laraison, la religion, l'expérience disent assez le danger, où Ton se jette en s'exposant à l'occasion ; mais on cherche à se le dissimuler ; le plaisir entraîne, et on se forme une multitude de prétextes pour se rassurer.
Sans doute, dit-on quelquefois, j'ai horreur du péché, depuis que le Seigneur a touché mon cœur; j'en connais
(!) Scito quoniam in medio laqueorum ingredieris. Eceli., îx, 2s>. (2j Beatus homo qui semper est pavidus. Prov., xxvin, 14»
DES OCCASIONS DU PÉCHÉ. l4?
toute la malice; et le ciel me préserve d'y retomber. Mais faut-il pour cela quitter cette compagnie, rompre cette liaison ? Je ne m'en sens pas la force. — Dites alors que vous ne vous sentez pas la force de vous sauver. Vous prétendez détester sincèrement le péché : aveuglement, illusion. Vous tenez au péché du fond de votre cœur, puisque vous ne voulez pas quitter cette société qui en a été pour vous la source, cesser ces visites où votre vertu a tant de fois succombé, retrancher de votre genre de vie ce qui a été pour vous une occasion de chute. Non, vous n'avez pas une vraie douleur de vos péchés, puisque vous aimez et recherchez ce oui en est le principe.
Mais je tiens à cette personne, je ne puis rompre avec elle, elle m'a rendu de grands services. — Écoutez le Sauveur qui vous répond : « Si votre œil droit est pour vous une occasion de péché, arrachez-le et jetez-le loin de vous. Si c'est votre main droite qui vous entraîne au mal, coupez-la et rejetez-la. Il vaut bien mieux pour vous perdre un de vos membres les plus précieux, que de porter votre corps entier dans l'enfer (1). » Voyez combien est précis ce précepte. Le Seigneur ne dit pas de fermer l'œil, de lier la main, qui sont des pierres de scandale. Arrachez, vous dit-il, coupez, rejetez loin de vous. Quand même cette personne vous serait aussi chère que votre œil droit, quand même cette profession, ou toute autre occasion dangereuse, vous serait aussi nécessaire que votre main ou votre pied, n'hésitez pas, il faut y renoncer absolument, dès lors qu'elle est pour vous un sujet de péché. La raison en est que le salut est d'une telle conséquence, qu'il vaut mieux tout perdre que de le risquer.
Mais je ne voudrais pas faire un éclat; si je romps cette liaison, si je ne vais plus à cette assemblée, si je quitte cette maison, on parlera de moi, de mauvais bruits courront
(1) Bonum tibi est cum uno oculo in vitam intrare, guàm duo* oculos habentem mitti in gehennam ignis. Math., xvm, 9.
sur mon compte. — Peut-être il n'en court déjà que trop; et n'est-ce pas un moyen de les arrêter, que de cesser les fréquentations qui les font naître? Vous redoutez un éclat ; mais vous ne l'avez pas craint pour scandaliser, et vous le craindriez pour édifier ! Du reste, prenez tous les arrangements, toutes les mesures de prudence que vous voudrez ; mais vous ne pouvez en aucune manière persister dans une occasion dangereuse pour votre salut.
Mais je ne puis quitter cette occasion, sans faire tort à ma fortune. — Eh quoi ! les biens de ce monde vous sontils plus chers que ceux de l'éternité? Et quelle plus grande fortune avez-vous à faire que de mériter ie ciel ? Que sert à l'homme, vous dit le Seigneur, de gagner l'univers entier, s'il vient à perdre son âme ? Dans les cas difficiles, comme il peut s'en présenter, consultez votre confesseur ; mais si vos intérêts temporels ne peuvent se concilier avec ceux de la conscience, sachez bien qu'il faut tout perdre, tout sacrifier, plutôt que de se perdre soi-même avec ses espérances immortelles.
Mais combien d'autres qui se trouvent dans les mêmes circonstances que moi, et desquels cependant on n'exige pas le même sacrifice ! — Qu'en savez-vous? Dieu ne vous demandera pus compte de la conduite des autres, mais de ia vôtre; et, s'il en est qui se trompent ou qui aiment à être trompés, faut-il aussi que vous vous abusiez vousmême?
Mais on ne peut pas abandonner toute société, se séparer entièrement du monde, et vivre en reclus. — Ce n'est pas aussi ce qu'on vous demande ; il est des relations honnêtes, légitimes, qu'on peut, qu'on doit entretenir. Mais ne peut-on pas nvre dans le monde sans participer à ses scandales, sans se précipiter dans les occasions de péché qu'il offre ? Ce qu'on vous commande, c'est d'éviter dans le monde ce qu'il y a de périlleux pour vous.
Mais je résisterai à la tentation, je saurai imposer silence aux passions et me contenir dans les bornes du devoir. —
Faible roseau, vous prétendez demeurer ferme comme un roc ! Sur quoi fondez-vous votre confiance ? Est-ce sur vous-même ? Hélas ! vous avez fait tant de fois la triste expérience de votre fragilité ! Prétendriez-vous être plus fort que Samson, vous dit saint Jérôme, plus saint que David, plus sage que Salomon? La chute de ces grands personnages ne doit-elle pas vous faire trembler ? Votre force, dit l'Esprit-Saint, est semblable à celle de Pétoupe pour résister au feu (1). Oseriez-vous espérer que l'étoupe mise sur le feu ne brûlera pas ? Un instant suffira pour rallumer la flamme de vos passions, que vous croyez éteinte. Peutêtre comptez-vous sur la grâce de Dieu, qui vous assistera dans cette occasion dangereuse ? Mais, en recherchant le péril que le Seigneur vous ordonne d'éviter, obtiendrezvous la force de le vaincre? Quelle témérité! quelle présomption ! Est-ce en désobéissant à Dieu que vous vous flattez d'obtenir ses secours ? Votre confiance , dit saint Chrysostome , est une confiance réprouvée , qui n'aboutit qu'à tenter Dieu et qu'à fomenter l'impénitence de l'homme.
On poursuit encore et on dit quelquefois : Mais ces objets, qui peuvent être séducteurs pour d'autres, ne le sont plus pour moi ; j'y suis habitué depuis longtemps; ils ne font plus aucune impression sur mes sens ; je ne crains donc pas de succomber. — 0 pitoyable excuse ! c'est donc de l'excès du mal que vous prétendez faire le remède ! Vous voulez que le feu des passions se soit éteint par l'aliment que vous lui avez donné ? Les impressions que vous recevez de ces objets corrupteurs, pour être moins sensibles, n'en sont peut-être que plus dangereuses. Vous êtes enfant d'Adam ; cela suffit pour que vous ayez toujours à vous défier de vous-même.
0 vous donc qui, sincèrement revenus à Dieu , vous proposez de le servir désormais avec fidélité, fuyez tout ce
(1) Etedt fortitudo vestra ut favilla stupse. Is., î, 31.
qui qourrait vous porter de nouveau au mal. Fuyez cet ami dangereux et perfide qui, par ses leçons et ses exemples, fous a frayé la route du crime ; fuyez cette personne dont la présence a allumé dans votre cœur le feu d'une passion fatale ; fuyez ces assemblées, ces parties de plaisir, où vous avez pris le goût des voluptés coupables. Domestiques, gardez-vous de rester dans cette maison, où Ton tend des pièges à votre vertu; jeunes gens, cessez ces entrevues, ces rapports intimes, qui ne font qu'amollir votre cœur ; femmes mondaines, fermez l'oreille à ces propos flatteurs, qui sont un poison pour votre âme ; hommes colères, vindicatifs, évitez les objets de votre ressentiment ; ivrognes, n'allez plus au cabaret ; joueurs, fuyez les brelans ; médisants, fuyez ces conversations, dont le plaisir consiste à déchirer la réputation du prochain.
Qui veut se garantir du naufrage, doit éviter les écueils ; celui de l'occasion est le plus dangereux 9.
Si faible que l'on soit, on peut persévérer dans la voie du bien, quand on ne s'expose pas témérairement. Le verre, que l'on a soin de préserver du choc, dure plus que le fer.
TRAITS HISTORIQUES
1. Ceux qui rebâtissaient le temple de Jérusalem, tenaient d'une main la truelle et de l'autre l'épée pour se défendre (1). — Voyez dans le Nouveau Testament le bon propos de saint Paul (2), et la fermeté de l'aveugle-né qui ne craint pas de déplaire aux Juifs, comme le craignaient ses parents [3).
Parabole.
Un grand coupable avait été jeté pour ses crimes dans une obscure prison; l'échafaud l'attendait; le souverain avait été offensé d'une manière indigne. Cependant sa bonté était telle qu'il crut devoir user
(1) II. Esd.,iv, 17.
(2) Rom., vin, 38.
(3) Joao., ix, 30.
■de clémence et prévenir même le coupable. Il lui envoie un de ses ministres pour l'inviter à se repenlir. Ce ministre était chargé d'employer tons les moyens de persuasion, et autorisé même à accorder une grâce, qui aurait dû être demandée avec instance. Qui le croirait? i'insensé délibère et repousse longtemps de telles offres. Le ministre ne se décourage point, il presse, il sollicite; et enfin le malheureux croit devoir céder, mais plutôt à l'importunité qu'à une forte persuasion; on le décide, mais avec beaucoup de peine, à profiter de l'indulgence du monarque. Cependant, son consentement obtenu, ce fut une grande joie dans la famille; mais, par une démence incompréhensible, le malheureux ne quitte point sa prison sans un désir secret d'y rentrer. Il regrette son obscurité, ses fers, l'attente des supplices ; en s'éloignant de ce lieu d'horreur, il y jette des regards d'affection el <ie tendresse, et se promet bien d'y rentrer au plus tôt.
Une semblable folie ne se conçoit pas ; on ne la croit pas possible; et cependant rien de plus commun. Celte folie est celle de tant de chrétiens qui après être rentrés en grâce avec Dieu, à la sollicitation de ses minisires, retombent dans les liens du péché et reprennent cette chaîne de fer, dont ils avaient été délivrés par le sacrement de Pénitence. Rendus à la lumière du jour, ils regrettent les ténèbres auxquelles ils étaient condamnés; ils forment le projet insensé de changer de nouveau, pour les tourments de l'éternité et d'éternels grincements de dents, ces larmes rédemptrices, ces douces larmes que fait couler un repentir sincère; et ce funeste projet ils l'exécutent. N'est-ce pas là le comble de la démence et du délire?
Enseignement de la Religion.
Sainte Catherine de Gênes disait souvent, après qu'elle se fut convertie : « Plus de péchés, ô mon Dieu, mais votre pur amour. Daignez écrire dans mon cœur la loi de votre amour avec les sacrés caractères du Saint-Esprit. »
Saint Philippe de Néri avait coutume de dire : « La plaie du côlé de Jésus-Christ estbien grande ; mais s'il n'a pilié de moi, je la rendrai bien plus grande. » Tous les matins, il adressait à Dieu cette prière : « Seigneur, gardez-moi en ce jour; si vous ne me gardez, je vous trahirai et je me rendrai coupable de quelque péché énorme. » Toutes les fois qu'il sortait de la maison où il habitait, il disait à Dieu : « Tenez-moi bien; autrement, je sors chrétien et je reviendrai juif. »
Lorsque saint Louis de Gonzague avait commis quelque faute, il ne se décourageait pas; mais, rentrant en lui-même, il disait : « La terre a donné son fruit, je connais par là ce que je suis de moi-même. > s— Un autre disait ces paroles de saint Ephrem : « Nous n'avons pas bien fait; faisons mieux. »
Le saint évêque de Genève voulait qu'on eût alors compassion de soi-même, et qu'on s'encourageât à mieux faire, en s'adrèssant ainsi
à son cœur : « Courage, mon pauvre cœur, voilà que tu es retombé dans la fosse, que tu avais pris si souvent la résolution d'éviter. Relevons-nous, recourons à la miséricorde de Dieu, et espréons qu'elle nous aidera, afin que nous soyons plus constants à l'avenir. Remettons-nous dans le bon chemin, que nous avons abandonné, en prenant les moyens convenables. »
L'Italie vit, en l'année 1291, un exemple illustre de pénitence en la personne de la bienheureuse Marguerite de Cortone. Elle était d'une très-grande beauté, dont elle abusa pour se livrer à une vie licencieuse, surtout avec un gentilhomme qui l'entretint pendant neuf ans . 11 était sorti du logis, emmenant avec lui une jreù\e chienne, qui revint au bout de quelques jours , criant et tirant Marguerite par ses habits avec les dents, en sorte qu'elle la fit sortir de la maison et la mena à un tas de bois, dont Marguerite, ayant détourné quelques pièces, trouva le gentilhomme mort et son cadavre rongé de vers. Ce hideux spectacle la fit rentrer en elle-même. Bien résolue de se convertir, elle retourna chez son père , vêtue de noir, fondant en larmes, et le visage déchiré de ses ongles; mais son père la chassa, à la persuasion d'une seconde l'emme, belle-mère de Marguerite.
Ainsi rejelée et abandonnée, elle s'assit sous un figuier, dans le jardin de son père; et, déplorant sa misère, elle eut recours à Dieu, la conjurant d'être son époux, son père, son maître; car le démon la tentait fortement de s'attacher à quelque grand seigneur, sous prétexte que l'état de misère où elle se trouvait, rendait excusable son péché. Alors Dieu lui inspira d'aller à Cortone, et de se mettre sous la conduite des Frères Mineurs ; ce qu'elle exécuta aussitôt, en se soumettant à eux avec une humilité rare et un respect singulier. Elle leur demanda instamment l'habit du tiers ordre de Saint-François, consacré à là pénitence; mais, trouvant dans elle tant de beauté avec tant de jeunesse, ils différèrent longtemps de le lui accorder, dans la crainte que sa conversion ne fût pas solide. Enfin, ces saints religieux, après l'avoir éprouvée pendant trois ans, lui donnèrent l'habit du tiers ordre. Dès lors elle augmenta en humilité, en austérité, et en toutes sortes de vertus.
Elle voulait se faire conduire à Monte-Pulciano, qui était le lieu où elle avait donné le plus de scandale, pour y faire une réparation publique et s'exposer au mépris de tout le monde; mais elle en fut empêchée par son confesseur, qui jugea sagement que les voyages ne convenaient point à une jeune pénitente. Il retint encore une autre fois le zèle, par lequel ?Me avait résolu de se couper le nez et la lèvre d'en h ut. Elle pr >éra vingt ans dans sa pénitence, et mourut saintement l'an 128Y. Le pape Urbain VIII permit, en 1623, à tout l'ordre de Saint-François de l'honorer comme bienheureuse.
Histoire Ecclésiastique, an 1297
2. Qu'il en coûte de se séparer des occasions, lorsqu'une fois on s'y est engagé !
Lot, qui a été si fréquemment témoin, qui vient de l'être encore des abominations d'une peuple infâme; Lot, averti par une mission divine de la terrible punition, prête à fondre sur une cité criminelle; Lot, tellement convaincu de la réalité de cette menace, qu'il a fait tous ses efforts pour en préserver ses futurs gendres; Lot, hésite cependant encore à quitter celte terre maudite de Dieu, et prête à être livrée aux flammes. Il faut, pour l'en éloigner, que des anges lui fassent une bienfaisante violence, et que, le tirant par la main, ils l'arrachent au danger dans lequel il persiste à rester: image sensible de ce qui se passe dans l'âme de la plupart des pécheurs. Le ministre du Seigneur, qui a reçu leurs confessions, leur a souvent représenté le danger dans lequel les retiennent les occasions du péché. Ils ne l'ignorent point, mais ils se le dissimulent. Ils connaissent la nécessité de le fuir; mais ils sentent un aitachement qui les y retient.
Ismaël donnait mauvais exemple à Isaac ; Sara veut qu'on le mette dehors, et même sa mère Agar, de peur que, si elle demeurait, elle ne donnât occasion à son fils de revenir souvent la voir (1).
Samson, Nazaréen, qui, selon son vœu, nepouvait goûter du raisin, aime mieux passer auprès d'un lion que d'une vigne, pour éviter l'occasion de la tentation.
Ce n'était pas une vaine pusillanimité, qui pénétrait de la terreur des occasions les plus célèbres personnages. Ils avaient devant les yeux tant de chutes mémorables des hommes les plus distingués par leur sainteté, depuis celle d'Adam jusqu'à leur temps, et qui ne s'étaient laissé abattre que pour n'avoir pas su se garantir des occasions ! Ce qui causa les crimes du genre humain et attira sur la terre les eaux du déluge, ce fut que les enfants de Dieu, les fils de Seth, qui jusque-là avaient vécu dans l'innocence, contemplèrent la beauté des filles des hommes et en furent séduits. Israël, fidèle au Seigneur, tant qu'il se tint éloigné des nations étrangères, participe à leurs œuvres, dès qu'il se mêle avec elles. Une faut qu'un regard indiscret du prophète royal jeté sur Bethsabée pour faire, de l'homme selon le cœur de Dieu, un adultère et un meutrier. Le plus sage des mortels est entraîné dans l'idolâtrie, pour s'être livré aux séduisants attraits des femmes étrangères. Le prince des apôtres, presque au moment où il vient de jurer â son maître une fidélité constante, le renie jusqu'à trois fois, parce qu'il a eu l'imprudence de mettre le pied dans une maison où sa faiblesse a été tentée. Les déserts delà Thébaïde ontvu succomber, après de longues années de mortification et de la pratique de toutes les vertus, plusieurs de leurs plus respectables anachorètes,
(1) Gen., xxi, 8.
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qui seulement avaient manqué de prendre de suffisantes précautions contre les dangers des occasions. Saint Augustin se lamente amèrement d'avoir vu s'écrouler les colonnes du sanctuaire, d'avoir vu pécher, pour une seule occasion, des hommes dont il n'aurait pas plus craint la chute que celle des Jérôme et des Ambroise, des hommes qui, par l'innocence de leurs mœurs et par l'élévation de leurs sentiments, semblaient rivaliser avec les Puissances célestes. Et, à la vue de tant de déplorables exemples, avec tant de motifs de frayeur, nous ne craindrions rien, nous qu'aucune austérité ne mortifie, qu'aucune victoire ne défend !
Le G. de la Luzerne, Considér. sur divers points de morale.
CINQUIÈME INSTRUCTION
Circonstances dans lesquelles on doit faire un acte de Contrition. —Moyens pour acquérir la Contrition. — Motifs de Contrition.
Il y a plusieurs circonstances particulières, où l'on doit produire un acte de contrition; les voici:
Ie Quand on vient de commettre une faute grave. Il faut alors rentrer en soi-même, se retracer le malheur qu'on a eu d'offenser Dieu, le tort qu'on a fait à son âme, et supplier le Seigneur d'avoir pitié de notre fragilité et de nous accorder sa grâce. Quand on est tombé dans quelque péché mortel, on ne saurait trop se hâter de se relever. C'est un effet de la faiblesse humaine que de faillir, a dit un saint Père; mais persévérer dans le mal, c'est une malice diabolique (1). Nedites donc pas: Je me convertirai à Pâques, à la Noël, etc.. Étes-vous sûr que la mort ne viendra pas vous frapper dans cet intervalle ? Et d'ailleurs différer sa conversion, n'est-ce pas s'endurcir dans le péché? et, quand le mal est invétéré, n'est-il pas plus difficile à guérir ?
On ne peut aussi que louer les personnes qui, aussitôt qu'elles s'aperçoivent qu'un péché, même véniel, leur a échappé, s'en humilient devant Dieu et lui en demandent
(t) Errare humanum est, perseverare diabolicum'
DE LA COSTRITION. ISS
pardon. Si, après toutes ces vivacités, ces impatiences, ces petits mensonges, ces mouvements d'orgueil auxquels on se laisse afler, on savait reconnaître son tort en faisant un acte de contrition, on retomberait bien moins souvent dans ces fautes; et, en peu de temps, on deviendrait aussi parfait que le comporte lafaiblesse de notre nature. Du reste, pour produire ces actes, il n'est pas nécessaire de se mettre à genoux ni de remuer les lèvres ; il suffit d'élever son cœur à Dieu, de détester intérieurement sa faute ; et, par conséquent, on peut faire ces actes, en quelque temps, en quelque lieu, en quelque compagnie qu'on se trouve.
2° Quand on se trouve en danger de mort, sans pouvoir recourir ausacrement de Pénitence. Si on se trouve en état de péché, la seule ressource qui reste, dans cette terrible circonstance, c'est de produire un acte de contrition et de contrition parfaite. Il faut dire alors avec le sentiment de la plus vive douleur : a 0 mon Dieu, ne me rejetez pas de votre face ; ô mon Dieu, je vous aime, et je suis désolé de ne vous avoir pas aimé par le passé, comme je le devais. » Mais qu'il est difficile d'être bien pénétré de ces senti* ments, quand on n'en a pas d'avance contracté l'heureuse habitude !
3° Quand on est obligé de faire un acte d'amourde Dieu car on ne peut faire cet acte, sans détester le péché qu'on a sur la conscience. Or, le précepte de l'amour de Dieu oblige au moins une fois par mois (1).
4° Lorsque, étant pressé par de violentes tentations, on a besoin de grâces particulières, qu'on ne peut espérer, tandis qu'on conserve plus ou moins d'affection au péché.
5° Au moment de l'absolution. Quand le prêtre, étendant la main sur vous, prononce les paroles sacramentelles, il fa-ut ranimer au dedans de soi les sentiments de douleur et de regret de ses fautes. Car c'est la contrition qui défi) Théologie morale de Msr Gousset, t. I, n° 355.
cide de tout, qui rend favorable ou funeste la sentence que porte le ministre de la réconciliation. Détestez alors tous vos péchés du fond de votre cœur, afin que l'absolution, que le prêtre vous donne soit ratifiée dans le ciel.
6° Il est bon aussi de faire des actes de contrition, lorsqu'on fait son examen de conscience. Car c'est dans l'amertume de notre cœur, comme dit le Prophète, que nous devons repasser nos années passées (1).
7° Avant d'entrer au confessionnal, en attendant que le tour de se présenter arrive, on doit s'entretenir dans des sentiments de contrition, et en réciter quelques actes avec ferveur.
8° On ne saurait trop souvent faire des actes de contrition ; c'est une excellente pratique d'en produire chaque fois qu'on pense au péché que l'on a commis. Il suffit, en effet, d'avoir péché une fois, pour pleurer toute sa vie le malheur qu'on a eu d'offenser le Seigneur *.
Moyens d'obtenir la contrition.
Le plus grand des dons de Dieu, après celui de l'innocence, c'est sans contredit la contrition, puisque sans elle il nous est impossible de rentrer en grâce avec Dieu. Il ne faut donc rien négliger pour l'obtenir du Seigneur, et, pour cela, on doit employer les moyens suivants:
4° Avant tout, cesser de commettre le péché. C'est se fermer la porte à toutes les grâces que de continuer à offenser Dieu. Est-ce entrer sincèrement dans les voies de la Pénitence, que de se livrer à de nouvelles iniquités ? On ne fait, au contraire, que s'endurcir dans le mal ; et, si l'on éprouve de temps à autre quelques troubles de conscience, on s'expose à prendre quelques sentiments passagers et superficiels de douleur pour un véritable regret de ses fautes. Une conver-
(1) Recogitabo tibi omnes annos meos in amaritudine anima mese. Is.t ixxviii, 15.
BIOTIFS DE CONTRITION. i5î
sion sincère consiste à déplorer les fautes commises, et à ne rien commettre qu'on doive à l'avenir déplorer (i).
2° S'exercer à la pratique des bonnes œuvres. Il n'y a rien qui contribue plus efficacement à amollir le cœur, à le détacher du péché, et à lui donner du goût pour les choses de Dieu. Nous recommanderons en particulier la pratique de la mortification des sens, de l'amour-propre et de la curiosité.
3° Se remettre sous les yeux le bonheur des années qu'on a passées dans la erainte et le service du Seigneur. Alors, quelle paix! quelle joie dans rame ! Et depuis, quels troubles! quels remords! Ainsi, le prodigue se rappelait les biens, dont il avait joui dans l'abondante maison de son père.
4° Adresser à Dieu de ferventes prières. C'est Dieu qui touche notre cœur ; la contrition, comme toute bonne pensée, comme tout bon sentiment, vient de lui ; et nous devons la lui demander avec instance. Crions du fond de notre âme vers le trône de la miséricorde. Il faut que l'ardeur de nos désirs soit en quelque proportion avec la grâce que nous sollicitons.
5° Réfléchir sur les principaux motifs de contrition. C'est par les différentes idées qu'il se rappelle et dont il se pénètre vivement, que l'homme fait naître en lui divers sentiments de joie ou de tristesse, de contentement ou de repentir. La prière et la réflexion, voilà les moyens les plus efficaces et les plus directs pour obtenir la contrition. Et, pour qu'on puisse plus facilement réfléchir sur cet important sujet, nous allons exposer les principales raisons, qui doivent nous porter à détester le péché 2.
Motifs de contrition.
1° La laideur du péché. Qu'elle est profonde la dégrada-
(1) Peccata comroissa plangere, et iterùm plangenda non committere. Div. Greg.
tion où nous plonge le péché, qui profane et souille en nous la sainteté du temple de Dieu; qui, de vases d'honneur que nous sommes par la grâce, nous rend des vases d'* gnominie, objet de haine à toute la cour céleste ; qui fait dans notre âme les plus affreux ravages, et la rend hideuse comme un cadavre ! 0 pécheurs, vous dit un prophète, sachez que c'est pour vous un mal, et le plus grand de tous les maux, d'avoir abandonné le Seigneur votre Dieu (4). Il est d'ailleurs des péchés si opposés à toutes les lois de la nature, si contraires aux desseins de la Providence, si affreux, si abominables, que la seule idée en soulève le cœur. Quel fruit donc avez-vous retiré de ces iniquités, que vous n'osez vous avouer à vous-mêmes et qui vous forcent à rougir (2) ?
Oh! si l'on pouvait bien comprendre Du péché l'horrible laideur, Et les maux qu'on en doit attendre, On le fuirait avec horreur.
Loin donc de moi, péché funeste ; Ta seule ombre doit m'alarmer ; Je te renonce et te déteste ; Plutôt mourir que de t'aimer.
2° Les remords de la conscience. Si on a la foi, peut-on avoir un instant de calme et de tranquillité, quand on a eu le malheur d'encourir la disgrâce de son Dieu ? Il y a un ver rongeur qui s'attaque au pécheur, aussitôt qu'il a commis l'iniquité, qui le poursuit sans relâche pendant tout le cours de sa vie, et qui le suivra jusque dans la demeure de son éternité. Quel triste sort de porter toujours sur son cœur un poids insupportable, d'être en proie à une inquiétude mortelle ! Mais, ô douces et saintes joies de la
(1) Scito et vide quia malum et amarum est derelipnisse te Dominum Deum tuum. Jerem., n, 19.
(2) Ouem fructum habuistis ex his in quibus mine erubescitisi Rom., vi, 21.
piété, délices ineffables de l'amour divin, vous ne pouvez pas être le partage du pécheur.
Comment goûter quelque repos
Dans les tourments d'un cœur coupable?
Loin de vous, ô Dieu tout aimable,
Tous les biens ne sont que des maux.
J'espérais, ô triste folie!
Vivre et tranquille et criminel.
J'oubliais l'oracle éternel :
t II n'est point de paix pour l'impie. »
Grand Dieu, faites miséricorde Au plus grand de tous les pécheurs, Et que votre bonté m'accorde De ne point rejeter mes pleurs.
Pardonnez, justice suprême !
Mes remords m'ont déjà puni :
Il est vrai, ma faute est extrême; Mais votre amour est infini.
3° V enfer avec ses ténèbres, ses flammes, ses démons, son éternité. Qu'y a-t-il de plus capable d'émouvoir le pécheur et de le glacer d'effroi, que de lui montrer ce lieu de tourments indicibles, cet étang immense de feu et de soufre, où sont entassées les victimes de la justice divine et où sa place est déjà marquée! Quoi! pour un péché, c'est-àdire pour un plaisir d'un instant, pour une misérable vanité, souffrir les plus effroyables tortures, être plongé tout entier dans une fournaise mille fois plus ardente que celles qui fondent, sur la terre, les plus durs métaux; toujours gémir, toujours hurler, toujours se désoler, sans adoucissement et sans consolation ! O pécheurs, songez-y bien, vous êtes sur le penchant de l'abîme ; encore un faux pas, et vous y tombez. O Dieu, peut-on dormir tranquille, quand on est en état de péché mortel, quand on risque de s'éveiller en enfer ?
Tremblez, habitants de la terre, Tremblez, les enfers vont s'ouvrir.
ICO HUITIEME LEÇON.
Le Ciel, dans son courroux, fait gronder son tonnerre, Heureux qui sait prévoir l'effroyable avenir.
Sonde du moins ce précipice,
Toi que la mort n'a pas frappé; Et, pour le garantir de l'éternel supplice, Invoque ton Sauveur, déteste le péché.
4° Le paradis que le péché nous a fait perdre. Qu'elle est belle cette Jérusalem céleste, que l'apôtre saint Jean entrevit dans une vision prophétique, et dont il nous a raconté des choses si ravissantes ! Mais à qui est destiné ce magnifique séjour ? Pour qui sont ces torrents de volupté pure, où Ton s'enivre à longs traits de gloire et de bonheur? 0 mon Dieu, j'étais fait pour jouir de la société d€ vos élus et de vos anges, pour jouir de vos amabilités infinies, pour régner avec vous au sein de votre immortalité ; et le péché, en me faisant perdre votre amour, m'î rendu indigne de l'héritage céleste ; et c'en est fait de moi c'en est fait de mes plus glorieuses prérogatives, si je ne me repens sincèrement de mes fautes, et si je ne fléchis le courroux de mon Dieu, que j'ai eu le malheur d'outrager.
Beau ciel !
Je t'ai perdu, Je t'ai vendu Par de vains caprices.
Beau ciel, Je t'ai perdu, Je l'ai vendu ; Regret superflu !
Loin de toi Toutes les délices Sont pour moi De nouveaux supplices ;
Beau ciel, Toi que j'aimais, Qui me charmais, lie te voir jamais!...
5o La majesté de Dieu, contre laquelle le pécheur a osé insolemment s'élever. Pour comprendre l'injure que le péché fait à Dieu, représentez-vous, dit saint Bernard, cet être suprême, comme le souverain et puissant maître de toutes choses (1). Et l'homme, c'est-à-dire un misérable vermisseau, ose lui résister en face et se révolter audacieusement contre lui! Quelque justes, quelque saints que soient ses ordres, il ne craint pas de les violer : quel désordre ! quelle folie! Représentez-vous encore le Seigneur, comme un Dieu infiniment aimable (2) ; et, par le mépris le plus insultant, le pécheur l'abandonne, pour se soumettre au joug du démon! Que dis-je? le pécheur s'attaque à lui, ne pouvant supporter l'idée de sa justice, de sa sainteté, de ses perfections, parce qu'il les voit en opposition directe avec ses vices; et il voudrait, s'il lui était possible, les anéantir, afin de pouvoir se livrer impunément à toutes les abominations de son cœur. Peut-on concevoir un monstre plus hideux que le péché? Et ne devrait-on pas fondre en larmes et se consumer de regrets, au souvenir de ses iniquités?
Le pécheur qui se rend coupable
Méprise son souverain roi :
Par une malice exécrable,
Il foule aux pieds sa sainte loi.
Hé quoi donc ! l'homme, ver de terre,
Vile poussière tt pur néant,
Ose à Dieu déclarer la guerre !
Quel attentat plus effrayant !
6° La bonté de Dieu et l'ingratitude de l'homme. Représentez-vous encore le Seigneur, continue saint Bernard, comme le plus tendre des pères (3). Que n'at-il pas fait pour vous et dans Tordre de la nature, et dans l'ordre de la grâce, et dans Tordre de la gloire ? N'est-ce pas
(1) Cogita Dominum. D. Bern.
(2) Cogita Deum. Ibid.
(8) Cogita patrem. Ibid,
de lui que vous tenez la vie, et tout ce qui vous la conserve, et tout ce qui peut vous la rendre agréable? N'est-ce pas lui qui vous accorde la nourriture, le vêtement, la santé, mille douces jouissances et dans le specacle de la nature, et dans vos champs qui se couronnent de moissons, et dans les fruits qu'il fait naître dans vos jardins et vos vergers? Il vous aime, il vous protège, il -vous conserve comme la prunelle de ses yeux. Mais c'est encore là peu de chose ; voici des dons plus sublimes (1) : Comptez, si vous le pouvez, toutes les grâces précieuses, immenses, ineffables, qu'il vous a accordées pour votre salut ! Il vous a donné la connaissance de son nom et de sa loi sainte; il vous a régénérés dans les eaux saintes du baptême: il vous nourrit du pain de la parole évangélique, -et du pain bien plus excellent de la sainte Eucharistie; il vous supporte malgré vos iniquités; il vous pardonne vos fautes. Et si ce n'est pas encore assez, voici des dons plus magnifiques. Levez vos yeux au ciel : c'est là qu'il vous attend ; c'est là qu'il vous a préparé un royaume de paix, de joie, de bonheur, de gloire; c'est là qu'il veut vous recevoir dans son sein et se donner lui-même à vous avec ses beautés ravissantes et ses amabilités infinies. Et ce Dieu, qui vous a aimés et qui vous aime encore plus que vous ne pourrez jamais le comprendre, vous avez osé l'outrager; vous avez refusé de lui obéir; vous avez blasphémé et fait blasphémer son nom ; vous avez violé ses lois les plus saintes, la charité, la justice, la pudeur ! 0 conduite indigne ! ô noire ingratitude ! Comment pourriez-vous ne pas avoir horreur de vous-mêmes?
Ingrat, ton Dieu t'a donné l'être, Tu fus l'objet de ses faveurs ; Pour toi son Fils a voulu naître, Souffrir, mourir dans les douleurs:
Il semble faire>on étude (1) Et si parva sunt ista, ajiciam tibi mullô majora. U.Reg,.zn,9.
D'ajouter bienfaits sur bienfaits ;
Et ton horrible ingratitude
N'y répond que par des forfaits.
0 Maître! ô Juge redoutable !
Je tremble et frémis devant vous.
O Dieu Sauveur! ô Père aimable!
Je me prosterne à vos genoux; Ingrat, hélas! inexcusable, J'ai provoqué votre courroux. Que deviendrai-je, misérable.
Si vous ne suspendez vos coups?
7° La mort et la passion de Notre-Seigneur . O comble de l'amour divin! le Père éternel vous a aimés Jusqu'à sacrifier son Fils unique pour votre rédemption (1). Et le Fils vous a aimés jusqu'à s'immoler pour vous sur la croix! Transportez-vous en esprit sur le Calvaire : voyez votre aimable Sauveur attaché à un infâme gibet, la tête couronnée d'épines, tout meurtri de coups, le visage ensanglanté, les lèvres livides, les pieds et les mains percés de gros clous. Et qui l'a réduit en un si pitoyable état? Ce n'est ni Judas, ni Caïphe,ni Hérode,ni Pilate; c'est vous, malheureux pécheur, ce sont vos iniquités. Oui, chaque fois que vous avez consenti au péché mortel, vous avez renouvelé, autant qu'il était en vous, les souffrances de Jésus-Christ sur la croix; vous lui avez fait la même injure que si vous l'aviez frappé à coups de marteau, que si vous aviez aidé aux bourreaux à le clouer au gibet. Et vous pourriez encore aimer le phécé ! Et vous ne pleureriez pas amèrement ceux que vous avez commis ! Honte, malheur, anathème à celui qui ne sentirait pas son cœur brisé de douleur, à la vue de Jésus-Christ en croix !
Quel spectacle effrayant! O ciel, quelle justiee ? Jésus innocent meurt sur la croix attaché.
(1) Sic Deus dilexit mundum ut Filium suum urigenitucn dareU Joan., m, 16.
Un Dieu juste, un Dieu bon ordonne son supplice... Jugez de là, mortels, quel mal est le péché !
Tu le vois mort, pécheur, ce Dieu qui t'a fait naître ! Sa mort est ton ouvrage et devient ton appui ! A ce trait de bonté tu dois au moins connaître Que, s'il est mort pour toi, tu dois vivre pour lui-
0 victime d'amour! ô noble sacrifice 1 0 sanglante agonie ! ô cruelles rigueurs ! O trépas bienheureux ! salutaire supplice ! Vous serez à jamais l'entretien de nos cœurs.
Pour s'exciter à la douleur de ses fautes, il n'est pas nécessaire de parcourir l'un après l'autre les divers motifs de contrition; il suffit de s'arrêter à ceux qui font le plus d'impression sur le cœur, et de s'en bien pénétrer. Il faut choisir de préférence, comme étant plus parfaits, les motifs qui nous portent à détester le péché à cause de Dieu luimême, et, par conséquent, se représenter bien vivement le motif de la bonté de Dieu et de ses perfections infinies, qui méritent des respects et des amours inénarrables de 1» part de toute créature intelligente.
O divin Jésus, je vous ouvre aujourd'hui mon cœur; répandez-y une goutte de cette mer immense de douleur et d'amertume, dont le vôtre était rempli, dans le jardin des Olives, à la vue de nos iniquités. O malice du péché ! te regarderai-je avec indifférence ? Non, mon Dieu, je sens que vous jetez sur moi un regard de compassion, et que vous commencez à amollir la dureté de mon cœur. J'ai une horreur extrême de mes fautes, pour lesquelles j'avoue que j'ai mille fois mérité l'enfer ; je les hais du fond de mon âme, plus encore pour l'injure qu'elles vous font, que pour la peine que j'ai méritée en le§ commettant 3.
Seigneur, Dieu de clémence, Reçois ce grand pécheur, A qui la Pénitence Touche aujourd'hui le cœur;
Vois d'un œil secourable L'excès de son malheur, Et d'un œil favorable Pardonne à sa douleur.
C'est fait, je le proteste, Plus de péché pour moi :
Le Ciel que j'en atteste Garantira ma foi.
Le Dieu qui me pardonne Aura seul mon amour ; A lui seul je le donne Sans borne et sans retour.
TRAITS HISTORIQUES
1 . Jésus-Christ commença sa passion au jardin des Oliviers, où il •avait que Judas, qui s'était engagé à le livrer à ses ennemis, le viendrait trouver. Ce divin Sauveur, en attendant l'heure où il devait sacrifier son corps et l'abandonner aux supplices, alla immoler son âme devant son Père, et lui offrit le sacrifice d'un cœur contrit et humilié. S'étant un peu éloigné de ses apôtres, il se prosterna le visage contre terre, passant ainsi trois heures dans l'oraison la plus douloureuse et la plus anéantie qui fût jamais. Oh! qui pourrait dire quels furent les sentiments de l'âme de Jésus en cet état ! C'est un mystère, que nous ne pouvons pénétrer. Contentons-nous de savoir que le poids qui accablait alors le Fils de Dieu, était celui de tous les péchés et de tous les crimes du monde (1). On peut dire qu'il parut dans cette occasion devant son Père, non-seulement comme le plus scélérat de tous les hommes , mais encore comme étant chargé de tous leurs péchés (2). Oh ! qui pourrait compter tous les péchés qui se sont commis l Disons moins, qui pourrait nombrer les nôtres en particulier ! C'est pour tant de erimes et de coupables que Jésus est affligé : faut-il s'étonner, après cela, si le prophète Jérémie dit que sa contrition a été comme une vaste mer, qui n'a ni fond ni rive (3). Aussi l'Évangile nous fait remarquer qu'il sua sang et eau dans le jardin des Oliviers, par un excès de tristesse dont on n'a jamais vu aucun exemple, parce qu'en effet personne n'a jamais res-
(1) Vulneratus est propter iniquitates nostras, attrilus est propler •cèlera nostra. Is., lui, 5.
(2) Posuit Dominus in eo iniquitates omnium nostrûm. If., v, 6.
(3) Magoa est velut mare contritio tua, et quis medebitur tu-if ïhrtn., h, 13.
alors su.
if M ô -
senti une douleur aussi vive, que celle dont ce divin Sauveur tut alon pénétré. Médit, de Chevassu.
David était assuré du pardon de son péché ; Nathan lui avait détlaré que Dieu l'avait oublié ; et a-t-il cessé de le pleurer ? Avoir péché une lois, c'en est assez pour pleurer toujours : seulement les larmes de la reconnaissance se mêleront à celles du repentir. Saint Paul, au milieu des succès de son apostolat, se souvient qu'il a été in blasphémateur et un ennemi de Jésus-Christ; tant d'années do «ervices rendus à l'Église, sa vie, qui avait été un continuel martyre, rien n'a pu effacer en lui le souvenir d'un péché commis par ignorance et avant qu'il eût reçu le baptême. Mais l'exemple le plus frappant est celui de saint Pierre : le prince des apôtres n'a jamais cessé de pleurer amèrement son péché, qu'il avait effacé par l'ardent amour qu'il portait à Jésus-Christ.
Saint Guillaume, archevêque de Bourges, n'était sujet qu'à des péchés fort légers, et il en trouvait môme dans des choses qui paraissaient innocentes aux autres. Cependant il les pleurait, comme si c'eussent été de grands crimes, et s'imputait même les péchés de son troupeau, versant dans leur vue autant de larmes que s'il en eût été l'auteur lui-même. Sainte Brigitte fondait aussi en larmes dans ses confessions, et se consumait par des regrets éternels, pour ses fautes les plus légères.
2. Trois principaux sentiments doivent exister dans la contrition : la crainte, l'espérance, et l'amour de Dieu. Pour s'y exciter plus efficacement, on doit suivre la méthode de M. de ia Mothe, évêque d'Amiens, quand il se préparait à recevoir l'absolution.
Persuadé que la contrition est un don de Dieu, ce saint prélat commençait par faire des prières ferventes pour l'obtenir de la bonté divine, et en cela il suivait l'exemple de l'illustre archevêque de Milan, saint Charles, qui passait quelquefois trois heures à genoux avant de se confesser, pour demander à Dieu le pardon de ses fautes» Après avoir prié longtemps, le saint évêque d'Amiens, pour s'exciter àla contrition, faisait trois grandes stations. La première dans l'enfer, la seconde dans le ciel, la troisième sur le Calvaire. Il entrait d'abord, par la pensée, dans le lieu des tourments, et il voyait la place qu'il croyait avoir méritée, au milieu du feu dévorant e* éternel, dans la société des démons et des réprouvés. Il remerciait le Seigneurdenepas l'yavoir précipité, et lepriaitde lui faire miséricorde: il lui demandait les grâces, dont il avait besoin pour s'en préserver. Cette première station avait pour but d'exciter dans son âme une. rive crainte de Dieu, qui punit le pécheur d'une manière si terrible. Ensuite il montait dans le séjour de la gloire et du bonheur ; il gémissait de ce que, par le péché, il s'en était fermé les portes; il
suppliait ie Seigneur de les lui ouvrir, et invoquait les saints pour les conjurer de lui obtenir sa réconciliation avec Dieu. Cette seconde statioft servait à ouvrir son cœur à une douce confiance en la miséricorde du Seigneur, qui ne veut pas la mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie.
Enfin, pour s'exciter à un tendre amour pour Dieu, il allait par la pensée au Calvaire; là, fixant attentivement et avec amour son Sauveur crucifié, il se disait en lui-même; « Voilà mon ouvrage; je suis la cause des douleurs que Jésus-Christ a endurées ; j'ai coopéré par mes péchés, avec les autres pécheurs, à couvrir de plaies le corps d'un Homme-Dieu, à le crucifier, à lui donner la mort. 0 Jésus ! quel mal m'aviez-vous fait? Comment ai-;e pu vous traiter ainsi, vous qui m'avez aimé jusqu'à l'excès, vous que je devrais aimer d'ui? amour infini, si je pouvais vous aimer infiniment? C'est parce que vous êtes infiniment aimable, que je vous aime et que je me repens de vous avoir offensé. »
Quels fruits ne retirerions-nous pas de nos confessions, quels progrés ne ferions -nous pas dans les voies de Dieu, si nous suivions la méthode de ce vertueux prélat, dans laquelle nous trouvons tout à 1? fois et les motifs de contrition et les moyens de nous y exciter!
Vie de M. de la Mothe.
Parabole.
Un jeune homme, traversant une forêt, n'y eut pas marché quelque temps, qu'il fut assailli par un monstre épouvantable qui, sur un corps de lion, portait sept grosses têtes de serpent. L'animal, au sortir de sa caverne, vint droit à lui avec desyeux étincelants, élevant ses sept têtes, dardanlses sept langues, et faisant retentir l'air de ses horribles sifflements. Le jeune homme, qui était fort et courageux, ne se déconcerte point à sa vue ; il n'avait d'autres armes qu'une hache, qu'il portait pendue à sa ceinture, selon l'usage du pays. Il la saisit, court à la bête, et, du premier coup qu'il lui porte, il lui abat quatre têtes ; du second coup, il lui en abat deux, et du troi sième.il eût sans peine abattu la dernière et remporté une signalée victoire, sans le déplorable accident qui lui arriva. Cet accident fut qu'au second coup qu'il donna, la hache lui échappa de la main, ^ans qu'il pût avoir le temps de la ramasser, car la bête, irritée des sixplaies qu'elle avait reçues, se jeta sur lui avec furie, le mordit, le piqua, le déchira et l'emporta avec elle.Lemalheureuxfaisait d'inutiles efforts, poussait des hurlements affreux ; il criait au secours, demandait que du moins on lui rendît sa hache ; mais personne ne l'entendait. La bête l'entraîna tout vivant dans sa caverne, où il servit de pâture à elle et à ses petits.
Comprenez bien le sens de cette parabole. l°Ce monstre, c'est le
démon etles sept péchés capitaux, qu'il fautcombattrecourageusemeni avec le? armes de la foi. 2° Il ne suffit pas d'abaltre six têtes à ce monstre; si vous lui en laissez une, vous êtes perdu. Qub voussertil d'être exempt de plusieurs passions, si vous en gardez une? Le plus souvent, ce n'est qu'un vice qui damne les hommes. Examinez si, en combattant le lion infernal, vous ne lui avez point laissé une tête, qui suffit pour vous dévorer. Votre victoire est vaine, si elle n'est entière. 3<> 11 faut persévérer jusqu'à la fin, combattre jusqu'à la mort. N'allez pas vous lasser dans ce combat ; ne laissez pas échapper la eognée de vos mains; n'abandonnez pas la prière, l'examen de conscience, les sacrements, les pratiques de mortification et de pénitence. Le démon profiterait de votre négligence, pour vous faire mille plaies; et, si vous veniez à mourir dans cet état, il vous entraînerait avec lui dans les enfers, où vous seriez éternellement sa proie et le jouetde tous lesdémons. Envainalorsvous gémiriez, vous imploreriez du secours, vous demanderiez le temps que vous avez perdu, les grâces dont vous auriez abusé, les moyens que vous auriez négligés; personne ne vous entendrait, et rien ne vous serait rendu. C'est maintenant, tandis que vous les avez, qu'il faut en profiter. Paraboles.
Un ancien officier de cavalerie passait, dans un de ses voyages, par un lieuoù leP. Bridaine donnailune mission ; curieux d'entendre un orateur d'une si grande renommée, il entra dans l'église, lorsque le missionnaire, après les exercices du soir, développait dans un avis l'utilité et la méthode d'une bonne confession générale. Le militaire touché forme à l'instant la résolution de se confesser, vient au pied de la chaire , parle au P. Bridaine, et se décide à rester à la mission. Sa confession fut faite dans les sentiments d'un vrai pénitent. 11 lui semblait, disait-il , qu'on ôtat de dessus sa tête un poids insupportable. Aussitôt qu'il -fut réconcilié, il se retira des pieds du P. Bridaine, versant des larmes, que tout le monde lui vil répandre. Rien ne lui était si doux , disait-il depuis, que ces pleurs qui coulaient sans effort, par amour et par reconnaissance. Il suivit le saint homme, lorsqu'il se rendit à la sacristie , et là, en présence de plusieurs missionnaires, le loyal et édifiant militaire exprima en ces termes ses heureux sentiments : « Messieurs f écoutezc moi de grâce ; et vous particulièrement, Père Bridaine : je n'ai « goûté , de ma vie , des plaisirs si purs et si doux , que ceux que je c goûte depuis que je suis en grâce avec mon Dieu. Je ne crois pas, « en vérité, que Louis XV, que j'ai servi pendant trente-six ans, € puisse être plus heureux que moi; non, ce prince, dans tout l'éclat « qui environne son trône, au sein de tous les plaisirs qui l'assié- « gent, n'est pas si content, si joyeux que je le suis, depuis que j'ai « déposé l'horrible fardeau de mes péchés. Je ne changerais point
DE LA CONTRITION. 16fl
« mon son pour tous les plaisirs, tout le faste, toutes les richesses « des monarques du monde. » Aces mots, se jetant aux genoux du missionnaire et lui serrant les mains : « Que je dois , ajouîa-t-il . « rendre toute ma vie d'actions de grâces à mon Dieu! il m'acon- « duit dans ce pays comme par la main. Ah î je ne pensais, mon « përe, à rien moins qu'à ce que vous m'avez fait faire; je ne vous « puis oublier jamais. Je vous conjure de prier 3e Seigneur qu'il me « laisse le temps de faire Pénitence; il me semble que rien ne me « coûtera, si vous me soutenez. » Carron, Vie du P. Bridaine.
3. Henri IV, élevé dans la licence des camps et au sein d'une religion peu sévère, affligea les âmes pieuses par l'éclat de ses désordres, dont les suites troublèrent plus d'une fois le repos de sa vie. Toutefois, un historien rapporte que, dans sa dernière année, il parut plus occupé de son salut ; dans les fêtes mêmes et dans les lieux de réjouissance , il rongeait à la mort et au jugement qui doit la suivre. Il avait des moments de retour sincère à Dieu, écoutait avec docilité les exhortations de son confesseur, et n'approchait du sacrement de Pénitence qu'avec des signes non équivoques de douleur. Le genre de sa mort consterna ses amis et ses serviteurs les plus religieux, et ils offrirent leurs prières et leurs vœux pour un maître si généreux. Une fille de Valence, que l'on croyait honorée de révélations particulières , annonça que le roi avait eu la contrition à la mort. Saint François de Sales, écrivant à Deshayes sur ce funeste événement, s'exprime d'une manière bien digne de son admirable charité. Après avoir déploré cette mort et loué les belles qualités de Henri, il ajoute : c Au demeurant, le plus grand bonheu* de ce roi m défunt fut celui par lequel se rendant enfant de l'Église, il se ren- « dit père de la France , se rendant brebis du grand pasteur, il se « rendit pasteur de tant de peuples, et, convertissant son cœur à Dieu. « il convertit celui de tous les bons cathol.ques à soi. C'est ce seul « bonheur qui me fait espérer que la douce et miséricordieuse provi- « dence du Père céleste aura insensiblement mis dans ce cœur royal, t au dernier article de sa vie, la contrition nécessaire pour une heu- « reuse mort. Aussi priai-je cette souveraine bonté qu'elle soitpitoya- * ble à celui qui le fut à tant de gens, qu'elle pardonne à ceiui qui c pardonna à tant d'ennemis, et qu'elle reçoive en sa gloire cette c âme réconciliée, qui en reçut tant en sa grâce après leur réconci- « liation. »
Ces pieux et ter.dres vœux du saint évêque peuvent , pour le dire en passant, servir à réfuter les reproches calomnieux de Voltaire, qui suppose que les catholiques s'accordent à regarder Henri IV comme réprouvé, par cela seul qu'il est mort sans confession. Les catholiques instruits savent assez qu'il ne leur appartient pas de pro- VI. 8
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noncer des jugements aussi absolus sur ces questions délicates. Nous ignorons trop ce qui peut se passer entre Dieu et l'homme dans ces moments courts et terribles, où le mourant conserve sa connaissance, sans pouvoir en donner des signes extérieurs.
Essai Hist
Oh ! que de merveilles, que de mystères de miséricorde, que de miracles d'amour dans ces tribunaux sacrés de notre réconciliation !
Là, la justice et la miséricorde s'étreignent dans un baiser de paix.
Là, l'enfer se ferme pour le coupable, parce que son cœur s'est ouvert.
Là, le ciel s'abaisse devant le pécheur, parce que le pécheur s'humilie.
Là, les foudres de Dieu s'éteignent dans une larme de repentir.
Là, d'un acte d'obéissance et d'humilité, le pécheur orgueilleux couvre toute une vie de rebellions. Le prêtre devant le siècle
Qui que vous soyez, de quelque crime que se soit souillée votre âme, pauvre à n'avoir pas de pain , riche à ne plus pouvoir former une fantaisie, malheureux à ne pas éprouver même le désir d'une espérance, bourrelé de remords à ne plus goûter ni un instant de sommeil, ni un instant d'oubli, allez là vous agenouiller! Il s'y trouve une oreille pour vous entendre, un pouvoir assez grand pour vous absoudre, un cœur assez bon pour vous aimer.
Dans la soirée du jour de la Toussaint, un des chefs Indiens, en qui on avait remarqué un air sombre, fit une exposition publique de sa vie entière, en présence d'un grand nombre de personnes, c Robe noire, disait-il au prêtre, tu te trouves dans la loge du plus méchant et du plus malheureux des hommes; tout le mal qu'un homme puisse faire sur la terre, je crois que je m'en suis rendu coupable; j'ai même assassiné plusieurs de mes proches parents. Depuis, il n'y a que trouble, amertume et remords au fond de mon cœur. Pourquoi le grand Esprit ne m'écrase-t-il pas ? A quoi bon la vie sans l'espérance ? Je le sens, il n'y a ni pardon ni miséricorde pour moi, après ma mort. *
Ces paroles et l'accent de désespoir qui les animait , arrachèrent au missionnaire des larmes de compassion. « Pauvre infortuné , lui dit-il, ton sort est vraiment à plaindre ; mais tu aggraves ton malheur, en croyant qu'il n'y a plus de pardon pour tes crimes ; c'est le iémon, notre ennemi, qui t'inspire ces désolantes pensées; ne l'écoute pas, car il voudrait consommer ta perte. Le grand Esprit, qui nous a créés, est un père infiniment bon et miséricordieux ; il ne ▼eut pas la mort du pécheur, mais plutôt qu'il se convertisse et qa il
vive. Il nous reçoit avec amour, malgré nos offenses , n'importe leur nombre et leur énormité, lorsque nous revenons à lui avec un cœur pénitent. Il te fera cette grâce, si tu marches dans le sentier que Jésus-Christ, son Fils unique, est venu tracer au repentir. »
Ensuite il lui raconta l'histoire du bon larron, et la touchante parabole de l'Enfant Prodigue. Il lui fit remarquer que sa visite même devait être à ses yeux une preuve de la bonté infinie du Seigneur à son égard ; que peut-être sa vie touchait à sa fin; et que, le voyant, à cause de ses péchés, sur le penchant de l'abîme, le grand Esprit l'avait envoyé vers iui pour l'empêcher d'y tomber. C'était comme un baume mystérieux, que le ministre de l'Évangile versait sur sesplaies ; le malheureux pécheur devint aussitôt plus calme et plus tranquille ; la joie sembla renaître dans ses traits, et il répondit avec un aceent de bonheur :
« Robe noire, tes paroles me raniment; je le vois, l'espérance m'est encore permise. Tu m'as soulagé du pesant fardeau qui m'accablait, car je me croyais perdu. Je suivrai les conseils; j'apprendrai la prière; oui, je suis maintenant convaincu que le grand Esprit aura pitié de moi. » Propagation de la foi, novembre 1843.