LE VERTUEUX DOMESTIQUE
Un ancien chevalier de saint TiOuis , réduit à la misère la plus extrême, choisit Paris pour sa retraite, comme un séjour plus propre à cacher à tous les
Îeux son nom , son indigence et ses malheurs. Il se oge dans un grenier, n'ayant pour tout mobilier qu'une botte de paille ; pour habit que quelques tristes lambeaux de son ancien uniforme; pour société, pour
compagnie , que dirai-je enfin , pour ami , qu'un vieux domestique qui lui e'tait attache' depuis !ong-tems.
Un jour, ce militaire dit, les larmes aux yeux, au seul te'moin de sa douleur, au seul confident de ses peines: « Mon ami, iu vois ma misère ; tu la partages » depuis long-tems; éloigne- toi pour jamais du plus
> infortuné des hommes ; va chercher une condition » plus heureuse ; il me resrera encore les regrets de D ne pouvoir récompenser tes services. Va, fuis ton
> malheureux maître.... — Ah! mon cher maître, » s'écria ce fidèle serviteur, fondant en larmes et se » jetant à ses pieds, me croyez, vous assez lâche pour
> vous abandonner dans l'adversité , lorsque j'ai » éprouvé vos bienfaits dans votre ancienne prospé- » rite! non, je ne vous quitterai point; mon indus- » trie, mon zèle et mon inviolable attachement me » fourniront des ressources pour soulager notre com.- ■ mune indigence. •
Qui pourrait peindre l'admiration et l'attendrissement de ce miaître affligé ? Il embrasse tendrement ce serviteur généreux , et lui dit : « Le ciel n'a point encore » épuisé sur moi tous les traits de son indignation; » puisse-t-il te récompenser de si nobles sentimens» !
Ce domestique, plein de joie et de confiance, eut recours aux moyens que son zèle et son affection lui suggérèrent. Il apportait fous les jours ce qu'il avait reçu des charités publiques; et il n'était jamais plus satisfait q'ie lorsqu'il pouvait acheter un peu de vin pour son cher maître : «Bénissons la Providence, disaitil en rentrant, elle nous a favorisés aujourd'hui. » Il tâchait d'adoucir, par le récif de ce qu'il avait appris de plus curieux , la situation pénible et douloureuse de son maître. Mais un jour.... jour fatal!... ce vertueux domestique fut arrêté par la police. Sa vigueur, sa bonne constitution, le firent regarder comme un de ces gens oisifs , livrés à toutes sortes de yices , a charge
— - 226 .^a l'état et h la société. On le présonla au Lieutenant- Général de police,- ce magistral l'interrogea. Le domestique, sans se déconcerter; lui répondit avec cette mâle et noble assurance qu'inspire une conscience irréprochable ; il lui demanda comme un grâce de vouloir bien l'entendre en particulier, ayant un secret important à lui communiquer. Le magistrat y consentit. «< Je ne doute point, lui dit alors ce brave jeune « hommf, que vous ne m'accordiez votre protection » lorsque je vous aurai fait part du motif de ma con- » duite. » Il l'instruisit alors de tout ce qui se passait entre son maître et lui ; le magi^trat fut attendri et envoya aussitôt un exempt chez le vieux Chevalier de St. -Louis, pour s'assurer si on, lui avait dit la vérité. L'exempt trouva en effet ce malheureux guerrier étendu sur une botte de paille ; il rendit compte au Lieutenant-Général de police de ce qu'il avait vu : celui-ci en parla au Roi qui accorda un ' pension à l'ofKcier, et une au vertueux domestique.
BÉBAKCEB , Fertut du Peuple.
FRANÇOIS CALI.ABOCCHE.
A l'époque où les troupes étrangères envahirent notre territoire , rien n'était encore arrêté dans les conseils de la coalition sur la manière dont elle devait agir envers la France. Ce n'étaient pas encore des alliés de Louis XVIII qui marchaient vers Paris pour y rétablir le trône des Bourbons, c'était l'Europe entière qui voulait se venger sur la France des cruautés dont les armées de Bonaparte s'étaient souillées, principalement en Autriche et en Espagne. Les mauvais traitemens, les violences, et quelques fois la mort, accompagnaient lentrée des ennemis dans les villes et villages de nos frontières. Les pays occupés par les Prussiens eurent principalement à souifrir de l'inva-
sîon ^trangere^'Un domestique du nom de François Callaboucne donna en celle occasion une grande
Erenve de fide'lite'à ses maîtres et de son respcel pour i virginité d'une jeune fille. Le châleau dans lequel il servait était situé en Champagne, près d'un village entouré de bois. La disposition des collines environnantes ne permettait de découvrir les troupes qui venaient y prendre leur logement qu'au moment où, arrivées à la distance d'un quart de lieue au plus, elles paraissaient au sommet des hauteurs qui dominaient le village.
M. le baron de S*** habitait le château avec sa fille âgée de dix-huit ans. La beauté de cette jeune demoiselle l'exposait à bien des dangers au milieu d'une campignf, où les excès des soldats ne pouvaient être réprimés par la modération des généraux. Aussi M. le baron de S**"'' avait-il fait préparer à l'extrémité de son habitation un appartement secret dans lequel on entrait par une porte cachée , et qui n'était connue dans le château que de lui, sa fille et François Callabouche.
Un jour que M. le baron de S***, qui exerçait les fonctions de maire, fut appelé loin de chez lui pour les besoins de sa commune, mademoiselle de S***, un li\re à la main, se promenait dans le parc du château dont les murs s'étendaient jusqu'au pied des collines qui ceignaient le village Tout-à-coup elle aperçoit, à quelques cents pas de distance, une troupe de cavaliersennemis, se dirigeant vers le village. Elfi-ayée, elle s'empresse de regagner le châleau, et traverse en courant les allées du jardin. Malheureusement le chef des cavaliers avait aperçu celte jeune fille, et mettant son cheval au galop, il était arrivé dans la cour assez à tems pour voir qu'elle entrait dans le château. 11 commande qu'on ouvre les portes, parcourt tous h s appartemens; et ne découvrant pas mademoiselle de
S***, qui sVtait réfugiée dans la chambre secrète, il offre à François une bourse remplie de ducats, s'il veut lui dire où s'est cachc'e la jeune demoiselle qu'il a vue entrer à l'instant. Le paysan, dans sa simplicité, croit pouvoir mentir à un Prussien. 11 lui répond qu'il n'a vu entrer aucune femme , et que di'puis le matin il est demeuré seul au château. L'officier tire son sabre, menace de le lui plonger dans le corps s'il persiste dans son relus , et ne peut rien obtenir du fidèle domestique. Le reste de la troupe arrive ; d'autres officiers, apprenant qu'une jeune et jolie femme est entrée dans la maison, renouvellent sur François les mauvais traitemens par lesquels ils espèrent vaincre sa discrétion. On connaît la punition barbare en usage parmi les soldats du Nord; on y condamne l'infortuné serviteur. Cet homme héroïque expire sous les coups, sans vouloir trahir par un seul mot le secret de sa jeune maîtresse, et sauve ainsi sa pudeur de la brutalité de ces barbares.
lei Vomiititjtat CkréUtm, NICOLAS FRAPONTIER.
Nicolas Frapontier avait servi pendant dix années M. Chivaronni, riche propriétaire de Versailles, au service duquel, ayant amassé quelques épargnes, il avait élevé un petit commerce de soieries. Cette entreprise ayant réussi au-delà de toute espérance, Frapontier s'était vu, au bout de quelques années, à la tête d'une maison de commerce très-considérable. Cependant M. Chivaronni était mort, laissant tous ses biens h la disposition de son fils Charles, à peine âgé de vingt-deux ans. Dans l'âge des passions et de plaisirs, il est souvent bien funeste de se trouver maître d'une grande fortune. Entraîné par quelques faux amis, le jeune Charles eut bientôt mis le désor-
dre dans ses affaires. Trois années n'étaient pas écoulées que déjh la prodigalité l'avait réduit à vendre une partie de son patrimoine pour satisfaire aux dettes qu'il avait contraclées. Plus tard, le mal augmentant chaque jour, il fallut avoir recours à (\es engagemens écrits; des lettres de change furent jetées dans le commerce. Enfin , le jeune Charles ne pouvant faire honneur à s'.'s obligations, un jugement de contrainte par corps fui lancé contre lui. Cependant Frapontier, dont l'ordre et l'intelligence augmentaient chaque jour le bien-être, voyait les bénéfii es d'une courte domesticité changés en capitaux considérables. Il apprit l'étal misérable où languissait le fils de celui aucjutl il devait sa fortune, et résolut aussitôt de venir à son secours. Pour accomplir celte bonne œuvre, il eut recours au vénérable abbé Legris-Duval , qui tant de fois fut le dispensateur des bienfaits de i'humaniié. Il eût été pénible pour le jeune Chivaronni d'implorer la chaiilé de son ancien serviteur, il eût été pénible pour lui d'accepter même ses offres généreuses ; Frapnnlier l'avait senti dans la délicatesse de son âme. L'abbé Legris-Duval se chargea de découvrir quelques personnes de la connaissance de ce jeune homme, qui lui indiquèrent une maison de commerce où il pouvait espérer de trouver quelque argent avec sa simple signature. Charles ne doutant pas que le crédit de son ancienne fortune ne lui procurât ces avantages, se rendit à la maison qui lui était indiquée, et dans laquelle, après quelques difficultés simulées, on lui prêta une somme aussi considérable qu il l'avait demandée d'abord. C'était Fraponlier qui l'avait fournie, bien assuré que jamais elle ne lui serait rendue; car, pendant les quatre ou cinq années que le fils de M. Ghivaronni avait joui des richesses de son père, il avait pris des habitudes de désordre ou de débauche que souvent la misère rend plus hon:eu-
ses sans les corriger. L'argent de l'honnête marchand alla s'engloutir dans les maisons de jeu et de plaisirs. Charles se présenta de nouveau chez la personne qui lui avait faif les avances d'argent, si follement prodigué, pour réclamer une nouvelle somme. On refusa d'abord , puis on déclara la vérité, sans toutefois découvrir le nom du bienfaiteur; enfin l'on fit connaître au jeune Charles que sa conduite ne donnant plus aucun espoir do changement, et sa position inspirant toujours le même intérêt, la personne qui l'aimait assez pour l'aider de sa bourse , mais qui ne voulait pas favoriser ses désordres , était décidée à lui faire une pension alimentaire, dont il toucherait les avances de mois en mois; Charles, auquel la misère avait enlevé tout sentiment d'énergie et de dignité, consentit, sans hésiter, aux propositions qui lui étaient faites.
Jusqu h la mort de ce jeune homme, le noble et délicat Fraponfier n'a cessé d'acquitter avec la plus grande exactitude la pension qu'il avait promise
Le$ Domestiquée Chrétient.
FÉNÉLON ET LE DUC DE BOrRGOGNE.
' Le duc de Bourgogne était destiné à régner sur la France ; il était petit-lils de Louis XIV, celui de tous nos rois qui réunit au plus haut degré la gloire réelle des grands talens et des grandes actions à l'éclat de la majesté royale. Élevé au milieu de toutes les illusions de la puissance à laquelle il était appelé par sa naissance, le jeune Prince avait tous les défauts résultant de sa p'siiiQn : violent, emporté, son âme allière ne connaissait aucun frein ; il s'emportait contre la pluie , lorsqu'elle contrariait ses promenades; il se précipitait pour briser les pendules lorsqu'elles sonnaient l'heure du travail. .. Cependant le ciel avait misa côté de ces défauts le germe des plus nobles rertus. Féné-
— . 23! ~ Ion, son précepteur, sut le reconnaître et parvînt à le développer. 11 opposa une fermeté tranquille aux violences d'un enfant de'raisonnable , et la noble fierté qui convenait à son caractère, à la hauteur superbe d'un jeune Prince ébloui des dons de la fortune.
Dans un de ses emportemens insensés, le duc de Bourgogne se permit un jour de dire à Fénélon : je sais, Monsieur , qui je suis et qui vous êtes ; Q\ le sage précepteur le quitta aussitôt avec l'air du mépris. Le lendemain, il entra de bonne heure chez le Prince, pour lui annoncer Tintention où il était de s'éloigner de la cour, ne voulant plus continuer ses soins à un enfant qui comprenait si mal ce qu'ils étaient l'un et l'autre. « Car, ajouta-t-il, vous êtes un enfant, et vous avez toutes les faiblesses de cet âge ; moi , je suis un homme fait; je suis prêtre, et vous n êtes rien encore : car je ne pense pas que vous comptiez pour quelque chose le hasard de la naissance , lorsqu'il n'est soutenu par aucun mérite personnel. » Le jeune Prince reconnut promptemenf sa faute; il n'épargna ni les larmes, ni les supplications pour apaiser son précepteur et retenir auprès de lui un homme dont il reconnaissait déjà toute la supériorité, et pour lequel il eut , le reste de sa vie, l'attachement d'un fils et la soumission d'un élève.
le C. de BEAC88ET. Histoire de Fénélon. BEAU TRAIT DE l'emPEREOR THÉODOSE.
L'empereur Théodose-le-Grand voulant élever son fils Areade en Prince chrétien, fit chercher un homme d'une piété reconnue, pour lui servir de précepteur. Le pape Damase , auquel il s'était adressé pour cela, jeta les yeux sur un diacre de l'Eglise Romaine, nommé Arsène, qui était d'un mérite et d'un savoir distingués. Arsène étant arrivé à Constantinople, Théodose lui remit son fils entre les mains , afin qu'il
le formât à la piété, à mesure qu'il l'instruirait dans les scionres convenables à un Prince, héritier présomptif de son Empire. Il lui fit entendre qu'il lui donnait pour cela toute l'autorité qu'il avait luimême sur son fils, en lui disant ces belles paroles: Vous Serez désormais son père plus que je ne le suis moîmérne.Cel empereur, vraiment chrétien, faisait connaître par là combien une bonne éducation l'emporte sur la vie même que nous recevons de nos parens.
Théodose étant un jour entré dans l'appartement où Arsène donnait la leçon à Arcade , et ayant vu le maître debout, tandis que le disciple était assis, il en témoigna de l'indignation et fit même des reproches à Arsène de ce qu'il ne conservait pas assez la dignité de précepteur ; il fit quitter aussitôt à son fils les ornemens de sa dignité, fit asseoir Arsène à sa place, et ordonna au jeune Prince de recevoir debout , et tête nue, les leçons de son maître. Voilà ce qu'un grand Empereur pensait des égards qui sont dus aux maîtres.
Bbloin ée Tkéodote.
CINQUIÈME COMMA;KDEME?iT DE DIEP,
De chaque opinion , de l'impiété nait ana furie , armée d'un sopliisme ou d'un poignard poar tendre les hommes insensti ou cruels. VOLTAIBE.
Le cinquième commandement défend , i° de tuer , de blesser ou de frapper le prochain ; 1^ de l'offenser par des injures; 3° de lui souhaiter du mal,
MEURTRE d'aBEL.
Adam et Eve eurent d'abord deux fils,Caïn et Abel. Caïn cul'ua la terre, Abel nourrissait des trou-
peaux. Tous deux offrirent à Dieu des sacrifices, maïs ils s'acquittaient do ce devoir avec des dispositions bien diKe'rentes. La pie'té d'Abel attira les regards du Seigneur sur lui et sur ses dons; au lieu que Caïn , par son impie'ie' et son avarice, avait éloigné de lui le cœur de Dieu. Caïn voyant la pre'le'rencc que Dieu accordait à son frère, conçut une secrète jalousie contre lui. Un jour il lui proposa une promenade, et lorsqu'ils furent dans un lieu écarté, il se jeta sur lui et le tua Ce crime arma la justice divine ; et le châtiment annonça aux hommes que la providence veille sur eux pour punir le vice, et pour venger la vertu. « Caïn, qu'avcz-vous fait? lui dit le Seigneur. Le sang de votre frère , que vous avez re'pandu , crie vers moi, et appelle ma vengeance : vous serez maudit sur la terre que vous avez souillée de ce sang , vous y serez errant et fugitif tous les jours de votre vie. • Caïn, livré à des remords cuisans, et agité de continuelles frayeurs prit la fuite. Cependant Dieu lui donna du tems, afin qu'il rentrât en lui-même, et défendit qu'on le fît mourir. — Ainsi la vertu commença-t-elle dès lors à être persécutée par le vice; et le juste Âbel devint une vive image du juste par excellence, qui devait mourir un jour sous les coups d'une jalouse fureur.
LES HOMMES DE SANG REÇOIVENT ORDINAIREMENT , DÈS CETTE VIE , LA PUNITION DE LEUR CRUAUTÉ.
Adonibesech ayant été vaincu par les Israélites, ils lui coupèrent les extrémités des pieds et des mains. Alors ce roi barbare , se rappelant les cruautés qa'il avait exercées, dit : « Soixante et dix Rois, à qui j'a- » vais fait couper les extrémités des pieds et des » mains, mangeaient sous ma table les restes que je » leur jetais; le Seigneur me rend ce que je leur ai » fait souffrir. ■
Jaget , i.